‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 32 sur 107 · DB LA VEILLE ET DU SOMMEIL · texte numérisé non relu

DB LA VEILLE ET DU SOMMEIL

§ f . — De îm veille.

Le flux cl le reflux de la vie doQpcQt li^n ^ Tétat de veille et à Tétat de sommeil : dans le premier, Thomme est en conflit avec les forces extérieures par le mouvement et Taciivité de ses sens; s*il ne tient aucun compte de la loi primordiale dq périodicité qui ramène la viq sqr elle-même après une cer* taine durée d^expansion; s'il prolonge outre mesure les veilles, il ne tarde point à ressentir tous les eQels d'un exercice immodéré, d*una surexdutiqn soutenue de toutes les fonctions. La fatigue, la lassitude, la courbatura, Tavertissent par mqo progression aggravante de symptômes que l'équilibre est rompu entre la dépense et la réparation; Tinflueuca des veilles se combine avec celle de la lumière artificielle, du mépbitisme des salons ou des aleliers, des vicissitudes nocturnes de Talmosphère, etc. De Candolie, par un éclairage continu, déterminait dans les seusitives des monvemonts tiès-fréqucnts d'ouverture et de clôture, une sorte de fièvre : elles se coloraient en vert, mais sans dégagement d'oxygène comme au soleil. Telle est aussi l'action de la lumière factice sur les hommes : plus elle est intense, plus elle les agite; mais les actes de la vie plastique se dérangent; les digestions deviennent difficiles, laborieuses; un sentiment d'ardeur et de picotement travaille l'épigastre; la circulation s'accélère, il y a des palpitations, le cceur et \& gros vaisseaux tendent à s'bypertrophier, la circulation veineuse des membres inférieurs est gônée ; l'haleine devient brûlante, la gorge se dessèche et s'irrite, ainsi que la muqueuse des bronches et des fosses nasales ; la peau est le siège d'une chaleur ftcre^ surtout aux mains; le visage est tiré, les yeux s'injectent, la vue l*émousse, la peau perd sa fraiclieur ; la constitution s'affaisse et présente les signes d'une usure prématurée. Faiblesse, amaigrissement, sénescence, tel est le résultai des veilles, et si le sommeil manque totalement, fièvre, délire et mort Les circonstances mêmes qui eiitraineot les veilles précipitent la série de leurs principaux effeu ; les ouvriers qui travaillent la nuit doublent la dé-» perdition de leurs forces sans doubler la réparation alimentaire; le plus sou-» vent ils demandent aux boissons alcooliques une stimulation funeste qui leur donne rillusion de la vigueur; ils prolongent aussi les stations irrégulières auxquelles les assujettissent leurs pfofmioDs et qui (orturtint les organes de

PAlvil] DU ftOMNEIf.. %n

la circulation et de la respiration. Quelques classes d'ouvriers paraissent mieux supporter les insomnies : ainsi les vidangeurs, quoique très-pâles, se portant bien ; mais cela tient à ce que les individus qui adoptent ce rude métier SOQ^ généralement très-robustes et reçoivent un bon salaire. Les boulangers, dont l'état exige moins de force, se portent moins bien et meurent en grand qoo^bre. Dans les réunions mondaines où Ton fait de la nuit le jour, la chaleur du local, les émanations du corps, des fleurs et des lampes, la provocation tumultueuse des sens par la musique, les parfums, les toilettes, les émotions de tout genre, hâtent Tépuisement que la privation du sommeil produirait k elle seule. Que dire de tant d*hommes qui demandent à la nuit l'inspiration littéraire on le recueillement nécessaire aux recherches de la science? Habitude, imitation on nécessité, peu importe ; excepté quelques intelligences lucifuges qui s'épanouissent de préférence pendant la nuit, ils tombent tôt ou tard dans Ténervation qui résulte du défaut de réparation et de la permanence de Texcitation cérébrale. Te pis est qu'une fois montés sur ce ton, ils perdent leurs droits à un sommeil franc, calme, complet, c'est-à-dire au plus puissant moyen de ralentissement, de restauration et de conservation de la vie (Reveillé-Parise) : exaltation nialadive de la sensibilité, insomnies habituelles, voilà l^ur lot. Le cenreaii est le théâtre de la guerre qu'ils font à la nature; c'est aus^ cet organe qui en paye les frais : les tristes aunales de l'aliénation mentale l'attestent assei. Plus souvent l'hypochondrie, sous toutes les formes, marque la limite des perturbations cérébrales qu'ils éprouvent; mais d'autres viscères s'altèrent en ménie tempi, notammeot l'estomac, le cœur, les poumons, que Tinsuffisauce habituelle du sqmoieil menace de phtbisie (Fournet) ; et c'est ainsi que des maladies diverses, mais préparées par la môme cause, enlèvent avant l'âge tant d'esprits rares ou de travailleurs émincnts, 3ay|e, fiichat, Laennec, Béclard, Dance, Lautb, Delaberge, Marco, etc.

Le besoin de dormir s'annonce par une sensation particulière dans la partie antérieure de la tête, par la lassitude des membres, par l'abaissement du pouvoir calorifique; tous les muscles qui obéissent à la volonté s'engourdissent: les mains laissent échapper ce qu'elles tiennent, les bras retombent sur les côtés opposés du corps, les jambes fléchissent, la paupière supérieure s'abaisse; les muscles de la nuque se relâciient, le menton s'applique sur la poitrine, la mâchoire inférieure devient pendante, le tronc lui-môme se courbe en arc; les sensations s'obscurcissent, la vue se trouble, l'œil perd son éclata la pupille ae dilate et se |)orte en haut et en dedans ; l'ouïe tarde plus à s'assoupir^ mais le son parait de plus en plus lointain, bieniol il n'est plus perçu qu'en simple bruit; les idées s'entremêlent, s'effacent; la voix hésite, balbutie; plus de perceptions internes, plus de douleur ni de plaisir ; la conscience du moi est suspeodue, le sommeil existe. Cette scène marche plus ou moins vite; le

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besoin de sommeil esl en rapport avec la dorée el les (Migiies de la TetOe, axec k qoolilé des déperditîoiis diurnes. Si Alexandre, Voaxpét^ Napoléon, ool dormi pendant la nuit qui précédait une bataille dédsife, cela tenait peut-être moins à k quiétude de leur âme qu'aux trafiux préparatoires de telles journées. €*est ainsi que, dans les campagnes de rempire, des soldats pro6taient de la plus petite balte de nuit pour se liTrer au sommefl dans la boue, sur la neige: en Espagne, de 1S08 à 1812, le risque de la captifité, ou plutôt d'une mort cruelle, n*empécbait pas des militaires de s'écarter de leurs ooiomies et de se cacbcr pour dormir quelques instants. C'est au défaut que le sommeil est le pfas profMid; il devient ensuite calme et paisible; plus léger veis la fin, il s'interrompt par h moindre cause. Nous anmsiût connaitre (tooK I les raodificatioos qu^épranvent les fonctions pendant h nuit Leur résidut sommaire est-il, comme le prnsaifnl Hippooraie et beancoup de médecîns, une ai de tous les actes de la ne plastique, tandis que ceux de relMion sont dns? Mab nons aiuns fu (looK I, pa^e 365) que b respiration, ladn h catottcation, les sécrétions, sont dimonécs, et Brans» fait ofaKff

doit anenerplnièt «ne dépression des fenctioas de b rà fé^étatife. 1 qne si Ton cngtaiMsc en dormint hfmcoup, c*est paree que l'on

le I clkhament dans k q»g| se tiunift bs parties y famtise raccnmutatiM des

Tîe ég rtlniMi ne dbtmet pus d^M iiiMMfil égl— t prei—A: bsptofeclei à eMNr snnt c»les ég llnkicct et ici afctfimn^ puis les «as éi tact et

et b nniK : plus cBe est fine, pinsksosMei est léger; une fattp in^iif iriin sur fti^offatpevt reveSer; bscss le plus cngMHéi est b loucher,* qnîKpmt

iBufte cnoHMWÎcatiMi entre b cermn et b cernée tsiÈènemr. b nmi serait im^siaaèb: ce qui prouf^ fa figràitate et b et fg^nuir et et sesiir. c'est qne b imt rmieaàiêée riBfvcsBâML maè soui«nt par b rappeet qu'eftfa iv«c b»

b mmBdi b pbn piirfimâ A e« jfyirete b pi» ÎBKsnafab^ i s'i a fiaf fàm wsfif nânn cnmgièae et rgerejoe ^i» f w liii; i éf Fàif et infime^ «a qui n 7 «lâne «ne snnbfafcb j«ufit«iùwi <Ae» iwKtàiaï éi curfs^ tM éuL omayine;. «n d'mnre» tenwss an«ir Uecaite^ et 1 1 ifanffi , qp'i n 3 i f» «r

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privée] du sommeil. 27S

ment volontaire : il s'accomplit par une gradation de phénomènes inverses de ceux qui amènent le sommeil complet : les muscles soumis k la volonté recouvrent leur ressort par des pandiculations, ceux de la respiration par des soupirs et des bâillements; les yeux ont besoin de frottements légers pour reprendre leur vivacité ; les perceptions de Touïe sont indistinctes, les idées confuses et vagues, etc. Presque toujours, après le réveil consommé, on éprouve le besoin des exonérations, le besoin d*uriner, d'expectorer, d'éternuer et d'aller à la selle. Le réveil a lieu en vertu de la loi de périodicité, mais il dépend aussi de la durée du sommeil, et surtout de l'habitude prise de s'éveiller à une certaine heure; du reste, les excitations de dehors se multiplient vers le matin et contribuent, avec l'accumulation des matières excrémentitielles, à rétablir les mouvements excentriques de l'organisme.

L'influence bienfaisante du sommeil s'étend à toute l'économie : il la retrempe, il la régénère. Chaque réveil semble une éclosion nouvelle à la vie. Le sommeil, dit Burdach(l), fait cesser les tensions et diminue les antagonismes; il rétablit l'équilibre des organes ou les y ramène autant que le permet l'état actuel de la vie. Aussi la plupart des crises surviennent pendant le sommeil; il tend à conserver plus qu'à détruire; car il réduit les prises du monde extérieur sur l'organisme. En ralentissant les fonctions de la plasticité, il diminue la consommation; en amortissant l'action du cerveau, il met, pour un certain temps, la vie nutritive à l'abri de mille causes de perturbation qui sont d'origine intellectuelle et morale. Mais, pour être salutaire, il doit être complet et d'une certaine dorée. Noos avons signalé les ravages qu'exercent sur l'organisme les veilles démeraréet. Le sommeil, trop prolongé, produit l'obésité, la boumssure, l'atonie, la pesanteur de tête, l'émoussement des facultés sensoriales et morales, la paresse, la morosité. Le sommeil n'est complet que durant les premières heures. Les différents organes se réparent avec une vitesse inégale, les uns répondent plus tôt que les autres aux excitations internes ou extérieures qui les atteignent. Tout sommeil qui se prolonge finit donc par devenir incomplet; mais suivant qu'il est plus ou moins profond au début, il restaure à des degrés divers.

L'hygiène de la nuit se déduit des circonstana*s qui modifient le sommeil.

L — Conditions extérieures.

1* Ce qui oonceme la disposition du local où l'on passe la nuit a été indiqué à l'article Habitation; les règles relatives au lit ont été exposées plus haut (voy. p. 123).

(1) Bordtch^ Traité de phynohgie, traduit de l'allemand par A. J. L. Jourdan. Paris^ 1839, t. T, p. 233. — A« Lemoine, Du sommeil au point de vue physiologique et psy^ chohgique. Paris^ 1855.

■• LÉVT. Hjfièiie» 6« ÉaiT. il. — 18

274 DES MODIPIGATEURS. — GESTA. [btgiéne

2** Périodicité exiMcfoe, — Les fluctuations de raclivitc fonctionnelle durant la période nycluhénièrc (t. I, page 365) indiquent clairement que la nuit doit être dévolue au ^onuneil. Dormir le jour et veiller la nuit, c*est déterminer une inversion violente dans la marche naturelle des phénomènes organiques; c*est les exalter an moment où ils tendent h leur minimum d'intensité, et les déprimera Tépoque ordinaire de leur ascension ; c'est remplacer les stimulations légitimes du jour par les excitations factices de la nuit. Il n*est [X)inl d'agression plus directe, plus hostile contre les lois conservatrices de l'organisme, que la subversion de l'ordre fixé pour le repos et pour l'activité; la décoloration, l'étiolement, l'afTaiblissement ou les trouble.s de la nutrition, l'exagération morbide de la sensibilité nerveuse, telles en sont les conséquences. Lu saison des chaleurs et les climats ardents autorisent seuls quelques infractions à cette règle; la sieste ou sommeil diurne est parfois une nécessité, là où l'élévation excessive de la température épuise rapidement la force de réaction et rend tout travail impossible, tandis que la fraîcheur et la sérénité des nuits font des veilles une jouissance et restaurent la vitalité de tous les organes. Néanmoins, même en ces circonstances, le sommeil diurne laisse apK*s lui des symptômes de réfection incomplète qui persistent jusqu'à la fin du jour : tels qu'un \yc\i de pesanteur de la tète, la paresse des sens, l'amertume ou l'empAtement de la bouche, etc. : et l'on n'accomplit iK)int pendant la nuit les travaux qu'on aurait faits pendant le jour, pr la raison même que le sommeil diurne a moins réparé l'organisme. Au mois de juin 1833, le bataillon du 2!x' de ligne, auquel j'étais attaché, se rendit d'Ajaccio à Corte. A cause des chaleurs, déjà trop vives, le commandant fit commencer les étn|H's à minuit, et reposer la troupe durant le jour. On ne tarda |K>int à reconnaît ix' qui! y avait plus de fatigue, et moins de vitesse et de régularité dans la march(*. >* (le relâcliement, qui suit l'efTort, ce repos nécessaire après la fatigue, ce sommeil, en un mot^ qui, dans les plans de la Providence, snccèdt* à I état de veilh*, ce n'est pas seulement le sommeil de l'honuue, le sommeil miMiie des animaux, c'est le sommeil de toute la nature; et tous ces repos, tous ces sonuneils sont solidaires Tiin de l'autre, sont nécessaires Tun à l'autre, coexistants, simultanés l'un à l'autre (1). »

IL — Conditions ixDiviouELLtb.

Les geiis faibles, de constitution molle et inaladivt% dorment |)lus (|ue les sujets robustes; les |)ersoniies plétlu>nqui*s, oIk^m's, à cou court, à tète \olumiiieuse, à é|)aules larges, ont une grande propension au simuneil d doi\inl &*eD défeudrc comme d'une cause |)rédisposante aux conge^tions céiébr.ik's, aux apoplexies. Les femmes donucut, en général, plus que les houmu^^^; quant à Tige, voici pour renscigneiULOt, plutôt qu*à titre de rètjle. le tab!e«iu

(I) UhU, Physiologie tic fit iK^nséc, Paris, 1862, (. Il, p. 410.

privée] du sommeil. 275

OÙ Fricdlander a calculé, suivant les différents âges, la pro|K)rlion coaYenabie de sommeil, d'exercice, d*occupalion et de repos :

AiîOb.

Sommeil.

Exercice.

Occupations.

Repos.

7 ans.

9 à 10 heures.

heures.

2 heures.

à. heures.

En général, Tbomme mûr dort moins que Tadnlte, le vieillard moins que Tun et Tautre. L'enfant nouveau-né ne fait que dormir et teter ; à mesure qu'il se développe et multiplie ses rapports avec le monde extérieur, il exige moins de sommeil. Il est indispensable.de coucher les enfants de bonne heure, car ib font pendant le jour une énorme dépense de forces ; que l'on se garde de les agiter avant le coucher, soit par des jeux excessifs, soit par une prolongation de veille au milieu d'une réunion bruyante; c'est une habitude nuisible que de les endormir sur les genoux ou dans les bras de leur nourrice, de leur mère : la chaleur du contact les échauffe ; l'attitude vicieuse qu'ils reçoivent peut gêner leur développement régulier, et dès qu'ils se sentent placés au berceau, ils s'éveillent avec des cris. Jusque vers l'âge de dix-huit mois à deux ans, les enfants dorment quelques heures le jour ; beaucoup conservent cette habitude au delà de ce terme; et comme ils la satisfont au milieu du jour, ils sont privés des heures les plus bénignes de promenade et d'exposition à l'air libre, au soleil : de là vient qu'ils s'étiolent, s'amollissent, restent chétifs, passent de mauvaises nuits, ou deviennent sujets, dans leur vie de réclusion, à des incommodités qu'un régime mieux ordonné éloignerait d'eux. Le bercement est nuisible, si les secousses sont violentes, rapides et longtemps continuées ; dans le cas contraire, il agit par le rhythme des oscillations : mieux vaut n'y point accoutumer les enfants, et l'on y renonce généralement. Le sommeil dure plus dans la convalescence que dans l'état de santé; mais il est léger et s'interrompt aisément; les sujets qui ne reçoivent point une alimentation suffisante dorment moins; les convalescents ne commencent à goûter le délice d'un sommeil durable et profond que lorsqu'ils prennent de l'exercice ; jusque-là le défaut de mouvement et le séjour au lit font qu'ils n'éprouvent pas un grand besoin de dormir, et leur sommeil est court, agité ; s'ils abusent de l'exercice, de la lecture ou de la conversation, leur pouls s'accélère et la fièvre chasse le sommeil. Le sommeil restaure le malade et lui vaut mieux que soins et drogues ; l'apaisement qu'il détermine dans toutes les fonctions commence la gnérison de toutes les souffrances qui ont pour fond un état d'irritation, de phlegmasie on d'bypersthénie ; la réparation qu'il procure au système nervaai permet à celai-ci de réagir avec une nouvelle puissance; mais

276 DES MODIFICATEURS. -> CESTA. [byciène

OU n'endort pas les malades, et l'on ne peut qu'éloigner de leur sphère tout ce ce qui pourrait les empocher de s'endormir.

L'habitude règle la durée et l'époque du sommeil; un ancien a dit : Septem horas dormisse sat est pueroque senique. Il faut consulter pour celte fixation Tége, la constitution, etc. En général, le besoin du sommeil est en rapport avec le degré d'exaltation du système neigeux. Il y a des personnes, surtout parmi les^^)rofessions savantes, qui s'appliquent à réduire leur sommeil à la plus stricte mesure qu'exige leur santé. Lacépède ne dormait qu'environ quatre heures : d'abord de neuf à onze heures du soir, puis de trois à cinq du matin; mais après celte agitation des centres nerveux, peut-on attendre un sommeil calme? Il est préférable, pour l'intégrité de la vue comme pour la santé générale, de travailler trois heures le soir et trois heures le matin, que six heures de suite pendant la nuit. On a calculé qu'en se levant deux heures plus tôt, on se trouve au bout de quarante ans avoir vécu vingt mille deux cents heures de plus, = 3 ans 121 jours 16 heures : 8 heures de plus par jour pour dix ans. L'habitude étend son empire sur les époques du retour du sommeil; on ne peut prendre pour guide le lever et le coucher du soleil : la meilleure distribution de la journée est celle qui fixe le lever et le coucher à des heures également distantes de minuit ; on ne doit pas sendormir plus tard en été qu'en hiver. Les actions rbythmiques créent des habitudes qui influent sur l'invasion et la durée du sommeil : tel le bercement, tels encore le bruit d'une chute d'eau, d'un moulin, un chant monotone.

Quant aux moyens propres à amener le sommeil, ceux qui n'émanent pas de l'hygiène sont dénués de toute efficacité, mais non de péril : suivant la dose de leur emploi ou l'état de l'organisme, l'opium et le tabac tantôt excitent, tantôt enivrent et font dormir ; la jusquiame, la belladone, etc., peuvent être administrées de manière à produire une détente^ un calme plus ou moins durable, ou l'insomnie et Tivrcsse furieuse ; l'usage modéré des liqueurs alcooliques augmente la tension; ce n'est qu*à dose élevée qu'elles plongent rhoinme dans le sommeil en accumulant le sang dans son cerveau. Les vrais moyens de maintenir et de rappeler le sommeil, c*est la régularité des heures qu on lui consacre, c'est la tempérance, la proportion entre l'exercice et l'alimentaiion, l'abstenlion de travaux intellectuels, de lectures ou d'entretiens émouvants quelque temps avant de se mettre au lit, l'éloignement des stimulants sensoriaux, l'habitude de se lever matin.

Lat position dans le lit dépend encore de l'habitude ; la meilleure est celle que

cliacuQ se fait à son insu après quelques mouvements instinctib qui ont pour

but de procurer au corps la plus grande somme de repos : c'est dans la situa -

lion IiorJzontale qu'il la trouve; elle n'exige aucun eflr)rt pour le maintien de

l'équiii^rc et elle permet au corps de toucher par le plus grand nombre pos-

sible de points la surface sur laquelle il est étendu; moins cette double condi-

tion est reoiplie, plus le sommeil est difficile. Les personnes à épaules effacées

^ à clavicules longues se couckeut plus comniodéaient sur le dos, attitude

piitéb] du sommeil. 277

moins supportable ï ceox qui ont les épanles rondes et les clavicules courtes. La position la plus commune est le décubitus latéral, particulièrement sur le côté droit, les membres portés en avant et k demi fléchis; on a dit que Thomme imite en cela les animaux qui se pelotonnent pour ne point disperser leur chaleur sur une grande surface; mais il se place de cette manière même en été, sans doute parce que la demi-flexion met tous les muscles dans un état de relâchement moyen qui les repose tous, tandis que l'extension complète relâche seulement les muscles correspondant au sens de l'extension des articulalions et distend les aulres autant que possible. Le décubitns sur le côlé droit facilî(e*t-il le passage des aliments de l'estomac dans le duodénum? empêchc-t-il que le foie contenu de toutes parts n'exerce, comme dans le décubitus à gauche, un tiraillement douloureux sur le diaphragme et une pression incommode sur l'estomac? On Ta nié; mais que l'on consulte les personnes obèses, h gros ventre, et le doute cessera. Le coucher dorsal sur un lit dur a l'inconvénient de provoquer les érections et de favoriser les pollutions nocturnes. Les individus pléthoriques, disposés aux congestions cérébrales, doivent avoir la tétc plus élevée; chez les vieillards, l'empire de la pesanteur sur la circulation se prononce, on sait avec quelle promptitude leurs poumons s'engouent par hypostase ; il en est de même des convalescents affaiblis par des maladies très-aiguës ou de longue durée : de là le précepte de ne point placer en déclivité les parties menacées de ces accumulations passives du sang.

[HYaiÈNE.

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