D. 90” cylind — Trr -f- r- •’ 2A
Ou simplement, écrivant à gauche pour l’œil gauche, et à droite pour l’œil I droit :
Les opticiens savent que le premier chiffre après l’angle appartient au verre cylindrique et le second au verre sphérique.
Nous n’avons pas à indiquer les combinaisons qui peuvent être faites par
DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA.
[hygiène!
les oplicicns pour employer exclusivement un système concave ou convexe, ou combiner les verres à angle droit suivant le procédé de Ghamblant. Les-; verres cylindriques sont ordinairement plans d’un côté, et l’ouvrier leur: donne la courbure sphérique écrite sur l’ordonnance.
« Quand après une délicate et attentive analyse, l’ophthalmologiste a mi » déterminer exactement la difTérence de réfraction de deux méridiens prin- » cipaux, quand par la combinaison précise, annoncée à l’avance, de deux. » verres cylindriques, il a rendu à la vue ou plutôt créé à nouveau un œil jus- » qu’à ce jour presque inutile, la satisfaction qu’il éprouve n’a d’équivalent i » que dans l’honneur qu’en reçoit la science (1). «
7“ Des lunettes en général. — La cause prochaine de la presbytie et de^ l’hypermétropie est la réfraction trop faible des milieux pellucides du globe de l’œil, ou la brièveté du diamètre antéro-postérieur. Dans ces deux cas, leS' rayons lancés par des objets peu distants se réunissent, à cause de leur divergence, en arrière de la rétine. Pour les concentrer en un foyer normal sur lai membrane qui transmet leur impression au cerveau, il faut des verres collée- tifs, c’est-à-dire convexes, d’une courbure proportionnelle au défaut de puis-sance réfringente. Dans la myopie, excès de pouvoir réfringent ou trop grande' longueur du diamètre antéro-postérieur, l’image se forme au-devant de la; rétine. On oppose à la convergence prématurée des rayons le pouvoir dispersifl des verres concaves. On emploie en général des verres biconcaves et biconvexes, dont les deux surfaces ont la même courbure : ce sont des verres dont ', le pouvoir est le plus fort, la fabrication la plus simple et la distance focale la a plus facile à calculer, puisqu’elle est égale au rayon; chacune des deux surfaces de ces verres est une portion de sphère d’un diamètre déterminé; plus'i elle est courte, plus la convexité ou la concavité augmente. Le rayon de leurii courbure, qui offre en même temps le point où se forme l’image, sert à iedi-i|uer leur pouvoir de réfraction et à fixer les rapports des différents verres de . même espèce, afin d’en graduer l’emploi. Le rayon s’évalue en pouces d’an- demie mesure : la taille des verres serait mieux graduée si elle s’opérait suro des formes divisées d’après leur distance focale eu centimètres; mais celte, réforme, tentée par l’ingénieur Chevalier, a été abandonnée à cause du renouvellement coûteux d’un matériel considérable. Étant donné un verre convexe du n” ù8, chacune de ses surfaces représente un segment d’une sphère dont le rayon a ù8 pouces d’étendue; il en est de même des verres concaves du même numéro; mais il faut supposer les deux segments creusés sur l’une de. leurs faces et adossés par leur convexité, de manière à présenter une concavité vers l’œil et l’autre vers l’objet. La courbure d’une sphère étant en raison inverse du rayon, il s’ensuit que, plus le numéro des lunettes compté par Ic.s rayons diminue, plus leur puissance augmente. La perfection de la courbure fait le mérite des verres; aussi ne doit-on les demander qu’à des opticiens-
(1) Giraud-Teulon, De l'œil, p. 81.
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vraiment experts, car l’aclielcur ne peut vérifier rcxactidule de la taille. S’adressera l’aventure aux inarcliands de rencontre ou sans notoriété justement acquise, c’est risquer sa vue, et le danger est d’autant plus grand qu’on doit faire un usage plus assidu des lunettes. Toutes les combinaisons de taille des verres se résolvent en deux catégories suivant la prédominance de la courbure concave sur la convexe, ou réciproquement : 1° verres plan-concaves, biconcaves et concavo-convexes avec prédominance de la concavité, ce sont les verres de divergence; 2® verres plan-convexes, biconvexes et convexoconcaves avec prédominance de la convexité, ce sont les verres de convergence.
Les verres ronds sont les meilleurs ; plus ils sont larges, plus ils agrandissent le cbamp de la vision ; ils doivent être en même temps limpides, incolores, achromatiques, polis, sans inégalités, ni bulles, ni stries, ni fdaments. On les fabrique en général avec le verre anglais ou crown-glass ; le fmt-glass, employé par quelques opticiens, est trop tendre et rarement pur. Les meilleures lunettes se font avec le cristal de roche du Brésil ou de Bohême ; mais douée de la double réfraction, cette substance fournit deux images pour chaque objet, si on ne la taille perpendiculairement à son axe. Les verres périscopiques, inventés par 'NVollaston, présentent, dit-on, une plus grande étendue au parcours de la vision, parce qu’ils englobent mieux la cornée dans ses mouvements; niais ils ont aussi leurs inconvénients: ils exigent des courbures assez fortes comparativement aux lentilles bisphériques, de là un aspect souvent désagréable à celui qui les porte ; ils ne sont pas fabriqués mathématiquement ) comme les lentilles; leur taille est empirique; ils réfléchissent les images, sont
I lourds et d’un prix élevé. Pour la monture, l’écaille légère, mauvaise conduc- ”1 trice du calorique, convient le mieux; la monture doit encadrer solidement i les verres et faire correspondre leurs centres aux axes optiques des yeux. Sans >1 cette précaution, il n’y a qu’un œil qui voie au travers des lunettes, l’autre se li fatigue inutilement à s’adapter au point visuel, et de là souvent la céphalalgie I) que ressentent les porteurs de lunettes. Les branches latérales doivent s’ac-
II commoder à la courbure des régions temporales; elles sont à brisure ou à ri crochet; l’essentiel est qu’elles ne soient ni trop courtes ni trop longues, afin I' que les lunettes restent immobiles.
' On réserve le nom de conserves aux verres employés pour garantir l’œil des K corps étrangers et d’une lumière trop vive, le mot lunettes désignant ceux qui “ servent à corriger la direction vicieuse des rayons lumineux, ou à renforcer leur action sur la rétine : les premiers sont plans, colorés ou non. Les habi- .1 tants du Nord, pour se préserver des effets de la réverbération des neiges, se li peignent le pourtour des yeux en noir, ou se servent de planchettes trouées cprils adai)tcnt aux yeux : les conserves colorées remplissent pour nous le même but. On a constaté, par des expériences d’ailleurs faciles à répéter, que l’impression des dilîérentcs couleurs exerce à différents degrés l’activité vitale de la rétine. Si l’on regarde pendant quelques instants le soleil couchant, et M. LÉVY. Hygiène, 5« édit. li 13
194 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA, [hygiène i
qu’on ferme ensuite les yeux, la série des sensations perçues est une tache : d’abord blanche, puis jaune ; et à mesure que la rétine passe au repos, la ^ tache devient rouge, violette, bleue, puis s’efface dans l’obscurité. Cette gra- i dation indique celle des teintes qu’il faut donner aux conserves : les bleues ■ sont celles qui reposent le plus les yeux; mais, trop foncées, elles ombragent i outre mesure la vue et rendent la fonction de l’œil laborieuse à travers cette i obscurité factice. Les verres bleus ont pourtant un inconvénient; les rayons j latéraux paraissent jaunes, et, lorsqu’on quille les conserves, cette coloration s’étend passagèrement à tous les objets. Les verres neutres, si répandus en , Angleterre, interceptent ou transmettent également tous les rayons et laissent aux objets leurs teintes normales dont l’éclat paraît seulement augmenté, lorsqu’on dépose les conserves. On désigne sous le nom de verres neutres ceux d’un bleu noir d’une pureté parfaite; leur effet se borne à l’amortissement des^ couleurs sans les altérer; ils placent l’œil dans un beau clair de lune. Les-j conserves à verres blancs ou colorés doivent surtout être de grande dimension i| et de forme ronde ; quand elles ne couvrent pas tout le champ de la vision, .j survient toujours, quelle que soit leur couleur, le phénomène si bien étudié j par Chevreul, l’apparition spontanée de couleurs complémentaires à côté de' couleurs primitives : autour du verre bleu se forme alors la bordure jaune, dont nous avons parlé, autour du verre rouge une bordure verte, etc. Les« conserves trop petites fatigueront donc l’œil par la lumière latérale, et d’au-tant plus que leur couleur sera plus foncée ; de là des irritations oculairest aggravées^ des amblyopies, etc.
On abuse des verres colorés en bleu ou en vert ; ils ne remplissent le-, véritable office de conserves que lorsqu’on est forcé de supporter longtemps^ une clarté U’ès-éclalante, ou de travailler sur des corps qui reflètent vivement les rayons lumineux, ou dans les affections compliquées de sensibilité anormale à la lumière. Hors ces cas, ils ont l’inconvénient d’accoutumer l’œil à une obscurité artificielle, et de lui imposer des efforts pour distinguer lesj objets extérieurs qu’ils recouvrent d’une teinte noirâtre; aussi leur usage)] peut-il être suivi de diverses altérations de la vue, et notamment de l’impos-^ sibilité de supporter la lumière ordinaire du jour. Sichel a guéri des amblyo-f pies, des photophobies, des rétiniles chroniques en éloignant par degrés? l’usage des verres colorés et le séjour dans l’obscurité. Desmarres, quand il. s’est assuré que la maladie se borne à une exagération de la sensibilité de la rétine occasionnée par le séjour dans l’obscurité, se dispense de ces gradations ; *i il supprime alors brusquement l’usage des verres colorés, les rideaux, les voiles, tous les écrans propres à amortir la lumière, et il n’a qu’à s’applaudir det>' résultats de celte pratique. »
Il nous reste à signaler ici une grave lacune de la police sanitaire. L’art do l’opticien est aujourd’hui sans contrôle ; il est souvent exercé par des mainf ignorantes. Cependant l’amétropc, le presbyte, le strabique, l’amblyopique.' sont des patients ; les lunettes, un remède : celui qui les vend est assi-
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inilable au pharmacien, et quand il se charge en outre de les ajuster au degré visuel des acheteurs, il usurpe la fonction de l’oculiste, il expose ses crédules clients à un danger réel. L’abus ou l’emploi vicieux des luneiles entraîne la dégradation rapide, souvent irrémédiable de la vue. Que d’amblyopics, que d’amauroses môme ne reconnaissent point d’autre origine ? Sichel n’a jamais vu employer assidûment les verres concaves des n“® 9 à 7, sans conséquences fâcheuses qui obligeaient tôt ou tard à les remplacer par des numéros plus faibles ; et cependant la troisième série des verres concaves, depuis le n® 9 jusqu’au n° û, est prodiguée par les opticiens. Pour les presbytes, les opticiens de Paris prenaient autrefois leur point de départ au II® û8, les malades étaient amenés promptement aux n®" 36 et 2û, et comme la nécessité des lunettes se prononce pour les presbytes vers la quarantième année, beaucoup d’entre eux étaient réduits, entre cinquante et soixante ans, à se servir des numéros 1 2 et 8, sans éviter un déclin de plus en plus sensible de leur vue. Mackensie, qui, comme d’autres oculistes, a établi des séries d’après l’âge des individus, indique le n® 37 pour l’âge de quarante ans, le n® 30 pour celui de quarante-cinq ans, et le n® 2û pour celui de cinquante ans. Quand Sichel prescrivit pour point de départ le n® 72, l’innovation parut presque ridicule; aujourd’hui les presbytes au-dessous de quarante ans se contentent même du numéro 80. De pareils faits justifient le vœu d’une réglementation de l'industrie des opticiens; cette mesure devra satisfaire à ces trois : indications : 1® vérification de l’aptitude de ces industriels; 2® identité etclasi sification exacte des numéros des verres qu’ils débitent; 3° appropriation indi- 1 viduelle des verres laissée au jugement de l’homme de l’art, dont l’opticien i doit se borner à exécuter la prescription.
8® Règles générales d'hygiène oculaire. — L’école de Salerne les a brièvement résumées en ces vers :
Balnea, vina, venus, ventus, piper, allia, fumus,
Porrum cum cæpis, faba, lens, fletusque sinapis,
Sol, coitusque ignis, labor, ictus, acumina, pulvis,
Ista nocent oculis, sed vigilare magis (1).
Un air pur est le meilleur topique des yeux; mais trop chaud et tropde.sséché, il les irrite par l’éclat de la lumière, par l’évaporation des larmes; sec
(1) lledoute la poussière et les vents, les bons vins.
Les soucis et les pleurs, et l’amour et les bains.
Poivre, ail, poireau, moutarde, oignon, fève et lentille,
Soleil ardent, fumée et feu vif qui pétillé,
Coup mauvais à la tète et travail trop ardu,
Aux heures de la nuit, persistant, assidu :
De ces dangers pour l’œil crains la lente menace.
Crains la veille avant tout qui te brûle et te lasse.
■(Traduction par Ch. Meaux Saint-Marc, Paris, 18C1.)
et. froid, il n’a qne l’inconvénient de provoquer celle sécrétion, tandis qu’une lenipéralure froide et humide dispose aux oplithalmies catarrhales. Un courant d’air très-froid, reçu brusquement sur l’œil pendant un certain temps, comme en chemin de fer, au sortir d’un bal en liivcr, peut déterminer une amaurose symptomatique d’un décollement de la rétine par collection séreuse (Desmarres). Les vents agissent sur les yeux par la rapidité de leurs courants, leur température et les matières qu’ils propulsent : on ne saurait trop les en garantir. En 1811 et 1812, Reveillé-Parise a vu des colonnes entières de troupes, en Espagne; forcées de s’arrêter dans leur marche, à cause de la poussière soulevée par les vents si fréquents dans les contrées méridionales de l’Europe. On prévient les inflammations dont les yeux sont alors menacés par des ablutions d’eau fraîche qui entraînent les molécules pulvérulentes et apaisent un commencement d’irritation immédiate (1). Une vue débile, délicate, doit l'edouter l’exposition brusque au grand air et l’action de l’eau froide. L’usage des aliments âcres, salés, épicés, les réplétions habituelles de l’estomac, déterminent des accidents d’bypérémie cérébrale qui s’étend aux organes de la vision. La sobriété les conserve; elle est surtout nécessaire aux personnes qui, réduites à la vie sédentaire et aux labeurs de l’intelligence, exercent incessamment leurs yeux. L’abus des alcooliques se traduit par la rougeur habituelle ' des conjonctives oculo-palpébrales, par un regard terne et émoussé, etc. Les^ buveurs d’eau mettent de leur côté une grande chance de conservation et d’immunité pathologique de leurs yeux. L’inertie, la stagnation domiciliaire i leur sont, comme à tous les organes, une cause de détérioration, tandis que : l’exercice pédestre au grand air leur procure une utile stimulation de contact, ; de perspectives et d’accommodations variées. Les voyages en chemin de fer I donnent lieu à des maladies d’accommodation sous l’influence desquelles la. lecture devient fatigante : elles sont dues à la succession rapide des objets j extérieurs qui surprennent les muscles accommodateuis. Si le sommeil trop prolongé congestionne les yeux et les rend plus impressionnables à la lumière, les veilles immodérées les compromettent par le maléfice combiné de l’éclai- i rage artificiel, de la vision binoculaire sur des objets de petite dimension, etc. La régularité des évacuations alvines contribue efficacement au bon état de la vue ; l’injection et la fatigue des yeux se lient fréquemment à la constipation. i L amblyopie est l’un des châtiments de l’onanisme et des excès vénériens; il , est souvent aisé de le deviner au clignotement,’ à la vacillation, à la flétrissure : et à la langueur inexpressive des yeux. Nous pourrions étendre, développer cette revue des résultats nuisibles que produit sur le sens le plus précieux l’abus ou l’excès des dilférenls modificateurs hygiéniques, sans donner plus dei force aux préceptes qui s’en déduisent et qui se résument tous dans l’appro- i prialion convenable de toutes choses à l’âge, au tempérament, aux forces, aux circonstances extérieures, etc. Le problème de la conservation de la vue est
(1) Reveillé-Parise, Hygiène oculaire, ou conseils, etc., 3® édition, 1843.
DK L’ENCÉPHALE.
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celui de la pondération des fonctions : « Ita vale( corpus, sicut valent, oculi. » (Hippocrate.) A ce principe général, ajoutons qu’il appartient à chacun d’étudier soigneusement la force de ses yeux, de leur donner en tout temps des intervalles de repos qui seront proportionnés à leur faiblesse, de varier les travaux de manière à lixer alternativement les yeux sur des objets de volumes différents et situés à des distances variées, de graduer la transition matinale de l’obscurité à la lumière, et de s’exposer quelque temps à l’air avant de reprendre la tâche du travail quotidien; de s’abstenir le soir de l’examen des objets fins dans un lieu sombre, d’éviter le passage subit d’une lumière artificielle à l’obscurité; de se procurer un éclairage suffisant et tranquille, de préférer sous sa lueur l’écriture à la lecture, etc. Il importe aussi de varier les positions pendant le travail, en faisant alterner la station assise, la station verticale et la déambulation ; de ne point appliquer les yeux immédiatement après le repas, et de s’affranchir, pendant la durée des travaux sédentaires, de toute compression susceptible de retenir le sang dans les parties supérieures du corps. Un jour doux, ni trop éclatant ni trop voisin de l’obscurité, convient généralement le mieux; les presbytes seuls ont besoin d’une lumière plus vive. Le lieu consacré aux occupations de chaque jour doit être spacieux, aéré et ne frapper la vue que par les teintes d’un vert clair. Enfin, des Notions seront faites tous les jours sur les yeux, à grande eau et en nappe au moyen d’une éponge : l’eau fraîche est indiquée à cet effet pour les personnes bien constituées, douées de bons yeux, et pendant la saison chaude et sèche; les yeux faibles, délicats, disposés aux irritations catarrhales, s’accommodent mieux de l’eau tiède ou chaude.
ARTICLE II
DE I.’ENCÉPIIALE.
^’otre intention n’est point de faire ici, sous prétexte d’hygiène encéphalique, un cours de morale ou de phrénologie. Plus l’hygiène a de connexions avec toutes les branches de connaissances, plus nous jugeons qu’il est néces-.^ sairc de circonscrire son domaine; nous avons une autre raison pour nous abstenir de controverses et de préceptes relativement à la nature du principe psychique, à la classification et à la direction de ses facultés et de ses penchants : c’est tout simplement ([ue nous 'admettons la dualité de l’homine; nous apercevons en lui la forme organique liée au inonde extérieur par des lois d’antagonisme et de mutualité, et une âme, c’est-à-dire le principe des manifestations morales et intellectuelles. Sans doute, comme l’a dit un physiologiste allemand, le monde fait l’éducation de l’ame par les sens; mais il ne la crée point, il ne ])cut rien créer en elle, il ne fait qu’exciter les germes qu’elle recèle. Une fois fécondée par l’action intermédiaire des sens, et surtout par la parole de la tradition humaine, l’ànie émet de son propre fonds dos produits
DES MODIFICATEURS. — PERCEPTa.
[htgiêmj I
sans analogue avec ceux de l’univers matériel. Laissons à chacun sa tâche dans> l’œuvre collective de la science : au philo.sophe l’analyse des faits d’intuition et ’ de conscience ; au moraliste la pédagogie ; au médecin la recherche des causes qui déterminent, régularisent ou troublent les fonctions de l’organisme. Cette recherche conduit à des applications précieuses pour l’éducation et la règle sociale de l’homme; mais elles ne peuvent former à elles seules un système de' direction morale et sociale. Nous nous bornerons à l’examen sommaire des^ conditions intrinsèques et extrinsèques qui modifient l’encéphale, et des réactions réciproques qui s’exercent entre lui et les autres organes de l’économie : de là des règles hygiéniques pour la pondération de l’activité physique et de • l’activité morale de l’homme. '
§ 1. — niofliflcatcui'»» in(riiisûi|iic8 tic I -encéphale.
De quelque manière que l’on interprète les liaisons du sang avec le système i nerveux, la constitution de ce fluide universel de l’économie influe nécessairement sur les fonctions cérébrales. Il est impossible de méconnaître la correspondance intime qui existe entre le sang, centre de la vie végétative, et la matière nerveuse, centre de la vie de relation ; et c’est là ce qui donne de la j vérité aux attributs moraux et intellectuels que l’on a rattachés à chaque espèce de tempérament. Rien de plus certain et de plus mystérieux à la fois que la j coïncidence de certains phénomènes cérébraux avec la diminution et l’aug- 1 mentation de la masse du sang. L’affaiblissement ou la perversion des actions -j sensoriales, le trouble des facultés intellectuelles porté jusqu’au délire ou à la stupeur, la prostration de la volonté, et dans les cas extrêmes la perte des senset l’abolition de la conscience : tels sont, avec une série parallèle de lésionsmusculaires, les résultats progressifs de l’anémie. Au contraire, que l’afflux du sang vers le cerveau augmente médiocrement, on observe un excitement plusvif, un surcroît d’activité de l’ànie, une aptitude plus grande à passer d’une idée à l’autre ou à combiner les idées ensemble, une propension aux affections -j énergiques. L’afflux devient-il plus considérable, les signes de dépression j commencent : pesanteur de tête, malaise, difficulté de suivre le lil des! idées et de rassembler ses souvenirs, disposition à la taciturnité, à l’agitation i ou à l’anxiété; brusquerie de paroles et des mouvements, somnolence vigile; ^ à mesure que la pléthore encéphalique augmente, les idées deviennent coiï- i fuses, les sens sont le jouet d’hallucinations, la faculté d’équilibrer les idées faiblit, l’imagination s’égare; à un plus haut degré, il y a perte de la liberté, etc. On s’explique de la même manière l’accroissement de la céphalalgie et du délire par l’horizontalité du corps. Ce qui se manifeste clairement dans la maladie se passe à un degré moins visible dans la santé ; cependant Rrichetoau a cité un homme qui n’avait de mémoire que quand il s’étendait la tête très-ba,ssc ; feu le profasscur Goupil nous a raconté qu’il élaborait dans celte position les brillantes leçons qu’il faisait à la faculté de Strasbourg : ces singu-
DE L’ENCÉPHALE
miTÉE]
iarités ne s’expliqueraient-elles point par une nuance d’un état morbide qui a été étudié seulement de nos jours, l’anémie cérébrale? Il n’y a que le sang artériel vermeil qui puisse entretenir la vie dans tous les organes. L’imperfection de l’hématose n’est donc pas sans influence sur l’activité du cerveau ; or, elle est en rapport avec le fond de la constitution et le tempérament. Est-il besoin de rappeler ici les modifications si remarquables qu’impriment à l’activité cérébrale l’hérédité, la sexualité (1), les habitudes physiologiques et morbides, les oscillations de la santé, etc. ? Nous les avons mentionnées en traitant de ces différentes formes de la vie individuelle (tome I), et nous avons insisté sur un fait essentiel à savoir, qu’ils supposent toujours la libre iniffalive de la volonté, soit dans l’individu qui les présente, soit dans les parents dont il est issu.
j § *. — îlIodlflcateurH extrinsèques tle l’encéphale.
1° L’influence du climat sur le développement intellectuel et moral de l’homme est une vérité qui a inspiré bien des pages brillantes. Hippocrate et, à son exemple, Montesquieu l’ont exagérée (voy. t. I, Introduction). C’est le monde extérieur qui dirige les premières excitations sur l’ame du nouveauné. D’abord il existe ; puis il connaît qu’il existe par les impressions qu’il reçoit du dehors, qu’il distingue et dont il se distingue ; puis, par la variété des impressions, il arrive à connaître le mode de son existence. Les phénomènes, saisis d’abord dans leur isolement, puis dans leurs relations de simultanéité et de succe.ssion, servent de base première aux opérations de son entendement. Or, tous ces matériaux sont recueillis par les sens ; ceux-ci sont donc les portes ouvertes par lesquelles la nature extérieure, c’est-à-dire les irradiations du climat, se propagent jusque dans le foyer intime de l’ètre humain. L’intelligence et l’âme se colorent de reflets de l’horizon natal. Mais le climat n’entraîne pas seulement la spécialité des premiers matériaux fournis par les sens à l’activité de l’ânie, il réagit encore sur l’encéphale par la modalité qu’il imprime aux fonctions d’hématose, de nutrition, de génération, etc. Toutefois, et par la seule force de sa spontanéité, l’âme arrive à se constituer en antagonisme avec sa propre activité sensoriale; elle devient apte à se con- 1 cevoir distincte de la vie matérielle, et une fois qu’elle a acquis la conscience de la part d’inlini qui fait sa propre et véritable essence, elle possède la faculté de se déterminer par elle-même; elle a conquis toute sa liberté. A ce point
(1) C. Sappey a trouvé des différences notables entre l’homme et la femme, quant au j volume du crâne, â la capacité de cette cavité, au volume et au poids de l’encéphale. N Celui-ci pèse en moyenne 102 grammes de plus chez l’un que chez l'autre, et cette diiïé- '' rence porte presque uniquement sur le cerveau, pour lequel elle s’élève à 9é grammes : le cervelet, la protubérance et le bulbe diffèrent à peine d’un sexe à l’autre. (Gaz. mùd,
' (le Paris, 1802, p. 2â.)
DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène |
culminant du dévelop|)emcnt moral, le climat perd ses droits ; mais les masses ',i n’y atteignent point; leur perpétuelle enfance perpétue les dissemblances si caractéristiques entre les peuples du Nord, du Midi et des pays tempérés. Le i tableau que les médecins et les administrateurs des contrées marécageuses ont i tracé des populations qu’ils avaient sous les yeux semble réaliser au maximum c l’empire que les eaux, les lieux et l’air exercent sur l’état moral des hommes i (voy. t. I, Des eaux stagnantes, p. 393), Un pouvoir spécifique semble « dévolu à la lumière : a-t-elle une affinité matérielle et directe avec la sub- « stance du cerveau? Un philosophe qui fut mon maître, Bautain, professe cette < opinion. A l’éclat ou à l’absence de la lumière se lie l’exaltation ou la sédation 4 de l’activité cérébrale. L’obscurité, en fermant les sources de la perception \ visuelle, permet à l’esprit de se replier avec plus d’énergie sur les impressions J antérieurement reçues, sur les sujets de ses affections, de ses craintes, etc. j L’obscurité est la mère des fantômes, des superstitions, des frayeurs i vaines, etc., parce qu’elle supprime le contrôle exact de la vision.
2° Les effets immédiats delà digestion sur le cerveau sont connus de tout le monde : tantôt une douce et pétulante gaieté, signe de stimulation générale ; tantôt la somnolence et l’affaissement produits par le labeur excessif et lent d’un estomac surchargé. Les philosophes et les législateurs des peuples ont ' mis à profit l’influence si différente que la diète végétale et la diète animale exercent sur l’animal. Pythagore, Zénon, Plotin, Porphyre, Moïse, Mahomet, etc. , ont fait concourir cet ordre de moyens à l’amélioration des hommes, à l’adoucissement des mœurs. La violence est la loi des peuples carnivores, tandis que les préceptes d’une morale plus pure ont pris naissance chez les nations vouées à l’abstinence des viandes, comme les placides Hindous, ou réglées sévèrement dans leur régime, comme les Spartiates. Galien a dit :
(( Animus sanguine et adipe suffocatus cœleste aliquid pervidere non potest. » Nous avons signalé [Boissons] l’énorme part qui revient à l’ijsage et à l’abus des alcooliques dans la production des maladies mentales.
3” Parlerons-nous de l’action morale du vêtement et des cosmétiques? Le costume joue un rôle immense dans la société : il est le symbole de la hiérarchie sociale. Les attributs extérieurs des chefs des États, les insignes du sacerdoce, les marques distinctives de la magistrature et de l’armée, etc. , sont des éléments très-réels de puissance et de discipline. On gouverne les hommes par la vanité ; la dimension on la forme d’un ornement extérieur soulève des orages. L’habit oblige : la soutane contient le prêtre libertin, l’humble paysan redresse le front sous le casque du cavalier. On a observé que le soldat, vêtu de l’habit de grande tenue, se respecte plus qu’en petite tenue de veste avec le bonnet de police. Le sauvage lui-même se pare d’un luxe grotesque de plumes, de verroteries. Le manteau de Diogène couvre la vanité crasseuse d’un philosophe dont l’espèce n’est pas éteinte. L’habit, c’est l’homme, dit un proverbe cynique. La femme l’a pris au sérieux, et elle puise dans l’arsenal de la toilette une grande partie des moyens qu’elle emploie pour susciter, pour
DE L’ENCÉPHALE
privée]
eiitrcienir, pour irriter au besoin les passions sur lesquelles se fonde l’irrésislibie empire de sou sexe.
Le balancement régulier des excrétions est une condition de bien-être moral qui se lie étroitement au sentiment de la santé. Nous avons noté les phénomènes moraux qui accompagnent l’apparition première des menstrues, leur gêne, leur suspension, leur suppression définitive; ceux qui, d’après Gall, précèdent et suivent des évacuations analogues chez l’homme ; les effets (le la continence, des excès et des abus génitaux ; l’hypochondrie des individus tourmentés par une constipation habituelle, etc. (voy. t. I).
5“ L’activité des sens aboutit au cerveau, réservoir des sensations, qu’il distribue ensuite dans l’organisme par un mouvement de renvoi. Les sensations, dit avec raison Georget (1) se confondent avec les opérations cérébrales; elles donnent naissance à des affections morales, à des passions, à des combinaisons intellectuelles. La vue d’un péiâl imminent, l’annonce d’une nouvelle fâcheuse, causent tout à coup l’effroi, du chagrin, etc. La musique n’est-elle pas le mobile sensorial le plus apte à déterminer les affections morales les plus vives, les plus énergiques, les plus opposées? — Il sera question, dans le chapitre suivant, des changements qu’éprouve l’action cérébrale par suite .des exercices et de la gymnastique. Nous avons déjà insisté ailleurs sur l’efficacité des diversions musculaires contre certaines habitudes vicieuses de l’encéphale i(tomeI, page l^i6).
§ 3. — Inaiicnco (lu moral tuir les fonctions de l’économie.
1® Fonction de la reproduction. — La disposition à la gaieté favorise cette fonction ; les soucis, la crainte, la tristesse, la frayeur, la paralysent ; les travaux d’esprit, les émotions morales, éloignent du plaisir sexuel. La lubricité, dit Burdach (2), tient souvent plus au vide de la tête qu’à la plénitude des testicules. L’imagination provoque l’érection, accroît la sécrétion du sperme, exalte l’activité plastique des ovaires; elle supprime ou augmente la formation du lait, elle appelle ce fluide dans les mamelles desséchées, etc. D’ailleurs 1a volupté vénérienne est le produit d’une perception cérébrale; tous les plmnomenes qui précèdent et suivent le coït se rapportent au cerveau : les femmes et les enfants, qui n’ont point de sperme, sont passibles des mêmes sensations que l’adulte. — 2® Fonctions plastiques. La digestion est à la merci des vicisîsitndes de l’état moral : une frayeur l’interrompt brusquement; la tristesse la rend lente et pesante; la gaieté l’aiguillonne; en un mot, la marche de la fonction et le degré d’élaboration des matières ingérées dépendent du mode d’irradiation cérébrale. Le docteur Beaumont a vu de ses propres yeux la muqueu.se de l’estomac devenir rouge et sèche, ou pâle et terne, par l’effet d’une com-
(1) Georget, Physiologie du st/sième nerveux, t. I, p. 356.
(2) Burdach, Traité de physiologie, t. V, p, 27.
DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène il
motion morale. Il on est de môme du rhythme circulatoire, et l’effet desémo- i tions morales est la plus forte preuve de l’action du cerveau sur le cœur; ellesi rendent ses mouvements tumultueux, et, quand elles sont très-vives, elles’ causent la syncope. Dans toutes les exaltations de l’àme, dans les énergiques-l et libres déterminations de la volonté le cœur domine le sang et le lance avec force et par larges ondées dans les canaux artériels. Dans les divers états de i concentration morale, d’oppression du sentiment ou de la volonté, le cœur i lutte avec peine contre le sang et s’épuise en battements petits, intermittents, accélérés. La crainte de la saignée refoule le sang et laisse la veine béante i sans écoulement. Un homme robuste, insulté par son prince, et qui mourut subitement sous la compression forcée de sa juste colère, offrit à Harvey un cœur extraordinairement dilaté. D’après Proust, l’exhalation d’acide carbonique par les voies respiratoires augmente sous l’influence des impressionsexhilarantes, et diminue par la tristesse, l’inquiétude; la transpiration insensible suit les mêmes phases; les aliénés ont presque tous la peau sèche et suent difficilement. Le blanchissement des cheveux, à l’annonce d’une catastrophe, prouve que la sécrétion du pigment est brusquement modifiée. Le repos de l’âme, la sérénité de l’esprit, favorisent la formation de la graisse; lespassions fortes et contrariées la réduisent. L’intestin, paralysé par une terreur' soudaine, laisse échapper en diarrhée les fluides contenus dans ses follicules. La salive coule abondamment pendant la colère, pendant l’éréthisme vénérien. L’effusion des larmes, précédée de rougeur à la conjonctive et de tension dans l’œil, est la crise des émotions qui s’accompagnent de spasme épigastrique et d’oppression précordiale. La colère violente produit des vomissements et une diarrhée de matière bilieuse, l’amertume de la bouche, des douleurs à la région hépatique; les affections tristes, le dépit, la contrariété, abaissent toutes les actions organiques, et par conséquent aussi celle du foie; c’est pourquoi ils entraînent la constipation, la perte de l’appétit, la pneumatose intestinale, la coloration ictérique de la peau, l’induration du foie, et la production des concrétions biliaires. — Fonctions de relation. Les fortes contentions de l’esprit suspendent ou dénaturent l’activité des sens; les rêveurs, les illuminés, les extatiques, en sont des exemples. Le cerveau subit lui-même le ravage des passions et des idées ; et c’est ici qu’apparaît le néant des doctrines matérialistes. Si c’est le cerveau qui pense et qui sent, comment est-il altéré dans ses conditions matérielles par le simple effet de ses fonctions, ou plutôt « comment se fait-il qu’une idée tout à fait métaphysique, invisible, intangible, sans; étendue, sans forme ni substance, agisse néanmoins avec une force, une persévérance capable de détruire l’organisme matériel le plus fortement constitué? Un homme apprend qu’à deux mille lieues de distance le vaisseau qui porte sa fortune est englouti dans les flots... Rien ne le louche, rien ne ratteinl physiquement, mais l’épine morale enfoncée dans le cerveau amènera presque infailliblement les plus graves accidents. Le premier de tous est une commotion extrême, rapide, fulgurante, qui ébranle l’organe. A ce premier effet
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succède une douleur plus profonde, plus (Ipre, dont le résultat est d’irriter continuellement le cerveau : de là la perte du sommeil, l’augmentation de l’irritabilité pliysiologi(pie; puis, au moral, la disposition à l’emportement, à la méliance, à la morosité, et si rien ne détruit ou n’efface la cause, la méningite, tes congestions cérébrales, l’apoplexie, les paralysies, les ramollissements du cerveau, l’aliénation mentale, etc. , en sont tes suites plus ou moins immédiates. Mais où donc est la racine de tant de maux? Dans une idée, et cette idée commande à toutes les autres (1). » Sous le coup des émotions ou par les impulsions de la volonté, l’action musculaire est paralysée, saccadée, tremblante, roidie, précipitée, etc. Le sommeil ne suspend les phénomènes de relation qu’avec le consentement de l’àme, et quoique la résistance au besoin du repos menace l’intégrité des centres nerveux, elle n^’est pas moins un acte de prépondérance du moral sur le physique.
Ainsi, toutes les fonctions, tous les organes subissent l’empire des vicissitudes de l’clme; l’influence morale conserve et détruit, guérit et tue : Fernel, Racine, Fourcroy, Fontanes, üupuytren, Orfda, ont succombé à sa mortelle atteinte; la maladie (jui a terminé prématurément la grande vie de Napoléon rappelle ce mol du célèbre Ant. Dubois, que la cause du cancer est dans les nerfs. Les viscères les plus fréquemment atteints par cet ordre de causes, sont: le cerveau, qui est leur siège et leur point de départ; l’estomac, sur qui elles ' retentissent presque instantanément; le cœur, (|ui, suivant le langage commun, à la fois pittoresque et vrai, bondit de joie, se serre ou se brise de douleur; enlin le foie, qui est affecté surtout par les souffrances morales chroniques, ce qui a fait dire que les longs chagrins jaunissent. Tous les fluides de l’économie peuvent être modifiés dans leur quantité et dans leur qualité par l’action des causes morales; leur altération parfois instantanée suppose néces- . sairement celle du sang. Borelli affirme que dans un paroxysme de colère, la ' température du sang s’élève autant que dans un accès de lièvre : s’échauffer ' le saruj n’est donc pas une métaphore. « La chaleur, dit Burdach (2), augmente par l’effet de l’espérance, de la joie, de la colère et de toutes les passions excitantes. Au contraire, la crainte, la frayeur, le chagrin, la diminuent.
! Martin a vu la température monter de 35", 5 à 37", 5, dans un violent accès de colère, et descendre à 33°, 75 sous l’empire de la frayeur, mais se relever bientôt jusqu’à 3(i",25. » Il n’est pas jusqu’au travail de l’esprit qui, suivant la remarque de ,J. Davy (3), et sans le concours d’aucune autre action, ne suffise pour élever la température, d’abord à la tête. J.e lait et la bile sont les deux liquides organiques qui se ressentent le plus souvent des perturbations du rbythme encéphalique. Enfin, l’effet des causes morales ne se localise pas
(1) Reveillé-Parisc, Essai de médecine morale, dans les Éludes de l’homme, etc. Paris, 484.5, t. Il, p. 31.
(2) Durdacli, Traité de yhysiologie, traduction Jourdan, t. IX, p. 645.
(3) J. Davy, Archives générales de médecine, 1846, supplément.
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toujours dans un viscère, ne se traduit point toujours par la lésion d’un liquide ; , il arrive que tout l’organisme en est frappé par sidération ou d’une manière'' lente. Les exemples de mort subite par excès de colère ou de joie, quoique' rares, ne manquent point : Sophocle en est le plus illustre. Les affections morales épuisent insensiblement les constitutions les plus robustes ; la jalousie fait tomber certains enfants dans le marasme; et puisque le scalpel ni le microscope ne peuvent vérifier sur le cadavre les résultats de ce tædium vitœ, reste une sorte d’usure dynamique, une consomption nerveuse, triste mais irrécusable preuve de l’existence et de la puissance du principe immatériel dont notre corps est le réceptacle éphémère.
§ 4. — Influence des fonctions sur le moral.'.
Sans rattacher le penchant d’un sexe vers l’autre h l’influence immédiate ; de la génération, rappelons que les phénomènes moraux qui font cortège h la. puberté (voy. tome I, chap. III) manquent totalement chez les castrats; Il qu’avec l’affaiblissement de la faculté procréatrice par les excès coïncident ! l’inertie de la pensée, l’inaptitude au travail, la diminution de la mémoire, nneiv sorte d’imbécillité; qu’une continence difficile agite le cerveau ou produit! l’embarras de la pensée, l’ennui, le dégoût; que la génération conduit à la sociabilité, à la vie de famille, etc. Les organes de la vie plastique transmettent au cerveau, par l’intermédiaire du grand sympathique, des impressions qui . modifient les manifestations de l’intellect et du moral, car on ne saurait mé- : connaître dans le nerf trisplanchnique un foyer d’incitations, pas plus que la transmission des incitations cérébro-spinales à la fibre musculaire de la vie'' organique. Tout ce qui a été dit au § 1" de cet article s’applique à la démou-stration de l’influence que les autres organes de l’économie exercent sur l’encéphale; elle peut aller jusqu’à troubler profondément ses fonctions, jusqu’à: fausser les résultats de l’activité sensoriale : le délire accompagne les inflammations suraiguës des principaux viscères; il est surtout produit fréquemment par celles du tube digestif. uMens sana in corpore sano », cet axiome résume, non-seulement les conditions de l’éducation, mais encore celles du libre arbitre. Cas. Broussais a raison de dire que le libre arbitre n’a rien d’absolu (1); que l’apoplectique, le phrénétique, l’endormi, l’idiot, en sont privés; que l’homme le plus libre est celui dont les organes et les facultés ont acquisleur développement le plus complet. Mais nous différons de lui dans l’explication du rapport qui existe entre la liberté morale et la santé parfaite. Pour les phrénologistes, c’est un rapport de causalité, pour nous un rapport d’harmonie : de même que tout organe est approprié à sa fonction, ainsi la santé nous semble une appropriation de l’organisme à l’expression parfaite de la vie morale; mais celle-ci ne dépend pas virtuellement et primordialement de
(1) Cas. Broussais, Hygiène morale. Paris, 1837, p. 265.
privée] nE L’ENCÉPHALE.
l’état (les organes. L’apoplexie, la phrénésie, l’idiotisme, ne sont pas d’ailleurs des états physiologiques, et, si l’on peut ainsi dire, légitimes. La santé a été la dot primitive de l’homme, et sa liberté n’a connu d’autre limite que la nécessaire limite des lois de l’organisation et du milieu ambiant : les causes qui ont amené l’idiotisme, la phrénésie, l’apoplexie, c’est-à-dire l’oppression de son libre arbitre, il peut les avoir volontairement mises en jeu, lui ou ses ascendants. Combien d’états organiques ou psychologiques qui entraînent l’abolition de la volonté sont les résultats d’un suicide qui frappe l’individu seul, ou la famille avec l’individu ! Je vois dans l’idiot de naissance le spectre de l’intelligence du père, de l’aieui, ou le produit condamné d’un croisement illégitime.
§ 5. — ConscfiMenccs hysiéniqnes.
Déterminer le juste balancement des actions organiques et des influences I morales, réaliser et faire durer le « mens sana in corpore sano », tel serait l’objet de l’hygiène encéphalique : tel est aussi le but que poursuivent à travers les siècles les philosophes et les moralistes. La phrénologie, en substituant à l’anthropologie religieuse, à la psychologie, une sorte de mécanique cérébrale, simplifie en apparence les termes du problème; mais en mettant la théorie des phénomènes moraux et intellectuels à la portée des plus médiocres esprits, elle n’ôte rien aux difficultés de la pratique, c’est-à-dife de l’éducation et de la direction des hommes. Sans agiter ici en phrases magistrales les problèmes dont personne ne cherche les solutions dans un livre d’hygiène élémentaire, contentons-nous d’avoir spécifié les réactions réciproques qui existent entre le physique et le moral, et qui projettent une lueur de plus sur le côté dynamique des actes de l’économie. C’est au médecin à combiner, pour le but qu’il se propose, les éléments de l’organisation et de la diététique, les mouvements spontanés de Tâme et les impulsions qu’elle est susceptible de recevoir par 1a voie des organes. Les moyens moraux composent une partie essentielle de la thérapeutique; ils sont aussi un merveilleux levier pour l’hygiène; mais quant à la manière d’en user, chacun rcnlcnd diversement. Si la vérité est dans un large milieu, il est permis de blâmer, d’une part, la culture outrée du corps et cette sollicitude infinie qui polit le fourreau sans songer à la lame; d^’autre part, les immolations qu’un zèle mystique impose à l’organisme, les exaltations malsaines d’uif spiritualisme qui place une douleur partout où le Créateur a mis un besoin, et qui divinise le suicide sous le nom de pénitence. L’égoïsme obèse et rubicond dégoûte; le moine consumé parles dévotions fébriles de la solitude excite la pitié du médecin. Inclinons-nous devant le sage dont la verte et lucide vicille.s.se atteste le sobre usage de toutes choses.
Lu parlant des tempéraments, des sexes, des âges, etc., nous avons esquissé les modifications intellectuelles et morales qui coïncident avec les phases
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de l’organisme. Nous ii’ajonterons que peu de mots en faveur de l’enfance, trop sacrifiée à la vanité des familles ou aux exigences d’une société encombrée d’ambitions. L’instruction des enfants commence trop lot, on n’atlend pas que leurs organes soient affermis, leur santé constituée; on en fait des êtres mal équilibrés ; leur cerveau s’irrite par l’exercice inopportun ou forcé de la pensée, leurs organes deviennent pour l’esprit des instruments imparfaits ou trop faibles. La conception et la génération inlellectuelles exigent la maturité de la substance cérébrale et la consolidation des rapports du système nerveux avec le système musculaire et les autres organes. Les études précoces, les contentions de l’esprit, sont pour un enfant de quatre à six ans ce que les excitations génitales sont pour un impubère. Plus lard, quand l’éducation sera en pleine activité, l’œil du médecin devra veiller toujours sur les effets qu’en éprouvent la nutrition, l’innervation, la contractilité musculaire, etc. L’habitude d’apprendre aux enfants plusieurs langues à la fois retarde le développement de la parole et compromet la lucidité de leur cerveau. Quant au principe qui doit présider à leur direction hygiénique et morale, c’est celui de l’autorité exercée par une volonté douce, mais constante, régulière, inflexible même, car rien ne jette plus d’incertitude dans leur tenue, plus de caprices dans leur volonté, plus de trouble dans leurs idées, que les oscillations et les faiblesses de leurs guides.