‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 95 sur 196 · PUBLIQUE] DES VILLES · texte numérisé non relu

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liquides qu’on laisse se concentrer par évaporation dans les bassins de Bondy, et qui représentent à eux seuls la fumure d’environ 10 000 hectares. ! Londres a devancé Paris dans le système de circulation qui introduit l’eau à I tous les étages de l’habitation, et en exporte tous les liquides et détritus : infectants; on y a d’abord assaini les maisons, puis les rues. En 1859, les foyers d’infection partiels ont disparu, mais on a créé un foyer général de méphitisme, 1 on a corrompu la Tamise. Alors le sol de Londres (1) est découpé par des lignes magistrales de collecteurs qui, rencontrant tous les égouts déjà existants, l' réunissent leurs eaux en deux courants sur les deux rives de la Tamise, et K les y déversent assez loin de la ville pour que les matières en décomposition ï ne puissent plus refluer dans son enceinte; 105 millions sont dépensés pour i ce main drainage, drainage principal, ayant pour objet d’élever et d’accut muler dans de vastes réservoirs souterrains ces immenses volumes d’eau qui n’en sortent qu’à la marée descendante. Reste à ne plus infecter le fleuve en V aval et à tirer parti des matières fécondantes perdues jusqu’alors. C’est l’œuvre I que poursuit depuis 1866 la compagnie du Metropolis sewageand Essexrecla-

■ mation. Un aqueduc de 70 kilomètres de long, et de 3 mètres de diamètre, des-

■ servira par gravitation 40 ÜOO hectares de terrain au moyen de robinets, et . aboutira à un domaine de 3000 hectares de plages sableuses, conquises sur la

mer du Nord, et dès maintenant susceptibles d’être quadruplés de surface. — Point essentiel ! On renonce à tous les modes de fabrication d’engrais artificiels; l’irrigation des prairies permanentes, à la dose de 7 à 8000 mètres cubes par hectare, tel est le meilleur usage des eaux d’égout à l’état naturel, et sur les sables endigués, la dose ira utilement jusqu’à 20 000 mètres cubes; leur efiicacité est en proportion directe de la quantité de résidus et de matières fécales dont elles sont chargées; leur meilleur mode d’emploi est l’arrosage au moyen de fossés et de rigoles découvertes ; il y faut un sol perméable, des terrains légers et drainés; les liquides d’égout, après un parcours de quelques heures dans les prairies, ont à peu près perdu leurs éléments putrescibles, et peuvent être déchargés sans grave inconvénient dans les cours d’eau. Les canaux d’amenée doivent être couverts et n’ont besoin, pour ne pas s’engorger, que d’une pente de 20 centimètres par kilomètre. Un hectare de prairies, dont le sol s’égoutte bien, peut recevoir jusqu’à 20 000 mètres cubes d’eau d’égout par an; à raison de 110 litres par habitant et par jour, soit 1 hectare pour 500 habitants, ou 4000 hectares pour une population de 2 millions (eaux pluviales non comprises). Il est peu de villes qui n’olfrent, dans un rayon plus ou moins étendu autour d’elles, des terrains favorables aux irrigations d’eaux d’égouts, mêlées aux matières fécales.

A Paris nous sommes moins avancés; mais les progrès sont immenses et

(1) De Freycinet, De l’emploi des eaux d’égouts à Londres {Ann. d'hyg., janvier 1808. — Mille, Emploi agricole des eaux d'égouts {Rapports du Jury international, 1808, t. X).

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doivent conduire à pareille conclusion, c’est-à-dire à un assainissement général i ^ et radical. Au lieu de 163 000 mètres d’égouts comme en 185^i, Paris en-" compte aujourd’hui plus de 600 000 mètres courants de toute section qui.,ii débouchent en Seine par deux grands collecteurs à 20 kilomètres à l’aval de ■ Paris, à 1800 mètres en ligne droite de l’enceinte fortifiée; celui de la rive ' droite a Zi600 mètres de long, 5”, 60 de largeur aux naissances, et ^i“,/i0 de ■ hauteur sous clef, avec deux banquettes et une cuvette de 3“,50 de largeur sur 1“',35 de profondeur. Celui de la rive gauche part de la Bièvre qu’il i absorbe, et du pont Saint-Michel sur la rive gauche jusqu’au pont de l’Alma, t où il traverse la Seine au moyen d’un siphon composé de deux conduits de • » 1"',00 de diamètre chacun, échoués en contre-bas du lit du fleuve. Entre’ ; le grand collecteur de la rive droite jusqu’au branchement qui déverse à l’égout de la rue les eaux pluviales et ménagères de chaque maison, la série *: des égouts présente douze types différents; l’égout de la rue a 2“,30 de hau- -j teur sous clef sur 1“,30 de largeur aux naissances, dimensions qui en facilitent :t le nettoyage à bras d’homme ; viennent ensuite les types à une banquette, à deux banquettes, avec rails pour les wagons-vannes employés au nettoiement • i de la cuvette, etc.

Toute rue large de plus de 20 mètres a un égout sous chaque, trottoir, pour ^ j accourcir les branchements partant de chaque maison; des regards, disposés ■,( de 50 en 50 mètres, en permettent l’exploration et l’entretien. Les faisceaux ij en fils du réseau télégraphique de Paris suivent ces canaux ; chaque maison a : ou doit avoir son branchement de grande section qui la mette en communi- ■ i cation avec l’égout, branchement prolongé sous elle et fermé seulement par i une grille au droit du mur de façade; c’est là qu’aboutissent les tuyaux des • | eaux ménagères et pluviales, les tuyaux de chute de cabinets d’aisances, et 1 1 c’est aussi là qu’est placée la conduite d’eau de service. Les tuyaux des eaux . i ménagères plongent dans une cuvette qui forme fermeture hydraulique^ et . ; s’opposent à l’invasion des odeurs de l’égout dans la maison; elles s’écoulent à . l’égout par une conduite spéciale de fonte ou de poterie, reposant sur le radier ' du branchement.

Jusqu’à présent les vidanges ne se déversent pas encore à l’égout; chaque tuyau de chute se termine à l’appareil séparateur (système Paris, ou tinettefiltre du système Richer) ; les liquides s’échappent par un tuyau de caoutchouc, branché sur la conduite des eaux ménagères, la tinette-filtre est enlevée périodiquement par le même bi anchement, et arrive par le regard de l’égout sur la voie publique; la chambre des tinettes est ventilée à l’extrémité du branchement par le moyen d’un conduit de poterie qui monte jusqu’au faîte de la maison. C’est donc le système séparateur des solides et des liquides; ceux-ci évacués à l’égout, ceux-là aux fabriques d’engrais, système intermédiaire entre l’antique fosse d’aisances et la déperdition des matières à l’égout, que l’on s’ingénie encore à maintenir à Paris; mais un avenir prochain complétera la circulation naturelle comme à Londres, le drainage total des maisons, la

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puümqoe]

salubrité des villes : tout irait l’égout, et par l’égout prolongé, ramifié au loin, à la terre sous sa forme naturelle : vidanges, urines, eaux ménagères, résidus de tout genre, tout cela constitue la richesse de l’engrais licpiide, charrié par les égouts; inutile de le collecter dans de vastes bassins, de le manipuler, de le transformer; l’épandre sur le sol, le diriger par des conduites en pente sur les terrains qui eu ont besoin, préserver la pureté des eaux, des rivières ou des fleuves, tel est le but que plus d’une ville a déjà atteint, que Londres poursuit activement, et que la force des choses conduira l’administration de notre capitale à rechercher, non sans de grandes dépenses dont le dédomma- . gement est assuré. Quoi' de plus barbare, déplus dérisoire et de plus immonde que les bassins de Bondy, à 10 kilomètres de Paris, d’une superficie de 7 hectares, d’une capacité de 160 000 mètres cubes, recevant chaque nuit . 2000 mètres cubes de matières qui y séjournent pendant trois à quatre ans pour s’y convertir en engrais, et, pendant cette longue période de concentration, empestant la joyeuse banlieue de Paris à plusieurs lieues à la ronde. Ce I. gigantesque cloaque, comme l’appelle H. Blerzy, et les opérations dégoûtantes qui s’y passent ne produisent, en somme, que le gaspillage de l’engrais I naturel; les 9ZiO de son azote se perdent dans la fabrication de la poudrette I et des sels ammoniacaux, alors que le mètre cube de vidange vaut, comme I engrais, 12 à 15 francs; ajoutez la dépense d’extraction qui est à Paris de j' 8 francs par mètre cube de vidange, sorte d’impôt de 10 à 12 millions par an,

: et dont personne ne profite, ni le gouvernement, ni la ville, ni les individus. I' Que faut-il pour supprimer tant d’insalubrité, de mécomptes, d’embarras!

! Compléter, suivant le langage des Anglais, la circulation de la nature, restituer

I au sol ce qui appartient au sol, ce qui est nécessaire à sa fécondité, employer , h y état naturel les eaux d’égouts à l’irrigation des terres. — Le temps n’est

II plus de tolérer aux portes des villes des foyers permanents de pestilence, sous I prétexte de fabriquer chroniquement du noir animal, de la poudrette, des } engrais concentrés, etc. Sous chaque maison un magasin souterrain de matières i fécales nécessite de périodiques vidanges qui sont à la fois une perturbation I nocturne et une peste pour tout un quartier, sans compter la perte des eaux

vannes, riches en principes fertilisants, infectant les ruisseaux des rues avant d’arriver à l'égout où elles vont provoquer des fermentations putrides... Les égouts collecteurs sont à peine terminés que déjà on est révolté de l’infection d’Asnières, de la souillure du fleuve, par un courant épais et noirâtre d’environ 1 mètre cube de débit à la seconde, qui empoi.sonne, à partir de ce point, l’air et l’eau. Nous renvoyons aux mémoires des ingénieurs de Freycinet, Mille, Ronna (1), tous aujourd’hui d’accord sur la nécessité d’employer à l’état naturel les eaux d’égouts, enrichies des matières stcrcorales, des boues

(1) Ronna, De /’ul.ilisation des ccmx d' égouts en Angleterre et en France. Application U la ville de Paris, ISGO {Revue universelle des mines), — E. Reaugrand, Annales d'hggiène,\\i\Wel, 1868.

M. LÉVY. Hygiène, 5® Édit.

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et (les immondices des rues, ciitraînées par le flot de l’irrigation municipale et dn drainage des niai.'-ons, à travers le r(*seau des égouts, dans les canaux prolongés aux distances nécessaires pour assurer et régulariser l’emploi de • leur contenu. I.e sens pratique des Anglais n’admet plus la discussion sur la question des fosses d’aisances, sur la séparation d('S principes fertilisants des eaux d’égout par voie mécanique ou chimique. Filtration ou décantation, désinfection par les substances absorbantes ou antiseptiques, précipitation ou traitement chimique, tous les procédés d’assainissement et de transformation proposés, expérimentés, qui rentrent dans ces catégories, ont leum mécomptes, leur insuffisance, tout au plus une utilité restreinte; il n’en est aucun, d’ordre chimique, sans excepter celui de Slax. Paulet (eaux acides provenant de la fabrication de la nitro-benzine, généralement formées d’acide azotique et d’acide sulfurique, tenant en dissolution quelques produits goudronneux et I une certaine quantité de nitro-benzine), ni celui de l’ingénieur Lechàtelier (épuration des eaux d’égout par l’emploi du sulfate d’alumine comme pour la défécation du jus de betteraves), aucun ne satisfait aux indications sommaires > de l’assainissement municipal qui comprend l’air, l’eau, le sol. Les fosses d’aisances infectent l’atmosphère par les tuyaux d’évent, par les vidanges, par : les bassins d’élaboration lente des engrais; les eaux vannes écoulées aux ruisseaux des rues, aux égouts, aux rivières, c’est l'infection de l’eau, et ‘ parfois celle des puits par les infiltrations des fosses d’aisances; enfin les ! récentes recherches sur l’imprégnation des terrains par les déjections des ' cholériques ont mis en évidence l’infection du sol lui-même. L’utile emploi i des eaux d’égout et des vidanges fraîches en irrigations fécondantes est : démontré par une expérience séculaire en Italie, surtout sur les vastes prairies i qui entourent Milan, dans les environs d’Édimbourg, dans le Huerta de Valence, et depuis l’Andalousie jusqu’au Roussillon du temps des Arabes, dans les plaines de l’Alsace, etc. Et c’est à cet emploi direct de toutes les déjections d’une population, mêlées, brassées avec les eaux qui lavent les égouts, que doit aboutir la canalisation souterraine des villes, prolongée aux limites de la banlieue, et se ramifiant en conduites de distribution sur les terrains à fertiliser.

Les eaux d’égout de Paris, telles que le grand collecteur les apporte h Asnières, c’est-à-dire sans les matières des fosses d’aisances, ont été analysées dans le laboratoire installé sur un terrain réservé à l’expérimentation du procédé de précipitation de Lechàtelier; des bassins et des rigolos d’arrosage ont permis de constater ([ii’avec cet engrais la production des fourrages, des légumes, des fleurs pour la parfumerie, a bien réussi ; que l’eau noire à la bouche de l’égout devient verdâtre par l’addition d’un lilct du réactif (sulfate d’alumine), s’éclaircit et passe opaline au barrage en moins de dix heures ; l’engrais, resté ' sur le fond et desséché à ü"’,lü d’épaisseur, prend la consistance et l’aspect : du liège; dans les rigoles il se dépose eu plaques feutrées, de composition n presque identique :

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nÉpoT

Iiulicatiou des éléments.

des bassins»

(les rigoles.

Azote

Acide phosphorique

Matières organiques

Matières terreuses

La défécation et l’arrosage, la précipitation chimique et la filtration clans le sol donnent donc le même résultat, et, fait ii noter par l’hygiéniste, dès qu’on opère sur de grandes surfaces, dit l’ingénieur en chef Mille, avec de l’air et de la lumière, la transformation des sulfures noirs et infects en sulfures I bruns et fixes, se fait sans que nos sens en soient blessés.

[ Au demeurant, la suppression des fosses d’aisances et des fabriques immondes d’engrais, le drainage des maisons par des robinets d’eau h tous les i étages et par renlraînement du détritus quotidien des familles jusqu’à l’égout,

1 l’irrigation municipale h l’aide des bornes-fontaines, des bouches sous-trottoir ■ et du réseau d’égouts qui a été indiqué, l’emploi agricole du produit total et , mélangé de tous les excreta de l’agglomération humaine des cités, tel est le I programme de leur hygiène, déjà réalisé dans bien des villes, notamment en Angleterre, en voie d’exécution avancée à Londres, et dont Paris a terminé i les préparatifs; il lui reste à créer au débouché du vomitoire d’Asnières une I force motrice naturelle de 2400 chevaux pour relever les liquides d’égout jusqu’au niveau des plaines de la Beauce et de la Brie (100 à 1.50 mètres de I hauteur), à creuser dans la campagne un système de réservoirs échelonnés, j et de rigoles de distribution où se diviserait le flot fécondant des égouts. Les \ petites villes de l’Angleterre qui ont appliqué le drainage à circulation conti- > nue, n’ont pas eu de difliculté à diriger leurs eaux d’égouts sur des terres

I cultivées; la masse à remuer étant restreinte, une petite machine à vapeur suffit pour les refouler à la hauteur des prairies irrigables.

Les galeries d’égout se construisent en maçonnerie de meulière avec mortier de chaux hydraulique, et plus souvent avec mortier de ciment, qui permet un décintrement plus prompt de la voûte, une réduction d’un tiers dans i les épaisseurs de la maçonnerie ; l’intérieur reçoit un enduit mince en mortier t de ciment qui facilite son entretien, son nettoiement et son éclairage (1).

La forme ovo'ide, aujourd’hui adoptée pour la construction des égouts, exige une moindre dépense de matériaux que les égouts circulaires ou à surfaces planes et courbes raccordées; en outre, elle facilite l’écoulement des liquides, la petite extrémité de I’ovo'kIc se trouvant en bas. Leur pente sera

(1) Voyez Lelarouilly, Édifices de Rome, p. 153 ; Alexandre Adam, Antiquités romaines, t. 11, p. 502 ; Pline le Jeune (XXXVI, p. 13 et suiv.), qui célèbrent la solidité 3epl fois séculaire des voûtes indestructibles des égouts construits par Agrippa et lavés par un torrent d’eau qui emporte tout ce qui s’y rencontre, etc.

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assez forte pour s’opposer à la stagnation, à l’accumulation et à l’endurcissement des immondices. La pente n’est jamais trop considérable; en lui donnant une grande puissance, on crée des égouts qui se nettoient seuls ; l’eau fait alors tous les frais du curage, si son écoulement est continu ; les grands égouts sans pente deviennent, comme les drains sans eau, de véritables fosses où les matières s’arrêtent, fermentent et renouvellent l’infection; les chasses ne font qu’avancer un peu le dépôt de ces matières, si même celles-ci ne sont pas trop compactes pour se laisser entamer. Le peu d’obliquité du sol, la profondeur des fondations et des caves des maisons, la présence des nappes d’eau souterraines, contrarient souvent cette règle de construction. La hauteur de leur voûte permettra à un adulte de s’y tenir debout : leurs parois de pierres tendres seront exemptes de toute fissure, de toute ouverture. Le radier, ou plancher inférieur des égouts, aura la forme concave, afin que les dépôts soient sans cesse ramenés au thalweg (Guérard); il ne doit pas être pavé : les dalles mêmes peuvent se séparer, se dégrader et donner lieu dans leurs intervalles à des accumulations de vase ; on leur préfère une bonne maçonnerie de moellons durs, de briques bien cuites, de béton (béton Coignet), et revêtue sur toutes ses faces apparentes d’un mortier hydraulique bien lissé; aucun angle, aucune saillie ne doit se rencontrer dans tout le parcours des égouts; les changements de direction doivent être soigneusement arrondis ; ces obstacles arrêteraient les gaz, se couvriraient de productions végétales suscei)tibles d’engendrer, avec le concours de l’humidité, de la température, des émanations des égouts, une infection des plus pernicieuses. La capacité des égouts doit être calculée, non sur la cpiantité d’eau qu’ils reçoivent ordinairement, mais sur celle qu’il leur est possible de recevoir dans certaines circonstances; dans les pluies d’orages, il ne faut pas cinq minutes pour les emplir jusqu’à la voûte : plus l’écoulement est difficile par défaut d’inclinaison, plus les dimensions doivent être considérables ; on tiendra compte aussi de la pente des affluents dont l’eau peut, en se précipitant dans les égouts, occasionner plus d’accidents qu’une masse sextuple d’eau portée sur une pente moins rapide. Le seul moyen de réduire la capacité des égouts, c’est do les multiplier. La règle est de leur donner une capacité suffisante pour écouler facilement une pluie d’orage de 0“, 025. Les égouts secondaires s’embrancheront taiigentiellement sur l’égout principal. Les galeries souterraines qu’ils décrivent ne peuvent être aérées que par des regards, sortes d’ouvertures d’appel ou d’évent, que l’on établit de distance en distance (50 à 60 mètres au plus) sur leur trajet en longueur; en bouchant ces orifices avec des disipies de fonte, on détruit tous leurs avantages; ils ne doivent être fermés qu’avec une grille à jour. Ouverts avant le curage, ils permettent une ventilation préalable qui en diminue le danger ; et si les eaux viennent à s’élever rapidement dans les égouts comme en temps d’orage, les ouvriers qui y travaillent, avertis par l’état du ciel et par l’eau qui tombe à travers les grilles à jour, auront la facilité de se soustraire à un péril de mort en remontant sur les crampons de fer placés.

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en guise d’échelle au-dessous des regards. Ceux-ci serviroiU encore à l’évacuation des inalières qui obstruent les égouts, et que l’on fait monter dans des seaux à l’aide de poulies. Toutefois les larges orifices de communication des : égouts avec les rues, et dans le système du drainage municipal, avec les mai- ; sons elles-mêmeSj donnent passage aux émanations; les appareils de Rogier- I Mothes en France et de Paterson en Angleterre ont été inventés pour prévenir le reflux du méphitisme par les regards et méritent d’être utilisés; le premier consiste en une soupape hermétiquement appliquée à l’orilice qui est ! fermé à l’aide d’un levier armé d’un poids; quand les liquides s’accumulent,

I la soupape bascule et s’en débarrasse pour reprendre immédiatement sa posi- I tion horizontale; c’est un siphon qui se vide seul dès qu’il est rempli. La trappe hydraulique de John Philipps remplit le même office, permettant l’arrivée des liquides et s’opposant à l’issue des émanations. Les conduits des eaux ménagères doivent s’aboucher directement avec les égouts par un siphon renversé. Dans l’intérêt des ouvriers égoutiers, aucun tuyau conduisant le gaz de l’éclairage (gaz hydrogène) ne doit traverser les égouts : les défauts inévitables dans les jonctions des tuyaux donneraient lieu à des fuites; les gaz, en l’absence de regards à claire-voie et d’une ventilation suffisante, séjourneraient indéfiniment dans les égouts, et les ouvriers qui y travaillent auraient à cumuler les dangers de leur profession avec ceux des mineurs. Mais, suivant la remarque de Chevreul, l’inclusion des conduites du gaz d’éclairage dans les égouts préserverait le sol de l’infiltration des ivapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui; les réparations des fuites de gaz ne nécessiteraient plus les fouilles de la chaussée des rues et ne donneraient plus naissance au méphitisme qui pénètre dans les maisons riveraines; resterait à conjurer par un système de ventilation le danger des détonations occasionnées par des fuites de gaz.

L’eau des égouts altère-t-elle la pureté de l’eau des rivières et des fleuves où elle se déverse? L’effet produit par ce mélange dépend du rapport qui existe entre la masse des eaux des égouts et celle des rivières. En hiver, grossies par les pluies, resserrées entre des quais, gênées par des ponts, les cours d’eau traversent les villes avec rapidité et entraînent tout ce qui se trouve à leur surface; alors l’eau prise à leur partie supérieure et celle que l’on puise à leur partie inférieure ne diffèrent en rien. En été, réduites souvent à un simple filet d’eau, ralenties dans leur cours, presque immobiles en quelques endroits, elles entraînent encore, quoique lentement, les matières les plus légères de l’eau des égouts; mais les matières plus lourdes forment à l’embouchnre des égouts des dépôts qui ne se dénudent à l’œil que lors de la baisse exce.ssive des eaux; éminemment putrescibles durant les grandes chaleurs, elles laissent dégager des bulles nombreuses de gaz (|ui viennent crever à la surface de l’eau en soulevant la vase, et troublent toute l’épaisseur du liquide dans une étendue de 7 à 8 pieds. l’arent-Duchàtelet a trouvé à ce gaz l’odeur de l’hydrogène sulfuré. Ainsi, bien que plusieurs analyses de l’eau de Seine prise au-dessous des lieux les plus [)iopres à la vicier n’aient longtenq)s fourni rien de

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concluant, il est permis d’admettre avec Thouret, Tenon, Parent-Duchâtelet, qu’il y peut exister des principes d’infection qui se révèlent seulement par leurs effets sur l’organisme : l’habitude émousse les Parisiens à l’atteinte de cette cause morhifère, mais les étrangers la ressentent. Smith (1) a fait voir que les exhalaisons des égouts sont versées en abondance par toutes les bouches, lorsque la 'pression barométrique s’abaisse. Les analyses faites par Boudet, Poggiale, etc. , de l’eau de Seine prise en amont et en aval de Paris, ont fait ressortir des différences notables dans sa proportion de matières organiques. Il convient donc d’amener les eaux sales de la ville à des égouts latéraux à la rivière, au fleuve qui la baigne; ces égouts, parallèles et contigus aux deux rives sur lesquelles sont assises les agglomérations municipales, se prolongeront en aval de la ville â do grandes distances, et doivent servir, comme il a été dit plus haut, sous leur forme naturelle et chargées de tout le détritus du municipe et des habitations privées, à l’irrigation de prairies naturelles et artificielles, à la fertilisation des plages sableuses, etc. C/est un ingénieur de Londres, Forster, qui a eu la première idée de la construction des égouts latéraux à la Tamise, idée réalisée aujourd’hui à Londres et eu voie d’achèvement complet à Paris.

Quand il s’agit de nettoyer un égout négligé depuis quelque temps, nos sens, ni l’expérience, ni même l’analyse chimique, n’aident point à reconnaître s’il est possible d’y* pénétrer impunément. La combustion soutenue d’une chandelle ne prouve rien, car elle n’est point empêchée par la présence de quelques particules d’hydrogène sulfuré, cause certaine d’asphyxie pour l’homme. Force est de s’en remettre à l’habitude, h l’empirisme des ouvriers, à leur connaissance des localités. On consultera en même temps la température et l’odeur : celle-ci, tantôt fade, ammoniacale ou hydrosulfurée, tantôt putride, forte et repoussante, sera détruite par des courants d’air au moyen des regards au-dessus desquels on établit un brasier ardent; on corrige la température par une ventilation préalable. La couche inférieure des matières, formée de sable, de gravier, etc. , est évacuée dans des paniers par les orifices de la voûte; la couche moyenne, vase ou boue plus ou moins liquide, est poussée au dehors par rembonchnre avec des rateaux ou rabots. Si cette vase est trop compacte, les ouvriers la brassent vigoureusement avec l’eau qui la surnage et dont ils suspendent l’écoulement; puis, enlevant brusquement les moyens de barrage, ils en déterniinent la débâcle. Les précautions suivantes sont indiquées pour le curage des égouts suspects de méphitisme : on pratique des jours à la voûte par intervalle de 100 mètres; sur une de ces ouvertures on scelle hermétiquement un tuyau de 5 mètres de hauteur, dans lequel on entretient un brasier ardentavec du bois fendu et bien sec ; on isole les premiers 100 mètres an moyen d’une toile clouée sur le prolongement de l'égout. A cet effet, on asperge d’eau chlorurée la seconde ouverture ; on y renouvelle

(t) Smith, L'îmiitut, n» 779, p. 378.

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