‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 94 sur 196 · DES HABITATIONS PUBLIQUES · texte numérisé non relu

DES HABITATIONS PUBLIQUES

§ «. — Villes.

Les exigences du milieu et de la défense commune ont présidé à l’installa- ; tion des premiers groupes humains, ainsi qu’on le voit encore sur des points éloignés du globe. Dans les régions polaires, la famille se construit des abris contre l’excessive rigueur de la température avec des blocs de glace et la neige 1 même qui l’investit de toutes paris. Bon nombre des villes en Amérique ont I eu pour rudiments des maisons construites avec les troncs d’arbres de forêts N que de hardis pionniers sont venus défricher. Les feuilles de cocotier suiïisent à protéger la cabane du Polynésien. Les Mélanésiens du havre Dorey liûtissent I encore aujourd’hui leurs villages sur pilotis comme faisaient en Europe, en des temps reculés, les habitants des cités lacustres.

La formation des centres de population est l’origine de l’hygiène publique et le levier de la civilisation. Chez les peuples chasseurs, les instincts les plus : grossiers de l’individualité sont le mobile d’une existence sauvage; chez les peuples pasteurs, les idées de propriété et de défense commune se développent même au sein d’une vie nomade. Plus tard, l’agriculture les attache au sol et les jalonne en groupes qui grossissent avec le temps. A mesure que les besoins augmentent et que les intérêts se compliquent, l’industrie grandit, la hiérarchie sociale se fortifie, les villes s’élèvent, entourées de murailles qui les protègent contre les agressions, sous la garde d’un pouvoir qui personnifie les droits et les intérêts communs : la commune existe, c’est-à-dire l’unité sociale, le type de la société civile. La religion vient la vivifier par le sentiment de la fraternité humaine et resserrer l’association des hommes : la paroisse vit dans la commune comme Pâme dans le corps. Tels furent les rudiments de nos grandes cités ; elles se sont formées par une sorte de polarisation lente et graduelle. L’hygiène publique a pris naissance à la suite des maux dont les centres populeux devinrent les foyers; elle n’a point présidé à leur formation, elle n’a point dirigé la construction de ces ruches nombreuses où s’agitent, frelons et travailleurs, les races mélangées qui constituent la plupart des agglomérations humaines ; science tardive, sa lâche pratique est de réparer plu-

lilti DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA. [hygiène i

tôt que d’édifier, de corriger plutôt que de prévenir. Les générations anté- u Heures ont légué aux nôtres une mission difficile : la refonte des cités, qu’elles Ü ont élevées dans l’ignorance ou dans l’incurie de tous les principes de la salu- ,ln brité publique. Rues mal percées, constructions tourmentées, établissements c mal exposés, masures humides et sombres empiétant sur la voie publique, îj pavage incomplet, système défectueux de distribution et d’écoulement des • v eaux, etc, : tels sont les vices de la plupart des villes anciennes; leur régéné- » ration sanitaire impose de grandes dépenses et ne peut s’effectuer qu’avec le secours des siècles. Assainir un quartier, c’est prolonger la moyenne de la vie f de ses habitants. Cette vérité doit sans cesse être présente à l’esprit de ceux e qui ont la direction et la responsabilité du jnunicipe. On dresse des statues, ) on construit des mairies luxueuses, des salles de spectacle, ou caresse les I ruines historiques : améliorez la demeure du pauvre et de l’ouvrier; versez A l’air, le soleil et l’eau à vos administrés ; assurez le prompt et régulier enlève- i meut des boues et déjections ; restreignez le méphitisme envahissant des accu- i mulations humaines et le mortel tribut que prélèvent annuellement les ca- > chexies populaires, filles de la misère et de l’insalubrité. La puissance d’infec- ^ tion d’une ville se calcule d’après celle de chacune de ses habitations et de la . quantité d’eaux ménagères et de détritus de tout genre qu’elles éliminent i journellement ou qu’elles amassent temporairement; il y faut ajouter l’iu- ,| fluence des boues formées sur la voie publique par la circulation des passants -I et les pluies; celle des boucheries, des hôpitaux et hospices, des cimetières, les • i émanations et les déjections des ateliers et fabriques, etc. Que l’on réfléchisse I à tous les foyers miasmatiques qui naissent seulement des ménages entassés i dans une seule maison, et l’on se fera une idée de toutes les difficultés de la ! police sanitaire.

I, — Villes.

1® Exposition, emplacement, etc. — L’étude que nous avons faite de l’air, des eaux, du sol, des localités, etc. (tome I®”), nous dispense de discuter ici l’opportunité des diverses expositions et le choix de l’emplacement des villes. Il est aisé de déduire ces indications de tout ce que nous avons émis précédemment sur les conditions de salubrité extérieure; il faut consulter la composition de l’atmosphère, la moyenne du nombre des jours de pluie, de brouillard, de neige, de gelée, de sérénité, la température moyenne de chaque saison, la quantité d’eau qui tombe annuellement, la direction, la fréquence et la qualité thermométrique et hygrométrique des vents qui soufflent, la nature et les productions du sol, la configuration des masses continentales où l’espèce et l’étendue des eaux qui les avoisinent, etc. On ne peut déterminer d’une manière générale le degré de salubrité des villes construites dans les plaines, celles-ci difléraut sous le rap|)ori du terrain, des vents prédominants, etc. La proximité des marais est d’autant plus dangereuse que le climat est plus

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l’I'liLIÛUEl

chaud; le centre des forêts est défavorable; sur le bord des fleuves eide la mer s’élèvent des villes florissantes par leur population et leur aisance; les inconvénients qui résultent pour elles du voisinage de ces eaux sont de nature à céder aux travaux d’assainissement. Celles qui couronnent des lieux élevés -iet dominent tous ceux d’alentour jouissent d’un air vif et renouvelé, et se font ijireniarquer par le bon état de la sauté publique; il n’en est plus de môme des S villes qui, bâties sur des hauteurs, sont néanmoins dominées de tous côtés par d’autres élévations du sol, ni de celles qui occupent le fond des vallées ou les isinuosités des gorges de montagnes. La forme la plus avantageuse pour la . construction des villes est celle qui étale leurs habitations, au lieu de les ras- |iseinbler dans un espace plus ou moins circulaire et étroit, où les quartiers labyrinthiques du centre étouflent, pressés par une ceinture de quartiers exté- . rieurs.

2“ Variétés de villes. — Ce n’est pas assez que les hommes s’entassent îldans des localités circonscrites, exposées aux émanations qui naissent de leur ‘réunion, des animaux qu’ils gardent pour leur nourriture ou pour leur serjvice, des ateliers où l’industrie multiplie ses produits, se frustrant mutuellejment de l’iûfluence salutaire des vents destinés à renouveler une atmosphère miasmatique, et du bienfait de la lumière solaire qui corrige l’humidité et istiniule directement la vie; il faut encore qu’ils étreignent leurs cités de murailles, de fortifications élevées et baignées à leurs pieds par des eaux sta- ^gnantes, par des marais infects. Dans les places fortes, les quartiers qui I confinent aux remparts i^ont humides et malsains; si les maisons sont concen- 1 trées dans un espace étroit, l’air se renouvelle mal dans les rez-de-chaussée ' et dans les couches inférieures des rues; le progrès de la population enfermée I dans des limites infranchissables force en quelque sorte la ville à croître en ! hauteur. Les villes ouvertes nous paraissent dans des conditions beaucoup ; plus favorables. Plus les villes sont mal bâties, plus elles sont exposées aux I dangers de l’encombrement.

Lt*s villes les plus populeuses sont, aujourd’hui :

Nombre

Noms des villes, d’habitants.

Paris 1 825 274

Lyon 323 954

Marseille 300 131

Bordeaux 194 241

Lille 154 749

Nantes 111956

Toulouse 126 930

Rouen 100 671

Londres 3 037 990

Liverpool 444 000

Manchester 358 000

Birmingham 296 000

Leeds 207 000

Shellieid 185 000

Nombre

Noms des villes. d hubilnnts.

Bristol • . . 154 000

Bradford 106 000

Glasgow 395000

Edimbourg 168 000

Dublin 250 000

Belfast 120 000

Pétersbourg 586 000

Moskou 336 000

Odessa 105 000

Vienne 500 000

Berlin 683 000

Breslau 146 000

Cologne 120 000

Bruxelles 177000

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA,

Nombre

. Noms des villes. d’habitants.

Anvers 11.5 000

Prague 143000

Pesth 132 000

Rome 198 000

Venise 1 18 000

Naples 419 000

Milan 196 000

Turin 180 000

Palerme 168 000

Gênes 128 000

Florence 120 000

Hambourg 233 000

Amsterdam 267 000

Rotterdam 113000

Copenhague 155 000

[hygiène i

Nombre

Noms des villes.

d’habitants. !

Stockholm

Madrid

Barcelone

Séville

Valence

Lisbonne

Ruchurest

New- York

Philadelphie

Baltimore.

Boston

Nouvelle-Orléans

Le Caire

Alexandrie

La densité de la population est, après la construction et l’espacement des • maisons et des rues, l’élément le plus important de l’hygiène des villes : si ; elle est excessive, le manque d’air, le défaut de renouvellement de l’atmo- t sphère, l’infection, l’humidité, l’absence de la lumière solaire, l’insuffisance et la cherté des subsistances, la misère et les privations, deviendront la source de maladies sans nombre. Londres est le centre le plus populeux du monde; ses habitants, répandus sur une superficie de 31 576 hectares, jouissent <i en moyenne de 112 mètres carrés par individu; mais en réalité, à Loti- i dres comme à Paris, il y a des quartiers encombrés et d’autres qui ne le sont pas; dans la première, le type de la construction, c’est la maison de famille; dans la seconde, c’est la caserne à six étages. Cependant le docteur Farr, dans le East, a compté 2è3 000 habitants par mille anglais carré, ce qui donne 10 mètres carrés par personne. Motard cite, d’après le docteur Duncan, un quartier de Liverpool où il n’y a c[ue 5 mètres 2/3 par habitant. De Prony a calculé la densité de la population en France à 0,6 par hectare, et pour Paris à 22k, U pour la même superficie, environ 372 fois plus, = environ ù3 mètres carrés par habitant. La moitié de la population de Paris s’entasse dans un quart de sa superficié, et ne dispose que de 23 mètres carrés par habitant. La commission du choléra, en 1832, a constaté que dans certains quartiers la population s’accumule au point de présenter 1500 habitants par hectare : « Ou oserait à peine, ajoute-t-elle, confier mille arbres au même espace de terrain', si l’on tenait à les voir sains et vigoureux. » Dans le vni“ arrondissement (avant l’annexion), chaque habitant avait Sk mètres d’espace; dans le i", 83; dans le x% 65; dans le xil“, 59; dans le v“, 39; dans le 11% 31 ; dans le iii“, 25 ; dans le Vl', 21; dans le ix% 20 ; dans le Xl% ik ; dans le VU®, 12, et dans le iv“, 12. Ces chiffres n’ont pas besoin de commentaires; disons seulement que s’ils s’appliquaient à la totalité de la France, celle-ci, au lieu de 1790 habitants ])ar lieue carrée, en présenterait 2 millions!... A un tel état de choses il n’est qu’un remède : agrandir la cité, ouvrir des rues, établir des places, abaisser les maisons, élargir et éparpiller la population;

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publique]

chaque habitant doit jouir au moins de 40 mètres carrés de terrain. Les villes comparées entre elles olTrent des moyennes de vie très-différentes, suivant le degié de richesse ou de misère qui y règne, suivant que leur population est agricole ou manufacturière; mais ces résultats dérivent de causes non inhérentes aux villes et que nous étudierons ailleurs.

Economie inlêrieure. — Les villes se composent d’un certain nombre d’habitations privées et d’édifices consacrés à des usages collectifs : nous traiterons de ceux-ci en particulier; quant aux premières, nous avons tracé les règles relatives à leur construction; la salubrité d’une ville entière est la somme de la salubrité de toutes les habitations privées et de celle de la voie publique. Le nombre total des maisons en France s’élève à 7 462 545 (en 1856) ; le nombre moyen d’habitants est :

Pour une maison, Pour un ménage.

En France 4,84 3,95

Dans les villes 9,05 3,58

Le cadastre de 1861 fixe à 31 500 le nombre des maisons à Paris; ce nombre, rapproché du chiffre de la population, donne une moyenne de 32 habitants par maison ; à Londres (Cité et métropole réunies), où l’on compte 300 000 maisons pour 2 400 000 habitants, la moyenne est de 8; d’où l’on voit qu’à Paris l’agglomération humaine est quatre fois plus serrée qu’à Londres.

On compte, en France :

313 691 maisons ayant une ouverture.

deux ouvertures, trois ouvertures, quatre ouvertures, cinq ouvertures, six ouvertures et plus.

Nous avons déterminé la hauteur qu’il convient de donner aux maisons, l’espace qui doit séparer deux rangées de maisons et qui donne la largeur des I rues (tome I, p. 558). Les règlements actuels sont insuffisants à cel égard; dans beaucoup de quartiers de Paris récemment bâtis, on voit des maisons ' dont le soleil n’atteint pas le second élage et qui restent humides, malsaines. Pendant le choléra, la mortalité, dans les rues étroites, a été de 45 sur 1000, le double de la moyenne. Dans les pays chauds, l’étroitesse et la sinuosité des rues, jointes à la hauteur des maisons, corrigent les effets excessifs de la température. Mais sous tons les climats, l’air et la lumière sont les premiers agents delà salubrité; où n’cxiste-l-il pas des madères organiques susceptibles de devenir insalubres par un commencement de putréfaction ! Or, l’oxygène de l’air porté sur ces matières tend à les convertir définitivement en eau, en acide carbonique et en azote, par une suite de combustions lentes, dont les produits, formés graduellement et en faible proportion, n’ont rien de dange- M. LÉVY. Hygiène, 5® Édit. u, — 27

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reux pour l’économie animale; le concours de la lumière ei l’élévation de la température favorisent cette tendance de l’oxygène. On voit combien il importe de faire partout de larges rues et des cours spacieuses. La rectitude de • l’alignement des rues les ouvre mieux au soleil^ à l’aération, à la circulation, à la perspective; elles doivent s’étendre du nord au midi, si cette direction ne les fait pas enfder par des vents insalubres propres k la contrée; il serait utile de les faire aboutir par leurs deux extrémités à des places publi(|ues, à des boulevards, à des carrefours, vastes réservoirs de l’air dont elles favorisent la circulation, et qui diminuent la densité de la population en augmentant l’étendue relative de l’espace occupé par un certain nombre de maisons. Les usines insalubres et tous les établissements qui mêlent à l’atmosphère des émanations délétères doivent être relégués en dehors des villes et à une certaine distance de leur enceinte : tels sont les fabriques de céruse, de couleurs, de produits chimiques, de sucre, de tabac, de poudres de guerre ou fulminantes, i les boyauderies, les tanneries, les mégisseries, les abattoirs, les vidanges, les : grandes distilleries, les usines à gaz, les fours à chaux et à plâtre, etc. Nous | n’exceptons pas de cette loi de relégation les vacheries, les écuries un peu i considérables, les pigeonniers, etc.; même prescription pour les cimetières et i les voiries. Dans les villes à sol perméable, tous les établissements susceptibles ) de répandre des matières organiques à la surface ou dans la profondur de la '| terre doivent être placés en aval des habitations, pour que celles-ci n’aient j jamais à recevoir dans leurs fondations des infdtrations d’eau pluviale prove- j liant des cimetières, des voiries situées en amont (Chevreul).

Sol des villes, rues et pavages. — Chevreul a admirablement résumé i les causes qui tendent sans cesse à infecter le sol des cités. Toutes les fois que j des sulfates alcalins et certaines matières organiques existent dans une eau i privée du contact de l’air, il se forme des sulfures, de l’acide sulfhydrique; { de là l’infection des eaux du bassin de Paris qui renferment du sulfate de l chaux. Tout ce qui tend à imprégner le sol de matières organiques constitue t une cause prochaine ou éloignée d’insalubrité; l’accumulation de ces matières > et leur altérabilité produisent non-seulement l’infection du sol, mais celle des > puits, quand le terrain est perméable sans être incessamment lavé par les eaux i. pluviales ou par des eaux pures de sources situées au-dessus de la ville. Débris i animaux enfouis dans la terre, matières échappées des lieux d’aisances, urines ii projetées sur la voie publique, matières organiques qui de nos demeures ■■ passent dans le sol, matières condensées à l’état liquide dans les conduites de ^ gaz et qui s’en échappent par les fuites, voilà les éléments d’infection des terrains habités. Si l’on y ajoute l’influence du calcaire poreux pour produire des azotates de potasse, de magnésie et surtout de chaux, ou aura les corps i qui produiront avec les substances organiques des effets d’insalubrité on d’in- i fection qui ne se manifesteraient point sans leur intervention. L’œmre d assainissement du sol des cités consiste donc à en empêcher l’imprégnation i putride, à lu restreindre au moins aux plus étroites i imites, à détruire incessain- i

publioue] des villes. 419

nient les matières organiques par une combustion lente qui a pour agents l’oxygène atmosphérique et la lumière, à en dissiper une partie par l’assimilation des végétaux ; elle ne peut donc s’accomplir que par un ensemble de mesures telles que la relégation des voiries, cimetières, usines insalubres, etc. , en aval de la ville, par la largeur des rues et des cours, et surtout par le mouvement de l’eau aérée dans le sol pour y brûler les matières organiques. C’est même là, suivant la remarque de Ghevreul (1), l’une des plus heureuses conséquences du drainage, savoir, le renouvellement de l’eau qui détermine toujours l’introduction dans le sol d’une certaine quantité d’air si utile à la I végétation, si nécessaire à la conibustion lente des débris organiques : le drainage établit une circulation entre l’atmosphère et le sol au moyen du mouvement de l’eau. Tel est aussi l’avantage des eaux pluviales pénétrant dans un terrain creusé de puits qu’elles alimentent; sorte de drainage naturel trèspropre h laver un terrain infecté d’une petite étendue, à délayer et à entraîner les eaux chargées de matières organiques qui se déversent de nos maisons dans le sol. Aussi le pavage, qui s’oppose à l’imbibition des eaux météoriques, ne profite-t-il pas à la salubrité de toutes les localités où il est appliqué ; il . compromet celle des eaux des puits, creusés dans des terrains perméables, et par suite l’assainissement des couches inférieures du sol. Cette inOuence du : pavage des villes sur la qualité des eaux de puits. Franklin l’a prévue, ainsi f que la nécessité de demander aux rivières, aux sources éloignées, la quantité d’eau potable nécessaire à la consommation publique : « J’ai ebservé, dit-il,

< que le sol de la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie était charriée : loin et ne pouvait pénétrer dans la terre et renouveler et purifier les sources, ce qui est cause que l’eau des puits devient chaque jour plus mauvaise et finira par ne pouvoir plus être bonne à boire, ainsi que je l’ai vu dans les anciennes villes. « Mais là où le sol est perméable aux eaux d’un grand fleuve qui alimente les puits, mieux vaut paver les rues et les places et faire des égouts étanches qui portent les eaux impures en aval de la ville. Ghevreul reconnaît d’ailleurs lui-même l’absolue nécessité du pavage dans les cités populeuses pour éviter les ornières, les mares d’eau, les boues, pour diminuer en été la poussière, pour éloigner des maisons une grande partie des eaux pluviales et ménagères; il est donc la condition première de la propreté des rues, qui sans lui présenteraient une surface marécageuse. Beaucoup de villages et de petites villes perdent, à cause du défaut de pavage, les éléments de salubrité que leur assureraient leur site et leur exposition. Sa mise en usage date du règne de l’bilippe-Auguste (llSAj ; mais il n’a été adopté d’une manière générale que plusieurs siècles après. Avant l’application du pavage à toutes les rues, Paris était plus exposé aux fièvres intermittentes ; le revêtement pierreux du sol oblitère une large surface d’émanations délétères. Le mode du pavage usité

(1) Ghevreul, Bulletin de la Société centrale d' agriculture ^ 1850 à 1851, 2“ série, b Vl, p. 165.

Û20 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

dépend des ressources locales ; sa durée et son prix de revient décident le choix des matériaux qui sont : les pierres siliceuses, granitiques, volcaniques, basaltiques, parfois calcaires, et surtout le grès débité en cubes et disposé sur une ’ couche de sable ; il constitue le pavage le plus dur et le plus résistant. Les briques, posées de champ, que l’on voit dans quelques villes, ont moins de solidité que la pierre de Volvic, les polygones basaltiques ou les granits. En matière de pavage, le progrès consiste à substituer au gros pavé de grès cubique de 0“,22 de côté les pavés en porphyre de plus petites dimensions. Les cailloux roulés que l’on utilise dans certaines localités où ils abondent, serrés entre eux et mal liés par une couche de graviers, offensent le pied par leurs aspérités, par leurs angles, et triplent la fatigue de la marche. On a essayé de substituer au pavage ou dallage de pierre l’emploi du bois et du bitume.

Le pavage en cubes de bois très-dur, taillés à pans, est expérimenté sur une . large échelle à Londres et à Saint-Pétersbourg, où on l’a appliqué dès 183ù au i pavage de quelques rues. On en a fait à Paris des essais partiels qui ne pa- : raissent point en encourager l’extension, d’ailleurs fort dispendieuse; le sys- i tème qui a le mieux réussi à Paris consiste à poser des blocs de sapin sur une i couche épaisse de chaux, de sable et de ciment; ces blocs, de forme rbom- i boïdale, et ayant 0“,18 de haut, sont réunis par des chevilles de bois passant i dans des trous, et présentent à leur surface des rainures croisées pour empê- '■ cher les chevaux de glisser; avant de les poser, on les assemble en panneaux ( au moyen de chevilles. Le pavage coûte 16 francs le mètre. Il amortit les re- ? tentissements de la circulation et convertit la voie publique en une sorte de i parquet élastique; il diminue le tirage au point qu’un cheval traîne sur un i pavage de bois une charge équivalente à celle de quatre chevaux sur un pa- i vage de grès. Peut-être favorise-t-il moins l’écoulement des liquides dont il i absorbe une partie; le frottement des roues et des pieds en détache une pous- i sière ligneuse que pétrit l’eau pluviale et qui forme à la surface des rues ainsi ( recouvertes une boue de matière organique; il n’est pas impossible que, sous i l’influence des chaleurs de l’été, il en résulte un foyer d’émanations, surtout i si l’on considère que la matière ligneuse disparaît par vaporisation dans les ■ marais à sphère d’intoxication active, tandis que dans les climats à tempéra- i ture moyenne annuelle au-dessous de 12 degrés centigrades, elle ne se dissipe ' plus et donne lieu aux dépôts de tourbe (1). Il est d’ailleurs très-difficile d’obteuir des bois qui remplissent les deux conditions essentielles d’un bon pavage, dureté et homogénéité. Les changements brusques de température ont pour i effet de détériorer les meilleurs bois. Peut-être les bois imprégnés de substances conservatrices serviraient-ils plus utilement au pavage.

Les bitumes sont de deux sortes : l’un, dit minéral ou asphaltique, est un produit naturel, très-employé par les anciens dans un grand nombre de constructions, et dont l’usage, renouvelé de nos jours, tend h se propager de plus

(1) Cüinmunicatioii verbale de M. Boussingault (1845).

DES V[LLES.

publique]

en plus (naphte, pétrole, bitumes liquides, lualthe ou pissasphalte, bitume glutineux, asphalte ou bitume de Judée, des momies, bitume solide); l’autre est un produit artificiel, un goudron minéral qu’on obtient en distillant le charbon de terre pour en extraire le gaz hydrogène ; il a les principales propriétés du bitume asphaltique. La préparation de ces bitumes au milieu de I nos rues produit des vapeurs qui, sans être délétères, affectent l’odorat d’une manière désagréable et agacent la muqueuse des voies aériennes : par les temps humides et doux, leur odeur est forte, âcre, pénétrante; elle peut in- . commoder si elle se concentre dans des lieux étroits et fermés. Les bitumes, étendus en couches minces, sont élastiques, durables; ils exigent peu de réparations ; leur surface lisse empêche la stagnation des eaux et se dessèche rapidement après les pluies ; mais leur établissement est coûteux, et ils ne résisteraient pas longtemps aux pressions des voitures pesamment chargées; leur . usage se restreindra aux trottoirs, caves, passages, souterrains, casemates. La . chaussée d’asphalte a été essayée pour la première fois à Paris en IS.'ïO; on l’établit aujourd’hui sur une couche de béton de chaux hydraulique de 0“,10 d’épaisseur, sur laquelle on répand et pilonne de l’asphalte pulvérisé et chauffé à 140 degrés environ. La roche est broyée à l’usine, chauffée et désagrégée dans des fours spéciaux d’où elle sort en poudre; portée sans délai sur le chantier, étendue presque à la même température qu’au sortir du four, et comprimée, soit avec des pilons de fer chauffés, soit avec de lourds cylindres de fer maintenus à une température élevée par un foyer central. Le mètre carré à Ü“, 04 d’épaisseur revient à 14 francs; 1 franc de plus pour chaque centimètre d’épaisseur en excédant; la dépense annuelle d’entretien est de 1 à 2 fr. Les trottoirs ou bandes bilatérales des rues, rendus obligatoires sous certaines conditions par une loi de 1845, sont à la fois un assainissement pour l’étage inférieur des maisons et une aisance de circulation pour les piétons. Le danger d’incendie n’est point à redouter pour le bitume minéral qui ne contient qu’un cinquième de matière combustible, des charbons incandescents, des fers rougis le fondent sans l’enflammer; une fois allumé, il donne une flamme léchante ou par ondes qui se déroulent au-dessus de la matière en combustion. Le bitume fourni par la distillation de la houille s’enflamme plus facilement à cause de sa plus grande fluidité.

Le macadam, qui a tant contribué à l’amélioration des routes ordinaires et en assure l’entretien, est appliqué aujourd’hui, au moins en partie, à la construction des voies urbaines. Il consiste à empierrer le sol, à le tasser une première fois jiar l’action du rouleau comiircsseur, puis y répandre des matières d’agrégation destinées à fournir la gangue nécessaire à la liaison des pierres de la couche superficielle; ces matières sont les sables qui proviennent de l’usure des chaussées, et qu’on lave à grande eau pour les débarrasser de corps étrangers. Les cylindres ou rouleaux compresseurs, que l’on fait passer à grand renfort de chevaux ou par une locomotive (rouleau à vapeur), sur les cliaussées nouvellement construites, épargnent aux roues des voitures le labeur

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[htgiêke c

cahotant et quelquefois dangereux de l’écrasement des pierres, et procurent i plus promptement la liaison dos divers éléments du macadam. Malheureuse- » ment, sur les voies centrales des grandes cités, la circulation est tellement :'i active qu’il n’existe pas de matériaux assez durs pour y résister longtemps, < De là, en été, une poussière que les vents et les voitures soulèvent par tour- i binons ; en hiver, une mare boueuse qui embarrasse et salit le piéton. L’arro- r sage et l’ensablement n’y peuvent rien ; poussière et boue se reforment à mesure i qu’on les enlève, et les flaques, qu’il faut incessamment combler, nécessitent i un dispendieux travail d’entretien. L’expérience a fait exclure toute pierre I molle de la composition du macadam ; on donne la préférence aux matériaux . ; les moins hygrométriques et les plus résistants. A Paris, après avoir essayé les - > basaltes, les trapps, les porphyres, les quartzites et autres pétrosilex de toute ' la France, on a fait choix, pour les voies les plus fatiguées (rue de Rivoli, hou- ' levards), du porphyre de la Mayenne, des quartzites métamorphiques de la Sarthe, et, pour les artères les moins fréquentées, des meulières siliceuses et des silex purs.

Pour l’hygiène des habitants riverains de ces chaussées macadamisées, tenons > ! compte de l’amortissement des bruits de la circulation diurne et nocturne sur ’i le pavé ordinaire, ainsi que des trépidations que le lent passage des lourds chariots de camionnage et autres impriment aux maisons. Il faut avoir subi' ( comme nous le supplice de ce vacarme et de ces ébranlements, dans l’une des I rues les plus agitées de Paris, pour apprécier le bienfait de leur notable atténuation au moyen du macadamisage. Les voies pavées et macadamisées con- > servent le premier rang; à la fin de 1867, Paris avait h 900 000 mètres carrés" de chaussées pavées, et 2150 000 mètres carrés de chaussées macadamisées, : pour 160 000 mètres carrés de chaussées asphaltées.

Chevreul a constaté que la couche noire qui se trouve entre et sous le pavé i des rues de Paris contient du fer métallique, de l’oxyde de fer intermédiaire' ou du fer sulfuré. Cette couche, qui tend en définitive à se convertir en peroxyde de fer, est une matière combustible qui défend les couches inférieures du sol de l’action de l’oxygène; elle s’oppose à la transmission de l’oxygène que l’eau entraîne dans le sol ; or, cet oxygène est nécessaire à la destruction des matières organiques que le sol renferme, et par conséquent à son assainissement. Le fer trouvé dans cette couche noire provient de l’usure des roues et des fere des chevaux.

Les trottoirs ont le double avantage de diminuer l’humidité de la partie inférieure des maisons et d’assurer la sécurité des piétons ; il convient de leur donner une pente légère pour l’écoulement des eaux ; sous leurs rebords, sont cachés les l’uisseaux latéraux dans le système des chaussées bombées, très-préférable à celui des chaussées fendues ou à thalweg central et à ruisseau médian, incessamment battu par les pieds des chevaux et par les roues des voilures, qui en projettent les fanges sur les deux côtés de son parcours. On applique aujourd’hui à la confection des trottoirs un mastic composé de 72 parties de

pdbuoue] des villes. 423

roche asphaltique broyée et bien tamisée, de 6 ou 8 parties do bon bitume, de 1 partie do goudron minéral et d’une demi-partie de sable siliceux. Les trottoirs de bitume ne coûtent que 7 francs le mètre carré et 70 centimes ■| d’entretien par an, tandis que ceux de granit reviennent h 22 francs; mais les premiers exigent de fréquentes réparations, se détériorent, se couvrent alors

■ d’une nappe d’eau pluviale, sans écoulement, etc. Le dallage Sébüle, à base d’ardoises, ne revient qu’à 16 francs le mètre carré; composé d’un mélange

■ de débris d’ardoises réduits en poudre fine, de sable et de brai chauffé, trituré I et comprimé, il s’emploie en dalles de 7 à 8 centimètres d’épaisseur, rejointoyées au ciment et posées sur une couche de béton de 10 centimètres, et soutenue, du côté de la voie publique, par une bordure de granit.

5® Plantations. — La règle est aujourd’hui de border d’une rangée d’arbres les contre-allées de chaque voie publique ayant plus de 26 mètres de largeur; à partir de 36 mètres, on plante deux rangées d’arbres dans chaque contre- I allée; à plus de èO mètres, on dispose, au milieu de la voie, un plateau planté d’arbres et séparé, de chaque côté de la façade des maisons, par une chaussée et un trottoir. Les lignes d’arbres doivent laisser entre deux rangées, comme i entre chaque rangée et la façade des maisons, un intervalle de 5 mètres, et I rester éloignées de 1“,50 de la bordure des trottoirs. On s’est exagéré l’in- I fluence des plantations d’arbres dans l’intérieur des villes sur la pureté de l’air.

Il n’existe aucune proportion entre la purification atmosphérique que procure ! la respiration de quelques milliers d’arbres et la production d’acide carbonique 1 résultant de la vie d’une grande cité. Jeannel (Ij a calculé qu’il faut un hectare I de forêt pour compenser à peu près la viciation atmosphérique résultant de * l’existence de deux hommes, et que la quantité d’acide carbonique versée dans l’atmosphère par la ville de Bordeaux ne pourrait être journellement décomposée que par la végétation de 50 000 hectares de forêts. Chevreul (2) observe d’ailleurs que, lorsque l’oxygène se dégage des parties vertes sous l’influence de la lumière, il doit s’élever dans l’atmosphère et non en gagner la région inférieure. Trop rapprochés des maisons, les arbres les rendent humides par leur propre évaporation, par celle des eaux pluviales qu’ils retiennent, par leurs alternatives de condensation nocturne et d’évaporation diurne de l’humidité atmosphérique ; et, s’ils procurent une ombre agréable pendant quatre mois, ils interceptent pendant huit antres mois l’air et la lumière. Faut-il les proscrire dans les cités populeuses? Non ; ils y ont une utilité incontestable pour combattre incessamment l’insalubrité produite ou sur le point de se produire par les matières organiques et la trop grande humidité du sol: « Les racines, ramifiées à l’infini, enlevant à la terns qui les touche l’eau avec des matières or-

(1) Jeannel , Mémoires sur les plantnlions d'arbres dans l'intérieur des villes (Annales d'iiyfjiène, 1850, t. XLIll,p. /|9).

(2) Clievreul, Mémoires sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent la salubrité . des cités po])uleuses (Annules d’hyr/iène, 1853, l. L, p. 5).

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.

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ganiques el des sels que ce liquide tienl en solution, rompent l’équilibre d’humidité des couches terrestres : dès lors, en vertu de la capillarité, l’eau se porte des parties terreuses les plus humides à celles qui le sont le moins, en raison de leur contact avec les racines, et ces organes deviennent ainsi la cause occasionnelle d’un mouvement incessant de l’eau souterraine, extrêmement favorable à la salubrité du sol. » (Chevreul.) On peut apprécier l’intensité de cet effet d’après l’expérience bien connue de Haies, qui constata, sur un Helianthus annuus, une transpiration de 1 livre 14 onces d’eau en vingt-quatre heures. Ainsi les eaux qui pénètrent dans la terre avec les matières organiques altérables et des matières salines sont, dans la belle saison, aspirées sans cesse par les végétaux, qui en évaporent la plus grande partie, après en avoir fixé une partie avec les principes organiques et salins qu’elle tenait en solution. Un autre avantage des jardins et plantations compris dans l’aire des villes est d’atténuer la densité de la population, de ménager des espaces libres; les squares sont le refuge, le promenoir des enfants, des vieillards, incapables de parcourir les distances qui séparent les grandes villes des promenades publiques; on doit exiger que les arbres ne soient plantés que dans les rues de 25 à 30 mètres de largeur; qu’ils laissent toujours entre eux et la façade des maisons un intervalle de 10 mètres, afin qu’ils puissent s’étendre sans nuire aux fondations de ces maisons et aux murs des égouts; qu’ils soient élagués à la hauteur de 7 à 8 mètres et leurs branches rejetées vers le milieu de la chaussée. Quant au choix des espèces, l’ormeau et le tilleul, si répandus dans les villes, n’ont point le feuillage épais, la croissance rapide, la santé robuste et la racine pivotante qui conviennent à cette destination. Ce choix est subordonné à une condition vitale de la végétation : c’est que les racines trouvent, en plongeant dans le sol, les matériaux indispensables à la nutrition de l’arbre, sans rencontrer des principes délétères, tels que les vapeurs liquéfiables du gaz d’éclairage ou des couches absolument privées d’oxygène atmosphérique. Une vaste cuvette, creusée au pied de ces arbres et recouverte d’une grille mobile de fonte, permet au sol de s’imprégner de l’eau d’arrosage que des lignes de drains portent avec l’air jusqu’à leurs racines. Le gaz circule dans des conduites maîtresses, isolées dans un petit acqucduc en maçonnerie, et les conduites de distributions sont entourées d’un système de drains qui écoulent h l’air libre le gaz provenant des filtrations et des fuites. Avec toutes ces précautions, on voit trop souvent s’étioler les arbustes dans l’air vicié de nos boulevards et de nos rues.

fio Irrigation urbaine, approvisionnement d'eau. — L’hydrographie de la cité a pour éléments le rapport de la surface du sol: 1“ avec celle des eaux qui le sillonnent ou en recouvrent une partie (canaux, rivières, ruisseaux, mares, abreuvoirs, ports); 2° avec la quantité annuelle de l’eau météorique. Elle a pour but: 1“ de fournir le volume d’eau qu’exigent les besoins particuliers et ceux de la cité; 2“ d’éconduire les eaux qui ne servent pas à la consommation et celles que l’on peut considérer comme excrémentitiellcs. I/oau est amenée dans les villes, soit à l’aide d’aqueducs, dont les anciens

publioüe] des villes, 42o

avaient perleciionné la construction, soit au moyen de tuyaux souterrains (jui, prenant l’eau à un réservoir élevé, serpentent à des niveaux dilîérents pour la déverser dans les divers quartiers. Dès les premiers développements de l’industrie, les moteurs hydrauliques, puis les machines à vapeur ont été employés, avec le secours des pompes, à puiser et à distribuer dans les villes l’eau des rivières, des fleuves qui les traversent ou les avoisinent, au moins pour les usages du municipe et des usines, manufactures, fabriques, ateliers, etc., qui ’s’y multiplient, comme il a fallu pourvoir à la consommation des habitants par -des dérivations de sources et de cours d’eau qui, amenés sur un point culmi- I, liant de leurs cités, leur fournissent sur tous les points de leur enceinte, et l'jusqu’aux divers étages de leur demeure, une boisson fraîche et limpide en jtoute saison. L’alimentation des villes en eaux, encore si imparfaite dans la rplupart d’entre elles, est aujourd’hui facilitée par la découverte de Vicat sur la mature intime des ciments^ par la fabrication artificielle de ces produits, qui I font concurrence aux meilleures chaux hydrauliques, par les progrès de l’art [du fondeur, qui remplace, par des conduites de fonte de l‘",20 et plus de I diamètre, les petits tuyaux de plomb, de 2 à 3 centimètres, que les Romains I ont employés quelquefois pour franchir les vallées en conduite forcée, quand ils ne les traversaient pas à l’aide de ponts-aqueducs monumentaux.

La quantité et la qualité des approvisionnements d’eau nécessaire aux i agglomérations urbaines est le premier problème à résoudre ici. En réservant ; au service privé, comme on dit aujourd’hui (1), les eaux de sources, et au !• service municipal (bornes-fontaines, bains, lavoirs, lavage des ruisseaux, eaux I industrielles, etc.) celles des rivières et des canaux, l’administration de Paris a posé le principe d’une distinction pratique, comme elle a réalisé, par un 1 ensemble de travaux qui règlent à la fois son approvisionnement d’eau et sa < canalisation souterraine, la plus magnifique application de l’hygiène publique : dans les temps modernes. En 1852, Guérard (2), s’inspirant des idées de Darcy qui, après avoir étudié la question en Angleterre et en France, a doté Dijon d’une large provision d’eau de source, fixait à 130 et au minimum de 100 litres par jour la ration d’eau nécessaire à chaque habitant d’une ville I pour tous les besoins, y compris ceux du municipe et de l’industrie. Depuis, on l’a portée à 200 litres en moyenne. Dès 1851, la dépense s’élevait, à Philadelphie, à 250 litres par habitant; en 1853, à New-A"ork, les samedis et pendant les grandes chaleurs, à plus de /lOO litres. En 1854, Paris ne disposait encore que de 148 000 mètres cubes d’eau par jour, fournis en majeure partie par le canal de l’Ourcq, créé sous le premier empire, et se réduisant en réalité à 90 ou 100 000 mètres cubes par l’insulïisance du système de distribution; ce qui donnait 100 litres par jour et par individu; aujourd’hui la

(t) Ed. Huet, Alimentation en eau et assainissement des villes, Exposition universcllo de 1867, collect. des llapports du Jury international, etc, t. II.

(2) Guérard, Du choix et de la distribution de l’eau dans une ville, thèse do concours.

DES MODIFICATEUHS. — CIRCÜMFÜSA.

[hygiène t

ration est de 139 litres, et dans trois ou quatre ans, elle sera de 200 litres • environ, par suite de la dérivation des sources de la Vanne, et elle pourra être doublée, si un projet de dérivation d’eau de la Loire reçoit son exécution.

Il n’est prévisions trop amples pour l’alimentation en eau d’un centre tel que i Paris; il n’est ressources d’exécution à négliger : la ville, depuis 1862, a in- stallé deux nouvelles pompes à feu sur la Seine en amont, une usine hydrau- • lique sur la Marne à Saint-3Iaur, elle fait forer deux nouveaux puits artésiens, . elle augmente le débit du canal de l’Ourcq par l’installation de deux usines • hydrauliques utilisant des chutes de la Marne pour refouler de l’eau dans le canal pendant la saison des basses eaux. Un aqueduc souterrain de 130 kilomètres de longueur amène à Paris, à 80 mètres au-dessus des quais de la i Seine, les sources de la Dhuys, kO 000 mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures. Le prix du mètre cube d’eau ainsi emmagasiné à plus de 80 mètres • au-dessus de l’étiage de la Seine ressortira à 0^,068; celui de l’usine Saint- ■ Maur, élevé à une hauteur moyenne effective de 70 mètres, à 0f,026. — En i somme, Paris exige aujourd’hui un approvisionnement de 420 000 mètres • cubes d’eau, à savoir : 250 000 pour les services publics, et 170 000 pour les services privés, et elle les demande :

Aux eaux de la Dhuys 40 000 mètres cubes.

— de la Vanne 90 000

— du canal de l’Ourcq 105 000

— de la Seine 44 000

— de la Marne 120 000

— des puits artésiens 21 000

Nos villes de province les plus richement pourvues d’eau sont : Carcassonne (3 à 400 litres par jour et par individu), et Dijon (198 à 600 litres); Toulouse, 78 ; Narbonne, 85, etc. L’insuffisance, c’est ce qui domine en France et en Europe. La consommation d’eau a doublé à Londres en quinze ans, et sur les 500 000 mètres cubes d’eau qui lui sont distribués à l’aide de 11 000 chevaux-vapeur, 300 000, c’est-à-dire le tiers du débit de la Tamise à Hampton, en amont de Londres, y passent au préjudice des riverains d’aval; 200 à 225 000 proviennent de River Lea. Aussi l’un des grands ingénieurs de l’Angleterre, Baleman, l’auteur de la dérivation du lac Katrine, à Glasgow, propose d’employer 250 millions à dériver sur Londres des sources qui en sont éloignées de 300 kilomètres, et d’amener par ce moyen un million de mètres cubes d’eau par jour à 8 mètres au-dessus du niveau de la Tamise, Glasgow a dépensé 23 millions en construction de 42 kilomètres d’aqueduc et 17 millions en indemnités pour doter chacun de ses habitants de 560 litres d eau par jour. Manchester n’en accorde aux siens que. 190 en moyenne. Si libérales que paraissent ces rations, que sont-elles à côté des 300 000 mètres cubes d’eau par vingt-f|uatre heures que la ville de Washington offre à ses 70 000 habitants. New-York, Philadelpbie, Boston, rivalisent de hardiesse et

DES VILLES

poBLiotnî]

de luxe pour la satisfaction des besoins d’eau de leurs habitants sur une échelle de consommation, hélas ! inconnue de la plupart de nos villes. C’est ' ainsi que New-York a pu renoncer à ses eaux de puits très-dures et devenues insalubres par l’extension de l’induslric et des cimetières, en inaugurant dès 1842 un aqueduc souterrain de 66 kilomètres de longueur, qui verse par : jour à ses 1 100 000 habitants 160 000 mètres cubes d’eau dérivés de la r rivière du Croton.

Les réservoirs ont à la fois pour objet de régler la distribution de l’eau, de i maintenir dans la canalisation une pression constante et de prévenir les incon-

I vénients qui résultent des distributions directes sur les conduits de refoule-

II ment (Huet). Dans le cas de l’alimentation par dérivation de sources ou de H cours d’eau, le réservoir emmagasine l’eau nécessaire pour le temps que peut I durer la réparation d’un accident, une visite d’inspection, un travail d’entre- I tien dans l’aqueduc. Si le système fonctionne à l’aide de machines, le réservoir, réduit au rôle d’un régulateur, n’exige que peu de capacité, mais des machines de supplément sont nécessaires pour éviter toute interruption dans le service. Celui des eaux de la Dhnys, sur les hauteurs de Ménilmontant(1865), représente un bassin de plus de 2 hectares de superficie sur 5 mètres de hauteur, pouvant loger un volume de 100 000 mètres cubes d’eau à près de 80 mètres au-dessus du niveau des quais de la Seine; une conduite spéciale permet de jeter les eaux dans le réseau de la circulation. A Londres, la distribution des eaux, s’opérant par les machines, ne comprend qu’une surface totale de 7 hectares environ de réservoirs couverts ; ceux de Manchester comportent un approvisionnement de 1 360 000 mètres cubes d’eau, et, à Glasgow, l’eau dérivée du lac Katrine emplit un réservoir découvert de 28 hectares environ de superficie, recevant 2 250 000 mètres cubes d’eau à 94 mètres au-dessus du niveau de la Clyde.

Le filtrage en grand des eaux de rivière n’a pas fait de progrès notable : on doit mentionner toutefois l’application faite avec succès par Beaugrand des cloisons perforées à la clarification des eaux des réservoirs de Ménilmontant. Ce système consiste à faire participer à la vitesse d’écoulement toute la masse d’eau qui traverse un bassin de dépôt, en faisant appel à ces eaux vers l’aval, par une cloison verticale percée de trous .sur toute sa hauteur ; il a été employé dès 1828 par un ingénieur des mines pour la clarification des eaux de lavage des minerais; c’est une sorte de préparation au filtrage, propre h retarder l’encrassement des filtres, — Toulouse profite toujours de ses filtres naturels dont elle prolonge les galeries ouvertes dans les graviers d’atterrissement de la Garonne. On fait h Lyon un essai d’imitation artificielle de ces filtres, en creusant sur les bords du Rhône, à 3 mètres en contre-bas de l’éliage, une galerie et des bassins filtrants. — Vienne trouve une eau excellente dans une galerie souterraine en maçonnerie, construite parallèlement au Danube, à 200 mètres environ de distance et à 5 mètres en contre-bas de son niveau nioyen, — Londres en reste ü ses filtres de gravier, couches de 1"’,50 environ,

DES MODIFICATEURS, — CIKÜUMFUSA.

[hygiène <j

allant du sable le plus lin jusqu’au gros gravier et donnent 6 à 8 mètres cubes ■) d’eau par vingt-quatre heures et par mètre carré de surface fdtrante, sous ;i une charge de 1"’,50 à 2 mètres d’eau. — A J’aris, le filtre le plus usité est ' a celui de Vedel-Bernard (fontaines marchandes de la ville), à haute pression, cylindre de tôle hermétiquement clos, contenant des couches successives de t déchets de laine ou d’éponge préparée au tannate de fer, de grès, de charbon et de gravier, et se nettoyant par le lavage des éponges et de la laine ; sous q une charge de 15 mètres, 1 mètre carré de surface filtrante fournit 190 mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures. Le grand appareil Bourgoise n’a n d’autre agent de clarification que le feutre seul, c’est-à-dire une matière ani- male non exempte d’inconvénients, si bien préparée qu’elle soit; l’eau y i marche de bas en haut et, pour le nettoyer, on y renverse le courant. Le ■;

feutre fortement comprimé, rendu imputrescible par une préparation de i

cachou et maintenu entre, deux grilles métalliques galvanisées, s’adapte par la i diversité de ses formes à tous les usages (filtre de poche, filtre à siphon, filtre i de ménage) et l’on peut y superposer une couche de charbon, facile à renouveler. Le filtre Burcq a pour élément une pierre artificielle, fabriquée avec la terre à poterie de grès rendue plus ou moins poreuse par un mélange de sciure de bois qui se bride à la cuisson de la terre; il se nettoie aussi par le courant renversé et par le brossage de sa surface extérieure. ‘

Les conduits de distribution des eaux ont pris un développement proportionnel aux besoin des cités; Paris qui, en 1854, en avait 213 000 mètres, en compte aujourd’hui 1 340 000. La conduite de fonte avec joints à bagues est seule adoptée à Paris pour la pose en égout ; et l’ingénieur des mines àlilie (1) en a fait valoir les avantages; E. Huet {loc. cfL)y a moins de confiance pour la pose en terre. Les divers systèmes de joints de caoutchouc vulcanisé ont les inconvénients de cette matière, cassante si elle l’est trop, et se décomposant peu à peu si elle ne l’est pas assez. Les tuyaux Chameroy, de tôle et bitume, sont d’un très-bon emploi là où il y a peu de coudes, de raccords, de brusques variations de pression, plus propres à conduire les eaux qu'à les distribuer.

Les tuyaux de fonte, malgré l’abaissement du prix de cette matière, coûtent encore 2Ü pour 100 de plus que les précédents; ils peuvent donner lieu à la longue et avec certaines eaux (Versailles, Grenoble, Toulon) à des tubercules ferrugineux qui diminuent leurs diamètres et qui paraissent dus à l’oxydation du fer par une action électro-dynamique liée au défaut d’homogénéité de la fonte (Payen). On évite cet effet avec la fonte blanche qui est plus homogène, ou par un enduit intérieur de chaux hydraulique (Vicat et Guaymard). Les conduits de poterie conviennent parfaitement pour une faible pression d’eau.

En Angleterre, les poteries sont d’un usage général pour le drainage des maisons. Les tuyaux de ciment de Grenoble, appliqués à la dérivation des eaux

(1) Mille, Notice sur les eaux, les égouts, etc. Exposition universelle de Londres, •18Ü2.

DES VILLES

POBLIOIIE]

de Nice, se comportent très-bien sous une pression de trois atmosphères ; il en est de même des tuyaux de terre cuite émaillée avec joints en cimenl. La giilta-percha remplace économiquement le plomb dans les branchemenls; plusieurs maisons de la rue de Rivoli à Paris ont une distribution loiite montée eu gutta-percha.

Paris dispose d’un double réseau de canalisation ; l’un est affecté aux eaux ^ de sources pour le service privé, domestique, familial, le seul dont on se ^ préoccupe en Angleterre ; l’autre assigné au service public, municipal, industriel, les deux réseaux comprenant chacun un service haut et un service bas; I leurs conduites ont jusqu’à 1“,10 de diamètre et seront toutes incluses dans t! les égoûts, quand sera achevé le drainage souterrain de la ville, reposant sur 1, consoles jusqu’au diamètre de 0“,60, sur colonnettes de fonte au delà de ^ ce diamètre, la borne-fontaine et la bouche sous-trottoir servant à répandre ) l’eau sur la voie publique, à nettoyer les ruisseaux. Ces appareils ont reçu un î notable degré de perfection. La borne-fontaine avec robinet de jauge cède le k pas à la bouche sous trottoir qui répond à une double indication : lavage des j ruisseaux et prise d’eau à haute pression pour l’arrosage et l’incendie ; elle a ^ un débit de 2 litres par seconde. Pour tout ce qui concerne l’entrée de i: l’eau dans les maisons, son ascension, son emmagasinenient à chaque étage > dans une caisse de zinc avec trop-plein assurant l’écoulement à l’égout en cas d’accident, la soupape à flotteur destinée à prévenir le coup de bélier en intro- « duisant l’eau tangentiellement par la partie inférieure, le système de distribu- : tion par compteur justement exclu de la pratique de Paris, etc, nous renvoyons aux publications spéciales. Nous profitons, pour la meilleure installation hydrographique de notre grande ville, des expériences qui l’ont précédée en Angleterre et ailleurs. Ainsi, tandis qu’à Londres le service se fait successivement par quartier dont chacun n’a que deux heures sur vingt-quatre pour s’approvisionner, au risque de manquer d’eau jusqu’au lendemain, dans telle maison où une dépense accidentelle aura excédé les prévisions, chaque habitation a Paris aura sa prise d’eau sur la conduite de la rue, le réseau complet y fonctionnera sans interruption.

Le drainage des maisons et le développement rapide de la canalisation souterraine de la voie publique sont l’heureuse conséquence de cet intelligent système d’approvi.sionnement d’eau.

Les eaux amenées par les conduits et portées jusque dans l’intérieur des habitations, se déversent, contaminées par les usages domestiques, dans les égouts souterrains : c’est le drainage des maisons, tel qu’il se pratique en Angleterre et qu’il se pratiquera bientôt à Paris; ou elles sont offertes à la consommation du public par le moyen de fontaines, et s’écoulent, après avoir servi ou non, par un réseau de ruisseaux qui se jettent dans les égouts. Les deux modes d’irrigation urbaine donnent lieu à deux courants en sens opposé, un courant afférent d’eaux pures et un courant efférent d’eaux infectes. Dans le premier, l’eau pure circule d’étage en étage, avec elle la pro-

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.

[UYGIÉHB

pieté et la salubrité ; les immondices et les vidanges se perdent avec l’eau | sale dans les égouts, et ces liquides d’égouts servent depuis plusieurs siè- | des, à Milan et à Édirnbourg, à l’irrigation fécondante des terres, en atteu- '| dant que la science parvienne à en extraire, par les procédés industriels, les N sels ammoniacaux et les matières organiques susceptibles d’être converties en engrais solides. Les moyens économiques d’arrosage dispenseront même ||i de cette recherche, car quel engrais plus efficace que ces liquides enrichis d’ammoniaque par les vidanges particulières, de terreau, de chaux, de potasse, de soude et de silice, par la boue des rues et par l’usure des chaussées ? Dans le second mode, les eaux ménagères, les eaux salies, s’écoulent à l’air libre dans des ruisseaux souvent infects, en môme temps que les habitations exigent des réserves d’eau d’une conservation plus ou moins difficile. On remédie à l’insalubrité des ruisseaux par le flot périodique des bornes-fontaines. Pour un lavage efficace des ruisseaux, on a calculé que leur écoulement doit donner à peu près 1 litre 65 d’eau par seconde (à peu près 8 pouces de fontainier). A Paris, chaque borne-fontaine a une chasse de 300 mètres de ruisseau. Il faut que la masse d’eau versée soit considérable relativement à celle des eaux impures qui sortent des maisons, et qu’elle ait un mouvement rapide. Si l’eau répandue sur la voie publi(|ue ne satisfait pas à cette double condition, il arrive qu’une certaine quantité de matières orga- ‘ niques s’y altère, tandis qu’une autre portion, en pénétrant dans le sol, s’ajoute à celle qu’il reçoit toujours de nos habitations, malgré toutes les précautions (Chevreul); alors les ruisseaux exhalent l’odeur ammoniacale des urines, et, si le sol contient du plâtre, la stagnation des liquides organiques dans les interstices du pavé donnera naissance à du sulfure. Telle est la source du méphi- j tisme des ruisseaux de Villejuif en été et en automne ; on peut y remédier eu ' augmentant la pente et en cimentant les pavés.

7“ Egouts. — On appelle ainsi des canaux souterrains ou découverts destinés à conduire dans des cours d’eau les eaux de pluie, les eaux ménagères, les résidus liquides de diverses industries, et quelquefois les matières fécales.

Il ne peut plus être question aujourd’hui d’égouts perdant par infdtration dans le sol les matières qu’ils charrient.

L’ancienne Rome avait un admirable système d’égouts et de cloaques (receptacula omnium purgamento7'um w'bis), dû aux soins des Tarquins, des censeurs M. Caton et V. Flaccus, d’Agrippa (sous Auguste), et de plusieurs empereurs; mais la cloaca maxima, déversoir commun du réseau, difigée du Forum au Tibre, avec sa voûte à triple rang de voussoirs, ses banquettes régnant sur plusieurs points le long des murs, épanchait dans les eaux flavescentes du Tibre tous les détritus, toutes les déjections de la ville, souillant le fleuve et y perdant le trésor quotidien des matières fertilisantes que réclamait le sol. Encore aujourd’hui la Tamise reçoit annuellement pour plus de 20 millions de francs d’engrais perdus, au chilTre le plus réduit; perdus sont jusqu’à présent les produits des égouts qui s’écoulent à la Seine, et une partie des

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