‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 39 sur 196 · DU TABAC · texte numérisé non relu

DU TABAC

mais au point de vue des réactions morales qui jouent un rôle si considérable dans l’hygiène humaine. Des malheureux qui n’ont pas mangé depuis longtemps demandent l’aumône pour acheter du tabac; un matelot privé de chique depuis trois jours met dans sa bouche un peleton d’étoupe goudronnée, et remercie avec des larmes son chirurgien qui partage avec lui un peu de tabac (Forget). Si cette plante a des inconvénients, elle a donc aussi ses douceurs, elle est pour beaucoup de gens le remède de cette maladie de la civilisation qui s’appelle l’ennui. Les illusions mêmes et les erreurs qu’ils y rattachent méritent d’être respectées par le médecin : tel attribue au tabac la facilité de son travail intellectuel; tel autre ne digère qu’en fumant un cigare. Souriez ! mais passez outre. Le goût du tabac est le dernier appétit qui abandonne dans l’état de maladie ceux qui en usent habituellement sous une forme ou sous une autre ; le retour de ce goût est d’un augure favorable pour la convalescence. Ce qu’il faut blâmer et proscrire, c’est l’abus, c’est l’usage prématuré du tabac; car, après tout, cette substance n’a rien d’hygiénique par ellemême; au contraire, elle est toxique; elle ne peut exercer qu’une influence nuisible sur l’adolescent, sur le jeune apprenti des ateliers, sur les collégiens qui recherchent le cigare et la pipe comme un insigne de virilité et d’émancipation ; elle fausse leurs besoins, elle peut compromettre leur développement. Ce qui est détestable et abrutissant, c’est l’habitude de fumer presque sans interruption, comme elle existe en Orient, où la pipe est le prolégoniène de tous les actes officiels, de toutes les conversations, de tous les rapports sociaux. L’Oriental saisit sa pipe au réveil et ne la quitte plus jusqu’au coucher; un fonctionnaire spécial, le porte-pipe, fait partie du cortège de tous les dignitaires; dans les maisons aisées, le soin des pipes est l’attribution exclusive d’un ou de plusieurs serviteurs qui occupent l’écbelon supérieur de la domesticité. C’est en Orient et dans les tavernes des pays flamands que l’on peut apprécier les effets stupéfiants, la dégradation intellectuelle et morale qui résulte de l’abus combiné de la bière et du tabac, du tabac et des harems : ici point de famille; là les inertes jouissances de l’estaminet remplacent la famille et amènent l’abandon des foyers domestiques. Les excès du tabac énervent l’intelligence, la plongent dans le vague, émoussent l’attention, affaiblissent la mémoire; la fumerie est au moins un mode d’oisiveté cérébrale qui, sans cesse répété et longtemps prolongé, aboutit à l’inaptitude de l’esprit, à l’irrémédiable engourdissement des facultés (1). Chez les Européens, cet excès s’associe presque toujours à celui des boissons alcooliques : alors la torpeur asia-

(1) Pour préciser l’influence du tabac sur les facultés intellectuelles, Bertillon {Union miUlkalc, 1805) a opéré par vole de statistique sur des promotions de l’École polytechnique; il a constaté que le rang moyen des üG grands fumeurs est de 9A,5 à leur entrée à l’École, et de 98,3 à l’examen de fin d’année; les GO élèves qui ne fument pas ont pour rang moyen 71 à leur entrée, et ils sortaient avec le numéro moyen de G7,7, de sorte qu’après neuf mois de travail en commun, ils ont dépassé de 30 places leurs collègues fumeurs.

tique alterne avec la violence et la brutalité du boxeur anglais. En Orient, nous l’avons vu de près, la fumerie est un obstacle à l’activité régulière des hommes, à la civilisation, et surtout à l’expédition des affaires publiques, comme i à l’organisation sérieuse du gouvernement.

Un chimiste, ami du tabac (1), s’est appuyé de quelques expériences sur la condensation de la nicotine pour conseiller aux fumeurs l’usage des longs tuyaux de pipe : la nicotine, qui ne bout qu’à 250 degrés, se condense dans les premières parties froides qu’elle rencontre, par conséquent dans les longs tuyaux, d’où elle retombe mélangée d’eau dans le fourneau delà pipe; des tuyaux trop courts laissent arriver toute la nicotine dans la bouche, où elle se condense en partie. Il recommande l’usage du tabac sec, parce que la nicotine qu’il contient se décompose à une température élevée, tandis qu’un tabac humide empêche la décomposition de la nicotine, qui s’en dégage avec la vapeur d’eau ; aussi incommocle-t-il les fumeurs plus promptement et à un degré plus marqué que le tabac sec. L’usage d’une pipe neuve de terre procure aux fumeurs moins d’agrément, parce que ses parois poreuses s’imprègnent de nicotine et de goudron, et ne laissent arriver dans la bouche que des produits pyrogénés gazeux; cette imprégnation terminée, la nicotine et le goudron arrivent à la bouche, en proportions variables, avec les autres produits de la combustion du tabac.

Il est prudent de ne pas fumer à jeun ni immédiatement après le repas; mieux vaut toujours fumer à l’air libre que dans une pièce d’appartement ; la chose faite, rincez-vous la bouche avec de l’eau fraîche aiguisée de quelques gouttes d’eau de Cologne, ou de menthe. Chevalier préconise, pour les fumeurs.

le gargarisme suivant :

Chlorure de chaux sec eu poudre fine 8 grammes.

Eau distillée, 1 , .

Alcool à 35<>; 1 de chaque U -

Huile esssentielle de girolle 2 gouttes.

On traite le chlorure par l’eau, on décante, on filtre, et l’on ajoute l’alcool, puis l’huile essentielle. On mêle une demi-cuillerée à café de cette solution dans un verre d’eau dont on se sert pour frotter les dents avec une brosse à éponge et pour se rincer la bouche.

La cigarette est l’instrument le moins offensif pour fumer; le tabac employé à la faire contient le moins de nicotine, mais elle sèche la bouche et sollicite à boire. Du cigare, il faudrait ne consommer que la première moitié, la nicotine qui se dégage des premières couches en combustion se condensant en partie dans celles qui sont les plus rapprochées de la bouche, et si l’on tient a I achever, on fera bien de recourir à un porte-cigare fait d’ambre, d’ivoire ou de corne qui permet à la fumée de déposer dans le trajet quelque peu de

(1) P. P. Malapert, Un mot aux consommateurs de tabac {Bulletins de la Société de médecine de Poitiers, 1862, n“ 19).

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scs principes actifs, et dispense de mûcher le tabac. Ne rallumez jamais un cigare refroidi depuis quelque temps ; on le dit plus âcre et plus narcotique. La pipe de terre h tuyau court (brûle-gueule) laisse arriver à la bouche tout le principe vénéneux du tabac. Percy (1) l’a justement stigmatisée. La moins nuisible est la pipe à long tuyau ou la pipe h pompe.

§ 4. — Do l’ouïo.

L’ouïe n’est encore qu’une sorte de toucher, et son instrument ne semble être qu’une dépendance de la peau, modifiée de manière h ressentir les plus légères vibrations des corps. Toutefois, et malgré l’exiguïté de ses proportions, il est l’un des appareils les plus complexes de l’économie.

L’oreille externe comprend \q pavillon de l'oreille et le conduit auditif; ce dernier est un simple tube de transmission! Quant au pavillon, constitué par une lame fibro-cartilagineuse qui, repliée sur elle-même, représente un cornet acoustique, il sert à colliger et à renforcer les ondes sonores. Tandis que le développement parfois énorme et l’extrême mobilité de cet appendice chez certains animaux paraissent en rapport avec un haut degré de finesse du sens de l’ouïe, dans l’espèce humaine, au contraire, il reste à l’état rudimentaire avec des muscles extrinsèques et intrinsèques, il est vrai, mais si peu développés qu’ils sont incapables de le mouvoir et d’en changer la direction au gré de sa volonté. Des faits nombreux attestent que la perte du pavillon ne porte qu’une très-médiocre atteinte à l’intégrité de l’audition. Malgré sa grande vascularité, le pavillon de l’oreille est, comme le lobule du nez, une des portions du corps qui se congèlent le plus facilement, ce qui provient de son petit volume et de la ténuité des vaisseaux qui le pénètrent.

L’oreille moyenne ou caisse du tympan est destinée à transmettre à l’oreille interne les vibrations' de l’air. Fermée en dehors par la membrane du tympan, elle est limitée en dedans par une paroi osseuse dans laquelle sont creusées deux ouvertures : la fenêtre ronde et la fenêtre ovale. Ces deux ouvertures sont elles-mêmes complètement obturées par une membrane ; en outre, la fenêtre ovale loge la base de l’étrier. La caisse est donc tout à fait séparée du conduit auditif externe et de l’oreille interne ; mais elle est ouverte en avant et communique librement avec la partie supérieure et laléralo»du pharynx par le moyen de la trompe d‘ Eustache, tube ostéo-cartilagineux élargi en pavillon vers son extrémité pharyngienne. D’autre part, trois osselets, le marteoM, X enclume et Véti'ier, forment une chaîne tendue transversalement entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale. L’air est-il poussé dans le conduit auditif externe? La membrane du tympan se trouve, à l’m.'ÿûmt même, déprimée vers la caisse et le mouvement vibratoire, transmis par l’enclume et l’étrier, arrive ainsi sur la membrane de la fenêtre ovale, et passe de lâ dans l’oreille interne.

(1) Percy, Dictionnaire des sciences médicales, t. LXII.

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Celle-ci est la partie réellement indispensable de l’appareil de l’audition; sa structure compliquée lui a valu le nom de labyrinthe. C’est une cavité complètement close, creusée dans l’épaisseur du rocher et limitée de tous côtés par des parois osseuses, excepté aux points où sont percées les deux fenêtres; on y distingue trois parties : le vestibule, les canaux demi-circulaires et le limaçon. Le labyrinthe membraneux occupe l’intérieur du vestibule et des canaux demi-circulaires, dont il rappelle la forme sous un plus petit volume; séparé des parois osseuses par un liquide, il contient lui-même un liquide semblable dans lequel nagent de petits cristaux de carbonate calcaire nommés otolithes, otoconies. Le limaçon est formé par un tube décrivant deux tours et demi de spire autour d’uii axe appelé columelle; ce tube est subdivisé, à l’intérieur, en deux moitiés ou rampes, par une cloison transversale percée d’une ouverture à son extrémité.

Sans ajouter à ces détails, dont la place est ailleurs, rappelons brièvement ici les résultats acquis par les études histologiques modernes sur la terminaison des nerfs acoustiques. Les branches destinées au vestibule se terminent sur des points spéciaux du labyrinthe membraneux où la paroi présente un épaississement notable et au voisinage desquels Schultze a découvert un trèsgrand nombre de crins élastiques et roides implantés sur l’épithélium du labyrinthe, et flottants, par leur extrémité libre, dans le liquide qui remplit le vestibule. Selon toute apparence, ces crins vibrent par influence, à la façon des tiges élastiques, et transmettent leurs vibrations aux ramuscules nerveux. D’un autre côté, Gorti (1) a pu suivre les extrémités des nerfs cochléaires jusque sur la lame spirale du limaçon où il les a vus concourir à la formation d’un organe très-compliqué (organe de Gorti) dont la partie essentielle est formée par des arcs élastiques au nombre de plus de 3000. Ghacun de ces arcs représente une lame accordée pour rendre un son déterminé et susceptible d’entrer en vibration sous l’influence du son à l’unisson. Grâce à ce nombre considérable de lames vibrantes, l’oreille humaine peut percevoir et apprécier d’une manière exacte les sons compris entre 16 et 38 000 vibrations, c’est-à-dire dans un espace d’environ 11 octaves (2).

1“ Modificateurs de l'ouïe et leurs effets. — L’excitant direct de l’ouïe n’est point le corps sonore, mais l’air répétant le mouvement vibratile dont le corps «St saisi. La force du son est en raison inverse de l’étendue des oscillations qu’exécutent les molécules du corps sonore; son ton dépend de leur rapidité ou de leur nombre en un temps donné. Le timbre est en rapport avec la nature substantielle et la forme du corps sonore; il paraît dépendre du nombre des harmoniques produits sous rinlluence du son fondamental. Dans un air tranquille et à 6 degrés centigrades, le son parcourt 337®, 18 par se-

(1) Gorti, Zeitschrift fiir wissensch . Zoologie. Rd. lit.

(2) llelmlioltz. Traité physiologique de la musique fondée sitr l'élude des sensations auditives, trad. G. Guéroult. Paris, 1.8G8.

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coude. Les vibrations sonores agissent : 1" par l’ébranlement que tout l’organisine peut en ressentir; 2" par les impressions qu’elles produisent sur les organes de l’ouïe. Le premier de ces deux ofTets ne peut résulter que de vibrations énergiques. Très-modérées, elles produisent de très-petites secousses dont nous avons à peine conscience ; l’ouïe, exercée sur des sons faibles, acquiert plus de portée, plus de finesse, mais perd de sa tolérance pour les vibrations fortes et pour le bruit : c’est ainsi que l’habitude d’un demi-silence nous fait une souffrance des rumeurs de la rue. L’absence de sons ou le silence agit sur l’ouïe comme l’obscurité sur la vue ; la privation prolongée de la stimulation fonctionnelle aurait pour résultat l’alTaiblissement de ce sens; la privation momentanée le repose : aussi dit-on que le silence porte au recueillement, au sommeil, comme il favorise les opérations de l’intellect en supprimant les causes de diversion extérieure; mais s’en faire un besoin, c’est s’exposera maintes contrariétés. I/exemple des habitants de Paris prouve que l’on parvient à penser et à dormir au milieu du bruit : l’ouïe, comme les autres sens, doit être accoutumée à une grande variété d’impressions. Les sons intenses déterminent des succussions générales analogues à celle du massage, des frictions, de la flagellation. Léopold Deslandes se demande si les roulements prolongés du tambour dans une salle bien disposée pour réfléchir les rayons sonores ne pourraient servir chez certains malades à exciter les fonctions moléculaires ; les organes les plus immédiatement soumis au contact de l’air et ceux qui .sont situés dans les cavités ne ressentiraient-ils pas spécialement cette action? Il faut rapportera cet ébranlement de tout le corps certains accidents causés par les fortes détonations, tels que stupeur passagère, pesanteur de tête, engourdissement général, douleurs articulaires, hémorrhagies nasales et bronchiques. Les convulsions, les avortements produits par les détonations soudaines et fortes sont peut-être un effet plus moral que physique; mais il paraît prouvé qu’elles ont pu faire périr des poissons au fond des lacs et des rivières, et donner la mort à des fœtus dans le sein de leurs mères. Dans l’oreille elles peuvent occasionner des lésions graves, telles que phlegmasie, hémorrhagie, surdité plus ou moins prolongée, rupture du tympan;

1 ce dernier accident survient parfois chez les jeunes canonniers, à la suite des I décharges simultanées de grosses pièces d’artillerie en grand nombre. Peu ! considérable, la rupture se cicatrise promptement, s’accompagne de symptômes I cérébraux et n’entraîne pas toujours la surdité; elle expose h l’otalgie, à l’in- ' flammation de la cavité tympanique, à la disjonction des osselets; elle ouvre un facile accès aux insectes et compromet l’intégrité ultérieure de l’ouïe par l’action de l’air extérieur sur les parties profondes de l’organe : on a vu le J nerf acoustique plus ou moins lésé, et même désorganisé par la succussion { d’un son trop intense. Les artilleurs bien constitués n’éprouvent le plus soui' vent que des troubles passagers de l’ouïe, de la vue ou de l’encépbale; an < bout de qucl([ues jours leur apprentissage acoustique est terminé, iïlais il est r prudent d’imiter l’exemple de Percy, en éloignant do cette arme les sujets à

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frêle poitrine, disposés à l’hémoptysie et aux affections du cœur. Le timbre et le ton de certaines vibrations sonores sont presque insupportables à l’oreille, qui finit pourtant par s’y habituer : tels sont le frottement du verre par un corps dur, celui de la lime sur les métaux ou sur une scie, le grattage des murs, le déchirement du papier, le repassage des couteaux, la trépidation des navires à hélice. Ces bruits sont à l’oreille ce que le scintillement ou les contrastes aigus et heurtés de couleurs sont à l’œil : d’après iMénière (1), les grandes usines où règne toujours un bruit éclatant, les ateliers de chaudronnerie, etc., comptent presque autant de sourds que d’ouvriers. L’obtusion de l’ouïe est commune chez les gens d’équipage des bombardes, des canonnières, des navires qui servent d’écoles d’artillerie (Fonssagrives).

La succession d’un son, d’un bruit, d’un mouvement quelconque dans un ordre régulier, et par intervalles égaux et d’égale durée, constitue le rhythme. En parlant ici de l’influence de la musique, nous ne prétendons pas rattacher à l’ouïe la faculté de combiner les sons d’après des rapports harmonieux : cette faculté fait partie intégrante de l’être psychique et s’exerce peut-être à l’aide d’une portion déterminée de l’encéphale; mais ses résultats impressionnent l’oreille, sont transmis par elle, et, après les réserves exprimées au commencement de ce chapitre, nous pouvons mentionner ici les effets du rhythme ‘ aussi naturellement que ceux des couleurs dans le paragraphe relatif à la vue. Le rhythme ou cadence est le type universel des mouvemenls de la vie; le cœur et le poumon frappent une mesure à deux temps marqués, dans le premier par la systole et la diastole, dans le second par l’inspiration et l’expiration. Le rhythme gouverne instinctivement les actes de la locomotion. 11 règle les marteaux des forgerons, les fléaux des batteurs en grange, les rames du batelier, les bras et les jambes du nageur, etc. Il excite les hommes à l’applica- i lion égale et constante de leurs forces, il leur facilite tous les travaux : c’est | en cadence que les matelots virent de bord, larguent ou carguent la voilure; c’est aux sons des instruments que nos soldats marchent au combat, et qui ne i sait l’héroïque entraînement du pas de charge accompagné d’un chant patriotique! Le rhythme monotone du tambour délasse pendant une marche forcée, ' rallie les traînards, remet l’ordre dans les rangs. Le maréchal de Saxe connaissait la puissance de cet instrument pour ranimer les soldats dans les marches de nuit. La musique militaire contribue à éloigner la nostalgie des rangs de l’armée; la musique, en général, est puissante à exciter, à calmer, à dériver les passions. Il n’est point jusqu’aux actes de la vie organique qui ne se res- . sentent de son influence ; aux sons d’une musique vive, le pouls s’accélère, I le visage se colore; les symphonies que l’on exécute pendant les repas, les concerts qui leur succèdent, concourent à la régularité de la digestion. Le principe de tous ces effets est évidemment dans les modifications de l’encéphale consécutives à la perception du son, et que l’art peut développer tantôt dan

(l) Communication manuscrite (1861).

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un but d’antagonisme ou de révulsion morale, tantôt dans l’intérôt d’une fonction organique en souffrance. Des aliénés ont entendu un concert avec des signes manifestes de plaisir; d’autres ont coopéré à son exécution avec autant d’attention et de justesse que les musiciens sains d’esprit. Les phrénologisles expliquent ces curieux résultats par l’antagonisme des différents organes de l’encéphale : quand le philosophe attribue à la musique l’avantage d’adoucir les mœurs, les disciples de Gall prétendent seulement que l’homme adonné à cet art, et l’homme qui se livre à la chasse et au meurtre, exercent des organes différents. Logomachie au fond ! Contentons-nous de signaler la puissance organique et morale des sons rhythmiques. Quant à l’ouïe elle-même, à force de s’appliquer à la distinction minutieuse de tous les rapports de tons, de toutes les variétés de leurs combinaisons, elle acquiert de la justesse et de la précision : une oreille musicale tombée dans le quatrième degré de la dysécée conserve encore toute la netteté et la justesse de ses perceptions, et tandis que pour elle la parole articulée n’est plus qu’un mélange de sons confus, elle sent vivement encore les beautésoulesdéfautsd’unemusiquesavanteetdesonexécution(Itard).

2“ Différences individuelles de l'ouïe. — L’audition est sujette à des raodilications passagères ou durables dont la cause matérielle échappe et dont le remède est dans l’hygiène plus que dans la thérapeutique : telles sont l’exaltation (hyperacousie), la faiblesse et la dépravation de l’ouïe (paracousie). Le premier état, très-souvent symptomatique des lésions de l’appareil auditif ou d’autres affections, telles que migraine, névroses, hypochondrie, fièvres graves, résulte parfois d’un trouble fonctionnel qui rend incommodes les bruits extérieurs et même les secousses produites par l’action de se moucher, d’éternuer;

■ le tamponnement de l’oreille avec du coton pour amortir l’acuité des sons du dehors et l’exercice de l’ouïe sur des sons de moins en moins faibles sont à peu près les seuls moyens qu’on puisse lui opposer. Le bourdonnement, le tintement d’oreille, certaines irrégularités de perception, telles que l’inégal 1 retentissement des sons qui ont une intensité égale ou le désaccord entre les I impressions reçues par les deux oreilles, se rapportent à la perversion de l’ouïe.

I Ces phénomènes si gênants indiquent souvent un état de pléthore encépha- I lique ou générale, l’anévrysme d’une artère sus-diaphragmatique, la circula- I lion difficile de l’air dans l’oreille; on les observe dans l’hystérie, dans l’hypochondrie, dans les maladies aiguës, etc. Les bourdonnements, murmures,

I siffl(unents de l’oreille peuvent être le résultat d’une hallucination de l’ouïe, c’est-à-dire une perception sans impression reçue par l’organe auditif. En comprimant pendant quelques minutes les troncs carotidiens, on fait cesser les bruiLs qui sont dus au retentissement des pulsations artérielles de la tôle (Ilard) , \ Cl leur origine étant ainsi connue, on réussit parfois à les masquer, à les cou- I vrir par des vibrations sonores que l’on produit artificiellement autour du I malade, telles ([ue le mouvement du balancier d’une pendule, la chute sonore I d un filet d’eau dans un bassin métallique, etc. Ces moyens agissent, et par 1 I intensité prédominante de leurs bruits, et par l’cffcl du rhythme cadencé <iui

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berce l’esprit et captive l’attention. On désigne par désécée la faiblesse acquise ou congénitale de l’ouïe (dureté de l’oreille), donnant lieu à l’inaudition plus ou moins complète des sons de la voix humaine ; quand les sons ne sont plus perçus que sous forme de bruit, il y a surdité. Itard a admis quatre degrés de la dysécée : dans le premier, audition confuse des sons parlés indirects, où la bouche qui les émet n’est pas vis-à-vis de l’oreille qui les reçoit; dans le deuxième, audition confuse des sons parlés directs; dans les deux derniers degrés, la voix d’abord indirecte, puis directe, cesse d’être nettement perçue. Quand on expérimente sur la perception de la parole, il faut prendre pour diapason le ton ordinaire de la conversation, et pour distance celle de 1 mètre; les épreuves qui portent sur la voix exigent le diapason des cris et la distance d’un pied. Les variations qui se manifestent dans la dysécée et que la surdité n’offre point, révèlent les chances de la guérison; celles qui dénotent l’absence d’une lésion organique ne coïncident pas avec les vicissitudes barométriques et hygrométriques de l’atmosphère, mais elles surviennent brusquement par tous les temps et diminuent ou augmentent de ■ deux ou trois degrés l’intensité de la perturbation fonctionnelle. Avant l’époque où la parole se développe, c’est-à-dire depuis la naissance jusqu’à la deuxième année, la dysécée des deux derniers degrés produit le mutisme; dans les deux ‘ premiers degrés, la parole est tardive et dégénère en un jargon informe, si elle n’est exercée et appliquée avec des soins particuliers. De deux à six ans, période où la parole se perfectionne et parvient à la phrase complète, la dysé--i cée des deux premiers degrés ralentit ses progrès et ceux de l’intelligence et: ne permet que l’éducation privée; la dysécée des deux derniers degrés arrête le développement de la parole et dénature ses acquisitions, et si le mutisme ne survient pas, l’adulte retient le langage et l’imperfection intellectuelle dm premier âge. Ainsi dans les deux premières périodes de la vie, la faiblesse de i l’ouïe équivaut à sa privation, et les moyens auxiliaires de ce sens acquièrent i: alors une importance décisive par l’éducation; s’ils manquent, un léger degré : de dysécée peut amener la surdi-mutité, abrutir la voix par l’absence de la parole, frapper de torpeur l’ûme et l’intelligence par l’isolement de l’individu, j Sur 162 sourds-muets, Itard (1) en a trouvé 86 affectés de simple dysécée et qui lui ont dû le bienfait de leur séparation d’avec le commun des sourds- i muets, moins perfectibles qu’eux. Après l’acquisition du langage articulé et des idées dont il est le véhicule, la dysécée n’est plus qu’une infirmité supportable; la parole et l’écriture sont désormais des instruments suffisants pour les échanges de la vie morale; l’intelligence, mal desservie par l’oreille, redouble' de pénétration, et, grâce à la mutualité des sens, l’étude visuelle du mécanisme labial de la parole corrige les infidélités de l’ouïe.

3“ Soins et moyens hygiéniques de l'ouie. — Quand l’appareil auditif estintact, l’hygiène n’a d’autre objet que de le sou.strairc aux causes de maladies-

(1) Ilanl, Traité des maiadies de l'oreille et de T audition. Paris, 1842, 2 vol in-8.-

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privée]

et aux habitudes vicieuses. C’en est une ([ue de comprimer [le pavillon contre la tète ; on aplatit cet organe, on le déforme, on arrive même par cette compression à abaisser et à rétrécir le méat. Une fois cette disposition vicieuse du méat établie, il est plus difficile d’en extraire le cérumen qui s’y accumule, et la surdité se produit par cause mécanique. Dans un âge plus avancé, la môme dilformité du conduit auditif externe est le résultat de l’usure ou de la chute I des dents incisives; le menton se porte en avant et en haut, fait basculer [ l’oreille et fait perdre au méat sa forme ronde ou du moins ovalaire. On remédie à cette lésion en faisant remplacer les dents absentes, ce qui maintient le menton abaissé et ramène le pavillon à sa position normale (Ménière). Les obstacles accidentels à l’exercice de l’ouïe sont l’accumulation du cérumen, les corps étrangers, le défaut de renouvellement de l’air. Le cérumen accumulé forme un bouchon adossé à la membrane tyrapanique et s’avançant dans le conduit auditif qui lui sert de moule; il en résulte une démangeaison, une sorte d’embarras au fond de l’oreille, rarement une douleur qui s’étend à la tête, toujours un affaiblissement de l’ouïe qui peut aller jusqu’à la surdité. On l’extrait avec un cure-oreille, et, quand sa densité l’exige, on le ramollit préalablement à l’aide d’injections d’eau ou mieux d’huile tiède; rare chez l’enfant . dont le cérumen est plus fluide et moins concrescible, cette incommodité est alors le résultat de la malpropreté et de l’incurie. Les soins de propreté sont I nécessaires à tout âge pour prévenir les concrétions cérumineuses, le feutrage des poils qui tombent, l’accumulation des écailles épidermiques qui s’ajoutent ; à ces corps étrangers pour former des amas oblitérant complètement les méats.

I Ces matières se ramollissent au contact de l’huile, et une injection d’eau tiède suffit ensuite pour vider le conduit auditif et pour rétablir les fonctions altérées, si la surdité ne dépend pas d’une autre cause. Des corps étrangers peuj vent s’introduire dans l’oreille : les uns inanimés, tels que noyaux, pois, 1 boulettes de papier, etc. ; les autres vivants, tels que de petits insectes qui 1 pénètrent directement, ou dont les œufs déposés dans le canal auditif y éclo- 1 sent et donnent lieu aux métamorphoses naturelles de l’animal. Les accidents )< qu’ils déterminent et les indications qui en découlent sont du ressort de la ) chirurgie; les corps inertes doivent être promptement extraits en employant les injections de préférence aux instruments ; les injections huileuses, les substances amères font souvent périr les animaux. Bérard a provoqué la sortie du ver provenant de la mouche carnassière en plaçant b l’entrée du conduit auditif des morceaux de viande. Différentes parties de l’oreille sont impressionnées I par les qualités de l’air extérieur : le développement des otalgies, des otites, etc., par l’action des courants d’air ou de brusques mutations de température, en I est la preuve, ainsi que les variations de la dysécéc sous l’influence des oscillations du thermomètre et du baromètre. Il convient donc d’exercer l’oreille aux impressions opposées de l’atmosphère; mais cette sorte d’éducation de l’appareil auditif ne réussit pas toujours. Ménière nous a assuré que les artisans exposés par leur métier b de brusques variations de température éprou-

158 f)ES MODIFICATEURS. — PERCEPTA, [hygiène

vent souvent des maladies d’oreilles; les boulangers, les chauffeurs de machines à vapeur, les teinturiers, les apprêteurs d’étoffes, etc., sont dans ce cas, et ^ l’hygiène n’a à leur offrir que d’impuissants avis. L’action d’un courant d’air i froid sur une oreille détermine fréquemment une phlegmasie du tympan, un ' abcès de la caisse; il en est de même de l’eau froide qui pénètre dans les oreilles pendant un bain froid. Les névralgies, les indammations et les écoulements otiques sont fréquents dans l’armée : nous les attribuons en partie à la protection inopportune dont les jugulaires du shako et les bonnets à poil cou- , vrent les oreilles ; la disposition des cheveux en bandeaux ou boucles qui cachent les oreilles, les bonnets de nuit qui les soustraient au contact de l’air exposent aux mêmes accidents. Avant de se livrer à la natation, il faut placer dans les oreilles un bourdonnet de coton imbibé d’huile.

L’otorrhée est surtout une infirmité fréquente dans l’enfance et dans l’adolescence, et, comme beaucoup d’autres maladies puériles, on la retrouve avec la même fréquence parmi nos jeunes soldats, liée chez eux comme chez lesenfants au tempérament lymphatique, à la diathèse strumeuse; elle survient! quelquefois à la suite d’une fièvre typhoïde, d’une fièvre éruptive, scarlatine, rougeole, plus souvent après cette dernière [1). C’est entre six et dix ans qu’on ^ l’observe le plus, sans qu’elle épargne les enfants plus jeunes. Le péril est en raison inverse de l’tlge : les organes de l’audition, plus délicats, plus susceptibles, sont alors menacés de désordres plus envahissants, et, à cette époque de la vie, on l’a vu plus haut, la perte de l’ouïe peut encore entraîner le mutisme. D’après les recherches de Bonnafont, presque un tiers des enfants qui existent dans les établissements des sourds-muets, tant en France qu’à l’étranger, doivent leur infirmité aux lésions de l’appareil de l’oreille moyenne par suite; d’otorrhées négligées; le contact du pus finit par altérer la membrane du tympan; les ulcérations du fond du conduit auditif ont cela de fâcheux que, lesglandes cérumineuses étant limitées à ses deux tiers externes, elles occupent et détruisent une portion de peau mince, plus rouge et séparée seulement de; l’os par une lame fine de tissu connectif ; en outre, dans les neuf dixièmes desr cas (Bonnafont), la cause qui entretient l’écoulement de l’oreille réside sur la membrane du tympan ou dans la caisse. Il ne faut donc pas livrer au tempsle soin de le tarir. Les moyens locaux méritent la préférence, sans négliger lesindications d’ordre général (scrofule, syphilis, etc.). Parmi ces moyens, lesinsulllations astringentes et caustiques paraissent avoir mieux réussi que Icsinjections de liquides de même nature; l’otoscope sert à régulariser l’emploi' de la médication et à la restreindre au siège précis du mal.

Les explosions, les détonations, déterminent un ébranlement qui se propagC' à toutes les parties du corps, solides et fluides. L’excessive intensité des impressions acoustiques est nuisible aux personnes excitables, aux malades agités -

(1) Bonnafont, Traité pratique des maladies de Toreille, etc. Paris, 1860, et Bulletin de l'Académie de médecine, l. XXXII, 1866-1867, p. 607.

DE L’OUIE

PBIVÉe]

par la liùvre, altciiUs d’hémoptysie, d’inllammalions aigues, parliculièremcnl (le celles des organes respiratoires, aux femmes enceintes et sujettes à l’avortement, aux femmes en couches, aux blessés, aux opérés. A bord des vaisseaux qui prennent part à un combat naval, dans les ambulances qui avoisinent les champs de bataille, les malades s’agitent au bruit de la canonnade, éprouvent des crampes, des soubresauts, des tiraillements, des convulsions, le tétanos, des hémorrhagies; les fortes détonations ne sont pas moins à redouter pour ceux qui sont atteints de fractures comrainutives. Percy a vu des sourdsmuets qu’elles jetaient dans un état de douleur et de malaise. La musique est une source d’émotions morales dont l’hygiène peut tirer un grand parti auprès de l’homme sain et malade, soit pour rompre la direction habituelle des actes cérébraux, soit pour modifier secondairement les fonctions organiques.

On a tenté récemment de renouveler le miracle biblique de la harpe de David. Les h^iémanes de Bicêtre n’ont pas tous éprouvé, comme Saül, le bienfait de la médication par le chant et la musique. L’abstinence de l’ouïe ou le silence extérieur est une condition d’hygiène nécessaire à certains malades, comme à d’autres l’obscurité (méningite, migraine très-intense, etc.); il est le remède de l’hyperacousie. Quant aux aberrations de ce sens (murmures, tintements, etc.), le plus souvent elles dépendent d’une lésion qu’il faut guérir, ou de conditions plus ou moins passagères de l’organisme (pléthore, anémie). La faiblesse de l’ouïe exige, depuis la naissance jusqu’à la sixième année, des soins et des procédés spéciaux d’éducation : ils se déduisent de ce que nous avons t dit plus haut. Quand elle se développe accidentellement après l’évolution de I l’homme moral et social, l’hygiène peut intervenir utilement pour conserver ce i qui reste de la fonction. En principe, il faut user avec ménagement des organes laffaiblis. Les demi-sourds, disait Ménière (*1), ont le tort de vouloir trop entendre : ils exigent de leur oreille un travail hors de proportion avec le peu ) d’énergie vitale qu’elle conserve; au lieu d’en soutenir la force par un exercice modéré, ils l’épuisent par une action trop vive, trop continue. Ceux dont la sensibilité acoustique va toujours en diminuant trouveront-ils dans les vinventions de l’art quelques auxiliaires plus ou moins efficaces? Les instruments acoustiques, sorte de prothèse hygiénique, sont à l’oreille ce (jne les verres sont aux yeux : ils servent de palliatifs à un elfet produit par des lésions ! très-diverses. Pour les personnes dont l’ouïe s’est affaiblie au déclin de l’ilge i ou dans la vieillesse, les cornets semblent avoir la même utilité que les verres I convexes pour les presbytes, car tous les sons de la voix sont perçus par elles h ! la condition de vibrer plus ou moins près de leur oreille, et sur un ton plus ou i moins élevé. Malheureusement, cette faculté conditionnelle de percevoir les ! sons doux ou faibles de la voix articulée manque dans l’espèce de surdité la i plus commune ; elle manque chez tous les sourds qui le sont de naissance ou

i (1) Communication manuscrite de 186C

1(50 DES MODIFICATEEUS. — DERCEPTA. [hygiène

qui le sont devenus dans l’enfance, dans la jeunesse et meme dans l’âge adulte. Pendant plus de trente ans de pratique spéciale, Itard n’a pas vu un seul sourd-muet, même parmi ceux qui n’ont qu’une dureté d’ouïe plus ou moins prononcée, qui pût s’aider utilement des instruments acoustiques. (]eux-ci sont très-imparfaits, malgré le soin qu’on a pris d’appliquer dans leur construction les lois d’acoustique ; ils ont pour triple effet de recueillir une plus grande quantité d’ondes sonores, de les renforcer de toutes les vibrations qu’elles excitent dans les parois de l’instrument, et de les transmettre immédiatement au conduit auditif. Le renforcement du son est le résultat le plus important; mais par une loi d’acoustique, il perd en netteté ce qu’il gagne en intensité, et au delà d’une certaine limite de force, il frappe confusément l’ouïe. Les sons non articulés sont exceptés de cet inconvénient, leur perception étant soumise à des conditions plus simples. En effet, les sons des instruments de musique peuvent être entendus plus forts et de plus loin sans perdre de leur précision ; et plus la dysécée est avancée, plus le retentissement des ■ sons non parlés peut augmenter sans obscurcir la netteté de la perception. La ! forme des cornets influe sur les réflexions que le son y éprouve, leur substance détermine leur degré de résonnance : ainsi, de la forme dépend le renforcement du son, de la substance sa netteté. Certains métaux, dont on augmente l’élasticité par l’écrouissement, la tôle, l’argent, le fer-blanc battu, donnent beaucoup d’intensité au son ; la forme spiroïde, avec le décroissement progressif de la cavité infundibuliforme, contribue le mieux au même but. Plusieurs coquilles univalves, appartenant à la classe des enroulées, des> purpurifères, telles que les vis, les buccins, les cônes, sont des cornets acous- i tiques très-retentissants; il suffit d’ouvrir le sommet de leur spire et d’y ajuster j un tube sonifère qui s’applique à l’orifice du méat auditif. Quand le degré de. la dysécée exige une matière plus élastique et plus vibrante que le carbonate i calcique des coquillages, on leur substitue des cornets de cuivre ou d’argent ' modelés exactement sur la forme enroulée des univalves spirées. Pour corri- : ger la résonnance de ces cornets artificiels, on enduit leur intérieur d’uii vernis do peinture, on y introduit un léger flocon de coton, et l’on disposci près de leur pavillon une cloison de baudruebe, sorte de tympan qui amortit les ondes sonores. On construit d’autres cornets avec trois ou quatre segments d’un tube conique réunis en faisceau. Ce petit système de sinuosités, outre la transmission retentissante des sons qu’il recueille, affecte l’oreille d’un murmure continu qui, dans les surdités séniles, excite la sensibilité émoussée de l’organe et lui facilite la perception des sons. Ce murmure incessant est dû au mouvement vibratile de l’air enfermé dans les tubes coniques et qui s’échauffe au voisinage de la tête ou au contact de la main. L’étain, le bois, la corne, la gomme élastique, façonnés en cônes droits ou légèrcniciU courbés, et se terminant par un pavillon peu évasé, donnent, pour les degrés moins intenses de dysécée, des sons moins retentissants, moins confus. Si ces instruments ont encore trop de résonnance et donnent lieu à un bourdonne-

DE L’ODIE.

privée]

ment, on les remplace par un simple réceptacle des oncles sonores qui les rassemble sans les renforcer : telles sont les conques appliquées en voûte sur le conduit auditif, et disposées comme la main dont les gens à audition dure s’aident pour colliger les sons. La déviation ou l’oblitération du conduit auditif s’observe à la suite de la tuméfaction considérable des parotides, ou quand la perte des molaires a changé les rapports des condyles du maxillaire inférieur. Pour rétablir, dans ce cas, le libre passage des ondes sonores, Larrey a proposé de petits cornets acoustiques de gomme élastique, enduits d’un vernis couleur de chair, et placés sans lien extérieur, de telle sorte que le rebord corresponde aux replis de l’anthélix, du tragus et de l’antitragus. — Jorissen et ‘NVinkler ont conseillé l’usage de lattes minces qui, placées entre les dents, transmettent les vibrations sonores par la trompe d’Eustache. Itard a converti cet instrument en une espèce de porte-voix de bois de 2 pouces d’épaisseur, dont une extrémité, taillée en bec de clarinette, est saisie par les dents du sourd, tandis que l’autre, évasée en pavillon, reçoit la bouche de l’interlocuteur. D’après Deleau, les meilleurs instruments, pour les personnes affectées de dysécée qui s’aggrave avec les années, sont de simples tubes conducteurs des sons ; ils ne dénaturent pas les sons et n’exaspèrent point la sensibilité du nerf acoustique. Telle était aussi l’opinion de Ménière : pour faire converser avec un demi-sourd une personne à voix faible, à respiration courte, à voies aériennes irritables, il conseille l’emploi d’un cornet composé d’un long tube flexible, formé par une spirale métallique enveloppée de tissus imperméables. Ce tube, long de 1 à 2 mètres, se termine par un bout d’ivoire qui entre dans l’oreille du sourd; l’autre extrémité évasée, du volume d’une tulipe, sert à recueillir la parole. A l’aide de ce tube, deux convives placés l’un en face de l’autre peuvent converser ensemble sans effort de voix, sans fatigue, même à voix basse et presque en confidence. Il n’y a pas, suivant Ménière, d’instrument qui ait moins d’inconvénients, et dont on puisse user aussi longtemps sans crainte d’épuiser la sensibilité de l’oreille; mais l’auxiliaire le plus utile, le plus innocent, le plus efficace, est la main placée derrière le pavillon : en le portant un peu en avant, elle agrandit le récipient des ondes sonores et rend l’ouïe facile sans nuire îi l’organe nerveux. L’inconvénient des cornets métalliques est, non-seulement d’ampliüer les sons, mais de leur donner un éclat dangereux, de produire des vibrations stridentes qui usent promptement le reste de sensibilité du nerf auditif; aussi les personnes qui se servent de ces instruments arrivent-elles promptement à faire usage des plus voluini-

3 lieux. La main, au contraire, n’est employée que momentanément, la fatigue même qui résulte de sa position derrière l’oreille empêche d’en prolonger trop l’usage; son tissu charnu, son analogie avec le pavillon, ne dénature pas les sons, ne les exagère pas trop et tend à conserver le judicieux emploi d’un îj organe affaibli (Ménière).

M. LÉVY. Hygiène, 5° ÉDlT.

Il - Il

DES MODlFlCAiEUHS, — l'EltCEPTA.

[llYGlENK

§ S. — De In vue.

L’organe de la vue est l’œil, appareil très- compliqué, dont la forme est déierniinée. par une enveloppe fibreuse; composé de milieux transparents, d’un diaphragme opaque, de muscles propres, au nombre de six, qui le mettent en mouvement, de vaisseaux veineux, artériels et lymphatiques , il a des nerfs de mouvement, de sensibilité générale et de sensibilité spéciale; en outre, il possède un appareil composé de parties musculaires, tendineuses et vasculaires, et destiné à produire, par la combinaison de la contraction musculaire et de la tension des vaisseaux, les modifications nécessaires à l’adaptation de la vue aux distances; enlin il a des moyens de protection accessoires, et un système sécrétoire particulier est chargé de lubrifier sa surface qui est en contact avec l’air extérieur. Si l’ouïe est le sens intellectuel par excellence, la vue est celui des formes et des couleurs, le sens de l’artiste et de l’imagination qui n’opère que sur les impressions transmises au cerveau par les nerfs optiques.

i. — Modificateurs de la vue, leurs effets et leur emploi. ‘

1“ Le modificateur naturel de l’œil est la lumière solaire; nous en avons j exposé les effets sur l’économie et sur l’œil (tome I, p. 306). |

2“ La lumière solaire est suppléée par la combustion de substances solides, : liquides et gazeuses, qui sont les agents de l’éclairage artificiel; nous les avons I fait connaître (tome I, p. 586). Les moyens d’éclairage les plus usités sont : j

1® la chandelle, lumière faible, irrégulière, vacillante, odeur empyreumatique ! très-prononcée, viciation considérable de l’atmosphère; 2“ la bougie, lumière | peu vive, mais pure, assez fixe et d’une intensité uniforme et constante, déga- t géant peu de chaleur par sa combustion dont les produits sont presque ino- j dores; 3® les lampes anciennes, joignant aux inconvénients de la chandelle la ) difficulté du déplacement; Zi® les lampes actuelles, mécaniques, à double cou- < rant, et en particulier celle de Carcel : flamme éclatante, immobile, régulière, | combustion parfaite, absence presque entière d’odeur empyreumatique; I 5® les appareils à gaz (voy, tome I, page 586); 6® les lampes à pétrole (tomel, page 592).

Quelle est l’action de la lumière artificielle sur l’appareil de la vision? Elle l’irrite et le fatigue beaucoup plus que la lumière sidérale. Les veilles et le travail de nuit sur des objets de très-petites dimensions contribuent puissamment h la production des hypérémies des membranes internes de l’œil, de l’affaiblissement de la vue (amblyopie) et de la paralysie du nerf optiipic (amaurose), (^cs accidents menacent particulièrement les sujets atteints d’un vice de réfraction ou d’accommodation de l’œil; les myopes et les presbytes s’y exposent encore en se plaçant, pour leur travail, à l’angle de réflexion de la

Dli LA VUli.

i’HIVékJ

lumière projetée par les lampes. Quand ou subit longtemps l’action de la lumière artificielle, on éprouve des picotements et de la cuisson au bord libre des paupières et à l’angle interne de l’œil, une sensation de petits graviers entre la paupière et l’œil et de compression dans l’intérieur de cet organe : autant de symptômes d’hypérémie de l’organe; la pupille se rétrécit, plus rarement elle se dilate ; les muscles des paupières et des parties voisines se fatiguent de la contraction soutenue que leur impose leur office protecteur de l’œil, ou plutôt le retentissement de ce qui se passe dans l’œil se communique aux nerfs de la cinquième paire. Cette sorte d’excès de la vision laisse au lendemain l’œil plus sensible à la lumière, les paupières rouges et plus impressionnables à l’air frais, et les cils collés par une sécrétion plus abondante des glandes de iUeibomius. Le repos de l’organe arrête et dissipe ces symptômes ; mais la répétition des excès visuels propage l’irritation aux membranes internes, détermine des congestions plus prononcées de la choroïde sous l’inlluence desquelles la conjonctive rougit, la rétine soulfre et manifeste sa souf^ france par l’apparition de flammes, d’étincelles d’autant plus vives et répétées que l’obscurité est plus profonde. Ces symptômes se développent rapidement et sont suivis de lésions internes bien plus graves si le travail à la lumière s’exerce sui- des objets rapprochés et de petite dimension, s’il exige les efforts de l’accommodation et de la convergence.

L’intensité des effets produits par la lumière artificielle tient à la projection horizontale de ses rayons et à l’action simultanée de ses rayons directs et rélléchis sur l’œil, tandis que les travaux du jour ont lieu à la lumière diffuse. De même on ne peut lire au soleil sans éprouver promptement de la fatigue, de l’irritation dans l’œil, et un éblouissement qui fait que les objets ne paraissent plus assez éclairés, parce que les objets illuminés envoient dans la pupille une telle quantité de rayons lumineux, que sa contraction ne peut plus en diminuer le nombre ni en modérer l’intensité. La première indication est donc de ne jamais placer entre l’œil et l’objet sur lequel on travaille le combustible qui éclaire artificiellement, et d’amortir ses rayons par l’emploi des modérateurs de la lumière, tels que réüecteurs, globes de verre dépoli, capuchons de gaze. Combien l’hygiène oculaire gagnerait à ce que le système d’éclairage dans les lieux de réunion fût combiné de manière à placer hors de la vue toutes les llamines, toutes les lumières directes, et à ne laisser arriver à l’œil que leur clarté dispersée par des réflecteurs disposés eux-mêmes à l’écart: tel est le système I/)catelli, adopté dans quelques théâtres de Paris, de Venise et dans l’une des galeries du palais de Fontainebleau.

L’action de la lumière artificielle varie suivant son degré d’intensité, sa teinte, A son mouvement, etc. Son intensité dépend de l’éclat et des dimensions de la à flamme; ce sont les éléments les plus énergi<pies de la lumière : plus elle est 4 vive et large, plus la pupille se resserre pour protéger la sensibilité de la ré- 1 tine; plus celle-ci est ex|)osée à s’enflammer ou à s’épuiser. Voici un tableau i (le Péclet, complété par l}ri(juel, (jui fait cxjnnajtre les rapports d’intensité des

DES MODIFICATEURS. — l'ERCEPTA.

[hygiène

divers genres d’éclairages usités; il permet de choisir l’espèce de lumière la mieux appropriée à la sensibilité oculaire de chaque individu :

La lampe Carcel de 13 lignes de

diamètre étant prise pour type . 100

Cliandolle des six 10,66

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