‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 23 sur 107 · PRIVÉE] DE L'OUIE · texte numérisé non relu

PRIVÉE] DE L'OUIE

et aux habiludes vicieuses. G*en est une que de comprimer [le pavillon contre la tête ; on aplatit cet organe, on le déforme, on arrive même par cette compression à abaisser et à rétrécir le méat. Une fois cette disposition vicieuse du méat établie, il est plus diflBcile d*en extraire le cérumen qui s*y accumule, et la surdité se produit par cause mécanique. Dans un âge plus avancé, la même difîormilé du conduit auditif externe est le résultat de l'usure ou de la chute des dents incisives; le menton se porte en avant et en haut, fait basculer Toreille et (ait perdre au méat sa forme ronde ou du moins ovalaire. On remédie à cette lésion en faisant remplacer les dents absentes, ce qui maintient le menton abaissé et ramène le pavillon à sa position normale (Ménière). Les obstacles accidentels à Texercice de Toute sont Taccumulation du cérumen, les corps étrangers, le défaut de renouvellement de Tair. Le cérumen accumulé forme un bouchon adossé à la membrane tympanique et s'avançaut dans le conduit auditif qui lui sert de moule; il en résulte une démangeaison, une sorte d*embarras au fond de Toreille, rarement une douleur qui s'étend à la tête, toujours un affaiblissement de Toute qui peut aller jusqu'à la surdité. On Texlrait avec un cure-oreille, et, quand sa densité l'exige, on le ramollit préa* lablement à l'aide d'injections d'eau ou mieux d'huile tiède ; rare chez l'enfant dont le cérumen est plus fluide et moins concrescible, cette incommodité est alors le résultat de la malpropreté et de l'incurie. Les soins de propreté sont nécessaires à tout âge pour prévenir les concrétions cérumineuses, le feutrage des poils qui tombent, l'accumulation des écailles épidermiques qui s'ajoutent à ces corps étrangers pour former des amas oblitérant complètement les méats. Ces matières se ramollissent au contact de l'huile, et une injection d'eau tiède suffit ensuite pour vider le conduit auditif et pour rétablir les fonctions altérées, si la surdité ne dépend pas d'une autre cause. Des corps étrangers peuvent s'introduire dans l'oreille : les uns inanimés, tels que noyaux, pois, boulettes de papier, etc. ; les autres vivants, tels que de petits insectes qui |)énètrent directement, ou dont les <£ufs déposés dans le canal auditif y éclosent et donnent lieu aux métamorphoses naturelles de l'animal. Les accidents qu'ils déterminent et les indications qui en découlent sont du ressort de la chirurgie; les corps inertes doivent être promptement extraits en employant les injections de préférence aux instruments ; les injections huileuses, les substances amères fout souvent périr les animaux. Bérard a provoqué la sortie du ver provenant de la mouche carnassière en plaçant à l'entrée du conduit auditif des morceaux de viande. Différentes parties de l'oreille sont impressionnées par les qualités de Tair extérieur : le développement des otalgies, des otites, etc., par Taaion des courants d'air ou de brusques mutations de température, en est la preuve, ainsi que les variations de la dysécée sous l'influence des osciU lations da thermomètre et du baromètre. Il convient donc d'exercer l'oreille aux impressions opposées de l'atmosphère; mais cette sorte d'éducation de l'appareil auditif ne réussit pas toujours. Ménière nous a assuré que les artisans exposés par leur métier à de brusques variations de température éprou-

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par la fièvre, atteints d'hémoptysie, d'ioflammalioiis aigaês, ptrticalièreineiit de celles des organes respiratoires, aux femmes enceintes et sujettes à l*avortement, aux femmes en couches, aux blessés^ aux opérés. A bord des faisseaux qui prennent part à un combat naval, dans les ambulances qui avoisinent les champs de bataille, les malades s'agitent au bruit de la canonnade, éprouvent des crampes, des soubresauts, des tiraillements, des convulsions, le tétanos, des iiémorrhagies; les fortes détonations ne sont pas moins à redouter pour ceux qui sont atteints de fractures oomminutives. Pcrcy a vu des sourdsmuets qu'elles jetaient dans un état de douleur et de malaise. La musique est une source d'émotions morales dont l'hygiène peut tirer un grand parti auprès de l'homme sain el malade, soit pour rompre la direction habituelle des actes cérébraux, soit pour modifier secondairement les fonctions oi^a** niques.

On a tenté récemment de renouveler le miracle biblique de la harpe de David. Les lypémanes de Bicétre n'ont pas tous éprouvé, comme Saûl, le bienfait de la médication par le chant et la musique. L'abstinence de l'ouïe ou le silence extérieur est une condition d'hygiène nécessaire à certains malades, comme à d'autres l'obscurité (méningite, migraine très-intense, etc.); il est le remède de l'hyperaoousie. Quant aux aberrations de ce sens (murmures, tintements, etc.), le plus souvent elles dépendent d'une lésion qu'il faut guérir^ ou de conditions plus ou moins passagères de l'organisme (pléthore, anémie). La faiblesse de fouie exige, depuis la naissance jusqu'à la sixième année, des soins et des procédés spéciaux d'éducation : ils se déduisent de ce que nous avons dit plus haut Quand elle se développe accidentellement après l'évolution de l'homme moral et social, l'hygiène pedt intervenir utilement pour conserver ce qui reste de U fonction. En principe, il faut user avec ménagement des organes affaiblis. Les demi-sourds, disait Ménière (1), ont le tort de vouloir trop entendre : ils exigent de leur oreille un travail hors de proportion avec le peu d'énergie vitale qu'elle conserve; au lieu d'en soutenir la force par un exercice modéré, ils l'épuisent par une action trop vive, trop continue. Ceux dont la sensibilité acoustique va toujours en diminuant trouveront-ils dans les inventions de l'art quelques auxiliaires plus ou moins efficaces? Les instruments acoustiques, sorte de prothèse h)^énique, sont à l'oreille ce que les verres sont aux yeux : ils servent de palliatif à un effet produit par des lésions très-diverses. Pour les personnes dont l'ouïe s'est affaiblie au déclin de l'âge ou dans la vieillesse, les cornets semblent avoir la même utifité que les verres convexes pour les presbytes, car tous les sons de la voix sont perçus par elles à la condition de vibrer plus ou moins près de leur oreille, el sur un ton plus ou moins élevé. Malheureusement, cette faculté conditionnelle de percevoir les sons doux ou faibles de la voix articulée manque dans l'espèce de surdité la plus commune» elle manque cbex tous les sourds qui le sont de naissance ou

(1) CommanicaMon manuicrite de 1861.

160 DES MODIFICATEtJRS. — PERCEPTA. [hygiène

qui le sont devenus dans Tenfance, dans la jeunesse et même dans l*âge adulte. Pendant plus de trente ans de pratique spéciale, Itard n'a pas vu un seul sourd-muet, même parmi ceux qui n*ont qu'une dureté d'ouïe plus ou moins prononcée, qui pût s'aider utilement des instruments acoustiques. Ceux-ci sont très-imparfaits, malgré le soin qu'on a pris d'appliquer dans leur construction les lois d'acoustique; ils ont pour triple effet de recueillir une plus grande quantité d'ondes sonores, de les renforcer de toutes les vibrations qu'elles excitent dans les parois de l'instrument, et de les transmettre immédiatement au coiiduit auditif. Le renforcement du son est le résultat le plus important; mais par une loi d'acoustique, il perd en netteté ce qu'il gagne en intensité, et au delà d'une certaine limite de force, il frappe confusément l'ouïe. Les sons non articulés sont exceptés de cet inconvénient, leur perception étant soumise à des conditions plus simples. En effet, les sons des instruments de musique peuvent être entendus plus forts et de plus loin sans perdre de leur précision; et plus la dysécée est avancée, plus le retentissement des sons non parlés peut augmenter sans obscurcir la netteté de la perception. La forme des cornets influe sur les réflexions que le son y éprouve, leur substance détermine leur d^ré de résonnance : ainsi, de la forme dépend le renforcement du son, de la substance sa netteté. Certains métaux, dont on augmente l'élastidté par l'écrouissement, la tôle, l'argent, le ferblanc battu, donnent beaucoup d'intensité au son ; la forme spiroîde, avec le décroissement progressif de la cavité infundibulifonne, contribue le mieux au même but. Plusieurs coquilles univalves, appartenant à la classe des enroulées, des purpurtfères, telles que les vis, les buccins, les cônes, sont des cornets acoustiques très-retentissants; il suffit d'ouvrir le sommet de leur spire et d'y ajuster un tube sonifère qui s'applique à Torifice du méat auditif. Quand le degré de la dysécée exige une matière plus élastique et plus vibrante que le carbonate calciqoe des coquillages, on leur substitue des cornets de cuivre ou d'argent modelés exactement sur la foniie enroulée des univalves spirées. Pour corriger la résonnance de ces cornets artificiels, on enduit leur intérieur d'un vernis de peinture, on y introduit un léger flocon de coton, et Ton dispose près de leur pavillon une cloison de baudruche, sorte de tympan qui amortit i^ ondes sonores. On construit d'autres cornets avec trois ou quatre segments d*iin tube conique réunis en faisceau. Ce petit s\*stème de sinuosités, outre la transmission retentissante des sons qu'il recueille, afiecte l'oreille d*oa murmure continu qui, dans les surdités séniles, excite la sensibilité ^moussée de l'organe et hi (iKilile la perception des sons. Ce murmure inces- Hani est dû au mouvement vibratile de l'air enfermé dans les tubes coniques ^( qui s'écbauHè au voisinage de la tête ou au conUct de la main. Létaiii, le l^is, la corne, la gomme élastique, laçonnés en cônes droits ou légèrement ctiurbés, et se terminant par un pavillon peu é\asé, donnent, |H>ur les degK^ nioins intenses de dysécée, des sous moins retentissants, moins confus. 81 ces tnslnuncttts ont encore trop de résonnante et donnent lieu à un bourdonne-

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ment, on les remplace par un simple réceptacle des ondes sonores qui les ras* semble sans les renforcer : telles sont les conques appliquées en voûte sur le conduit auditif, et disposées comme la main dont les gens à audition dure s*aident pour colliger les sons. La déviation ou Toblitération du conduit auditif s'observe à la suite de la tuméfaction considérable des parotides, ou quand la perte des molaires a changé les rapports des condyles du maxillaire inférieur. Pour rétablir, dans ce cas, le libre passage des ondes sonores, Larrey a proposé de petits cornets acoustiques de gomme élastique, enduits d*un vernis couleur de chair, et placés sans lien extérieur, de telle sorte que le rebord corresponde aux replis de Tanthélix, du tragus et de Tantitragus. — Jorissen et Winkler ont conseillé l'usage de lattes minces qui, placées entre les dents^ transmettent les vibrations sonores par la trompe d'Eustache. Itard a converti cet instrument en une espèce de porte-voix de bois de 2 pouces d'épaisseur, dont une extrémité, taillée en bec de clarinette, est saisie par les dents du sourde tandis que l'autre, évasée en pavillon, reçoit la bouche de l'interlocuteur. D'après Deleau, les meilleurs instruments, pour les personnes affectées de dysécée qui s'aggrave avec les années, sont de simples tubes conducteurs des sons ; ils ne dénaturent pas les sons et n'exaspèrent point la sensibilité du nerf acoustique. Telle était aussi l'opinion de Ménière : pour faire converser avec un demi-sourd une personne à voix faible, à respiration courte, à voies aériennes irritables, il conseille l'emploi d'un cornet composé d'un long tube flexible, formé par une spirale métallique enveloppée de tissus imperméables. Ce lube, long de 1 à 2 mètres, se termine par un bout d'ivoire qui entre dans l'oreille du sourd; l'autre extrémité évasée, du volume d'une tulipe, sert à recueillir la parole. A l'aide de ce tube, deux convives placés l'un en face de l'autre peuvent converser ensemble sans effort de voix, sans fatigue, même à voix basse et presque en confidence. Il n'y a pas, suivant Ménière, d'instrument qui ait moins d'inconyénients, et dont on puisse user aussi longtemps sans crainte d'épuiser la sensibilité de l'oreille ; mais l'auxiliaire le plus utile, le plus Innocent, le plus efficace, est la main placée derrière le pavillon : en le portant un peu eu avant, elle agrandit le récipient des ondes sonores et rend l'ouïe facile sans nuire à l'organe nerveux. L'inconvénient des cornets métalliques est, non-seulement d'amplifier les sons, mais de leur donner un éclat dangereux, de produire des vibrations stridentes qui usent promptement le reste de sensibilité du nerf auditif; aussi les personnes qui se servent de ces instruments arrivent-elles promptement à faire usage des plus volumineux. La main, au contraire, n'est employée que momentanément, la fatigue même qui résulte de sa position derrière l'oreille empêche d'en prolonger trop l'usage; son tissu charnu, son analogie avec le pavillon, ne dénature pas les sons^ ne les exagère pas trop et tend à conserver le judicieux emploi d'un organe afbibli (Ménière).

H. LÉVT. Hygiène, 5* édit. .1! — il

FRIVÉeJ l>li LA VLK. iG3

lamière projetée |)ar les lampes. Quaud on subit longtemps Taction de la lumière artificielle, on éprouve des picotements et de la cuisson au bord libre des paupières et à Tangle interne de Toeil, une sensation de petits graviers entre la paupière et Tceil et de compression dans Tintérieur de cet organe : autant de symptômes d*hypérémie de Torgane; la pupille se rétrécit, plus rarement elle se dilate; les muscles des paupières et des parties voisines se fatiguent de la contraction soutenue que leur impose leur office protecteur de Toeil, ou plutôt le retentissement de ce qui se passe dans rœil se communique aux nerfis de la cinquième paire, (iette sorte d*excès de la vision laisse au lendemain l'œil plus sensible à la lumière, les paupières rouges et plus impressionnables à Tair frais, et les cils collés par une sécrétion plus abondante des glandes de Meibomius. Le repos de Torgane arrête et dissipe ces symptômes; mais la répétition des excès visuels propage Tirritation aux membranes internes, détermine des congestions plus prononcées de la choroïde sous Tinûueuce desquelles la conjonctive rougit, la rétine souffre et manifeste sa souf* france par Tapparition de flammes, d'étincelles d'autant plus vives et répétées que robscurité est plus profonde. Ces symptômes se développent rapidement et sont suivis de lésions internes bien plus graves si le travail à la lumière s*exerce sur des objets rapprochés et de petite dimension, s'il exige les efforts de Taccommodation et de la convergence.

L'intensité des effets produits par la lumière artificielle tient à la projection horizontale de ses rayons et à l'action simultanée de ses rayons directs et réfléchis sur l'œil, tandis que les travaux du jour ont lieu à la lumière diffuse. De même on ne peut lire au soleil sans éprouver promptement de la fatigue, de l'irritation dans l'œil, et un éblouissement qui fait que les objets ne paraissent plus assez éclairés, parce que les objets illuminés envoient dans la pupille une telle quantité de rayons lumineux, que sa contraction ne peut plus en diminuer le nombre ni en modérer l'intensité. La première indication est donc de ne jamais placer entre l'œil et l'objet sur lequel ou travaille le combustible qui éclaire artificiellement, et d'amortir ses rayons par l'emploi des modérateurs de la lumière, tels que réflecteurs, globes de verre dépoli, capuchons dv gaze. Combien l'hygiène oculaire gagnerait à ce que le système d'éclairage dans les lieux de réunion fût combiné de manière à placer hors de la vue toutes les flammes, toutes les lumièrçs directes, et à ne laisser arriver à l'œil que leur clarté dispersée par des réflecteurs disposés eux-mêmes à l'écart: tel est le système Locatelli^ adopté dans quelques théâtres de Paris, de Venise et dans l'une des galeries du palais de Fontainebleau.

L'action de la lumière artificielle varie suivant son degré d'intensité, sa teinte, son mouvement, etc. Son intensité dépend de l'éclat et des dimensions de lu flamme; ce sont les éléments les plus énergiques de la lumière : plus elle est vive et large, plus la pupille se resserre pour protéger la sensibilité de la rétine ; plus ce|ic-€i est exposée à s'enflammer ou à s'épuiser. Voici un tableau de Féclet, complété par Briquet, qui fait connaître les rapports d'intensité des

PRITÉe] de la VCE. 165

pas lieu aux vicissiludes dlntensité lumineuse qui résultent des variations de longueur de la mèche. Le renvoi de la lumière par les surfaces réfléchissantes a le même inconvénient que Texcès de son intensité : tel est TefTet des glaces, des dorures dans les appartements éclairés. Quand on lit à la lampe, il faut tenir le livre hors du champ des rayons réfléchis.

La chaleur que les corps éclairants émettent sous forme de rayons^ et réchauffement de la couche d'air ambiant, irritent Toeil, et produisent un afflux de sang dans les membranes externes de Torgane.

Les milieux de Tceil ont la propriété d'absorber les rayons de chaleur obscure qui accompagnent en si grande abondance les rayons lumineux dans la plupart de nos sources artificielles de lumière. Des recherches qui ont eu pour objet de déterminer la quantité de chaleur qui arrive à la rétine dans les yeux de divers animaux, la fraction d'absorption afférente à chacun des divers milieux de l'œil et leur mode d'action sur la chaleur, ou thermocrose, ont conduit J. Janssen aux conclusions suivantes (1) : 1** Chez les animaux supérieurs, les milieux de l'œil, si parfaitement perméables à la lumière, absorbent en totalité les rayons de chaleur obscure et opèrent ainsi une séparation des plus nettes entre ces deux espèces de radiations^ propriété bien importante, si Ton considère que dans nos meilleures sources de lumière artificielle (lampe Carcel), l'intensité calorifique de ces radiations obscures est décuple de celle des radiations lumineuses. 2^ Ces radiations obscures s'éteignent en général avec une rapidité extrême dans les premiers milieux de l'œil; pour la lampe Carcel, la cornée en absorbe les deux tiers, l'humeur aqueuse les deux tiers du reste, de sorte qu'il n'en arrive qu'une fraction excessivement faible aux autres milieux. 3** La cause de cette propriété des milieux de l'œil réside dans leur nature aqueuse, car leur thermocrose est identique avec celle de l'eau. /i® La disproportion entre les rayons utiles ou lumineux et les rayons calorifiques inutiles à l'acte de la vision, semble accuser l'imperfection de nos moyens actuels d'éclairage factice.

Outre les rayons calorifiques, toute source de lumière émet des rayons cliimiques qui, en atteignant ou traversant certains corps, y provoquent des combinaisons ou des décompositions chimiques. Le maximum de cette propriété s'observe dans la nuance violette du spectre solaire et dans les nuances voisines; son minimum correspond au rouge, à l'orangé et au jaune. La qualité violette de la lumière électrique faisait présager son pouvoir chimique, et devait théoriquement la rendre redoutable à l'œil. L Foucault en a isignalé la nocuité, se traduisant par des troubles fonctionnels et des accidents inflammatoires dans les yeux exposés pendant quelque temps h Timpression des étincelles électriques ou de foyers de lumière électrique continue; de là le con-

(1) J. Jansien, Comptes rendus des séances de l* Académie des sciences de Paris,

t. LI, 23 juttlet 1860, p. 128, et Annales de physique et de chimie^ t. LX, 3« série, i860y p. 71,

168 DES MODIFICATEURS. — PËRCEPTA. [iTGliNK

neux ou de les amortir par un iotermédiaire avant leur transmission à la rétine; même règle pour les douleurs de tête, l'encéphalite, les inflammations très-aiguës, le délire, les névroses convulsives, les phlegmasies aiguës de la peau. La lumière devient parfois un agent thérapeutique d'une utilité réelle, notamment dans les cachexies, le scorbut, la scrofule^ le rachitisme, en un mot dans les états morbides où il faut agir sur la plasticité : il est très-probable en effet que les actes nutritifs sont, dans l'organisation animale comme dans les plantes, sous la dépendance de la lumière. La lumière fournie par nos moyens d'éclairage agit-elle sur les êtres organisés comme celle du soleil à l'intensité près? Nous avons rapporté (t. I, p. 306 et suiv.) des faits qui permettent au moins le doute à cet égard ; néanmoins nous pensons que l'on n*a pas tenu assez compte de la lumière artificielle dans l'étude hygiénique de l'éclairage.

IL — Variations individuelles de la vue et règles hygiéniques

QUI s'y rapportent.

1« Acuité y étendue de la vision, — Acuité de la vision, étendue périphérique du champ visuel, portée de la vue : tels sont les éléments principaux à étudier dans les maladies des yeux. Celles-ci forment deux groupes assez distincts : les unes, explorables àl'ophtbalmoscope, ne comportent qu'une thérapeutique précaire, souvent impuissante ; ce sont les lésions des membranes et des milieux de l'œil considérés comme liquides organiques; les autres se prêtant à un diagnostic rapide, à une guérison souvent instantanée, ce sont les maladies des milieux, considérés comme organes de réfraction.

Vacuité de la vue est la finesse dé perception, abstraction faite de l'état de la réfraction. Un arc rétinien de 3 ou ^ millièmes de millimètre, égal à la largeur d'un des bâtonnets qui forment la couche la plus interne de la rétine, correspond à un diamètre de 0°'°',1 pour un objet vu à 1 pied de distance. C'est la dernière limite de la vision pour l'œil normal. Telle est l'unité acceptée pour mesurer l'acuité de la visioti. Il en résulte que pour Tœil sain d'acuité =1, un objet d'un diamètre de 0"'",2 devra être vu à 2 pieds de distance, l'arc rétinien conservant toujours le même nombre de degrés. Los échelles de Jaeger, Snellen, Giraud-Teulon, permettent à la simple lecture do

calculer cet élément de la vision. Il a pour expression A ==— , l) étant la distance à laquelle un numéro N peut être aperçu distinctement.

î/acuité, abstraction faite de toute maladie, et par la seule influence de

''^ge, décroît d'une façon régulière que Haan, élève de Donders, a formulée

dans le tableau suivant :

(4) A cause de rélroile spécialité de cet article, j'en ai confié la révision à M. le méde- '^in-major Poncet, chargé des conférences d'ophlhalmoscopie en 1868 à l'école du Val-de- ^^^ ; je lui adresse ici met renlerctmenU pour m docte collaboration.

pritée] de la VCE. 169

Jusqu'à hO ans, Tacuité à 50 ans, — à 55 ans, — à 60 ans, — à 75 ans, — à 80 ans, —

2ÏÏ 2Ô

Pour évaluer Vétendue, en largeur^ de la vision, il sufQt de faire fixer au malade nn point central, en même temps qu'un second point auquel on fait parcourir différents rayons. Dès que celui-ci cesse d'être visible, on a dans ce sens la limite de la vision. La figure que l'on forme en réunissant par un trait l'extrémité des rayons, donne une image semblable à la partie sensible de la rétine. C'est ainsi qu'on peut déterminer la position exacte des scotomes, segments insensibles de la membrane nerveuse.

Fœrster de Breslau (1) a noté entre les formes des tracés obtenus de cette, façon et certaines maladies rétiniennes, des rapports constants, tels qu'un même genre de maladies produirait toujours des scotomes analogues.

L'acuité et l'étendue du champ visuel subissent des modifications profondes dans toutes les lésions organiques des membranes et des milieux, et comme ces deux éléments de la vision se rattachent en dernière analysée la sensibilité de la rétine, leur connaissance exacte conduit à des notions précises sur l'état des couches nerveuses.

C'est ainsi que, partant d'une théorie nouvelle sur les couleurs, X. Galezowski (2) a essayé de déterminer l'état des différentes couches rétiniennes d'après leur sensibilité aux trois couleurs principales : rouge, vert et violet; mais ses explications et celles de Dalton re^)osent sur des hypothèses. Plus précise en ses recherches, l'ophthalmoscopie a permis la solution d'un grand nombre de questions de pathologie oculaire, et la classification, d'après les lésions (les tissus, de toutes les maladies rangées parmi les amblyopies^ les amauroses bthéniques et asthéniques. L'anatomie pathologique des liquides et des solides de l'œil correspond à celle des autres parties de l'organisme, et l'hygiène a pu retrouver dans la prophylaxie de certaines affections profondes de l'œil les lois qu'elle avait établies pour la conservation d'autres organes.

(1) Fœrster, Congrès ophthalmologique de Pari^y 1867.

(2) Galeiowski, Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatos^opie réti" nir/ine, précédé d'une étude sur Les lois physiques et physiologiques des couleurs, Parisy 1868.

170 DES HODinCATEIlKS. — PERCEPTA. [irertmt

La rétinite 8}pliiJitiqa« avec ses exsadati le long des raÛMaDi, son asçea. Ueofttre tool particnlier du fond de l'œil, b répartition inégale du pigment ven la papille; la cboroldile de même nature, les tronble» syphilitiques du corps vitré, sont des affectioiis aojourdliaj parTaitement reconnues el corables à l'aide d'un traitement epécial; l'alcoolisme, l'abus du tabac, le <Uabèie, ralbnmianric, impriment aussi aui lésions de la choroïde et de la rétine un cachet spécial dont les opbtbalmdDgistes français et allemands ont saisi les traits principaux ; l'héméralopie traitée par le séjour dans la chambre obscure, par les émanations ammoniacales, par les vésicaioîrcs, est aujourd'hui considérée comme une rétinite séreuse, légère, liée le plus smifcnt ï un état de Taiblesse générale, et cédant en (juclques jours â un régime toniqne, au re|X)s (le la vue clans l'édairagc ordinaire. On évitera toutefois de confomb^ sous ce nom toutes les maladies accompagnées d'une diminution de sensilHlité de la rétine, où l'héméralopie n'est plus qa'un symplOme secondaire.

3" Pitrféi! i/p la vifton. — L'élément le plus variable dans la vision, c'est sa portée, sa profondeur. Lawrence évalue de 15 ï 20 ponces le point de vision pour les yeiix bii'n confonnés, quand il s'agit de voir des objets de I>eiilo dimension, tels que des caractères d'imprimerie, la pointe d'nne épingle. Mackensic, ]>ondcrs, Grafle fixent i 7 ou 8 pouces la distance la pins rap- |>rorliée où les objets puissent être vus avec une netteté passable pour les >t'ti\ emmétropes; mais rien «'est plus rare que de trouver les points extrêmes tic la vision, punclnm proxinmm et punrtum remotum, placés normalement (fans la visîoii binoculaire. TantAt l'axe optique est trop court (hyiwrméimpic), Il le ftivrr principal se forme en arriére de la rétine; tanlOl il est trop long "lyopic), et 11- foyer est en avant de la rétine; ou bien il y a l'inégalité de deux ■■|^^■s d'un même «-il (astigmatisme); lantOl, enfin, une paralysie de la force 'i'.iicomm<Mlaiion c[ui rend le foyer difi'iis quand l'objet se rapproche (pre«livcpie). Toutes les maladies de la réfraction se rapportent ï ces trois variétés |>i'iucipales dont la connaissance, devenue pins précise, a modifié et changé '■|iygi)'iie de la vue dans ce» dcmitrcs années.

I.'wil (MMsédc la faculté de s'accommoder aux différentes disUnces, facnllé dfiiiniitréo dineclenicnt par les variations des Images de Pnrkinje et Sanson, ur /'expérience de Schreiner, qui faisait regarder un point brillant k travers ifiix troa» d'épingle distants d'nn millimètre et mesnrait ainsi, du même ooop, icconimodalion et la portfie delà vne. Hais autant ce fait est démontré, anunt «Hitff <?. même aujourd'hui, difficile d'en expliquer le mécanisme. D'après ' AoaiffCt. l'adaptation de ■■ vne Ji courte distance, néceawtant l'iugmenudi* la courbure de la lentille crÎBUlUne et l'allongement de l'appareil cris- -vi »«••>, s'opère ainsi (1) :

Iajt. ■«usc'ecil'aire se contracte ei comprime la couronne des procès ciliaires: ■\\T^ -ci distendus par le sang m communiquant toui en«mble, peuvent être

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