III. — Prophylaxie hygiénique
1“ Précautions générales. — Toutes les fois qu’une population paraît menacée de l’invasion d’une épidémie d’origine infectieuse ou contagieuse, la police sanitaire doit redoubler de vigilance pour écarter toutes les causes qui pourraient servir d’occasion ou d’auxiliaire au fléau : l’examen des denrées et liquides livrés à la consommation, la propreté et l’aération des demeures publiques et privées, le prompt enlèvement des immondices, les distributions plus copieuses d’aliments et de ^vêtements aux pauvres, le régime et la salubrité de tous les établissements qui contiennent des réunions d’hommes, le soin de la tranquillité morale des citoyens, l’organisation des premiers secours en cas d’apparition de symptômes équivoques, etc. , tels sont en partie les devoirs de l’autorité. Quant aux individus, on ne peut prescrire un régime préventif qui convienne également à tous les états de santé, etc., maison peut assurer que tous se trouveront bien de l’observance des règles suivantes : Habitation dans des appartements spacieux, où la lumière et l’air pénètrent facilement ; l’exercice au grand air dans des lieux élevés, mais jamais poussé jusqu’à la fatigue; des vêtements épais qui abritent le corps contre les effets de l’humidité et des variations de température ; des soins minutieux de propreté, des bains savonneux ou alcalins qui nettoient la peau sans débiliter le corps; une nourriture substantielle réparatrice et facile h digérer ; l’usage d’un bon vin pour ceux qui ont l’habitude d’en boire; la régularité dans les évacuations alvines; point d’abus ni d’écarts de régime, ils seraient funestes : les ivrognes et les gourmands forment avec les faibles, les infirmes et les misérables, le principal contingent de la mortalité dans toutes les épidémies; la précaution de ne pas sortir h jeun le matin pour se rendre dans les hôpitaux, dans les lieux insalubres, le calme et la fermeté d’esprit, l’éloignement de toutes les circonstances qui peuvent exciter la tristesse, la peur, les passions violentes, la colère, etc.; un sommeil suffisamment prolongé; le traitement immédiat de toute indisposition naissante, tels sont les préceptes auxquels doivent se soumettre ceux qui vivent dans une atmosphère contaminée ou à proximité d’un foyer de contagion. Les classes aisées peuvent s’y conformer sans peine, et c’est dans leurs rangs que les épidémies font le moins de victimes. Les relevés publiés par Aubert-Roche prouvent que les ravages de la peste elle-même sont en raison directe de la misère, parmi les indigènes comme
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parmi les Européens (1). Dans les pays à marais, même résultat d’observation et de statistique. Travailler ii l’accroissement de l’aisance du peuple, c’est agir préventivement contre les fléaux épidémiques qui épouvantent les gouvernants et les gouvernés; or c’est là l’œuvre lente et progressive de la civilisation qui a déjà réduit leur fréquence et leur intensité, et qui finira par étouffer leur germe. Mais en même teiups répétons au peuple que les excès, les désordres, les passions, les terreurs prédisposent aussi à l’atteinte du mal, en ôtant à l’organisme son ressort de réaction contre les principes morbifiques que l’air ou le contact présente à son pouvoir absorbant.
A l’approche des épidémies, l’autorité a des devoirs à remplir ; elle veillera avec plus de rigueur à l’exécution des règlements de grande et de petite voirie, elle fera visiter les maisons insalubres pour les améliorer d’office ou pour fermer celles qui ne peuvent être assainies; elle fera enlever les amas d’immondices, nettoyer les égouts, écouler les eaux croupies, laver journellement les ruisseaux, cesser l’entassement des ouvriers dans les garnis et toutes les agglomérations insolites, car elles ne tardent pas à se convertir en foyers épidémiques ; elle favorisera l’émigration de divers éléments de la population flottante si elle est devenue trop considérable; elle instituera des services médicaux en nombre suffisant, elle préviendra l’encombrement des casernes, des hôpitaux, des prisons. Des visites médicales préventives à domicile peuvent être d’une grande utilité en temps d’épidémie cholérique. Elle provoquera les libéralités des classes aisées pour procurer aux indigents des vêtements, de bons aliments, du combustible, du linge, rappelant aux premières que cette assistance contribuera efficacement à réduire la durée et l’intensité du fléau dans les résidences envahies, à l’éloigner peut-être de celles qui en sont encore exemptes. Gaymard et Girardin rapportent qu’à Breslau le choléra s’arrêta grâce à ces mesures auxquelles on ajouta l’assainissement des maisons, la fermeture des habitations les plus mauvaises, la dissémination des familles nombreuses entassées dans des locaux étroits. Dans Lambeth Square, à Londres, dit le vicomte Edrington (2), la population était particulièrement atteinte en temps d’épidémie; on a fait des travaux d’assainissement dans ce quartier, et depuis il est resté complètement à l’abri du choléra et des autres maladies épidémiques, typhus, fièvres, etc. La cité de Londres, placée au cœur de la ville, a deux énormes désavantages sous le rapport hygiénique : une population très-compacte et la proximité de la Tamise, qui est dans un état de fétidité repoussante et marécageuse par endroits; mais on l’a assainie maison par maison, on y a fait arriver l’eau, on a intercepté les communications avec les égouts du dehors, et le chiffre de la mortalité s’est abaissé dans la cité au-dessous de celui de IJampsteod Rond, quartier très-élevé de Londres et d’une salubrité notoire, mais où les habitations n’ont pas reçu les mêmes améliorations.
(1) A\ibert-Roclie, Revue janvier 1843.
(2) Edrington, Compte rendu du Congrès de statistique. Paris, mai 1 85G, p. 341 .
376 DES MODIFICATEURS. — CIRÜUMFUSA. [hygiène
Des soins prompts et réguliers, des lits bien espacés, le renouvellement continu de l’air, un personnel suQisant d’infirmiers, une surveillance assidue des médecins et des administrateurs, une répartition intelligente des malades, la séparation des convalescents, etc., contribuent, en temps d’épidémie, h diminuer dans les hôpitaux le chiffre de la mortalité. C’est à un pareil ensemble de mesures ordonnées à l’avance et exécutées avec suite que j’ai dû, en 18û9, les résultats relativement favorables du traitement de 1200 cholériques dans mes salles du Val-de-Grâce. Le premier à Paris j’ai isolé ces malades dans des bâtiments assez distants des locaux qui recevaient les autres malades, et tandis que les hôpitaux civils de Paris, où Ton avait laissé les uns et les autres en promiscuité, comptaient par centaines les cas de choléra dits intérieurs, c’est-àdire développés dans les salles mêmes, au Val-de-Grâce nous ne les avons comptés que par rares unités.
Une prévision triste, mais nécessaire, s’applique aux inhumations. Dans les jours néfastes de l’épidémie de 1832, les moyens de transport aux cimetières ont été insuffisants. Il convient d’assurer ce service, d’en dérober aux yeux de la foule l’appareil trop répété, de prévenir les inhumations précipitées et l’accumulation des cadavres par la création de salles mortuaires, de veiller à la salubrité des cimetières, etc.
Les instructions populaires, les préceptes hygiéniques vulgarisés par la presse et les affiches, ont assurément leur utilité: elles témoignent de la sollicitude de l’administration, elles dissipent les appréhensions exagérées, elles font appel à la raison publique, à la réflexion, à la vigilance. Il n’y a lieu d’y détailler les prodromes et les symptômes du mal redouté, d’y offrir matière à la peur, aux interprétations de l’ignorance. Mais sous cette réserve, les avis au peuple tendent à fortifier son bon sens, sa résistance morale, et j’ai toujours pensé qu’au lieu de lui cacher les dangers d’épidémie qui le menacent, il fallait les lui dénoncer franchement à l’avance; j’ai toujours conseillé en temps utile ces avertissements qui ne viennent le plus souvent qu’après l’explosion du mal.
Faut-il combattre ou encourager, en temps d’épidémie, les émigrations individuelles et collectives? Elles profitent à la cité envahie, elles y diminuent la densité de la population, elles enlèvent au fléau un aliment, elles en atténuent la force et la durée : dans toutes les épidémies, l’encombrement joue un rôle funeste, et comme cause productrice du mal et comme cause d’aggravation; elle le rend plus transmissible par la multiplicité des rapprochements, elle exalte l’activité des germes morbides, l’énergie des contagions, l’intluence délétère des sources d’infection. Les émigrants augmentent-ils leurs chances de salut? Sans nul doute. Qu’il s’agisse d’une affection contagieuse ou infectieuse, comment nier qu’en s’éloignant du foyer morbide, on s’éloigne du péril! On objecte les rayonnements rapides et capricieux de certaines épidémies, qui devancent les fuyards, qui sèment leur route de pièges et de surprises; mais l’émigrant peut à son tour modifier son itinéraire, chercher les
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lieux intacts. Ces déplacements, surtout s’ils s’opèrent en masses (bataillons, régiments), deviennent une menace pour les localités qui sont les étapes ou le terme de leur parcours. C’est à l’approche d’une épidémie qu’il faut les conseiller : l’épidémie nue fois développée et en voie d’ascension, la fuite est moins sûre et la chance de translation morbide augmente par l’intermédiaire des émigrants.
Les Conseils d’hygiène et de salubrité des départements et des arrondissements, institués par un arrêté du gouvernement en date du 18 décembre 18ti8, ont, entre autres attributions, celle d’indiquer les mesures à prendre pour prévenir et combattre les maladies épidémiques et transmissibles. Il doit exister, en outre, dans chaque arrondissement, sous le titre de médecin des épidémies, un médecin chargé spécialement de suivre le traitement des maladies épidémiques et de se transporter dans les communes où elles éclatent à la première invitation du sous-préfet (circulaires du 2 mai 1805 et du 30 septembre 1813). Dès que les malades d’une commune excèdent le nombre ordinaire et donnent lieu à une apparence d’épidémie, le maire doit en informer le sous-préfet, qui y enverra sur-le-champ le médecin des épidémies de l’arrondissement; celui-ci a mission de s’éclairer par des renseignements positifs sur la nature de la maladie régnante et sur les moyens employés pour la combattre, d’indiquer aux malades les remèdes utiles et les mesures d’hygiène privée, de laisser aux officiers de santé des localités des instructions convenables pour la direction des malades. Si la .situation est grave, il reste sur les lieux, prend des mesures pour l’améliorer, en instruit le sous-préfet, s’efforce de lutter contre l’extension du fléau aux communes voisines, et ne se retire que lorsque sa présence et ses soins ne sont plus nécessaires ; il peut provoquer la distribution des remèdes, des secours en aliments ou en boissons (bouillon, viande ou vin), le tout « dans les bornes d’une stricte économie ». Il lui reste, au terme de cette mission, à en rendre compte dans un rapport dont le modèle, établi par l’Académie de médecine, a été publié par l’administration eu octobre 1853. L’ensemble de ces documents, adressés par le ministre de l’intérieur à l’Académie de médecine, sert de base au rapport annuel et officiel sur les épidémies, que cette compagnie a l’obligation d’établir et de publier.
Dans le cas où la gravité du mal ou la divergence d’opinion des hommes de l’art sur les remèdes à employer serait de nature à exciter la sollicitude de l’administration, les préfets peuvent demander que les membres de l’Académie de médecine soient envoyés sur les lieux (circulaire ministérielle du mai 1836), ou le sous-préfet consulte le Conseil d’hygiène de l’arrondisseinent, et l’engage au besoin à envoyer quelquc.s-uns de ses membres sur le théâtre de l’épidémie (circulaire du 1'”' septembre 1851) ; un arrêté de cette même date appelle tous les médecins des épidémies qui n’auraient pas été nommés membres des Conseils d’hygiène publique et de salubrité à participer de droit, avec voix consultative, aux séances de ces assemblées.
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Voilà donc une organisation qui semble répondre aux besoins des situations < épidémiques; malheureusement elle n’est pas appliquée avec régularité; les .1 médecins des épidémies, fonctionnaires à litre gratuit, indemnisés seulement et . avec parcimonie pendant la durée de leurs missions, arrivent tardivement, procèdent à des enquêtes incomplètes, doutent de leurs attributions, man- . quent d’initiative; les Conseils d’hygiène d’arrondissements existent à peine, i les rapports de l’Académie prouvent l’insulGsance de la prophylaxie oCTicielle, i la répétition des mêmes épidémies dans les mêmes localités, etc. Et il en sera ainsi tant que la médecine, destituée d’initiative, subordonnée partout à la bu- i reaucratie administrative, n’aura pas sa place dans le cycle des autorités dn pays.
2® Destruction des foyers d'infection et de contagion. — Le desséch&i ment des marais, la réglementation des conditions d’établissement, d’entretien et d’abandon des marais salants (1), l’assainissement des lieux où sévit une endémie ou une épidémie périodique, l’amélioration de la nourriture, de la boisson commune et du vêtement des populations qui sont en proie à l’une de ces grandes influences de pathogéuie permanente ou saisonnière, une large circulation de l’air et de la lumière dans l’intérieur des villes, la ventilation artificielle des édifices où les hommes se réunissent en grand nombre, l’or- < donnance hygiénique des habitations privées, etc., sont des mesures qui dispenseraient du soin de détruire les foyers d’épidémies, parce qu’elles en empêcheraient la formation. Mais ces foyers une fois développés, comment les éteindre? Dans les cas desimpie infection, les moyens hygiéniques qui la pré-, viennent sont aussi les plus propres à la faire cesser; ils s’appliquent aux objets matériels et aux hommes ; si les uns et les autres ont séjourné dans des lieux plus ou moins clos, il y a de plus à en désinfecter l’atmosphère. On emploie à cet effet les fumigations avec le chlore, les chlorures, les aspersions chlorurées, les fumigations sulfureuses, qui détruisent en le décomposant l’agent toxique de nature animale ou végétale. Les substances aromatiques, telles que le camphre, le benjoin, le vinaigre et d’autres encore récemment employées contre l’infection typhique dans les hôpitaux de Constantinople, ne font que mêler leurs particules odorantes aux miasmes suspendus dans l’atmosphère. Toutefois, comme le fait observer Prus (2), l’étude des moyens propres à désinfecter les vêtements, hardes et marchandises provenant des foyers pestilentiels, reste encore à faire, et elle exige préalablement la preuve que ces divers objets sont réellement propres à s’imprégner du principe de la peste. Le règlement annexé à la convention sanitaire du 3 février 1852, a sagement limité les mesures d’hygiène aux suivantes : Les bains et autres soins corporels pour les hommes de l’équipage; le déplacement des marchandises à bord; l’incinération ou la submersion à distance dans la mer des substances
(1) Voyez le Rapport cité do Mêlier Sur les marais salants, dans Mémoires de F Aca~ démie de médecine. Paris, 1847, t. XIII, p. GH et suiv.
(2) Prus, Rapport sur la peste et les quarantaines, conclusion xxi.
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alimentaires et des boissons gâtées ou avariées, ainsi que des marchandises de nature organique fermentées ou corrompues ; le lavage du linge et des vêlements de l’équipage ; le nettoyage de la cale, l’évacuation complète des eaux et la désinfection de la sentine, l’aération de tout le bâtiment et la ventilation de ses parties profondes au moyen de la pompe à air ou de tout autre moyen; les fumigations cbloriques, le grattage, le frottage et le lavage des bâtiments ; le renvoi au lazaret. Quand ces diverses opérations seront jugées nécessaires, elles seront exécutées dans l’isolement plus ou moins complet du navire, selon la disposition des plages et des localités, mais toujours avant l’admission à la libre pratique (art. 45). En patente brute de peste, les marchandises de la 1^' classe (voy. plus haut) seront toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications; les marchandises de la 2“ classe subiront la môme condition ou passeront en libre pratique, suivant les règlements sanitaires particuliers de chaque pays; celles de la 3® classe pourront toujours être livrées immédiatement au commerce, sous la surveillance de l’autorité sanitaire (art. 63).
L’importation de la fièvre jaune à Saint-Nazaire en 1861 et le commencement d’épidémie qui s’ensuivit (1) firent comprendre la nécessité de mesures préventives plus complètes que celles édictées dans le règlement de 1852. Un arrêté du 16 août 1861, suivi d’un autre arrêté du 30 du môme mois, et, l’année suivante (14 juin 1862), des instructions ministérielles déterminèrent la pratique à suivre à l’égard des provenances des pays atteints de fièvre jaune : en cas de patente brute, débarquement sanitaire, c’est-à-dire opéré après le débarquement des passagers, lavage des colis à l’eau chlorurée, ensuite désinfection du navire. — En cas d’accidents de fièvre jaune pendant la traversée, le navire ne peut être reçu que dans un port h lazaret; débarquement immédiat au lazaret des passagers et de la partie de l’équipage qui ne serait point nécessaire au service du navire. Quarantaine de 3 à 7 jours pour les passagers. Débarquement sanitaire et désinfection du navire avec la précaution de soumettre à une quarantaine les hommes chargés de cette opération. — Un décret du 7 septembre 1863 (2) a rendu facultative, même en cas de fièvre jaune pendant la traversée, la quarantaine imposée aux passagers et à l’agent des postes, à bord de paquebots pourvus d’un médecin sanitaire, et à bord des navires de guerre reconnus sains, et dont les cales auront été suffisamment aérées pendant la traversée.
Le règlement de 1852 ne prescrivait aucune mesure sanitaire pour les effets à usage et les marchandises. L’épidémie de 1865 est venue modifier les opinions reçues à ce sujet. Un décret du 23 juin 1866 a rendu applicables aux provenances des pays atteints de choléra les mesures en vigueur contre la
(1) F. Mêlier, Relation de la fièvre jaune^iurvenue à Saint-Nazaire en 1861. Paris, 1863 {Mém. de l'Acad, de méd., t. XXVI, et tirage à part).
(2) Annnlex d'hygiène publique et de médecine légale, 2“ série, 1863, t. XX, p. 4û7.
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[hygiène âr
fièvre jaune. Dans les lazarets, les marchandises, placées dans des magasins ii spacieux et secs, doivent être soumises à la libre circulation de l’air et re- •. i muées de temps en temps, les balles et les colis ouverts pour l’accès de l’air; li cette aération doit se continuer pendant toute la durée de la quarantaine. Les . peaux, les cuirs, les crins, les drilles et chilTons, les débris d’animaux, les >1 laines et matières de soie seront placés loin des logements all'ectés aux quaran- ? tenaires et aux employés. En cas d’infection notoire, de malpropreté ou d’alté- ■ ration, les matières seront purifiées par tel moyen que l’autorité jugera nécessaire. Les substances animales et végétales en putréfaction ne seront pas i admises au lazaret ; elles seront brCdées ou jetées à la mer. Les marchandises ‘ purifiées seront reçues dans des magasins à part. Les elfets des passagers seront ventilés dans des pièces séparées et appropriées à cet usage ; ceux qui i ont servi à des pestiférés seront fumigés au chlore, immergés dans l’eau de i mer, soumis à l’action de la chaleur.
La séquestration des individus infectés entraîne presque toujours les dangers de l’encombrement, et lorsqu’on est convaincu qu’il ne coexiste point d’éléments contagieux, il est plus sage de disséminer les malades; les principes infectieux, à un certain degré de dispersion, perdent leur efiicacité. Une épidémie de fièvre typhoïde, qui s’était déclarée en 1839 dans un régi- ■ ment de cavalerie à Joigny, fut arrêtée de cette manière par mon ami le docteur Alquier. Nous avons mentionné les heureux résultats de la dissémination des cholériques, à Varna, au bord de la mer et sur un plateau qui domine la ville. Dans tous les faits d’immunité mentionnés par Parent-Duchâtelet et 'Warren, il y a eu dissipation des matières animales à l’air libre; tous les faits qu’on leur a opposés concernent l’action des émanations putrides concentrées dans un espace ou dans un réceptacle clos ; tels sont les accidents dont furent victimes les deux frères Balsagette et P. Molinier en entrant dans le caveau d’inhumation des pénitents blancs à la cathédrale de Montpellier (Haguenot); telle fut la périlleuse démonstration d’amphithéâtre faite par Chambon et si souvent citée d’après Percy. Les fossoyeurs, au rapport de Fourcroy et d’Orfila, ne redoutent que la vapeur qui s’échappe par la rupture des parois abdominales, vapeur qui peut les renverser subitement, tandis qu’à une certaine distance ils n’éprouvent que défaillances, vertiges, nausées, tremblements. Parent-Duchâtelet reconnaît lui-même que les ouvriers employés pour le curage de l’égout Amelot, outre des ophthalmies diverses et des cécités subites, furent, en général, atteints de céphalalgie, vertiges, syncopes, courbature, embarras gastrique, colique, ictère, angine, furoncles, fièvre intermittente, asphyxie, délire, etc. Ces phénomènes, que des soins bien dirigés arrêtèrent au début, prouvent évidemment une intoxication miasmatique à réactions variées. Quant aux foyers de contagion, il est dilïicile de les déterminer à priori : la pourriture d’hôpital, le typhus, la fièvre jaune, le choléra-morbus, etc., sont des maladies d’origine infectieuse. Les foyers de peste se forment spontanément dans le Levant : beaucoup de médecins, Desgenettes, Fodéré, Pariseï,
publique] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 381
Lagas(iuic, A. Hoche, etc. , attribiienl à la peste une origine tout égyptienne, ettleSégur-üupeyron, inspecteur des établissements sanitaires, a tenté de démontrer (I) que, depuis le commencement du siècle dernier, la peste n’a jamais désolé les pays musulmans qu’après avoir préalablement régné en Égypte. îMais les observations d’Hippocrate ont porté sur l’Europe et l’Asie Mineure. Un fragment de Rnfus, retrouvé par le cardinal Mai, présente la Libye, l’Égypte et la Syrie, comme le théâtre habituel de la peste. Prosper Alpin accuse la Grèce, la Barbarie et la Syrie d’en être le foyer originaire. Butel place celui-ci dans l’Asie Mineure, Niebuhr en Chine, Friend dans les Indes orientales. Cette divergence prouve au moins la multiplicité des foyers primitifs du fléau. Ainsi la plupart des contrées de l’Orient sont aptes à l’engendrer, et, sous l’influence de causes identiques, on le voit se développer dans d’autres contrées. Ambroise Paré attribue la peste, qui, de son temps, dévasta l’Agenois, à la décomposition de nombreux cadavres entassés dans un puits au château de la Pêne. Willis relate une peste qui sévit en 16â3 sur l’armée envoyée contre le comte d’Essex, et particulièrement sur les fantassins enfermés dans d’étroites baraques qu’infectaient les immondices amoncelées par leur négligence. La peste d’Amsterdam dont parle Diemerbroeck, celles de Harlem et de üerfelt, celle de Rochefort, observée en 169A par Chirac, etc., ont eu aussi une origine locale et des causes analogues. La peste de Jaffa rappela à Desgenettes une maladie qu’il avait vue maintes fois dans le bas Languedoc, la Provence et la rivière de Ponant de Gênes. Ces faits rappellent naturellement l’opinion de Louis Frank, qui croyait le typhus de nos climats susceptible de se convertir en peste dans des conditions données d’insalubrité, et celle de Pariset, qui attribue les endémies annuelles de l’Égypte à l’action des eaux du Nil débordé sur les inhumations; mais cette métamorphose du typhus n’a pas été observée en 181A ni en 1856 (Orient), et quant aux émanations cadavériques par suite des débordements du Nil, l’Égypte a-t-elle tous les ans la peste? toutes les villes de la Turquie ne sont-elles pas des cloaques parsemés de cimetières fétides qui insultent à l’hygiène comme an sentiment religieux des hommes d’Occident? Et cependant la peste n’y règne qu’à de très-longs intervalles. Prus résume ainsi les causes auxquelles on peut attribuer rationnellement le développement de la peste (conclusion ii) : Habitation sur des terrains marécageux, près de la mer Méditerranée ou près de certains fleuves, le Nil, le Danube; des maisons basses, mal aérées, encombrées; un air chaud et humide ; l’action des matières animales et végétales en putréfaction; une alimentation malsaine et iiLSulFisante; une grande misère physique et morale. Ces vues sur la génération spontanée de la peste indiquent les moyens de l’étouffer; ils se résument dans les progrès de l’hygiène pnblique. Si l’on admet qu’un foyer de la peste puisse exister dans des marchandises, il suffit pour l’anéantir de les décharger, de les exposera l’air.
(1) Ségur-Dupeyroii, [{apport sur les quarantaines, 1839.
382 DES MODIEICATEUUS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
C’est ainsi qu’un poison qui tue à forte dose ne produit à dose fractionnée aucun eiïet fâcheux.
Observons enfin que toutes les conditions énumérées par Prus comme ■ propres, par leur ensemble, à produire la peste, peuvent se trouver réunies sans la faire naître. Varna les a présentées sous nos yeux en juillet, août et septembre 1854, avec une agglomération d’environ 100 OOt) hommes de troupes anglaises et françaises ; la Crimée, pendant l’année 1855, et la peste ne s’est point montrée. Après avoir interrogé les auteurs et médité sur les lieux mêmes où la peste a souvent exercé ses ravages, je confesse mon hésitation sur les causes qui l’engendrent. Dans un travail manuscrit que j’ai consulté aux archives du Comité d’hygiène, Fauvel démontre que la peste n’existe pas à l’état sporadique en Turquie, que l’on n’y observ e habituellement aucune ' maladie ayant quelque affinité de nature ou de symptômes avec la peste, et susceptible d’en revêtir la forme ou d’en perpétuer le germe; il constate, à la date du 5 janvier 1851, que la peste ne s’est plus montrée dans l’empire ottoman depuis la guerre de Syrie, en 1840. Quand je suis arrivé en Orient (juin 1854), j’y ai trouvé cette opinion fortement établie dans les meilleurs esprits, que les grands rassemblements de troupes, dans les conditions de la guerre, pouvaient amener une manifestation de la peste. L’expérience de 1854-1856, portant simultanément sur trois armées, a donné un démenti mémorable à ces prévisions; les calamités n’ont pas manqué, mais la peste, qui l’a vue? Je professe depuis longtemps qu’avec le typhus on a confondu autrefois aux armées beaucoup de fièvres graves d’origine palustre, des formes de scorbut aigu, des méningites cérébro-spinales, etc. C’est aussi notre conviction que l’on n’a pas appliqué aux épidémies de peste un discernement exact de toutes les formes morbides complexes qui naissent de la misère, des fatigues, de l’insalubrité locale au milieu des masses armées; l’étiologie vague et multiple qu’on lui assigne est une preuve évidente de cette confusion.
3® Lazarets, quarantaines, jmrifications. — Les lazarets furent fondés au temps des croisades, sous l’invocation de saint Lazare, pour recevoir principalement les lépreux ; plus tard, ils servirent de prisons aux voyageure suspects de contagion, et de magasins aux effets et marchandises de même provenance. Focléré eût voulu les voir entourés d’une triple enceinte. Leur but officiel est de faciliter des mesures d’observation et d’assainissement qui doivent détruire les germes du mal dont ou craint la propagation ; par malheur, ils ont été en même temps un obstacle et un détriment au commerce et h l’iiulustric, un appareil d’exploitation que l’intérêt et la cupidité mettent en jeu aux dépens des hôtes forcés qu’ils reçoivent. On donne le nom de quarantaine à la séquestration, à l’isolement auquel’on soumet les hommes et les choses que l’on considère comme pouvant actuellement compromettre la santé publique; fixée dans l’origine à une durée de quarante jours, elle se passe au lazaret ou sur le.s navires. Les provenances (hommes, animaux, effets et marchandises) sont partagées en catégories ou régimes, suivant la patente ou certificat dont les a
ATMOSPHÈRE. - ÉPIDÉMIOLOGIE.
publique]
iminies l’iiiitorité compétente du lieu qu’elles ont quitté; la patente fait connaître l’état sanitaire du lieu de départ et celui des gens de l’équipage et des pas-sagers : elle est délivrée en France par les administrations sanitaires, et, dans les |)ays étrangers, nos biUiments la reçoivent de nos agents consulaires. L’ordonnance du 9 août 1822 plaçait sous le régime de la patente brute les provenances qui venaient de pays infectés ou avaient communiqué avec des lieux, des personnes ou des choses susceptibles de transmettre la contagion. Le régime de la patente suspecte s’appliquait aux provenances venant de pays où régnait une maladie soupçonnée d’être pestilentielle ou de pays qui, quoique exempts de soupçons, étaient ou venaient d’être en libre relation avec des pays qui s’en trouvaient entachés. Il y avait patente nette, si le pays d’où arrivaient les provenances était exempt de tout soupçon, soit de maladie pestilentielle, soit de communication avec un autre pays infecté, et si aucune circonstance quelconque ne faisait suspecter leur état sanitaire. Sous la dénomination de maladies pestilentielles étaient compris la peste d’Orient, la fièvre jaune, le typhus des camps, des prisons, des hôpitaux et des vaisseaux, la lèpre, le choléra-morbus de l’Inde. Même avec la patente nette, les provenances d’Orienl étaient soumises à la quarantaine d’observation qui entraînait la mise à Vévent des hardes et des hamacs ; la quarantaine de rigueur pesait sur les provenances à patente suspecte ou brute, et donnait lieu à toutes sortes d’aérages, de ventilations, de fumigations et de purifications des hardes, effets, hamacs, etc. Nous faisons grâce au lecteur des pénalités draconiennes qui étaient stipulées dans le code sanitaire contre les plus menues infractions, des puérilités de la sei'eine de fer, petite, grande et moyenne, des monnaies passées au vinaigre, des papiers pris avec des pincettes, parfumés et débarrassés de leur fil qui est détruit, etc. Nous avons été témoin de cette farce grotesque qui se jouait, il y a peu d’années encore, sur notre littoral maritime, et dont les acteurs intéressés, plus francs que les augures anciens, osaient rireen public. En février 1831, la corvette la Cornélie avait quitté, avec un équipage sain, le port de Navarin, où régnait alors le plus florissant état de santé publique; point de malades
pendant la traversée; notre quarantaine, à Toulon, fut de trente jours!
Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux pour les détails des règlements, des pratiques suivies, la classification ancienne des marchandises susceptibles, douteuses et non susceptibles, etc. Ceux qui ont pénétré dans l’expérience journalière des quarantaines et des lazarets, savent que les transgressions sont nombreuses, que les agents subalternes violent les règles qu’ils ont mission de faire observer; ils ont aperdi une foule de mesures contradictoires, absurdes, inutiles ; ils ont pu croire que le système des quarantaines, tel qu’il se pratiquait avant la réforme de 1852, reposait sur un reste de superstition populaire et sur des intérêts qui n’ont rien de commun avec ceux de la santé publique. « De la fin du xv° siècle datent les lazarets; du milieu du xvil“ date le développement de la civilisation; du commencement du xviir date ranéanlissement de la peste en Europe, deux cents ans après la création des lazarets; dans les
384 l)liS MODIFICATEURS. — CIUCUMFUSA. [hygiène
trois siècles qui précèdent les lazarets, on compte 105 épidémies; dans lt*s trois siècles qui suivent leur installation, on en compte l/i3. » D’après ces dates et ces faits, Aubert-Roche conclut que la seule prophylaxie de la peste, c’est la civilisation, c’est-à-dire le bien-être général que l’agriculture, l’industrie et la science procurent et développent sous les auspices de l’hygiène publique. Cette proposition n’est que le complément de celle où Villermé a formulé l’influence de la civilisation sur la fréquence et l’intensité des épidémies ; mais ses bienfaits vont-ils jusqu’à étoulTer les germes des contagions diverses, et, dans les villes les plus assainies, la prudence permet-elle de renoncer aux mesures de préservation publique? Nous répondons négativement; à plus forte raison, des précautions doivent être prises en faveur des villes du littoral, lesquelles laissent tant à désirer sous le rapport de leur construction, de leur voirie, de leur salubrité, etc. Les quarantaines sont encore, dans beaucoup de pays, surchargées de rites et de formalités ridicules, onéreuses, fatigantes; mais elles établissent de fait un intervalle entre une population agglomérée et les gens des vaisseaux qui arrivent; elles circonscrivent un vaste espace d’air libre, où les principes délétères se disséminent: les hommes sains et vigoureux qui y sont employés, comme agents de la santé publique, ne bravent pas toujours impunément le contact des quarantenaires : qu’adviendrait-il des personnes faibles, cacochymes, craintives ou prévenues, qui sont si nombreuses dans les grandes cités? Nous n’avons jamais demandé la suppression des quarantaines, mais leur raisonnable amendement (1). — Ceux-là ont fait acte de courage qui, partisans convaincus de la contagion, ont réclamé et obtenu en faveur de la santé publique le sacrifice des intérêts commerciaux et individuels; si les institutions qu’ils ont jugées nécessaires n’ont pas trouvé une sanction complète dans les résultats de l’expérience, si la contagion a paru maintes fois se jouer des mesures qu’on lui a opposées, qui sait la part due, dans ces insuccès, au pharisaïsme des intermédiaires chargés de les appliquer et qui en sont souvent les premiers violateurs? Les mesures sanitaires sont à la merci des individus, des gouvernements qui les éludent à leur gré; déjà l’Angleterre et l’Autriche avaient décliné les quarantaines (2), et, sans une réforme, la France était menacée de perdre les avantages de sa position géographique. Cette réforme devait porter provisoirement sur la durée des quarantaines : il résulte de soixante-quatre faits et d’une expérience de cent quatre-vingts ans, dit Aubert-Roche, que quand la peste s’est montrée après l’arrivée, elle avait toujours éclaté pendant la traversée; que les bâtiments arrivés sans attaques, quoique partis d’un foyer épidémique, n’ont jamais eu d’attaques en quarantaine; que les marchandises des bâtiments sans attaques n’ont jamais communiqué la peste dans les lazarets; (jne la période d’incubation à bord n’a jamais passé huit jours. Pourquoi donc ne pas admettre eu
(1) Voyez la l'® édition de ce Traité, t. Il, 1845.
(2) Voyez Aubert-Roche, op. ait.
publique] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 385
libre pratique, le neuvième ou le dixième jour après son départ, tout bâtiment venant des échelles du Levant et ([ui n’aurait pas eu de cas de peste en mer? En outre, on n’admettrait (|ue deux patentes, la patente brute pour les provenances d’un foyer épidémique, et la patente nette pour celles des lieux que lie ravage point l’épidémie; avec la patente brute, infligez cinq jours d’observation aux paquebots, aux bâtiments de guerre et aux passagers des navires marchands, dix jours aux marchandises dont le maniement aura lieu à bord; ivec la patente nette, cinq jours d’observation pour les marchandises et vingt- [juatre heures pour les paquebots, navires de guerre et passagers des bâtiments du commerce; enfin, dans les cas de peste ou d’une maladie caractérisée survenue à bord pendant la traversée, libre carrière aux rigueurs de l’administration sanitaire. Cet ensemble de réformes, proposé par Aubert- Roche et destiné à satisfaire tous les intérêts, a prévalu, à peu de modifications près, dans le congrès sanitaire international de 1851.
Le rapport de Prus à l’Académie de médecine réduisait aussi les deux patentes à deux catégories (brute et nette), mais il stipulait qu’elles ne seraient délivrées que par un médecin sanitaire français ; ce fonctionnaire nouveau, créé sur la proposition de l’Académie, et d’après l’idée première de Bégin, assure désormais la sincérité et la signification réelle de la patente ; à lui le soin d’observer et de constater légalement, sous la garantie de sa responsabilité, l’état sanitaire du pays et des personnes embarquées sur les bâtiments en partance; en outre, il soigne ses nationaux, s’attache à recueillir sur la peste des documents exacts et vraiment scientifiques, et par une association d’efforts et d’avis éclairés, il aide des agents consulaires à provoquer des mesures et des améliorations, à l’effet de hâter l’extinction de tout foyer de peste là où l’ignorance, le fanatisme et le mépris de la vie humaine l’ont fait éclore et l’alimentent à travers les siècles. Nul doute, écrivions-nous en 1849, que la création d’une si noble et fructueuse fonction ne réponde largement aux vues de l’Académie et du gouvernement; elle honore l’une et l’auti’e, car ils ont bien mérité de l’humanité en môme temps qu’ils ont élargi la mission de notre art. Pour les navires ayant un médecin sanitaire à bord, venant d’Égypte, de Syrie ou de Turquie, avec une patente nette, et n’ayant eu ni peste ni maladie suspecte pendant la traversée, l’Académie proposait une quarantaine de dix jours pleins à partir du départ, et de quinze jours, si, toutes choses égales, ils arrivent avec la patente brute. Les mômes fixations s’appliqueront au jour de l’arrivée, si les navires n’ont point de médecin sanitaire à bord ; si la peste ou une maladie suspecte s’y est développée pendant la traversée ou lors de l’arrivée, quarantaine de rigueur dont la durée sera prescrite par l’autorité sanitaire du port. Ées passagers et l’équipage, transportés au lazaret, y resteront quinze jours au moins et vingt jours au plus; les hardes et vêtements seront ventilés et purifiés ; le navire, bien nettoyé, lavé, ventilé, purifié, restera vide pendant un mois au moins; aux pestiférés de lazarets, tous les secours et soins que leur offriraient les établissements hospitaliers les mieux tenus; on assurera M. LÉVY. Hygiène “ édit. ii. — 25
DES MODIFICATEURS. — CIRCÜMFUSA,
[UïClÈNE
surtout l’aération des locaux où ils seront placés, et les médecins chargés de leur traitement dresseront l’hisloire com|)lète de tous les cas de peste et de maladies suspectes. Que si la peste se déclare dans une maison, le malade sera porté dans un endroit éloigné et soigneusement aéré; tous les autres habitants de la maison se rendront dans une localité désignée par l’autorité et seront soumis à la surveillance d’un médecin ; la maison elle-même sera traitée < comme le navire où s’est montrée la peste. Si plusieurs maisons sont envahies, | l’émigration en masse deviendra une nécessité, sauf l’indication des lieux de 1 refuge et le maintien des mesures de surveillance et d’isolement (1).
Si nous avons rajipelé avec quelque détail les propositions formulées dan» i le rapport à l’Académie de médecine et celles d’Aubert-Roche, dont l’initiative | pour la réforme des lois sanitaires date de 18ù6, c’est que les unes et les | autres se retrouvent presque entièrement dans la nouvelle législation. Le | rapport à l’Académie suggère l’ordonnance royale du 18 avril 18ù7 qui inau- j gure la réforme quarantenaire. Des médecins sanitaires français sont institués à Alexandrie, au Caire, à Beyrouth, h Damas, à Smyrne, à Constantinople, et depuis 1868, à Téhéran. En 18ù9, l’intendance sanitaire de Marseille est dissoute; un décret du Vx décembre 1850 confie la police sanitaire à des commissions et à des agences; mais c’est en 1851 qu’ont été posées, dans le congrès international à Paris, et sous l’inspiration à la fois prudente et libérale de 31ôlier, les bases d’un nouveau régime sanitaire non-seulement pour la France, mais pour tous les États maritimes de l’Europe qui, malheureusement, n’en ont pas tenu compte, pour le choléra. La convention internationale du 3 février 185'2, et le règlement international qui y fait suite, composent un ensemble fort remarquable où le progrès se concilie avec les timidités traditionnelles de quelques nations en matière de quarantaine, où l’on a su éviter les formules litigieuses et les exagérations dans les deux sens opposés des contagionnistes et des noncontagionnistes. Le sens et la portée de ces actes ressortent très-bien dans les considérations qui terminent le chapitre VI des instructions accompagnant le décret du ù juin 1853, pour l’exécution de la convention entre la France et la Sardaigne : « Le régime sanitaire n’a longtemps consisté qu’en pratiques inspirées par la terreur ou fondées sur des hypothèses entièrement gratuites. Depuis un certain nombre d’années, la discussion a fait comprendre généralement tout ce que la plupart de ces pratiques avaient d’inutile et quelquefois de contradictoire; et l’on est arrivé ainsi à ramener la police sanitaire, naguère si redoutable pour les personnes, si gênante pour la navigation, à des bornes que la raison peut admettre. La convention sanitaire est un nouveau pas de fait dans cette œuvre d’amélioration. Tout n’est pas terminé cependant, et de
nouveaux progrès sont, il faut l’espérer, réservés à l’avenir Un résultat
semble déjà acquis : c’est que l’hygiène publique et privée, si elle n’a pas la puissance d’empêcher la propagation des maladies réputées pestilentielles hoi’S
(1) liapporl sur la jjgsta, par Pros, 1846, p. 223 et suir.
ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.
PUBI.UH'E]
des lieux d’iufeclion où elles ont pris naissance, est au moins le moyen le plus sûr pour diminuer les ravages de ces maladies, et pour eu conjurer la funeste iiilluence. »
La conférence a reconnu avec Mêlier et proclamé ces faits décisifs : 1° que l’iniportation des maladies pestilentielles n’a jamais eu lieu par les marchandises ; 2“ que la distinction de celles-ci en susceptibles et non susceptibles n'avait plus de signification. Nous avons mentionné plus haut la classification I qu’on leur a appliquée, ainsi que les mesures sanitaires dont elles sont passibles, les durées des quarantaines dans les cas de patente brute de peste, de lièvre jaune et de choléra, seules maladies énoncées dans le document officiel. La patente suspecte est abolie; il ne reste plus que les deux patentes, nette et I brute, ce qui simplifie le service et supprime force difficultés. Deux quaranii tailles, celle d’observation et celle de rigueur; la première n’entraîne ni le >; débarquement des hommes, ni le déchargement des marchandises, ni l’emploi d’autres moyens hygiéniques ([ue l’aération, le lavage et les soins de propreté. 1, Le déchargement des marchandises au lazaret n’est prescrit qu’en patente I brute de peste; encore cette prescription sé borne-t-elle aux marchandises de I la 1" classe (voy. plus haut). La patente brute de fièvre jaune ne les soumet lî qu’à l’aération sur place; celle de choléra n’obligeait à aucune mesure sani- " taire quant aux marchandises. On a vu plus haut comment, en 1861 pour la fièvre jaune, et en 1866 |X)ur le choléra, a été modifié le régime quarantenaire q applicable à ces deux maladies. La quarantaine peut être purgée dans un port N intermédiaire entre le point de départ et l’arrivée. Tout bâtiment qui n’aura .l'I pas eu de cas de maladie transmissible ou de décès depuis son départ du port kt infecté, comptera la durée de sa traversée pour la quarantaine. Le titre VI du règlement international introduit de notables améliorations dans la tenue et le |!i régime des lazarets : séparation des personnes et des marchandises d’une date d d’entrée différente; suppression des grillages; traitement des malades dans un hôpital distinct avec les soins particuliers d’un médecin à demeure, et faculté ' de recevoir les soins d’autres médecins; tarif alimentaire à prix modérés et *' révisé tous les trois mois, etc.
> Outre ces améliorations de détail et d’ensemble qui sont bien appréciées et par les passagers et par le commerce, l’œuvre du congrès de 1851 présente ' un caractère plus général et excellent (jui la sépare complètement des législa- ' fions sanitaires du passé. Antérieurement, le régime sanitaire saisissait le navire, hommes et clioses, à son arrivée, et datait de ce jour, de cette heure-là, s«» prescriptions et ses rigueurs. La convention internationale attache la .sollicitmle des gouvernements au point de départ des navires; elle explore la salubrité des lieux d’origine, elle la constate par des agents spéciaux, comme elle constate les coinlitions hygiéniques du navire lui-mênre, l’état sanitaire de réqni[)age. En accordant cei lains avantages aux navires qui pos.sèdent un médecin sanitaire, elle encourage l’extension de cette institution de médecins voyageurs dont nous avons pu a]>précicr les services, et dont la position est
388 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [nycitNt
susceptible d’un accroissement d’importance et surtout de garanties. Toute quarantaine étant supprimée pour les navires qui arrivent avec patente nette, le bénéfice de cette patente n’est acquis cependant qu’à ceux qui, au port du départ, ont été soumis à des mesures hygiéniques aussi sévères que les circonstances le comportent.
Les dispositions simples et rationnelles de la convention ont d’autres résulats également précieux :
1“ Elles suppriment les appréciations arbitraires sur l’état sanitaire des lieux de partance; désormais il ne suffira pas d’un bruit vague, d’un soupçon de maladie pour infliger les rigueurs de la quarantaine; la preuve est exigée et les quarantaines ne commencent que du jour où elles sont motivées par les renseignements officiels. Un directeur de la santé, pris autant que possible dans le corps médical et représentant le pouvoir central, vérifie l’état sanitaire des bâtiments, délivre les patentes, dirige et surveille les lazarets et ports de quarantaine, s’informe des vicissitudes de la santé publique; les médecins sanitaires centraux et ordinaires, qui doivent être portés à vingt-six en Orient (art. 127), sont, au loin, les rouages intelligents d’un système d’enquête permanente et de positive information sur tout ce qui intéresse le régime sanitaire international.
2“ La formation spontanée des foyers de peste en Orient sera éclairée par une observation exacte sur place ; non-seulement les cas seront déterminés dans leurs caractères, dans leur marche, dans leur mode de propagation, mais les causes qui les auront produits seront étudiées, leurs rapports avec la pathologie locale mis en lumière (1) : déjà les rapports adressés au gouvernement français par les docteurs Fauvel, Willemin, Sucquet, etc. , contiennent les éléments essentiels de l’épidémiologie du littoral de l’Orient, et la science s’enrichirait de la publication de ces documents dont nous avons eu connaissance au comité consultatif d’hygiène publique.
3“ En prescrivant la constatation de l’état hygiénique des bâtiments en partance, de leur cargaison, de la santé des équipages et des passagers, la visite et, s’il y a lieu, l’assainissement des bâtiments avant le chargement, l’examen de la qualité des vivres, des boissons, des vêtements des matelots ; en autorisant une nouvelle visite après le chargement, etc. , le titre II du règlement international a institué l’hygiène navale des navires du commerce. Qui ne sait que la vie des équipages et des passagers, surtout dans les voyages de long cours, est souvent compromise par l’état de malpropreté où se trouvent les bâtiments, par l’insuffisance des moyens de ventilation, par l’encoiubrement, par la mauvaise qualité de l’eau et des vivres? Ces conditions déplorables suffisent pour engendrer à bord des maladies réputées transmissibles, ou pour imprimer un cachet suspect h des affections accidentelles,
(1) Voyez l>istructions pour les médecins sanitaires envoyés en Orient {Bulletin de l'Académie, t. XIII).
ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.
pubuoue]
partant pour attirer toute la rigueur des quarantaines, non-seulement sur le navire infecté, mais pour toutes les provenances du pays où l’on suppose à tort qu’il a pris le germe de la maladie développée pendant la traversée (1). Quiconque a vécu dans un port de mer, connaît la saleté des navires du commerce, le régime souvent malsain de leurs équipages, l’ignorance de leurs chefs, et surtout l’indilTércnce des uns et des autres en matières d’hygiène. C’est donc une pensée à la fois humaine et habile que d’avoir subordonné un intérêt majeur du commerce à la salubrité des bâtiments : les frais de quarantaine, la perte de temps, des délais nuisibles aux transactions, des formalités embarrassantes et onéreuses, voilà ce que les capitaines des navires redoutent plus que les maladies ou la détérioration des hommes; s’ils ne les évitent qu’au prix de la santé de leurs équipages, ils s’habitueront à la ménager, à la préserver : je le répète, l’hygiène navale du commerce sortira de la convention de 1852.
Reste à y rallier toutes les nations maritimes, c’est une question de temps; les douze puissances qui occupent le littoral de la Méditerranée et de la mer Noire ont concouru à l’élablir, en ont adopté les principes : tôt ou tard elle constituera leur régime sanitaire commun. Honneur à ceux qui ont préparé ce progrès ! Le nom de Mêlier s’y rattache étroitement.
h”. Préservation spécifique. — Il existe peu de moyens qui aient la propriété de détruire ou de neutraliser les principes morbifiques introduits dans l’organisme ou de constituer celui-ci dans un état d’antagonisme permanent avec les influences épidémiques.
1“ Un des plus beaux triomphes de l’hygiène consiste b prévenir, à arrêter le développement épidémique du scorbut par l’usage des végétaux frais et en particulierdu jusdecitron. C’est vers le milieu du dernier siècle que Lind trouve le spécifique de cette maladie, l’extrait de citron (lime-juice), et il en indique lui-même la préparation économique; l’usage s’en est introduit depuis longues années dans la marine anglaise; il a fallu la grande épidémie de scorbut sur notre flotte en 1864-1865 (mer Noire) pour qu’elle en fût approvisionnée réglementairement. Sans nier le concours du froid et de l’humidité dans la production du scorbut, il est avéré maintenant qu’ils n’en constituent point l’élément étiologique prédominant; le fait déjà mentionné du scorbut survenu en avril 1867 sur le vaisseau le Castiglione, et relaté avec concision par le chirurgien-major A. Léon (2), donne une évidence complète à l’action exclusive du régime. Il y avait à bord deux populations distinctes : les soldats revenant du Mexique, fatigués, mais nourris jusqu’à leur embarquement de vivres et de légumes frais, Téfinipage embarqué depuis trois mois, envoyé directement à Vera-Cruz avec défense de relâcher, composé de 460 hommes presque tous de deuxième levée, c’est-à-dire rompus aux fatigues de la navigation,
(1) Voy. chap. 1, Dm wslrvntion.i sur V exécution du décret du U juin 18.53.
i'2) A.LAon, Arrhivps de médecine nnvnie. Paris, 18G8, l. IX.
390 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
sans malades, mais sevrés de légumes verts et n’eu pouvant acheter à Vera- Cruz ou à Sacrificios, à cause de leur rareté et de leur cherté. C’est sur eux que se montra le scorbut pendant la traversée du retour qui devait aussi s’effectuer sans relâche. Sur la demande du docteur Léon, le commandant du Castiglione se dirigea sur Horta (Açores), où, dès le troisième repas avec des légumes frais et des fruits, le mal fut enrayé : le jus de citron et les légumes conservés (fait à noter) n’avaient réussi qu’à en ralentir la marche.
2“ D’après Hildenbrand, la phthisie, la diarrhée, la lièvre quarte exemptent du typhus; mais cette opinion aurait besoin d’être démontrée par une observation exacte et par la statistique. Un premier tribut payé à certaines maladies infectieuses ou contagieuses paraît mettre à l’abri de leurs attaques ultérieures; cela est généralement vrai de la variole, probablement de la fièvre jaune et de la peste, ainsi que de la fièvre typhoïde. Il est à ma connaissance que plusieurs médecins de l’armée d’Orient, qui, guéris du typhus de Grimée à Constantinople, sont retournés au milieu des typhiqueÿ, n’ont offert aucun cas de récidive.
3“ Quelques substances minérales et végétales ont paru agir préservativement contre les influences épidémiques : le choléra a respecté, dit-on, les fabriques où l’on manie en grand le charbon animal, le soufre ou le mercure; la villa d’Idria, voisine d’une mine de mercure, n’en a présenté aucun cas (1). Le docteur Stokes et d’autres médecins anglais ont noté la disparition des fièvres intermittentes dans une contrée marécageuse du Cornouailles, depuis l’établissement de plusieurs fonderies de cuivre qui versent dans l’atmosphère des vapeurs arsenicales. Bayle (2) a recueilli 2027 faits dont 19A8 prouvent l’efficacité prophylactique de la belladone contre la scarlatine, efficacité à laquelle personne ne croit plus. Le choléra épargnerait les habitants qui vivent sur les terrains granitiques, sur les roches compactes, imperméables. Toutes ces observations enregistrées avec complaisance par les écrivains qu’entraîne une sorte de curiosité paradoxale, ont besoin de contrôle et de confirmation.
k° Les émanations animales jouissent-elles d’une propriété analogue contre le choléra, la phthisie? Parent-Duchâtelet rapporte que pendant l’épidémie du choléra de 1831, la Petite-Villette, qui avoisine Montfaucon, a perdu 1 habitant sur 169, et la Grande-Villette, qui en est éloignée, 1 sur 60; pas un équarrisseur n’a été indisposé, et sur 15A ouvriers employés à la fabrication de la poudrette, un seul a succombé au choléra. Il a remarqué parmi cotte population la même immunité contre la phthisie. De pareils faits ont aussi besoin d’un nouvel examen.
5“ L’inoculation de la matière variolique a précédé celle du vaccin ; elle n’était, h proprement parler, que la substitution d’une maladie provoquée en des circonslances présumées favorables, à la même maladie se développant
(1) A. Delmas, Dictionnaire de médecine en 30 vol. Paris, 1834, t. Yll, art. CnOLÉnA.
(2) Bayle, Bibliothèque de thérapeutique, Paris, 1830, t. II, p. 331.
POBLIQÜE] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE, 391
d’une manière accidentelle et avec un pins haut degré de gravité. La variole,
: originaire de l’Inde, se montra en Europe du vit* au x“ siècle avec les armées I des Arabes sarrasins: elle passa en Amérique avec les compagnons de Fernand ; Cortez. L’inoculation, pratiquée de temps immémorial chez les peuples de l’Asie et surtout chez les Circassiens, fut adoptée en 1673 à Constantinople I et importée en Angleterre vers 1781, d’où elle se répandit dans l’Europe; elle ! avait, dans la plupart des cas, l’avantage de créer une variole discrète et moins I dangereuse dans scs résultats que la variole spontanée; on lui reprocliait cependant d’engendrer des foyers de variole et de ne pas procurer une immunité certaine, illimitée dans sa durée contre les attaques ultérieures de la même maladie : reproches que n’a pas évités la vaccine, substituée heureusement par .Jenner à cette pratique hardie. Formé à l’école de John Hunter aux recherches expérimentales, éclairé et presque guidé par des observations empiriques et la tradition populaire (1), c’est lui qui, le lù mai 1796, inocula à James l’hipps, garçon de huit ans, du vaccin puisé dans une pustule développée sur la main d’une jeune vachère, infectée par une vache atteinte de cow-pox. Deux mois plus tard, James Phipps subit l’inoculation variolique et s’y montra réfractaire : « L’expérience était donc complète, ajoute Claude lîernard [Journal des Savants, juin 1868, p. 365), la preuve et la contre-épreuve avaient été données. » D’une part la variole de la vache était démontrée inoculable à l’homme, et d’autre part cette inoculation le rendait impropre à contracter de nouveau la variole humaine. Le virus vaccin et le virus variolique sont-ils identiques? Question déjà soulevée du temps de Jenner et qui a été résolue de nos jours par Chauveau (2) comme il suit : 1“ la variole humaine, inoculée à la vache et au bœuf, produit sur eux les mêmes effets que sur l’homme ; elle préserve la vache du cow-pox, comme celui-ci, inoculé à l’homme, le préserve de la variole; 2“ ces deux virus ont la propriété de se remplacer, sans qu’ils soient identiques, car la variole importée et cultivée sur la vache, même à travers plusieurs générations, conserve sa nature et ne se convertit pas en vaccin; replantée sur l’homme, elle le soumet aux phénomènes généraux et aux dangers de l’éruption varioli(|ue. Ces faits ramènent à l’emploi du cow-pox pour multiplier, régénérer et fortifier les sources de la vaccination publique. Mais quelle est l’origine du cow-pox lui-même? Frocède-l-il de la vache ou celle-ci n’en est-elle ([ue dépositaire? C’est encore A. Chauveau qui a résolu ce problème dans le .sens conforme à la tradition populaire, adoptée par Jenner Iiii-même; une affection du cheval, déjà connue de son temps sous le nom de sore-heel, seratehj-hoel or the çircase (eaux aux jambes, javard, de l’ilalien çiioMirdo), alors considérée comme locale, reconnue depuis comme étant la variole du cheval, inoculable au cheval, à la vache et à l’homme, le horse-pox, en un mot, ou Véquin, telle est l’origine, tel est l’équivalent du cow-pox, et
(t) Docteur t.onin, Conl'Areme hü torique sur Jenner h la Faculté de Paris, 1865. — Ctaude Bernard, Journal des Savants, juin et juillet 1868.
(2) Chauveau, Comptes rendus de l’ Académie' îles sciences, m.ai 1866, et juin 1.S67.
392 DES MODIFICATEURS. ~ CIRCUMFÜSA. [hygiène
susceptible de préserver riiomme de la variole sans passer par le pis de la vache (docteur Loy, 1801 ; Sacco, de Milan, 1803). Le grand propagateur de la vaccine en Autriche, de Carro, a envoyé à Bagdad du virus recueilli à Vienne sur un enfant inoculé avec le grease, et telle est l’origine équine du vaccin moderne en Asie, de telle sorte, écrivait-il en 1823 à Valentin, qu’on peut dire que l’Asie a été équinée et l’Europe plutôt vaccinée. Le horse-pox, la variole équine, la variole spontanée du cheval donne lieu, comme celle de l’homme, à un mouvement fébrile d’intensité variable et à une éruption plus ou moins généralisée, presque toujours discrète aux naseaux et aux lèvres, aux cuisses et aux parties génitales, aux extrémités des membres et au pli du paturon; son siège eu ce dernier point l’a fait appeler sore-heel (maladie du talon) par Jenner. Le virus du horse-pox, inséré sous l’épiderme du cheval, à la vache, à l’homme, ne fait pas naître d’éruption générale, et le nombre des pustules ne dépasse pas celui des piqûres d’inoculation ; dilué avec un peu d’eau, ce qui n’affaiblit point sa virulence, et injecté dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques, il provoque chez le cheval un mouvement fébrile, parfois inaperçu, et du huitième au douzième jour après cette opération, une éruption de horse-pox plus généralisée, dont les lieux d’élection sont les extrémités des membres, surtout celles de la tête : nez, naseaux, lèvres et bouche. Ce horse-pox artificiel, identique au horse-pox naturel et spontané, qui a été observé à Rieumes par Sarrans et Lafosse, et à Alfort par H. Bouley et Depaul, produit comme lui, dans ses pustules, un virus qui, inoculé au cheval, à la vache, à l’homme, agit sur eux comme un vaccin énergique. Relevons ici, avec Claude Bernard, celte particularité importante, que l’immunité vaccinale s’obtient plus vite par l’inoculation sous-épidermique que par l’injection et la diffusion du virus dans les voies circulatoires; dans le premier cas, l’organisme dès le cinquième jour se montre réfractaire à de nouvelles inoculations; dans le second, seulement du huitième au douzième jour. Autre fait non moins curieux! l’injection du virus vaccin dans les veines, qui chez le cheval engendre le horse-pox généralisé, ne détermine chez la vache, chez le bœuf, aucune éruption ni locale ni générale, mais seulement un peu de fièvre, et il n’en faut pas plus pour les rendre réfractaires à de nouvelles inoculations de vaccin ou de variole ; on dirait la vaccine sans vaccin, comme nos pathologistes classiques Xesvariolœsinevariolis. Ajoutez à ces données que lecow-pox, étranger au bœuf et jamais observé que sur la vache, s’est toujours montré sur le pis en contact avec les mains des vachères et des vachers qui soignent aussi les chevaux, et vous resterez convaincu avec Claude Bernard que la vraie source du vaccin primitif est le horse-pox; c’est donc à l’équin qu’il faut remonter pour avoir du vaccin primitif, et c’est au horse-pox généralisé que l’illustre physiologiste conseille de le demander, en communiquant une quantité de virus appréciable au cheval, soit par l’inoculation sous-épidermique en ayant soin de cautériser les piqûres pour prévenir la manifestation d’un travail local, soit par l’injection dans les vaisseaux ou plus simplement encore dans le tissu cellulaire à l’aide
publique] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 393
d’uiie petite seringue à canule piquante; ou préférera pour sujets île cette expérience et réservoirs vivants de vaccin primitif de jeunes chevaux qui y réagiront avec plus de vitalité.
La découverte de Jenner fut accueillie, propagée avec enthousiasme ; les gouvernements, les associations charitables ont aidé à sa vulgarisation, et, malgré ce mouvement qui s’est continué juqu’à ce jour, le but n’est pas atteint, les foyers de variole se rallument encore parmi les populations. Les derniers relevés constatent qu’en France, pendant l’année 186.5, ou a compté encore 25 903 individus atteints par la petite vérole, dont /rl66 sont morts et Zi089 ont été défigurés ou : sont devenus infirmes. Des statistiques anciennes avaient déjà fait ressortir les : mérites de l’inoculation variolique : avant cette pratique, la variole spontanée tuait 8 malades sur 100, sans compter ceux qu’elle défigurait ou rendait infirmes. Après l’inoculation, la mortalité fut réduite à 5 pour 1000. La vaccine n’aurait-elle que diminué le nombre des aveugles, prévenu différentes dégra- ; dations de la face humaine, garanti la beauté native des races humaines, quel bienfait! Mais, de plus, elle augmente la durée moyenne de la vie; Daniel Bernouilli et Duvillard estiment cet accroissement h un minimum de trois ans dans la masse des individus vaccinés peu de temps après leur naissance. Quant . à son influence sur la diminution de la mortalité, et par conséquent sur l’accroissement de la population, l’école économique de Malthus la met en question. En fermant une porte à la mort, dit Villermé, le préservatif d’une maladie ouvre les autres plus larges; si la variole tue moins d’enfants, il en meurt davantage par la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le croup, les maladies cérébrales, etc.; car il faut que la mort trouve son compte de victimes, puisque la subsistance règle la population et ne s’accroît point dans la même proportion qu’elle. Doctrine trop absolue pour être vraie et qui, prise dans sa signification rigoureuse, ne laisserait à la médecine, aux efforts de la civilisation, que la possibilité d’améliorer la qualité, non la quantité de la population. Mais l’homme n’a pas encore exploité tout le sol cultivable ; dans les pays les plus encombrés, les moyens de subsistance peuvent encore être étendus, multipliés, perfectionnés; l’excès de population n’existe qu’en apparence et résulte d’une répartition vicieuse. La vaccine n’a pas non plus pour résultat d’accroître la mortalité causée par la fièvre typhoïde ni de déplacer la mortalité d’un âge sur un autre âge, à moins qu’on ne regrette, comme le dit spirituellement Bertillon dans une excellente réfutation des paradoxes statistiques de Carnot (1), de voir mourir d’un catarrhe à soixante-dix ans de pauvres vieilles qui auraient dû mourir de variole à quinze ans sans l’inoculalion préservative de Jenner. Le bienfait de la vaccine est donc complet; elle augmente et la valeur et le chiffre de la population ; elle a réduit le nombre des aveugles; avant Jenner, sur 100 cas de cécité 35 provenaient de variole; cette proportion est tombée à 8 sur 100; encore les 8 aveugles des Quinze-Vingls, chez qui le docteur
(t) Bertillon, Union mMirn/r, l. IX, p. 587.
39/1 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hyaiênE'
G. Dumont a constaté l’origine variolique de cette infirmité, n’avaient-ils pas' été vaccinés d’une manière eflicace. Chez les enfants frappés de cécité, la, cause variolique se rencontre tout au plus dans la proportion de 3 pour 100 ; G. Dumont estime à 1/A la diminution du nombre total des aveugles en France sous la seule influence de la vaccine.
Avec le temps d’autres questions ont surgi, qui justifient l’importance attachée par tous les médecins prévoyants à la recherche des sources véritables' et primitives du virus vaccin, et des moyens de le régénérer et de le dispenser" avec profusion dans toute sa pureté. Sa puissance préservatrice n’est-elle que' temporaire, quoique le virus vaccin ne subisse aucune altération, ou parce' qu’il s’affaiblit ou dégénère? La vertu du vaccin s’épuise-t-elle par suite des^ transmissions successives ou par analogie avec d’autres maladies virulentes, qui, mortelles lors de leur importation en Europe, se sont atténuées en s’étendant? Le succès des revaccinations pronve-t-il seulement l’aptitude à contracter une seconde vaccine, sans rien impliquer contre la durée de l’effet préservatif de la première? Il est difficile de résoudre d’une manière péremptoire' ces questions, et cependant il importe de déterminer s’il faut, h de certaines' époques, répéter l’inoculation du vaccin ou renouveler ce virus, en puisant' aux sources du cow-pox. On avait aussi songé à retremper le vaccin en l’ino- , culant à des vaches; mais les recherches de Bousquet (1) ont prouvé qu’il n’acquiert pas une nouvelle énergie en passant sur la vache, et que celle-ci le rend tel qu’elle l’a reçu. Dans l’état actuel des faits, nous émettons cespropositions : — A. La vaccine diminue notablement la fréquence et l’intensité de la variole. Suivant les relevés de dix contrées de l’Europe, on comptait, . avant l’introduction de la vaccine, 1 décès par variole sur 10 morts; on n’en' compte, depuis la vaccine, que 1 sur 2378. Mais la vaccine ne préserve paS' dé la variole d’une manière absolue et illimitée. Le préservatif se répandit en Europe de 1800 à 1802, et la recrudescence des épidémies varioliques date, pour la France, de 1816; pour la Hollande, de 1818; pour l’Allemagne, de 1819, etc. Jusqu’à 1815, on ne signale en France aucun cas de variole post-vaccinale : bientôt ces cas se montrent; on les attribue à une vaccination mauvaise ou à une maladie que l’on s’efforce de distinguer de la variole, la varioloïde; mais les varioloïdes et les varioles vraies après vaccine se multipliant, le doute cesse ; néanmoins les premières varioles l’emportent en fréquence et en mortalité sur les varioles post-vaccinales. Dans le 'Wurtemberg, sur 1055 variolés, on en trouve 186 qui avaient été vaccinés (2). Dans l’épidémie de Copenhague, en 1825, sur A12 malades reçus à l’hôpital, 315 avaient été vaccinés; dans celle de Suède, en 182A, 560 malades moururent, dont 103
(1) Bousquet, Bulletm de l’Académie de médecine, t. VIII, p. 1188. — Not/veau traité de la vaccine et des éruptions varioleuses. Paris, 1848, p. 422.
(2) Dr Heim, Ilistor. kritisclie Darstellung der Pockenseuchen des gesammten Impfungs- und Revaccinationsvwsens im Konigr. Wurtemberg, etc. Stuttgart, 1838, in-8.
PUBLIQUE] ATMOSPHÈRE. — ÈPIDÈMIOLOOIE, 395
vaccinés, et tous âgés de plus (Te quinze ans. Le docteur Heirn signale les plus nombreux exemples de variole post-vaccinale de 1 /i â 27 ans ; George Gregory, de 15 à 19 et de 20 à 2k [Smallpox I/ospit. de Londres, 1838), tandis que, d’après la table dressée par Mathieu, la variole, non précédée de vaccine, porte son maximum de fréquence entre 0 et 10. Ces rapprochements semblent indiquer que la vaccine n’exerce qu’une préservation temporaire, dont le terme oscillerait entre 10 et 15 ans (1). — B. Les revaccinations réussissent len proportion d’autant plus forte, qu’elles ont lieu à une époque plus éloignée de la première vaccination. Les recrues des armées de Wurtemberg, de Danemark et de Prusse, ont donné 30 à éO succès sur 100, Bousquet a obtenu un quart de secondes vaccines bien établies : telle est aussi la proportion que j’ai obtenue en 183û, à Montpellier, sur des militaires du 11® et du 26® de ligne. Baudelocque a échoué sur 41 enfants; lors de l’épidémie de Provence, Maille n’a pu obtenir une bonne revaccination au-dessus de 10 ans, tandis qu’il a I réussi constamment à 15 ans de la première vaccine. — C. Si les faits ne sont pas encore assez concluants pour que les revaccinations soient décrétées comme I mesure obligatoire de police sanitaire, ou plutôt s’il faut éviter avec soin d’é- I branler la confiance que le préservatif de Jenner obtient enfin des masses, la prudence veut toutefois que les revaccinations soient officieusement conseillées et propagées : c’est ainsi qu’elles sont prescrites pour l’armée. Après l’âge de
(t) Serres a résumé ainsi les solutions données par les concurrents de 1845 aux questions posées par l’Académie des sciences ; 1“ La vertu préservative de la vaccine est : absolue pour le plus grand nombre des vaccinés, et temporaire pour un petit nombre ;
! chez ces derniers même elle est presque absolue jusqu’à l’adolescence. 2“ La variole I atteint rarement les vaccinés avant l’âge de dix à douze ans; c’est à partir de cette I époque jusqu’à trente et trente-cinq ans qu’ils y sont principalement exposés. 3“ Outre sa vertu préservative, la vaccine introduit dans l’organisation une propriété qui atténue les symptômes de la variole, en abrège la durée ou en diminue considérablement la gravité. 4" Le cow-pox donne aux phénomènes locaux delà vaccine une intensité très-prononcée : son effet est plus certain que celui de l’ancien vaccin ; mais après quelques semaines de transmission à l’homme, cette intensité locale disparaît. 5° La vertu préservative du vaccin ne paraît pas intimement liée à l’intensité des symptômes de la vaccine ; néanmoins, pour conserver au vacefn ses propriétés, il est^prudent de le régénérer le plus souvent que possible. 6® Parmi les moyens proposés pour effectuer cette régénération, le seul dans lequel la science puisse avoir confiance jusqu’à ce jour consiste à le reprendre à sa source. 7“ La revaccination est le seul moyen d’épreuve que la science possède pour distinguer les vaccinés qui sont définitivement préservés do ceux qui ne le sont encore qu’à des degrés plus ou moins prononcés. 8® L’épreuve de la revaccination ne constitue pas une preuve certaine que les vaccinés chez lesquels elle réussit fussent destinés à contracter la ''oriole, mais seulement une assez grande probabilité que c’est particulièrement parmi uux que cette maladie est susceptible de se développer. 9® En temps ordinaire, la rcvaccinalion doit être pratiquée à partir de la quatorzième année; en temps d’épidémie, il ®st prudent de devancer celte époque. {Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1S45,t. XX, p. 624.)
396 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [u^gièkf,' ;
treille ans, cette précaution perd de son importance, la susceptibilité à contracter la variole diminuant beaucoup à cette époque de la vie. — D. La vertu préservative de la vaccine n’est pas proportionnelle à l’intensité des symptômes’ i locaux. — E. Le vaccin nouveau est plus efficace que l’ancien : la vaccination : par le cow-pox l’emporte sur celle qui est faite avec l’ancien vaccin.
Si l’on n’a pas démontré par des expériences rigoureuses la dégénérescence • ou l’atténuation du vaccin jennérien (cow-pox) par une longue suite d’inocu- . lations sur l’homme, les faits les plus douloureux et par trop multipliés ne laissent plus aucun doute sur une viciation funeste que ce virus peut subir en traversant des organismes humains imprégnés d’autres principes morbides i virulents. Du vaccin puisé sur un enfant syphilitique inocule simultanément > et le préservatif de la variole et la syphilis constitutionnelle. Quatre fois on a vu un seul enfant transmettre en même temps la vaccine et la vérole à un grandi- ( nombre d’autres enfants qui ont souillé leurs nourrices, puis celles-ci leurs i maris, etc., de sorte qu’à la suite de ces quatre vaccinations, il y a eu 150 en- ] fants contaminés de syphilis et un nombre d’infections secondaires qui a porté; à 300 le contingent total de ces victimes de la syphilis vaccinale (1). Il n’est, î contre un si terrible risque, qu’une seule sûreté absolue : c’est la vaccination i animale, c’est-à-dire le cow-pox, ou mieux encore, d’après les recherches de: Chauveau et de Cl. Bernard, le horse-pox inoculé, cultivé sur des génisses et . transporté de leurs pis à l’épaule des enfants, en remplacement cîe la vaccina- i tion d’homme à homme. La syphilis n’a pu être communiquée jusqu’à pré- i sent qu’au singe et au chat; la vache y est réfractaire; le vaccin qu’elle four- i nit n’est donc jamais impur. Les expériences de vaccination animale, instituées ' aux frais du gouvernement sous les auspices de l’Académie de médecine de Paris, ont donné des résultats décisifs; elle est en usage à Naples depuis i plus de cinquante ans (2), introduite en France par Lanoix, en Belgique par Warlomont (octobre iSôS), sanctionnée par l’Académie de Belgique (1866), etc.; le cow-pox de Naples importé à Paris par Lanoix ayant été remplacé par celui qu’on a trouvé à Beaugency, les expériences se sont confirmées en s’étendant dans la pratique urbaine comme dans les hôpitaux.
La méthode, suivie actuellement, exclut les incisions et se contente de piqûres d’inoculation, soit sur les bêtes, soit sur les enfants; elle néglige le virus passé le septième jour, elle presse les pustules pour le recueillir et le conserver dans des tubes. On a renoncé à enlever les pustules pour racler à leur base la matière de l’inoculation. Du cow-pox, ainsi pris et conservé pendant deux
(1) Voy. Claude Bernard, loc. ci'/., p. 367. — Trousse.au, Clinique médicale, t. I, p. 66-67. — Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXXI, 1865-1866.
(2) Mémou'es de l'Académie de médecine. Paris, 1867, t. XXVIIl; et voyez Depaul, ■ Dhicusnon .s'Wï' ta vaccination animale {Bull, de l' Acad, de méd., 1867, t. XXXII, p. 1090 et suiv.). — Uusson, ihid., p. 951.
publique] ATMOSPHÉRIi. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 397
mois, a manifesté une activité complète. Les faits ont déjà prouvé que sa transmission de génisse à génisse n’a pas eu pour conséquence de l’alTaiblir; les dernières pustules obtenues par Depaul étaient aussi développées que les premières, et ont donné les mêmes résultats (foc. cit., p. 1100). On avait ■ suspecté le cow-pox de Naples, si laborieusement importé par Lanoix; celui qu’on a découvert à Beaugency l’a justifié par l’identité des effets de son inoculation. Il n’est pas inutile d’ajouter que la chair des animaux inoculés ne perd rieu de ses qualités hygiéniques et comestibles. Le cow-pox, pris directement sur l’animal et à la période voulue de sa pustulation, réussit à peu près constamment, 98,2 pour 100 d’après les tableaux annexés par Depaul h sou rapport. Au delà du septième jour, le virus conserve encore une certaine efficacité, et jusqu’au delà du neuvième jour; mais, comme pour le vaccin humain, les chances de réussite vont alors en décroissant. Les pustules de cette origine sont plus volumineuses, plus fréquemment accompagnées de pustules surnuméraires, de réactions locales plus vives, d’un état fébrile (fièvre vaccinale) que l’ancien vaccin est devenu inhabile à produire. Les expériences comparatives, faites avec le vaccin humain et avec le cow-pox, soit isolément, soit sur les autres individus, ont démontré la supériorité du dernier, bien que le premier provînt d’enfants inoculés avec le cow-pox et fût ainsi régénéré. Dans les revaccinations, Depaul a également vérifié l’énergie plus prépondérante du cow-pox. Grande sera la part de ce médecin d’initiative et de logique décision dans la précieuse conquête dont la vaccination animale a dès aujourd’hui doté l’hygiène publique; elle consolide celle de Jenner, loin de l’ébranler; elle rassure les familles qu’elle affranchit de tout risque de souillure syphilitique; elle empêche que levaccinnedevienne, suivant l’énergique expression de Claude Bernard, une calamité sociale ; elle permet de multiplier, d’entretenir, dans la proportion des besoins de la population civile et militaire, des sources pures de cow-pox d’une efficacité non douteu.se : ressource inappréciable pendant le règne des épidémies varioliques. C’est grâce à cette bienfaisante acquisition de la vaccination animale qu’il est permis d’espérer, si ce n’est l’extinction totale de ce fléau, au moins son atténuation progrès, sive et sa réduction au minimum de puissance nocive.
6“ Ce qui peut être tenté utilement pour la préservation de la syphilis, sera exposé plus loin (voy. chap. v, § 2, Prostitution.)
7“ La rage est aussi au nombre des maladies contagieuses qu’une prophylaxie bien ordonnée doit faire disparaître ou rendre extrêmement rares. Grâce à l’enquête générale et permanente que Dumas, alors ministre du commerce et de l’agriculture, a instituée en France; grâce aux judicieux rapports où A. Tardieu résume périodiquement les documents recueillis dans les départements, les divers problèmes qui se rattachent à ce sujet commencent à grossir, à s’éclaircir, et recevront une solution pratique. Aussi, au lieu de reproduire les assertions contradictoires qui se perpétuent dans les ouvrages, nous contenterons-nous d’emprunter à deux rapports excellents de notre collègue du co-
DES MODIFICATEURS
CIRCÜMFÜSA.
[hygiekei Ui
mité d’hygiène (1) quelques résultats d’une signification positive. Sur on total >) de 319 cas de rage, 233 ont été observés chez des hommes et 86 chez des*, ■ femmes. Pour l’âge, ou compte :
Au-dessous de 5 ans 7 cas.
Entre 5 et 15 ans 18
— 15 et 20 ans 5
— 20 et 30 ans 11
— 30 et 60 ans 31
— 60 et 70 ans 5
Age non itidiqué 5
Le premier chiffre (enfants au-dessous de 5 ans) réfute l’erreur qui rattache k à la seule influence de l’imagiiiation le développement de la maladie. Dans ■ i( 264 cas, elle a été transmise, par des chiens, 105 fois ; par des loups, 31 fois; ^ pai- des chats, 14 fois; par un renard, 1 fois; par une vache, 1 fois. Dans ^ 11 cas, l’origine est restée inconnue. Sur la race des chiens qui ont donné la rage, rien de concluant, si ce n’est la forte proportion des chiens de petite taille (griffons, king-charles) dont les caresses n’inspirent pas assez de défiance. Sur 54 individus, simultanément mordus par des chiens enragés,
23 seulement ont été pris de rage; la moitié environ a donc échappé à la contagion. Renault, d’Alfort, a beaucoup insisté sur ce fait d’immunité partielle, et, bien qu’il demeure saiis explication, il l’a démontré par des expé-r ‘ riences. La saison chaude a une influence très-marquée sur le développement spontanée de la rage chez les chiens et sur sa transmission à l’homme; sur 30è cas, 108 se sont manifestés en juin, juillet et août; 75 en mars, avril et mai; 60 en décembre, janvier et février; 61 en septembre, octobre et no-, vembre; et si l’on divise l’année en deux semestres, 183 cas pour les saisons, chaudes, 121 cas pour les saisons froides. La rage n’est pas inconnue aux climats chauds ; depuis que nos médecins militaires s’appliquent à la constater eu Afrique, ils en ont consigné d’assez nombreux exemples dans le Recueil des mémoires de médecine mililaire. En avril 1855, le docteur Racord m’a dit, à Smyrne,en avoir observé 3 cas dans un temps assez court : le médecin sanitaire d’Alexandrie, Amstein, en a signalé plusieurs cas dans cette ville et dans les environs ; Fauvel, plusieurs cas à Constantinople ; en Afrique, elle est connue de temps immémorial, et paraît être devenue plus fréquente à Alger depuis la conquête (2), peut-être parce qu’elle est mieux observée et plus exactement constatée. Sur 224 cas où la durée de l’incubation a été exactement fi.\ée, elle a été :
De moins de 1 mois AO cas. De 3 à 6 mois 30 cas.
De 1 à 3 mois 1A3 Dc6àl2 mois 11
(1) Voyez Dictionnaire d'hygiène et de salubrité, 2« édition. Paris, 1862, t. III, p. 490 et 498; et Annales d’hyg. puhl. et de méd. lég., 2“ série, passim, — Vernois, Étude sur la pi'ophylaxie administrative de la rage, ibid., t. XIX. — II. Eouley, Rapport à l’Académie de médecine {Bulletin de l'Académie de médecine, 2 et 9 juin 1863).
(2) Voy. Bulletins de la Société de médecine d’Alger, 1®' fascicule 1861, p. 78 et suivantes. — Doucher, Delà rage en Algérie {Annales d'hygiène publique ef de médecine %«fe,18<i6,2® série, t. XXV).
PüBUûUEj ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 39U
Il est évident que l’àge abrège la durée de l’incubation, car elle n’a été que de :
Chez 8 enfants de 2 à 13 jours 13 jours.
— 1 — de 3 à 3 ans et demi 15 —
— 1 — de H ans et demi 19 —
— 2 — de 3 ans et de 11 ans et demi 20 —
— 1 — de 13 ans 23 —
— 1 — de 5 ans 25 —
— 1 — de Tl ans et demi 29 ■ —
— 1 — de 2 ans et demi 30 —
La marche a toujours été prompte et fatale; dans 236 cas où elle a été I inotée, entre l’explosion des premiers symptômes et la mort, on a compté :
I A jours, dans 111 cas.
: 2 jours 56
il 6 jours 29
i: 3 jours 22
il 5 jours 8
7 jours û cas.
8 jours 3
Moins de 1 jour 2
9 jours 1
I L’impôt sur les chiens a-t-il diminué le nombre des cas de rage? Les six I années qui ont précédé cette taxe donnent 164 cas de rage, les six années qui l’ont suivie, 104 ; ce résultat est frappant, malgré le chiffre insolite des cas de ^rage en 1852; mais pour lui attribuer une valeur précise, nous aurions à 1e comparer avec celui delà population canine en France avant l’institution de la r mesure fiscale (1856); il était, en 1858, de 1696101 chiens imposés. De ? 1852 à 1862 inclus, sur 195 individus morts de la rage, la cautérisation au fer ^ rouge, seul moyen efficace de la combattre, a été omise 111 fois, employée tardivement 45 fois, d’une manière insuffisante 39 fois!... Sur 143 individus ^ mordus par des chiens enragés, 63 n’ont pas contracté la rage ; sur ces 63 pri- ' vilégiés, 18 ont été cautérisés par le fer rouge, 15 moins d’une heure après la I morsure, 3 tardivement; 8 cautérisés avec des caustiques, 4 immédiatement, k tardivement; 9 ont été cautérisés à l’aide de moyens et dans des délais non indiqués. Le fait le plus démonstratif en faveur de l’application du fer rouge s’est passé en 1862, dans les Hautes-Alpes, où 16 personnes et une ânesse furent mordues par un chien enragé : les 16 personnes furent cautérisées sans délai, sur place, par un médecin, et soumises itérativement à d’autres cautérisations, soit au fer rouge, soit à l’aide de caustiques : il n’y eut qu’une victime, l’ànesse, non comprise dans les mesures de préservation (docteur Catelan, cité par Tardieu).
En Allemagne, on procède à l’excision profonde et complète de toutes les parties lésées que le virus a pu atteindre; on lave en.suite la plaie avec une solution de potasse caiisli<iue, et l’on y applique un tampon de charpie imbibée de cette solution, et (|ui doit être renouvelé trois ou quatre fois par jour; la suppuration qui résulte de l’emploi de ces moyens est entretenue par la cautérisation continuée pendant six semaines avec le même alcali. « Combien n’est-il pas regrettable, s’écrie Tardieu, de voir se perpétuer, malgré les pro-
ÛOO
DES MÜDIF1CATE13HS. — ClRCUMl’ÜSA.
[hygiène - 'S;
grès de la science et les efforts incessants de radminislration, des pratiques p absurdes, des superstitions d’un autre âge, qui, remplaçant le seul traitement, i connu jusqu’à présent ipour avoir une efficacité au moins partielle, livrent dei' I malheureuses victimes à un mal qui ne pardonne pas! Nous ne voulons pas , passer en revue les breuvages, les mixtures, les remèdes impuissants par les- 1 quels les empiriques ne craignent pas d’abuser les populations crédules des > campagnes. Mais il est des faits qui ont un caractère plus grave encore, et , nous paraissent de nature à appeler toute la sollicitude de l’administration. ^ Dans les départements du Nord, de la Marne et du Pas-de-Calais, il existe une i croyance dans les vertus antirabiques des reliques de saint Hubert. Ici c’est j' un fragment de l’étole du saint que l’on introduit, à l’aide d’une petite inci- i sion, sous les téguments du front; là c’est la clef de saint Hubert qui, rougie v à blanc, est également appliquée sur un point du crâne. Les individus exposés ■ > à la contagion sont conduits en pèlerinage à la chapelle; et, dans le Nord, on ) joint à la petite opération que nous venons de rappeler, une sorte de quaran- i taine pendant laquelle l’individu exposé à la contagion est séquestré et con- ii damné à un repos physique que doivent sans doute troubler des préoccupa- < tions. morales et des appréhensions dont ne peut toujours triompher la plus ■ I aveugle confiance. » La vigilance de l’autorité, des instructions populaires -i avant tout, la poursuite et l’enlèvement des chiens errants, la réduction de i leur nombre par l’effet d’un impôt spécial qu’il faut augmenter et qui a en 1 1 même temps l’avantage de faciliter la recherche des maîtres dont la responsa- i bilité peut être engagée : tels sont, avec la cautérisation préventive au fer rouge, les seules ressources que possède jusqu’aujourd’hui l’hygiène publique contre la propagation de la rage. Nous mettons en première ligne les instructions destinées à éclairer toutes les classes de la société sur les dangers de la cohabitation avec les chiens, les chats, et à les familiariser avec les premiers symptômes de la rage, alors qu’au début et pendant l’évolution de cette maladie, le chien boit encore en lappant : « Le chien enragé n’est pas hydrophobe, dit H. Bouley (kc. cit.) ; quand on lui offre à boire, il ne recule pas épouvanté. » Lorsque la constriction de la gorge amène la dysphagie, il essaye encore de boire, et ses lappements en sont d’autant plus répétés, plus prolongés; c’est alors qu’avec ses pattes de devant, il fait, de chaque côté de ses joues, les gestes qui semblent i^idiquer la présence d’un os dans l’arrièregorge, et beaucoup s’y trompent. Dans la période initiale, humeur sombre, agitation inquiète, tête cachée entre la poitrine et les pattes de devant, tendance à fuir ses maîtres comme pour n’ôtre pas exposé à les mordre dans un moment d’entraînement instinctif, car ses affections persistent jusque-là; puis, l’agitation croissante, le délire rabique avec hallucinations, l’animal se lançant et mordant en l’air, ou se tenant aux aguets et rampant encore vers son maître qui l’appelle, le hurlement rauque, voilé, plus bas de ton et suivi d’émissions vocales décroissantes, etc. , voilà des symptômes à divulguer, propres à frapper l’attention de tous, partant à prévenir d’irréparables malheurs.
publique]