‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 49 sur 107 · PUBLIQUE] ATMOSPHÈRE. — PÉRIODICITÉ ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

PUBLIQUE] ATMOSPHÈRE. — PÉRIODICITÉ ATMOSPHÉRIQUE

mum de la mortalité, en détruisant les causes locales qui engendrent les maladies épidémiques : les améliorations opérées depuis la fin du règne de Louis XIV dans l'état sanitaire de Paris et dans la condition de ses habitants ont eu pour effet de réduire progressivement la fréquence et l'intensité des épidémies qui jadis désolaient si souvent la capitale, et de reporter au printemps le maximum des décès, qui tombait au xviii'' siècle en automne, tandis que le minimum, qui coïncidait avec le début de Tété, s'observe maintenant un peu plus tard. Ces changements, Villermé a reconnu qu'ils tiennent, non à un surcroît de mortalité pendant la saison qui en offre aujourd'hui le maxi* mum, mais à une diminution de décès durant la saison qui autreiois en comptait le plus. Sous le rapport de l'âge, la plus grande mortalité dans la première année qui suit la naissance, s'observe pendant l'hiver, diminue au printemps* augmente un peu pendant les chaleurs de Télé et baisse de nouveau jusqu'aux approches de l'hiver : ainsi, qne température dodce est celle qui convient le mieux à la première enfance; l'excès de chaleur et surtout l'excès de froid lui sont funestes. Après la première année, on n'observe plus qu'un seul maximum après l'hiver, et un seul minimum en été. De htiit à douze ans, les deux termes avancent dans l'ordre des mois, le maximum se présentant en mai, le minimum en octobre. Après la puberté, le maximum rétrograde jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans» et vient se fixer en février, invariablement jusqu'aux âges les plus reculés; le minimum ne quitte plus le mois d'octobre, et il s'en éta* Mit un second au mois de juillet; entre ces deux minima, septembre présente un maximum secondaire peu prononcé (Quetelet, Lombard, Villermé, Edwards, etc.). D*€û l'on voit qu'après l'achèvement de la croissance (a|!»rèB vingt-cinq ans), l'homme et la femme courent le plus de chances de mort après les chaleurs de l'été, et surtout après les rigueurs de l'hiver. A aucun âge l'influence des saisons sur la mortalité ne se manifeste plus activement que dans la vieillesse; à aucun âge elle n'est moindre qu'entre vingt et vingtcinq ans, période de force et de plénitude vitales. En reprenant ces recherches, Moeer est arrivé à une conclusion judicieuse : les registres mortuaires de Kœnigsberg lui ont montré le mois de février comme le plus dangereux pour les jeunes enfants et pour les adultes qui ont passé leur quarantième année; mars et avril comme les mois les plus funestes pour les âges intermédiaires. Ces différences n'étonnent point, si l'on réfléchit que l'influence de la température sur la vie ne réalise tout son effet qu'après un certain laps de temps : la durée du retard exprime des inégalités de résistance vitale aux différeni» âges. Or, il résulte des nombres mêmes de Quetelet, envisagés sous ce point de vue, que la pins grande mortalité tombe en janvier de 0 à 2 ans, en mars de 2 à 3 ans, en avril de d à 12 ans, en mai de 12 à 16 ans; c'està-^lire que, ph» la force vitale se développe, plus le maximum de la mortalité recule dans l'année. Les phénomènes de k vie morale et intellectuelle ne se dérobent pas entièrement à l'action de la périodicité annuelle. Esquirol a constaté qoa h manie en plus fréquente en été, la monomanie et la démence plus

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néral, cette dernière maladie in*a toujours paru liée plus à Tinfluence propre de la latitude qu*à celle des émanatioiis marécageuses.

B. Matières animales en putréfaction : principes toxiques fournis par le corps de Thomme ou des animaux vivants et malades. Ces deux causes agissent séparément ou se confondent pour la production des mêmes effets. Les exemples abondent de l'influence pernicieuse des exhalaisons qui se dégagent de la matière animale morte et altérée par la fermentation put(*ide : des diarrhées, des dysenteries, des fièvres malignes ont frappé un grand nombre de personnes lors de l'exhumation des cadavres enterrés dans le cimetière des Innocents. Vaidy, cité par Desgenettes, rapporte qu'en 1796, près de Nuremberg, des hommes chargés quelques jours après une bataille d'ensevelir les cadavres de soldats morts, furent atteints de fièvres graves. Les fossoyeurs sont exposés aux mêmes dangers s'ils procèdent sans précaution à l'exhumation de cadavres enterrés depuis longtemps. De Lassone (1) a mentionné avec détail une épidémie de fièvres malignes qui sévit eu 17^9 dans la maison de l'Enfanl- Jésus ; elle cessa dès qu'on eut couvert de chaux et d'une grande quantité de terre le fossé voisin de l'établissement, où l'on avait enterré, à peu de profondeur, un grand nombre de vaches. Forestus, Àmbroise Paré, Maret, Ramazzini, Fourcroy, Requin, Chevallier, Gaérard, etc. , rapportent des faits qui établissent Faction funeste des émanations cadavériques. Dans la discussion que souleva cette question en 1828 à l'Académie de médecine, Chomel, Bricbeteau, iMoreau, ont appuyé cette opinion, qui fut combattue, ou du moins frappée d'un doute, par Villermé, Andral et Bailly. Warren (2), en Amérique, et Parent- Duchâtelet ont exagéré, on peut le dire, la doctrine de l'innocuité des exhalaisons putrides. Ce n'est point que les faits contradictoires fassent défaut : si l'un ne peut arguer sérieusement de la santé des bouchers et des charcutiers, celle des ouvriers est digne de remarque dans les rafiSneries de sucre où l'on emploie du sang de bœuf^ dans les tanneries, les mégisseries, les boyauderies, dans lesciosd'éqnarrissage; on signale avec raison le bon état des égoutiers,des vidangeurs, des garçons d'amphithéâtre; en 181^, après la bataille de Paris, /lOOO chevaux dépouillés restèrent quinze jours sur le terrain par une température moyenne déplus de + 15" c; ceux qui furent chargés de les réunir en tas pour les brûler ne furent point incommodés. On ajoute à ces faits d'autres faits qui ont une signification purement individuelle: celui d'Antoine Dubois enlevant impunément des cadavres pendant la nuit, au cimetière, pour appmvbionner son amphithéâtre, ayant sous son lit des pièces anatomiques en macération, celui de quelques naturalistes disséquant de gros animaux dans un local mal ventilé du Muséum (3). 'Warren et P. Duchâtelet n'ont pas assez tenu compte des conditions suivantes: l"" Il ne sufiBt pas que l'agent toxique

(1) De iMioiie, Mémoires de la Société royale de médecine^ année 1776, t. L

(2) ^ùTTtn^ Journal des progrès. Paris, 1830^ t. IX, p. 06.

(3) FIcury, loc, cit., t. I, p. 227.

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fioii répandu dans l'atmosphère, il fiaut que rorgaoisine soit apte à en recevoir Timpression. 2° L^habitude peut neutraliser plus ou moins complètement les propriétés toxiques de certaines émanations; les étudiants en médecine s'acclimatent aux salles de dissection ; les tanneurs, les boyautiers à leurs ateliers, etc. 3" La force de constitution et le régime aident k cette résistance et la font durer; généralement, les égoutiers, les vidangeurs, etc., sont des liommes robustes; ces professions éloignent les individus faibles; le taux de leur salaire leur permet une alimentation substantielle. U^ Mais, la condition la plus essentielle, c'est le travail à Pair libre ou dans une atmosphère à peu près close; toutes les professions qu'on a alléguées en faveur de l'innocuité des odeurs putrides s'exercent à l'air libre ou dans des locaux ventilés. Qui donc soutiendrait que Ton peut respirer impunément dans un caveau, dans une fosse d'aisances? Enfermez donc les peaussiers, les tanneurs dans le méphitisnie de leurs ateliers hermétiquement fermés ! Nous ne prétendons même pas que, déversées incessamment dans l'atmosphère de nos banlieues, les émanations des voiries n'exercent aucun effet fâcheux sur la santé des populations. A cet égard, les recherches statistiques manqueront toujours de précision : ces populations ne sont pas imnmbiles ; U direction variable des vents interrompt l'espèce d'expérience qu'elles subissent; leurs vicissitudes sanitaires ne sont pas observées avec assez de suite, etc., nuis la dissipation des miasmes à l'air libre sera toujours la meilleure prophylaxie de l'infection. 5* Les ouvriers à professions méphitiques (mt, en outre, leurs repos, leurs jours fériés, pendant lesquels ils s'éloignent des lieux d'infection ; le tanneur, le fossoyeur, n'habitent pas jour et nuit dans le cimetière, dans l'atelier ; or, les causes morbifiquos dont l'action est fréquemment interrompue, n'émettent point tout leur effet ; celui-ci se borne à des troubles passagers, à des atteintes superficielles qui bientôt ne se renouvellent plus. La continuité, ou du moins une certaine durée d'action de ces mêmes causes, produira des désastres. Établissez un campement d'armée au voisinage des cimetières d'ambulances où les inhumations ont été superficielles ; maintenez pendant deux ans la même armée dans ce campement, sur on terrain parsemé de cadavres d'animaux mal enfouis, à l'usage deseatix qoi filtrent à travtrs un sol riche en débris de putréfaction humaine, et vous verrez surgir le typhus de Crimée. En février 1855, l'ambulance de la V" di- ?if ion du premier corps eut une violente invasion de typhus : trois médecins •accombèrent en peu de jours sur six; deux autres furent frap|H»s, ainsi que le général de la division, campé à proximité (1). Des cadavres mal enterrés ao voisinage de l'ambulance, telle fut la cause du mal, signalée par enquête; Tambulance fnt déplacée et le typhus ne s'y développa plus sur place. Nous trouvons, du resté, ici, l'appui de Parent-Duchâtelet lui-même, qui a fait une distinction pratique entre les émanations des bassins à matières fécales et celles des chantiers d'éqoarriasage : • Si les monceaux de matières animales en putré-

(I ) Le fénénil de division Bouat

PUiUOim] ATMOSPHÈRE. ^ EPIDÉMIOUMSIK. SâS

facHoQ répandent sar le lieu même une odeur bien plus repoussante que les matières fécales, cette odeur putride se dissémine et se fond, pour ainsi dire, plus facilement dans l'air que celle qui provient des matières fécales réuniei en très-grandes quantités. Ainsi l'odeur particulière à ces dernières matières sera encore reconnaissable à plusieurs kilomètres de distance, tandis que Todenr des premières cessera d'être sensible à quelques centaines de pas ; c*est, du reste, ce qui s'eipiiqne aisément par Tammoniaque que les matières Kcales fournissent en bien phit grande quantité que les autres matières animales. On sait, en effet» que Tammoniaque est, en quelque sorte, le véhicule des odeurs, qu'elle les dévdoppe et leur donne, pour ainsi dire, des ailes. » Il suit de II que les émanations cadavériques n'agissent qu'à une certaine distance, tandis que la sphère d'action des émanations fécales est l)eaucoup plus étendue ; c'est ce que l'expérience médicale des camps vérifie souvent: on sait combien les latrines y sont mal installées, peu surveillées: aussi, pas de camp sans dysenterie, même en France, même à Versailles (1). %^ Cette observation conduit à prendre en considération les différences dans la nature des matières putres« cibles et dans le mode de décomposition auquel elles sont soumises ; elles se rangent naturellement en deux catégories: la première, comprenant les substances organisées, azotées, sulfurées et phosphorées, c'est-à-dire la plupart des produits animaux et une partie des prodoits végétaux ; la seconde, les sub* stances organiques peu azotées, et, par conséquent, la majeure partie des végétaux. Les matières de la première catégorie sont très-aptes à la fermentation putride, et ce phénomène intervient avec énergie dans la putréfaction, qui donne des produits en partie alcalins et d'autant plus fétides qu'il entre plus de soufre et de phosphore dans leur composition. Les matières de la seconde catégorie fermentent plus diCBcilement, et la fermentation n'a qu'un faible WMe dans l'acte de leur putréfaction, dont les produits sont plutôt acides et beau* coup moins infects. Girardin {Traité de chimie) a groupé dans le tableau suivant ces deux séries de résultats fournis par la putréfaction :

l'« Catégorie.

Matières facilement putresciblei.

Gai acide carbonique.

— hydrogène carboné.

— axote^ beaucoup.

— bydrofène sulfuré.

— bydrog^ène phosphore.

Ammoniaque.

Eau.

Acide acétique.

Résida terreux peu conndérable, composé de self, de ebartwn, d'huile et d'ammoniaque.

2* GATÊGoa».

Matières difficiiemeni jmtrescibles.

Gax acide carbonique.

— hydro^ne carboné.

— Aaote, traces.

Eau.

Acide acétique.

Substance huileuse.

Résidu noir dans lequel le charbon prédo< mine.

Il est difficile d'assigner à ces produits leur part de nocuité ; l'acide sulfby- (1) Camp de telory.

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drique et rhydrogène phosphore, qui se dégagent surtout pendant la première période de la putréfaction de l'abdomen des animaux, constituent un méphitisme dont personne ne nie le danger; mais, outre les gaz asphyxiants et toxiques qui se dégagent par la putréfaction des matières organiques des deux règnes, il y a le miasme animal et le miasme végétal. Celui-ci donne lieu à la production des fièvres palustres, celui-4à à celle des fièvres malignes, putrides, typhiques; deux groupes d*état8 morbides qui se mêlent fMMrfois, surtout aux armées, mais qui, observés séparément, révèlent aie .«Benee différente et tendent, Tun à la dissolution du sang par la diminutfon de 11 fibrine et les hémorrhagies, Tautre à Thydrémie par le déchet de l'âfimeill globulaire et de Talbumine.

Nous sommes donc loin d'admettre Tinnocuité des émanations qui proviennent des matières animales en putréfaction y nous avons cherché à préciser quelques-unes des circonstances qui en atténuent, qui en paralysent TinQuence. Encore moins penclions-nous à l'opinion étrange qui leur attribue une action favorable et prophylactique (Fleury, t I, p. 230). Si un inspecteur de Bondy, Chevreux, revenu cachectique de la Sologne, s'est bien trouvé du séjour de la voirie (1), il y a, dans ie résultat isolé de cette substitution du méphitisme animal au méphitisme palustre^ une particularité intéressante, peut-être un enseignement pour la thérapeutique, mais non la justification d'une doctrine qui ramènerait au désordre et à l'incurie en matière d'hygiène publique.

L'encombrement n'est autre chose qu'une expérience d'infection ; il produit la pourriture d'hôpital, le typhus des prisons, des vaisseaux, des hôpitaux. Dès que le nombre des maladies excède les proportions du cube atmosphérique d'un hôpital, on voit les malades se modifier gravement dans leur aspect et dans leur marche, des complications insolites surgir, telles que les gangrtMies, les phlébites^ les érysipèles, les accidents de résorption purulente. La viciaiion du sang se manifeste par les phénomènes de stupeur, d'ataxie, de prostration des forces, en un mot par l'état typhoïde qui marque d'un sceau commun les affections les plus diverses par leur siège et leur forme initiale. L'encombrement n'est pas étranger à l'extension de l'érysipèle, du croup, de la coqueluche, et surtout de l'ophthalmie chez les jeunes sujets admis à l'hôpital des Enfants. En 185^, l'hôpital de Péra, ouvert à Constantinoplc à nos blessés et à nos fiévreux de Crimée, avait été coté par l'iniendance et porté à 1800 lits. Sa contenance salubre m'a paru être de 1000 à 1100 lits; toutes les fois que cette limite a été dépassée, les accidents de septicémie se sont multipliés dans les salles au point d'interdire aux chirurgiens la pratique des opérations toujours suivies de résultats funestes. La morve se développe particulièrement dans les écuries de faible capacité, humides et diflSciles à aérer : peut-être l'infection où sont plongés les chevaux morveux suffit-elle pour communiquer à l'homme

(i) A. Tardieu, Voiries et cimetières (thèse de concours, 1852, p. 419). — Didionuan'c d'hijyiène publique, 2* édition, 1862, t. IV, p. 401, art. YuiRtES.

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malades en proie à la même affection ; elles sont mobiles et suivent les directions que prennent les malades; en frappant d'autres individus, elles reproduisent la maladie type dont elles procèdent; isolées, elles s'éteignent sur place. I>es maladies infectieuses ont, au contraire, un foyer d'origine local, circonscrit; elles ne se développent que dans la sphère plus ou moins étendue de ce foyer; elles ne disparaissent que par la destruction de celui-ci; elles ne se réduisent pas à un type unique, invariable, spécial. Le virus variolique ne produit que la variole, le miasme scarlatineux ne propage que la scarlatine : les expressions pathologiques qui traduisent Timpaludation ont moins de constance, moins d'uniformité : tantôt aiguës, tantôt lentes, fièvre intermittente ou continue, dysenterie avec ou sans hépatite, cachexie séreuse, etc. Dans les salles encombrées des hôpitaux, on voit survenir sous l'impression d*une même cause, l'infection, des érysipèles, des diphthérites, des accidents de pourriture et de gangrène, des phénomènes typhoïdes, la diarrhée, etc.

Toutefois les distinctions entre l'infection et la contagion sont plus faciles à tracer dans un livre que dans la pratique, parce qu'à côté des maladies de contagion certaine et permanente, il en est beaucoup qui ne revêtent ce caractère que d'une manière accidentelle, et sous l'empire de circonstances plus ou moins définies. Telle affection d'origine infectieuse, arrivée à un haut degré de gravité ou d'extension, manifeste des propriétés contagieuses qui ne lui sont pas habituelles; ainsi se comportent^ dans leur marche ascendante, le typhus et la dysenterie des armées (1); Pringle a toujours vu celle-ci plus ou moins contagieuse dans les hôpitaux et dans les habitations pauvres; Sarcome, Tissot, Zimmermann sont du même avis : Gendron (2), qui s'est appliqué judicieusement à l'analyse des épidémies des petites localités, a remarqué que, lorsque la dysenterie sévit aux environs de sa ville, elle a presque toujours été importée par des journaliers revenant de la Beauce, où ils ont fait la moisson. Demandez aux médecins de l'armée d'Orient et de la flotte si le typhus des camps, des hôpitaux de guerre et des vaisseaux, né de l'infection, ne développe pas un contagium halitueux : à Marseille et à Toulon, deux infirmiers attachés aux magasins des effets de l'hôpital ont succombé au typhus après avoir manié les effets qui provenaient des typhiques débarqués d'Orient. La fièvre puerpérale ne s'élève-t-elle pas dans quelques circonstances à la gravité d'un typhus éminemment contagieux. La contagion voyage avec l'être vivant qui en est pour ainsi dire le laboratoire; les maladies conta-gieuiei ont la propriété de se déplacer avec les masses, qui se comportent alors en quelque sorte comme des foyers mobiles : est-ce la couche d'air adhérente aux vêtements et aux effets d'équipement ou l'organisme lui-même qui sert de véhicule au miasme? Les faits ne démontrent qu'une chose, mais

(1) Voyet Pringlê^ Maladies des armées {Encyclopédie des sciences médicales, 1837, p. 183).

(2) Gendron, Jotinta/de« connaissances médico^hirurgicales, t. H, 1835, p. 129.

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avec une évidence irrésistible, savoir, la translation du choléra, de la méningite cérébro-spinale, du typhus, des ôévres éruptives, etc. , par Tintermédiaire des troupes, parcourant de grandes étendues de territoire. Il me suffira de rappeler qu'en juin 185/!i le bateau r Alexandre, qui m*a conduit en Orient, ayant embarqué des militaires en état d'incubation cholérique, porta cette maladie de Marseille où elle sévissait, au Pirée où il n'en existait pas un cas, à Gallipoli où on ne l'avait pas encore signalée, etc. Nous ne parlons pas de la passibiliié du développement spontané des aiïeclions contagieuses, autre problème, diversement résolu, de la pathogénie populaire; il ne répugne pas à Anglada, après avoir rattaché toute contagion à l'action d'un virus, d'un germe élaboré par un organisme malade sur un organisme sain, d'admettre (1) que le germe préalable n'est pas absolument nécessaire pour la manifestation d'une maladie contagieuse, et que celle-ci peut être le produit d'un acte spontané de la nature vivante sans provocation virulente. La logique et l'observation exacte protestent contre tant de complaisance étiologique.

L'hygiène publique gagnerait en précision et en autorité à la solution définitive de ces questions; mais, sous le bénéfice de certaines réserves, elle peut assurer le terrain de ses préceptes. Là où l'infection et la contagion semblent se confondre et mêler leurs effets, son rôle est tracé ; elle s'applique à détruire les foyers infectieux; elle ne néglige point certaines mesures de séparation et d'isolement, réglant sa marche sur les résultats mêmes qu'elle obtient ; c'est là une sorte d'analyse toute pratique et même instinctive qui reflète quelque lumière sur la nature des actions pathologiques qui sont intervenues. Le point essentiel est de ne pas méconnaître à priori que l'air puisse se charger des principes contagieux et les présenter, pour ainsi dire, à nos organes. On arrive ainsi à grouper les maladies contagieuses en deux catégories: 1^ celles qui sont exclusivement transmissibles par le contact direct et immédiat ou par inoculation: rage, syphilis, vaccine, pustule maligne, gale, teigne; 2*" celles qui, susceptibles ou non de se transmettre parce premier mode, peuvent, en outre, se communiquer, sans contact direct, soit par une viciation spécifique de l'atmosphère, soit par l'intermédiaire d'objets matériels contaminés: variole, morve, farcin, peste, typhus, choléra, scarlatine, rougeole, dysenterie épidéroique, diphthérite, coqueluche, pourriture d'hôpital.

L'énergie de la contagion n'est pas la même dans les maladies qui en sont douées, al)straction faite d'ailleurs des conditions individuelles et des circon • stances extérieures qui peuvent la modifier ; écartant les degrés variables de l'aptitude individuelle et le caprice desr prédispositions, des patholugistes se sont exercés à dresser une sorte d'échelle d'intensité contagieuse des maladies, au prix de rapprochements bizaiTes; il nous paraît peu ralioimcl d'envisager les manifestations ax>rbides à propagation contagieuse en dehors de leur cadre historique, en dehors du milieu où elles se réfractent; la contagion n'a

(1) Loc. cit.f t. 1, p. 118.

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rien d*al)solu ni d'inévitable; elle peut n'accompagner une maladie qu'à une phase déterminée de son évolution. Les contagions les plus énergiques sont celles qui résultent du mode d'action le plus intime, de l'inoculation ou insertion sous-épidermique.

Parmi les principes contagieux, les uns émanent de notre espèce et se communiquent de l'homme à Tbomme; les autres sont le produit d'une élaboration morbide des animaux^ qui peuvent, dans certaines circonstances, les propager à l'espèce humaine, fiouchut (1) a essayé de classer dans un tableau ces provenances et ces échanges de maladies virulentes; bien qu'il ne date que de quelques années, ce tableau exige déjà des rectifications:

Transmissibles à cer- 1 Variole.

, „ , .. • 1 . ... 1 tains animaux. } Syphilis (2).

I. Maladies virulentes originaires) /Rouireole de rhomme. ] Non transmissibles J c-^«Hnô

aux animaux. ) « . •» ' a>ua •* i .

V Pourriture d hôpital^ etc.

Transmissibles ( Rage, à d'autres espèces. ) Maladie aphtbeuse.

/ Cow-pox.

y Rage.

,,-.,.. . , ^ ... . Transmissibles à j „^^^^'

II. Maladies virulentes originaires/ ru^.»»» \ Farcin. , . ^ \ 1 nomme. 1 1> 4 i i* des animaux. \ I Pustule maligne.

[ Eaux aux jambes.

\ Gale (3).

Non transmissibles j»*?*^;

[ à rhomme. K' ^" J^ ^'"'^

\ \ Maladie aphtheuse.

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