‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 50 sur 107 · IV. Maladies parasitaires ^ Prurigo pubis · texte numérisé non relu

IV. Maladies parasitaires ^ Prurigo pubis

Mentagre.

Herpès circiné.

V Herpès tonsurant.

Cette diversité d*ongine des maladies contagieuses explique leur degré de

(1) Bouchut, Mémoire sur les maladies contagieuses (Gaz, méd, de Paris, 1848, p. 406); et Pathologie générale, 2< édition. Paris, 1859, p. 225.

(2) Auzias-Turenne paraît avoir réussi, depuis la publication de ce tableau, à inoculer le pus syphilitique à quelques espèces animales, notamment aux singes.

(3) Cette contagion a été démontrée par Oelafond et Bourguignon (Comptes rendus des séances et Mémoires de la Société biologique ^ février 1856, et Comptes rendus de r Académie des sciences évL !i février 1856). Des hommes devenus galeux en soignant des lions affectés de cette maladie, leur ont offert des parasites identiques avec ceux qu'ils avaient trouvés sur ces animaux ; l'acare qui produit la gale du chat n'en diffère que par le volume. Plus récemment, de nombreux cas de contagion psorique du cheval à l'homme, notamment ches huit élèves de l'École d'Âlfort, ont mis hors de doute

roBUQOK] ATMOSPHÈRE. — ÈPIDÊMIOLOGIE. d51

apporté de Tlnde à Brescbelt fit périr presque insuntanément des pigeons auxquels on rinocula délayé dans on pea d*eau avec la poiote d'une lancette (1). Le garçon d'amphithéâtre qm a procédé, dans Tbôpital de la marine française de Thérapia, près Constantinople, à Tonverture do corps du maréchal Saint- Arnaud, mort du choléra en Grimée, a succombé, presque immédiatement après cette autopsie, à une attaque de choléra foudroyant 11 est vrai, m'a dit Fanvel, qui asnsui à cette autopsie, qu'il y avait des cholériques dans ThôpitaL Ces faits sont authentiques ; ib démontrent la persistance d'action de certains principes morhifiques, sans qu'il soit possible d'en fixer la dorée. Les exagérations de la peur, la créduUté des médecins eux-mêmes ont accumulé les fables sur ce sujet: à Livourne, d'après Eslienne, une momie ayant été débarrassée de ses enveloppes, la peste fit périr celui qui avait pratiqué celte opération.; si l'on en croyait Diemerbroek, la peste aurait été transmise par le contact du pied avec de la paille de pestiféré qui avait été exposée aux influences de l'air libre pendant un automne et on hiver. Le doute est ici plus que licite; mais reste im fait démontré, dont l'hygiène publique est tenue de faire état, c'est la survivance, si Ton peut ainsi dire, des principes contagieux aux corps dans lesquels ib ont pris nabsance par une élaboration spécifique ; de telle sorte que la vérité médicale manque au proverbe: t Morte la bête, mort le venin. > L*efficactté des inoculaiioiis faites avec le vaccin conservé pendant plusieurs années devrait fifre réfléchir les sceptiques de |Nirti pris. Qui osera démentir les faits rapportés par Pringle et ténH>ignant de la transmbsion du typhus, après piosiears mob, pr des objets de literie?

Les objets matériels susceptibies de s'imprégner des principes contagieux et de les transmettre à de grandes dbtanees ont été diversement classés, et ont servi à dresser une échelle d'aggravation dans les mesures sanitaires. Dans l'ancien système, fb ont été le motif on le prétexte d'acerbités quarantenaires et d'exploitations intéressées ; on les accusait de transporter au loin le germe de maladies pestîtentiefles, dont le caractère contagieux n'était nullement démontré. Les travaux préparatoires et les recherches anxqneb s'est livré Mêlier pour l'organisaCion de b cùnférence sanitaire internationale (1852) l'ont conduit à cette condosion que, pas une seule fois, les maladies pestilentielles dont il loi a été possible de préciser l'origine n'ont été importées par des marchandbes (peste de Marseille, 1720, pestes de Malte, de Corfou, de Nob^dans les Deux-Sldles}. A qoeRes dbpendieuses mesures de sanification n'a-t-on pas soumb pendant longtemps les cotons? Or, les cotons n'ont jamab servi de véhicule aux maladies contagieuses; ib n'ont jamab communiqué rien de morbide aux portefaix occupés I porter, à ouvrir les balles. Le verre, en tant que vase hermétiquement fermé, rangé autrefois parmi les substances non susceptibles, conserve parfaitement les virus inoculables. Dans la conférence

(1) Settîery Des causes spécifiques des maladies {Thèse de concours pour f agrégation, Paris, 1838, p. 15).

352 DES MODIFICATEURS. •-. GIRGUMFUSA. [htcième

internationaie, il ne s'est trouvé personne pour défendre la classification surannée des marchandises en susceptibles et en non susceptibles. Le règlement interprétatif de la convention sanitaire du 3 fémer 1852 s*est borné à les ranger en trois classes pour le cas où le navire arrive en patente brute ou aurait eu, pendant la traversée, des morts ou des malades suspects: i"" Quarantaine obligatoire avec purifications : les bardes et effets à usage, les drilles et les chiffons, les cuirs et peaux, les plumes, crins et débris d*animaux en général, enfin la laine et les matières de soie; 2^ Quarantaine facultative: coton, lin et chanvre; 3^ Exempts de mesures quarantenaires : toutes les marchandises et objets quelconques qui ne rentrent pas dans les deux premières classes. En patente brute de peste, les marchandises de première classe sont toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications. Même en patente nette, les cuirs, les crins, les chiffons et les drilles pourront encourir des mesures sanitaires dont l'autorité déterminera la nature et la durée; il en est de même des marchandises et des objets altérés ou décomposés, que Taulorité aura le droit de faire jeter à la mer ou détruire par le feu. U était difficile de faire plus pour rintérêt sérieux de la sécurité publique, et moins pour les appréhensions traditionnelles des populations du littoral. L'avantage de la nouvelle classification est la précision et une juste appréciation des chances réelles de contamination. A ceux qui y verraient encore trop de difficultés et de détriment pour le commerce, on pourra demander, avec Riberi, si, par hasard, le commerce n*a que des droits et pas de devoirs à remplir (1).

La distance à laquelle les principes contagieux peuvent agir par l'intermédiaire de l'air, dépend de la température, de l'hygrométrie, du repos ou de la ventilation de l'air. Dans l'Orient, durant le règne de la peste, les Européens se préservent par la réclusion; les couvents y jouissent d'une immunité qu'ils doivent à l'élévation de leurs murs et à l'interruption des rapports extérieurs. Desgenettes va jusqu'à dire qu'un fossé de quelques pieds entre un pestiféré et un homme sain met ce dernier à l'abri de la contagion. On objectera que l'isolement ne préserve que de l'influence des malades, non de celle de la cause épidémique générale; mais ici la cause réside dans un principe contagieux, transportable à de grandes distances : contre elle, contre les foyers qu'elle engendre, et dont l'influence peut subsister même après l'enlèvement des pestiférés (2] : l'isolement est un moyen de prophylaxie certaine (3). La transmission de la peste ne parait s'effeauer efficacement que par les miasmes qu'exhalent les pestiférés. L'inoculation de leur sang, du pus de leurs bubons, de la sérosité des phlyctènes de a's bubons, n'a donné que des résultats équivoques; mais les faits ont démontré la transmissibilité de la

(1) Riberi, Helnzionc fatin ni scnnto dcl regno sardo ai progctto di leygc ftcr /a sanzione délia convenzionr sanitaria internnzionale.

(2) linjiiport à l'Académie mr la peste et les quarantaines, par le docteur Prus, accompagné de pièces et documents, etc. Paris, 18A6, p. 203, conclusion xxx.

(3) Ibid., conclutiont xxiv.

pdbuque] ATMOSPUËRI:;. — ÉPIDËMIOLOGIR 353

peste par le seul coniact deâ malades, par l'usage de leurs hardes et vêtements, par les marchandises pronoant d*uu pays infecté. La peste peut se propager hors des foyers épidémiqaes par tair chargé des émanations des malades; de là, formation de nouTeaax foyers, comme, par exemple, à bord des navires, susceptibles à leur tour d*être transportés à de grandes dislances, mais moins redoutables pour les pays qu'ils atteignent s'ils n'y rencontrent dans le climat et dans l'atmosphère un ensemble de conditions favorables à leur activité.

Le typhus, en tant que maladie contagieuse, n'a pas non plus une sphère d'activité très-étendue; il a frappé en Grimée et à Gonstantinople (1856) les médecins, les infirmiers, les aumôniers, les sœurs de charité, c'est-à-dire ceoi qui passaient une partie de leurs journées au coniact des typhiques; il a épargné les fonctionnaires administratifs qui sont appliqués à des travaux de contrôle ou de comptabilité en dehors des salles de malades, ou qui n'y font que des apparitions intermittentes. Les foyers secondaires de typhus qui se sont développés à Gonstantinople par suite des évacuations de Grimée n'ont acquis une si grande intensité qu'en raison* de l'encombrement; il s'en est formé d'autres, plus restreints, à bord de quelques navires qui ont transporté des troupes en France : mais, suivant la prévision formulée dans le rapport à VAcadémie sur la peste et les quarantaines, ils se sont atténués dans l'atmosphère maritime, et les cas presque rares, environ deux cents, fournis par les premiers 50 000 hommes ramenés d'Orient en France, n'ont pas manifesté de tendance à se propager, soit que la maladie, si loin de son foyer d'origine, eût perdu de sa force expansive, soit que le climat de la France et d'autres conditions hygiéniques fussent un obstacle suffisant à son développement.

Le mode de propagation de l'épidémie cholérique, qui, en 1865, fit invavsion en Europe par la mer Rouge, à la suite des pèlerins revenant de la Mecque, est venu compléter d'une manière saisissante pour tous la démonstration déjà faite pour Fauvel et moi, lors de la guerre d'Orient, de la transmissibilité de cette maladie et de ses multiples importations. La conférence sani taire internationale, réunie à Gonstantinople en 1866, a nettement établi, avec des preuves irrécusables, que le choléra est transmissible, et qu'il s'étend au loin uniquement par importation humaine : deux résultats d'observation qui nous ont frappé^ Fauve! et moi, dès 185/i, et que nous avons fait valoir ensemble, mais sans succès, à Varna, auprès du maréchal de Saint-Arnaud, pour obtenir des mesures de quarantaine contre les arrivages directs de Gallipdi ; ces mesures réclamées par notre ministre à Gonstantinople, l'émiiient Benedelti, auraient peut-être prévenu la double catastrophe cholérique de Varna et de la Dobnidja, comme elles ont prévenu eu 1868 la réapparitioQ du choléra parmi les pèlerins revenant de la Mecque, comme eu la même année la quarantaine établie à £i-Ksour, à 28 kilomètres au sud de Batna (province de Gonstantine), a préservé cette ville de la terrible épidémie de Biskara, malgré l'émigration de la garnison de cette place et sa traînée de décès cholériques jusqu'aux camps sanitaires improvisés en forme de lazarets autour du c ravan* M. LÉTY, Hygiène, »• iDit. " — 23

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sérail do Kmar) (1); elle a démontré, en outre^ que rim|X)rtaiion et la transmission peuvent 8*eiïeclucr, plus ou moins loin d'un foyer cholérique, non-seulement par Thomme lui-même atteint de choléra confirmé, ou simplement de diarrhée cholérique, mais encore par des effets à usage^ pro- Tenant d*nn lieu infecté, surtout si ces effets on autres objets susceptibles d'imprégnation étaient restés enfermés à Tabri du contact de Tair libre (2). G*est Vair ambhint, surtout l'air confiné, qui parait être le principal véhicule du germe cholérique. Le choléra rentrerait donc dans la catégorie des maladies contagieuses qui se transmettent par infection; mais le miasme cholérique répandu dans Tatmosphère Tague, y perd rapidement ses propriétés morUfiques, au point qu'il est sans exemple que la maladie ait été portée à de grandes distances, d'un lieu sur un autre, par le seul intermède de l'air : de II l'utilité de mesures de quarantaine contre le choléra. Quant à la durée de l'incubation du choléra^ il résulte des recherches de la conférence de Gonstantinople (Fanrel, op, cit., p. 25) que dans la généralité des c^s, cette durée ne dépasse pas une semaine, si l'on a soin de ne pas comprendre dans la période d'incubation la diarrhée dite prémonitoire, qui n'est qu'une phase de la maladie même.

Le système sanitaire des nations, fondé sur la doctrine de la contagion, implique deux notions essentielles, celle de toutes les maladies qui présentent positivement ce caractère, et celle de la durée possible de leur incubation. Malheureusement cette dernière notion manque encore de précision.

La rage s*est développée huit mois après la morsure (Fracastor), onze mois (Mead), etc. Dans la peste de Nimègue, Diemerbroek a noté, à côté des incubations de quelques jours, d'autres faits qui en portent la durée I deux ou trois semaines et même à quelques mois (S). D'après Prus, il parait certain que loin des contrées où la peste est endémique, en dehors de ses foyers épidémiques et de ses foyers d'infection, elle n'a jamais 6it explosion chez les indi- Tidus suspects après un isolement de huit jours (6). Les maladies d'origine infectieuse offrent des variations non moins étendues dans la durée de leur période d'incubation; des militaires qui ont contracté en Afrique le germe des fièvres intermittentes n'en réalisent les accès qu'après leur arrirée en France. Sur 7&& cholériques traités en i85/i dans un hôpital sous tentes, près Varna

(1) I. L DttlMriey, Sotice itur les mesures de préservation prises à Batna (Algérie) pemhmt le ehoUra de 1807, etc, Paris, 1808.

(S) Le ehoUrQ, étiofogie et prophylaxie, origine, endéniieité, transmissihilitè^ pntpmgBÎwn, mum^es d'hggiAne, mesures de quarantaine et mesures spéciales à prendra en (h'ienf ptmr prévenir de nouvelles invasions du choléra en Europe, Exposé des Iravmux da la Gonlêranee lanitiire iotarnationaie de Cootlantinople, mit en ordre et pré • •édé d'une introducUon par A. Fauvel. Paris, 1808. 1 vol. 10-89 avec une carte coloriée iMiiquani la marebe du choléra en 1860.

(3; Diemerbroek, Depestr^ lib. 1, cap. x.

(4) Rapport à r Académie sur la peste^ etc.^ passim.

pubuqub] atmosphère. — ÊPIDÊMIOLOGIE. 355

(hôpital du Monastère, n* 1), 170 avaient la diarrhée préoionitoire depuis pins de quinze jours quand elle 8*est caractérisée en choléra. Combien de circonstances peuvent accélérer ou retarder Texplosionl £n première ligne, les conditions hygiéniques, la saison, le climat, Tâge, etc. Les pustules vaccinales apparaissent en été plus tôt qu'en hiver. Le législateur a dû s'arrêter à des limitations à peu près justifiées par une longue expérience. La convention sanitaire du 27 mai 1853 a fixé la durée de la quarantaine pour la peste à dix jours minimum, à quinze jours maximum, pour la fièvre jaune de trois à quinze jours, pour le choléra à cinq jours. La corvette ia Recherche^ partie de Brest pour la Martinique, arrive le 25 auût 1855 à Cayenne, où régnait la fièvre jaune, y séjourne dix-sept jours, s'en éloigne le 11 septembre sans malade, arrive le 18 du même mois au fort de France (Martinique), où il n'existait pas trace de fièvre jaune; le 22, c'est-à-dire onze jours après le départ de Cayenne, le premier cas de cette affection survient à bord, et sur un effectif de 7,k hommes d'équipage et de 66 passagers, on compte kk malades et 15 décès dans la traversée de la Martinique en France. Parmi ces kk cas, 28 appartiennent franchement à la fièvre jaune. Vers la fin de septembre 1854, j'ai vu arriver à Varna, après une traversée de soixante à soixante-dix jours, des artilleurs embarqués avec du matériel de leur arme à bord de bateaux voiliers ; partis de Marseille où régnait le choléra, plusieurs d'entre eux ont succombé en débarquant à cette maladie alors entièrement éteinte I Varna. Les exemples d'incubation prolongée sont nombreux, et à quelque limite que s'arrête la fixation de quarantaine, elle sera toujours arbitraire. La conciliation des intérêts de la navigation et du commerce avec ceux de la préservation publique est une ceuvre délicate; des deux côtés, l'exagération semble inévi* table : le scepticisme des anticoniagionnistes accommode les uns, le faux terrorisme des intendances sanitaires exploite les autres.

3* Endémies. •— Les endémies sont l'expression pathologique des localités; et il devrait en être question à ce mot; mais comme l'atmosphère est l'agent dm>ct ou le véhicule du principe de beaucoup d'endémies, et qu'il est utile de les comparer aux épidémies, nous en parlerons icL Les causes des endémies varient et souvent échappent à l'analyse; mais les maladies qu'elles produisent ont un caractère commun, savoir, d'appartenir en propre à certains pays et d'y être permanentes, quoique plus actives parfois à certaines époques de l'année. Les épidémies, au contraire, régnent passagèrement et se généralisent davantage. Les premières naissent pour hi plupart de conditions météorologiques et cosmiques que l'on peut apprécier jusqu'à un certain point; les autres se développent sous l'empire de modifications presque toujours inconnues de l'air. Cette distinction entre les deux groupes de maladies précitées est consacrée par les anciens et les nnodemes (Hippocrate, Galien, Van Swieten, Fodéré, etc.), et nous l'admettons. Toutefois des endémies, circonscrites à leur naissance, telles que la peste, k fièvre jaune, peuvent s'étendre sons forme épîdèniiqiie , leur diftasion s'ezpliquant par leur traiismissihilité.

356 DES MODIFICATEURS. — CIRGUMFISÂ. [rygiLne

Plus on scrutera avec précision les faits qui caractérisent le développement de certaines maladies hors et loin de leurs foyers d*origine, plus on suivra de près Titinéraire de leurs migrations, plus on acquerra la certitude qu'ils s'expliquent par Timportation. D'autres affections, qualiûées d'endémies, ne sont dues réellement qu'à l'insujQKsance ou à la privation prolongée de certains agents hygiéniques. Le scorbut^ par exemple, n'est pas plus endémique en Norvège qu'à bord des navires où il se développe par le manque de vivres frais^ et avec le concours secondaire du froid et de l'humidité. S'il ne s'est pas produit, en 1746, sur le vaisseau le Salisbury, privé pendant trois mois de vivres frais ; si Lind et son collègue Murray l'ont toujours vu coïncider avec les temps humides et froids^ une expérience récente, ajoutée à tant d'autres, à bord du vaisseau le Castiglione (1866-1867)^ et dont tous tes détails convergent à la démonstration de l'étiologie vraie du scorbut, nous le montre naissant par -f IB^ à i2*c, entre le canal de la Floride et les Açores, chez l'équipage privé depuis trois mois de végétaux frais, épargnant les passagers militaires de notre armée du Mexique^ qui n'avaient pas subi cette privation, disparaissant parle bienfait d'un ravitaillement opportun, etc. (1).

Les auteurs qui se sont occupés des endémies (Finke, Schnurrer,Virey,etc.), les ont classées par ordre géographique ; mais leurs tableaux comprennent des maladies qui ne sont point le résultat constant des influences ocales, et il nous sera difficile d'éviter entièrement le même inconvénient dans l'énumératioii ci-dessous, qui renferme des renseignements nécessaires à l'hygiène publique. A. Europe. — Norvège^ Suède, Finlande, Russie, Danemark, Poméranic, Couiiande : scorbut, pneumonie, rhumatisme^ phlegmasies catarrhales; l'ophthalmie règne en Laponie, le noma (espèce de gangrène scorbutique) en Suède (2)^ le raddesyge (espèce de syphilis) en Suède et en Norvège; le ginklose, ou tétanos des nouveau-nés, en Islande; les fièvres pernicieuses avec pourpre et miliaire en Hongrie; la plique (trichoma) dans la Pologne, la Lithuanie, la Transylvanie, la Hongrie; le spleen (hypochondrie), la fièvre intermittente, le diabète, l'albuminurie, la dysenterie, en Angleterre; en ', Hollande, outre les maladies des pays froids et humides qui y sévissent comme

en Angleterre, les aphthes, les tubercules pulmonaires, le scorbut^ la scrofule, la suette miliaire, etc. Dans notre France^ la suette (déparlement de Seine-et- Oise, de l'Oise, la Picardie); le goitre (Ariége, Hautes-Pyrénées^ Hautes - Alpes, Puy-de-Dôme, Vosges); l'ichthyose, les dartres (côtes de la Bretagne, Champagne); la gangrène sèche avec nécrose (Orléanais, Sologne); la pustule maligne (Bourgogne); les convulsions du pays d'Auge (Normandie); le malval, éruption carbonculeuse (Languedoc); la diphthéritc (Touraine); les fièvres de marais (voy. tome !")• ^*"' '^ Piémont, les mêmes fièvres, dues aux rizières, avec ou sans éruptions miliaires et pétéchiales. Dans la Suisse, le Valais, la

(1) Arch. deméd. navale, 1868, t. IX, p. 295, mémoire du docteur A. Léon.

(2) Le noma |>arall «voir régné épidémiquement en Hollande, où il a été appelé cancer Aquatique (Waterkanker) par van de Woord (1662). (Voyez la Uiète de Jules Tourdes^ Sur //• nomn ou xphncèk de la /jouchc, Strasbourg, 18A8.)

PUBLIQUB] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÊMIOLOGIE. 357

haute et la basse Maurienne, crétînisme, goitre, scrofale, rachitisme. Le tarentulisme s'observe dans la Fouille^ la Calabre et TAbruzze; la pellafçre dans le bas Milanais, le Paresan, le Lodesan et le Navarrois. La fégra ou fégarite^ qui règne en Espagne et en Portugal, consiste dans des ulcères de mauvais caractère et siégeant dans la hanche. Madrid est en proie à une colique qui porte son nom.

B. Asie. — D'après Pallas^ Thystérie, Thypochondrie, la folie sont trèsfréquentes dans les régions les plus septentrionales de TAsie. Les maladies du ibie et du système nerveux, les dysenteries, le choléra, les ophthalmies sont endémiques dans l'Asie centrale; le vomissement bilieux règne à Goa, le flux dysentérique sur la côte du Malabar^ du Goromandel, à Java ; la calentore sous la zode torride, la colique nerveuse et la lèpre au Japon et à la Chine; le béribéri dans l'Inde, l'élépbantiasis chez le Chingulais.

G. Afrique. — Les endémies de l'Egypte sont la peste,^ la lèpre, l'ophthalmie, les dartres, le scorbut, la scrofule, le tétanos; La filaire est celle de Médine; le dragonneau celle des îles du golfe Persique, sur les bords de la mer Rouge et chez les peuples répandus sur un sol argileux et impr^é d'eau de mer (Kaempfer, Smyttam, Anderson). En Algérie régnent les fièvres palustres, la dysenterie^ l'hépatite; la dysenterie domine plus à Oran que dans d'autres régions de nos possessions africaines; le ténia est très-fréquent à Batna et à Sétif ; le bouton de Biskara, affection tuberculeuse et ulcéreuse de la peau, n'est pas sans rapport avec celui d'Alep ; j'en ai vu trois cas à Biskara même (octobre 1851). A Maroc^ en Guinée et dans le Sennaar, on men* lionne le tétanos et les névroses; à Loango et à Benguela, une espèce de tarentulisme, la jaunisse et les cachexies bilieuses; l'élépbantiasis à l'île Bour^ bon, l'hématurie à llle et France.

D. Amérique. — Le nord de ce continent répète la plupart des endémies du nord de l'Europe (scorbut, rhumatismes, gangrènes, affections cutanées^ etc.). Dans les États-Unis, fièvres intermittentes, dysenterie, etc. Dans le Mexique, fièvre jaune; au Pérou, syphilis et maladies de la peau ; aux Antilles, fièvre jaune et dysenterie; à Gayênne, fièvres intermittentes, pian, ring worm, tétanos; à Surinam, coliques analogues à celles des cotes de Malabar; au Brésil, chique ou maladie produite par un insecte qui pénètre dans les chairs (puUx penetrans).

Nous n'avons signalé que les endémies les plus saillantes du globe, car elles sont extrêmement nombreuses dans le sens trop étendu de ce mot ; et surtout elles sont loin d'avoir été suffisamment scrutées dans leurs anakM;ics ou leurs dissemblances. On a confondu les affections qui semblent être un produit de k)calité avec la patbok)gie plus générale des climats, les résultats temporaires de rinfectk>n ou de l'extension épidémique et même avec ceux d'une contagion spécifique ! Le pian, le sibbens, le raddesyge, ne sont-ils pas des formes de la syphilis? La lèpre squameuse, qui s'est propagée dans toutes les îles de rOcéanie, accuse en partie la môme origine (1). Quoi qu'il en soit, les

(1) Lcfson, Voya^de fa Coquille, 1822 à 1825.

S58 DS8 MODinCATRURS. — CIRGUIIFUSA. [iTCiiiCE

endémies éUnt déterminées par ia spécialité d*un on de plusieurs modificateurs hygiéniques (air, sol, nourriture, etc.), on doit les retrouver partout où la même cause ou le môme ensemble de causes agit d'une manière prononcée : c'est ce que i'obserration confirme. Le mal de ventre sec du Malabar, la colique du Poitou, celle des Asturies, de Madrid, de Surinam, le béribéri, etc. , ayant pour caractères communs la brusquerie de l'invasion, des accidents convulsifs, etc., appartiennent aux localités élevées ou voisines des montagnes neigeuses, exposées à de grands refroidissements périodiques de l'atmosphère, si les coliques sèches ne sont tout simplement, en des lieux divers et très-éloignés les uns des autres, l'expression d'une cause partout la même, l'intoxication saturnine. Rayer (1) a rapproché le mal de la rosa des Asturies et la pellagre de la Lombardie. Le goître, que l'on croyait confiné dans les vallées subalpines, a été observé par de Humboldt dans quelques cantons du Mexique ; on le voit à Java, à Sumatra, sur les bords du Niger, etc. On trouve le crétinisme dans la Garinthie, la Tartane chinoise, à Staunton, dans les parties montueuses de la Chine. La scrofule existe dans les contrées les plus chaudes comme dans les pays les plus froids, ce qui implique pour die un autre agent pathogénique que les qualités de l'air. La pliqne appelée polonaise se rencontre en Suisse, dans la Prusse, dans la Tartarie, dans la Hongrie, dans la Transylvanie, etc. Les fièvres paludiques sont semées sur le globe comme la cause qui es engendre.

Nous reproduisons, au terme de cette revue écourtée, les judicieuses réflexions de J. Rochard : o Les affections qu'on n'observe que dans un pays ou dans une localité, sont très-pou nombreuses; elles n'ont pas d'influence marquée sur le mouvement de la population et ne constituent guère que des curiosités pathologiques. Les fléaux nomades qui passent s«r les nations comme des ouragans, se jouent des limites géographiques qu'on a la prétention de leur assigner. Les grandes maladies, celles qui déciment l'espèce humaine, sont essentiellement cosmopolites. Les différences climatériques ne portent que sur leur degré de fréquence et de gravité, sur la prédominance de tel on tel groupe de symptômes, sur les conditions particulières des orga*nismes qu'elles affectent et sur les indiciitions spéciales qui peuvent en ressortir (2). »

La prophylaxie hygiénique des endémies ne peut reposer que sur la connaissance exacte des influences qui les font naître ; malheureusement leur étiologie est peu avancée, remplie d'obscurités et de controverses : là mémo où le rapport de causalité que l'on recherche se prononce jusqu'à l'évidence, on ignore, et l'on ne découvrira peut-être jamais certains éléments nécessaires à la solution du problème. Nous savons bien que la composition géologique des terrains, leur exposition, la quantité et le mode de distribution des eaux qui les arrosent, ia nature des végétaux qui y croissent, jouent un rôle dans b production de certaines maladies; mais, pour expliquer ce rôle, que se

(i) Rayer, Traité des maladif^ de la peau. Paris, 1835, t. III, p. 864 et 889. (2) Jules Rocliard, Atxh. de méd. navale^ 1868, t. IX, p. 306.

nmml ATlIOSPHtRl. -- tPIDAlIOU)GII. S59

prisent»- t*il? Des hypothèses. Quelques auteurs attribuent au lait les maladies lymphatiques et le rachitisme qu'ils prétendent être commun chez les peuples pasteurs des montagnes ; et les eipériences de Jules Guérin et Trousseau ont démontré que le lait guérit les rachitiques. Quelle endémie est plus étroitement liée avec les conditions de localité que le gottre, et combien il importe rait à Thygiène publique de préciser l'origine de cette affection ou plutôt de cet état général dont le gottre est le prodrome ou Taccompaguement, et qui a pour terme le crétinisme? On Ta attribué à l'atmosphère mal renouvelée des vaUées obscures, sinueuses, humides, où on l'observe particulièrement; mais on le retrouve dans des pays plats, tels que la Lombardie, le ftlilanais, le Soissoonais, etc., dans les plaines élevées de la Colombie, où il se propage de plus en plus (Roulin). Il serait banal d'en accuser la mauvaise alimentation oo les excès de liqueurs. La constitution du sol, d'après Mac-Cleland, médecin de l'armée anglaise aux Indes, donnerait la clef de l'énigme : ce voyageur, qui a visité de village en village la population goitreuse d'une province Indienne dite Kemaou, a vu que partout, dans le fond des vallées comme au sommet des montagnes, le goître coïncide avec le terrain calcaire et qu'il disparaît là où les sources d'eau s'échappent d'un sol argileux ou de roches siliceoses, quels que soient d'ailleurs le niveau des localités au-dessus de la mer et l'état de stagnation de l'air ou des eaux. D'autres, au contraire, admettent une zone orographiqne dans laquelle se renferme l'endémie du crétinisme : dans les Alpes Noriques, celui-ci stationne entre i39/i et 3600 pieds au-dessus du niveau normal, et le docteur Berchtold guérit, dit-on, des enfants crétins en les élevant simplement sur l'Adanberg, au-dessus de cette limite. Bouchardat (1) rattache le développement du gottre à l'usage des eaux calcaires, particulièrement à l'action du sulfate de chaux; il remarque que toutes les eaux qui dotinent le goitre, sont séléniteuses; ce qui n'empêche pas le docteur Roesch (2) de restreindre de beaucoup l'importance que d'autres accordent à la présence de la chaux carbonalée dans l'eau, tout en rappelant que Topinion la plus générale impute aux eaux séléniteuses le développement du gottre. L'analyse chimique qui démontre une grande quantité de carbonate calcique dans les eaux d'Aostc, retire ce sel aussi abondamment des eaux de Gormajor, où ne s'étend point le crétinisme (S). Les eaux minéralisées par les sels calcaires sont répandues sur toute la surface du globe, et cependant le gottre et le crétinisme sont confinés dans un petit nombre de localités (U), Roussingault (5) a cherché

(1) Bouchardat, De rinfluence de la qualité des eaux sur la production du gottre et du crétinisme (Bulletin de V Académie de médecine^ t. XVI, p. â36 et suiv.).

(2) Roesch, Untersuchungen ueber den Kretinismus, Erlangen, 1844.

(8) ÏMtungen in dêr medictniichen Géographie Ton Heusinger, dans Jnhresbericht ùberdie Fortschritie der getammten Medicin, ete. Erlangen, 1848, t. Il, p. 194.

(4) Euf. Marchand, De/i eaux potables en général considérées da-is uu*' constitution physique et chimique, et dans leurs rapports avec la physique du globe (Me moires de r Académie de médecine, 1855, t. XIX, p. 194).

(5) Bouadnfaiilt, Annales de physique et de chimie^ t. XLVIII.

860 DES MODinCATEURS. -^ CIRCUMFUSA. [htgiâne

aussi la cause du goître dans Teau : celle qui lé produit^ suivant lui, n*est pas oxygénée ou l*est à peine. Cette théorie concilie assez bien les faits en apparence opposés. Dans les lieux très-^levés, où le goître est endémique, la disparition ou la diminution notable de Toxygène dans Teau s'explique par le degré de la pression atmosphérique; ailleurs, comme dans le village de Mariquita, Télévation n'est que de quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer; mais à Mariquita Teau des glaciers provient de la Cordillère centrale : si le goître est répandu à Socorro (700 mètres de hauteur), c*est que Teau de cet endroit contient par litre 16 cent cubes diacide carbonique et 12 d*air seulement; dans les contrées goitreuses^ où Ton ne consomme ni eaux de neige, ni eaux calcaires, les eaux habituellement employées ont séjourné sur de la tourbe, des feuilles mortes, du bois pourri, etc. Or, toutes les matières organiques, très-avides d^oxygène, enlèvent ce principe à Teau ; aussi les faits cités par Fodéré prouvent que le goitre est rare dans les lieux sillonnés par les cours d'eau rapides. Pourquoi les défrichements de la vallée d'Aoste (1792) ont-ils réduit le chiffre des goitreux ? C'est qu'ils ont amené la dessiccation des marais et permis l'arrivée des vents.

La théorie de Chatin s'empare des mêmes faits pour y attacher une signiûcation différente, ainsi que nous le verrons tout à l'heure: elle survit à toutes celles qui ont pour base une donnée chimique ou géologique. Grange luimême, après avoir proclamé que le goître et le crétinisme sont indépendants des latitudes, des hauteurs^ des climats, des conditions d'habitation, de pauvreté, etc., et se lient à la présence de la magnésie dans les eaux, en est venu à expliquer l'absence de ces inGrmités au bord de la mer par l'existence de l'iode dans les aliments et les boissons que l'on y consomme. Marchand a démontré que les eaux de Saint-Valery en Caux et celles du Havre, où le goître n'existe pas, contiennent autant de magnésie que celles de la vallée de l'Isère, où cette affection est endémique; cdle-ci a régné endémiquement à Reims, où les rivières et les eaux de puits sont dépourvues de magnésie, tant que les habitants ûrent usage de ces dernières eaux. Dans beaucoup de cantons du Piémont, on boit les eaux Je neige sans qu'il en résulte des goitres ; c'est que les eaux de cette provenance contiennent des traces d'iode. L'usage do ce médicament dissipe les gonflements de la glande thyroïde. L'iode se rencontre dans le vin, la bière, le cidre; les plantes terrestres en contiennent et roiilèvent aux eaux qui les arrosent ou s'inûltrent autour de leurs racines. De là Ws différences de composition des sources : celles qui s'échappent d'un sol lx)isé "flanquent d'iode. On s'explique ainsi la diminution du nombre des goitreux P^t suite des défrichements dans certaines localités, notamment dans le Valais (Fodéré, Bambuteau) et à Sainte-Marie-aux-Mines (Freppel, cité |)ar Mar- ^'^diidj. Si le goître et le crétinisme cessent à des altitudes plus ou moins considérables ^ ^^^^ ^^ ^^^^^ mètres au-dessus du niveau de la mer (Saussure, ^^^f^rus) £> est que la végétation y perd de son énergie et n'enlève plus aux «aux (o,,^ I cnrs princijH'S iodés. Des sources qui, h leur point (rèniergcnco.

PUBUQDV] ATMOSPHlRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 361

abreuTent une population saine el rigoureuse, peuvent, après avoir parcouru quelques prairies, perdre de leur salubrité avec une partie de leur iode, et quand elles continuent de couler au contact des v^étaux, elles achèvent (jie se dépouiller de cet élément précieux et finissent par entretenir à i*état endémique, chez les populations qui les boivent, l'altération organique générale dont le goitre et le crétinisme sont les expressions. Dans les Alpes, Gbatin a constaté que Tair et les eaux pluviales sont moins iodurées qu'à Paris ; dans les vallées goitreuses, il n'a plus trouvé d'iode dans les eaux de sources et de torrents qu'on y boit. Observateur exact, Ferrus, bien qu'opposé à cette doctrine éiiologique, arrive involontairement à la confirmer : « Entre les villages d'Arien et d'Ayet (Pyrénées), il y a presque identité dans les conditions de l'air et dans celles des lieux ; elles ne diffèrent que par un seul point : le village d'Arien est plus abrité que celui d'Ayet; en outre, les eaux qui servent dans chacune de ces localités aux usages de la vie, bien que provenant de la même source, affectent à certains égards des qualités bien diOérentes. A Âyet, les habitants recueillent les eaux et les utilisent à leur sortie même du sol ; elles sont fraîches, limpides, sans saveur appréciable ; les habitants d'Arien les reçoivent pour ainsi dire de seconde main : elles traversent des prairies pour leur arriver^ et tout en conservant une certaine transparence, elles perdent naturellement dans leur trajet de leur fraîcheur et de leur pureté (Chatin dirait leur iode). Des remarques analogues, ajoute Ferrus (1), peuvent aussi s'appli« quer tant dans le Valais que sur les bords du Rhin, et dans la vallée de Rozières (Meurthe). o Les animaux ne sont pas exempts du goitre et du crétinisme, les bœufs, les moutons, les chèvres et surtout les chiens y sont sujets. Or, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans les Vosges, le goitre^ endémique sur l'homme, ne se montre pas enzootique sur les animaux. A quoi les partisans de l'iode répondent que ceux-ci se nourrissent de végétaux contenant des traces de ce principe, excepté le chien qui, plus rapproché de l'homme, participe à son mode d'alimentation ; aussi la race canine est-elle, après l'espèce humaine» la plus exposée à cette dégénérescence.

A côté de ces doctrines se place celle de Ferrus, qui rattache le crétinisme à un état morbide de l'encéphale ; celle de Baillarger, qui y voit un arrêt de développement ; celle du docteur Roesch, qui professe qu'il dérive de la génération et se transmet par hérédité ; suivant ce médecin, il tient à la faiblesse des parents, à de mauvaises conditions durant le coït ou la grossesse, telles qu'ivresse, chagrins, frayeurs, etc. (Voy. Lunier, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, i869, t. X, art. Crétinisme). En général, les symptômes du crétinisme ne se manifestent qu'après la naissance, par un arrêt de développement du système nerveux; les influences auxiliaires sont : le défaut de soins des enfants, une mauvaise nourriture, la malpropreté, de mauvais vêtements, des habitations insalubres,

(1) Ferrus^ Mémoire 9ur le goitre et le crétinisme (Bulletin de r Académie de médecine^ 1850, t. XVI, p. 233).

FUBLiQUl] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDËMIOLOGIK. S6S

qui a imprimé son cachet à toutes les maladies (2). Ozanam a va la oonstitatioD inflammatoire se maintenir pendant plus de dix ans à Milan. D'après les épidémistes, les constitutioni^ stationnaires n'ont point leur origine dans les changements de saisons. Suivant Sydenham : Ab occulta potius et inexplicabili quadam alteratione in ipsis terrœ visceribm pendent, unde aer ejusmodi effluviis contaminatury quœ humana corpora huic aut illi morbo addicunt determinantqite,

b. Constitutions temporaires ou saisonnières actuelles : on les appelle aussi constitutions médicales régnantes. Elles expriment la liaison qui existe entre les maladies et les phénomènes météorologiques propres à chaque saison; elles n'influencent que les affections intercurrentes, tandis que la constitution fixe se réfléchit et sur les dernières et sur les saisonnières. Quand l'année est régulière, les quatre constitutions épidémiques qui correspondent aux saisons se déroulent nettement ; on dit alors qu'elles sont légitimes, parce qu'elles sont le produit des qualités météorologiques qui caractérisent les saisons normales d'un climat^ d'une localité donnée. Si l'année est irrégulière, c'est-àdire marquée par des combinaisons insolites des qualités météorologiques de l'air, elle offrira des perturbations parallèles dans les phases de sa pathologie (?oy. 1. 1, p. 511). Hnxham, Lepecq de la Clôture, Geoffroy, Raymond, etc., mentionnent de fréquents exemples de ces renversements de saisons, que Furster appelle les intempéries. Nous avons expliqué ailleurs (t. I, p. 508) ce que les épidémistes entendent par constitutions médicales mixtes, l'entredeux de Sydenham. La constitution propre à chaque saison résulte de celle de chaque jour; la somme des constitutions saisonnières détermine celle de l'année. La maladie qui a régné avec le plus d'intensité, de fréquence ou de durée, décide le caractère général de la constitution annuelle : on retrouve dans cette maladie les symptOmes locaux propres à telles lésions organiques ou à tel trouble fonctionnel; mais, en même temps, le génie épidémique, c'est-àdire la cause inconnue qui modifie la maladie, lui impose un symptôme insolite qui prédomine, altère sa marche, augmente sa gravité par une complication constante et uniforme. Dans d'autres cas, la constitution médicale est masquée, et les maladies ordinaires n'ont d'autre lien commun qu'un élément intime et spécial qui se dégage dans les expériments de la thérapeutique.

5® Epidémies accidentelles, — Elles se développent brusquement, sans cause évidente: tantôt elles ne sont que l'extension d'une maladie sporadique et connue, tantôt elles réalisent une forme pathologique sans analogue parmi celles que l'on observe dans les contrées soumises à leurs ravages. Saisons, climats, barrières naturelles ou factices, différences d'âge, de sexe, de complexion, etc., rien ne les arrête, quoiqu'elles s'appesantissent principalement sur les classes abruties et misérables. Point de fixité ni dans leur durée ni dans leur itinéraire ; foudroyantes au début, terribles dans leur stade ascendant, elles annoncent leur déclin par quelques oscillations dans le chiffre des invasions et des décès. Parfois elles interrompent subitement leur période desceii-

36d DES MODIFICATEURS. — CIRCOMFUSA. [hygiène

dante pour rétrograder et sévir a?ec une noavelle furie (recrudescence) ; elles font taire les autres maladies ou en réduisent le nombre ; elles étouiïent, dès leur apparition, une épidémie antérieure. Elles modifient la santé des individus aussi bien que la physionomie des maladies intercurrentes; enûn elles rencontrent, dans leurs divagations meurtrières, des races qui leur résistent. D*après Fabrice de Hilden, l'épidémie de Bâle n'attaquait que les nationaux. Degner rapporte que les Français et les Israélites échappèrent seuls à Tépidémie dysentérique de Nimègue. Souvent les épizooties coïncident avec les épidémies. Considéré en lui-même, le mot épidémie exprime uniquement ce fait d'une maladie qui, sous l'influence d'une cause accidentelle, attaque en même tem))s et dans un même lieu un nombre relativement considérable d'individus. La cause d'une épidémie peut être une influence répandue dans l'atmosphère, et qui porte sur tout un pays ou sur une portion limitée de sa population : telle l'impaludation, passagèrement exagérée au point de transformer l'endémie en épidémie, l'influence catarrhale, qui produit les diverses épidémies de grippes, etc. — La cause d'une épidémie se représente encore par une influence plus ou moins généralisée qui résulte d'une disette, d'une alimenution insuffisante (typhus famélique) ou toxique (ergotisme, pellagre), de l'encombrement, etc., en un mot, de conditions hygiéniques mauvaises et pesant sur un grand nombre d'individus. Il y a des épidémies dues à une cause morale, à la propagation d'une maladie contagieuse au sein d'une population plus ou moins apte à la contracter, et le mot épidémicité n'indique que l'eut d'expansion d'une maladie ou d'une influence morbifique qui sévit sur un grand nombre, sans impliquer nécessairement l'idée d'une influence extérieure portant gêné raiement sur toute une population; elle peut être le résultat de l'importation et de la transmission d'un principe contagieux. C'est donc à tort que beaucoup de roédecius, sans se rendre compte de la valeur du mot, invoquent 1 épidémicité comme une cause occulte de maladies, qui les multiplie, qui leur donne un caractère spécial, une malignité plus marquée; elle est, non une cause, mais une résultante, elle n'exprime que le fait d'un grand nombre de cas morbides de même nature, sévissant à la fois, et elle se peut rattacher à des causes très-diverses. — La question des maladies épidémiques touche naturellement à celle des constitutions médicales; celles-ci, toutefois, diffèrent des épidémies en ce qu'elles ne réalisent pas une maladie-type; elles influent seulement sur les éléments constitutifis des affections diverses simultanément régnantes et leur impriment un caractère commun.

IL — Rapports des épidémies avec l'hygiène publique.

Ainsi que nous en avons prévenu le lecteur, nous prenons ici l'épidémie dans sa plus ample signification; après les distinctions établies plus haut, il nous est |)ermis d'ajouter que l'infection vt la contagion n'indiquent que le mmlo doripine ot de propagation de certaines maladies. Celles-ci, suivant

PUBLiQOC] ATMOSPHÈRE. — ËPIDËMIOLOGIE. 365

qu*elles se restreignent aux liniites des localités ou qu'elles envahissent une plus vaste étendue^ constituent des endémies ou des épidémies. Telle affection est endémique dans certaines contrées, qui, à des époques connues, s*est répandue au loin : citons seulement les épidémies catarrhales qui, en 1729, 1732 et 1775, désolèrent toute l'Europe et une partie de TAmérique; le choléra qui, endémique dans plusieurs localités de l'Inde, envahit successivement les contrées voisines et s'avança, par étapes maintenant connues, jusque dans l'Europe. Beaucoup d'endémies et d'épidémies n'ont aucun élément infeaieux ni contagieux; mais il n'est pas moins vrai que ces éléments^ soit isolément, soit ensemble, peuvent les compliquer: aussi Ozanam admet-il un groupe d'épidémies infectieuses et contagieuses.

1<* Les causes des épidémies par contage sont assez connues; les autres le sont moins ; quelques circonstances secondaires qui se lient à leur étiologie n'échappent point à notre observation. La statistique a prouvé que c'est en été ou vers la un de cette saison que se montrent principalement les épidémies de petite vérole, de rougeole, d'ophthalmies ; que les pblegmasies cl les catarrhes de l'appareil respiratoire sont rares pendant la saison chaude; que ces affections deviennent souvent épidémiques aux époques annuelles des plus brusques variations de température. Sur 179 épidémies diverses qui ont régné en France, Marchai (de Galvi) a trouvé en hiver 55; printemps, 30; été, 38; automne, 56 (1). Sur 56 épidémies de catarrhes pulmonaires qui ont régné en Europe, 22 régnèrent en hiver, 12 au printemps, 11 en automne, 5 en été, 2 pendant une année entière, 1 pendant l'hiver et le printemps, et 1 pendant l'hiver, l'automne et le printemps. Dans nos contrées, le développement épidémique des fièvres d'accès avance ou retarde comme le dessèchement des marais, de sorte que leur invasion dans certaias cantons marécageux coïncide avec leur déclin dans d'autres localités. A mesure que l'on s'éloigne de l'équateur^ la fièvre jaune ne sévit épidémiquement que durant l'été. Dans les Indes occidentales, les fièvres dites rémittentes, bilieuses, les dysenteries, les diarrhées deviennent épidémîiques pendant la saison des pluies, les affections du foie durant la saison chaude, etc. Les localités et les climats interviennent puissamment dans la production des affections populaires, dont beaucoup ne s'observent que dans certaines limites géographiques.

L'altitude diminue l'intensité de la fièvre jaune, de la peste, et finit par les arrêter à une limite qui dépend des conditions ihermométriques : sur les côtes de la Vera-Cruz, cette limite existe à 928 mètres au-dessus du niveau de la mer ; la citadelle du Caire n'a jamais été atteinte par la peste. Le typhus et le choléra n'ont point encore révélé la limite de leur propagation verticale. I«a fièvre jaune se manifeste: 1* depuis Fernambouc (8'' delat austr.) jusqu'à Québec ((i6^ de latit. bor.), et s'étend ainsi sur 1500 lieues du sud au nord, sur 5U degrés de latitude, dont 31 font partie de la zone* torride, et 23 de la zone tempérée boréale; 2'' depuis la Nouvelle-Orléans (92'' longit. occid.) jus-

M) Marchai (de Calvi), Desépidéimet, Thèsd de coDOOurt. Pârii, 1852.

866 DES MODIFICATEURS. — GIRCDMFUSA. [iTftiÉiiE

qu*à Livourne (S"" longit orient), envahissant 1600 iieaes de l'ouest ï Test, et 100« de longitude* Sur 196 épidémies de fièvre jaune, on a noté

106 de l'équat. à 30 degrés de Ut. nord.

76 de 30 à AO —

18 de 40 à 50 —

1 de 50 à 60 ~

0 de 60 à 90 —

Les conditions qni font varier la fréquence de cette maladie influent également sur sa gravité: tandis qu'aux Antilles elle frappe la moitié ou les deux tiers de la population, et tue 2 ou 3 sur 5 malades, elle atteint, en Espagne, les 7/8*' des habitants, et fait périr le tiers oo le quart des malades. La peste, inconnue à l'hémisphère austral et dans TAmérique, règne depuis le 29* degré de latitude boréale Jusqu'au /i2*, et, de l'ouest à l'est, du 35* au 21'' degré de longitude; rarement elle franchit, en Egypte, Siout, dans la vallée du Nil; Godda, sur la mer Rouge ; en Asie, elle exerce surtout ses ravages sur la côte de Syrie et sur une partie de celle de l'Asie Mineure. Le typhus est moins circonscrit dans ses apparitions: on l'observe en Amérique, en Asie, comme en Europe ; il ne paraît respecter que les latitudes extrêmes. C'est entre le &3* et le 59* degré de latitude boréale qu'on observe les épidémies de suette miliaire. Le choléra a sévi depuis le 21* degré de latitude australe jusqu'au 65* degré de latitude boréale, sans tenir aucun compte de la longitude. Les localités ont aussi leur privilège ou leur disgrâce en temps d'épidémie, sans qu'il soit possible d'expliquer ces aberrations de l'influence morbifique. Vernilles, Lyon ignorent presque le choléra ; Fleury signale l'immunité de Belle- Tue, près Meudon, en 1832 et en 18/i9, alora que toutes les localités environnantes étaient rudement éprouvées. L'embouchure des fleuves est un lieu de prédilection pour quelques fléaux pestilentiels: est-ce un hasard qui fait naître la peste aux bouches du Nil, le choléra aux bouches du Gange, la fièvre jaune aux bouches du Mississipi? Ou cette coïncidence n'accuse-t-elle pas l'action des détritus immenses que ces fleuves entraînent et dont les miasmes infectent les grandes villes situées à leurs embouchures? La stagnation des eaux, a dit avec raison Millot (1), et la densité de la population dans les lieux où cette stagnation se produit, voilà deux des véhicules les plus pernicieux.

Le mode d'alimentation ne reste pas étranger à la production de quelques maladies populaires plus ou moins circonscrites: les aflections cutanées (lichen, lèpre, etc.), sont communes chez les populations qui vivent en grande partie du produit de leur pèche (côtes de la Non^'ège, de l'Islande, de l'Ecosse, de la Bretagne, aux Antilles, à Bahama, dans l'archipel Indien, etc.). L'usage du seigle ergoté et du blé gâté, dans les années pluvieuses, donne lieu à l'ergotisme conviilsif ou gangreneux (2), à la dysenterie. De toutes les causes d'épidémies,

(1) Millot, Compte rendu de la 2* session du coHjfrés interHutioHoi de staMiquv. Paris, mai 1856, p. 3^0.

(2) Vuyei pim loin, BrofmUohpe pubhq^^ céréniet.

PUBUQUl] ATMOSPHÈRE. — tPIDÊMIOLOG». 867

les disettes, les famioes sont celles qal 6nt fait le plus de mal. L*alifflentation iosuffisauie ou de mauvaise qualité, la misère, se traduisent par les mortaiitéi épidémiques des diverses classes de la société ; le choléra lui-même, malgré tous les caprices qu*oo lui suppose» obéit à ce régulateur; le tableau suivant te démontre:

ArroadisMiDents

da Paris, Rapport des iodigouto R^tport dea dAoèa ebolériqoat,

avant ranoexion. au nombre des habitants. à la population générale.

Douiième 1 sur 7 4 sur 48 habitants.

Neuvième 1 — 5 1—69

Diiiéme 1 — 13 1—79

Septième 1—14 1 86

Huitième 1 — 21 1—92

Sixième 1—21 1—92

Cinquième 1.— 2d 1—93

Qualrième 1—12 1 — 108

Onzième 1 — 17 1 — 128

Troisième 1 — t7 1—126

Premier 1 — 39 1 — 126

Deuxième 1—47 1 — 127

Sous l'empire des passions morales, des affections nerveuses ont pris nais« sauce qui sont devenues épidémiques par imitation (1). Qui ne connaît, d'aprèi Plutarque, la monomanie suicide des filles de Milet, renouvelée il y a peu d*aii* nées au bourg Saint-Pierre^Moiyan» dans le Valais; Tépidémie choréique da moyen âge, etc. ?

Mais, parmi les épidémies les plus destructives du genre humain et qui m sont point engendrées par les disettes, il en est dont Tétiologie reste couverte d*un voile impénéuraûe : telles furent les deux grandes pestes des vi* et XIV' siècles, la peste de Provence de 1720. U est dans la nature de ces ter« ribles fléaux de faire explosion, d'atteindre leur summum d'intensité pendant toutes les saisons, de s'étendre à tous les climats, d'envahir et de ravagw successivement de grandes surfaces du globe.

2** La propagation des épidémies est difficile à prévoir, à déterminer ; les unes, endémo-épidémiques, ont une sphère d'activité connue, mais qu'elles peuvent franchir (dysenterie, fièvres intermittentes, fièvre jaune, peste); les autres ne prennent que très-exceptionnellement une extension qui les assimite aux grands fléaux de la ptUiologie populaire, et s'épuisent presque toujours dans la circonscription territoriale où elles ont pris naissance (coqueluche, croup, variole, rougeole, scariatine, etc.); d'autres, enfin, d'une grande puissance d'expansion ou nées de tbyers multiples identiques, envahissent rapidement une contrée, se répandent au loin et parcourent quelquefois tout un continent et même une grande partie du globe. Les conditions qui font varier la propagation des maladies épidémiques, nous échappent ; il est constant que les

(1) P. JoUy, De t imitation dans ies rapports avec ia phiiotophie, la morak et la mideam. tais, 1845. — » L'autenr ëiitiag«a judicîMMMMat rimitalion iastiBetiva et

368 DKS MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

progrès de Thygiène ont ea pour effet de restreindre eeile de la peste et de la rendre plus rare dans les lieux mêmes d^où elle tire son origine. Sa dernière et lugubre apparition a été observée en 1840 dans la Syrie et a coïncidé avec les calamités de la guerre entre la Turquie et TÉg^pte. Combien il y avait de raisons pour en craindre les manifestations de 1854 à 1856, pendant les phases émouvantes de la dernière campagne d'Orient? Cependant aucune maladie ne s*est montrée qui eût quelque analogie avec elle, d*où il ne faut pas conclure à Texlinction défmitive de ce fléau. La dernière épidémie du choléra en France n*a pas répété les ravages de celles de 1832 et de 1869. Il est oiseux d'étudier les rapports de l'itinéraire des épidémies avec la direction des vents. Nous n'en dirons pas autant de la nature du sol ni de la direction des cours d eau et de leurs bassins, qui règle en partie le mouvement des voyageurs et les échanges du commerce. C'est dans l'épidémie de 1849 que Fourcault (1), le premier, rechercha l'influence du sol sur la propagation du choléra; n'attachant d'importance qu'à la formation géologique^ il signala comme favorables à sou extension les terrains d'alluvion, le calcaire grossier, l'argile, le sol carbonifère, et la pierre de chaux magnésienne des Anglais; comme contraires à sa marche, les roches des terrains primitifs et de transition, les couches épaisses de sable, les agglomérations de silice et de craie ; pour lui, l'humidité joue le rôle principal dans la transmission du choléra, à ce point qu'une grande quantité d'eau, imprégnant les roches calcaires, leur enlève leurs propriétés préservatrices. — Pettenkofer (2), explorant méthodiquement les conditions locales, est arrivé k ce que Griesinger appelle des lois : IM'état physique d'agrégation du sol, son eut compacte ou poreux, a plus d'influence que sa nature géologique; le sous-sol des localités et des maisons contribue à l'arrêt ou au développement d'une épidémie, à la suite d'une iniporution du dehors. L'immunité appartient non-seulement aux calcaires primitifs et de transition, mais encore aux formations secondaires (calcaire jurassique), etc. , lorsqu'elles se présentent sous forme de roches. Le danger est dans la perméabilité du sous-sol aux liquides et à l'air : les terres végétales, les terrains de sable et de silice prompts k s'imbiber, beaucoup de sols argileux eC gras, toujours entourés d'humidité, favorisent la propagation du choléra en «'imprégnant d'eau, d'évacuations cholériques qui se décomposent et régénèrent le poison du choléra ; 2* dans les localités à sooi-aol compcte et imperniéable, le choléra ne se développe pas épidémiquement; les cas qui s'y rencontrent sont dimporution. On trouvera, dans le livre de Griesinger (p. 430, édition française de 1868), l'explication des faits en apparence contraires à ce principe, des maisons bâties sur le granit pouvant s'infecter par l'accumulation des excréments cholériques dans les fosses d'aisances, par la présence de linges maculés, ctc 3» I^ terrains en forme d'excavation cù les localités, les

(1) Fourcault, f;nz. méd, fie Parût, 1849, p. 338.

(2) Pettenkofer, dans Griesinger^ Traité des maladies infectieuses; traduction françsLiie fmr G. J^mattre. Parii, 1868.

fUBLiaOE] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 369

maisons sont doiDinées dans leurs alentours par d'autres constructions, prédisposant à la propagation du choléra, à cause du manque d'écoulement des liquides infectant le sol; il en est de même des maisons dont le sous-sol est Taboutissantde liquides déversés d'en haut. L'immunité relative du Wurteml)erg, du grand-ducbé de Bade, de Lyon, les dix épidémies meurtrières du choléra qui, de 1831 à 1835, ont donné 12 582 décès à Berlin (sable grossier et fin), confirment les vues de Pettenkofer.

Notre conviction est que c'est dans les communications humaines qu*il faut principalement rechercher l'explication de la marche des épidémies contagieuses. « Les esprits superficiels, dit A. Tardieu (1), et, à plus forte raison» les esprits prévenus n'hésitent pas à imputer à l'importation les premiers cas qui se montrent dans une localité, alors que l'extension naturelle de l'épidémie en donne su£Bsamment la raison. » Nous sommes très-disposé à retourner cet argument contre ceux qui en font usage ; il substitue une hypothèse à la recherche des faits. L'épidémicité qui serait la cause de l'extension naturelle de l'épidémie, est-elle autre chose qu'une pétition de principes , tout au plus une supposition , probable quand la même maladie éclate simultanément sur des points très -éloignés, gratuite quand sa propagation est successive, et l'on sait aujourd'hui combien ce dernier mode d'extension peut devenir rapide par le moyeu de la vapeur sur terre et sur mer? Les esprits superficiels se complaisent dans l'invocation des banalités traditionnelles ; les hommes de laborieuse enquête s'attachent aux faits» entreprennent des vérifications difficiles. Parcourez les nombreuses relations d'épidémies adressées k l'Académie de médecine par une majorité de praticiens des petites villes et des campagnes : tous ceux qui ont eu, comme moi, à en opérer le dépouillement, sont frappés des indications précises qu'elles contiennent sur l'origine des premiers cas, sur leur multiplication, sur le passage de ces épidémies d'une localité à une autre. Le cadre plus vaste des grandes épidémies, leurs allures plus turbulentes, les apparentes irrégularités de leur marche, leurs oscillations de gravité, tout cela se laisse analyser moins aisément et déroute ou décourage l'investigation ; cependant» observées à leur naissance, suivies dans leurs premiers pas^ elles ne diffèrent pas toujours» quant à leur propagation, des épidémies plus restreintes. Il nous a été donné d'assister de près aux premiers développements du choléra qui a pesé pendant plus d'une année sur notre armée d'Orient, à la formation successive de ses foyers depuis Marseille jusque derrière Sébastopol, en passant par le Pirée» par les Dardanelles et par la côte de Bulgarie ; nous avons compté les premiers ras de typhus à l'armée (février 1855) et nous en avons suivi l'évolution d'abord très-modérée, et, plus tard, si meurtrière. L'épidémicité n'avait là aucun rôle ; l'importation et l'exportation ont lait le mal. Loin de nous de généraliser ces faits! Noos ammis exprimé toute notre pensée, et ce qu'elle a de réserve,

(i) A. Taidiev» Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, Paris, 1852^ t. I, p. 420.

M. Ltvi. Hifièiie» &• ton. n. — 24

370 DES MODinCÀTEURS. — GIRGUMFUSA. [hygiène

en disant qu'à notre sens on ne doit s*arréter que par voie d'exclusion au mot vague de Tépidémicité ; c*est après avoir interrogé tous les témoins, multiplié Tenquôte, précisé les faits d'origine, et, pour ainsi dire, les rudiments d*une maladie devenue épidémique; c'est après avoir éliminé logiquement les données de Tétiologie infectieuse et contagieuse, qu'il est permis d'invoquer, en dernier ressort, le nescio quid de l'épidémiologie banale.

C'est ici que trouvent naturellement leur place quelques faits génér9ux; d'une haute importance pour Thygiène des épidémies :

Celles-ci parcourent un cycle régulier : invasion, augment, état, déclin. L'invasion termine l'incubation dont la durée ne peut être rigoureusement appréciée. Quand le maréchal Saint-Arnaud ût partir, contrairement à mon avis, trois divisions pour la Dobrudja, le choléra était à Varna dans sa période d'invasion, et les troupes parties avec une santé apparente, ne tardèrent pas à compter dans leur sein bon nombre de cas plus ou moins foudroyants. De même, quand l'épidémie décline et semble même dissipée, les immigrants sont atteints par une atmosphère qui n'agit plus sur les acclimatés ; c'est par les arrivages successifs de France que s'est alimenté en Crimée le foyer cholérique en 1855; les troupes débarquées en i85/i n'en offraient plus une trace, que cette maladie frappait encore, parfois à coups redoublés, sur les troupes de renfort à peine débarquées. On se rappelle que les Marseillais, qui avaient fui en grand nombre leur ville envahie par l'épidémie cholérique, revenus dans leurs foyers presque après son entière cessation, lui ont encore payé un certain tribut.

Les individus qui sortent d'un foyer épidémique, même sans y avoir ressenti aucun trouble morbide, ont la propriété de produire, après un temps plus ou moins long, les symptômes de cette épidémie; ils avaient emporté avec eux les germes contagieux qui n'étaient pas encore éteints. On n'a embarqué à Varna, pour la Crimée, que des hommes eu santé; telle a été la prudente sévérité de ce triage, prescrit par le maréchal Saint- Arnaud, qu'il a laissé derrière lui, sous ma direction médicale, environ 6000 malades et presqae autant de OMlingres et de valétudinaires. Malgré ces précautions et ces éliminations, des cis de choléra se sont déclarés en mer à bord de plusieurs vaisseaux, plus tard sur la plage d'Oldfort, sur le champ de bataille môme d'Âlma; ainsi s'est opérée l'importation de cette maladie en Crimée. Quelle est la modification organique et dynamique qui constitue cette aptitude des émigrants? Imprégnation miasmatique ou simple disposition de l'économie à reproduire une espèce pathologique spéciale, rien de plus évident que le fait en lui-même, et aussi le concours utile de toutes les causes déprimantes pour hâter l'apparition de la maladie. Au contraire, sous l'influence d'une alimentation tonique et d'un sthibre ensemble de circonstances physiques et morales, l'organisme élimine, quoique lentement, le poison morbide, ou, si Ton aime mieux, se modifie en sens différent dans ses conditions statiques et dynamiques.

pobuoub] ATMOSPHÈIIE. — ÉPIDÊMIOLOGIE. ^71

I/agglomération augmente ungullèrement les chances de conservation et de reproduction des germes morbides an milieu des hommes sains et malades. C'est ce qui explique le facile transport des maladies épidémiqoes par les navires encombrés, par les caravanes, par les armées, par les émigrations. L*épi« demie dysentérique qui régna à Lyon en 1625 et 1626 y fut apportée par les troupes revenant de la campagne d'Italie : Jean de la Monière, cité par Ozanam, a noté que les premiers cas se sont montrés à l'HôteUDieu, oft Ton avait fait entrer un grand nombre de militaires. En i 757, la fièvre des camps éclata ï Eisnach^ dans un encombrement de troupes; de là elle s'étendit dans toute l'Allemagne sillonnée en tous sens par les armées. Strack et Ludwig l'observèrent; Lille la reçut en 1758 avec les troupes revenant d'Allemagne (1), Oatanam, Lerminier et Nysten ont mentionné, dans la guerre d'Espagne de 1808 et 1809, la translation de maladies infectieuses par le mouvement des prisonniers espagnols, des malades et des convalescents en France, par celui des troupes anglaises en Angleterre. Le typhus de 1814, si meurtrier en France et en Allemagne, rétrograda jusqu'à Kiel, avec les troupes suédoises. Pendant les années 1854 et 1855, les navires en circulation entre la Grimée, la Turquie et la côte de France, ont été les agents d'une propagation morbide en sens opposés, et d'une solidarité pathogéniqne qui, sans la vigilance des médecins et les progrès de l'hygiène, auraient amené plus d'un désastre.

3* La civilisation diminue la fréquence et l'intensité des épidémies. Thomas Short a calculé avant 1750 que les années décidément épidémiques étaient aux autres comme 2 à H ; il nous apprend que les grandes villes étaient alors rarement exemptes de quelque épidémie contagieuse, telle que la petite vérole» la rougeole, etc. Il n'en est plus ainsi, et à mesure que l'on se rapproche de la période actuelle, on voit diminuer le nombre des épidémies et décroître la mortalité dans les années épidémiques. Que sont devenus les pestes noires, le purpura haemorrhagica, les gangrènes spontanées, si communes avant le xvir siècle T A peine troove-l-on les traces de ces grands typhus qui fauchaient les populations dans le moyen âge, et nos vaisseaux peuvent naviguer pendant des années entières dans les mers polaires sans se voir envahis comme autreibis par le scorbut Les épidémies d'autrefois n'étaient si générales ni si meurtrières dans nos climats, que parce que les moyens de santé ou de conservation que donnent aujourd'hui les arts, les sciences, et une aisance devenue plus commune, n'étaient pas aussi grands (Villermé). L'introduction de la pomme de terre a rendu les disettes plus rares ; la vaccine a borné les ravages d'un autre fléau qui, au rapport de de Lesseps, enleva de 1767 à 1768, les trois quarts des naturels du Kamtscbatka. Les dessèchements, ou des constructions pour récoulement des eaux stagnantes, ont converti des cantons autrefois morteb à leurs habitantSi teb que Viareggio» dans la principauté de Lucques,

(1) Vojei Oiaoam, BUtwrt des épidémies, et Tholosan, Gazette médicale^ 26 avril i8&6.

372 DES MODIFICATEURS. — GIRCDMFUSA. [HTCitiiE

eo ane résidence des plus salubres, des plus indastrieuses et des plas riches, etc. Les épidémies insolites mêmes, qui n'apparaissent qn*à de longs intervalles, s'appesantissent isur les classes les plus mteérables, c'est-à-dire sur celles qui ne participent pas» on presque point, aux avantages matériels et moraux de la dviHsation : aussi Malthus a-t-il dit que si Ton excepte les lieux insalubres, le retour fréquent des épidémies indique partout la misère du peuple, ou, ce qni revient au même, un excès de population relativement aux moyens d'existence. En examinant l'état sanitaire des diverses parties du globe, on trouve les maladies les plus désastreuses Ik où l'bygiène publique est le moins avancée : sar ie littoral américain la fièvre jaune, le clioléra sur les bords du Gange; dans la campagne inculte de Rome, les fièvres pernicieuses; dans l'Egypte, jadis florissante et misérable aujourd'hui dans les éléments indigènes de sa population, la peste; dans l'Irlande, qui languit sons le poids des détresses et des ignorances du moyen âge, naguère un typhus endémique assez terrible pour que les populations aient exigé une enquête médicale.

ft® Comment les épidémies réagissent-elles sur le mouvement de la population? n fiiut rappeler ici une distinction établie plus haut : les affeaions populaires qui se rqiroduisent annuellement dans les cantons insalubres accélèrent le renouvellement des générations et abrégoit U vie moyenne des hommes ; il y en a moins qui parviennent k l'âge adulte et à la vieillesse. La population diminue dans quelques-nns etdoitâ l'immigration la constance de son niveau, ou si elle s'entretient' par un accroissement de naissances, la valeur des peraoimes dont elle se compose est bien différente de ce qu'elle est dans les cantons prospères : car la place qui, dans ces derniers, est utilement occupée pendant quarante ans par le même individu, le sera successivement dans les premiers par deux ou trois individus chétife, infirmes, vivant en Qioyennc trefaEe ou vingt ans. Quant aux épidémies accidentelles et meurtrières, elles produisent un vide sensible dans la pqMdatlon qu'elles visitent ; mais celle-ci ne tarde point à le combler. Les belles recherches de Villermé ont prouvé que Tun des résoltili des épidémies, ou, ce qui revient au même, d'une ibrtc mortalité dans une année, c'est de diminuer la mortalité d'une ou de plusieurs années suivanteSi al de la faire descendre au-dessous de la moyenne actuelle. En effet, les épidémies frappent surtout les personnes débiles, valétudinaires, égrotantes, détériorées par les souffrances ou les privations : la mortalité qu'elles déterminent retombe, comme la mortalité normale, en proportion plus forte sur les entants les plus voisins de leur naissance et sur les vieillards les plus avancés en âge ; une population ainsi purgée de ses éléments équivoques, laisse, dans les années qui suivent, moins de prise à la mort; secondement, après les fortes mortalités, le nombre des mariages augmente, parce qu'il y a plus de places, plus de moyens de subsistance; les héritages confèrent à une foule de jeunes gens des ressources qu'ib n'auraient pu trouver encore dans leur travail, et la facilité d'entretenir des familles les conduit au mariage. Enfin, l'accroissement des naissances résulte de ces unions nouvelles et d'une

PDBUQOB] atmosphère. — ÊPIDÊMIOLOGIE. 373

recnidescence de fécondité des mariages anciens, les survivants iiaisant, dans leurs procréations, la part de la cause dépopulatrice, que celle-ci soit la guerre, une disette, un marais ou une épidémie accidentelle : c'est ce que Sussmiich et Villermé ont démontré par des statistiques auxquelles nous renvoyons. Au reste, en jetant un coup d'oeil sur les chiffres de la mortalité causée par des maladies épidémiques, on voit qu'ils ne dépassent guère la proportion de celle qui résulte des mêmes maladies régnant à Tétat sporadique; il n'y a véritablement que les fléaux insolites, comme la peste, le choléra, etc., qui opèrent de vastes et terribles destructions. Ozanam a dressé le tableau suivant :

Fièvre catarrhale 2 sur 100

Coqueluche 3 1/2

Scarlatine 5

Dysenterie 18 sur 40

Fièvre bilieuse 20

Croup 30

Fièvre pernicieuse. ». 83

Choléra indien 60 sur 80

Typhus 60 sur

Fièvre puerpérale 60

Péripneumonie maligne 70

Fièvre jaune 75 sur

Pesle 75 sur

Peste noire 90

Angine gangreneuse 80

Voici la mortalité, pour 100 malades, des épidémies qui ont régné en France de 1771 à 1830, d'après le Rapport de Villeneuve à l'Académie de méde? cine (1) :

Croup compliqué d'angine gangreneuse 25

Angine couenneuse et gangreneuse, simple et compliquée 25

Dysenterie simple ou compliquée 25

Pneumonie et pleurésie simples ou compliquées 16

Catarrhe pulmonaire simple ou compliqué 16

Gastro-entéro-céphalite simple ou compliquée 11

Scarlatine souvent compliquée d'angine grave 11

Gastro-entérite simple ou compliquée 10

Miliaire simple ou compliquée, et suelte 9

Fièvres intermittentes de différents types, simples ou compliquées 5

Rou^çeole simple ou compliquée 4

Coqueluche simple 9

Dans plusieurs localités, la cessation d'épidémies périodiques, heureuse conséquence de la civilisation, a amené le déplacement des époques annuelles (lu maximum et du minimum de la mortalité; nous avons cité l'exemple de Paris. Signalons, en terminant ce sujet, une circonstance propre à diminuer Teffroi qu'inspirent les épidémies : c'est que, durant leur règne, les autres maladies deviennent plus rares ou participent au caractère de celle qui domine, de sorte qu'il n'existe presque qu'une maladie, par conséquent qu'un genre de morUlité ; d'où résulte que le chiffre des décès s'élève moins qu'on ne croirait Les personnes, dit Villermé, qui dans les temps ordinaires succombent à toutes les maladies, meurent alors de celle qui est épidémique : « tout

(1) Villeneuve, Rapport sur les épidémies {Mémoires de t Académie de médecine. Paris, 1833; t. III, p. 377etsuiv.

PDBUQirB] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOUMÏIB. S7ft

parmi les Européens (1). Dans les pays à marais, même résultat d'observation et de statistique. Travailler à Taccroissement de Taisance du peuple, c'est apr préventivement contre les fléaux épidémiqnes qui épouvantent lesgoavemanlB et les goufemés; or c'est 1^ l'œuvre lente et. progressive de la civilisation qui a déjà réduit leur fréquence et leur intensité, et qui finira par étouffer leur germe. Maïs en même temps répétons nu peuple que les excès, les désordres» les passions, les terreurs prédisposent aussi à l'atteinte du mai, en ôtani à l'or* ganisme son ressort de réaction contre les principes morbifiques que l'air oa le contact présente à son pouvoir absorbant

A l'approche des épidémies, l'autorité a des devoirs à remplir; elle veillera avec plus de rigueur à l'exécution des règlements de grande et de petite voirie, elle fera visiter les maisons insalubres pour les améliorer d'oflBce ou pour fermer celles qui ne peuvent être assainies; elle fera enlever les amas d'im* mondices, nettoyer les égouts, écouler les eaux croupies, laver journellement les ruisseaux, cesser l'entassement des ouvriers dans les garnis et toutes les agglomérations insolites, car elles ne tardent pas à se convertir en foyers épidémiques; elle favorisera l'émigration de divers éléments de la population flottante si elle est devenue trop considérable; elle instituera des .ser>'ices médicaux en nombre suffisant, elle préviendra l'encombrement des casernes, des hôpitaux, des prisons. Des visites médicales préventives à domicile peuvent être d'une grande utilité en temps d'épidémie cholérique. Elle provoquera les libéralités des classes aisées pour procurer aux indigents des vêtements, de bons aliments, du combustible, du linge, rappelant aux pre* mières que cette assistance contribuera eflBcacement à réduire la durée et l'intensité du fléau dans les résidences envahies, à l'éloigner peut-être de celles qui en sont encore exemptes. Gaymard et Girardin rapportent qu'à Breslau le choléra s'arrêta grflr« à ces mesures auxquelles on ajouta l'assainissement des maisons, la fermeture des habitations les plus mauvaises, la dissémination des familles nombreuses entassées dans des locaux étroits. Dans Lambeîk Squarr, à Ix)ndres, dit le vicomte Edrington (2), la population était particulièrement atteinte en temps d*épidémie; on a fait des travaux d'assainissement dans ce quartier, et depuis il est resté complètement à l'abri du choléra et des autres maladies épidémiques^ typhus, fièvres, etc. La cité de Londres, placée au coeur de la ville, a deux énormes désavantages sous le rapport hygiénique : une population très-compacte et la proximité de la Tamise, qui est dans un eut de fétidité repoussante et marécageuse par endroits; mais on l'a assainie maison par maison, on y a fait arriver l'eau, on a intercepté les communications avec les égouts du dehors, et le chiffre de la mortalité s'est abaissé dans la cité au-dessous de celui de Hampsiead Boad, quartier très-élevé de Londres et d'une salubrité notoire, mais où les habitations n'ont pas reçu les mêmes améliorations.

(1) Auberi- Roche, Revue médicale^ jtLnyitr iSAS.

(2) EdrâlfUm, Comifte rendu du Cùngrh de statistique, PuU, mai 4856, p. 341 .

376 DBS MODinCATEURS. — GIRCUMPDSA. [itgièke

Des soins prompts et réguliers, des Uts bien espacés, le renouvellement continu de l'air, un personnel suffisant d'infirmiers, une surveillance assidue des médecins et des administrateurs, une répartition intelligente des malades, la séparation des convalescents, etc., contribuent, en temps d'épidémie, à diminuer dans les hôpitaux le chiffre de la mortalité. C'est à un pareil ensemble de mesures ordonnées à l'avance et exécutées avec suite que j'ai dû, en 1849, les résultats relativement favorables du traitement de 1200 cholériques dans mes salles du Val-de-Grâce. Le premier à Paris j'ai isolé ces malades dans des bâtiments assez distants des locaux qui recevaient les autres malades, et tandis que les hôpitaux civils de Paris, où Ton avait laissé les uns et les autres en promiscaité, comptaient par centaines les cas de choléra dits intérieurs, c'est-àdire développés dans les salles mêmes, au Val-de-Grâce nous ne les avons comptés que par rares unités.

Une prévision triste, mais nécessaire, s'applique aux inhumations. Dans les jours nébstes de l'épidémie de 1832, les moyens de transport aux cimetières ont été insuffisants. Il convient d'assnrer ce service, d'en dérober aux yeux de la foule l'appareil trop répété, de prévenir les inhumations précipitées et l'accumulation des cadavres par la création de salles mortuaires, de veiller à la salubrité des cimetières, etc.

Les instruaions populaires, les préceptes hygiéniques vulgarisés par la presse et les affiches, ont assurément leur utilité; elles témoignent de la sollicitude de l'administration, elles dissipent les appréhensions exagérées, elles font appel à la raison publique, à la réflexion, à la vigilance. Il n'y a lieu d'y détailler les prodromes et les symptômes du mal redouté, d'y offrir matière à la peur, aux interprétations de l'ignorance. Mais sous cette réserve, les avis au peuple tendent â fortifier son bon sens, sa résistance morale, et j'ai toujours pensé qu'au lien de lui cacher les dangers d'épidémie qui le menacent, il fallait les lui dénoncer franchement à l'avance; j'ai toujours conseillé en temps Dtile ces avertissements qui ne viennent le plus souvent qu'après l'explosion do mal.

Faut-il combattre ou encourager, en temps d'épidémie, les émigrations individuelles et collectives? Elles profitent à la cité envahie, elles y diminuent la densité de la population, elles enlèvent au fléau un aliment, elles en atténuent la force et la durée : dans toutes les épidémies, Tencombrement joue un rôle funeste, et comme cause productrice du mal et comme cause d'aggravation ; elle le rend plus transmissiMe par la multiplicité des rapprochements, elle exalte l'activité des germes morbides, l'énergie des contagions, l'influence délétère des sources d'infection. Les émigrants augmentent-ils leurs chances de salut? Sans nul doute. Qu'il s'agisse d'une affection contagieuse ou infectieuse, comment nier qu'en s'éloignant du foyer morbide, on s'éloigne du péril ! On objecte les rayonnements rapides et capricieux de certaines épidémies, qui devancent les fuyards, qui sèment leur route de pièges et de surprises; mais l'émigrant peutâ sou tour modifier son itinéraire, chercbor les

POBUQUI] ATMOSPHÈRE. •— ËPIDËMIOLOOIE. S77

lieux intacts. Ces déplacements, surtout s*ils s'opèrent en masses (bataillons, régiments), deviennent une menace pour les localités qui sont les étapes ou le terme de leur parcours. C'est à l'approche d'une épidémie qu'il faut les conseiller : l'épidémie une fois développée et en voie d'ascension, la fuite est moins sûre et la chance de translation morbide augmente par l'intermédiaire des émigrants.

Les Conseils d'hygiène et de salubrité des départements et des arrondissements, institués par un arrêté du gouvernement en date du 18 décem* bre 1868, ont, entre autres attributions, celle d'indiquer les mesures à prendre pour prévenir et combattre les maladies épidémiques et transmissibles. Il doit exister, en outre, dans chaque arrondissement, sous le titre de médecin des épidémies, un médecin chargé spécialement de snivre le traitement des maladies épidémiques et de se transporter dans les communes où elles éclatent à la première invitation du sous-préfet (circulaires du 2 mai 1805 et du 30 septembre 1813). Dès que les malades d'une commune excèdent le nombre ordinaire et donnent lieu à une apparence d'épidémie, le maire doit en informer le sous-préfet, qui y enverra sur-le-champ le médecin des épidémies de l'arrondissement; celui-ci a mission de s'éclairer par des renseignements positifs sur la nature de la maladie régnante et sur les moyens employés pour la combattre, d'indiquer aux malades les remèdes utiles et les mesures d'hygiène privée, de laisser aux officiers de santé des localités des instructions convenables pour la direction des malades. Si la situation est grave, il reste sur les lieux, prend des mesures pour l'améliorer, en instruit le sous-préfet, s'efforce de lutter contre l'extension du fléau aux communes voisines, et ne se retire que lorsque sa présence et ses soins ne sont plus nécessaires ; il peut provoquer la distribution des remèdes, des secours en aliments ou en boissons (bouillon, viande ou vin), le tout « dans les bornes d'une stricte économie »• Il lui reste, au terme de cette mission, à en rendre compte dans un rapport dont le modèle, établi par l'Académie de médecine, a été publié par l'administration en octobre 1853. L'ensemble de ces documents, adressés par le ministre de l'intérieur à l'Académie de médecine, sert de base au rapport annuel et officiel sur les épidémies, que cette compagnie a l'obligation d'établir et de publier.

Dans le cas où la gravité du mal on la divergence d'opinion des hommes de Fart sur les remèdes à employer serait de nature à exciter la sollicitude de l'administration, les préfets peuvent demander que les membres de l'Académie de médecine soient envoyés sur les lieux (circulaire ministérielle du 2^ mai 1836), ou le sous-préfet consulte le Conseil d'hygiène de l'arrondissement, el l'engage au besoin k envoyer quelques-uns de ses membres sur le théâtre de l'épidémie (circulaire du 1""' septembre 1851); un arrêté de cette même date appelle tous les médecins des épidémies qui n'auraient pas été nommés membres des Conseils d'hygiène publique et de salubrité à participer de droit, avec voix consultative, aux séances de ces assemblées.

PUBLIQUB] ATMOSPHtRE. — ÉPIDËMIOLOOIB. 379

alimentaires et dei boisaoïia gâtées ou avariées, ainsi qne des marchandises de nature organique férmentées ou corrompues; le lavage du linge et des vêtements de l'équipage; le nettoyage de la cale, Tévacuation complète des eaux et la désinfection de la sentine, Taération de tout le bâtiment et la ventilation de ses parties profondes au moyen de la pompe à air ou de tout autre moyen; les fumigations cbloriques, le grattage, le frottage et le lavage des bâtiments ; le renvoi au lazaret Quand ces diverses opérations seront jugées nécessaires^ elles seront exécutées dans l'isolement plus ou moins complet du navire, selon la disposition des plages et des localités, mais toujours avant l'admission à la libre pratique (art. k5). En patente brute de peste, les marchandises de la 1'^ classe (voy. plus haut) seront toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications ; les marchandises de la 2* classe subiront la même condition ou passeront en libre pratique, suivant les règlements sanitaires particuliers de chaque pays; celles de la 3" classe pourront toujours être livrées immédiatement au commerce, sous la surveillance de l'autorité sanitaire (aru 63).

L'importation de la fièvre jaune à Saint-Nazaire en 1861 et le commencement d'épidémie qui s'ensuivit (1) firent comprendre la nécessité de mesures préventives plus complètes que celles édictées dans le règlement de 1852. Un arrêté du 16 août 1861, suivi d'un autre arrêté du 30 du même mois, et, l'année suivante {\k juin 1862), des instructions ministérielles déterminèrent la pratique à suivre à l'égard des provenances des pays atteints de fièvre jaune : en cas de patente brute, débarquement sanitaire, c'est-à-dire opéré après le débarquement des passagers, lavage des colis h l'eau chlorurée, en* suite désinfection du navire. — £n cas d'accidents de fièvre jaune pendant la traversée, le navire ne peut être reçu que dans un port à lazaret; débarquement immédiat au lazaret des passagers et de la partie de l'équipage qui ne serait point nécessaire au service du navire. Quarantaine de 3 à 7 jours pour les passagers. Débarquement ionitaire et désinfection du navire avec la précaution de soumettre à une quarantaine les hommes chargés de cette opération. — Un décret du 7 septembre 1863 (2) a rendu facultative, même en cas de fièvre jaune pendant la traversée, la quarantaine imposée aux passagers et à l'agent des postes, à bord de paquebots pourvus d'un médecin sanitaire, et à bord des navires de guerre reconnus sains, et dont les cales auront été suffisamment aérées pendant la traversée.

Le règlement de 1852 ne prescrivait aucune mesure sanitaire pour les eOets à usage et les marchandises. L'épidémie de 1865 est venue modifier les opinions reçues â ce sujet. Un décret du 23 juin 1866 a rendu applicables aux provenances des pays atteinte de choléra les mesures en vigueur contre la

(1) P. Mêliêr, Relation de la fièvre jaune survenue à Saint-^Nazaire en 1861. Pari«, 1803 {Mém. de CAcad. de méd.^ t. XXVI, et tirage à pari).

(2) Annahsd'hygiène publique et de médecine légale^ 2* aéri«, 1863, t. XX, p. 447.

380 DES MODinCATEURS. — GIRGDMFUSA. [itgiène

iiè?re jaune. Dans les lazarets, les marchandises, placées dans des magasins spacieux et secs, doivent être soumises à la libre circulation de Tair et remuées de temps en temps, les balles et les colis ouverts pour l'accès de Tair ; cette aération doit se continuer pendant toute la durée de la quarantaine. Les peaux, les cuirs, les crins, les drilles et chiffons, les débris d*animaux, les laines et matières de soie seront placés loin des logements affectés aux quarantenaires et aux employés. En cas d'infection notoire, de malpropreté ou d'altération, les matières seront purifiées par tel moyen que l'autorité jugera nécessaire. Les substances animales et végétales en putréfaction ne seront pas admises au lazaret ; elles seront brûlées ou jetées à la mer. Les marchandises purifiées seront reçues dans des magasins à part. Les effets des passagers seront ventilés dans des pièces séparées et appropriées à cet usage ; ceux qui ont servi à des pestiférés seront fumigés au chlore, immei^és dans l'eau de mer, soumis à l'action de la chaleur.

La séquestration des individus infectés entraîne presque toujours les dangers de l'encombrement, et lorsqu'on est convaincu qu'il ne coexiste point d'éléments contagieux, il est plus sage de disséminer les malades; les principes infectieux, à un certain degré de dispersion, perdent leur efiBcacité. Une épidémie de fièvre typhoïde, qui s'était déclarée en 1839 dans un régiment de cavalerie à Joigny, fut arrêtée de cette manière par mon ami le docteur Alquier. Nous avons mentionné les heurenx résultats de la dissémination des cholériques, à Varna, au bord de la mer et sur un plateau qui domine la ville. Dans tous les faits d'immnnité mentionnés par Parent-Dnchâtelet et IrVarren, il y a eu dissipation des matières animales à l'air libre; tous les faits qu'on leur a opposés concernent l'action des émanations putrides concentrées dans un espace ou dans un réceptacle clos : tels sont les accidents dont furent victimes les deux frères Balsagette et P. Molinier en entrant dans le caveau d'inhumation des pénitents blancs à la cathédrale de Montpellier (Haguenot); telle fut la périlleuse démonstration d'amphithéâtre faite par Chambon et si souvent citée d'après Percy. Lesfossoyenrs, au rapport de Fourcroy et d'Orûla , ne redoutent que la vapeur qui s'échappe par la rupture des parois abdominates» vapeur qui peut les renverser subitement, tandis qu'à une certaine distance ils n'éprouvent que défaillances, vertiges, nausées, tremblements. Pirent-Duchâtelet reconnaît lui-même que les ouvriers employés pour le curage de l'égout Amelot, outre des ophlhalmies diverses et des cécités subites, furent, en général, atteints de céphalalgie, vertiges, syncqpes, courbature, embarras gastrique, colique, ictère, angine, furoncles, fièvre intermiuente, asphyxie, délire, etc. Ces phénomènes, que des soins bien dirigés arrêtèrent $u début, prouvent évidemment une intoxication miasmatique à réactions vagiée». Quant aux foyers de contagion, il est difficile de les déterminer à priori : |j pourriture d'hôpital, le typhus, la fièvre jaune, le choléra-morbus, etc., ^>int des maladies d'origine infectieuse. Les foyers de peste se fonncnt sponta- 'fiient dans le Levant : beaucoup de médecins, Desgenettes, Fodéré, ParLset,

PDBUaui] ATMOSPHÈRE. — ÊPIDÉMIOLOGIE. 381

Lagasquic, A. Rocbe, etc. , attribuent à la peste ane origine tout égyptienne, et de Ségur-Dupeyron, inspecteur des établissements sanitaires, a tenté de démontrer (1) que, depuis le commencement du siècle dernier, la peste n*a jamais désolé les pays musulmans qu'après avoir préalablement régné en Egypte. Mais les observations d'Hippocrate ont porté sur l'Europe et l'Asie Mineure. Un fragment de Rufus, retrouvé par le cardinal Maî, présente la Libye, TÉgypte et la Syrie, comme le théâtre habituel de la peste. Prosper Alpin accuse la Grèce, la Barbarie et la Syrie d'en être le foyer originaire. Butel place celui-ci dans l'Asie Mineure, Niebuhr en Chine, Friend dans les Indes orientales. Cette divergence prouve au moins la multiplicité des foyers primitifs du fléau. Ainsi la plupart des contrées de l'Orient sont aptes à l'engendrer, et, sous l'influence de causes identiques, on le voit se développer dans d'autres contrées. Ambroise Paré attribue la peste, qui, de son temps» dévasta l'Agenois, à la décomposition de nombreux cadavres entassés dans un puits au château de la Pêne. Willis relate une peste qui sévit en 1663 sur l'armée envoyée contre le comte d'£ssex, et particulièrement sur les fantassins enfermés dans d'étroites baraques qu'infectaient les immondices amoncelées par leur négligence. La peste d'Amsterdam dont parle Diemerbroeck, celles de Harlem et de Derfelt, celle de Rochefort, observée en 1696 par Chirac, etc. , ont eu aussi une origine locale et des causes analogues. La peste de Jafia rappela à Desgenettes une maladie qu'il avait vue maintes fois dans le bas Languedoc, la Provence et la rivière de Ponant de Gênes. Ces faits rap* pellent naturellement l'opinion de Louis Frank, qui croyait le typhus de nos climats susceptible de se convertir en peste dans des conditions données d'insalubrité, et celle de Pariset, qui attribue les endémies annuelles de TÉgypte à l'action des eaux du Nil débordé sur les inhumations; mais celte métamorphose du typhus n'a pas été observée en 1814 ni en 1856 (Orient}, et quant aux émanations cadavériques par suite des débordements du Nil, l'Egypte a-t-elle tous les ans la peste ? toutes les villes de la Turquie ne sont-elles pas des cloaques parsemés de cimetières fétides qui insultent à l'hygiène comme au sentiment religieux des hommes d'Occident? Et cependant la peste n'y règne qu'à de très-longs intervalles. Prus résume ainsi les causes auxquelles on peut attribuer rationnellement le développement de la peste (conclusion il) : Habitation sur des terrains marécageux, près de la mer Méditerranée on près de certains fleuves, le Nil, le Danube; des maisons basses, mal aérées, encombrées ; un air chaud et humide ; l'action des matières animales et végétales en putréfaction; une alimentation malsaine et insuffisante; une grande misère physique et morale. Ces vues sur la génération spontanée de la peste indiquent les moyens de l'étoufler; ils se résument dans les progrès de l'hygiène publique. Si l'on admet qu'un foyer de la peste puisse exister dans des marchandises, il suffit pour l'anéantir de les décharger, de les exposer à l'air.

(1) Séfur-IHipeyroa, Happori sur ies quarantaines^ 1839.

rm^ioins] ATMOSPHÈRE. -- ÉPIDÉMIOLOGIB. S83

manies l'aatorité compétente du lien qu'elles ont quitté ; la patente fait connaître Télat sanitaire du lieu de dépari et celui des gens de l'équipage et des passagers : elle est délifrée en France par les administrations sanitaires, et, dans les pays étrangers, nos bâtiments la reçoivent de nos agents consulaires. L'ordonnance du 9 août 1822 plaçait sous le régime de la patente brute les provenances qui venaient de pays infectés ou avaient communiqué avec des lieux, des personnes on des choses susceptibles de transmettre la contagion* Le régime de la patente suspecte s'appliquait aux provenances venant de pays où régnait une maladie soupçonnée d'être pestilentielle ou de pays qui, quoique exempts de soupçons, étaient ou venaient d'être en libre relation avec des pays qui s'en trouvaient entachés. Il y vi^Si patente nette, si le pays d*où arrivaient les provenances était exempt de tout soupçon, soit de maladie pestilentielle, soit de communication avec un autre pays infecté, et si aucune circonstance quelconque ne faisait suspecter leur état sanitaire. Sous la dénomination de maladies pestilentielks étaient compris la peste d'Orient, la fièvre jaune, le typhus des camps, des prisons, des hôpitaux et des vaisseaux, la lèpre, le choléra-morbus de l'Inde. Même avec ta patente nette, les provenances d'Orient étaient soumises à la quarantaine d'observation qui entraînait la mise à Vévent des bardes et des hamacs ; la quarantaine de rigueur pesait sur les provenances à patente suspecte on brute, et donnait lieu à toutes sortes d'aérages^ de ventilations, de fumigations et de purifications des hantes, effets, hamacs, etc. Nous faisons grâce au lecteur des pénalités draconiennes qui étaient stipulées dans le code sanitaire contre les plus menues infractions, des puérilités de la sereine de fer, petite, grande et moyenne, des monnaies passées au vinaigre, des papiers pris avec des pincettes^ parfumés et débarrassés de leur fil qui est détruit, etc. Nous avons été témoin de cette farce grotesque qui se jouait, il y a peu d'années encore, sur notre littoral maritime, et dont les acteurs intéres« ses, plus francs que les augures anciens, osaient rire en public. En février 1831, la corvette la Comélie avait quitté, avec un équipage sain, le port de Navarin, où régnait alors le plus florissant état de santé publique; point de malades

pendant la traversée; notre quarantaine, à Toulon, fut de trente jours!

Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux pour les détails des règlements, des pratiques suivies, la classification ancienne des marchandises susceptibles, douteuses et non susceptibles, etc. Ceux qui ont pénétré dans l'expérience journalière des quarantaines et des lazarets, savent que les transgressions sont nombreuses^ que les agents subalternes violent les règles qu'ils ont mission de faire observer; ib ont aperçu une foule de mesures contradictoires, absurdes, inutiles ; ils ont pu croire que le système des quarantaines, tel qn*il se pratiquait avant la réforme de 1 852, reposait sur un reste de superstition populaire et sur des intérêts qui n'ont rim de commun avec ceux de la santé publique, (c De la fin du xv** siècle datent les lazarets; du milieu du xvu* date le développement de la civilisation ; du commencement du XYiii* date l'anéantissement de la peste eu Europe, deux cents ans après la création des lazarets; dans les

pobuqub] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 885

libre pratique, le neaviéroe ou le dixième jour après son départ, tout bâtiment Tenant des échelles du Levant et qui n'aurait pas eu de cas de peste en mer? En outre, on n'admettrait que deux patentes, la patente brute pour les provenances d'un foyer épidémique, et la patente nette pour celles des lieux que ne ravage point l'épidémie ; avec la patente brute, infligez cinq jours d'observation aux paquebots, aux bâtiments de guerre et aux passagers des navires marchands, dix jours aux marchandises dont le maniement aura lieu à bord; avec la patente nette, cinq jours d'observation pour les marchandises et vingtquatre heures pour les paquebots, navires de guerre et passagers des bâtiments du commerce; enfin, dans les cas de peste ou d'une maladie caractérisée survenue à bord pendant la traversée, libre carrière aux rigueurs de l'administration sanitaire. Cet ensemble de réformes, proposé par Aubert- Roche et destiné à satisture tous les intérêts , a prévalu , à peu de modifications près, dans le congrès sanitaire international de 1851.

Le rapport de Prus à l'Académie de médecine réduisait aussi les deux patentes à deux catégories (brute et nette), mais il stipulait qu'elles ne seraient délivrées que par un médecin sanitaire français ; ce fonctionnaire nouveau, créé sur la proposition de l'Académie, et d'après l'idée première de Bégin, assure désormais la sincérité et la signification réelle de la patente ; â lui le soin d'observer et de constater légalement, sous la garantie de sa responsabilité^ Tétat sanitaire du pays et des personnes embarquées sur les bâtiments en partance; en outre, il soigne ses nationaux, s'attache à recueillir sur Ja peste des documents exacts et vraiment scientifiques, et par une association d'eflbrts et d'avis éclairés, il aide des agents consulaires à provoquer des mesures et des améliorations, à reflet de hâter l'extinction de tout foyer de peste là où l'ignorance, le fanatisme et le mépris de la vie humaine l'ont fait éclore et l'alimentent à travers les siècles. Nul doute, écrivions-nous en 18^9, que la création d'une si noble et fructueuse fonction ne réponde largement aux vues de l'Académie et du gouvernement; elle honore l'une et l'autre, car ils ont bien mérité de l'humanité en même temps qu'ils ont élargi la nussion de notre art Pour les navires ayant un médecin sanitaire â bord, venant d'Egypte, de Syrie on de Turquie, avec une patente nette, et n'ayant eu ni peste ni maladie suspecte pendant la traversée, l'Académie proposait une quarantaine de dix jours pleins à partir du départ, et de quinie jours, si, toutes choses égales, ils arrivent avec la patente brute. Les mêmes fixations s'appliqueront au jour de t arrivée, si les navires n'ont point de médecin sanitaire à bord ; si la peste ou une maladie suspecte s'y est développée pendant la traversée ou lors de l'arrivée, quarantaine de rigueur dont la durée sera prescrite par Tautorfté sanitaire du port Les passagers et l'équipage, transportés an lazaret, y resteront quinze jours au moins et vingt jours au plus ; les bardes et vêtemenu seront ventilés et purifiés ; le navire, bien nettoyé, lavé, ventilé, purifié, restera vide pendant un mois au moins ; aux pestiférés de lazarets, tous les secours et soins que leur offriraient les éubiîssements hospitaliers les mieux tenus ; on assurera M. LÉVT. Hyfîèiie * édit. u. — 25

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des lieux d'infection où elles ont pris naissance, est an moins le moyen le pins sûr pour diminaer les ravages de ces maladies, et pour en conjurer la fanesto influence. •

La conférence a reconnu avec MéUer et proclamé ces faits décisib : 1* que l'importation des maladies pestilentielles n'a jamais eu lieu par les marchandises ; 2** que la distinction de celles-ci en susceptibles et non susceptibles n'avait plus de signification. Nous avons mentionné plus haut la dassification qu'on leur a appliquée, ainsi que les mesures sanitaires dont elles sont passibles, les durées des quarantaines dans les cas de patente brute de peste, de fièvre jaune et de choléra, seules maladies énoncées dans le document oSicieL La patente suspecte est abolie; il ne reste plus que les deux patentes, nette et brute, ce qui simplifie le service et supprime force difficultés. Deux quaran* taines, celle d'obserration et celle de rigueur; la première n*entraîne ni le débarquement des hommes, ni le déchargement des marchandises, ni l'emptoi d'autres moyens hygiéniques que l'aération, le lavage et les soins de propreté. Le déchargement des marchandises au lazaret n'est prescrit qu'en patente brute de peste; encore cette prescription se bornM-elle aux marchandises de la r* classe (voy. plus haut). La patente brute de fièvre jaune ne les soumet qu'à l'aération sur place; celle de choléra n'obligeait à aucune mesure sani^ taire quant aux marchandises. On a vu plus haut comment, en 4861 pour la fièvre jaune, et en 1866 pour le choléra, a été modifié le régime quarantenaire applicable à ces deux maladies. La quarantaine peut être purgée dans un port intermédiaire entre le point de départ et l'arrivée. Tout bâtiment qui n'aura pas eu de cas de maladie transmissible ou de décès depuis son départ du port infecté, comptera la durée de sa traversée pour la quarantaine. Le titre YI du règlement international introduit de notables améliorations dans la tenue et lé régime des laiareCs : séparation des personnes et des marchandises d'une date d'entrée différente; suppression des grillages; traitement des malades dans ud hôpital distinct avec les soins particuliers d'un médecin à demeure, et faculté de recevoir les soins d'autres médecins; tarif alimentaire à prix modérés et révisé tous les trois mois, etc.

Outre ces améliorations de détail et d'ensemble qui sont bien appréciées et par les passagers et par le commerce, l'œuvre du congrès de 1851 présente un caractère plus général et excellent qui la sépare complètement des législa-* tions sanitaires du passé. Antérieurement, le régime sanitaire saisissait le navire,, hommes et choses, à son arrivée, et datait de ce jour, de cette heure-Bi, ses prescriptions et ses rigueurs. La convention internationale attache la sollicitude des gouvernements an point de départ des navires; elle explore la salubrité des Heux d'origine, elle la constate par des agents spéciaux, comme elle constate les conditions hygiéniques du navire lui-même, l'état sanitaire de l'équipage. En accordant certains avantages aux navires qui possèdent un médecin sanitaire^ elle encourage l'extension de cette institution de médecins voyageurs dont nous avons pu apprécier les services, et dont la position est

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sosceptiUe d*an accroissement d*iinportance et surtout de garanties. Toute quarantaine étant supprimée pour les navires qui arrivent avec patente nette, le bénéûce de cette patente n*est acquis cependant qu*à ceux qui, au port du départ^ ont été soumis à des mesures hygiéniques aussi sévères que les circonstances le comportent.

Les dispositions simples et rationnelles de la convention ont d'autres résultats également précieux :

1® Elles suppriment les appréciations arbitraires sur l'état sanitaire des lieux.de partance; désortnais il ne suffira pas d'un bruit vague, d'un soupçon de maladie pour infliger les rigueurs de la quarantaine; la preuve est exigée et les quarantaines ne commencent que du jour où elles sont motivées par les renseignements officiels. Un direaeur de b santé, pris autant que possible dans le corps médical et représentant le pouvoir central, vérifie l'état sanitaire des bâtiments, délivre les patentes, dirige et surveille les lazarets et ports de quarantaine, s'informe des vicissitudes de la santé publique; les médecins sanitaires centraux et ordinaires, qui doivent être portés à vingt-six en Orient (an. 127), sont, au loin, les rouages intâligents d'un système d'enquête permanente et de positive information sur tout ce qui intéresse le régime sanitaire international

T La formation spontanée des foyers de peste en Orient sera éclairée par une observation exacte sur place ; non-seulement les cas seront déterminés dans leurs caraaères, dans leur marche, dans leur mode de propagation, mais les causes qui les auront produits seront étudiées, leurs rapports avec la pathologie locale mis en himièro (i) : déjà les rapports adressés au gouvernement français par les docteurs Fauvel, Willemin, Sucquet» etc. , contiennent les éléments essentiels de l'épidémiologie du littoral de TOrient, et la science s'enrichirait de la publication de ces documents dont nous avons eu connaissance au comité consultatif d'hygiène publique.

3* En prescrivant la constatation de l'état hygiénique des bâtiments en partance, de leur cargaison, de la santé des équipages et des passagers, la visite et, s'il y a lieu, l'assainissement des bâtiments avant le chargement, Texamen de la qualité des vivres, des boissons, des vêtements des matelots ; eo antorisant une nouvelle visite après le chargement, etc. , le titre II du règlemeot international a institué l'hygiène navale des navires du commerce. Qui ne sait que la vie des équipages et des passagers, surtout dans les voyages de long cours, est souvent compromise par l'état de malpropreté où se trouvent k» bâtiments, par l'insuffisance des moyens de ventilation, par Tencombrement, par la mauvaise qualité de l'eau et des vivres? Ces conditions déplorables suffisent pour engendrer à bord des maladies réputées transroisalfales, oa pour imprimer un cachet suspect à des aiïeaions accidentelles,

(i) Voyes Imtmciiont pour Us midêeùu êonitaifei envoyés «n Onent {Bulletin de r Académie, t XIII).

PDBUûUl] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDEMIOLOGIE. 389

partant poar attirer toute la rigaeor des quarantaines, non-senlement sur le navire infecté, mais pour toutes les provenances du pays où Ton suppose à tort qu'il a pris le germe de la maladie développée pendant la traversée (1). Quiconque a vécu dans un port de mer, connaît la saleté des navires du commerce, le régime souvent malsain de leurs équipages, l'ignorance de leurs chefr, et surtout l'indifférence des uns et des autres en matières d'hygiène. C'est donc une pensée à la fois humaine et habile que d'avoir subordonné un intérêt majeur du commerce à la salubrité des bâtiments : les frais de quarantaine, la perte de temps, des délais nuisibles aux transactions, des formalités embarrassantes et onéreuses, voilà ce que les capitaines des navires redoutent plus que les maladies on la détérioration des hommes; s'ils ne les évitent qu'au prix de la santé de leurs équipages, ils s'habitueront à la ménager, à la préserver : je le répète, l'hygiène navale du commerce sortira de la convention de 1852.

Reste à y rallier toutes les nations maritimes, c'est une question de temps; les douze puissances qui occupent le littoral de la Méditerranée et de la mer Noire ont concouru à l'établir, en ont adopté les principes : tOrou tard elle constituera leur régime sanitaire conmiun. Honneur k ceux qui ont préparé ce progrès ! Le nom de Mélier s'y rattache étroitement

U\ Préservation spécifique. — Il existe peu de moyens qui aient la propriété de détruire ou de neutraliser les principes morbiûques introduits dans l'organisme ou de constituer celui-ci dans un état d'antagonisme permanent avec les influences épidémiques.

l"" Un des plus beaux triomphes de l'hygiène consiste à prévenir, à arrêter le développement épîdémique du scorbut par l'usage des végétaux frais et en particulierdujusde citron. C'est vers le milieu du dernier siècle que Lind trouve le spécifique de cette maladie, l'extrait de citron (liroe-juice), et il en indique lui-même la préparation économique; l'usage s'en est introduit depuis longues années dans la marine anglaise; il a fallu la grande épidémie de scorbut sur notre flotte en 1864-1865 (mer Noire) pour qu'elle en fût approvisionnée réglementairement. Sans nier le concours du froid et de l'humidité dans la production du scorbut, il est avéré maintenant qu'ils n'en constituent point l'élément étiologiqne prédominant; le fait déjà mentionné du scorbut survenu en avril 1867 sur le vaisseau le Castiglione^ et relaté avec concision par le chirurgien-major A. Léon (2), donne une évidence complète à l'action exclusive du régime. Il y avait à bord deux populations distinctes : les soldats revenant du Mexique, fatigués, mais nourris jusqu'à leur embarquement de vivres et de légumes frais, Téquipage embarqué depuis trois mois, envoyé directement à Vera-Cruz avec défense de relâcher, composé de 460 hommes presque tous de deuxième levée, c'est-à-dire rompus aux fatigues de la navigation,

(i) Voy. cbap. I, Des inttructioM sur Vexécuiûm du décret du à juin 1853. l2) A. Uon, Archivée de médecine namle. Paris, 1868, t. IX.

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sans malades, mais sevrés de légumes verts et o*en pouvant acheter i Yera- Cruz ou à Sacriûcîosy à cause de leur rareté et de leur cherté. C'est sur eux que se montra le scorbut pendant la traversée du retour qui devait aussi s'effectuer sans relâche. Sur la demande du docteur Léon, le commandant du Castiglione se dirigea sur Horta (Açores), où, dès le troisième repas avec des légumes frais et des fruits, le mal fut enrayé : le jus de citron et les légumes conservés (lait à noter) n'avaient réussi qu'à en ralentir la marche.

2* D'après Hildenbrand, la phthisie, la diarrhée, la ûèvre quarte exemptent du typhus; mais cette opinion aurait besoin d'être démontrée par une observation exacte et par la statistique. Un premier tribut payé à certaines maladies infectieuses ou contagieuses paraît mettre à l'abri de leurs attaques ultérieures: cela est généralement vrai de la variole, probablement de la ûèvre jaune et de la peste, ainsi que de la fièvre typhoïde. Il est à ma connaissance que plusieui's médecins de l'armée d'Orient, qui, guéris du typhus de Crimée! Constantinople, sont retournés au milieu des typhiques, n'ont offert aucun cas de récidive.

3** Quelques substances minérales et végétales ont paru agir préscrvativement contre les influences épidémlques : le choléra a respecté, dit-on, les fabriques où Ton manie en grand le charbon animal, le soufre ou le mercure ; la villa d'Idria» voisine d'une mine de mercure, n'en a présenté aucun cas (1). Le docteur Stokes et d'autres médecins anglais ont noté la disparition des fièvres intermittentes dans une contrée marécageuse du Cornouailles, depuis l'établissement de plusieurs fonderies de cuivre qui versent dans l'atmosphère des vapeurs arsenicales. Baylc (2) a recueilli 2027 faits dont i9!i8 prouvent l'efficacité prophylactique de la belladone contre la scarlatine, efficacité à laquelle personne ne croit plus. Le choléra épargnerait les habitants qui vivent sur les terrains granitiques, sur les roches compactes, imperméables. Toutes ces observations enregbtrées avec complaisance par les écrivains qu'entraîne une sorte de curiosité paradoxale, ont besoin de contrôle et de confirniation.

6* Les énunations animales jouissent-elles d'une propriété analogue contre le choléra, la phthisie? Parent-Duchâtclet rapporte que pendant l'épidémie du choléra de 1831, Ui Petite^Viflette, qui avoisine Montfaucon, a |)erdu 1 habitant sur 169, et la Grande* Villette, qui en est éloignée, 1 sur 60; |>as un équarrineor D*a été indisposé, et sur 156 ouvriers employés à la fabrication de la pondrette» on seul a succombé au choléra. Il a remarqué panui cette |)0()ulatioo la mèmeiaimoDilé contre la phthisie. De pareils faits ont aussi besoin d'un Doavel examen.

5* L*iDOcahtioD de la matière variolique a précédé celle du vaccin ; elle ■*élait, à proprement parier, que la substitution d'une maladie provoquée en dis circoDsIaaces présomées bvoraUes, à la même maladie se développant

(1) A. Delmas, ùietitmmtire de médecine en 30 toi. Paris, 1831, t. VII, art. CBuURà.

(2) Bayle, BibUothéq^ de thérapeutfqtie. Pirii, f830, t. II, p. 331.

FVBUOUB] ÀTMOSPHtRK. -^ tPlDtlIIOLOQll. S9i

d'une manière accidentelle et avec un plus haut degré de gravité. La Tariole, originaire de Tlnde, se montra en Europe du YU* au X* siècle avec les armées des Arabes sarrasins: elle passa e|i Amérique avec les compagnons de Fernand Cortex. L'inoculation, pratiquée de temps immémorial chez les peuples de l'Asie et surtout chez les Gircassiens, Ait adoptée en 1673 à Gonstantinople et importée en Angleterre vers 1781, d'où elle se répandit dans l'Europe; ellt avait, dans la plupart des cas, l'avantage de créer une variole discrète et moins dangereuse dans ses résultats que la variole spontanée; on lui reprochait ce-* pendant d'engendrer des foyers de variole et de ne pas procurer une immunité certaine, illimitée dans sa durée contre les attaques ultérieures de la même maladie : reproches que n'a pas évités la vaccine, substituée heureusement par Jenner à cette pratique hardie. Formé à l'école de John Hunter aux re* cherches eipérimentales, éclairé et presque guidé par des observations empiriques et la tradition populaire (1), c'est lui qui, le \U mai 1796, inocula I James Phipps, garçon de huit ans, du vaccin puisé dans une pustule développée sur la main d'une jeune vachère, infectée par une vache atteinte de cow-poi. Deux mois plus tard, James Phipps subit l'inoculation variolique et s'y montra réfractaire : « L'eipérience était donc complète, ajoute Claude Bernard {Journal da Savants, juin 1868, p. 365), la preuve et la contre-épreuve avaient été don* nées. • D'une part la variole de la vache était démontrée inoculable à l'homme, et d'autre part cette inoculation le rendait impropre à contracter de nouveau la variole humaine. Le virus vaccin et le virus variolique sont-ils ideutiquesT Question déjà soulevée du temps de Jenner et qui a été résolue de nos jours par Chauveau (2) comme il suit : 1* la variole humaine, inoculée à la vache et au bœuf, produit sur eux les mêmes effets que sur l'homme ; elle préserve la vache du cow-pox, comme celui-ci, inoculé à l'homme, le préserve de la variole ; 2® ces deux virus ont la propriété de se remplacer, sans quMIs soient identiques, car la variole importée et cultivée sur la vache, même à travers plusieurs générations, conserve sa nature et ne se convertit pas en vaccin ; replantée sur l'homme, elle le soumet aux phénomènes générain et aux dangers de l'éruption variolique. Ces faits ramènent à l'emploi du cow-pox pour multiplier, régénérer et fortifier les sources de la vaccination publique. Mais quelle est l'origine du cow-pox lui-même? Procède-t-il de la vache ou celle-ci n'en est-elle qne dépositaire? C'est encore A. Chauveau qui a résolu ce problème dans le sens conformée la tradition populaire, adoptée par Jenner lui-même; une affection du cheval, déjà connue de son temps sons le nom de iore-heel^ icratchy^heel or the grease (eaux aux jambes, javard, de l'italien gittvardo)^ alors considérée comme locale, reconnue depuis comme étant la variole du cheval, inoculable au cheval, à la vache et à l'homme, le horse-pox, en un mot, ou l'e^nin, telle est l'origine, tel est l'équivalent du cow-pox, et

(1) Docteur Loroln, Conférence histof*ique iur Jenner à la Faculté de Paris y i86S. — Claude Banurd, Jwmal des Savants, juin et juillet 1868.

(3) CbaovMitt, Comptti r^nhu de tAeaâéfnie det tetenee», mai 1866, et juio 1867.

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d'une petite seringue à canule piquante; on préférera pour sujets de cette expérience et réserfoirs vivants de vaccin primitif de jeunes chevaux qui y réagiront avec plus de vitalité.

La découverte de Jenner fut accueillie, propagée avec enthousiasme ; les gou«> vernements, les associations charitables ont aidé à sa vulgarisation, et, malgré ce mouvement qui s'est continué juqu'à ce jour , le but n'est pas atteint, les foyers de variole se rallument encore parmi les populations. Les derniers relevés constatent qu'en France, pendant l'année 1865, on a compté encore 25 903 individus atteints par la petite vérole, dont ^166 sont morts et i!i089 ont été déGgurésou sont devenus infirmes. Des statistiques anciennes avaient déjà fait ressortir les mérites de l'inoculation variolique : avant cette pratique, la variole spontanée tuait 8 malades sur 100, sans compter ceux qu'elle défigurait ou rendait in* firmes. Après l'inoculation^ la mortalité fut réduite à 5 pour 1000. La vaccine n'aurait-dle que diminué le nombre des aveugles, prévenu différentes dégradations de la face humaine, garanti la beauté native des races humaines, quel bienfait! Mais, de plus, elle augmente la durée moyenne de la vie; Daniel Bernouilli et DuviUard estiment cet accroissement à un minimum de trois ans dans la masse des individus vaccinés peu de temps après leur naissance. Quant à son influence sur la diminution de la mortalité, et par conséquent sur l'accroissement de la population, l'école économique de Malthus la met en question. En fermant une porte à la mort, dit Villermé, le préservatif d'une maladie ouvre les autres plus larges; si la variole tue moins d'enfants, il en meurt davantage par la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le croup^ les maladies cérébrales, etc.; car il faut que la mort trouve son compte de victimes, puisque la subsistance règle la population et ne s'accroît point dans la même proportion qu'elle. Doctrine trop absolue pour être vraie et qui, prise dans sa signification rigoureuse, ne laisserait à la médecine, aux efforts de la civilisation, que la possibilité d'améliorer la qualité, non la quantité de la population. Mais l'homme n'a pas encore exploité tout le sol cultivable ; dans les pays les plus encombrés, les moyens de subsistance peuvent encore être étendus, multipliés, perfectionnés; l'excès de population n'existe qu'eu apparence et résulte d'une répartition vicieuse. La vaccine n'a pas non plus pour résultat d'accroître la mortalité causée par la fièvre typhoïde ni de déplacer la mortalité d'un âge sur un autre âge, à moins qu'on ne regrette, comme le dit spirituellement Bertillon dans une excellente réfutation des paradoxes statistiques de Carnot (1), de voir mourir d'un catarrhe à soixante-dix ans de pauvres vieilles qui auraient dû mourir de variole à quinze ans sans l'inoculation préservative de Jenner. Le bienfait de la vaccine est donc complet ; elle augmente et la valeur et le chiffre de la population ; elle a réduit le nombre des aveugles ; avant Jenner, sur 100 cas de cécité 35 provenaient de variole; cette proportion est tombée à 8 sur 100; encore les 8 aveugles des Quinze-Vingts, chez qui le docteur

(I) BerUllon, Union médicale, «855. t. IX, p. 587.

894 DES MODinCâTEUltS. — CmCUIirDSA. [BlAlÉlii

G* DumoQt a constaté l'origine variolique de cette infirmité, n'avai^t-ils pas été vaccinés d'une manière eflBcace. Gliez les enfants frappés de cécité^ la cause variolique se rencontre tout au plus dans la proportion de 3 pour 100 ; G. Dumonl estime à i/U la diminution du nombre total des aveugles en France sons la seule influence de la vaccine.

Avec le temps d'antres questions ont surgi, qui justifient l'importance attachée par tons les médecins prévoyants à la recherche des sources véritables et primitives dn virus vaccin, et des moyens de le régénérer et de le dispenser avec profusion dans toute sa pureté. Sa puissance préservatrice n'est-elle que temporaire, quoique le virus vaccin ne subisse aucune altération, ou parce qu'il s'affaiblit ou dégénère? La vertu du vaccin s'épuise-t^elle par suite des transmissions successives ou par analogie avec d'autres maladies virulentes, qui, mortelles lors de leur importation en Europe, se sont atténuées en s'étendant? Le succès des revaccinations prouve*t-il seulement l'aptitude à contrac* ter une seconde vaccine, sans rien impliquer contre la durée de l'effet préser« vatif de la première? Il est difficile de résoudre d'une manière péremptoire ces questions, et cependant il importe de déterminer s'il faut^ à de certaines époques, répéter l'inoculation du vaccin on renouveler ce virus, en puisant aux sources du cow-pox. On avait aussi songé à retremper le vaccin en l'ino* culant à des vaches; mais les recherches de Bousquet (1) ont prouvé qu'il n'acquiert pas une nouvelle énergie en passant sur la vache, et que celle-ci le rend tel qu'elle l'a reçu. Dans l'état actuel des faits, nous émettons ces propositions : — A. La vaccine diminue notablement la fréquence et l'intensité de la variole. Suivant les relevés de dix contrées de l'Europe, on comptait, avant l'introduction de la vaccine, i décès par variole sur 10 morts; on n'en compte, depuis la vaccine, que 1 sur 2378. Mais la vaccine ne préserve pas de ta variole d'une manière absolue et illimitée. Le préservatif se répandit en Europe de 1800 à 1802, et la recrudescence des épidémies varioliques date, pour la France, de 1816; pour la Hollande, de 1818; pour l'Allemagne, de 1819, etc. Jusqu'à 1S15, on ne signale en France aucun cas de variole poat-vaccinaJe : bientôt ces cas se montrent ; on les attribue à une vaccination mauvaise on à une maladie que Ton s'efforce de distinguer de la variole, la varioloîdc; mais les varioloîdes et les varioles vraies après vaccine se multi* pliant, le doute cesse ; néanmoins les premières varioles l'emportent eu fréquence et en mortalité sur les varioles post -vaccinales. Dans le Wurtemberg, sur 1055 varioles, on en trouve 186 qui avaient été vaccinés (2). Dans répidéniie de Copenhague, en 1825, sur 612 malades reçus à l'hôpital, 315 avaient été vaccinés; dans celle de Suède, en 1824, 560 malades moururent, dont 103

(i) Bousquet. Bulletin de V Académie de médecine^ t. VIII, p. 1188. — Nouveau

traité de In vaccine et des éruptions varioleuses, Paris, 1848, p. 422.

(2) D' Heim, Histor, kritiscke Darstellung der Pockenseuchen des gesammten

Imp/Ungs' und Revaccinationswesens im Kônigr» Wurtemberg , etc. Stuttgart, 1838, in-8.

PVBUaot] ATMOSPHÈRE. — tPIDtHIOLOOIE. SM

vaccioéd, et tous âgés de plus de quinze ant). Le docteur Heim signale les plm nombreux exemples de variole post'^vaccinale de 16 à 27 ans ; George Gregory, de 15 à 19 et de 20 à 26 {Smallpox Hospit. de Londres, 1838), tandis que, d'après la table dressée par Mathieu, la variole, non précédée de vaccinei porte son maximum de fréquence entre 0 et 10. Ces rapprochemeats semblent indiquer que la vaccine n'exerce qu'une préservation temporaire, dont le terme oscillerait entre 10 et 15 ans (1). — B. Les revaccinations réussissent en proportion d'autant plus forte, qu'elles ont lieu à une époque plus éloignée de la première vaccination. Les recrues des armées de Wurtemberg^ de Dane-* mark et de Prusse, ont donné SO à 60 succès sur 100, Bousquet a obtenu un quart de secondes vaccines bien établies : telle est aussi la proportion que j'ai obtenue en 1836, à Montpellier, sur des militaires du 11* et du 26* de ligne. Baudelocque a échoué sur 61 enfants ; lors de l'épidémie de Provence, Maille n'a pu obtenir une bonne revaccination au-dessus de 10 ans, tandis qu'il a réussi constamment à 15 ans de la première vaccine. -^G. Si les laits ne sont pas encore assex concluants pour que les revaccinations soient décrétées comme mesure obligatoire de police sanitaire, ou plutôt s'il faut éviter avec soin d'ébranler la confiance que le préservatif de Jenner obtient enfin des masses, la prudence veut toutefois que les revaccinations soient officieusement conseillées et propagées : c'est ainsi qu'elles sont prescrites pour Tarmée. Après l'âge de

(!) Serres a résumé alAsI Iss solutions données par les concurrents de 1845 sut questions posées par rAcadémle des sciences : 1** La vertu préservative de la vaccine est absolue pour le plus grand nombre des vaccinéSy el temporaire pour un petit nombre; chez ces derniers même eUe est presque ^absolue jusqu'à Tadolescence. 2^ La variole atteint rarement les vaccinés avant l'âge de dix à douie ans ; c*est à partir de cette époque jusqu'à trente et trente-cinq ans qu'ils y sont principalement exposés. 3° Outre sa vertu préservativOi la vacoine introduit dans l'organisation une propriété qui atténue les symptômes de la variole, en abrège la durée ou en diminue considérablement la gravité. 4<> Le cow-pox donne aux phénomènes locaux de la vaccine une intensité très-prononcée : son effet est plus certain que celui de l'ancien vaccin ; mais après quelques semaines de transmission à l'homme, cette intensité locale disparaît. 5<* La vertu préservative du vaccin ne paraît pas intimement liée à l'intensité des symptômes de la vaccine ; néanmoins, pour conserver au vaccin ses propriétés, il esVprudent de le régénérer le plus souvent que possible. 6^ Parmi les moyens proposés pour effectuer cette régénération, le seul dans lequel la science puisse avoir confiance jusqu'à ce jour consista à le reprendre à sa source. 7" La revaccination est le seul moyen d'épreuve que la science possède pour distinguer les vaccinés qui sont définitivement préservés de eaux qui ne le sont encore qu'à des degrés plus ou moins prononcés. 8** L'épreuve de la revaccination ne constitue pas une preuve certaine que les vaccinés chez lesquels elle réussit fussent destinés à contracter la variole, mais seulement une assez grande probabilité que c'est particulièrement parmi eux que cette maladie est susceptible de se développer. 9« En temps ordinaire^ la revaccination doit être pratiquée à partir de la quatorzième année ; en temps d'épidémie, il est prudent de devancer eette époque* (Comptes rendus de ^Académie des sciences^ 48A5,l. XX, p. 624.) ,

396 DES MODIFICATEURS. — CIRGUMFUSÂ. [htgibne

trenle ans, cette précaution perd de son importance, la susceptibilité à contracter la variole diminuant beaucoup à cette époque de la vie. — D. La vertu présenrative de la vaccine n'est pas proportionnelle à l'intensité des symptômes tocaux. — E. Le vaccin nouveau est plus efiScace que l'ancien : la vaccination par le cow-pox l'emporte sur celle qui est faite avec l'ancien vaccin.

Si l'on n'a pas démontré par des expériences rigoureuses la dégénérescence ou l'atténuation du vaccin jennérien (cow-pox) par une longue suite d'inoculations sur l'homme, les faits les plus douloureux et par trop multipliés ne laissent plus aucun doute sur une viciation funeste que ce virus peut subir en traversant des organismes humains imprégnés d'autres principes morbides virulents. Du vaccin puisé sur un enfant syphilitique inocule simultanément et le préservatif de la variole et la syphilis constitutionnelle. Quatre fois on a vu un seul enfant transmettre en même temps la vaccine et la vérole à un grand nombre d'autres enfants qui ont souillé leurs nourrices, puis celles-ci leurs maris, etc., de sorte qu'à la suite de ces quatre vaccinations, il y a eu 150 enfants contaminés de syphilis et un nombre d'infections secondaires qui a porté à 300 le contingent total de ces victimes de la syphilis vaccinale(l). Il n'est, contre un si terrible risque, qu'une seule sûreté absolue : c'est la vaccination animale, c'est-à-dire le cow-pox, ou mieux encore, d'après les recherches de Ghauveau et de Cl. Bernard, le horse-pox inoculé, cultivé sur des génisses et transporté de leurs pis à l'épaule des enfants, en remplacement de la vaccination d'homme à homme. La syphilis n'a pu être communiquée jusqu'à présent qu'au singe et au chat; la vache y est réfractaire; le vaccin qu'elle fournit n'est donc jamais impur. Les expériences de vaccination animale, instituées aux frais du gouvernement sous les auspices de l'Académie de médecine de Paris, ont donné des résultats décisifs; elle est en usage à Naples depuis plus de cinquante ans (2), introduite en France par Lanoix, en Belgique par Wariomont (octobre 1865), sanaionnée par l'Académie de Belgique (1866), etc.; le cow-pox de Naples importé à Paris par Lanoix ayant été remplacé par celui qu'on a trouvé à Beaugency, les expériences se sont confirmées en s'étendant dans la pratique urbaine comme dans les hôpitaux.

La méthode, suivie actuellement, exclut les incisions et se contente de piqûres d'inoculation, soit sur les bétes, soit sur les enfants; elle néglige le virus passé le septième jour, elle presse les pustules pour le recueillir et le conserver dans des tubes. On a renoncé à enlever les pustules pour racler à leur base la matière de l'inoculation. Du cow-pox, ainsi pris et conservé pendant deux

(1) Voy. Claude Bernard, loc. cit,^ p. 367, — Trousseau, Clinique médicale, t. I, p, 66-67. — Bulletin de V Académie de médecine^ t. XXXI, 1865-1866.

(2) Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1867, t. XKVIU; et voyez Depaul, j)iifcus^ion sur la vaccination animale {Bull, de CAcad, de méd,, 1867,1. XXXII,

1090 et suiv.). -^ Hussoii, iùid., p. 954.

POBUQIJI] ATMOSPHÈRE. — ÊPIDÈMIOLOGIE. S97

moîsy a manifesté une activité complète. Les faits ont déjà prouvé que sa transmission de génisse à génisse n'a pas eu pour conséquence de l*affaiblir; les dernières pustules obtenues par Depaul étaient aussi développées que les premières, et ont donné les mêmes résultats (loc. cit., p. 1100). On avait suspecté le cow-pox de Naples, si laborieusement importé par Lanoix; celui qu*on a découvert à Beaugency Fa justifié par Tidentité des effets de son inoculation. Il n'est pas inutile d'ajouter que la chair des animaux inoculés ne perd rien de ses qualités hygiéniques et comestibles. Le cow-pox, pris directement sur l'animal et à la période voulue de sa pustulation, réussit à peu près constamment, 98,2 pour 100. d'après les tableaux annexés par Depaul à son rapport Au delà du septième jour, le virus conserve encore une certaine efiScacité, et jusqu'au delà du neuvième jour; mais, comme pour le vaccin humain, les chances de réussite vont alors en décroissant. Les pustules de cette origine sont plus volumineuses, plus fréquemment accompagnées de pustules surnuméraires, de réactions locales plus vives, d'un état fébrile (fièvre vaccinale) que l'ancien vaccin est devenu inhabile à produire. Les expériences comparatives, faites avec le vaccin humain et avec le cow-pox, soit isolément, soit sur les autres individus, ont démontré la supériorité du dernier, bien que le premier provint d'enbnts inoculés avec le cow-pox et fût ainsi régénéré. Dans les revaccinatinns, Depaul a également vérifié l'énergie plus prépondérante du cow-pox. Grande sera la part de ce médecin d'initiative et de logique décision dans la précieuse conquête dont la vaccination animale a dès aujourd'hui doté l'hygiène publique; elle consolide celle de Jenner, loin de l'ébranler; elle rassure les familles qu'elle affranchit de tout risque de souillure syphilitique ; elle empêche que le vaccin nedevienne, suivant l'énergique expression de Claude Bernard, une calamité sociale ; elle permet de multiplier, d'entretenir, dans la proportion des besoins de la population civile et militaire, des sources pures de cow-pox d'une efficacité non douteuse : ressource inappréciable pendant le règne des épidémies varioliques. C'est grâce à cette bienfaisante acquisition de la vaccination animale qu'il est permis d'espérer, si ce n'est l'extinction totale de ce fléau, au moins son atténuation progressive et sa réduction au minimum de puissance nocive.

6* Ce qui peut être tenté utilement pour la préservation de la syphilis, sera exposé plus loin (voy. chap. ▼, § 2, Prostitution. )

7* La r^e est aussi au nombre des maladies contagieuses qu'une prophylaxie bien ordonnée doit faire disparaître ou rendre extrêmement rares. Grâce à l'enquête générale et permanente que Dumas, alors ministre du commerce et de l'agriculture, a instituée en France; grâce aux judicieux rapports où A. Tardieu résume périodiquement les documents recueillis dans les départements, les divers pcoblèmes qui se rattachent à ce sujet commencent à grossir, à s'éclairdr, et recevront une solution pratiqne. Aussi, au lieu de reproduire les assertions contradictoires qui se perpétuent dans les ouvrages, nous contenterons-nous d'emprunter à deux rapports excellents de notre collègue du co-

398 DES MODIFICATEURS. -^ CIRCUMPUSA. [HTCitifS

mité d'hygiène (1) quelques résultats d'une signification positife. Sur un total de 319 cas de rage, 233 ont été observés chez des hommes et 86 ches des femmes. Pour Tâge, on compte :

Aa-dessons de 5 ans 7 cas.

Entre 5 et 45 ans 18

— 15 et 20 ans. 5

— 20 et 30 ans 11

— 30 et 60 ans 31

— 60 et 70 ans 5

Age non indiqué. , 5

Le premier chiffre (enfants au-dessous de 5 ans) réfute Terreur qui rattache à la seule influence de Timagination le développement de la maladie. Dans 26^ cas, elle a été transmise, par des chiens, 105 fois ; par des loups. Si fois ; par des chats, \k fois; par un renard, i ibis; par une vache, 1 fois. Dans 11 cas, Torigine est restée inconnue. Sur la race des chiens qui ont donné la rage, rien de concluant, si ce n'est la Corte proportion des chiens de petite taille (griffons, king-charles) dont les caresses n'inspirent pas assez de défiance. Sur 5/i individus, simultaném^t mordus par des chiens enragés, 23 seulement ont été pris de rag^; la moitié environ a donc échappé à la contagion. Renault, d'Aifort, a beaucoup insisté sur ce lait d'immunité partielle, et, bien qu'il demeure sans explication, il l'a démontré par des expériences. La saison chaude a une influence très-marquée sur le développement spontanée de la rage chez les chiens et sur sa transmission à Thomme; sur 30& cas, 108 se sont manifestés en juin, juillet et août; 75 en mars, avril et mai; 60 en décembre, janvier et février; 61 en septembre, octobre et novembre; et si l'on divise l'année en deux semestres, 183 cas pour les saisons chaudes, 121 cas pour les saisons froides. La rage n'est pas inconnue aux ciinuts chauds ; depuis que nos médecins militaires s'appliquent à la constater en Afrique, ils en ont consigné d*assez nombreux exemples dans le Recueil des mémoires de médecine militaire. En avril 1855, le docteur Racord m'a dit, à Smyme, en avoir observé 3 cas dans un temps assez court : le médecin sanitaire d'Alexandrie, Amstein, en a signalé plusieurs cas dans cette ville et dans les environs ; Fauvel, plusieurs cas à Gonstantiuople ; en Afrique, elle est connue de temps immémorial, et paraît être devenue plus fréquente à Alger depuis la conquête (2) , peut être parce qu'elle est mieux observée et plus exactement constatée. Sur 22i!i cas où la durée de l'incubation a été exactement fixée, elle a été :

Ue moini de 1 mois 40 cas. 1 De 3 i 6 mois. 30 cas.

De 1 à 3 mois 163 | De 6 a 12 mois 11

(1) Voyex Dictionnaire <r hygiène d de saiulfrité, 2« édition. Paris, 1862, t. lïl, p. 490 et 498; et Annales cThytj, publ, ri de mêd, lèg,^ 2*" série, pftssim. — Vernois, Étude xur !ti prophytarie ndmiuisirrdive de la rnije^ ibifL, t. XIX. — H. Eouley, Happiyrt à t Académie de médecine {Bulletin de t Académie de métlccine, 2 cl 9 juin 1S63).

(2) Vey. BuHetins de la Société de médecine d'Alger^ 1»' fascicule 1861, p. 78 cl svhrantes. — Booclwr, De la rage en Algérie {Annalef d'hygiène publique et de médecine é40ule, 1860, V iérto. t. XX?).

PDBUQim]

▲TMOSPHtBE. -- ÉPIDÊMIOLOGIB.

Il est évident qne l'âge abrège la dorée de rincabation, car elle n'a été que de:

Chez 8 enfiints de 2 à 13 Jours. 13 jours.

de 3 à 3 ani et demi 15

de il ans et demi 19

de 3 ans et de 11 ans et demi 20

de 13 ans 23

de 5 ans • . . . . 25

de 1 1 ans et demi 29

de 2 ans et demi. . . . . ^ 30

La marche a toujours été prompte et fatale; dans 236 cas où elle a été notée, entre Texplosion des premiers symptômes et la mort, on a compté :

jours, dans,

jours

jours

jours

jours

cas.

7 jours

8 jours

Moins de 1 jour,

9 jours,

à cas.

L'impôt snr les chiens a-t-il diminué le nombre des cas de rage? Les six

années qui ont précédé cette taxe donnent 16^ cas de rage, les six années qui l'ont suivie, 10^ ; ce résultat est frappant, malgré le chifïre insolite des cas de rage en 1852; mais pour lui attribuer une valeur précise, nous aurions à le comparer avec celui delà population canine en France avant l'institution de la mesure fiscale (1856); il était, en 1858, de 1696101 chiens imposés. De 1852 à 1862 inclus, sur 195 individus morts de la rage, la cautérisation au fer rouge, seul moyen efficace de la combattre, a été omise 111 fois, employée tardivement 65 fois, d'une manière insuffisante 39 fois!... Sur 163 individus mordus par des chiens enragés, 63 n'ont pas contracté la rage ; snr ces 63 privilégiés, 18 ont été cautérisés par le fer rouge, 15 moins d'une heure après la morsure, 3 tardivement; 8 cautérisés avec des caustiques, 6 immédiatement, 6 tardivement; 9 ont été cautérisés à l'aide de moyens et dans des délais non indiqués. Le fait le plus démonstratif en faveur de l'application du fer rouge s'est passé en 1862, dans les Hantes- Alpes, où 16 personnes et une ânesse furent mordues par un cliien enragé : les 16 personnes furent cautérisées sans délai, sur place, par un médecin^ et soumises itérativement à d'autres cautérisations, soit au fer rouge, soit à l'aide de caustiques : il n'y eut qu'une victime, i'ânesse, non comprise dans les mesures de préservation (docteur Gatelan, cité par Tardieu).

En Allemagne, on procède à l'excbion profonde et complète de toutes les parties lésées que le virus a pu atteindre ; on lave ensuite la plaie avec une solution de potasse caustique, et Ton y applique un tampon de charpie imbibée de cette solution, et qui doit être renouvelé trois ou quatre fois par jour; la suppuration qui résulte de remploi de ces moyens est entretenue par la cautérisation continuée pendant six semaines avec le même alcali « Combien n'est-il pas regrettable, 8*écrie Tardieu, de voir se perpétuer, malgré les pro-

pobuque] des localités. 401

ARTICLE IL

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