‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 41 sur 196 · I'RIVÉE · texte numérisé non relu

I'RIVÉE

le sullhydrate d’ainmouiaqiie, lors de la combnstion des allumettes, déierininent sur les paupières une très-forte cuisson suivie de larmoiemenl.

On conclura de ce qui précède que, dans les conditions actuelles et encore très-imparfaites de la science et de l’art, le mode d’éclairage artificiel le moins nuisible s’obtient par la combustion d’une huile pure dans une lampe mécanique; des ressorts analogues h ceux d’une montre l’y font monter d’une manière uniforme et continue; enflammée au bord de la mèches elle émet par un bec de 20 millimètres de diamètre une lumière toujours égale, paisible, dont l’intensité équivaut à celle de onze bougies et demie. Suivant que l’on veut rassembler la lumière sur les objets de son travail ou la disperser dans son appartement, on couvre le foyer de la lampe d’une sphère de verre dépoli, d’une demi-sphère de gaze, de papier vélin, ou d’un capuchon de tôle vernissée et blanche dans sa concavité; toutefois l’usage de ces réflecteurs opaques fait éprouver à l’œil le contraste d’une lumière très-vive dans leur partie réfléchissante, et d’une obscurité complète dans le reste de la pièce, contraste heureux qui est un moyen de repos pour la vue. Il jie faut entreprendre à la lumière artificielle que des travaux peu fatigants pour la vue : ainsi, mieux vaut écrire que lire à haute voix; que le tronc ne soit pas trop penché en avant, attitude qui gêne la circulation abdominale et favorise la congestion sanguine dans les organes supérieurs. De temps en temps il faut s’arrêter, reporteries yeux sur les objets environnants de l’appartement, et après chaque séance lotionner les yeux avec de l’eau fraîche, si l’on a les yeux solides, les paupières fermes et non disposées aux blépharites ciliaires, aux irritations catarrhales. L’éclat du gaz et le calorique qu’il émet le rendent Insupportable pour les travaux du soir. L’enfant, dont la sensibilité oculaire est très-grande, sera placé le soir dans son lit à l’abri des lumières. Le vieillard est dans le cas des presbytes dont nous parlerons plus loin : il ne saurait trop ménager sa vue. Desmarres n’a pas constaté comme Reer que les sujets à yeux bruns supportent mieux la lumière et perdent plus facilement la vue que les blonds à yeux bleus. Dumont (1), sur 201 amaurotiques, en a compté 93 à iris clair et 108 à iris fonC/é. L’apparition brusque d’une lumière dans une chambre h coucher blesse l’œil : aussi Beer a-t-il donné l’élégant précepte d’éclairer celle pièce par une lampe enfermée dans un vase d’albâtre, et, ce qui sera plus facile eu toute condition sociale, il recommande de ne pas ouvrir brusquement le malin l)our l’aéralion, le passage subit de l’obscurité à la lumière pouvant compromettre la vue. La nature est admirable dans les gradations crépusculaires du soir et du matin, imitons sa prudence. L’obscurité prolongée alfaiblil les yeux sains, nous parlerons plus bas de cet elTet (voy. Verres colorés) ; mais elle est indispen.sablc au régime hygiénique de certains malades : dans un grand nombre d’alïeclious des yeux, il y a nécessité d’intercepter les rayons lumi-

(1) Dumont, IW.hprchen slnh\-h'fjuf;.t ’/iitr A.’.*? l'nutpn n( /px efp’lx de In eécilé. Paris,

168 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène

lieux ou (le les amoiTir par un intermédiaire avant leur transmission à la rétine; même règle pour les douleurs de tête, rencéphalite, les inflammations très-aiguës, le délire, les névroses convulsives, les phlegmasies aiguës de la peau. La lumière devient parfois un agent thérapeutique d’une utilité réelle, notamment dans les cachexies, le scorbut, la scrofule, le rachitisme, en un mot dans les états morbides où il faut agir sur la plasticité : il est très-probable en effet que les actes nutritifs sont, dans l’organisation animale comme dans les plantes, sous la dépendance de la lumière. La lumière fournie par nos moyens d’éclairage agit-elle sur les êtres organisés comme celle du soleil à l’intensité près? Nous avons rapporté (t. I, p. 306 et suiv.) des faits qui permettent au moins le doute à cet égard; néanmoins nous pensons que l’on n’a pas tenu assez compte de la lumière artificielle dans l’étude hygiénique de l’éclairage.

n. — Variations individuelles de la vue et règles hygiéniques

QUI s’y rapportent.

1“ Acuité, étendue de la vision. — Acuité de la vision, étendue périphérique du champ visuel, portée de la vue : tels sont les éléments principaux à étudier dans les maladies des yeux. Celles-ci forment deux groupes assez distincts : les unes, explorables àTophthalmoscope, ne comportent qu’une thérapeutique précaire, souvent impuissante ; ce sont les lésions des membranes et des milieux de l’œil considérés comme liquides organiques ; les autres se prêtant à un diagnostic rapide, à une guérison souvent instantanée, ce sont les maladies des milieux, considérés comme organes de réfraction.

Vacuité de la vue est la finesse de perception, abstraction faite de l’état de la réfraction. Un arc rétinien de 3 ou A millièmes de millimètre, égal à la largeur d’un des bâtonnets qui forment la couche la plus interne de la rétine, correspond à un diamètre de 0““,1 pour un objet vu à 1 pied de distance. C’est la dernière limite de la vision pour l’œil normal. Telle est l’unité acceptée pour mesurer l’acuité de la vision. Il en résulte que pour l’œil sain d’acuité =1, un objet d’un diamètre de devra être vu à 2 pieds de

distance, l’arc rétinien conservant toujours le même nombre de degrés. L(’s échelles de Jæger, Snellen, Giraud-Teulon, permettent à la simple lecture do

calculer cet élément de la vision. Il a pour expression A ='^i

tance à laquelle un numéro N peut être aperçu distinctement.

L’acuité, abstraction faite de toute maladie, et par la seule influence de l’âge, décroît d’une façon régulière que Haan, élève de Donders, a formulée dans le tableau suivant :

(1) A cause de l’étroite spécialité de cet article, j’en ai confié la révision à M. le médecin-major Poucet, chargé des conférences d’ophlhalmoscopie en 1868 à l'école duVal-de- Grâce ; je lui adresse ici mes remercîments pour sa docte collaboration.

DE LA VUE

.Insqu’à 40 ans, l’acuitô à 50 ans, — à 55 ans, — à GO ans, — à 75 ans, — à 80 ans, —

Pour évaluer {'étendue, en largew', de la vision, il suffit de faire fixer au malade uu point central, en même temps qu’un second point auquel on fait i parcourir différents rayons. Dès que celui-ci cesse d’être visible, on a dans ce sens la limite de la vision. La figure que l’on forme en réunissant par un trait l’extrémité des rayons, donne une image semblable à la partie sensible de la ! rétine. C’est ainsi qu’on peut déterminer la position exacte des scotomes,

; segments insensibles de la membrane nerveuse.

Fœrster de Breslau (1) a noté entre les formes des tracés obtenus de cette façon et certaines maladies rétiniennes, des rapports constants, tels qu’un ; même genre de maladies produirait toujours des scotomes analogues.

L’acuité et l’étendue du champ visuel subissent des modifications profondes J dans toutes les lésions organiques des membranes et des milieux, et comme ices deux éléments de la vision se rattachent en dernière analyse à la sensibilité de la rétine, leur connaissance exacte conduit à des notions précises sur l’état £ des couches nerveuses. '

I C’est ainsi que, partant d’une théorie nouvelle sur les couleurs, X. Gale- ) zowski (2) a essayé de déterminer l’état des différentes couches rétiniennes 1 d’après leur sensibilité aux trois couleurs principales : rouge, vert et violet;

I mais ses explications et celles de Dalton reposent sur des hypothèses. Plus précise en ses recherches, l’ophthalmoscopie a permis la solution d’un grand 1 nombrede questions de pathologieoculaire, et la classification, d’après les lésions des tissus, de toutes les maladies rangées parmi les amblyopies, les amauroses , I sthéniques et asthéniques. L’anatomie pathologique des liquides et des solides de l’œil correspond à celle des autres parties de l’organisme, et l’hygiène a pu I retrouver dans la prophylaxie de certaines affections profondes de l’œil les lois qu’elle avait établies pour la conservation d’autres organes.

' (I) Fœrster, Congrès oplilhalmolof/ique de. Paris, 1807.

(2) Oalezowski, Du diagnostic dns maladies des yeux par ta chromaloseopie rétinienne, précédé d’une étude sur Pes lois physiques et physiologiques des couleurs,

■ l’aris, 1808.

170 DES MODIEICATEURS. PERCEPTA. [hyciènr

La rctinile syphilitiquo avec ses exsudais le long des vaisseaux, sou aspeci bleutlire tout parliculier du fond de l’œil, la répariilion inégale du pigment vers la pupille; la choroïdile de même nature, les troubles syphilitiques du corps vili’é, sont des affections aujourd’hui parfaitement reconnues et curables il l’aide d’un traitement spécial; l’alcoolisme, l’abus du tabac, le diabète, l’albuminurie, impriment aussi aux lésions de la choroïde et de la rétine un cachet spécial dont les ophthalmologistes français et allemands ont saisi les traits principaux ; l’héméralopie traitée par le séjour dans la chambre obscure, par les émanations ammoniacales, par les vésicatoires, est aujourd’hui considérée comme une rétinite séreuse, légère, liée le plus souvent à un état de faiblesse générale, et cédant en quelques jours à un régime tonique, au repos de la vue dans l’éclairage ordinaire. On évitera toutefois de confondre sous ce nom toutes les maladies accompagnées d’une diminution de sensibilité de la rétine, où l’héméralopie n’est plus qu’un symptôme secondaire.

2“ Portée de la vision. — L’élément le plus variable dans la vision, c’est sa portée, sa profondeur. 'Lawrence évalue de 15 à 20 pouces le point de vision pour les yeux bien conformés, quand il s’agit de voir des objets de petite dimension, tels que des caractères d’imprimerie, la pointe d’une épingle. iUackensie, Donders, Græfe fixent à 7 ou 8 pouces la distance la plus rapprochée où les objets puissent être vus avec une netteté passable pour les yeux emmétropes ; mais rien n’est plus rare que de trouver les points extrêmes de la vision, punctum proximum et punctum remotum, placés normalement dans la vision binoculaire. Tantôt l’axe optique est trop court (hypermétropie), et le foyer principal se forme en arrière de la rétine; tantôt il est trop long (myopie), et le foyer est en avant de la rétine; ou bien il y a l’inégalité de deux axes d’un même œil (astigmatisme); tantôt, enfin, une paralysie de la forr« d’accommodation qui rend le foyer diffus quand l’olijet se rapproche (presbyopie). Toutes les maladies de la réfraction se rapportent à ces trois variétés principales dont la connaissance, devenue plus précise, a modifié et changé l’hygiène de la vue dans ces dernières années.

L’œil possède la faculté de s’accommoder aux différentes distances, faculté démontrée directement par les variations des images de Purkinje et Sanson, par l’expérience de Schreiner, qui faisait regarder un point brillant h travers doux trous d’épingle distants d’un millimètre et mesurait ainsi, du même coup, l’accommodation et la portée delà vue. Mais autant ce fait est démontré, autant il semble, même aujourd’hui, difficile d’en expliquer le mécanisme. D’après Ch. Rouget, l’adaptation de la vue à courte distance, nécessitant l’augmentation de la courbure de la lentille cristalline et rallongement de l’appareil crislalio-vilré, s’opère ainsi (1) :

« Le muscle ciliaire se contracte et comprime la couronne des procès ciliaires;

» ceux-ci distendus par le sang et communiquant tons ensemble, peuvent être

(1) Cil. Rouget, Comptes reniltis tle l' Académie des sciences, mai 185(5.

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