‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 44 sur 107 · DES AGES · texte numérisé non relu

DES AGES

{t. — Wé99mmié.

Les recherches statistiques de Sadier, Finlayson et Quetelet ont conduit à des conséquences importantes relativement à Tinfluence que Tâge exerce sur la fécondité. 1* Les mariages trop précoces amènent la stérilité et produisent des enfants qui ont moins de chances probables de vie. 2® Un mariage, s*ii n*est point stérile, produit le même nombre de naissances, quel que soit Tâge auquel il a lieu, pourvu que cet âge ne dépasse pas 33 ans environ pour les hommes et 26 pour les femmes ; après ces âges, le nombre des enfants qu*on peut produire diminue. 3® Du résultat précédent et de la considération des probabilités de la vie, on peut déduire que c*est avant 33 ans pour Thomme et avant 26 pour la femme que Ton observe la plus grande fécondité. 6° Si Ton tient compte des âges respectifs des mariés, on trouve que, toutes choses égales, les mariages les plus productifs sont ceux où Tbomme a au moins Tâge de la femme, ou plus que cet âge, sans cependant Texcéder de beaucoup (1). Ces résultats coïncident avec ceux que nous relatons plus loin (voy. Mariage), ils varient par l'action de causes perturbatrices, telles que le climat, la nourriture, etc. Ainsi les tables de population de la Suède, pendant seize ans, et embrassant plus d*un million et demi de naissances, font ?oir que, dans cette contrée, la plus grande fécondité des femmes coïncide avec les âges de 30 et 35 ans. En général, la femme demeure féconde pendant 25 ans environ, et chaque grossesse avec Tallaitement, durant dix-huit mois, elle peut mettre au monde seize enfants, abstraction faite des grossesses multiples. Nous avons discuté (tome I) Page moyen de Taptilude à la reproduction dans les deux sexes et celui de la ménopause. La diminution de la fécondité des mariages en France, foit qui 2L fixé l'attention des médecins et dont il a été question plus haut^ a été confirmé par Legoyt (Moniteur do 3 février 1867); lui-même a trouvé qu'en 1770-177i!i on comptait 6,79 enfants par mariage, et qu'en 1860-6/1 ce rapport est tombé à 3^32 : diminution de /!i2,5 pour 100; mais au lieu d'expliquer ce résultat par le retard des mariages et par Teiïectif des contingents de l'armée (Léon Le Fort), il y voit la marque d'une prévoyance plus grande des parents, d'un bien-être croissant dans le pays et d*une diiïusion de plus en ph]s égale de ce bien-être dans toutes les classes de notre population.

L'honmie se conforme-t-il aux lois que la nature paraît avoir attachées à la fécondité, et choisit-il pour la reproduction de son espèce ré|X)que la plus convenable de la vie? Quetelet croit pouvoir répondre à celte question en consul-

(i) Quetelet, Essai de physique sociale» Paris, 1835, t. I, p. 66.

^UBUQUfc] FËCOIfBiTTÊ. 8i9

tant l'âge où les mariages ont lieu, et il trouve que le grand nombre des mariages, pour les hommes comme pour les femmes, est compris entre 26 et 30 ans; le nombre des unions diminue très-sensiblement après S5 ans, et devient presque nul, du moins pour les femmes, après UO ans. La Statistique de la France pour 185& montre que les mariages en premières noces ont lieu (en chiffres ronds, et le département de la Seine excepté) entre des hommes de 28 ans et des femmes de 2& ans 1/2 :

Age Age

de lliomma. de U femme. DifTéraMe.

Sein* 29,8 25,2 4,6

ViUci 28,5 2M M

Campagnes 28,0 23,11 â^l

Il est remarquable, ajoute le statisticien de Bruxelles, que les mariages ne deviennent fréquents que lorsque Thomme a franchi Tftge orageux des passions et du plus grand penchant au crime, qui tombe vers 2k ans; c'est aussi Tâgc où le développement de ses qualités physiques est terminé et où ses qualités intellectuelles tendent à acquérir une plus grande énergie.

Quant à leur origine, les naissances se distribuent en trois groupes : en&ots légitimes, enfants naturels, enfants trouvés. Un tableau oflBdel, qui embrasse une période décennale, de 183& à 1833, partage ainsi le nombre total des naissances en France :

Enfants tronTés Années Enfants légitimes. Enfants naturels. «'t abandonnas.

De 182A à 1838... A 553 563 351509 1S5 199 De 1829 à 1888... k A78 CAS 8A9 fl5A 171 082

Total de 10 années. 9 031 008 703 763 836 281

D*où Ton déduit pour les cinq premières années :

1 naisMnee lUégitime sur 18,85 naissanees totales.

1 abandon d'entant rar 29,71 naissances totales et sur 2,15 naissances illégitimes.

Et pour les cinq dernières années :

1 naissance iUéfiiime sur 13,83 naissances totales.

1 abandon d'enfant sur 28,22 naissances totales et sur 2,Q& naissances illégitimes.

Le rapport des enfiuits naturels aux entants nés vivants légitimes tend à augmenter : il avait été. Jusqu'en 1853, de 1 sur 12,95; en 1853, il s'est élevé Il sur 12,71 ; en 185/k, à 1 sur 12,17. En 185^, le nombre total des enâinls naturels en France, y compris ceux qui ne sont pas nés viables, s'est élevé I 75170 contre 888 060 enfants légitimes.

D'après Necker, le nombre des enfants assistés (trouvés ou abandonnés) audessous de douie ans était en France, en 178i!i, de 60000; il s'est élevé à

99 3A6 en 1819

117 305 en 1825

118 073 en 1830 129 699 en 1833

320 AGES. [ITGIÈIII

Les louangeurs rlu temps passé out reproché à notre époque Taugmentatioa progressive du nombre des enfants trouvés; mais, loin que ce fait prouve la licence et la corruption croissante des mœurs, il s'explique d'abord par l'augmentalion progressive de la population ; il se rattache encore à une autre cause dont la société actuelle a le droit de se glorifier : Tabbé Gaillard, Terme et Monfalcon (1), Yillermé (2), ont prouvé que raccroissement du chiffre total des enfants trouvés en France dépend, non d'un plus grand nombre d'admissions annuelles dans les asiles qui leur sont ouverts, mais de la diminution de la mortalité parmi ces pauvres êtres, qui profitent, eux aussi, du progrès de l'aisance publique. Dans le département de la Seine, les enfants trouvés et mis en nourrice qui, pendant vingt ans, ont perdu 58 pour 100, et perdaient en moyenne 55,88 pour 100 de 1839 à 1858, ne donnaient plus en 1864 que 39 décès, 26 pour 100, grâc« aux soins d'une administration plus attentive qni a porté sa dépense de 4 à 8 millions. Mais dans beaucoup de départements, le tribut mortuaire dans la première année de leur vie est encore effroyable; d'après les documents oflBdels de 1862; il s*élèveà

Ponr 100.

Loire-Inférieure 90,50

Seine-Inférieure 87,36

Eure 78,12

CaWadoi « 78,09

Aube 70,27

Pour 100.

Seine-et-Oiie 69,23

Côte-d'Or. 66,46

Indre-et-Loire 62,46

Manche 58,66

Ces victimes de l'abandon de leurs parents n*ont d'autre alternative, sous la tutelle insuffisante d'une société marâtre, que de périr en portant un grave détriment à la fécondité du pays ou de grandir sans famille, astreints à une dévotion mécanique qui ne féconde pas l'âme ni ne la console, avec un fonds d'amère tristesse et de rancune antisociale. Quelques-uns parviennent à se rédimer de leur origine, c la plupart recrutent cette population nomade que la misère, l'ivrognerie et la prostitution, la cour d'assises et l'hôpital se disputent à l'envi. Ces populations nomades rendent incurable la plaie du paupérisme ; elles apportent dans tous les ateliers de l'industrie leurs mauvaises passions; elles remplacent pour notre société moderne l'esclavage d'autrefois, et si elles restent attachées à ses flancs, elles la tueront comme l'esclavage a tué les sociétés anciennes » (3). Et toujours logique. Motard, sans s'arrêter aux perturbations dont le droit de rechercher la paternité menace individus et familles, le revendique non-seulement au profit des femmes séduites et des enfants délaissés de leurs pères, mais comme un moyen de restreindre le célibat et de fortifier l'institution du mariage. Aux jurisconsultes la controverse

(1) Terme et Montfalcon, Histoif*e des enfants (trouvés, Paris, iS&O.

(2) MWermé y Annales d'hygiène publique, Paris, 1838, t. XIX, p. 47.

(3) D' Adolphe Motard, Traité d'hygiène générale, Paris, 2« édit., 1868, t II, p. 753.

pubuqob] vie probable et MORTALITÉ. 321

de cette innovatioa : l'hygiène, d'accord avec la morale, ne peuvent qu'applaudir à rinitîative de Thomme de cœur et de talent; elle est radicale, c'est vrai; mais, une fois entrée dans les mœurs, quel progrès! Il rendra inutiles les efforts de la Société de Saint-Régis. Le temps et l'expérience ont démontré rinsufiisance de cette œuvre d'ailleurs très-respectable.

§ 9. — Vie prolMible e( moHallié.

Le rapport des mort-nés aux naissances, calculé d'après la statistique de huit capitales de l'Europe, donne en moyenne 1 mort-né pour 22 naissances environ : à Berlin, il est de 1 sur 19,8, rapport qui s'est maintenu à peu près invariablement le même pendant plus de soixante ans; pour une période de dix ans, Paris a fourni en moyenne (1) 1 mort-né sur 17,7 naissances; la Statistique de la France pour iS5k donne 1 mort-né pour 2^,22 naissances, rapport qui s'éloigne peu de ceux d'Amsterdam et de Berlin. D'après Gasper et Legoyt, le nombre des mort-nés est plus grand dans les villes que dans les campagnes; les garçons y entrent pour une proportion plus grande que les ûUes : pour Paris, le rapport est de 12,2 à 10. Gasper a reconnu que les maladies vénériennes, l'abus des boissons fermentées, les conceptions illégitimes, etc., augmentent le chiffre des mort-nés. La part d'influence de l'illégitimité a été généralement constatée : à Gœttingue, on compte trois mort-nés sur 100 pour les naissances légitimes, et 15 sur 100 pour les naissances illégitimes ; à Berlin, les mort-nés de la dernière catégorie sont aussi trois fois plus nombreux que ceux de la première. Dugès, à l'hôpital des vénériens de Paris, a noté 2 naissances prématurées sur 6 ou 7 accouchements. Les circonstances de l'accouchement et le sort des mères contribuent à l'accroissement de la mortalité des enfants naissants : elle est plus grande dans les hospices; mais^ à mesure que ces établissements se sont améliorés, elle a été en diminuant A la Gn du siècle dernier, l'Hôtel-Dieu de Paris comptait 1 décès sur 15 mères, et 1 mort-né pour 1^ naissances; en 1S22, la Maternité de Paris ne perdait plus que 1 mère sur 60. Est-il besoin de mentionner les causes plus nombreuses qui tendent à détruire l'enfant naturel dans le sein de sa mère, et dont les chiffres précités sont une laconique expression? Les soucis» la honte, les artifices dangereux qui sont employés pour celer une grossesse illégitime, la condition précaire ou misérable des femmes qui se trouvent dans cet état, les privations, les maladies, les tentatives d'avortement, les accouchements clandestins, etc.

Legoyt a démontré (1866) que le nombre des décès appelés mort- né s va croissant non-seulement en France, mais en Europe :

(1) ÂHnvaire du Bureau des longitudes.

M. LtvT. Hjfiène, 5* t»iT. tu — 21

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