DES LOCALITÉS
Chaque population porte l’enipreinte des lieux qu’elle habite ; elle est ce que la fout sa race et le milieu auquel elle s’est adaptée. Mais il est difficile de décomposer l’inlluence complexe des localités et de faire h chacun de ses éléments une juste part (voy. tome I, page 465). La nature du sol n’en est pas le I moins efficace, et le voyageur exercé devine parfois à l’habitation, au vêlement I et à la nourriture du peuple, la composition géologique des contrées qu’il par- I court. Les villes industrielles de l’Angleterre dont les noms suivent, et qui I possèdent une nombreuse population, s’élèvent sur des couches appartenant r exclusivement à la formation du nouveau grès rouge : Exeter, Bristol, Worj cester, AVarwick, Birmingham, Coventry, Lirerpool, Leicester, Nottingham,
I Derby, Chester, Manchester, York, etc. ; sur la côte, depuis le Dorset justt qu’au Yorkshire, une population presque entièrement agricole vit répandue 6 sur un sol calcaire, oolithique ou crayeux, tandis qu’une population plus I' clair-seraée de mineurs et de montagnards occupe les roches primitives ou de f transition du Cornouailles, du nord du Devonshire et du pays de Galles. Loin i de nous d’attribuer à la seule structure du sol l’état social, les caractères physiologiques et la paihologie des peuples; mais elle détermine la qualité et la i proportion de leurs moyens de subsistance ; et comme ceux-ci gouvernent en t grande partie le mouvement de la population, les chiffres de la densité hui maine résolvent l’une des grandes inlluences des lieux. Il faut y joindre la ni considération de la vie moyenne et du rapport des naissances aux décès. Pre- 3 lions pour exemples les lieux de montagnes et de plaines, les pays à marais, t!i les villes et les localités rurales (1).
(1) Les derniers travaux du cadastre fixent la superficie de la France (la Corse non
< comprise) à 52,153,149 hectares 64 ares, dont ;
Hectares ,
Terres labourables 25 500 075
Prés 5 159 179
Vignes 2 088 048
Bois 7 688 286
Vergers, pépinières, jardins 627 704
Oseraies, aunaies, saussaies 64 429
Carrières et mines 3 566
Mares, canaux d’irrigation, abreuvoirs 17372
Canaux de navigation 12 272
Landes, pâtis, bruyères, tourbières, marais, rochers, montagnes
incultes, terres vaincs et vagues 7 138 282
Étangs 177 168
Oliviers, amandiers, mûriers, etc 109 261
Châtaigneraies 559 029
Boutes, chemins, rues, places, promenades 1102 122
Bivièrcs, lacs, ruisseaux 439 572
Forêts et domaines non productifs 1 047 684
Cimetières, presbytères, bâtiments publics, églises 14 742
Autres terrains non imposables 150 458
M. LÉVY. Hygiène, 5“ édit. il. — 26
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.
[UYGIÉNE
1° L’élévation des lieux tend à conserver la vie humaine : l’Écosse et la Norwége présentent le moins de morlalité ; la Suisse est sur la même ligne que la Prusse et compense la dilîérence de latitude par la hauteur ; l’Espagne, i qui présente à son centre un plateau élevé, contrebalance par cette disposition l’effet défavorable de sa rnéridionalilé avancée. Si l’on compare en Erance lü départements montueux avec 10 autres de plaines non maritimes, la proportion des décès se montre de 1 sur Zj 3, 75 dans les premiers, et de 1 sur Zil,20 dans les autres; dans les Hautes-Pyrénées elle descend même à 1 sur 55. Les cantons montagneux l’emportent aussi sur les plaines par le nombre des exemples de longévité : tels sont l’Écosse, le pays de Galles, l’Auvergne, la Suisse, la Savoie, les Pyrénées, l’Abyssinie, les plateaux élevés de l’Arcadie, de l’Étolie et de l’Asie centrale. L’action salutaire de la hauteur résume celle ! du froid, de la ventilation et de la pureté de l’air; elle cesse nécessairement à | une certaine limite où l’effet de la raréfaction atmosphérique devient prédo- i minant, car les religieux du mont Saint-Bernard n’atteignent pas la moyenne ordinaire de la vie. D’après Jourdanet (1), les hauteurs de l’Amérique tropicale ne seraient point aussi favorables qu’on le croit au développement complet de l’organisme et à l’exercice régulier des fonctions physiologiques ; à Jlexico, a pression atmosphérique est diminuée d’un quart; l’air moins comprimé a besoin d’une plus grande quantité de calorique pour s’échauffer ; d’où vient > ]que la sensation de chaleur perçue n’est plus en rapport avec le degré thermomélrique, et que le même jour on gèle à l’ombre par 18 degrés et l’on ; brûle au soleil par 50 degrés. L’humidité de l’air, très-marquée dans les couches inférieures et au rez-de-chaussée des maisons, est nulle dans les couches supérieures et au niveau des étages élevés. Après les pluies, l’hygromètre de Saussure se tient h 72 degrés; les chaleurs de l’été, tempérées par les pluies des tropiques, oscillent entre 15 et 22 degrés; en hiver, on a 15 à : 16 degrés le jonr, et rarement le thermomètre descend à zéro la nuit ; et si, par ce printemps éternel, l’homme ne vit pas aussi bien ni aussi longtemps, c’est ; \ qu’il respire moins vite et avec moins de force, l’hématose souffre d’un ti déficit d’oxygène, la circulation s’accélère, tandis que la respiration se ralen- i tit; de là, faiblesse et langueur, augmentées encore par la difficulté de sup- f porter l’alcool, le café, les aliments sucrés, etc. Ces observations, qui j viennent en opposition avec les données admises, exigeraient l’appui d’une sta- i tistique bien faite. L’auteur signale lui-même, à côté de cette condition »i presque valétudinaire de la race blanche, qu’il ne croit pas encore acclimatée J aux altitudes de l’Anahuac, la vigueur musculaire, l’amplitude thoracique, o l’énergie respiratoire de l’Indien autochthone ; il est frappé lui-même de l’ab- ; sence de la phthisie pulmonaire dans ces régions élevées. Enün les observa- ' tions des Anglais sur les altitudes de l’Inde ne s’accordent pas avec celles de - Jourdanet. La comparaison des naissances dans les départements montueux et <
(1) Jourdanet, Du Mexique, etc. Paris, 1861.
pubuüueJ des localités. ^03
dans ceux de plaines ne laisse guère de valeur à l’élévation des lieux quant à la fécondité et à raccroisseincnt de la population.
*2“ Il n’en est pas de même pour les plaines à marais ; là nomseulement la vie moyenne baisse, mais le rapport des naissances aux décès décroît notablement. Villermé a démontré que les époques d’insalubrité, principalement celles des épidémies paludiques, sont défavorables à la fécondité, le chiffre des conceptions diminuant pendant la période de l’année où les émanations marécageuses ont leur maximum d’intensité. Nous avons mentionné (t. I, p. ùll) les résultats statisli(iues de Bossi, qui mettent en évidence l’accroissenient de la mortalité par la même cause. Dans les cantons montagneux de la Suisse, la moitié des habitants parvient à l’âge de U1 ans et possède un vingtième d’octogénaires, tandis que dans les cantons marécageux la vie I moyenne est de 25 ans, et l’on n’y compte guère qu’un octogénaire sur I 52 habitants.
3“ Le séjour des villes et des campagnes Influe sur le chiffre de la fécondité et de la mortalité. Quetelet a trouvé que le nombre des naissances, compara- ; tivement à la population, est plus grand dans les villes : pour une période de , cinq ans, il l’a trouvé de 1 à 29,1 habitants; et dans les campagnes, de 1 à ; 30, ù habitants. Quant à la mortalité, Sussmilch l’évalue à 1 sur ùO dans les villages, 1 sur 32 dans les petites villes, 1 sur 28 dans les grandes villes, et 1 sur '2h dans les très-grandes villes. En Angleterre (1), on a trouvé la mortai lité des districts ruraux à celle des villes comme 100 à ihk, et la vie moyenne i de ces deux ordres de localités comme 55 à 38, ce qui donne en faveur des campagnes une différence de 17 ans.
De 18A6 à 1850, on a compté :
1 naissance sur
En France 37, A8 habitants.
Dans les villes (Paris non compris). 37,81 —
Dans Paris 33,17 —
1 décès snr
41,97 habitants.
En 185 A, on a compté :
1 naissance sur
Département de la Seine 31 habitants.
Dans les villes 35 —
Dans les campagnes 41 —
1 décès sur
28 habitants.
France entière,
Le tableau suivant, emprunté par Motard à E. Osterlen et à Wappœus (A),
( 1 ) Troisilime rapport du Reyistaire général, etc.
(2) Statistique gé)uirale de la Frunce, nouvelle série, 1855, t. XV, 2“ partie.
(3) Statistique générale de la France, mouvement de la population pendant 1854.
(4) K. Osterlen, tlandbuch der viedicinischen Slulistik. Tubingen, 1865. — Professeur Wappœus, AUgerneine Üevülkerungs slulistik. Leipzig, 1859.
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA.
nous monire généi’alement la natalité plus grande dans les campagnes que dans les villes, malgré les immigrations urbaines, et le cliilîre obituaire constamment plus élevé dans les villes que dans les campagnes ;
PAYS