‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 13 sur 107 · DES MODIFICATEURS. - EXCRETA. [HYGIÈNE · texte numérisé non relu

DES MODIFICATEURS. - EXCRETA. [HYGIÈNE

lèvres et le visage sont violacés; il existe un véritable obstacle à la circulation contre lequel le cœur lutte de plus en plus; la transpiration est suspendue, le lefroidissemeui est très-notable à l'extérieur. A la dyspnée succède le plus souvent une douleur dans les muscles, surtout dans les membres que Ton tient immobiles, douleur qui a de l'analogie avec le rhumatisme articulaire, et qui va parfois jusqu'à produire des crampes. Londe dit que le pouls, d'abord plus fréquent, se ralentit ensuite. Herpiu a constaté que le pouls radial s'aûaiblit, devient même imperceptible chez les enfants, et qu'ensuite les battements du cœur augmentent de force sans accélération. — Au sortir de l'eau, si le baiu est pris méthodiquement, le retour des fonctions à l'équilibre normal s'opère presque immédiatement, sans que la réaction dépasse la mesure de la dépression occasionnée par le froid; néanmoins la chaleur se rétablit plus lentement que la sensation propre ne le lait présumer : la peau, pâle et chagrinée au moment où l'on quitte l'eau, se colore chez la majorité des baigneiu^t mais d'une rougeur non uniforme, piquetée comme dans la scarlatine, et qui coïncide avec le ralentissement de la circulation veineuse superûcielle, et avec la teinte Ueuâtre des muqueuses ; le pouls s'accélère de 10 k iU pulsations. Cette fréquence cesse en quelques minutes : dès que l'on commence à s'essuyer, les frissons qui accompagnent la sortie du bain sont remplacés par une sensation de douce chaleur, et la transpiration augmente. En général, plus on a prolongé les bains et réitéré les immersions, plus les signes de dépression vitale sont prononcés, et eeux de la réaction lents à s'établir. Les phénomènes se proportionnent encore à la vigueur des individus, à leur âge, eta L'homme débile frissonne plus longtemps après le bain, se réchauffe plus difficilement, comme aussi il a éprouvé à son inunersion des symptômes de concentration plus énergiques, tels que le claquement des mâchoires, le faciès hippocratique, l'engqurdissemeot des membres, un amincissement des doigts tel, que les bagues les plus étroites les abandonnent, etc.

Nous devons mentionner ici deux remarques intéressantes d'Uerpin. L'une

porte sur la valeur de la coloration cutanée qui survient après le bain* La

plupart des médecins, et les bydropathes en particulier, la considèrent couune

un indice favorable de réaction ; d'après Herpin, elle ne constitue qu'une

FéMcUoQ fort incomplète, et elle lui parait due plutôt à une congestion passive

du syaième capillaire qu'à un retour actif du sang à la peau. Des personnes,

ditHk, doot la peau rougissait trè^-facilemeut, ne pouvaient se réchaufler le

reMe de la journée, et force leur était de renoncer aux bains froids, tandis

qae d'aoïres, doot la peau restait pâle, réagissaient vite, et se trouvaient bien

te i'uiiage des eaux de I Arve. Il se peut que les rougeurs partielles, non uni-

vraies, et qui exisent dès la sortie de l'eau, soient le résolut d'une bypéré-

^^ PMMve de la peau, alors surtout qu'elles coiocideiiC sfec la teinte

leoâcre «lesouiqoeiises; mais quand la roqgeur est générale elt'aooouipagne

un surcTDit de chaleur, elle est due évidemment à l'élastidlé de la vie, qui

^ que le saog reflue vers la périphérie avec plus de vittMe^l d'aboadiDcc

PRITÉe] des bains en PARTICULIËU. 5t

qu'auparavant ; seulement ce dernier effet ne s'obtient que dans les bains froids de plus longue durée, et surtout dans les bains très-froids. C'est lui qui faisait dire à Sanctorius : le froid de l'eau pousse à la perspiration et aux règles. La seconde remarque d'Herpin a pour objet la température du corps au sortir du bain froid ; la main posée sur le corps sent un grand froid. Un garçon de huit ans et demi, après une immersion d'une minute dans l'Arve, fut essuyé rapidement; le thermomètre, placé entre ses cuisses, descendit à 23"*, 1 centigrades; chez un autre, qui fut mis en expérience quelques moments après la sortie du bain, l'instrument marqua 23^,1 centigrades. Herpin tint, pendant une minute, sa main droite dans l'Arve; puis il plaça dans la paume de cette main un thermomètre que le contact de l'autre avait fait monter à 35 degrés centigrades, et il l'y maintint hermétiquement serré pendant quinze minutes, dont les dix dernières furent employées à une marche rapide : la colonne mercurielle descendit assez vite à 2i<^,2 centigrades, et s'y maintenait encore deux minutes après le commencement de l'expérience ; six minutes après, elle était à 22^,5; neuf minutes après, à 23°,7 ; quinze minutes après, à 28^,7. On peut conclure de là que la chaleur du corps, en tant qu'appréciable au thermomètre, se rétablit très-lentement après le bain froid, et néanmoins, après les premières minutes qui succèdent au bain, on n'éprouve même plus la sensation d'une fraîcheur désagréable; une chaleur quelquefois intense se répand jusqu'à la périphérie, et Herpin lui-même déclare qu'il n'aurait pas supporté sa main à la température qu'il y ressentait, le thennomètre donnant 21 à 23 degrés : nouvelle preuve de i'insuOisance des déterminations thermométriques pour l'usage des bains.

Gomment Teau froide agit-elle stur. une portion peu étendue du corps humain? Les expériences de Hunter, W. Edwards et Gentil, Tbolozan et Brown-Séquard(l}, démontrent que cette réfrigération est énorme, rapide, lente à se dissiper. £n dix minutes, un morceau de glace placé sous la langue lui a fait perdre ii degrés de sa température (Hunter); en dix minutes, Tbolozan et Brown-Séquard ont vu la main plongée dans de l'eau à 0 degré centigrade perdre de 10 à 18 degrés de sa chaleur, et, après cette réfrigération, ne recouvrer sa température initiale, dans un milieu variable de 12 à 18 degrés, que dans un délai de plus de trois quarts d'heure ou d'une heure ; contrairement à l'opinion de W. Edvirards, ils ont constaté que le refroidissement d'une petite partie du corps humain reste sans influence appréciable sur la température générale, mais que rabaissement de la température d'une main peut amener un abaissement notable de la température de l'autre main, sans diminuer la chaleur générale du corpa. Brown-Séquard s'est assuré que le même phénomène he répète pour les pieds et se lie à ces trois conditions qui se proporiioaDent entre elles : intensité de la douleur, degré de rx)ntraction des

(i) Brown-Séquardf Journal de la physiologie de t homme et des animauj:, Paris, 1858, 1. I, p. A97.

>i DES BIODlFICÂTEtJRi». — IfACRËTA. [HTGIÉffB

vaiaseaux de la main laissée à Tair, degré do refroidissement de cette main; •t'oii il résulte que c'est sens l'influence de l'irritation des nerfe ^îens^itifi d'one extrémité qoe la chaieur s'abaisse dans Tantre^ exemple très-évident* d'après ce physiolofl^e, d'une action réflexe sur les vaisseaux sangnius et qui s'exerce ici entre parties bomoiogoes. Bence Joues et Dickinson ;1] ont tronvé que l'immersion d'une main dans une ean très-froide demeure sans action notable ^iir les battements dn oear. Enfin des expériences multipliées ont condiiit Kieury aox conclusions suifantes, (fui, pour les edets du bain froid partiel, «oncordent avec les précédentes et nous ramènent à l'étude hygiénique du iMm général : l"* Une immersion partielle et (nolongée (une demi-henre) dans de Tean modérétnem froide (de 15 à 25 degrés centigrades) peut abaisser la t<*mpératnre de la partie immergée, de la main, par exemple^ de 19 et même de 22 degrés, de sorte qu'il n'existe plus entre la température de la surface vivante et celle dn bain €[u'une diflérence de i^'.jau profit de la première. 1^ <Iet énorme abaissement de la température partielle reste sans influence appréciable sur la température générale du corps. ^ Une immersion gênéralo et prolongée vingt-cinq inimités à une heure) dans de l'eau modérément froide (14 à 20 degrés centigrades), peut abaisser la température générale, [)rise sons la langue, de !i degrés. V tiet abaissement géuéral de la température se produit d'antant [Àm vite que l'eau tist plus froide. 5" Un abaissement lie ï degrés dans la teropératiue du corps est une limite extrême au deii de laquelle il devient impossible à l'homme de supporter la sensation douloureuse (pie provoque le refroidissement, fi^ L'abaissement de la température :;rnérale s'accompagne d'une diminution dans la fréquence du pouls (six .k neuf Irisations de moins |)ar minute), sans mudificatiott appréciable de la n^piration. T Pendant les dix à quinze premières minutes qui suivent la sorde «!<' r<'au, la température du corps, ({tielle que soit celle de ralinospfaère, baisse •^ncore de (fuelques dixièmes de (tegré ((K'i à 0,9), et le pouls tombe encore (i'ime à fleux {wlsations; ces [ihénomènes sont suivis d'une réactiou spontanée «[ni nmène *.;raduellefnent, K [Aus «m moins vite, la température animale et li> |H)ub a leurs chiffres |>riHiiti£i «ït (ih^Ttiologtques, et même au delà : cet excédant <*st. pour la température, de quelque» dixièmes de degré à I degré centigrade. i?t, pour le iNMils, d'un Ik trois battements. H» route» cbuses^ égales, la reaction spontanée «'st d'autant pitis |>rotnpte et pltis énergique qtie l'eau est plus froide et frappe le corps avec (ilus de force, que ratiuoe»pbère est plus chaude, ipie le baigneur i^t (ilus jeune, plus suiguiu, plus vigoureux. 9'' Si rimmersîon est renouvelée, la réaction va s'allaibAisMUit, et devient de moins en moins facife <.*n raison din*cte du uoinbn* des immersiott» successives^ IIT L'étude H à 10 degrés (uintigmdes favorise le mieux la réaction; celle*-ct «91 difficile dam l*eau au-ileasus de Wi degn^scentigradeii. De H degré» à 0, la

I ) Bancc JiNm«t tluskiii^uu. J>»nthiu <**' n .-'/i y %<'.'<• »/(c 'W *»uiHim: >• «(Vv ///fiMniMj . \*va. LttiU», LU p. Si,

privée] des bains en particulier. 53

réaction est en raison inverse de la durée de Timmersion, sauf à proportionner cette durée à la puissance de réaction individuelle. 11*^ La température du corps a-t-elle été préalablement élevée, l'immersion la ramène d'abord à son chiffre normal, et c'est seulement après ce premier effet qu'elle produit celui du bain froid, tel qu'il vient d'être relaté.

Les bains froids procurent des effets consécutifs très-beureux quand on en a pris un certain nombre ; ils fortifient la peau et y développent une sensation de bien-être inconnu jusqu'alors; le ton qu'ils lui communiquent la fait mieux résister aux chaleurs et tempère les sueurs que provoque le soleil ou l'exercice; l'habitude de réagir la rend peu impressionnable au froid et presque indifférente aux variations de l'atmosphère ; dès lors le gilet de flanelle peut et doit être déposé, et l'on reviendra aux vêtements plus légers. Les muscles gagnent en force et en souplesse; les gens délicats s'étonnent de faire sans iatigue des promenades et des exercices dont ils se savaient incapables anparavant ; l'appétit est plus vif, les digestions plus faciles. Les personnes sujettes aux flatuosités s'en débarrassent plus aisément; quelques baigneurs éprouvent de la constipation, plus rarement la disposition contraire ; le sommeil devient plus profond; un sentioient général de force, de bien-être et de légèreté auquel l'âme et l'intelligence ne restent point étrangères, tel est le résultat final de l'usage bien dirigé des bains froids : ils ont donc bien les effets restaurateurs que Halle et Nysten leur attribuent, mais à la double condition d'être accompagnés de mouvements et d'être de très-courte durée. La natation prolongée dans les bains frais procure le même avantage.

y Bains très-froids. — En 1819, c'est-à-dire à une époque où l'hydrothérapie n'existait pas encore, Bégin a expérimenté sur lui-même les bains froids, et il en a parfaitement apprécié les effets immédiats et secondaires, ainsi que les applications qui en découlent II sufiBt de parcourir les pages qu'il a écrites sur ce sujet (1) pour y trouver la substance des indications hygiéniques et curatives que Priessnitz et ses partisans ont fait valoir depuis avec une sorte d'éclat et non sans succès; il n'y manque que l'exagération de certains hydropathes, bien qu'il ait peut-être, le premier en France, déterminé la portée de ce moyen par la voie des expériences personnelles. On s'est empressé de proclamer Timportance des recherches et des résultats de Bégin, depuis que dans la première édition de ce traité nous les avons en quelque sorte restitués à la science et introduits dans l'hygiène. Du VA au 20 octobre 1819, il prit neuf bains froids dans la Moselle, sous les remparts de Metz, ï huit heures du matin, le thermomètre Réanmur marquant de 2 à 6 degrés à l'air. Voici quelle a été la marche des phénomènes. Dès l'immersion, sensation d'énergique refoulement des liquides vers les grandes cavités, surtout dans le thorax; respiration haletante, entrecoupée, accélérée jusqu'à Timmi-

(1) Bégtn^ Dktiounaire des sciences médic€UeSy article Scropole, t. L, p. 461 et tuiv.

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nence de la suffocation ; peau décolorée ; pouls concentré, petit, profond et dur ; rigidité de tous les tissus, sans tremblement; spasme général dont l'intensité contraste avec la régularité du mouvement. Au bout de deux ou trois minutes, la scène change : à cet ensemble de phénomènes pénibles et presque intolérables succède le calme, la respiration s*agrandit, la poitrine se dilate, les mouvements redeviennent libres et faciles, la peau s'échauffe, a Toutes les actions musculaires sont vives, légères et assurées; on croit sentir que les téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles, et que ceux-ci, mieux contenus, agissent avec plus de précision, plus d'énergie que dans l'état naturel. Bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps; une sensation très-prononcée et très-agréable de chaleur se répand sur la peau : il semble que l'on nage dans un liquide élevé de SO à 36 degrés; le corps semble vouloir s'épanouir aûn de multiplier les surfaces de contact; le pouls est plein, grand, fort, régulier : peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu'on éprouve en ce moment. Tous les ressorts de la machine animale ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu'ils n'en avaient précédemment; les membres fendent avec facilité le liquide qui ne leur offre plus aucune résistance; on se meut sans effort, avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable. » Ce nouvel état dure quinze è vingt minutes, et se termine par le retour graduel du malaise et du froid ; il est alors temps de quitter l'eau : si l'on y reste, des frissons, un tremblement général s*emparentdu corps, la gêne des contractions musculaires va jusqu'au danger de la submersion. En quittant l'eau avant la chute entière de la réaction, on n'éprouve dans la transition de l'eau à l'air aucune sensation pénible. Malgré le vent et Tévaporation du liquide qui couvre la peau, celle-ci ne se refroidit point, et telle est son insensibilité au contact des corps extérieurs, que le passage du linge avec lequel on s'essuie n'est point perçu. Il est arrivé à tiégin, dans cet état d'orgasme et de constriction cutanée, de se faire sans douleur des frictions assez rudes pour enlever l'épiderme. Cette circonstance rappelle les peuples septentrionaux, dont la peau se montre réfractaire aux impressions les plus douloureuses, même à celles des lésions traumatiques. i'riessnitz et les guérisseurs de son école font précéder le bain froid d'une transpiration provoquée par l'enveloppement dans des couvertures de laine et ringestion d'une certaine quantité d'eau froide ; et depuis que cette méthode est suivie, on a paru frappé de son innocuité et de ses avantages pour amener une rapide et facile réaction. Buchan avait recommandé depuis longtemps l'excitation préalable par le mouvement du cor|)s, comme devant favoriser le développement de la réaction. Il y a plus de trente ans que Bégin a confirmé le précepte par ses expériences : plusieurs fois il s'est jeté à l'eau froide, le corps rouge et couvert de sueur par suite d'un exercice prolongé. Loin d'en éprouver quelque inconvénient, il remarquait que la réaction était plus prompte^ plus facile et plus complète. I^es docteurs Butini et de la Rive (de Gc'uèvc) prescrivaient aussi à leurs malades de se rendre au bain de rivière à

PinriE] DES BAINS EN PARTICULIER. 55

pied et d'y entrer ayant chaud (Herpin). Les jeunes Romains, à Fissue des exercices du champ de Mars, se précipitaient en sueur dans le Tibre. On dit que le bain froid est plus salutaire si Ton y entre lentement et que Ton y demeure dans l'inaction : conseil funeste, toutes les fois qu'il ne s'agira point de produire une sédation, un refoulement vers les organes centraux. Le froid gradué et prolongé est, dans l'eau comme dans l'air, l'un des agents les plus hypostbénisants de la nature. Ce qui est fondamental dans l'emploi du bain froid, dit Bégin, c'est la réaction sanguine, et pour qu'elle ne succédât point ï l'application d'un irritant aussi énergique et général, il faudrait que le sujet fât débilité jusque dans le fond de sa constitution. La réaction une fois développée, les organes internes ne courent plus aucun danger ; on n'observe que les phénomènes d'une irritation passagère de la peau, caractérisée par sa turgescence vasculaire, la coloration, la chaleur, et quelquefois un prurit général ; l'action nerveuse semble subir, comme le sang, ce reflux énergique vers la périphérie, et ce phénomène est sans doute pour quelque chose dans l'accroissement de la chaleur cutanée, dans la résistance plus forte que la peau oppose aux agents extérieurs ; s'il se répète un grand nombre de fois, il contribuera \ décentraliser les forces nerveuses, comme la réaction sanguine vers la circonférence, fréquemment provoquée, finit par dissiper l'hypérémie des organes profonds. La réaction se manifeste plus facilement dans l'eau froide. Plus prompte dans les premiers bains, elle est plus tardive, mais plus durable dans les derniers. La durée de l'immersion doit être proportionnée à la force des constitutions : la vigueur de Bégin lui a permis de rester dans l'eau jusqu'à vingt minutes et plus; Rostan n'a pu rester plus de six minutes dans la Seine, dont l'eau marquait 5 degrés Réaumur, et la réaction ne s'établit chez lui que dans la nuit suivante, après plusieurs heures de malaise et de pesanteur douloureuse de la tête. Ce dernier symptôme est très- commun à la suite des bains froids, et on l'observe chez les sujets les plus robustes (Londe). Au contraire, Nacquart, familiarisé avec les bains froids, éprouvait des spasmes et des anxiétés dans une eau à 27 degrés Réaumur. Nous reviendrons sur ces différences de sensibilité individuelle : tel baigneur exposerait sa vie h vouloir attendre dans l'eau même les phénomènes de la seconde réaction qui doit mettre fin à la seconde période de concentration. Avant Bégin, personne n'avait signalé la possibilité de ce fait, et ceux qui connaissent sa belle constitution sauront aussi avec quelle mesure de force organique il est permis d'espérer dans les bains très-froids la série des sensations que cet observateur éminent y a perçues. Mais que le corps réagisse une et deux fois pendant l'immersion, ou plus ou moins longtemps après la sortie de l'eau, l'hygiène et la médecine trouvent dans cette vive et large stimulation des organes périphériques une ressource immense. C'est avec une haute raison de praticien que Bégin signalait, il y a quarante-deux ans, à ses contemporains, le bain froid « comme un moyen très-énergique qui mérite beaucoup plus de faveur qu'on ne lui en accorde communément o. Les anciens l'avaient compris ainsi : le bénéfice de

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la réaction que produit le bain froid n*avait pas échappé à Hippocrate (1), qui opposait judicieusement ses effets au refroidissement de la peau, à la suite des hains chauds. Galien, désignant le double parti que Ton peut tirer des bains froids, avait dit à leur occasion : » Vel roborant^ vel obruunt facultatem et iorporem inducunt. » Par quelle bizarrerie était-il réservé au paysan de Grxfenberg de populariser un moyen si longtemps négligé par les médecins, quoique les oracles de Tart les eussent conviés à le mettre largement en usage?

û* Bains de mer. — De l'aveu des meilleurs observateurs des côtes maritimes, le froid est Télément capital de l'action des bains de mer^ et c'est ce qui nous engage à en parler ici. Hâtons-nous d'ajouter qu'il s'agit ici des mers du Nord, sur le littoral desquelles existent les principaux établissements de bains de cette espèce. Les sensations que procurent ces mers et les mers méridionales sont en effet très-différentes : dans les premières, saisissement plus ou moins pénible dès l'entrée et pendant la durée de l'immersion; parfois, on s'y croirait dans un milieu hérissé de pointes aiguës^ et rarement peut-on y prolonger son séjour ; au contraire, dans les mers du Midi, le contact du flot est moelleux et comme velouté ; les habitants de leur littoral s'y plongent avec délices et y séjournent plusieurs heures sans épuiser cette sorte de volupté. Si opposés que soient ces effets, ils tiennent principalement à la température des climats, qui est à peu près celle de leurs mers, et accessoirement aux différences de la vague et des chocs qu'elle exerce, aux qualités de l'atmosphère maritime. Les bains de mer les plus recherchés en France sont situés sur l'Océan. Gaudet (de Dieppe) a recueilli, pendant dix ans, des observations thermométriques de juillet, août et septembre, saison ordinaire des bains : elles donnent en moyenne iTfi centigrades pour l'air atmosphérique, 18<',2 pour la mer; la température maritime monte en juillet, atteint son maximum en août, et baisse en septembre presque aussi graduellement qu'elle s'est élevée, c'est-à-dire de 0°,50 à l'^.SO. Cette décroissance, à cause même de sa lenteur, ne peut être attribuée à l'atmosphère ; car celle-ci est agitée, à celte époque, par les fluctuations les plus extrêmes de la saison. Les venLs d'ouest et de sud-ouest, accompagnés de pluie, font descendre en vingt-quatre heures la température de la mer de ^,25 à 2'',50 centigrades. Le sud et le sud-est la relèvent dans la même proportion. En dix années, elle n'a oscillé, durant la saison des bains, que dans une limite de 5 degrés centigrades, de 15 à 20 degrés, tandis que l'atmosphère de la plage s'est agitée sur une échelle thermométrique de 10 à 28'', 1 centigrades. La température de la Méditerranée marque ^^,35 de plus que celle des régions de l'océan Atlantique situées à son occident. En 183^, l'eau des bains de Trieste donnait 30 degrés centigrades. Ce qui prouve encore la prépondérance de la température dans les effets des bains de mer, c'est l'infériorité d'action bien connue de la Méditer-

(1) flt'.urres, Irad. par Liltré, U I, !>e i* ancien ne méderiup.

privée] des bains en particulier. 57

ranée, quoiqu'elle soit plus riche en matières salines. Sur 100 parties, elle en contient 6,1; Tocéan Atlantique, 3,8; la Manche, 3,6; la mer du Nord (Allemagne), 5,3; le golfe d'Édimhourg, 3,0 ; la mer Baltique, de 1,6 à 2,2. — La puissance des bains de mer réside dans la combinaison des éléments suivants : 1*^ La température basse de ses eaux : elle détermine le spasme périphérique, la contraction de la peau et des muscles, l'engourdissement de la sensibilité neneuse, le refoulement des liquides à Tintérieur, la suspension ou la diminution de l'exhalation cutanée ; et secondairement, elle donne lieu aux phénomènes de la réaction, caractérisée par le retour impulsif des liquides vers la périphérie, le rétablissement de la fonction perspiratoire et la persistance des effets sédatifs qu'ont éprouvés les extrémités nerveuses du tégument. 2** La densité de la mer : elle renforce les effets du froid, amincit les solides par compression, et contribue à l'engourdissement de la sensibilité cutanée par, le refoulement des liquides. 3^ Le va-et-vient continuel du flot produit une sorte de massage, une douche permanente et variée de toutes les manières, que le corps, aux prises avec les vagues, essuie incessamment par leur chute et leur ascension alternatives. Suivant les attitudes du baigneur et les degrés d'agitation de la mer qui sont exprimés progressivement par les mots houle, lames, vagues, les bains de mer donnent lieu à des exercices passifs, mixtes, actiOs, qui corroborent d'autant plus le système musculaire qu'ils n'entraînent aucune dépense de substance organique. U° La composition chimique de la mer (tome I, page 378) lui communique des propriétés irritantes par simple contact : aussi stimule-t-elle les vaisseaux de la peau, quelquefois dès l'immersion, comme le témoignent les sensations de certains baigneurs; le plus souvent l'effet spécial des particules salines ne se manifeste que dans le moment de la réaction, dont elles augmentent la durée et l'intensité. Currie ajoute qu'elles la rendent aussi plus prompte, et qu'en raison de la stimulation qu'elles exercent sur la peau, on supporte plus longtemps le froid dans f'eau marine que dans l'eau douche, à température égale. Les sels de la mer impressionnent également les papilles nerveuses de la peau ; de là les picotements, les cuissons, les caractères variés de la chaleur de réaction ; des phénomènes moins immédiats paraissent aussi dépendre de cette cause, tels que l'agitation du sommeil, l'insomnie, l'excitation générale, les crampes viscérales, etc., qui succèdent au bain ; ils sont dus à ce que la stimulation exercée sur les expansions nerveuses de la périphérie se réfléchit dans les centres nerveux, et par l'irradiation de ceux-ci dans les organes internes plus ou moins prédisposés. Enfin les sels marins ne sont pas étrangers aux éruptions qui surviennent parfois chez les baigneurs. Appliquée sur la peau saine, l'eau de mer l'impressionne d'autant plus vivement que l'évaporation concentre davantage ses matières salines, et, solvant les cas, elle est répercussive, astringente ou irritante; sur la peau privée de son épiderme, elle provoque une douleur cuisante. 5** L'atmosphère maritime (t. I, p. 383) a une large part dans les modifications que les bains de mer opèrent dans l'économie : toujours satnréi* d'une

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humidité saline, figitée par une ventilation incessante qui est en harmonie avec les mouvements de la mer, brassée périodiquement par les vents, exempte de toutes les émanations qne les villes de l'intérieur dégagent par torrents, quel air satisfait mieux qu'elle à l'axiome de Salerne : « Aer sit purnsy sit lucidus et bene clams. » Les vertus toniques et excitantes de cette atmosphère vierge des mers éclatent dans les populations du littoral, qui fournissent le meilleur contingent à l'armée. Les nouveaux venus les ressentent presque sans exception, (ihez les enfants, dont l'organisme tendre et perméable semble en tous lieux un réactif plus sensible pour l'appréciation de Pair, Timpression de l'atmosphère maritime fait naître souvent des modifications fonctionnelles qui s'élèvent jusqu'au trouble pyrétiquc. Cette fièvre d'acclimatement est tantôt éphémère, tantôt se convertit en accès périodiques ; la plupart des autres baigneurs payent leur installation sur les bords de la mer par quelques perturbations passagères de fonctions ou d'organes, en rapport avec leur susceptibilité originelle ou l'état actuel de leur santé. Mais tous ces phénomènes expriment la nature stimulante de la cause qui les provoque : aussi a-t-on dit avec raison que, pour les baigneurs de la mer, le traitement commence an moment où ils viennent en habiter les bords. — Les effets immédiats des bains de mer se déduisent de ce qui précède, sauf les variations individuelles des sensations de l'immersion et des formes de la réaction. Parmi les effets consécutifs, il en est qui méritent une mention particulière. Les premiers bains occasionnent le plus souvent un certain degré de lassitude générale avec somnolence diurne, surtout après les repas; d'autres se plaignent de brisement des membres, d*oppression sternale, d'étouffements, d'une sensation contusive dans la région précordiale, de céphalée. S'il existe une odontalgie, elle s'exaspère et se complifjue de fluxion gingivale et d'engorgement sous- maxillaire; l'utérus, les glandes mammaires, manifestent de la sensibilité ; l'appétit augmente, la consti|)ation s'établit, et souvent avec elle un molimen hémorrhoTdal ; la vessie donne des signes d'irritation, surtout vers le col ; le sommeil est agité par les rêves et fréquemment interrompu. Rien de plus fréquent que la congestion sanguine de la tète, qui s'annonce par la céphalalgie, les vertiges, les éiincelh's, avec ou sans injection de la face, et qui va parfois jusqu'à nécessiter une saignée générale. Ces accidents suniennent malgré soins et ménagements ; mais ils coïncident surtout avec l'agitation de la mer et la durée excessive de l'immersion : il s'y joint alors des crampes ou de la pesanteur k l'épigastrc, des douleurs vertébrales, et si le suji^ est jeune et faible, des vomis^ements avec réaction fébrile. Tous ces tr<Hibles, qui indiquent l'énergie du modificateur mis en usage, s'apaisent par degrés ; parfois ils nécessitent, |)ar leur persistance, l'extrOme attéimation des conditions ordinaires du bain. Nous ne |)arlerons pas des accès de fièvre éphémère qui surprennent quelquefois, dès les premiers bains, li^ jeunes filles récemment nubiles ou près de le devenir, les femmes à teint fleuri, etc. , ni d>*s douleurs rhumatismales qui attaquent les |)ersonnes \euaut de faire une saibon aux eaux thermales, ni de

60 DES MODIFICATEURS. — EKRETA. [hygiène

des concentrations d'autant plus à craindre que la réaction est plus lente et plus incertaine : que si elle a lieu, nouveau danger; elle peut aboutir à la fièvre ; et Ton sait combien elle accélère la terminaison des maladies séniles qui siègent dans les organes de la circulation et de la respiration. On cite quelques exceptions; privilège ne fait point loi, et quand Bacon a dit : « Lavatio in frigida aqua bona ad longitudinem vitœ, » il faisait allusion sans doute à la solidarité des différents âges de la vie : la force et la vigueur acquises par Tadulte dans les bains froids sont bénéfice pour le vieillard. La température propre de l'enfant est moins élevée et prompte à baisser (voy. tome I, page 82) : sa caloricité exige une sorte d'éducation, et ce n'est que par degrés qu*elle acquiert la latitude nécessaire pour lui faire supporter le bain frais sans danger. Encore devra-t-il être de courte durée, et avant l'âge de six ans il n'en faut pas user. Les autres contre-indications sont : la menstruation, les lochies ; les états morbides qui prêtent aux répercussions, tels que le flux sudoral ou la snpersécrétion de l'humeur sébacée; les dartres et éruptions analogues, la goutte, les hèmorrboldes, le rhumatisme articulaire; joignez-y la disposition aux irritations bronchiques, et à toutes les irritations que le froid ramène aisément. D'après la manière dont nous envisageons l'emploi de ce bain, les règles qui s'y rapportent doivent avoir pour but d'en assurer l'effet sédatif et réfrigérant : la première est de le répéter souvent, de le prendre au moment où le pouls est au minimum de ses oscillations diurnes, à quatre heures au moins d'intervalle après les repas ; il faut éviter le frisson d'une immer* sion brusque, n'y pas rester jusqu'au frisson précurseur d'une réaction non désirée; au sortir du bain, s'essuyer et s'habiller rapidement pour empêcher l'évaporation des parties mouillées, et par suite un refroidissement trop grand ou suivi de réaction ; on s'abstiendra de tout ce qui pourrait rompre la sedation obtenue et rallumer trop vivement la caloricité.

2*" Bains froids, — Ce que nous avons dit des effets de ces bains sufiBt pour en régler l'emploi ; celui-ci est indiqué toutes les fois qu'il y a lieu d'exciter la circulation cutanée, de fortifier la peau et le système musculaire, d'amortir la susceptibilité excessive du système nerveux, etc. Bien des gens dont la constitution était originairement débile doivent aux bains froids une vigueur qui leur permet de supporter la fatigue des marches, de braver impunément le froid et le chaud, etc. Il n'est point de plus sûr moyen de combattre la disposition aux angines, aux coryzas, aux ophthalmies, aux enrouements, à la bronchite, au rhumatisme musculaire, à la sciatique et aux névralgies faciales ou crAniennes; il n'est pratique mieux indiquée pour les personnes prédisposées à l'obésité, à la tuberculisation, à la scrofule, aux tumeurs blanches, aux maladies des os, à la chlorose. Qui n'a coimu quelques-uns de ces sybarites de chaleur, comme les appelle J. Ch. Herpin, qui accumulent sur eux flanelle et vêtements, qui frissonnent à tous les vents coulis, et sont d'autant plus exposés qu'ils prennent plus de précautions? Ces hypochondriaques, qui ont hahitiielloment les pieds ^lar/'S et la lote congestionnée, dont la |)eau, preM|uc

pmTftE] DKS BAINS £N PARTiCULlKll. Gl

toujours humide de transpiration, est plus sujette aux refroidissements, il faut les amener, par la gradation des ablutions, lotions et demi-bains froids, à se plonger dans Teau des rivières et même dans Teau glacée ; bientôt les sueurs redeviennent normales, et leur suppression est inaperçue. Les médecins voués à l'hydrothérapie ont donné, sous ce rapport, l'exemple d'une hardiesse qui a été justifiée par le succès, parce qu'elle procède par une gradation de pratiques préparatoires que nous mentionnerons plus bas. Il est des contreindications aux bains froids que nul praticien ne méconnaît : telles sont les maladies des poumons et du cœur, avec lesquelles on ne doit pas confondre ici les palpitations nerveuses et chlorotiques ; la pléthore sanguine, la tendance aux hypérémies cérébrales, Tépilepsie, les épistaxis habituelles, les hémorrhagies utérines et les contre-indications énumérées à propos des bains frais; l'état d'ivresse^ la distension de l'estomac par les aliments interdisent sévèrement le bain frais et froid sous peine de congestion mortelle. J'ai vu périr à Dieppe des soldats (|ui se sont baignés à la mer après le repas du soir. Les enfants dont la santé n'exige pas de ménagements peuvent user avantageusement des bains de rivière pendant l'été, dès l'âge de quatre à cinq ans; on aura soin de choisir pour cela les jours les plus beaux et les plus chauds, et de ne pas les laisser dans l'eau sans mouvement ni au delà d'une à trois minutes. D'après J. Gh. Herpin, les bains froids corrigent en quelques semaines les apparences du rachitisme au premier degré chez les enfants. Toutefois il peut y avoir danger à les prescrire à des enfants trop faibles; jamais ils ne conviennent aux nouveau-nés^ qui perdent si rapidement leur chaleur, et dont la peau, baignée neuf mois par un liquide à près de 37 degrés centigrades, est si tendre et si impressionnable; laissons aux peuples du Nord l'habitude d'immerger les enfants nouveau-nés dans Feau froide ou dans la neige, si tant il appert que la chose est vraie, ce que nie un médecin suédois, Martin. La caloricité de l'enfant veut être exercée avec mesure, et, de même qu'on diminue successivement l'épaisseur de ses vêtements^ on peut réduire par degrés la température de ses bains jusqu'à le faire entrer vers huit ans dans l'eau courante. Plus tard, les bains froids favoriseront l'évolution régulière de la puberté : avec l'exercice qu'ils entraînent et la stimulation qui leur succède, ils ont une utilité spéciale contre la chlorose, la débilité générale de la constitution, les différentes formes de névrose gastrique, l'hystérie, etc. , affections si communes chez les jeunes femmes. La convalescence les contre-indique, à cause de l'affaiblissement de l'innervation et de la caloriBcation qui accompagne cet état Le climat du Nord exige des bains ou très-chauds ou trèsfroids, et souvent l'usage alternatif de ces deux moyens, étuves et bains de neige ou de glace; ce n'est point trop de ces modificateurs extrêmes pour ranimer la peau du Septentrional épuisée par l'habitude de réagir contre le froid atroosphériqae : très-chaods, les bains la stimulent directement; trèsfroids, ils forcent la réaction paresseuse ; employés successivement, ces deux genres de bains complètent l'efiét restaurateur que recherche le Septentrio*

62 DES MODIFICATEURS. — EXCRETA. [itgiène

nal. Par l*étuve, il dégage ses forces organiques, il imprime au sang et à raction nerveuse une vive et soudaine expansion ; par le bain de neige ou d*eau glacée, il sollicite au jeu de la réaction les forces épanouies de son organisme, et leur rend leur élasticité. Quant à l'impunité de cette pratique, elle s'explique par l'élévation de la température du corps, qui, parvenu à 39 ou UO degrés au sortir de l'étuve, peut céder au bain froid plusieurs milliers d'unités de calorique par litre d'eau ou de neige, avant de redescendre à 37 degrés, limite normale de la chaleur humaine. Dans les pays chauds, c'est la fraîcheur que Ton demande aux bains; les bains froids n'y sont pas à dédaigner néanmoins sous le rapport de la réaaion consécative. Au lieu d'envelopper nos soldats en Afrique de ceintures abdominales, et de les macérer dans leur transpiration à l'abri de vêtements trop épais, ne serait-il pas mieux de restituer à leur peau la tonicité qu'elle a perdue? Moïse et Mahomet n'ont-ils pas mieux saisi les nécessités de ces climats? « 11 fallait des ablations fréquentes d'eau froide, et la suppression des liqueurs alcooliques; nous avons fait le contraire : aussi chaque année la dysenterie fait éprouver à notre armée des pertes effroyables (i). »

y Bains très- froids. — Us ont été recommandés et employés avec succès contre les scrofules par Tissol, Gullen, Bordeu, Pujol, etc. , et bégin a renouvelé ce conseil Le tempérament lymphatique conduit trop souvent à celte maladie et aux lésions multiples qui en forment le cortège; il importe donc, chez les sujets qui en sont doués, de stimuler la vascularité et l'innervation de la peau, de rougir souvent cette enveloppe, de réveiller par de brusques oscillations du sang et de la caloriciié les actions organiques qui languissent, etc. Or c'est là un but que l'on a quelquefois atteint par les bains trèschauds rapidement pris et par les étuves sèches, mais que les bains très-froids remplissent beaucoup mieux, s'ils sont employés d'après les indications de Bégin. Au reste, dans tous les cas où les bains froids conviennent, les bains très-froids trouvent place à une certaine époque qui, suivant les individualités et la gradation des températures, arrive plus ou moins vite : la réaction organique que l'on se propose de développer étant en raison directe de la force de constitution, et en raison inverse de la durée et de la température du bain. Les bains froids et très-froids se prennent communément en été, de juin à septembre; mais si l'on y a recours pour modiûer la constitution, non pour la soulager uniquement d'un excès de calorique, leur utilité est la même à toutes les époques de l'année. Le mauvais temps n'est pas un motif d'interruption : le moment le plus convenable, c'est le matin, où les eaux courantes sont à leur minimum de température; néannioins il faut attendre que le soleil soit déjà deiHiis quelque temps sur l'horixon. Les personnes timides ou délicates peuvent commencer les bains froids le soir, mais au moins une heure avant le Gouclicr du soleil. Généralement on ne prend qu'un bain froid par jour, à

(i) ScoHteUen. p. MA.

(i4 DtS MODIFICATEURS. — EXCRKTA. twrciÈifK

j>(»ralurc normale, ayant 120 pulsations par minute, mais la respnali^^^ ^ ,^^^^ litMc (t'ieury). Le baigneur doit se déshabiller rapidement, afin de conserrer sa température; une ou deux aspersions préalables d'eau sur la teie préviennent la congestion qui menace cette partie au moment où les cxlrémîtés inférieures plongent dans Teau froide. Cette précaution suffit ponr les personnes à cheveux très-courts ou rares; mais pour les femmes et les hommes à chevelure épaisse et longue, un bonnet de taffetas ciré leur épargne le refroidissement de la tête, suite inévitable de Thumidité persistante des cheveux. Le costume de laine adopté par les femmes qui se baignent dans les rivières et 'k la mer amortit les effets salutaires de la percussion et de la température basse de l'eau ; il rend la réaction plus faible, souvent insuffisante. I^s novices qui redoutent la brusque impression du froid se mouillent d'abord à grande eau avec une éponge ou un linge la face, le cou et la poitrine; mais ces préparations doivent se faire trés-expéditivement, et l'on se hâtera de se plonger et de s'agiter dans l'eau. La natation en pleine rivière est le meilleur mode de bain ; celui-ci peut aussi être intermittent, le baigneur sortant de l'eau et y rentrant à plusieurs reprises pour y faire le plongeon. I..es auteurs ont généralement exagéré la durée qui convient aux bains froids de rivière et de mer; on en voit sortir les baigneurs, surtout ceux qui ne savent pas nager, transis de froid, tremblant de tous leurs membres, claquant des dents, les lèvres et les ongles violets; les sujets faibles, à circulation peu active, à peau inerte et anémique^ prédisposés aux hypérémies viscérales, aux maladies du cœur, des poumons, du foie, les femmes affectées de névroses, de névralgies, de chloro-anémie, etc., ne puisentnt pas dans les bains froids de trop longue durée l'énei^ie musculaire qui leur manque, une amélioration de leur activité digestive, plus d'harmonie dans l'ensoinble de leurs fonctions. Il ne faut jamais oublier que le bienfait des bains fn>ids est dans la réaction spontanée de l'organisme; la réaction provoquée par ini exercice violent au sortir du bain n'a |)asdes effets aussi francs, aussi réparateurs, aussi stimulants. Les mouvements, l'agitation auxquels est condamné, |K)ur se réchauffer, le baigneur qui sort hyposthénisé de l'eau, sont une cause de dé|)i*r(liiion des forces, et, comme le dit avec raison Fleury, la perte alors r<Mn|M>rle sur le gain : aussi, dans l'immense majorité des cas, et à moins d'a\oir affaire à des hommes d'une constitution très-énergique, les bains naturels doivent alK)utir à la réaction s|)ontanée; dès qu'elle est développée, il faut sortir de IVau, sinon elle est remplacée par une seconde période de concentration, et le bain devient hyposthéni.sant, il cesse d'être un bain hygiénique. Les M^nsations du baigneur lui sen iront de guide; les déterminations de durée plus ou moins rigoureuse sont subordonnées aux conditions vitales de l'individualité. Touli'ît choses égales, la réaction ne dépasse pas un quart d'heure cha lea iiafieurs jeunes et rolmics; "ne femme délicate et faible doit au ptal ronipiev sur une réaction de cinq fiiî»til^*s. On ne PC"i donc llxer d'une mi nivnr absolue la durée des ï^ins froi*. "«'•'< il i»c **^» ï''^^"^ ^'^'^ ^^"* ^ ks prolonger au delà d'un quart d'heure. On reconnaît qu'ils n'ont pas Uf

66 DES MODIFICATEURS. -^ EXCRETA. [flTGiÈMS

meil reviennent les sereines pensées d'avenir; le goût des jouissances sociales renaît avec le pouvoir d'y participer. Les contre-indications des bains froids s'appliquent aux bains de mer, excepté celles qni dérivent de Tâge. On peut tremper dans l'eau de mer les enfants d'un an qui, chaudement enveloppés après l'immersion, réagissent très-bien. Pour les vieillards, dit Gaudet, il y a lieu de redouter moins le défaut de caloricité que l'excès de la réaction, qui peut amener des congestions funestes; cependant ceux qui sont maigres, nerveux, sujets à des souffrances arthritiques, et qui ont la circulation languissante, doi« vent s'abstenir des bains de mer. La saison ordinaire de ces bains s'étend du 15 juillet au 1*' septembre; au delà de ce terme, les individus de forte complcxion y trouveront encore des effets toniques et sédatib d'autant plus prononcés que l'eau est plus froide. Durant les jours caniculaires, la mer aueint son maximum annuel de température et plaît alors aux organisatîons débiles qui craignent une forte soustraction de calorique. Quant aux heures, de sept jusqu'à orne heures du matin pour la plupart des baigneurs; le milien do jour pour les personnes affaiblies et pour les enfants qui toussent Pour celte catégorie de sujets, Buchan prescrit de se régler sur la marée, hi mer gagnant à la marée de deux heures + 5 degrés Réaumur de plus. La durée du bain de mer est une question importante de pratiqne; elle varie suivant la nature des étals morbides à combattre et qui ne peuvent nous occuper ici; sous le rapport hygiénique, elle est proportionnelle à la force des constitutions, à l'impressionnabilité des sujets, à la promptitude et à l'énergie de leur réaction nerveuse et circulatoire, à l'âge, à l'affaiblissement produit par les maladies antérieures, etc.; et suivant ces circonstances, tantOt une ou deux immersions suffisent, tantôt le séjour dans la mer peut se prolonger d'une à trois minutes» de cinq à dix, de dix à vingt et trente minutes. Ployer et sir J. Ghrk ont recommandé, avec raison, la brièveté et l'instantanéité du bain froid. La durée excessive des bains de mer entraîne des accidents divers, suivant l'état antérieur de ceux qui commettent cet abus, et tels que des céphalalgies et des étourdi»sements, des bronchites chez les baigneurs à poitrine délicate, des douleurs lombaires chez les leucorrhéiques, des palpitations et une constriction gutturale hystériforme chez les chlorotiques, etc. Une saison de bain de mer se compose de vingt à vingt-cinq bains; double, elle est de vingt-cinq à trente-cinq; leur succession est subordonnée au temps et aux sensations du baigneur. Quand on prend deux bains par jour, il faut les éloigner le plus possible l'un de l'antre, pour que les effets primitib du second bain ne viennent point à se croiser avec les effets secondaires du premier; jamais les bains doubles ne seront permis ans bypochondriaques sanguins, à ceux qoi toussent, aux chlorotiques à peau hh* farde, aux filles récemment pubères, aux personnes sujettes de longue date f aux angines et aux otites, etc. ; que Ton n'attende pas le refroidissement éà <^rps pour entrer dans la mer, la réaction serait lente et imparfaite. Il Jhil opposer aux bains froids, dit Marcard (1), un ceruin jeu des organes et waêf-

( t ) Marcard, Ik ta nuUui: vt ih i'u^of/c tia bains. l'arit, «o IX9 iil^« ^

rintE] DES BAIN6 EN PARTICULIER. 07

certaine actifité de la circulation. Des précautions sont nécessaires aux arrifaots contre Tair ^if de la plage et les vents d'ouest et du nord qui y soufflent ftéqaemiiient; c'est un acclimatement à faire, qui exige, comme tout autre, une certaine progression. Un régime tonique et réparateur secondera l'action des bains de mer, et l'on ne dépassera pas, dans des exercices poussés trop loin, la v^ueur musculaire qu'ils procurent. Des accidents de surexcitation nerfeuse, des vomissements, un embarras gastrique, une bronchite intercurrente, des éropUons aiguës qui sont dues à la poussée excentrique des bains, etc. , oiil%ent souvent à suspendre les bains de mer; le défaut de réaction de certains individus, malgré Ions les soins employés pour la faire uattrc, est une oooire-indicatiou absolue, ainsi que rinsunnontablc terreur qu'éprouvent certaines personnes au contact de la mer. Le mode le plus usité, c'est l'immersion, le baigneur étant porté dans la mer jusqu'à une certaine distance par le guide, qui le plonge la tète la première et lui fait parcourir on certain espace entre deox eaux. Dans un autre mode, le baigneur, faisant la planche (renversé sur le dos), est immergé ï plusieurs reprises par une pression exercée sur ses épaules. Le bain à la lame consiste à présenter le baigneur par la partie latérale ou postérieure du tronc aux vagues qui se ruent sur lui et passent au-dessus de sa tête. On expose certains sujets sur la plage au choc réitéré de la vague qui fient battre la grève; mais la natation remplace, pour les baigneurs appris et robustes, tous ces manèges de l'industrie des bains. Dans tous les cas, il est nécessaire de bien couvrir et d'isoler exactement les cheveux sous une coiiïe de tissu imperméable : on a remarqué que les bains de mer, comme les bains froids, nuisent au bon état de la chevelure.

L'eau de mer est une eau essentiellement minérale ; elle occupe l'un des premiera rangs parmi les eaux salines chloro-bromorées sodiques, et elle appartient autant à la thérapeutique qu'à l'hygiène. Comment ne pas franchir la limite de ees deux branches de l'art, quand il s'agit de vastes groupes de population détériorés par un ensemble de causes dépressives et qui, répartis diversement, mais plus nombreux dans les grandes villes, représentent le contingent de la scrolîile sous toutes ses formes dans les statistiques hospitalières? L'idée de créer à i*iisige des enfants scrofuleux de l'assistance publique de Paris un asile spécial stir une plage salubre de la mer, et de les y soumettre à un traitement maritime régulier, après un premier essai de trois mois à Saint-Malo, pour vingt enfants envoyés de Paris (i8&6), a reçu du directeur-général Davenne sa première exé- CQtîon à Berck, on plutôt les tentatives de Perrochaud et Frère, suivies de succès et dont Bergcron a rappelé les méritoires efforts (1 ) , décidèrent Davenne à créer, HusBon à développer et à perfectionner le système de traitement à la fois hospitalier et maritime qui donne aujourd'hui d'admirables résultats à Berck. Sur 380 enfants scrofuleux on rachitiques envoyés à Berck du i"*' juillet 1861 au 31 décembre 1865, et qui en moyenne y ont séjourné pendant neuf mois, on en comp-

(1) Bergeron, Dm tmitemcnt et dt; in prupht/iaxie de la scrofule par les bains de mer (Ahh, *thug. H de méff. fàtf,, 2? série, 1868, t. XXIX, p. 241).

A8 DES MODIFICATEURS. — EXCKRTA. [hygiène

lail 118 alleiiits d'adéuites chroniques, occupant la plupart les régions cervical« et sons-maxillaire, consécutives à des éruptions du cuir chevelu ou de la face, ou à d'anciennes lésions plus profondes des membres et du tronc, depuis ie simple engorgement jusqu'aux masses ganglionnaires infiltrées de matière tuberculeuse, indurées ou ulcérées; 85 de ces malades ont obtenu une guérison complète ; tous les autres^ moins un cachectique décédé^ une amélioration. L'expérience de Berck donne, jusqu'à présent : sur 380 cas^ 236 guérisons (60 p. 1 00] , 93 améliorations (23 p. 100), 18 décès (a,6p. 100) et 35 résultats nuls(9 p. 100}. Ces résultats sont dus exclusivement à l'action des bains de mer; le rôle de la pharmacie étant presque nul à l'hôpital de Berck. L'hygiène enregistrera avec intérêt, d'après Bergeron, ce lait, que de novembre en avril les enfants scrofuleux y bravent impunément la bise et hivernent sans rester enfermés dans les bâtiments, tandis que les hivers précédents, à Paris, ils encombraient les salles de consultation ou les lits d'hôpital pour s'y faire traiter d'interminables catarrhes des voies respiratoires, témoignage non équivoque de l'inlluencc tonique de l'atmosphère maritime, et, ajoute le docteur Perrochaud, de la rareté des affections des voies respiratoires sur la plage de Berck.

IL — Bains chauds.

1" Bain tiède ou tempéf^é, — C'est le bain que l'on prend en hiver : il produit sur la peau l'impression d'une chaleur douc« et agréable qui se propage aux organes intérieurs ; il imbibe, gonfle et ramollit l'épiderme dont les débris furfuracés viennent flotter à la surface de l'eau. Le contact prolongé de l'eau tiède sur les papilles nerveuses de la peau émousse la sensibilité de cette membiane; et soit que cet effet se répète dans les centres nerveux, soit qu'un sang dilué par l'absorption d'une certaine quantité d'eau abaisse en les parcourant leur modalité fonctionnelle, il s*opère une sorte de détente générale accompagnée d'un sentiment de bien-être et de calme. Parfois la constriction thoraracique que la pression de l'eau occasionne au début donne lieu à l'accélération passagère des mouvements respiratoires et des battements du cœur; mais ces deux fonctions ne tardent point à se ralentir, et plus le bain tiède se prolonge, plus augmente leur sédation; d'après Marcard, c'est dans ce bain que l'on observe la plus forte diminution du pouls. On ne saurait dire si rabsorf)tion est accrue ou si entre les liquides s|)éciaux de l'organisme et celui du bain, il s'établit une de ces actions que Dutrochet a étudiées sous le nom d'endosmose (1); ce qu'il y a de certain, c'est que le poids du corps s'élève. D'après Falconner, un bain tiède cède au corps 68 onces de liquide par heure; la dose anormale d'eau qui pénètre dans la masse du sang est évacuée par les reins, dont la fonction s'exagère : aussi le besoin d'uriner se fait-il sentir à plusieurs reprises dans un bain tiède de quelque durée. La dilution du sang par l'eau «ii>sorbée fait cesser la sensation de la soif et la sécheresse de la bouche et du pharuix; mais le bain tiède, pris après un repas, peut arrêter brusquement

(1^ Uutroclict^ Mémoiit' sur les végéhuu rt /t'y nniinaujc, Paris, 1837, t. I.

PRivtB] DES BAINS EN PARTICULIER. 69

ta digestion, pour peu qu'il fasse affluer le sang vers la périphérie. Il relâche les solides, il épanouit la fibre musculaire ; aussi délasse-t-il h merveille après les fatigues d'une marche soutenue, après un voyage qui a nécessité les contractions multipliées des organes actifs de la locomotion. Le voyageur Bruce loue les effets fortifiants du bain tiède dans les pays chauds, pris après les exercices violents du corps, et il le préférait aux bains froids qui crispent les fibres musculaires. La distinction est pratique : contre la fatigue qui résulte du jeu excessif de la contractilité musculaire, rien de meilleur que les bains tièdes; contre la fatigue et Taccablement que produit une surcharge de calorique, rien ne l'emporte sur les bains frais. Un phénomène assez fréquent dans le bain tiède, c'est l'éveil qu'il donne au désir sexuel : est-il dû au léger gonflement des parties génitales par imbibition, ou à la modification du système nerveux ? Quoi qu'il en soit, l'influence de ce bain est en quelque sorte négative ; il éteint Téréthisme nerveux, il apaise la circulation, il détend la fibre musculaire, il restitue aux fonctions leur aisance et leur liberté, sans en accroître l'énergie. C'est donc à tort qu'on l'a dit fortifiant ; il n'ajoute rien aux forces organiques, mais quand elles sont enchaînées par le spasme, il les dégage ; quand épuisées par la fatigue, il les renouvelle. Un certain degré de souplesse dans les solides, et de fluidité dans les liquides de l'économie, est une condition du libre exercice des fonctions : c'est encore ce que donne le bain tiède ; il est d'ailleurs l'agent par excellence de la propreté. Les hommes nerveux, bilieux et secs s'en trouvent fort bien ; aussi tous ceux qui s'agitent dans les contentions de l'esprit et dans les passions de l'âme en usent avec prédilection, et un médecin allemand est allé jusqu'à attribuer aux bains tièdes la faculté de prolonger la vie. « Calida lavatio et senibus et pueris apta est, » (Celse.) Les bains tièdes, entre 25 et 30 degrés centigrades, entrent en première ligne dans l'hygiène de l'enfance, quoique nous ne leur accordions pas, avec Hufeland, le pouvoir d'écarter toutes les maladies, d'assainir à la fois l'Ame et le corps, de transformer les constitutions débiles en constitutions fortes et robustes. En Angleterre, il est d'usage de baigner les enfants tous les jours : beaucoup doivent s'en trouver amollis et fatigués ; un bain par semaine peut suffire si Ton y joint des lotions quotidiennes de propreté, et l'on peut alors le prolonger graduellement de cinq à dix et quinze minutes; pris le soir, il calme les enfants et les dispose au sommeil. Quand les bains sont quotidiens pour les enfants, ils doivent être très-courts pour ne point les émousser à l'action de ce moyen qui devient souvent une ressource indispensable dans le traitement de leurs maladies. Les bains tièdes enveloppent le vieillard d'un milieu singulièrement approprié à l'état de ses organes et de ses fonctions : la sécheresse et l'état écailleux de sa peau, la consistance presque cornée qu'elle revêt en diverses régions, la roideur et le défaut d'huinectalion des parties articulaires^ la langueur de la circulation générale et capillaire, l'aflaiblissemeiit du pouvoir calorifique, l'atonie des bronches et leur état habituel de catarrhe par suite de la diminiitiou de la transpiration cutanée, etc. , tout Fin-

70 DES HODIPIGATEURS. — EXCRETA. [hygiêri;

vite à rechercher souvent la douce et salutaire excitation du bain tiède, dont il peut élever quelque peu le degré thermométrique ; il ne faut cependant pas que ces bains se prolongent et se répètent plus d*une à deux fois par mois, sous peine de rendre les vieillards trop impressionnables au contact de Tair trop chaud, ils les exposeraient à des congestions vers la tête : plus d*un vieillard a péri d'apoplexie dans un bain chaud. La femme nubile s*y livrera aux ablutions mensuelles sans négliger, dans Tintervalle de chaque menstruation, Tusage restaurateur de bains froids. Il convient aux femmes pendant la grossesse : il aide, vers la fin de cet état, aux préparatifs de la nature en relâchant les liens articulaires du bassin ; pendant la lactation il contribue utilement à l'entretien de la dépuration cutanée, et il atténue ou les effets d'une alimentation excitante, ou ceux d'une irritabilité trop grande du système nerveux. Le biin tiède rend aux convalescents la souplesse et la pureté de la peau ; il apaise leur excitabilité nerveuse sans les exposer à un refroidissement funeste. L'influence sédative et relâchante du bain tiède en fait un moyen précieux pour la thérapeutique; mais, pour en recueillir tout le fruit, il faut que le bain soit prolongé et ne devienne point frais, car alors il renforcerait les congestions splanchniques qu'il est destiné à combattre. Les précautions qu'il exige se réduisent à visiter soigneusement les baignoires qui pourraient être souillées par quelque trace de matière contagieuse, à ne pas exposer à l'évaporation de l'air le cou et les épaules préalablement mouillés, à s'essuyer rapidement avec des linges chauds et secs au sortir du bain, parce qu'alors la peau, dépouillée du furfur épidermique et de l'onctuosité que laisse sur elle la sueur, est plus impressionnable à l'air; et c'est là un inconvénient du bain tiède pris trop fréquemment, savoir, d'énerver, d'affaiblir le derme, et de le rendre plus sensible aux vicissitudes do l'atmosphère.

2« Bain trop chaud. — Nous désignons amsi le bain chaud et le bain trèschaud des auteurs, parce que l'un et l'autre excèdent la mesure hygiénique, et si nous en parlons, c'est seulement pour signaler leurs inconvénients, leurs dangers même. Bien des gens abusent du bain chaud, d'autres attachent peu d'importance à garder la limite du bain tempéré. Le tableau suivant des effets immédiats et consécutifs du bain trop chaud leur inspirera plus de réserve. Au moment de l'immersion, la peau se crispe et se contracte; ce frisson, cette borripilation, rappellent ce qu'on éprouve en entrant dans l'eau froide ; il est remplacé par une sensation de chaleur piquante et incommode. Le sang afflue clans les li.ssus périphériques vivement excités, les gonfle et les colore d'une teinte érysipélateuse ; la face s'anime et rougit, les yeux s'injectent L'excès de calorique dilate les liquides, qui «i leur tour distendent les vaisseaux : le cœur nodoiibln d'action et précipite ses battements; les artères carotides et temporale» sont agitées par des pulsations violentes; la respiration est gênée, haleaote. Il y a imminence do congestion vers la tête, et s'il existe une prédispoà ce genre d'accidents, le danger est extrême : il est annoncé par 'e pesanteur de la tête, des vertiges, l'obtusioa de l'intellect, et paKois

ranrti] DES BAINS EN PARTICULIER. 71

la tendance an sommeil. Au bout de dix à quinze minutes la sueur coule à flots de la face, du corps, mais sans soulager le baigneur de Texcès de chaleur (|iiî l'accable^ car Tair ambiant étant trèséchauiïé et saturé de vapeur d'ean chaude, s'oppose à l'évaporation du liquide transpiré. La perte en poids par la transpiration est considérable : Lemonicr Ta trouvée de 20 onces par huit minutes dans un bain h U5 degrés centigrades. Le volume du corps augmente; les mouvements sont gênés, difficiles. Au sortir du bain, le pouls conserve de la force et de la fréquence ; les extrémités inférieures restent plus longtemps rouges et turgescentes que le reste du corps ; la bouche est pâteuse, Tappétit peu prononcé ; la perspiratlon cutanée continue avec une certaine abondance, les urines sont rares; la tête se débarrasse lentement, la faiblesse et la fatigue musculaire persistent longtemps. Quelquefois la station est impossible, et après les phénomènes de pléthore factice par dilatation du sang^ le sentiment de débilité et de prostration, poussé jusqu'à la syncope^ témoigne de la réalité des pertes éprouvées dans le bain par une transpiration insolite. Cette succession de phénomènes montre que Ton peut varier jusqu'à un certain point les effets secondaires du bain chaud, suivant la durée de l'immersion : brusque et courte, elle donne lieu à une excitation générale^ à une sorte de raptus violent et instantané des fluides vers la périphérie^ sans autre affaiblissement consécutif que celui qui succède à tout ébranlement organique. Plus prolongé, le bain chaud débilite secondairement par les spoliations qu'il détermine en sueur, par l'épuisement qui succède à la stimulation énergique et soutenue d'un certain nombre de fonctions, par le travail qu'il impose à l'organisme pour l'élimination du calorique excédant, et qui se continue même au sortir de l'eau, tant ce fluide impondérable s'accumule dans le corps. Bien des personnes qui se sont habituées aux bains chauds et en usent périodiquement, y trouvent une cause lente d'énervation qu'elles méconnaissent. Propres à réveiller les irritations du tube digestif, la goutte, les rhumatismes (Broussais), etc., ils peuvent servir en thénipeutique à rompre la concentration des forces qui tend à s'opérer sur un viscère, à produire de grandes révulsions cutanées^ à rap»peler les éruptions délitescentes, etc. ; mais leur emploi en hygiène est trèsrarement indiqué et ne doit avoir lieu qu'avec la précaution de conjurer l'bypérémie cérébrale par l'application de réfrigérants sur la tête. Guérard (1) a évalué numériquement la chaleur cédée au corps par un bain à U2 degrés centigrades. Un baiu se compose d'environ 160 litres d'eau; si le corps est à 37 degrés centigrades, il recevra proportionnellement à sa masse, comparée à celle du bain, une partie importante de la chaleur qui fait la différence entre 37 et k2 degrés, c'est-à-dire 5000 unités de chaleur (2) par kilogramme ou litre d'eau, soit 800 000 unités de chaleur, auxquelles il faut ajouter celles qui proviennent de la suppression de l'évaporation à la surface de la pean,

(1) Guérard, Annales rThygièn^ publique. Paris, 1844, t. XXXI, p. 355.

(2) L'unité de chaleur, ou calorie, est la quantité de chaleur nécessaire pour élever un gramme d'enu de i degré centigrade.

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L'action réfrigéranle de cette évaporalion est considérable, et le corps, privé de cette cause de déperdition normale du calorique, se trouve en outre directement échauffé par le contact du liquide : faut-il dès lors s*étonner que la mort puisse 8or?enîr dans un bain supérieur de quelques degrés à la température moyenne du corps ?

3* Bains d'étuves. -~ On les distingue en sèches et en humides : dans l'étuve sèche (bains gazeux, iaconicum des anciens) (1), c'est le calorique qui est le seul agent ; les étu?es humides agissent par le concours du calorique et de Teau en vapeur. Ces dernières sont naturelles, comme les cavités ou grottes à vapeur qui existent à Bourb3nne, à Plombières, à Ischia, près de Pouzzoles (étuves de Néron, appelées autrefois Posidianœ), etc.^ ou artificielles, comme les constructions que Ton trouve encore chez différents peuples. Chez les Romains, Tétuve sèche était une vaste salle placée sur la vouie d*un four. Pour la conveirtir en étuve humide, on n'avait qu'à lever le couvercle de grandes chaudières remplies d'eau et disposées sur cette même voûte de four. Les Turcs prennent ces bains dans des salles pavées de marbre et chauffées par des tuyaux qui en parcourent les parois, ils y sont lavés, essuyés, frictionnés, massés. Des chambres de bois, où de l'eau projetée de de cinq en cinq minutes sur des cailloux rougis au feu élève la température de 40 à U5 degrés Réaumur, servent d'étuves aux Russes, qui, au sortir de ces réceptacles immondes, se soumettent à des douches d'eau froide ou se roulent dans la neige. Chez les Finlandais, la température des étuves est portée plus haut que chez les Russes. £n Egypte, la vapeur s'échappe d'une fontaine ou d'un bassin placé au centre de la salle. A Thopital Saint-Louis de Paris^ Peau, vaporisée dans une chaudière, arrive dans l'étuve par des tuyaux qui se rendent dans un réservoir garni de plusieurs ouvertures dans la partie supérieure. I^ étuves des établissements thermaux, des hôpitaux, des bains publics, etc. , présentent des gradins en amphithéâtre pour trente à cinquante personnes, et laissent échapper la vapeur en excès par des vasistas ou des soupapes situés à la partie supérieure de l'enceinte. Rien de plus insalubre que ces locaux ou plusieurs personnes respirent un air chargé de leurs émanations respectives, altéré par les produits de l'expiration et de la transpiration cutanée. On a donc inventé fort utilement des appareils qui dispensent de cette dégoûtante et funeste promiscuité. Celui de Monroy permet non-seulement d'administrer le bain de vapeur à peu de frais, dans la position assise ou couchée, mais encore de diriger à volonté la vapeur sur telle ou telle partie du corps, et de procurer aux poumons, par la préservation de la tête, l'avantage de respirer un air pur et frais. La vapeur, dont un robinet permet de graduer le passage, est conduite, à l'aide de tuyaux flexibles, sur le sujet, couché sur un lit de sangles garni de toiles imperméables dont les couvertures sont maintenues écartées par des cerceaux, ou assis sur une chaise dans l'aire d'une

(1.) Voy. Durand-Fanlel el Lebret, Dictionnnit^ des Enux mini^ra/es. Paris, 1860, I. I, art. Bains cbrz^lcs anciens, p. 194.

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