PUBLIQUE] DES VILLES
l’air à l’aide d’un fourneau que l’on y descend, puis on fait entrer un ouvrier armé du masque de Robert, ou mieux de l’appareil do l’aulin, formé d’une blouse imperméable à laquelle est adapté un masque de verre et une lampe qui reçoit l’air par un tuyau du dehors. Le môme tuyau alimente la respiration de f ! l’ouvrier qui va clouer la toile ou le drap : celle-ci sert d’écran ou de barrière ii; contre les émanations du reste de l’égout. Grâce au tuyau d’appel dont il a été !■)' parlé, un tirage actif s’établit delà seconde à la première ouverture; les gaz I délétères sont brûlés dans ce tirage, l’air est renouvelé. On s’assure ensuite Bi qu’il n’existe plus d’acide carbonique, de gaz hydrogène sulfuré, de sulfhy- 1 drates, etc., en descendant une lampe allumée dans l’égout, du papier imbibé d’acétate de jilomb, et que l’on retire sans coloration noire. Dès lors cette première portion de l’égout peut être curée sans danger; néanmoins les ouvriers qui procèdent à cette opération doivent porter à leur boutonnière un flacon plein d’eau chlorurée : pendant le déblayement des matières, ils feront de fréquentes aspersions d’eau chlorurée. Malgré ces soins, le remuement des masses fétides leur cause souvent des défaillances, des syncopes, des vertiges, la mitte (ophthalmie des vidangeurs), l’asphyxie; aussi doit-on choisir des ouvriers robustes, exempts d’ivresse. On leur accorde une ration d’eau-de-vie pour exalter leur force de réaction ; on restreint la durée de leur travail en formant des ateliers qui se remplacent. Après le nettoyage des premiers 100 mètres, on ferme l’entrée de cette portion de l’égout avec des bottes de foin saupoudrées de chlorure de chaux sec, et l’on porte à 100 mètres plus loin le fourneau aspirateur, la même série de précautions, et ainsi de suite. La vidange des fosses d’aisances exige à peu près les mêmes mesures de préservation (voy. t. I, pages 570 et suivantes). Le curage des ports, des canaux, des bassins, doit avoir lieu comme celui des égouts par des temps ni trop chauds, ni trop froids, afin que les émanations ne soient ni propagées au loin ni concentrées dans les parties basses de ces cloaques.
8” Boues, nettoyages. — Le nettoiement des rues et l’enlèvement des boues donnent lif u à des difiicultés qui exercent depuis longtemps le zèle des régulateurs et des praticiens de la salubrité publique. Dès le règne de Philippe-Auguste, les habitants de Paris sont astreints à nettoyer le devant de leurs portes et à transporter les immondices dans les champs, au moyen d’un tombereau loué en commun pour chaque rue. Depuis 13û3 ju.squ’à la fin du dernier siècle, les prévôts de Paris, les commissaires du Châtelet, le parlement, le pouvoir royal, multiplient les arrêts et ordonnances concernant le détail de la voirie, le nettoyage des rues, l’établissement et le curage des égouts. Plusieurs lois promulguées sous la République ont introduit dans cette branche de la iiolice plus d’ordre et de précision ; la principale de ces lois (16-2Û août 1790), applicable à toute la France, porte règlement général pour le nettoiement des rues, places et marchés, et en attribue les soins aux maires de toutes les commune.s. L’Empire a créé le canal Saint-Martin, les borues-foutaines et le conseil de salubrité (18ü/i). La dernière ordonnance
440 UES MÜÜinCATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygièke
sur la police générale du nettoiement date de 1834 (mars), et elle est notifiée deux fois par an, au mois de mars et au mois d’octolirc : elle règle le balayage de la voie publique, le nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques, des grilles d’égoul; elle défend les dépôts d’immondices, débris et résidus dans les rues, les projections d’eaux et d’urines sur la voie publique; elle détermine le transport, chargement et déchargement des objets susceptibles de salir la voie publique; et quant aux matières insalubres, telles que résidus d’amidonneries, de boyauderies et de triperies, eaux de cuisson des os, eaux grasses des fondeurs de suif, sang des abattoirs, raclures de peaux infectes, etc., elle en prescrit le transport en des tonneaux hermétiquement fermés et lutés. Les produits du nettoiement des rues doivent être rejetés à 2000 mètres des barrières. — Tout cet ensemble d’opérations que nécessitent les excreta de la cité (voy. plus loin ce chapitre) est une source de dépenses et d’embarras que l’on a cherché à diminuer : l’une des meilleures études qu’il ait suggérées a été faite par Chevallier (1), La propreté d’une grande ville dépend des conditions suivantes : 1“ Point de dépôts ni de projections d’immondices sur la voie publique, car ils ne lardent point à s’y disséminer et à produire la boue ; 2“ conservation des immondices dans les maisons jusqu’au passage des voitures destinées à les enlever (2); ces voitures peu élevées, jamais surchargées pour ne point répandre leur trop-plein, affectées à certains quartiers, y circuleraient à des heures fixes et recevraient immédiatement les ordures des maisons; 3“ écoulement direct des eaux ménagères dans les égouts, et, à défaut d’égouls rapprochés, dans un ruisseau recouvert par un trottoir; h° placements d’urinoirs en grand nombre sur la voie publique et construits avec soin (voy. plus loin. Excréta)', 5“ établissement de latrines publiques et gratuites en proportien suffisante, disposées et surveillées de manière qu’elles ne se convertissent point en cloaques; leur vidange ne coûterait rien, car on pourrait toujours compter sur l’enlèvement gratuit des matières propres à la fabrication des engrais. Quant à l’enlèvement des boues, qui, à Paris seulement, avant l’annexion, fournissaient environ 80 à 100 000 tombereaux par an, il doit s’effectuer dans les villes riveraines des cours d’eau, en partie par voie de navigation en aval et en amont, en partie par terre et surtout à 1 aide des chemins de fer, de manière à desservir un grand nombre de localités qui réclament cet engrais. La concurrence des cultivateurs augmen-
(1) A. Chevallier, Notice historique sur le nettoiement de la ville de Paris depuis U8!i jusqu'à l’époque actuelle {Annales d'hygiène. Paris, 1849, t. XLII, p. 2G2).
(2) L obstacle à celte mesure, qui s’exécute dans beaucoup de villes, est à Paris dans 1 intérêt qu’inspirent 7000 cbiffonniers réduits, pour vivre, à explorer, le crochet à la main, les rebuts immondes delà population; on estime à 10 000 francs par jour, 3 millions 1/2 par an, l’approvisionnement qu’ils fournissent aux fabriques de papier, de carton et de noir animal. La corporation des chiffonniers s’éteindra, car il n’est plus accordé de nouvelles licences d’exercice (Voy. Revue des deux mondes, l^’^juin 1867.