Rlcrzy, Etudes sur les iravaux publics
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tant la valeur des boues, on soumissionnerait à des prix moindres l’entreprise (lu nettoyage des rues. On établirait, en outre, quelques voiries à boues, couvertes, fermées et surmontées de cheminées d’aérages pour le dégagement des émanations, si l’on n’aime mieux les détruire par des moyens chimiques. On pourrait aussi enfouir les immondices dans des fossés où elles fourniraient par consomption, dans l’espace de six mois à un an, un engrais précieux sous forme de terreau (Chevallier). Dans un système complet de drainage municipal à circulation continue, le nettoyage des rues et places publiques pourrait se faire par la voie des égouts, et servirait à enrichir l’engrais liquide qu’ils charrient.
9° Éclairage public. — Quand, il y a deux siècles, on sonnait à Paris le couvre-feu ù sept heures du soir et que, par exception, certaines rues rehétaient seules à long intervalle la douteuse clarté de quelques lanternes à chandelles, « on se figure sans peine, dit Trebuchet (1), quel était le soir l’aspect des rues de la ville. Dès l’entrée de la nuit, elle était livrée aux vagabonds, aux voleurs; il s’y commettait des crimes de toute sorte. » En 152ù, « sous la terreur des incendies, le parlement enjoignit à tous les manants et habitants de Paris, privilégiés et non privilégiés, de mettre à neuf heures du soir, aux fenêtres correspondantes sur la rue, une lanterne garnie d’une chandelle allumée en la manière accoutumée». En 159ù, on voit pour la première fois des lanternes suspendues à des poteaux au moyen de poulies; il y avait en outre une entreprise de porte-flambeaux pour éclairer ceux qui voulaient parcourir la ville pendant la nuit. En 1667, de la Reynie prescrivit aux habitants d’éclairer au moyen de lanternes munies de chandelles de quatre à la livre. Eu 1697, l’éclairage public fut étendu aux principales villes du royaume; en 1738, il fut mis à la charge de l’Etat; en 1789, de^artines substitua les l’éverbères aux lanternes et l’huile aux chandelles. L’éclairage à l’huile est encore usité dans un grand nombre de pays et même en France; il s’effectue au moyen de lampes, de réflecteurs et de mèches plates qui garnissent depuis un jusqu’à cinq becs dans chaque réverbère. Un bec de lumière consomme par heure 8 grammes ùl centigrammes d’huile; à Paris, on ajoute à cette quantité 9 et /i8/lü0 pour 100, en indemnité du déchet provenant du coulage et de l’épuralioii de l’huile. En général, on éloigne trop les lanternes à l’huile : la bonne portée d’un bec est de 25 mètres, et il n’y a pas longtemps qu’on laissait à Paris 100 mètres d’intervalle entre deux lanternes. L’éclairage au gaz s’étend de plus en plus dans nos cités ; elles y gagnent en sécurité et en agrément. Dès 1686, un nommé Dalsénius prouva par des expériences, à Paris, ([u’en exposant à une très-haute température des matières organiques en vases clos, on pouvait en extraire du gaz inflammable. En 1777, Voila proposa de substituer le gaz hydrogène h l’huile pour l’éclairage; à celle même question se
(I) Trebuchet, Uec/ii;rchf!.'i mr l’ éclaira fie pichlic de Varù [Annnlee d' hygiène. Paris, 184i, t. XXX, p. 41 ; t. XXXI, p. 103).
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFDSA.
[hygiène ■
rattacliciit les travaux du docteur James Clayton en 166û, ceux de Stephens Haies en 1669, du baron de Ilaaque et du général Conway en 1720 et 1750, etc. (1). En 1801, l’ingénieur Philippe Lebon (voy. tome I, p. 595) distillait du bois, pour en recueillir le gaz, le goudron, l’acide pyroligneux, etc. , ; et annonçait la possibilité de distiller la houille et les matières oléagineuses; en 1802, il éclairait au gaz sa maison. En 1810, un acte du parlement anglais ! accorda à une compagnie la faculté de retirer de la houille le gaz hydrogènes carboné pour l’éclairage de Londres. En 1816, Winsor tenta d’introduire à ^ i Paris ce mode d’éclairage, qui, après bien des tentatives isolées, ne se répandit i qu’à partir de 1829, où s’en fit la première application à la voie publique. ( Nous avons donné (tome I) quelques détails sur l’extraction du gaz de l’éclai- i rage. Les usines où elle a lieu se composent de cornues, de condensateurs, i d’épurateurs et de gazomètres. Les cornues sont des vases de fonte posés sur r| des fourneaux, et qui, après avoir été remplis de houille, sont exactement il lutés et soumis à un feu très-vif. Les ouvriers, qui les chargent fréquemment .| sont couverts de noir de fumée qui se répand dans l’air après l’inllammation d du gaz, et travaillent comme les verriers, les boulangers, etc., sous l’influence' ( continue d’une température fort élevée. En sortant des condensateurs, le gaz/. arrive sous les réservoirs (épurateurs) où sont renfermées les substances pro- i près h le dépouiller des gaz étrangers dont il se charge par la décomposition .] des pyrites sulfureuses de houille. Les appareils d’épuration sont ordinaire-'l ment formés avec la chaux ou le lait de chaux. Les ouvriers employés dans si cette partie de l’usine ressentent fortement les effets des gaz qui se dégagent ( quand on enlève le lit de chaux contenu dans les réservoirs : ils sont pâles; ;i plusieurs éprouvent des douleurs dans la poitrine, des crachements de sang, '| et très-souvent une toux fatigante; l’ammoniaque paraît contribuer beaucoup ■; à ces phénomènes.
Les essais pour l’éclairage par le gaz portatif comprimé remontent h 1824: 1 le gaz extrait de l’huile était porté à domicile, après avoir été comprimé danS'i des vases de tôle à l’aide d’une machine à vapeur ; des accidents graves ont arrêté celte industrie. Dans cette même année, une ordonnance royale (24 août) rangea les usines à gaz dans la deuxième classe des établissements dangereux, insalubres ou incommodes. Lors du premier éclairage, en 1829, on se servait. . de becs entiers espacés de 60 mètres; depuis, on a fractionné les becs en 1/2. ou 3/4 becs, ce qui a permis d’en augmenter le nombre et d’éclairer plusi régulièrement la voie publique. En 1843, ce service était fait à Paris par 13 771 becs, qui ont donné 47 630 535 heures 70 minutes d’éclairage, dont, coûté 1 088 232 francs 39 centimes. Pour que l’éclairage au gaz soit exempt de tout inconvénient, les becs n’en doivent laisser échapper aucune partie sans être brûlée; pour cela, il faut maintenir la flamme à une hauteur modérée, 8 centimètres au plus, et la contenir dans une cheminée de verre de
(1) Trebuchet, loc. cit.
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10 îi 20 ccntimèires de hauteur. Les lieux éclairés doivent être ventilés, môme pendant rintcrruplion de l’éclairage ; sans celte précaution, le gaz, par suite du défaut de combustion, s’accumule dans le local et peut occasionner des asphyxies, des explosions et des incendies. Les robinets doivent être graissés de temps à autre intérieurement, pour qu’ils jouent facilement et ne s’oxydent .point. Pour allumer, on ouvre d'abord le robinet principal et l’on présente successivement la lumière îi l’orifice de chaque bec au moment môme de l’ouverture de son robinet, afin d’éviter tout écoulement de gaz non brûlé. Pour éteindre, on ferme d’abord le robinet principal intérieur, et ensuite chacun des becs d’éclairage. Si l’on soupçonne une fuite de gaz, on s’abstiendra de la rechercher avec du feu et de la lumière, et si la fuite de gaz s’est enflammée, on l’éteint en posant dessus un linge imbibé d’eau. Les fuites de gaz dans l’intérieur des habitations occasionnent des asphyxies mortelles, ou forment avec l’air des mélanges explosifs qui compromettent la vie des hommes ; dans les rues et sous le sol^ le gaz extravasé peut envelopper les radicelles des larbres et amener la destruction des plantations publiques. Chevreul attribue [loc. cit. ) cette infection du sol aux vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui dans les tuyaux de conduite ; elles s’en échappent par des fuites, soit à l’état liquide, soit à l’état de vapeur, et infiltrent la terre où les conduites sont enfouies. L’infection, d’abord circonscrite, s’étend avec le temps; l’effet qui en résulte ne se borne pas à l’odeur fétide qui sort des fouilles nécessitées pour dénuder les tuyaux à réparer, mais il va jusqu’à faire périr les arbres dont les racines sont eu contact avec le sol infecté, et à corrompre les puits dont les eaux le traversent pour arriver à la cavité qu’elles alimentent. Ces accidents n’étaient que trop à craindre avec les anciennes conduites de fonte, défectueuses par les soufflures, les gouttes froides, les parties poreuses, les moyens de jonction et la fragilité sous l’influence des chocs et des retraits; aussi la déperdition par les fuites dépassait quelquefois 0,25 du gaz produit. Des soins plus minutieux, apportés dans les fonderies au moulage et à l’examen des tuyaux préviennent ces inconvénients. Les tuyaux fabriqués par Chameroy, et dont l’Iiistitut a récompensé l’utililé, remplacent très-avanlageusemont ceux de fonte; faits de tôle de fer, maintenus par une forte clouure, étamés à l’intérieur, enveloppés extérieurement par une couche épaisse d’un mastic de bitume incrusté de sable, assemblés, très-solidement et sans peine à l’aide d’une vis et d’un écrou moulés en un alliage dur, tous ces tubes sont essayés sous une pression égale à 10 atmosphères avant d’Ctre livrés, et depuis longues années qu’ils sont employés à Paris, aucun accident n’a été observé sur un parcours de 50 000 mètres (pii n’ont exigé (pi’une seule ré|)aration; tandis que, sur 2ù5 000 mètres des autres conduites, il a fallu réparer 1 000 défectuosités signalées par des fuites. L’avantage du nouveau système se trouve oxprimé dans ces résultats par le rapport de 5 à 1000.
Lue longue praii([ue de l’éclairage au gaz dans Paris, sous une direction scienti!i(pic, a permis d’aplanir beaucoup de dilïicullés, de résoudre les pro-
DES MOniFlCATEUnS. — CIHCUMFUSÂ. [iiygiène'.;
blêmes nouveaux concernant l’inlluence de la forme des becs, du diamètre dt i leurs trous et de leurs fentes, la hauteur des flammes, la vitesse d’écoulement il du gaz pendant la combustion, la coïncidence du plus grand éclat de luinièrt^t avec les pressions manométriques faibles, etc. Une même quantité de gaz peui (j fournir, brûlée dans un bon bec, quatre fois plus de lumière qu’elle n’en donne u brûlée dans un bec mauvais; la quantité d’air consommée par un bec n’est i pas proportionnelle à la dépense de ce bec ; tous les becs n'exigent pas h s même quantité d’air pour donner leur maximum de pouvoir éclairant, etc. La provenance de la houille explique les différences de pouvoir éclairant dt jj gaz, Arago, Fresnel et Mary avaient expérimenté, en 18A5, sur le gaz founi' par la houille de Commentry, pour établir les chiffres des pouvoirs éclairants à exiger dans le cahier des charges accepté par la Compagnie parisienne; let houilles du Nord, de la Belgique et de l’Angleterre, exploitées par cette dernière, n’en pouvaient fournir que la moitié. En 1856, des expériences faite» par Dumas et Régnault firent reconnaître qu’il suffisait d’élargir la feiite des becs de ville pour accroître, dans une notable proportion, le pouvoir éclairani du gaz. On doit à ces deux illustres savants l’instruction pratique de la marchi; à suivre pour les expériences relatives à la détermination journalière du pouii voir éclairant et de la bonne épuration du gaz de la Compagnie parisienne (1). Nous renvoyons au Recueil où elle a été imprimée à la suite d’un travail pleir, de précision et de résultats pratiques sur les divers becs d’éclairage au gaz e » sur les meilleures conditions de sa combustion.
L’électricité a été employée avec assez de succès à l’éclairage de quelque» travaux nocturnes pour qu’on ait conçu le juste espoir d’étendre et do popu-i lariser cette application. En 1855, la commission du palais de l’Industrie, i Paris, a fait éclairer de cette manière les ouvriers occupés à construire le.» gradins et à décorer la grande nef de l’exposition ; les appareils de Dubos()> ont versé leur lumière électrique pendant treize heures et sans interruption; c’est la plus longue durée d’éclairage régulier qu’on ait obtenu jusqu’à ce jour par ce moyen. La première expérience de lumière électrique a été faite pai Davy; c’est au commencement de ce siècle qu’il eut l’idée d’armer de deux i cônes de charbon les deux conducteurs de la pile, et de les placer dans des vases de verre hermétiquement clos, où l’on opérait le vide, afin d’éviter la i consomption des charbons par l’oxygène atmosphérique, et de prolonger ainsi i la durée de leur incandescence électrique. La pile de Grove, modifiée par Bunsen (18Zi3), en offrant aux physiciens un courant plus énergique et plus persistant, a conduit Léon Foucault (18Ziû) à l’invention du microscope plioloélcctrique. Cet emploi d’une source de lumière, négligée depuis lUmiplny Davy, ne pouvait se répandre qu’à la condition de se passer du vide, et de substituer au charbon ordinaire, trop combustible, un charbon très-faiblement
(1) Mémoire de Paul Audouin et Paul Rérard, dans Annales de physique et de chimie, 3' série, t. L\V. Paris, 1862, p. 423 et 486,
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combustible, très-dense et très-dur ; tel est le charbon de gaz, c’est-h-dire celui que l’on trouve dans les cornues où l’on distille la houille pour la préparation du gaz de l’éclairage. A cette amélioration. Foucault en joignit une autre: un ressort d’acier tend sans cesse à rapprocher les deux baguettes de icharbon dur, mais son action est annulée par l’influence attractive d’un électro-aimant, avivé par le courant même de la pile voltaïque qui produit l’arc lumineux. A mesure que les charbons se consument, l’intervalle entre les deux pôles de la pile grandit et le courant électrique perd de sa force ; avec ce courant s’affaiblit l’électro-aimant qui lui doit sa puissance; dès lors le ressort d’acier n’étant plus assez contre-balancé par l’effet de l’électro-aimant, les deux baguettes de charbon que ce ressort gouverne, se rapprochent, reviennent à damême limite d’intervalle : or, la répétition continue de ces influences et de ces mouvements a pour résultat la fixité de l’arc lumineux. Grâce à cet ingénieux mécanisme qu’un constructeur anglais, Straite, a conçu en même temps, mais dont l’idée et l’exécution pratique appartiennent à Foucault, les lampes électriques se sont multipliées avec des modifications dues b Deleuil, Loiseau et Duboscq dont le régulateur a supprimé les variations d’intensité et les intermittences que l’on reprochait b la lumière électrique. L’artifice de Duboscq consiste b disposer sur le même fil deux appareils ; quand les charbons de l’un sont usés, on l’enlève et l’on fait passer dans l’autre le courant électrique; cette substitution, effectuée instantanément, ne permet aucune interruption dans l’éclairage , Foucault et Fizeau ont cherché, par des procédés photographiques,
I b évaluer l’intensité absolue de la lumière électricjue et b la comparer b celle du • soleil prise pour unité : elle égale les 3/5''® de cette dernière source de lumière.
1 La pratique exigerait beaucoup de renseignements positifs d’un autre genre.
I La quantité de lumière produite dépend surtout de l’énergie du courant fourni par la pile ; cette énergie dépend elle-même de la quantité de zinc, d’acides sulfurique et nitrique consommés dans l’unité de temps; Bunsen a trouvé qu’avec 48 couples tels qu’on les construisait alors, on obtenait une intensité de lumière égale b celle de 550 bougies. Deleuil estime b 2 francs par heure la dépense d’une lumière électrique équivalente b 15 ou 18 000 bougies. Le véritable obstacle b l’adoption de ce mode d’éclairage public est dans la concentration d’une quantité prodigieuse de rayons lumineux; tandis que la clarté due b la combustion de l’huile, des bougies, se dissémine dès le moment de sa production, la source lumineuse qui naît de la pile voltaïque accumule en un point unique une masse énorme de rayons, perce les brumes et les brouillards et se projette b des distances tros-considérables. Ce mode d’illumination, excellent pour les phares et les signaux, pour la télégraphie aérienne nocturne, etc., ne convient pas b l’éclairage des places, des rues: au centre et jusqu’b une certaine distance de ce point, son éclat serait perdu ; l’efiet utile ne se produirait qu’bla circonférence de la région illuminée. On se représente l’impression éblouissante de ce système d’éclairage sur les personnes placées assez près du foyer; c’est pour remédier b cet effet désastreux sur les yeux de
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toute une population qu’Arago avait conseillé l’établissement d’un phare uni- n que, invisible pour les habitants circulant sur la voie publique, et dont la l lumière, réfléchie sur les nuées, retomberait sur la ville; mais, dit avec raison Figuier, le ciel n’a pas toujours des nuages; eu leur absence, le rayonnement •n électrique se perdrait vers les espaces célestes. L’avenir résoudra peut-être les 1 diflicultés qui s’opposent jusqu’à présent à rillumination voltaïque des cités, *J si les dangei’s qui en résultent pour l’appareil de la vision (voy. plus haut Hygiène de la vue) et sur lesquels Foucault et J. Régnault ont savamment insisté, il ne font pas renoncer à ce mode d’éclairage public.
5° Voiries. — Voieries, tueries, charniers ou lieux d’équarrissage, abattoirs, li boyauderies, dépôts de matières fécales, fabriques de poudrelte, etc., tous ces S établissements infimes, mais nécessaires jusqu’à présent, doivent être placés à |i une certaine distance des villes et orientés de telle manière que les vents prédominants de la contrée n’apportent point leurs exhalaisons aux habitants. Les ■ substances putrides qui s’entassent dans ces lieux de dégoût n’exercent certainement pas à l’air libre toute l’influence délétère qu’on leur attribue; leui-s émanations, divisées par les coûtants atmosphériques, brassées par les vents, dispersées dans toutes les directions, perdent leur efficacité, les ouvriers qui travaillent et couchent dans ces cloaques jouissent d’une bonne santé, présentent des exemples de longévité aussi nombreux que les autres classes d’ouvriers, ' ne sont pas plus souvent malades; on va même jusqu’à prétendre qu’ils sont en possession d’une certaine immunité (voy. Infection) ; mais l’odeur infecte que répandent ces établissements suffit pour motiver leur rélégation loin des villes et l’adoption de tous les procédés industriels qui corrigent cet inconvénient et transforment les matières putrides en produits précieux pour l’agriculture. Sans doute mieux vaudrait éviter, supprimer les grandes accumulations de débris organiques putréfiés ou putrescibles qui résultent de la vie journalière dans tous les centres de population ; Avignon, Marseille, Londres, envoient à la mer leurs immondices et leurs vidanges ; Bruxelles, dans une rivière (la Senne) ; dans le faubourg Saint-Jacques, à Paris, une partie des latrines se vident dans d’anciennes carrières devenues inaccessibles ; ailleurs il existe des puits absorbants qui reçoivent le contenu des fosses. Les diversités des conditions locales interviennent nécessairement dans la question des voiries qui présente aujourd’hui deux faces, l’une hygiénique, l’autre industrielle. Profiter des cours d’eau pour y déverser tous les résidus de l’agglomcration humaine est un usage longtemps suivi, et pourtant, s’écrie le docteur Guy, c est un trait distinctif des nations à demi barbares, de convertir leui’S rivières en égouts. « Il est aujourd’hui reconnu qu'une rivière qui traverse une ville, peut et doit être un moyen d’assainissement et même de ventilation, à cause du mouvement qu’elle détermine dans l’air. Il importe donc de laisser aux rivières ce caractère et de conserver à leui-s eaux la faculté de senir sans prépaiation aux besoins de la vie. ... On commence à Paris par verser dans la livière, en amont, toutes les eaux vannes provenant de la voirie de Bondy, et
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puis, à quelques kilomètres plus bas, on entretient de grands établissements de filtrage et de clarification pour cette même Seine que l’on vient de polluer (1). » La perte des immondices à la rivière priverait d’ailleurs plus d’une industrie et l’agriculture de produits qui ont acquis une grande valeur (2). La , solution du problème est dans le drainage des maisons, combiné avec la conistruction d’égouts latéraux aux rivières, Ib où des cours d’eau existent, et dans l’utilisation des engrais charriés par les égouts, soit à l’état liquide par arrosemicnt, soit à l’état .solide. L’application des liquides d’égout b la culture est, aux yeux de l’ingénieur iMille {loc cit.), une question de mécanique et de 'temps, justpi’b ce que l’agriculteur ait compris qu’une machine à vapeur est .)Uii excellent garçon de ferme toujours prêt, toujonrs obéissant. Une société anglaise s’occupe b recueillir dans un établissement spécial les eaux des égouts de Londres, b les élever b une hauteur déterminée, et b les pousser comme engrais liquides hor§ de Londres, dans un rayon de 32 kilomètres, b l’aide de i pompes mues par la vapeur et de conduites. On a calculé que le produit annuel de ces égouts suffirait pour fumer 851 51 7 hectares de terre cultivée, c’est-b- ;dire qu’une ville peut fournir assez d’engrais pour fertiliser autant d’acres de I terre qu’elle a d’habitants. Certaines terres aux environs d’Édimbourg qui valaient primitivement ùO, 50 et 150 fr. l’acre, améliorées par ce mode d’iririgation, se vendent aujourd’hui 750 b 1000 fr. ... Sera-t-il possible, comme ;Tardien paraît l’espérer, de donner aux matières fécales un emploi immédiat au moyen de certaines métamorphoses artificielles? Ce progrès semble douhteux, en présence des résultats incomplets de tant d’efforts et d’inventions pour leur désinfection dans les fosses et sur le terrain même des voiries.
Quoi qu’il en soit, celles-ci ont pour but d’éloigner des habitations et des rues les matériaux immondes et fétides, et jusqu’à ce qu’une industrieuse hygiène ait réussi à les rendre inutiles, il ne s’agit que d’assurer, d’accélérer l’enlèvement de ces matières, d’en régler le dépôt et les transformations uU itimes, de manière à concilier le double intérêt de la salubrité et de l’agriculture. Il fut un temps où les habitants de chaque rue à Paris louaient un tombereau en commun pour porter leurs ordures aux champs; mais les voituriers ne conduisaient pas si loin leurs tombereaux; ils les vidaient au milieu des places publiques, en dépit des ordonnances (1358 et 1350). En 1392 encore, il fallut défendre, sous peine d’une amende de 5ü sols, de porter nuilamment sur la place de Grève et d’y amasser les fientes des latrines et les boues des latrines. En 1396, on créa une corporation de voituriers chargés de conduire
(1) Ostrowski, Elude d'hygiène publique sur l'Angleterre [Annales d'hygiène, 1847, t. XXXVII, p. 5).
(2) L’analyse réitérée des matières contenues dans les égouts de Paris a conduit Ilervc- Mangon à évaluer à 1 200 OOü kilogr. l’azote perdu tous les ans à la rivière, soit au prix de 1 fr. 40 c. le kilogramme Axé par Voelker, une valeur de 10 800 000 fr. qui se doublerait par l’écoulement du produit des fosses d’aisances dans les égouts, car il le<ir apporterait 1 400 000 kilogr. d’azote de plus.
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les immondices aux voiries; celles-ci étaient, en 1639, au nombre de sept à . Paris, sans compter Montfaucon. En 167^, les voiries furent mises k la charge du roi, et il fut prescrit de séparer les boues des matières fécales et des cha-, rognes. Il y a vingt-cinq k trente ans, Paris avait encore sept voiries ; en 1831, celles d’immondices furent supprimées ; l’enlèvement des immondices, conlié ■ k un entrepreneur, est sous-traité par lui avec les agriculteurs de la banlieue, qui s’obligent k les transporter k 2000 mètres des barrières et les dissémiiienti sur leurs cultures. L’année 1849 a été signalée par la suppression de l’établissement tristement célèbre de Montfaucon, remplacé par la voirie de iloudy reliée au dépotoir de la Villette.
A. Voiries d'immondices. — Cette dernière dénomination comprend lesrésidus organiques et minéraux qui se déposent sur la voie publique, boues, . débris des balles et marchés, des cuisines, d’une foule de petites industries. Les amas de ces matières répandent, en fermentant, des émanations extrê-mement infectes; ce n’est qu’après cette fermentation putride que les cul-! tivateurs les étendent sur la terre ; ils disent alors qu’elles sont faites. Ces mélanges de boues, de fumiers et d’immondices (gadoue), déposés sur les champs,autour des habitations, dans les communes rurales du département de la Seine, ont souvent motivé des réclamations. En juillet 1856, j’ai pu eu vériûer la fadeet pénétrante fétidité k l’occasion d’une enquête sanitaire qui m’a conduit, avec, une commission du conseil de salubrité, sur le territoire d’Aubervilliers. Le quartier Bonne-Nouvelle de Paris occupe l’emplacement d’une ancienne voirie' d’immondices; lors des fouilles pratiquées en été pour la construction de> l’église du même nom, les ouvriers et tout le voisinage se ressentirent d’um dégagement de. miasmes dangereux. On a vu plus haut que Paris n’a plus de voiries d’immondices. Lk où elles existent encore, on doit exiger que, pour : faciliter l’arrivage et le déchargement des tombereaux, elles présentent unei jetée en pente douce, qu’elles soient garnies d’un parapet, que leur fond soitpavé, que l’eau des immondices trouve un facile écoulement. Chevallier conseille la construction de bâtiments fermés, surmontés de cheminées d’aérage i pour la désinfection intérieure des boues ; il propose aussi de les enfouir assez i longtemps pour les convertir en terreau. On doit interdire l’amoncellement; prolongé des matières k l’air libre ; l’ordonnance de police du S novembre 1839; prescrit de les étendre comme engrais sur le sol dans les vingt-quatre heures • qui suivent leur apport aux champs ; mais fraîches ou vertes, comme on dit, elles sont réputées moins utiles qu’après leur putréfaction ; de lk le fâcheux' usage de les conserver pendant plusieurs mois avant de les employer.
Les magasins des chiironniers, voieries particulières, infectent le voisinage pai 1 odeur nauséabonde des chilTons et des os ; on leur prescrit de recevoir ceux-ci très-secs, de les déposer k la cave dans un tonneau fermé par un couveicle k charnière, de les enlever deux fois par semaine, de laver et de sécher les chiiïons hors de leurs magasins et non dans le ruisseau de la rue ; quelquefois on exige qu ils n’emmagasinent que des chilTons blancs ; leurs locaux doi-
pubuüue] villes.
vent être s|)acieiix et faciles à aérer. Le conseil de salnbrilé de Paris restreint ces dépôls aux ([iiartiers qu’ils ne gênent point; il est arrivé que, malgré les précautions indiquées, le inépliitisme de ces dépôts a éloigné les habitants du voisinage. Feu Ollivicr (d’Angers), en visitant une cave, magasin de chiffonnier, a éprouvé tous les symptômes d’une grave intoxication.
If. Vomes de matières fécales. — Ce qu’il a fallu vaincre de préjugés et d’obstacles pour supprimer Montfaucon et réaliser un progrès relatif par la création de la voirie de lîondy, on lient le voir par les documents oiïiciels que cette lutte a fait naître; il a fallu, pour ce résultat, le concours du conseil municipal, du conseil de salubrité, du comité consultatif des arts et manufactures, du conseil d’État, de l’ingénieur de la ville (Marly), etc. Nous renvoyons à la thèse de Tardieu (1), ceux qui désirent avoir une idée de ce qu’était l’immense cloaque de Montfaucon. La voirie actuelle de Paris diffère profondément des anciennes; elle se compose ; 1“ d’un dépotoir situé au port d’embar-
- quement de la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses ; S" d’une voirie placée dans la forêt de Bondy et recevant, d’une part, les matières liquides par un tuyau souterrain;
. d’une autre part, les matières solides par la navigation du canal. Le dépotoir a . un bâtiment central et deux pavillons. Le bâtiment central présente un système de galeries parallèles correspondant avec des citernes sous-jacentes et I, aboutissant à un radier général ; dans l’un des pavillons sont installées deux I machines à vapeur de 10 à 12 chevaux, mettant en jeu trois pompes aspirantes et foulantes, et disposées pour aspirer à volonté, soit l’eau de l’Ourcq prise dans ' le port, soit les liquides contenus dans les citernes ; ces machines font mouvoir aussi un ventilateur qui aspire l’air des galeries et l’injecte dans les foyers dont il alimente la combustion. Quand arrive au dépotoir une voiture chargée de matières liquides, elle s’engage dans l’une des galeries, verse par un tuyau de i.i cuir son contenu dans un égout qui règne au-dessus des reins de la voûte en arc de cloître de la citerne médiane, et fait avancer les matières dans celle des citernes qui a été évacuée la nuit précédente. La machine à vapeur mettant en mouvement les pompes, celles-ci chassent les liquides à mesure qu’ils se dé-
■ versent jusqu’à Bondy, par une conduite établie sur le revers de la digue du
■ canal; en même temps le ventilateur appelle avec force l’air extérieur dans . l’établissement, en remplacement de l’air infect qu’il pousse dans les foyers
- des chaudières. L’opération terminée, on lave et l’on désinfecte les citernes, on pousse les dépôts qui s’y sont formés dans des tonnes disposées dans une cave du second pavillon, d’où elles glissent sur des rails jusqu’au port pour y être embarquées avec les autres matières solides. La voirie de Bondy, d’un kilomètre environ de longueur, est située dans la forêt au bord du canal. De chaque côté d’une chaussée médiane qui s’étend en débarcadère sur le canal, existe une série de bassins de l*",r)0 à 2 mètres de profondeur, les uns reçoivent
(1) Tardieu, Dns voiries et cimclièrcs (thèse de concours, t8.')2'i. Ji. LftVY. Hygiène, 5® ÉDIT.