‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 16 sur 107 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

▲PPLIGATA.

ARTICLE PREMIER

DBS vATSMXMTS.

Le vètetneut résume l'eosenibie des substances que l'homme interpose immédiatement entre sa surface et le monde extérieur ; il est comme l'habitation,

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comme le régime alimentaire, Tun de ses moyens d'équilibration avec les influences qui rinveslissent du dehors : c*est assez dire que le vêtement est dans la nalurt. Pour apprécier les paradoxes qui ont eu cours sur ce sujet, il suffit de réfléchir d'une part aux conditions fonctionnel!^ de Torganisation, d'autre part aux éléments variables du milieu où elle se développe et subsiste. Les oscillations de la caloricité suivant l'Age, la constitution, l'état de sauté ou de maladie, et surtout suivant les saisons et les climats, suffisent pour mettre en évidence la nécessité physiologique du vêtement Là où la température am» biante égale ou surpasse celle du corps humain, il protège la peau contre rinsolaiion, contre les effluves en suspension dans Tair, contre les variations diurnes ou les perturbations annuelles de l'atmosphère, contre la morsure des insectes; partout il contribue à l'entretien do sa propreté, à rinlfgrjté et à la délicatesse de ses fonctions tactiles, en même temps qu'il s'imprègne du produit de ses excrétions. La nature a poun'u les animaux d'enveloppes conservatrices de la chaleur, et dans de justes rapports avec les climats qu'ils habitent, et même avec la diversité des saisons; en outre, l'instinct les pousse à quelques précautions. A l'approche de l'hiver, un duvet fin couvre les intervalles des plumes chez les oiseaux, et quand le froid se fait sentir, ils écartent leurs plumes, et se mettent en boule pour y emprisonner le plus d'air que possible, parce que l'air laisse difficilement passer la chaleur; chez les oiseaux palmipèdes et particulièrement chez VAnas eider^ qui fournit l'édredon, ce duvet qui tapisse le corps retient entre ses mailles la couche d'air échauffée, et lui-même est recouvert de plumes qui empêchent la déperdition ou le rayonnement de cet air : « Aussi, dit Ch. Martins (i), j'ai constaté que le froid est sans influence sur la température de ces animaux. » Chez les mammifères, la fourrure s'épaissit en hiver et un |>oil fin et serré vient en garnir les interstices. On voit les moutons se serrer les uns contre les autres, le chien se tapir à l'abri du vent ; la sensation du froid aiguillonne leurs organes locomoteurs et les porte à un exercice violent qui, en accélérant la circulation et la respiration, double la production de la chaleur. L'organisation de l'homme n'est point coordonnée dans une mesure aussi exacte aux influences du dehors : aussi les conditions de son établissement dans le monde sont moins étroites. Il est manifeste qu'une part a été laissée à son intefligence et à son arbitre jusque dans les actes conservateurs de l'organisme, lesquels s'accomplissent chez les autres animaux sous la dépendance absolue de l'instinct. Le vêtement est l'un des moyens qui |)ermettent à l'homme d'élargir la sphère natale, de déployer l'élasticité de ses fonctions par les migrations, de résister aux agressions plus ou moins violentes de l'atmosphère. Pour défendre la fixité de sa température centrale contre un milieu plus chaud que lui-même, l'organisme de l'homme a pour ressource principale les deux transpirations qui lui deviennent comme un mécanisme naturel de refroidissemenL Dans cotte condition, il faut donc

(I) Martini^, Du fmid thcrmometrùjue vt de ses reiaf toux avec le f roui physioiof/tt/uf^ rU:, {MetHon-es de rAntdemie des sciences de Montpeiiier^ année 1859. l. IV.)

privée] des Vêtements. si <

que le vêtement n'oppose point à Tévaporation des fluides perspiratoires une barrière imperméable. S'il doit lutter contre une température inférieure à la sienne., et c'est le cas le pins ordinaire, le vêtement lui devient indispensable; car c'est en vain que la respiration augmente d'énergie, et que la transpiration, réduite au minimum, ferme en quelque sorte la principale porte par où s'échappe le calorique produit dans le corps ; il faut encore que les pertes par rayonnement et par conductibilité soient supprimées ou ramenées à des quantités minimes : or, la peau nue de l'homme ne peut jouir de ce bénéfice qu'à l'abri d'enveloppes qui soient de très-mauvais conducteurs du calorique; la nature les lui ayant refusées, c'est à l'art, à l'industrie, à les lui fournir. Le \êtement est, en un mot, comme un tégument de plus qu'il rend à volonté général ou partiel, imperméable ou poreux, épais ou mince, moelleux ou rude, de manière à régulariser le jeu des organes profonds par le degré de stimulation de la peau, et h lutter par la mobilité des moyens protecteurs avec la mobilité des étals thermométrique, hygrométrique, électrique, etc., de l'atmosphère.

§ i. — MAtlère« do vélenieiit.

Les tiges de presque tous les végétaux et les poils de la plupart des espèces animales se prêtent à leur transformation en filaments textiles. Toutefois l'industrie des tissus a fait des choix restreints parmi les matières de ces deux origines; elle n'utilise en Europe, parmi les premières, que le coton, le lin, le chanvre, le caoutchouc, une proportion bien moindre de Phormium tenax; parmi les secondes, les diverses espèces de laines, quelques poils et duvets de poils, les diverses variétés de soies que fournit l'insecte du mûrier. Si l'on ajoute à ces produits naturels un petit nombre de plantes des Indes et de la Chine, on aura, dit Alcaa (1), la liste à peu près complète de toutes les matières premières qui entrent dans la fabrication des étoffes en usage dans l'univers entier.

L — Substances végétales.

I"" Chanvre. — Plante annuelle de la famille des Urticées, et qui, originaire de la Perse et de l'Inde, est cultivée aujourd'hui dans toutes les contrées de TEurope. Avec les fibres de sa tige on prépare la filasse qui sert à la fabrication des toiles et des cordages. La fibre ligneuse du chanvre, moins douce et moins blanche que celle du lin, résiste mieux et dure davantage. Le chanvre mâle perd par sa dessiccation à l'air ^0 à 60 pour 100 de son poids; une fois sèches, le chanvre mâle contient en moyenne 26 pour 100 de chanvre teillé, et le chanvre femelle 16 à 22. Le chanvre teille séché à l'air ne renferme que 60 â 65 pour 100 de filaments textiles, le reste étant formé de matières étrangères solubles dan^ les lessives alcalines; de sorte que 100 parties de chanvre vert ne fournissent, en définitive, que 5 à 8 pour 100 de filaments textiles. Ceux-ci sont plus lourds» plus grossiers, plus résistants que ceux du lin, et avant d'être blanchis, ils s'en distinguent par leur coloration jaunâtre.

(1) Michel Âlciin, Essai sur finduHrie des matièm tejctiies, Paris, i8A7^ avec atlas. H. LÉ?Y. Hygiène, 5« éuit. li. ^ 6

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soyeuse. Elle ressemble pour la couleur h notre plus beau chanvre, et lui est supérieure en force. Un brin de phormium supporte 23 6/5, le chanvre 161/3, et ie lin ordinaire 11 Zjfx. Les naturels du pays en font des cordes, des vêtements, des ceintures, des pagnes, des nattes, etc. £n France on ne Ta employé jusqu'à présent qu*à faire des cordages de luxe et des toiles à voiles ; on lui reproche de s'altérer par les lessivages.

5^ Le jute^ ou chanvre de l'Inde, acquiert une importance de plus en plus marquée dans l'industrie européenne, et fait concurrence au chanvre et an lin pour la fabrication des fils communs.

6** Le ma et Vabaca sont deux substances textiles exotiques d'une certaine importance. Le premier remplace, pour les Chinois, le chanvre et le lin; il n'est autre que VUrtica nivea qui s'élève h la hauteur des arbustes. C'est avec les filaments de cette plante que les Chinois fabriquent le tissu blanc écru de leur vêtement d'été, improprement appelé drap d*herbe par les Anglais {grass cloih), et désigné en chinois sous le nom de hia-pou. D'autres plantes de ma servent aussi à procurer cette étoffe, le Cannabis sativa, le Sida tiliœfolia^ Values pite. Le ma est cultivé comme le mûrier^ par semis, puis transplanté, arrosé et coupé. Les tiges étant plongées dans l'eau, on en sépare les filaments à la main, puis on les réunit en pelotons pour les laver et les blanchir; ils subissent ensuite les mênjes procédés de tissage que le coton et la soie. Vabaca {Musa textilis) fournit des tissus assez grossiers aux îles Philippines : on les fabrique avec les filaments de l'écorce d'une espèce de bananier sauvage. On coupe cette écorce par tranches qui sont mises dans l'eau, on en sépare les matières mucilagineuses, on forme les filaments avec un peigne ou râtelier à dents de fer. On les divise ensuite aussi finement que possible, et l'on rattache les fibres entre elles par un nœud ou par un tordage pour les tisser sur des métiers ordinaires. Dans ces mêmes îles, on fait usage de tissus qui passent |)0ur les plus délicats du monde, et qui se fabriquent avec les filaments des feuilles du Pina ou Bromelia ananas.

7® Le caoutchouc, importé d'Amérique au commencement du xviii* siècle, et d'abord d'un usage très-borné, occupe aujourd'ui une place considérable parmi les ressources vestimentaires de l'homme, soit comme enduit imperméable, soit comme substance propre h se transformer en fil ; il sert, en outre, à la fabrication d'une foule d'objets de toilette qui exigent une certaine élasticité. Touristes, soldats, marins, c'est à qui s'abrite sous les écrans impénétrables et diversement configurés que l'on fabrique avec le caoutchouc, source d'une industrie toute nouvelle. Le principe qui le constitue réside dans un grand nombre de végétaux; nos euphorbes, nos apocynées, etc., en contiennent, mais pas assez pour défrayer une exploitation. La presque totalité du caoutcliouc livré au commerce est fourni parle Siphonia cahuchu, ou Heveaguyanensis, qui croît dans l'Amérique du Sud et dans Tile de Java. Cet arbre, d'après Boussinganlt, est surtout commun à Choco et dans les forêts de l'Equateur. Pour en extraire la gomme élastique, les indigènes incisent l'arbre jus-

PlITÉB] DES VÊTEMENTS. 85

qu'au delà de l'écorce; le lait qui s*eu échappe avec abondance peut se conserver liquide pendant longtemps à l'abri de l'air, propriété favorable à sa mise en bouteilles qu*on envoie hermétiquement fermées en Europe. Étendu en couche mince, il se coagule au bout d'une ou deux minutes, et manifeste alors sa propriété caractéristique, l'élasticité. Les ouvriers de Quito, trèshabiles au travail du caoutchouc, le moulent à l'état laiteux sur des formes, et en font des souliers, des bottines ; ils fabriquent aussi des tissus imperméables en interposant entre deux étoffes le lait, qui se coagule en lame mince et élastique. Boussingault préfère ce mode à l'application du caoutchouc par le moyen de dissolvants. Le caoutchouc est expédié en Europe sous la forme de poires lisses et tatouées de divers dessins, forme qui est celle des moules sur lesquels les Indiens retendent couche par couche. On le trouve aussi dans le commerce en plaques épaisses ou en cylindres de couleur blanche, jaune ou brune. D'après Faraday et lire, 100 parties de caoutchouc contiennent 87,2 de carbone et 12,8 d'hydrogène. Sa densité est de 0,925; à l'action d'une basse température, il durcit sans devenir cassant; si l'on élève ensuite la température, il redevient souple et flexible. Il fond un peu au-dessus de 120 degrés centigrades, il n'est pas attaqué à froid par l'acide sulfnrique et l'acide nitrique. Toutes les applications industrielles et hygiéniques du caoutchouc sont fondées sur la propriété qu'il a de se dissoudre à l'aide des huiles essentielles, et de sécher vite en revenant à son état primitif. La benzine est le meilleur agent de ces dissolutions; elle est aujourd'hui d'un emploi général. C'est en étendant sur les étofles une couche *de caoutchouc ainsi liquéfié que l'on prépare les tissus imperméables ; les tissus doubles en ont une couche intermédiaire à leurs deux feuillets. Les premiers essais de cette fabrication datent de 1793 et de 1811 ; perfectionnée par Mackinlosh (de Glascow), elle emploie aujourd'hui l'enduit de caoutchouc h l'état pâteux, pour qu'il ne puisse traverser et salir l'étofle; un cylindre répartit également l'enduit sur lequel on applique immédiatement la seconde étoffe; un second cylindre comprimeur fait adhérer celle-ci tout en égalisant encore la couche pâteuse de caoutchouc dont l'excès déborde de chaque côté des étoffes. Une dessiccation lente et un apprêt terminent ce travail qui fournit par centaines de mille les paletots, les cabans, les manteaux, les coussins, les matelas insufflés, etc.

Le caoutchouc se découpe aussi en fils qui sont ensuite soumis au tissage ; ce travail, d'abord confié à la main des ouvriers, est aujourd'hui exécuté par des machines. Au sortir de cette fenderie, les fils sont ramollis dans l'eau chaude, étirés du quintuple au décuple de leur longueur primitive et enroulés sur des dévidoirs qu'on place ensuite dans des chambres aussi froides que possible. Au bout de quelques jours, on peut dévider les fils, devenus assez roides |)our le tissage; on a soin de masquer le fil de caoutchouc dans l'étoffe fabriquée. Les longues lanières tissées qu'on obtient ainsi n'ont plus d'élasticité ; pour leur restituer cette propriété, il suffit de passer sur le tissu un fer convenablement cliaufle, mais l'étoffe diminue aussitôt de près d'un tiers en longueur.

9é MS MOdlFICATEirftS. — APMiCATA. [imtR

trame d'ane grande fviété de UaBOf doot b chaîne est de colon, bine on mie, et reconrerte en totalité par b couche d'Alpaca. Cette bhricatioa a pris one grande estensîon, et donne de» étoffés légères ponr le printemps et ponr U saison chaode, qui, sons les non» les pins dhers* ont deux caractères communs, le briUant de b snrbce et le moeOenx dn toucher. Le poil de chèvre d*Aogora9 an oontnnre, sert à faire des étoffés \ b fois brillantes et roides, telles qoe les telonrs d'Utrecht* les articles ponr gilets; il entre, à i'état de mébnge» dans b grande catégorie des tissns dits non? eantés, qui se prêtent, par leur fermeté, à Tamplenr démesurée des toilettes féminines de nos jours et aux excentricités des crinoKnesL

2'*Lapmls fins et soyenx de quelques rongeurs, les iMvnires* le pebge des animaux, entrent dans les moyens de protection qne l'homme oppose aux rigueurs des contrées très-froides; ailleurs b peau tout entière des animaux, roulée et découpée sur les formes de son corps, lui circonscrit ime atmosphère consenratrice de sa température propre. Dans nos climats pins tempérés, la mode bit rechercher les fourrures et les pelleteries^ de telle aorte qne les nécessités dn samrage deviennent le luxe de b cirilisation.

Les plumei des oiseaux sont empbyées comme ornements et pour b literie. Celles d'autruche ont seules le privilège de b première destination; à cet effet, on les dégraisse par une immersion de cinq à six minutes dans l'eau de savon tiède, puis on les bve à l'eau pure, on les bbochit^ on les azuré avec une nuance d'indigo, etc. Le duvet de l'oie, séché à l'air, au four ou au soleil, puis battu avec soin \ plusieivs reprises, le duvet de l'eider^ oiseau des contrées septentrionales, l'un et l'autre emprisonnés dans des enveloppes d'étoffes diverses, forment une partie essentielle de la literie, et réunissent au plus haut degré la légèreté et le pouvoir conservateur du calorique. On néglige trop la purification des plumes qui ont servi à la literie. Le procédé de Taffin permet dit Topérer sans altérer ces matières : il consiste à les soumettre à une rotation continue au moyen d*un volant armé de bras, mû par une manivelle dans un cylindre à doubles parois entre lesquelles on introduit de la vapeur; les plumes sont ensuite exposées ï l'action de la vapeur d'eau et secbées à l'air.

3* Modifiées par le tannage, les peaux des animaux fouratssent nos chaussures, qui supportent longtemps sans rupture la pression totale du coq^s contre le plan inélastique du pavé. Placées en contact avec l'eau, elles s'en imprègnent et se putréfient ; séchées à Tair, elles durcissent, deviennent rigides et 8*usent vite par le frottement. La combinaison de leur matière animale gélatineuse avec le tannin les rend imputrescibles et les convertit en ruirUt que l'on achève de rendre souples et imperméables en les comprimant par le battante ou le cylindrage et en les imprégnant en même temps de matière?) ^a^Hes. Cette seconde série de manipulations constitue le corroyage. Les cuirs sont de deux M)rt('s : 1<^ uns, mous (inolletcrie), se fabriquent avec les peaux de vaclie, de veau, de dieval, etc. ; les autres, fort^, avec les peaux

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de bceaf» de bofOe^ etc. Le tan n*e8t autre chose que Técorce de chêne séchée, hachée et grossièrement pulvérisée. Pour les peaux destinées à la maroquinerie, on se sert des feuilles du sumac {Rhus coriaria) pulvérisées; elles sont riches en tannin. Les cuirs de Russie, colorés en rouge, ont l'avantage de résister à la moisissure de l'humidité et d'éloigner les insectes par leur odeur. Pour les obtenir, les peaux, tannées comme h l'ordinaire, écharnées et façonnées sur le chevalet, sont macérées quarante-huit heures dans un bain d'eau contenant de la farine de seigle et du levain, puis dégorgées dans de grandes cuves d'eau et lavées avec soin ; on les travaille ensuite pendant quinze jours dans une décoction d'écorce de saule, et on les imprègne finalement d'une huile empyreumatique que fournit par distillation i'écorce du bouleau (1).

À** La^tie est aux matières textiles ce que l'or est aux métaux; matière cornée, coagulabie et se durcissant au contact de l'air, elle sort des deux filières de l'insecte en deux brins séparés qui forment en se soudant le fil de soie. Au microscope, ces fibrilles, d'une ténuité extrême, non cylindriques, mais sensiblement aplaties, ressemblent à deux cannelures accolées et diaphanes. La graine du papillon femelle, fécondée par le mâle, est conservée d'une année à l'autre, et amenée à l'éclosion sous l'influence d'une température artificielle, à l'époque de l'apparition des premières feuilles des mûriers, nourriture presque exclusive des vers à soie. £n vingt jours, le jeune ver a parcouru les phases les plus critiques de son développement et cherche à se débarrasser de la matière élaborée dans ses vaisseaux de soie : il forme sur des points d'appui qu'on lui présente un premier cannevas à mailles irrégulièrement entrecroisées (bourretie), sorte d'abri où il établira le cocon, cette cuirasse formée de toutes parts et constituée par des couches de soie superposées et maçonnées à la manière de certains nids d'oiseaux. Le cocon n'adhère à la bourretteque par quelques points de sa surface extérieure; le (lévidage des cocons montre que leur fil est continu de la surface au centre, mais il va s'amincissant, et il est trois à quatre fois plus gros à une extrémité qu'à une autre; sa longueur est généralement proportionnelle au volume du cocon. Quand le papillon perce le cocon, il brise les fils ; on a donc soin d'étouffer par un courant d'air chaud de 75 à 80 degrés centigrades les chrysalides avant leur transformation en papillon, et on ne laisse éclore que ceux nécessaires à la reproduction. La longueur d'un fil de cocon dévidable sans interruption a été évaluée par Malpighi à 1091 pieds et quelques pouces ou 365 mètres; Michel Alcan (2) l'estime au double pour un cocon ordinaire, bien que dans l'état actuel de l'industrie séricicole 1/3 ou \/fi de la soie continue échappe au dévidage et ne soit utilisé que sous forme

(1) Voyez dans Pelouze et Fremy, t. IV, p. 387 et suiv., les articles Tannage, Cor- ROYA(iK, Chamoisehie, etc.

(2) Mieliel Akan, Ennyciopédie technol., ou Dictionnaire des arts manuf,, agricuit., etc. Paris, 1854, 2« édit., U II.

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de bourre ou de frison. Les premières et dernières couches du cocon sont dans ces cas, ies unes par rirrégularité de leurs circonvolutions, ies autres par défaut de ténacité. On ne distingue pas moins de trente variétés de cocons en Europe ; mais il n'est entre ces races que deux différences à prendre en compte, la couleur et le rendement Les cocons blancs fournissent une qualité de soie supérieure à celle des cocons jaunes, et d'une blancheur plus franche que celle de la soie jaune artiûciellement décolorée. Le rendement varie pour les races comme pour les individus; il est en moyenne de 10 à 18 pour 100, c'est-à-dire que 100 kilogrammes de cocons produisent 10 à 18 kilogrammes de soie. Dans nos climats, la récolte de soie se borne aux résultats d'une seule éducation par an ; mais dans les localités où l'on peut obtenir deux poussées de feuilles de mûrier dans une saison, on fait pendant l'été sept ou huit éducations. Heads, délégué du commerce en Chine, a constaté que les choses sV passent ainsi

Le fil fourni par le dévidage du cocon constitue la soie grége ou écrue, composée de trois tubes concentriques ; la substance fibreuse animale qui en occupe le centre n'est autre que la soie, recouverte d'une double couche de gomme végétale qui représente 25 à 30 pour 100 du poids total ; la première couche de cette matière se dissout dans l'eau chaude, la seconde dans l'eau alcaline. Débarrassée de ces corps étrangers, on a la soie décreusée ou soie cuite,

La production de la soie est un des plus grands revenus de notre industrie agricole du Midi. La France, qui tirait autrefois de l'étranger, et surtout de la Chine, les plus belles qualités de soies, n'a plus de rivale aujourd'hui pour la perfection de ses tissus; mais elle ne se suffit pas encore dans l'approvisionnement de la matière première, qu'elle reçoit en partie des États sardes, de la Suisse, de la Turquie, de l'Italie et de l'Espagne. Malheureusement, la pebrine et une autre maladie appelée le mort-flat semblent menacer aujourd'hui cette précieuse industrie.

Le tableau suivant retrace l'ensemble des opérations auxquelles est soumise la fabrication des étoffes de soie :

Industrie agricole, — Récolte des feuilles de mûrier, éducation des vers à soie. Production de la soie grége, — Tirage de la soie des cocons, dévidages. Moulinage. — Production du poil ou trame, organsinage (A torsions du (11) . Teinture, — Décreusage (enlèvement des matières gummeuses); teintures. Opérations accessoires, — Conditionnement, dévidage et titrage. Tissage. — Dévidage pour former les cannettes ; ourdissage, pliage et montage ; tissage

uni, tissage façonné.

Apprêts, — Pressage, calandrage^ gommage et lustrage.

IIL — Caractères comparés des matières textiles, et MOYE^s

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