‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 22 sur 107 · PES SENS · texte numérisé non relu

PES SENS

La sensibilité qui se manifeste dans un mode unique et général sur les degrés infimes de l'échelle zoologiqua, se spécialise chez les ôtres supérieurs dans des appareils isolés qui sont des modifications de l'appareil tégumentaire, et pour ainsi dire des départements de la sensibilité générale. L'homme présente au plus haut degré la séparation complète des facultés sensorielles et des organes par qui elles s'exercent; ceux-ci reçoivent chacun deiAX sortes de nerfs dont l'un préside à l'acte sensorial et l'autre aux phénomènes de sensibilité générale. Mais, si nette et tranchée que soit chez l'homme la détermination organique de chaque mode de sensibilité, n'oublions pas que ces appareils ne sont que des instruments adaptés à telle ou telle portion du cerveau^ appropriés par leur forme <i l'activité spécifique de cette partie et communiquant avec lui par des nerfs intermédiaires; ils sont des instruments destinés à recueillir à la périphérie du corps les diverses impressions, et ils correspondent à autant de foyers perceptifs dont la science n'a pas encore fixé le siège dans l'encéphale. S'il n'est point démontré que la mutilation ou la soustraction des lobes cérébraux entraîne nécessairement la perte des perceptions sensoriales brutes, on ne peut refuser au cerveau une fonction de perfectionuement, d'élaboration essentielle. C'est dans cet organe (1) que les sensations doivent arriver pour produire tout leur effet, pour être appréciées à leur juste valeur. C'est lii, comme dit Cuvier, que toutes les sensations prennent une forme distincte, en y laissant des traces et des souvenirs durables, qui deviennent les

(i) LMfel, Trûité de phonologie, lfl50, t. Il, p. 348.

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ranrtB] DU TACT ET DU TOUCHER. 185

tique, les aberrations hystériques da goût, expriment, avec le grossissement de Tétat pathologique, les résultats de causes qui se combinent en quelque sorte avec la trame vivante, et qui^ transmises par génération, rongent silencieusement la santé des familles.

S fl. -— •« teet et dn «MMlMr.

Le tact est le sens à Taide duquel nous apprécions les qualités les plus générales des corps ambiants, telles que leur température, leur forme, leur solidité, leur fluidité, etc. Il a pour siège la peau, limite extrême de rorganisme^ et l'appareil spécial par lequel il s'exerce se trouve épanoui en avant de la membrane fibreuse tégumentaire (derme) qu'il traverse par les filets qui le rat* tachent au réseau nerveux; en d'autres termes, le corps papîllaire, instrument du tact, détermine sous la couche épidermique notre ligne de contact la plus immédiate avec le monde extérieur. Les phénomènes tactiles se produisent sur tous les points de notre périphérie, et même à la surface de certaines mem* branes muqueuses (mucpieuse des voies génito-urinaires, de la partie inférieure du tube digestif; moqueuse labiale, lingaale, palatine, etc. ); mais nulle part ils ne s'accomplissent avec plus de précision et d'aisance qu'à la surface de la main, qui, par ses brisures, par ses prolongements articulés et mobiles, par ses pulpes souples, résistantes, à zones papillaires concentriques qui coiffent ses exuré* mités phalangiennes, peut se déployer, se recourber, se concentrer^ se mouler sur les objets extérieurs, etc. Aussi a-t-on dit que la main est l'organe du tact actif on toucher, et la peau celui du tact passil Cette distinction est juste en elle-même, car le toucher est toujours volontaire et l'impression tactile peut ne point l'être; mais elle est mal exprimée, car toute sensation est accompagnée de perception, et toute perception est active. Les indications hygiéniques qui se rapportent II ce sens se déduisent du rôle que jouent les diverses parties constituantes de la peau dans le phénomène du tact, qui se décompose en sensation de contact, de pression ou de résistance et de température. L'impression tactile a lieu évidemment dans l'élément sensible ou nerveux de la peau, c'està-dire dans les papilles ou houppes nerveuses qui, placées sur la face externe du derme et protégées par la coache épidermique^ semblent projetées en avant comme des vigies placées entre le corps et le monde extérieur, en même temps que par leur division filamenteuse elles multiplient la surface de la matière nerveuse qui les constitue : « Si l'on refuse aux tiges papillaires le sens tactile, dit avec raison G. Breschet, nous ne pensons pas qu'on parvienne à désigner dans la peau une autre partie qui puisse être considérée comme l'organe de cette fonction. » Le derme on chorion sert de base à l'appareil tactile : couche solide et élastique tout à la fois, il permet aux corps extérieurs de s'appliquer sur les papilles sans les léser ou les paralyser par l'ellet de leur pression. La souplesse du derme est augmentée par une couche sous-jacente de tissu graisseux qoiv par une disposition admirable, aflede dans la pulpe des doigts la

136 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [HT6liMl

forme d'un véritable coofisinet ; an réseau vasculaire dont les papilles sont pourvues produit l'état semi-érectile de la peau dans l'exercice du toucher. L'épidenne s'interpose entre les papilles et les agents extérieurs, augmente ou diminue l'intensité de leur conflit, en raison de son épaisseur, de son degré de sécheresse et d'hygrométrie; il fournit des prolongements tubuleux qui reçoivent les tiges capillaires des papilles. Les poils contribuent à l'atténuation des contacts, les ongles à l'exactitude de l'application des doigts, les glandes sébacées à la souplesse de la peau.

L'entretien et le perfectionnement de la fonction tactile exigent donc le soin de toutes les parties de la peau.

1^ L'action intime des tiges papillaires, la mise en jeu de leur impressionna* bilité sont liées certainement, comme l'actkm nerveuse de tous les organes, à ia stimulation initiale du sang; il fiiut que ce fluide leur parvienne avec certaines conditions de quantité et de qualité. La première indication est de favoriser dans une mesure convenable la circulation capillaire du sang dans la peau, de s'opposer aux causes qui peuvent amener l'anémie de cette enveloppe (usage constant des gants), ou y déterminer une augmentation morbide de l'activité circulatoire, des rougeurs, des stases sanguines, des inflammations (pression du vêtement à l'épaule, au poignet, etc.) : ces causes donnent lieu souvent à nne exaltation de la sensibilité générale, tout en empêchant l'exercice du tact. Tel est reflet des engelures, d'un panaris qui s'accompagne de fortes douleurs et rend le doigt impropre au toucher.

2* L'action r^Uère de l'appareil sécréteur de la peau lui fait en partie son degré de souplesse et d'élasticité ; le ressort de ces différentes couches prévient les pressions immodérées des corps extérieurs sur les papilles, et par suite la contusion de ces houppes nerveuses. Nous ne reviendrons pas sur les moyens propres à favoriser la transpiration insensible et la sécrétion sébacée; rappelons seulement que les sueurs excessives produisent une sorte de macération de la peau, la rendent flasque, inerte, et par conséquent nuisent en même temps au sens tactile. Sous les tropiques, l'exhaUtion visqueuse dont la peau est con* stamment le siège finit par amortir sa trop vive sensibilité.

3* La protection de l'épiderroe est nécessaire à son exercice en de certaines limites; quand cette couche inorganique offre trop de ténuité ou manque entièrement, la douleur est le seul résulut de l'impression des objets, et obscurcit en quelque façon la sensibilité spéciale du tact : les tiges papîliaires, dénudées par la destruction de l'épiderme, s'endolorissent à l'excès et deviennent inhabiles au toucher; il perd transitoirement de sa finesse chez les convalescents de phlegmasies cutanées, dont l'épiderme devient sec, cassant, se gerce, se fendille, s'épaissit, etc. Pour que le Uct ait la délicatesse et l'énergie convenables, ^ ne faut pas que la couche épidermique s'épaississe, comme il arrive par les fit>Uemenls répétés : les callosités interceptent l'eflét uctile des corps exté- ■"«eors et isolent les papilles nerveuses de la peau ; dans les hypertrophies de '*^Piderroe, celoi-d forme plusieurs coocbes dont la plus profMide est collée à

f%VtU] DU TACT ET OU TOUCHER. iS7

la face interne dans les points qui correspondent aux papilles (Rayer) ; Ticfathyose, caractérisée par nn développement morbide des papilles et un épaississement des couches épidermiques, réduit la fonction tactile à une sensation râpeuse de laine ou de peau de chagrin. Les soins de propreté, les lotions, Tusagt de quelques cosmétiques et des gants préviennent les accroissements de Tépiderme» (|uand ils ne sont pas la conséquence d*an état morbide local ou général, acquis ou héréditaire; Tabus des mêmes moyens entraîne parfois l'amincissement de cette enveloppe prolectrice et Tétiolement de la peau.

U"" Le tact réagit sur les autres fonctions ou facilite leur accomplissement, et veille comme les autres sens à la conservation de Tindividu : l'impression de la température des corps extérieurs ne sert-elle pas de régulateur à l'énergie de la calorificatton, et par conséquent au mode de la plupart des autres fonctions? Nous avons vu un hémiplégique, chez lequel la sensibilité de la peau était abolie, se brûler la jambe au contact d'un poêle jusqu'à désorganisation du derme. Ruilier cite un fait semblable. Les secours que le toucher fournit à V'uh tellect lui ont valu le nom de sens géométrique. Gondillac lui a décerné la prééminence sur les autres sens, prétendant que seul il donne la notion de l'existence des corps. Les sympathies spéciales de la peau avec quelques organes ajoutent à l'influence du tact : les vertus prolifiques du froc en sont un exemple; Texquise finesse du tact, l'irritabilité excessive du derme, les déman* geaisous que suscitent certaines éruptions, éveillent le désir génital et ont été pour plus d'un adolescent la cause initiale des abus solitaires. L'hygiène du taa intéresse donc les autres fonctions; et réciproquement le jeu normal de cellesci contribue à son Intégrité. Les maladies des viscères avec détermination à ta peau modifient secondairement sa tactilité ; il en est de même des affections fébriles qui la dessèchent, réchauffent, l'inondent de sueurs; des névroses qui la frappent d'anesthésie dans une certaine étendue (hystérie, catalepsie, etc.).

5** La culture et l'habitude donnent au toucher une délicatesse et une saga* cité bien remarquables, notamment chez les iveugles-nés, qui lisent couramment avec les doigts; l'impression du relief des lettres les dispense de les voir. Les circonstances individuelles et extérieures agissent toutes d'après les modes indiqués ci-dessus : ainsi, chez le vieillard^ le racornissement de la peau et sa sécheresse s'opposent à l'exercice parfait du toucher; chez la femme et l'enfant, conditions inverses, etc. Le vêtement agit de même, suivant les propriétés tactiles des parties qu'il laisse à découvert ou qu'il protège, etc. Les règles hygiéniques qui se rapportent au toucher se résument dans une juste mesure d'impressions et dans la variation moyenne de leur qualité thermométrique : les mains calleuses ne sont pas plus dans les convenances physiologiques de notre nature que la peau transparente, amincie, étiolée des héroïnes de boudoir : s'il faut éviter l'excès de chaleur rayonnante qui combure la peau et Texcès du froid qui la congèle, il est nécessaire toutefois de l'habituer aux vicissitades de température et d'hygrométrie.

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PRIVÉE] DE 1/ODORAl. \M

te nerf de la cinqniènie paire préside dans le nez à la sensibilité générale et influe sur la perception des odeurs sans en transmettre l'impression au cerveau. Le flairer s*opère tantôt par plusieurs petites inspirations brusques et saccadées, tantôt par une inspiration longue et soutenue : de tonte manière les molécules odorantes n'arrivent au coniact de la piiuitaire qn*à Taide d'an courant d*air au travers des fosses nasales; en ne respirant que par la bouche, on se soustrait aux odeurs. Le courant d*air qui détermine l'impression d'une odeur peut s'établir en sens inverse et chasser d'arrière eu avant à travers les fosses nasales les particules odorantes qui de la bouche ont passé dans le pharynx; aussi, comme le remarque Bérard, le temps de la déglutition où il s'échappe de l'air par le nez est-il celui où l'impression olfactive acquiert son maximum d'intensité.

Les odeurs, c'est-à*dire les molécules odorantes qui s'échappent des corpn par volatilisation, sont retenues par le mucus qui humecte constamment la membrane pitnitaiie; le mucus joue dans l'olfaction le même rôle que les fluides de la cavité buccale dans l'appréciation des saveurs; si sa sécrétion est suspendue, diminuée ou chimiquement altérée, comme dans le coryza, le sens s'émousse ou se perd momentanément. La membrane olfactive doit être douée d'une sensibilité prodigieusement exquise pour percevoir des molécules odo« rantes dont la ténuité échappe presque au calcul. Keil a calculé sur une expérience de Boyic que les particules odorantes d'asa fœtîda présentent en volume une fraction d'un pouce cube exprimée par un dénominateur de 21 chiffres avec l'unité pour numérateur. Les odeurs semblent être le type maximum de la divisibilité de la matière^ s'il est vrai que l'île de Ceylan se fait reconnaître à plus de dix lieues en mer par les émanations aromatiques de ses côtes.

Le sens de l'odorat est Tune des deux sentinelles placées à l'entrée des voies digestives, et la plus avancée des deux; il est le premier explorateur des ali* ments nouveaux; ses indications, plus parfaites pour les animaux que pont l'homme, méritent d'être suivies. D'après Haller, aucun aliment fétide ne peut être sain. Mais l'odorat exerce aussi uuc protection efficace sur les voies respiratoires, il nous révèle les qualités nuisibles de l'air; dans une salle d'hôpital, il nous avertit de la corruption de l'air avant que la chimie puisse la constater expérimentalement; les Cutters pressentent, à certaines odeurs fades, putrides on spéciales, les dangers qui les menacent (défaillances, ophthalmies, asphyxie) : l'inodorance est le plus ordinairement l'indice de la salubrité de l'air. Les phénomènes du mt témoignent chez les animaux de la liaison qui existe entre le sens de l'odorat et l'instinct de la reproduction. Il est aussi des hommes chez qui l'odorat intervient dans l'éveil du désir vénérien, moins encore par une connexion physiologique que parce qu'il met en jeu le souvenir et l'imagination. Treviranns va pins loin en prétendant que l'air, en passant sur les nerfs presque à nu de la membrane pituttaire, impressionne directement les portions les plus importantes de rencéphile^ corps striés,

Ita - DIS MOAinUTlUKS. — PlRClPTi.

comminare ■nlAriaire du cerreiP, noyau médidliire de la Kîiinn de Sylvius flt les ciroooToIatioiu anlérienm : cette actiw, iaivaDt loi, lerait nécessaire k l'activité de l'encéiriule; mais l'odorat eat purement on sent qualificatif ei pawif, il fimmit pen de Dutéiûnz i l'eatoidenieDt, il se rapproche plu de la •eniualiié que de rinteUigeocb L'exercice de l'odorat ré^t inr le reste de l'écoDomie, comme le prooTent les effets con*alaib naoséeux, enivrants de certaines odeurs (voy. t. I, p^ 580). Il est Ki8cq>titde de perfectionnemenl, de dépravilion, etc. L'va &Btida, qui s'a^wlle chei nous Uercut diaboUt est qualifié par les Persans de manger des dieu.

Les rë^es hygiéniques sont pour l'odorat les mêmes que pour le goût ; dles consistent k ériter tout ce qni p«nt modifier l'état Donnai des parties qui concourent à l'accompUsseEuent de cette fonction : les oorjias réptiés altèrent la sécrétion dn mncus nasal » ke parfatns trop éneigiqiKs épuisent l'impreisioonabUité dn nerf id&ctif , les tteniolaloira bn>érénieBt U membrane pituitaire et la tspisaent d'nne crasse de matière itmi^èis, etc. Les modificateurs les oiieax appropriés fc ce scoa sont, d'oM part, les arooMB volatils des aliments naUrds, d'autre part les seatann de la Tégélalioo en plein air; et comme les repas sont séparés nécasainaieat par des iUsnaUes r£golien, comme les éoûnations balsamiques de la terre saivent la loi de la përiodiciié annuelle, on en conclut qoe l'olhction ne doit pas être exercée, sollicitée ooDtûineUenmt comme die l'est par l'abus des cosmétiques odoriférants dont M eouvreot beaucoup de gens, parle bus des Bouts et des plantes rares qui «nbaument tsntt l'année )m balHlalioas de l'opulence. Il est surtout une sobitaoce qui B'«ttnqoe intseMMunent k la membrane olbctiTe, et dont l'nssge otl cutré dans les autian (lu notre dviUsation : c'est le Ubac.

Le (f^c {Nicotiana tabacum , jiUnte annuelle de la bmille des Solanéei) éuit L<n Duge chri les naturub <!<> IHe Mmmée San-Salvador pu Ghristo^e O>lomb, rjuaiid ce hardi n^ivigitvury aboida pour la première ((as. En 1519, kMmt. a\\\i\» ùeh graines de ceUc pbote k GharleM}uint ; en 1558, In Portugais vu iniruijuJairciit la culture ilaiM leur pays. L'amiral Drake en apporta de ta Ylritiolu «Il Augleierrc avâiitqoe Nîcot, ambassadeur freufais prés la CDUr ik Portugal, co tô(>ii. m tnfoytt des graines en trancei l'année soile, iJ |trèatnu le |>i'einier celle plante fc U relue Caiberine de Hédicis qui iiUii>usia&nie [idfiidiiru en fit presque aosilAt une panacée ^. piUreuiotuÉMaaoalHidécêniakiaomsd'AfrAesaiiift, ' 'be à lu rt'im. Ou compte un aaseï gnid nombre de ' iIl- uioitiaiiet;, diMnnlas par la Canne et la dimensions » tdeiiii()ac8 par leur» fsupcièlés. La plante estannoeUe, h tige lodriqutr, atteignuti OM hm«ur d'mnron S métra, fe Beurs u bh-udiré», i fruii çapwlrirui orcUe, pointu et oonleaant un ^(dUv de Kraiue» i luut^ h» pûliai de la plante, et surtout les "Icai une uclet» iiTiUme *t andéristiqu. Sa culture, r^Mndne a UMiudi; eu /Jongrii^ 4wb li Twqiùl, l'épie, I'Am Mi-

PtLiytt] DU TABAC. 1&3

Heure, la Chine, dans les deux Amériques du Nord et du Sud, exige des terres très-riches ou fortement engraissées : aussi l'Amérique du Nord le voit prospérer le long de 868 rivières, dans les terrains d'alluvion récemment déposés par les eaux fluviales et très-riches en potasse, comme dans les terrains calcaires qui occupent les versants de ses montagnes, très-favorables aux tabacs légers du Maryland. On sème le tabac à la fin de mars dans la proportion d*une cuiller à café pour 1 3 mètres carrés ; au bout de deux mois, les plants sont en état d*être transplantés. Le sol des terrains vierges, ondulé, exposé au sud-est, assorti, suffît aux quatre premières récoltes ; les terres cultivées exigent pour le tabac deux labours par an. Plus les plans sont distancés , plus forts seront les tabacs : ils redoutent les vents, le froid, les brouillards, les ardeurs du soleil ; une chenille de la grosseur de Tindex les détruit en quinze jours. Six semaines avant la récolte, on arrache les feuiUes à 15 ou 20 centimètres du sol (parer) f et Ton coupe la tige à la hauteur de 65 à 90 centimètres {écimer) en n*y laissant que quinze à vingt feuilles dont les premières sont le8 plus belles. Quand les feuilles jaunissent, s'affaissent et laissent suinter la gomme, on procède, par un beau temps, à leur récolte ; séchées à Tair, étendues sous des hangai's, puis chauffées à une température progressive pendant cinquante-cinq heures au plus dans des chambres dites séchoirs où sont espacés six foyers à 1/2 mètre d'intervalle, les feuilles sont ensuite séparées des tiges, réimies en manoques de dix à douze et pressées en boucauts. Les tabacs d'Europe comprennent celui de Hollande (amer fort) préféré pour la poudre ; nos sortes indigènes de France sont le lot^ corsé, à grand iéuillage, odeur de cacao ; le nord^ à feuilles longues et étroites, trèsammoniacal ; ie pas-de-calais^ moins fort ; Valsace, léger, à tissu fin ; Villeet'Vîlamey à grosses côtes, d'un tissu épais et spongieux, prompt k moisir, de peu d'utilité. Parmi les exotiques, citons le viryinie, corsé, très-aromatique ; le kentucky^ moins gras, moins fort, apte à divers usages ; le maryland^ léger, odorant, employé à fumer ; le havane^ exquis pour les cigares. La culture du tabac en France absorbe plus de 9000 heclares des meilleurs terrains, qui en fournissent environ 12 millions de kilogrammes; elle occupe 7000 ouvriers (1861).

Yauqudin est le premier chimiste qui ait étudié avec soin la composition du tabac. L'ensemble des nombreuses recherches dont cette substance a été l'objel coudait k y considérer les élémente suivants (1) :

(1) Peloose et Fremy, Traité de chimie générale, t. lY, 3° édit., 1860^ p. 623«

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DES NODIFICATKims. — PKRCEPTA.

[>T«tC?(F.

Bases minérales.

Acjdes minéraux.

Potasse*

Chaux.

Magnésie.

Oxydes de fer et de

magnésie.

Ammoniaque.

Adde axoUque.

Acide cblorhydrique.

Acide sulAirique.

Acide phosphorique.

Autres corps ) Silice*

Sable.

mmeraux.

Base

organique.

Acides organiques •

Nicotine.

Autres corps organiques.

Acide malique.

Acide citrique.

Acide acétique.

Acide oxalique.

Acide pectique.

\ Acide ulmique.

Késiue jaune.

Résine Terte.

Cire ou graisse.

Matières asotées.

Matières cellulosiques.

La otcotifle, «goalée à l*état impur par Vanqueiin en 1809, obtenue pat Reimann et Posselt, étudiée par Boutron et Benry, préparée pore poor la première fois et analysée par Barrai, retrou?ée depuis par Melsen dans la fumée de tabac, est un poison d'une énergie telle, qu'elle foudroie l'organisme à la manière de l'acide prussique. Liquide incolore dans les tubes bouchés, elle brunit h l'air; elle a une odeur acre, une saveur brûlante; ses vapeurs sont tellement irritantes, qu'il suffit d'en volatiliser une goutte dans un appartement pour y rendre la respiration difficile. On avait prétendu que la nicotine se développe dans le tabac sous l'influence du traitement manufacturier auquel il est soumis ; sa préexistence dans cette plante a été démontrée par les expériences de Schlcesing. On est parvenu à doser la nicotine dans la plupart des tabacs (laboratoire de la manufacture de Paris) :

Noms def Ubcrs. Nirotine p. 400.

Virginie, séché à i OO^ 6,87

Kentucky, id 6,09

Maryland, id 2,29

Cigares primera à 15 c, id.,

moins de 2 p. 100

Brésil, id 2 —

Havane, id 2 —

Paraguay, id 2 —

Nonifl des tab«i». Nicotine p. 100

Lot, séché à 100« 7,96

[x>t-et-Garoiuie^ id 7,34

Nord, id 6,58

me-et-Vilaine, id 6,20

Pas-de-Calais, id 4,94

Alsace, id 3,21

Tahac en poudre 2,04

Il résulte de ce tableau que les tabacs employés à la fabrication de la poudre eontiennent le plus de nicotine.

Les manufactures de l'État livrent journellement au commerce les cendres des dliïérentes parties de la plante. Leur incinération fournit :

De 17 à 24 p. 100 pour les feuilles et les côtes séchées a 100*. De 6 k 16 p. 100 pour les tiges.

De 5 k 14 p. 100 pour les racines.

lies proportions de matières solubles que renferment les cendres varient suivant les espèces et les terroirs : le maryland en a donné &1,5 pour 100 pour les feuilles, et 60,8 pour les côtes; le lot, 23 pour les feuilles et 34 pour les

privée] Dl' TABAC. iàh

côles, etc. I..es cendres des côles fournissent le maximum de matières solubles, et par conséquent de potasse qui y abonde ; le chlorure et le carbonate de potasse représentent 75 à 80 pour 100 du poids des matières solubles dans les feuilles et les côtes ; les cendres pauvres en carbonate de potasse sont riches en carbonate de chaux (30 à 60 pour 100).

Le tabac est employé de trois manières : on le prise, on le fume, on le chique. L* usage de priser a pris naissance en Europe ; il remonte à Catherine de Médicis, et fut conseillé à Charles IX, son fils, pour des maux de tête auquel il était sujeL Aspiré dans les fosses nasales, le tabac irrite la membrane pituitaire, détermine Téternument et augmente la sécrétion du mucus. La secousse de l'éternument peut occasionner la rupture d'un anévrysme, une hémorrhagie cérébrale, un étranglement herniaire (Bonnet, Morgagni), la déviation du globe de l'œil (Ilaller). L*habitude de priser, en émonssaut la susceptibilité de la muqueuse nasale^ supprime cet effet du tabac ; néanmoins, elle répète sar la membrane des stimulations qui, pour être moins perçues, n'agissent pas moins sur sa structure et finissent par l'épaissir et l'indurer. L'espèce de titillation que les priseurs recherchent ne s'obtient d'ailleurs qu'en augmentant les doses de tabac ; leur nez, leur lèvre supérieure, soumis à des frottements sans fin^ s'hypertrophient ; des mucosités noirâtres qui découlent de leurs narines, l'odeur de leur haleine et de leurs habits, font souvent de leur personne un objet de dégoût, surtout quand la vieillesse et la malpropreté aggravent ces inconvénients. L'odorat se détériore, s'affaiblit par l'épuisement de l'excitabilité de la pituitaire et s'exerce difficilement à travers la couche de crasse noirâtre qui la tapisse. Dans quelques cas, l'habitude de priser a para amortir la disposition aux migraines, aux maux d'yeux, aux douleurs de dents» au coryza, â la somnolence.

L'usage de fumer le tabac noas vient des sauvages, qui le brûlaient dans un vase ou une pipe appelée pelun^ nom que la plante a gardé. Le cigare et la cigarette remplacent avantageusement les pipes ordinaires, mais non l'oukas des Orientaux. Les Caraïbes rendent la fumée par le nez à l'aide d'un mouvement particulier de la langue. Les novices du cigare et de la pipe éprouvent une salivation abondante, et bientôt les phénomènes de l'ivresse avec indiges* tion (nausées, malaise, céphalalgie» vertiges, vomituritions, vomissement, etc.); ces symptômes se dissipent en quelques heures pour se renouveler avec ud6 intensité décroissante â chaque tentative ultérieure ; une fois l'habitude de fumer contractée» ils ne se montrent plus; mais il est des individualités qui ne la oootracteot jamais. Les autres effets de cette pratique proviennent de l'action mécaoiqae des ustensiles, de la sécrétion buccale ; de l'absorption de la vapeur de tabac D'après Leroy (d'Étiolles), le cancer à la lèvre s'observe une fois 1/2 sur 100 femmes, et 26 fois sur 100 hommes; différence de proportion qu'il attribue à l'habitude de fumer. G. Delestre (1) signale, chez les

(1) (i. Delestre» Sur le nunoUiviviwni des yencivcs, thèse. Parii» 1861» p. 28. M. LivY. Hygièiie, 5« édit. iu — 10

ià^ DES MODIFIGATKORS. — PËRCEPTA. [iTGiàHE

fumeurs qui n*en ont pas encore l'habitude, l'usage de fumer ou de chiquer comme une cause d'inflammation assez vive de la muqueuse buccale, avec ramollissement des gencives. Laycock (1) signale chez les fumeurs un état inflammatoire de la membrane muqqeuse des lèvres et de la langue qui se lermine quelquefois par la desquamation de l'épithélium ; la gorge devient le siège d'un gonflement léger avec injection veineuse ; l'irritation se propage aux fosses nasales postérieures qui laissent tomber dans le pharynx de petits amas de mucus sécrété ; elle gagne parfois la partie antérieure des fosses nasales, où elle se manifeste moins par une sécrétion anormale que par un pnirit incommode. Suivant Laycock, les conjonaives s'associent à cette irritation plus qu'ils ne la reçoivent directement par l'action de la fumée ; de là, le matin au réveil, chaleur, rongeur, larmoiement, spasmes du muscle orbiculairc des paupières avec photophobie. Un des symptômes les plus ordinaires de > abus de la pipe consiste dans une douleur sourde et gravative dans la région des sinus frontaux. La déperdition de la salive est peu considérable chez les l^ns fumeurs ; mais chez d'autres elle peut aller jusqu'à rendre les digestions imparfaites et à compromettre la nutrition; la d^lutition des fluides buccaux impr^nés des principes du tabac irrite, enflamme l'estomac, et, d'après ^ercy, qui a exagéré l'imminence moii>ide des fumeurs, l'induration squirrheui>e et le cancer de l'estomac en sont les suites. Plus fréquemment on observe seulement de la douleur épigastrique par pression, de l'anorexie, des nausées après le repas, une sensation permanente de malaise avec besoin d'expectorer (Laycock); l'inflammation évidente de l'estomac ne se montre que dans les cas extrêmes. J'ai été consulté par plusieurs malades atteints de dyspepsie avec vomissements d'abord glaireux, puis alimentaires, survenant peu de temps après le repas; chez quelques-uns, ces vomissements se répétaient avec une telle régularité, qu'ils suggéraient la crainte d'une lésion organique. J'ai réussi à les faire cesser, en exigeant des malades la renonciation complète à l'usage des cigares qu'ils fumaient immédiatement après leur repas, parfois au nombre de trois à six, avec une énorme déperdition de salive crachée; ce qui ne les empêchait point d'avaler de temps en temps un peu de liquide buqcal chargé des principes du tabac Un peu de fumée est absorbé, 'w4irtout par les voies pulmonaires, et son action narcotique ajoute à la béatitude que procure aux fumeurs de vieille date la satisfaction d'un besoin impérieux. Est-il vrai qu'ils perdent l'appétit? Nullement; mais le dgare trompe la bim comme ferait toute autre diversion, et peut-être aussi par la sédation de la sensibilité viscérale. L'abus du tabac fumé aflecte directement le larynx, la trachée et les poumons; la voix devient plus raoque, baisse de ton : il survient un peu de toux. Laycock a noté des cas d'inflammatk)n et d'ulcération du larynx. L'actk>n du cceur est déprimée, et chez quelques fumeurs à

(1) Laycock et Wright^ Sur tes maladies résuitani de l'abus du tabac, trad. de l'an* gUU par Gttéraré (AnmUês dTk^iène, 1847, t. UXVlll, p. 337).

PIIVÉE] DU TABAC. 147

outrance, ses battements sont plus faibles et un peu ifréguliers; la rapidité de Faction cérébrale et le jlibre cours des idées semblent ralentis, et c*est cet affaissement ner?eui qui vaut an tabac Tépilhète de calmant, de consolant. Les fumeurs acharnés ont le teint d*nne pâleur li?ide, les dents noires, les lèvres d*un bleu perle, les mains tremblantes, les muscles sans vigueur, le caractère sans énergie ni décision. Samuel Wright conGrme les observations de Laycock, et il note encore que, sous l'influence de la fumée de tabac, la muqueuse buccale se vascularise, se tuméfie, s*irrite et devient hémorrhagique. Ainsi s'explique en partie le grand nombre de stomatites saigôantes que nous traitons chex les militaires.

Le tabac à chiquer n'est point en feuilles, mais en cordes et en ficelle (bitord) : rarement on le mâche ; déposé entre l'arcade dentaire et la joue, ramolli par le contact des fluides salivaires ou pressé par un léger effort de succion, il cède asseï de principes pour déterminer sur la muqueuse buccale et les glandes salivaires l'excitation que l'on recherche. La chique seule n'abrutit pas, ainsi que le prétendent Mérat et de Lens (1) : témoin les officiers de marine qui la préfèrent, d'après Forget, parce qu'elle entrelient l'acte sensuel sans attirail, sans embarras, sans risque d'incendie et ne donne à l'haleine qu'une légère odeur, qu'un peu d'eau fraîche en gargarisme dissipe promptement ; mais elle développe le réseau vasculaire et les follicules de la langue ; Tâcreté qu'elle communique aux sécrétions buccales attaque l'émail des dents. La salive, mélangée avec le jus de la chique, ne peut être avalée sans danger. Barbier a vu un individu qui, ayant avalé par mégarde sa chique, en fut trèsmalade pendant trois jours. Fonssagrives rapporte qu'en 18/!i2, pendant la cam^ pagne de la Malouine, un matelot nègre, ayant avalé en dormant une diiqne énorme, se réveilla avec des vomissements, des nausées accompagnées d'agitttions, de cris, de mouvements convulsils de la face et des membres ; accidents que dissipèrent une saignée et des potions éthérées (2). Fumé, prisé, le tabaC s'adresse à l'odorat ; chiqué, c'est le goût ou plutôt la tactilité de toute la muqueuse buccale qu'il met en jeu jusqu'à ce qu'il Témousse. Ce mode d'emploi du tabac, quoi qu'en pense le docteur Druhen (5), n'est point exclusivement dans les habitudes des gens grossiers. J'ai connu un administrateur éminent de l'armée, un membre du Conseil d*£lat, qui en usait proprement et sans préjudice pour sa santé.

Si maintenant on pèse sans prévention les avantages et les inconvénients du tabac, on trouvera qu'on a peut-être exagéré les uns et les autres. Il n'est pas un digestif (Rnapp), il ne prévient pas les maux de gorge, il ne préserve pas du scorbut (Aamazzini), ni ne le détermine (Rouppe), etc. ; il n'hébète pas

(1) Mérat et de Lens, Dictionnaire universel de matière médicale. Paris^ 1832^ t. IV, p. 609.

(2) VouÊUgmtÊf Hygiène navale. Paris, 1856, p. 736.

(3) Druben atné, Du tabac, etc. Hyyiène de^ 'fUmeurs^ 2* édiU Besançon, 1867.

U8 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTÂ. [rtgiéne

les fumeurs et les chiqneurs, il ne ies émacie point par le flux salivaire, etc. ; il ne souille pas les angles des lèvres d'une bave noirâtre, si ce n'es^chez les gloutons qui, au lieu de se contenter du simple rond de bitord, s'emplissent la bouche de tabac à fumer. Quand on Taccuse d'abrutir, on confond ses effets avec ceux de l'ivrognerie et de la crapule : sans doute dans l'atmosphère des estaminets et des tabagies où les Flamands passent plusieurs heures livrés à l'absorption des molécules de nicotine qui agissent sur leur système nerveux^ la bière houblonnée ajoute au narcotisme léger qu'ils se procurent chaque jour dans ces lieux; et cette double influence, se renouvelant tous les jours, finit par épaissir leur intelligence, engourdit leur sensibilité, etc. ; mais l'usage du cigare, de la pipe pu de la chique en plein air est exempt de ces conséquences, si on ne le pousse point à l'excès. A la féritét l'introduction du tabac dans les habitudes des peuples est un fait biiirre : tandis que la civilisation avance si lentement, une herbe fétide a conquis le monde en moins de deux siècles. Cette extension si rapide, qui continue encore eu France, puisque la branche du revenu public qu'elle alimente ne cesse de s'accroître, prouve qu'elle intéresse le fond de la nature humaine. Ne satisûiit-elle qu'une inode^ un caprice, une habitude invétérée, cette substance que l'ouvrier, le prolétaire se procure au prix d'autres privations, avec les deniers qu'il gagne à la sueur de son front? ou malgré tant d'observations contraires auxquelles viennent de s'ajouter celles de Laycock, "Wright et Guérard, indinera-t-on à croire, avec Knapp qu'elle exerce une influence utile sur l'économie et ses fonctions (1)? Le tabac, dit avec raison Foiiget(2), répond à cet impérieux besoin de sensation dont l'homme est tourmenté, et qu'il cherche à satisfaire en nourrissant des appétits grossiers, au défaut des impressions plus délicates qu'il rencontre au sein d'une société dont il est actuellement privé. Le sauvage de l'Amérique, le soldat au bivouac, le marin en pleine mer, le mol habitant des régions tropicales qui craint de penser sous le poids accablant des chaleurs du climat, l'oisif de nos villes, le Turc énervé par l'exercice prémataré des organes génitaux et plongé dans la double iuertie du fatalisme et du despotisme, usent du tabac comme nos élégants du bal et des spectacles, le poète du café, le savant de lectures : tout vient se résoudre dans le grand mobile de l'animalité, la sensation (Forgel). Parmi les fumeurs, les uns savou- '^nt l'impression immédiate et en jouissent instinctivement conmie de Tair qu ils respirent; les autres réfléchissent leurs sensations, y puisent un bien- ^ qui les porte à l'espérance ou aux réminiscences du bonheur : l'action riodiqae de sucer le cigare et d'en expirer la vapeur par bouffées berce l'es- • Ainsi, le tabac s'élève au rang de modificateur moral, et dès lors il faut f^^'^^ier, non plus avec les seules données de la chimie et de la physiologie,

, '*'*-' ^«V» SnhrHngt^Mittei in ihren chemMten umi lechntisihen Beztehunyen,

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"•^e», HeaeciiK navak. Parif, 4832, t. I, p. 293.

fnH%] DU TABAC. i&9

mais au point de vue des réactions morales qui jouent un rôle si considérable dans l'hygiène humaine. Des malheureux qui n'ont pas mangé depuis longtemps demandent l'aumône pour acheter du tabac ; un matelot privé de chique depuis trois jours met dans sa bouche un peleton d'étoupe goudronnée, et remercie avec des larmes son chirurgien qui partage avec lui un peu de tabac (Forget). Si cette plante a des inconvénients, elle a donc aussi ses douceurs, elle est pour beaucoup de gens le remède de cette maladie de la civilisation qui s'appelle l'ennui. Les illusions mêmes et les erreurs qu'ils y rattachent méritent d'être respectées par le médecin : tel attribue au tabac la facilité de sou travail intellectuel; tel autre ne digère qu'en fumant un cigare. Souriez ! mais passez outre. Le goût du tabac est le dernier appétit qui abandonne dans l'état de mabdie ceux qui en usent habituellement sous une forme ou sous une autre; le reUMir de ce goût est d'un augure favorable pour la convalescence. Ce qu'il faut bl^er et proscrire, c'est l'abus, c'est l'usage prématuré du tabac; car, après tout, cette substance n'a rien d'hygiénique par ellemême; au contraire, elle est toxique; elle ne peut exercer qu'une influence nuisible sur l'adolescent, sur le jeune apprenti des ateliers, sur les collégiens qui recherchent le cigare et la pipe comme un insigne de virilité et d'émancipation ; elle fausse leurs besoins, elle peut compromettre leur développement Ce qui est détestable et abrutissant, c'est l'habitude de fumer presque sans interruption, comme elle existe en Orient, où la pipe est le prolégomène de tous les actes officiels, de toutes les conversations, de tous les rapports sociaux. L'Oriental saisit sa pipe au réveil et ne la quitte plus jusqu'au coucher; un fonctionnaire spécial, le porte-pipe, fait partie du cortège de tous les dignitaires; dans les maisons aisées^ le soin des pipes est l'attribution exclusive d'un ou de plusieurs serviteurs qui occupent l'échelon supérieur de la domesticité. C'est en Orient et dans les tavernes des pays flamands que l'on peut apprécier les eflcts stupéGauts, la dégradation intellectuelle et morale qui résulte de l'abus combiné de la bière et du tabac, du tabac et des harems : ici point de famille; là les inertes jouissances de l'estaminet remplacent la famille et amènent Tabandon des foyers domestiques. Les excès du tabac énervent l'intelligence, la plongent dans le vague, émoussent Tattention, aiïaiblissent la mémoire; la fumerie est au moins un mode d'oisiveté cérébrale qui, sans cesse répété et longtemps prolongé^ aboutit à l'inaptitude de l'esprit, à l'irrémédiable engourdissement des facultés (1). Chez les Européens, cet excès s'associe presque toujours à celui des boissons alcooliques : alors la torpeur asia-

(i) Pour préciser l'influence du tabac sur les facultés intellectuelles, Bertillon (Unioj) médirate^ 1865) a opéré par voie de statistique sur des promotions de l'ËcoIe polytechnique ; il a constaté que le rang moyen des 66 grands Aimeurs est de 9il,5 à leur entrée à l'École, et de 98,3 à l'examen de fin d*année; les 60 élèves qui ne fument pas ont pour rang moyeu 71 à leur entrée, et ils sortaient avec le numéro moyen de 67,7, de sorte qu'après neuf mois de travail en commun, ils ont dépassé de 30 places leurs collé- {eues ftiroeurs.

niTti] DE L'OUIE. i5t

ses principes actifs, et dispense de mâcher le tabac Ne rallumez jamais un ci^re refh>idi depuis quelque temps ; on le dit plus acre et plus narcotique. La pipe de terre à tuyau court (brûle-gueule) laisse arriver à la bouche tout le principe Ténéneux du tabac. Percy (1) l'a justement stigmatisée. La moins nuisible est la pipe à long tuyau ou la pipe à pompe.

I «• — De r««ïe.

L'ouïe n'est encore qu'une sorte de toucher» et son instrument ne semble être qu'une dépendance de la peau, modifiée de manière à ressentir les plus légères vibrations des corps. Toutefois, et malgré l'exiguïté de ses propor» lions, il est l'un des appareils les plus complexes de l'économie.

L'oreille externe comprend \e pavillon de P oreille et le conduit auditif; ce dernier est un simple tube de transmission. Quant au pavillon, constitué par une lame ûbro-cartilagineuse qui, repliée sur elle-même, représente un cornet acoustique, il sert à colliger et à renforcer les ondes sonores. Tandis que le développement parfois énorme et l'extrême mobilité de cet appendice chex certains animaux paraissent en rapport avec un haut degré de finesse du sens de l'ouïe, dans l'espèce humaine, au contraire, il reste à l'état rudimentaire avec des muscles extrinsèques et intrinsèques, il est vrai, mais si peu développés qu'ils sont incapables de le mouvoir et d'en changer la direction au gré de sa volonté. Des faits nombreux attestent que la perte du pavillon ne porte qu'une très-médiocre atteinte à l'intégrité de l'audition. Malgfé sa grande vascalarité, le pavillon de l'oreille est, comme le lobule du net, une des portions du corps qui se congèlent le plus facilement, ce qui provient de son petit volume et de la ténuité des vaisseaux qui le pénètrent

L'oreille moyenne ou caisse du tympan est destinée à transmettre à l'oreille interne les vibrations de l'air. Fermée en dehors par la membrane du tympan, elle est limitée en dedans par une paroi osseuse dans laquelle sont creusées deux ouvertures : la fenêtre ronde et la fenêtre ovale. Ces deux ouvertures sont elles-mêmes complètement obturées par une membrane ; en outre, la fenêtre ovale loge la base de l'étrier. La caisse est donc tout à fait séparée du conduit auditif externe et de l'oreille interne ; mais elle est ouverte en avant et communique librement avec la partie supérieure et latérale du pharynx par le moyen de la trompe d'Eustache, tube ostéo-cartilagineux élargi en pavillon vers son extrémité pharyngienne. D'autre part, trois osselets, le marteau, Venrlume et Vétrier, forment une chaîne tendue transversalement entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale. L'air est-il poussé dans le conduit auditif externe? La membrane du tympan se trouve, à riû#»ant même, déprimée vers la caisse et le mouvement vibratoire, transmis par l'enclume et rétrier, arrive ainsi sur la membrane de la fenêtre ovale, et passe de là dans l'oreille interne.

(1) Percy, Uiciiimnaire des sciences médical, t. LXIL

fiirrÉE] DE L'OUÏE. 153

conde. Les vibralions sonores agissent : 1° par l'ébranlement que tout Torganisnie peut en ressentir; 2*" par les impressions qu'elles produisent sur les organes de Touîe. Le premier de ces deux eiïets ne peut résulter que de vibrations énergiques. Très-modérées, elles produisent de très-petites secousses dont nous avons à peine conscience; Touîe, exercée sur des sons faibles^ acquiert plus de portée, plus de finesse, mais perd de sa tolérance pour les vibra* lions fortes et pour le bruit : c'est ainsi que l'habitude d'un demi-silence nous ûiit une souffrance des rumeurs de la rue. L'absence de sons ou le silence agit sur l'ouïe comme l'obscurité sur la vue ; la privation prolongée de la stimulalion fonctionnelle aurait pour résultat l'afTaiblissement de ce sens; la privation momentanée le repose : aussi dit-on que le silence porte au recueillement, au sommeil, comme il favorise les opérations de l'intellect en supprimant les causes de diversion extérieure; mais s'en faire un besoin, c'est s'exposer à maintes contrariétés. L'exemple des habitants de Paris prouve que l'on parvient à penser et à dormir au milieu du bruit : l'ouïe, comme les autres sens, doit être accoutumée à une grande variété d'impressions. Les sons intenses déterminent des succussions générales analogues à celle du massage^ des frictions, de la flagellation. Léopold Deslandes se demande si les roulements prolongés du tambour dans une salle bien disposée pour réfléchir les rayons sonores ne pourraient servir chez certains malades à exciter les fonctions moléculaires ; les oignes les plus immédiatement soumis au contact de l'air et ceux qui sont situés dans les caVités ne ressentiraient-ils pas spécialement cette action? Il faut rapportera cet ébranlement de tout le corps certains accidents causés par les fortes détonations, tels que stupeur passagère, pesanteur de tête, engourdissement général, douleurs articulaires, hémorrhagies nasales et bronchiques. Les convulsions, les avortements produits par les détonations soudaines et fortes sont peut-être un effet plus moral que physique; mais il paraît prouvé qu'elles ont pu faire périr des poissons au fond des lacs et des rivières, et donner la mort à des fœtus dans le sein de leurs mères. Dans l'oreille elles peuvent occasionner des lésions graves, telles que phl^nnasie, hémorrhagie, surdité plus ou moins prolongée^ rupture du tympan; ce dernier accident survient parfois chez les jeunes canonniers, à la suite des décharges simultanées de grosses pièces d'artillerie en grand nombre. Peu considérable, la rupture se cicatrise promptement, s'accompagne de symptômes cérébraux et n'entraîne pas toujours la surdité ; elle expose à l'otalgie, à l'inflammation de la cavité tympanique, à la disjonction des osselets; elle ouvre un facile accès aux insectes et compromet l'intégrité ultérieure de l'ouïe par Taction de l'air extérieur sur les parties profondes de l'organe : on a vu le nerf acoustique plus ou moins lésé, et même désoi^;anisé par la succussion d'un son.urop intense. Les artilleurs bien constitués n'éprouvent le plus sonvent que des troubles passagers de l'ouïe, de la vue ou de l'encéphale; au bout de quelques jours leur apprentissage acoustique est terminé, i^lais il est prudent d'imiter Texempie de Percy, en éloignant de cette arme les sujets à

nXftÊ] DE L'OUIE. 155

on init d'aatagonisine on de réralsion morale, tantôt dans l'intérêt d'une fonction organique en souffrance. Des aliénés ont entendu un concert arec des signes manifestes de plaisir; d'autres ont coopéré à son exécution avec autant d'attention et de justesse que les musiciens sains d'esprit. Les phrénologistes expliquent ces curieux résultats par l'antagonisme des différents organes de l'encéphale : quand le philosophe attribue à la musique l'avantage d'adoudr les mœurs, les disciples de Gall prétendent seulement que l'homme adonné à cet art, et l'homme qui se livre à la chasse et au meurtre, exercent des organes différents. Logomachie au fond! Gontentons-nous de signaler la puissance or* ganique et morale des sons rhythmiques. Quant à l'ouïe elle-même, à force de s'appliquera la di^inclion minutieuse de tous les rapports de tons, de toutes les variétés de leurs combinaisons, elle acquiert de la justesse et de la précision : une oreille musicale tombée dans le quatrième degré de la dysécée conserve encore toute la netteté et la justesse de ses perceptions, et tandis que pour elle la parole articulée n'est plus qu'un mélange de sons confus, elle sent vivement encore les beautésou lesdéûiutsd'une musiquesavanteet de son exécution (Itard). 2<* Différences indimdtteUes de rouie. — L'audition est sujette à des modifications passagères ou durables dont la cause matérielle échappe et dont le remède est dans l'hygiène plus que dans la thérapeutique : telles sont l'exaltation (hyperacoosie), la faiblesse et la dépravation de l'ouïe (paracousie). Le premier état, très-souvent symptomatique des lésions de l'appareil auditif ou d'autres affections, telles que migraine, névroses, hypochondrie, fièvres graves, résulte parfois d'un trouble fonctionnel qui rend incommodes les bruits extérieurs et même les secousses produites par l'action de se moucher, d'éternuer; le tamponnement de l'oreille avec du coton pour amortir l'acuité des sons du dehors et l'exercice de l'ouTe sur des sons de moins en moins faibles sont à peu près les seuls moyens qu'on puisse lui opposer. Le bourdonnement, le tintement d'oreille, certaines irrégularités de perception, telles que l'inégal retentissement des sons qui ont une intensité égale ou le désaccord entre les impressions reçues par les deux oreilles, se rapportent à la perversion de l'ouTe. Ces phénomènes si gênants indiquent souvent un état de pléthore encéphalique ou générale, l'anévrysme d'une artère sus-diaphragmalique, la circulation difficile de l'air dans l'oreille ; on les observe dans l'hystérie, dans l'hypochondrie, dans les maladies aiguës, etc. Les bourdonnements, murmures, Hîfilements de l'oreille peuvent être le résultat d'une hallucination de l'ouïe, c'est-k-dire une perception sans impression reçue par l'organe auditiC En comprimant pendant quelques minutes les troncs carotidiens, on fait cesser les bruits qui sont dus au retentissement des pulsations artérielles de la tête (Itard), et leur origine étant ainsi connue, on réussit parfois à les masquer, à les couvrir par des vibrations sonores que l'on produit artificiellement autour du malade, telles que le mouvement du balancier d'une pendule, la chute sonore d'un filet d'eau dans un bassin métallique^ etc. Ces moyens agissent, et par rinteosité prédominante de lenrs bruits, et par l'eflèt du rhytbme cadencé qui

156 DES MODIFICATEORS. -- PERCEPTA. [iTGlÈNC

berce Tespritet captive l'attentioo. On désigne par désécée la faîblesBe acquise ou congénitale de l'ouïe (dureté de l*oreille), donnant lieu à Tinaudidon plus ou moins complète des sons de la voix humaine ; quand les sons ne sont plus perçus que sous forme de bruit, il y a surdité. Itard a admis quatre degrés de la dysécée : dans le premier, audition confuse des sons parlés indirects, où la bouche qui les émet n'est pas vis-à-vis de l'oreille qui les reçoit; dans le deuxième, audition confuse des sons parlés directs; dans les deux derniers degrés, la voix d'abord indirecte, puis directe, cesse d'être nettement perçue. Quand on expérimente sur la perception de la parole, il faut prendre pour diapason le ton ordinaire de la conversation, et pour distance celle de 1 mètre; les épreuves qui portent sur la vçix exigent le diapason des cris et la distance d'un pied. Les variations qui se manifestent dans la dysécée et que la surdité n'offre point, révèlent les chances de la guérison ; celles qui dénotent l'absence d'une lésion organique ne coïncident pas avec les vicissitudes barométriques et hygrooiétriques de l'atmosphère, mais elles surviennent brusquement par tous les temps et diminuent ou augmentent de deux ou trois degrés l'intensité de la perturbation fonctionnelle. Avant l'époque où la parole se développe, c'est-à-dire depuis la naissance jusqu'à la deuxième année, la dysécée des deux derniers degrés produit le mutisme; dans les deux premiers degrés, la parole est tardive et dégénère en un jargon informe, si elle n'est exercée et appliquée avec des soins particuliers. De deux à six ans, période où la parole se perfectionne et parvient à la phrase complète, la dysécée des deux premiers degrés ralentit ses progrès et ceux de l'intelligence et ne permet que l'éducation privée; la dysécée des deux derniers degrés arrête le développement de la parole et dénature ses acquisitions, et si le mutisme ne survient pas, l'adulte retient le langage et l'imperfection intellectuelle du premier âge. Ainsi dans les deux premières périodes de la vie, la faiblesse de l'oule équivaut à sa privation, et les moyens auxiliaires de ce sens acquièrent alors une importance décisive par l'éducation ; s'ils manquent, un léger degré de dysécée peut amener la surdi-mutilé, abrutir M voix par l'absence de la parole, frapper de torpeur l'âme et Tintclligence par l'isolement de l'individu. Sur 162 sourds-muets, Ilard (1] en a trouvé 86 affectés de simple dysécée et qui lui ont dû le bienfait de leur séparation d'avec le commun des sourdsmuets, moins perfectibles qu'eux. Après l'acquisition du langage articulé et des idées dont il est le véhicule, la dysécée n'est plus qu'une infirmité supportable; la parole et l'écriture sont désormais des instruments suflSsanis pour les échanges de la vie morale ; l'intelligence, mal desservie par l'oreille, redouble de |)énétration, et, grâce à la mutualité des sens, l'étude visuelle du mécanisme labial de la parole corrige les infidélités de Touïe.

3<» Soins et moyens hygiéniques de route. — Quand l'appareil auditif est intact, l'hygiène n'a d'autre objet que de le soustraire aux causes de maladies

(i) lljura, Traité tien nwlwiks tie /i^riV/** et ilr l'nudUion. Paris, 1842, 2 vol in-8.

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