‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 51 sur 107 · DES LOCALITÉS · texte numérisé non relu

DES LOCALITÉS

Chaque population porte l'empreinte des lieux qu'elle habite ; elle est ce que la font sa race et le milieu auquel elle s'est adaptée. Mais il est difficile de décomposer l'influence complexe des localités et de faire à chacun de ses éléments une juste part (voy. tome I, page /i65). La nature du sol n'en est pas le moins efficace, et le voyageur exercé devine parfois à l'habitation, au vêtement et à la nourriture du peuple, la composition géologique des contrées qu'il parcourt Les villes industrielles de l'Angleterre dont les noms suivent, et qui possèdent une nombreuse population, s'élèvent sur des couches appartenant exclusivement à la formation du nouveau grès rouge : Exeter, Bristol, Worcester, Warwick, Birmingham, Coventry, Liverpool, Leicester, Nottingham, Derby, Chester, Manchester, York, etc. ; sur la côte, depuis le Dorset jusqu'au Yorkshire, une population presque entièrement agricole vit répandue sur un sol calcaire, oolithique ou crayeux, tandis qu'une population plus clair-semée de mineurs et de montagnards occupe les roches primitives ou de transition du Cornouailles, du nord du Devonshire et du pays de Galles. Loin de nous d'attribuer à la seule structure du sol l'état social, les caractères physiologiques et la pathologie des peuples; mais elle détermine la qualité et la proportion de leurs moyens de subsistance ; et comme ceux-ci gouvernent en grande partie le n[K)uvement de la population, les chiffres de la densité humaine résolvent l'une des grandes influences des lieux. Il faut y joindre la considération de la vie moyenne et du rapport des naissances aux décès. Prenons pour exemples les lieux de montagnes et de plaines, les pays à marais, les villes et les localités rurales (1).

(1) Les derniers travaux du cadastre fixent la superficie de la France (la Corse non comprise) i 52,153,149 hectares 64 ares, dont :

Hectares.

Terres labourables 25 500 075

Prés 5 159 179

Vignes 2 088 048

Bois 7 688 286

Vergers, pépinières, jardins.* ..••• 6S7 704

Oseraies, auuaies, saussaies • 64 429

Carrières el mines * 3 566

Mares, canaux d'irrigation^ abreuvoirs 17 372

Canaux de navigation 12 272

Landes, pâlis, bruyères^ tourbières, marais, rochers, montagnes

incultes, terres vaines et vagues 7 138 282

Étangs 177 168

Oliviers, amandiers, mûriers, elc « .^ 109 261

Châtaigneraies 559 029

Routes, chemins, rues, places, promenades 1 102 122

Rivières, lacs, ruisseaux 439 572

Forêts et domaines non productifs 1 047 684

Cimetières, presbytères, bâtiments publics, églises 14 742

Autres terrains non imposables 150 458

M. LivT. Hygiène, 5* ébit. h. — 26

DES MODIFICATEDRS. -

nous montre généraleiDeot la natalité plus grande dans les campagnes que dans les villes, malgré les immigrations urbaines, et le cbilTre obitaaire constamment plus élevé dans les villes que dans les campgnes :

RAF?alI DES NAISS1\CBS

•JIm. «lupi^'i

UrrORT Dl Ll lOtUlITÉ

France, 1853-54 ..

Hulliiule, 1850-5â

Belgique, 1851-55

Suède, 1851-55

Danemark, I850-5A . . . , ,

Sleswip, 18t5-Si

Holilein, lSAS-5t

Wurlemberg, 1 8â3-6ï

Sa«e, 1846-49

Hanovre, 4854-55

Angleterre, 1850 -S 9 (mort-aèi,

toniptéi!

France, 1858

30,ae

ai.il 13,03 44,31 46,86 49,77 48,4!l 44,15 32,31 34,70 41,17 34.46

Remarquons gu'il y a plus d'enfants et de vieillards dans les districts ruraux, plus d'adultes d'un ilge moyen dans les villes ; ce qui augmente la valeur des chifTres comparés de la mortalité. D'après It statistique anglaise, les maladies qui frappent l'enfance sont deux fois plus fonestes dans tes districts de ville que dans ceux de campagne. La plupart de celles qui terminent la vie des vieillards arrivent aux mêmes chiffres dans les deux conditions, à l'exception de l'asthme qui est deux fois pins fréquent dans les villes. Les maladies suivantes, qui attaquent ordinairement les hommes entre 15 et 60 ans, font 25 il 50 pour 100 plusdevictintesdans les villes que dans les campagnes :

Uortt 3lon>

Tjrpbiu 4 562 10SS2

Comomption (phlhitie) 34 094 32 4S6

BèpctitB el miladiei du foie 1 085 1 623

H«ladiM pnerptrdei 009 1560

Rbumatiune 324 531

Ménorrhape 19 35

D'après Lehert (1), un tiiiëme des morts qui surviennent dans les grandes Tilles sont dues aux affectious tuberculeuses, et les scrofules sont à peu près endémiques dans la plupart des pays de nos climats tempérés.

(1) Labart, Traité pratique tiet maladitt «cro/Unuei et tubemUeutet. Parii, 1869,

PDBUQUl] DES LOCALITÉS. A05

An total, dit Burdach (1), la durée de la vie est plos considérable dans les campagnes que dans les villes, et dans les petites villes que dans les grandes, où Tair est moins pur, où surtout il y a moins de moralité^ plus de misère, plus de soucis et même plus de superflu et de dissipation. Mais les listes de b Compagnie écossaise d'assurances mutuelles (2) ne s'accordent pas tout à fait avec les résultats précités du Registaire général relativement à la vieillesse ; elles indiquent pour cet âge une fréquence et une durée plus grandes des maladies à la campagne que dans les villes. D*un autre côté, Sussmilch a constaté pour les dix premières années une mortalité plus grande dans les campagnes : d'où il suivrait que Tâge mûr est plus exposé dans les grandes villes, tandis qu'une civilisation moins défectueuse y met plus en sûreté Tenfance et la vieillesse. Par les progrès de cette civilisation, la mortalité a d'ailleurs diminué et la vie moyenne s'est allongée dans beaucoup de villes (Londres, Paris, Genève, etc.).

Les localités se caractérisent, sous le rapport palholc^que, par les endémies qu'elles engendrent (voy. plus haut) ; celles-ci exercent, sur le mouvement des populations locales, l'influence qui est ailleurs dévolue en détail aux maladies sporadiques ou en gros aux constitutions médicales. Les endémies et les épidémies annuelles, qui sont propres à certaines contrées, tendent à envahir tout le domaine pathologique. Pendant une période de huit ans^ Tourdes père (3) a vu à Strasbourg les maladies continues diminuer en raison de l'augmentation des fièvres intermittentes : c'est le même fait, mal interprété^ qui a fait dire au docteur James Sims que les localités à maladies endémiques sont exemptes d'affections graves. Si l'on arrive à démontrer que la phthisie et la fièvre typhoïde sont plus rares dans les pays de marais, nous n'en aurons nul étonnement : quelle population subsisterait sbus les coups de tant de fléaux réunis et sévissant avec une égale intensité ? Déjà la seule influence des marais abrège la vie moyenne et augmente la mortalité jusqu'à compromettre la stabilité du chifi're des populations qui y sont soumises. Les théories d'antagonisme morbide ne sont que la traduction de ce grand fait, savoir, que les maladies sont diversement dbtribuées sur le globe comme les causes qui leur donnent naissance : que là où l'une de ces causes prédomine, on obsene, sur le premier plan de la pathologie locale^ les effets qui correspondent à cette cause; et que l'absence ou la rareté des effets d'une autre espèce prouve simplement l'absence ou la rareté de la cause qui les produit.

Voici, d'après des documents officiels, la mortalité par phthisie dans les colonies anglaises (6).

(1) Bur^M^by Traité de physiologie^ traduction de Jourdan, t. Y^ p. 396.

(2) Archives générales, t. VI, p. 312.

(3) Tourdes (père). Journal de la Société des science f^ arts et agriculture du Bas* Hhin, t. Y, 1828.

(4) Jahresbericht ûher die Fortschritte der gesammten Medicin im Jahre 1847 heriuttgefeben von D' CansUit uiid D' Eisenmano, t. H, p. 119. Erlangen, 1848 (Medicinische Géographie),

PUBUQDE] des climats. 409

préoccupé sans cesse iÈâ conditions d*uoité primordiale et d'égalité physiologique des différents gf^pes de l'espèce humaiiie« proclame le rôle immense que le climat exerce dans la répartition de la mortalité. La France en offre un exemple : si l'on compare la mortalité moyenne dans dix départements du Midi et dans dix départements du Nord^ on trouve qu'elle est de 1 sur /i4 dans ceux-ci, et de 1 sur 37,95 dans ceux-là. Adolphe Motard, d'après le recensement de 1831, Paris et le département de la Seine exclus, a trouvé pour l'ensemble de la France :

Fécondité, 1 sur 3d,31 | Mortalité, 1 sur M.li^

Fécondité. Mortalité. Fécondité. Mortalité

i cnr i mir i aor i sur

BiS-Rhin 28,00 36,51

Nord 28,36 35,01

Rhdne 28,63 31,77

Bouches-du-Rhône. 30,96 30,09

Sommes 253,14 299,63

Moyennes 31,64 37,45

Haute-Garonne... 33,52 43,55

Seine-Inférieure. . 33,95 40,35

Loire-Inférieure.. 36,49 39,90

Gironde 33,23 42,45

On voit augmenter simultanément, dans les grandes vQles, la fécondité et la mortalité.

12 départements les plus montagneux de la France présentent ces moyennes :

Fécondité, 1 sur 34,60 | MortaUté, 1 «ur 43,00

En divisant tous les départements de la France en deux séries, nord et midi, le cours de la Loire étant pris à peu près pour ligue de partage, Adolphe Motard a trouvé pour :

Départements du Nord.. Fécondité, 1 sur. . 35,57 Mortalité, 1 sur... 43,44 — du Midi.. — — 33,40 — — 40,00

Ainsi, même sur la courte échelle des subclimats de la France, on constate l'action favorable du climat méridional sur la fécondité et son action défavorable sur la mortalité.

Plus le climat est chaud, plus, toutes circonstances d'ailleurs égales, la

moyenne de la vie humaine est courte, car elle est nécessairement en rapport

avec la mortalité. Les cas de longévité qui se rencontrent dans les contrées

méridionales et entre les tropiques n'inûrment point cette loi ; au milieu de

ces ravages, la mort peut laisser debout quelques existences chargées d'ans.

Toutefois la statistique signale plus de centenaires là où s'allonge la vie

moyenne, c'est-à-dire dans le Nord (Ecosse, Angleterre, Norwége, Russie et Sibérie). «

Les climats insulaires et les climats maritimes participent à l'influence conservatrice de la septentrionalité : on cite beaucoup de centenaires dans les îles Bermudes, à la Barbade, à Madère, dans les anciennes Iles Fortunées, dans

(i) Adolphe MoUrd, Traité d'hygiène général. Paris, 1868, t. î, p. 360.

Frouftn] DES GLIMÂTS. dli

Et il e6t douteox que les émigrations dont nous sommes les témoins, malgré les développements qa'elles prennent par intervalle, puissent affecter la force d'un pays au profit de la force d'un antre. C'est encore l'infatigable Legoyt qui a fourni à Thygiène des données précises sur les phénomènes curieux et persistants des émigrations (1). De tous les peuples, ceux d*origine germanique (Allemands, Anglo-Saxons ) ont toujours manifesté la tendance bien plus énergique à s'étendre, à porter au loin, dans le monde entier, leur placide et opiniâtre activité. Ils ont envahi la Pologne, la Gallicie, le duché de Posen, le Holstein, le Scbleswig, les provinces russes de la Baltique; ils se mêlent aux Hongrois, descendent lentement les deux rives du Danube, et ont fondé des établissements en Grimée. La Hollande, comme les provinces flamandes de la Belgique, comme les deux tiers de la Suisse, portent l'empreinte du génie germanique, non encore effacée dans l'Alsace ni dans la Lorraine; ces deux provinces de la France, poussées par le même instinct, sont celles qui fournissent aux États-Unis d'Amérique la plus forte proportion du contingent annuel de Témigration finnçaise. Celui de la race anglo-saxonne se compose, en majorité, d'Irlandais, puis, dans un rapport à peu près égal à la population, d'Écossais et d'Anglais. De 1620, année du départ des frères pèlerins, jusqu'en septembre 1853, Lock évalue à 9 milUons et demi le nombre total des émigrés irlandais. Les Anglo-Écossais qui partent sont petits fermiers, petits marchands, artisans; le droit d'atnesse n'est pas étranger à leur expatriation. Après le Royaunie-Uni, c'est la Suisse qui, à cause du prix élevé du sol natal, voit partir le plus grand contingent, composé de robustes agriculteurs. — La France et l'Italie comptent le moins d'émigrants; encore beaucoup des nôtres ne dépassent-ils pas TFurope : l'Espagne attire depuis longtemps les industriels ambulants, les colporteurs des départements qui forment le groupe montagneux de la haute Auvergne (Creuze, Corrèze, Cantal) ; la Russie nous emprunte des ingénieurs, des ouvriers, etc. , pour les chemins de fer. En 1 857, les États-Unis exerçaient la plus forte attraction sur nos compatriotes ; dans les trois années suivantes, cette primauté passa aux deux provinces de la Plata. Voici la statistique de notre émigration de 1857 à 1860, et l'indication du but de ses voyages :

DMtînatioiif. Numbre. Proportion snr 400.

Europe 12,278 23,67

Algérie 17,823 34,36

Autres pay« 456 88

Amérique do Nord 9,999 19,73

Amériqua du Sud 10,252 19,28

Australie 121 23

Gonade 33 06

Colonies françaises • 86 17

Autres pays 839 1»<>^

(') Ujoyt, VémiffmU(m ewropécnne^ ses principes, ses causes, seseff^tu avec «■ appendice sur L'émigration africaine^ hindou et chinoise. Firis, i86i, iinS.

tr

dl2 DES MODinaTEUKS. — GIRCUMFUSA. [hygiène

Prise en masse, i*éinigration, d'après les docaments anglais, de 18^7 à 1851, a présenté, en moyenne^ 55 hommes pour 45 femmes, plus de célibataires que d'hommes mariés, les enfants dans la proportion de 1/5 de l'effectif total; la majorité des émigrants compris entre dix-sept et quarante ans, tous industriels et cultivateurs, les premiers plus nombreux de 7 pour 100 que les derniers. La mortalité en mer a été en raison direae de la longueur des traversées; pour une période de douze ans (18/i7-1858), à destination d'Australie, de Tasmanie, du Cap, de Natal et de la Nouvelle-Zélande, elle a été de 4,966 sur 257 225 émigrants, = 1,93 sur 100, le sexe masculin (adultes et enfants de un à quatorze ans) résistant un peu moins que le sexe féminin aux fatigues de la navigation. On comprend d'ailleurs la part qui revient ici aux souffrances et aux privations endurées avant l'embarquement, à l'installation et à la nourriture des passagers. Joignez à ces chances néfastes les pertes de navires nombreuses quand ceux-ci partaient sans inspection préalable, 1 voyageur noyé sur 70, taudis que les bâtiments inspectés n'ont fourni qu'une victime sur 252, et ceux armés pour le compte du gouvernement n'ont pas eu un seul sinistre à déplorer. Aujourd'hui, le traGc de ces transports humains est réglementé, surveillé, cautionné, et la sollicitude des gouvernements suit les pauvres émigrants jusqu'à leur destination.

L'accroissement de la population résulte de l'excédant des naissances sur les décès ; le rapport numérique des habitants avec la surface territoriale (nombre d'habitants par lieue carrée) exprime sa densité, etc. Il suit de là que les climats se jugent finalement par l'accroissement et la densité des populations. Or les tables dressées par de HumboldtetBalbi mettent en évidence la prédilection de l'espèce humaine pour les zones tempérées, où la vie est également à l'abri des surexcitations énervantes du soleil tropical et de l'influence engourdissante des froids extrêmes, où la végétation déroule ses formes les plus variées, les plus nombreuses, et marie les produits de Téquateur avec ceux du Nord. La population afflue surtout et se multiplie rapidement sur les côtes médiocrement élevées au-dessus du niveau des mers, dans les régions largement accessibles au soleil, à l'humidité et à l'air, triple agent de la salubrité des climats et de la fécondité du sol, dans les plaines sillonnées par les grands fleuves, véritables artères du globe : telles sont la Chine, qui voit s'agiter 150 millions, d'autres disent 300 millions d'hommes, dans des plaines immenses arrosées par le Kiang et par la mer Jaune; la péninsule de Tlnde, qui fait vivre plus de 100 millions d'hommes, la Perse, l'Asie Mineure, l'Egypte, les péninsules d'Espagne et d'Italie, l'Europe tempérée. En dehors de cette zone amie de notre espèce, et à laquelle s'ajouteront plus tard les deux portions tempérées de l'Amérique, on voit 2 millions d'habitants disperses dans l'Asie boréale sur /i65 000 lieues carrées, /i ou 5 millions de Tartares nomades dans le désert de l'Asie centrale, 80 millions d'habitants Jetés sur l'immense continent d'Afrique; et, comme les climats extrêmes agi&scni dans le môme aens, on ne trouve en Russie que 12 habitants à |H'ine

PUlUora] DES HABITATIONS PUBLIQUES. àiZ

fNU* kilomètre carré, tandis que le rapport s'élève en Autriche à 55, en Prusse i 60, en France à 67,&6 (1851), en Angleterre à 129, etc. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue le rôle énorme que joue la civilisation dans le groupement et la densité des populations* Cette influence se prononce dans les chiffres comparés des quatre derniers États sus-indiqués, qui diffèrent entre eux moins encore par leurs conditions climatologiques que par la direction des esprits, par l'activité des capitaux, par les progrès de l'agriculture et de l'industrie, etc.

ARTICLE IV

DBS HABITATIONS PUBUQUBS.

§ fl. — TlllM.

Les exigences du milieu et de la défense commune ont présidé à l'installation des premiers groupes humains, ainsi qu'on le voit encore sur des points éloignés du globe. Dans les régions polaires, la famille se construit des abris contre Texcessive rigueur de la température avec des blocs de glace et la neige même qui l'investit de tontes parts. Bon nombre des villes en Amérique ont eu pour rudiments des maisons construites avec les troncs d'arbres de forêts que de hardis pionniers sont venus défricher. Les feuilles de cocotier suflBsent à protéger la cabane du Polynésien. Les Mélanésiens du havre Dorcy liâtissent encore aujourd'hui leurs villages sur pilotis comme faisaient en Europe, en des temps reculés, les habitants des cités lacustres.

La formation des centres de population est l'origine de l'hygiène publique et le levier de la civilisation. Chez les peuples chasseurs, les instincts les pîus grossiers de l'individualité sont le mobile d'une existence sauvage; chez les peuples pasteurs, les idées de propriété et de défense commune se développent même au sein d'une vie nomade. Plus tard, l'agriculture les attache au sol et les jalonne en groopes qui grossissent avec le temps. A mesure que les besoins augmentent et que les intérêts se compliquent, l'industrie grandit, la hiérarchie sociale se fortiGe, les villes s'élèvent, entourées de murailles qui les protègent contre les agressions, sons la garde d'un pouvoir qui personniGe les droits et les intérêts communs : la commune existe, c'est-à-dire l'unité sociale, le type de la société civile. La religion vient la viviGer par le sentiment de la fraternité humaine et resserrer l'association des hommes : la paroisse vit dans la commune comme l'âme dans le corps. Tels furent les rudiments de nos grandes cités ; elles se sont formées par une sorte de polarisation lente et graduelle. L'hygiène publique a pris naissance à la suite des maux dont les centres populeux devinrent les foyers; elle n'a point présidé à leur formation, elle n'a point dirigé la construction de ces ruches nombreuses où s'agitent, frelons et travailleurs, les races mélangées qui constituent la plupart des agglomérations bunudoes ; science tardive, sa tâche pratique est de réparer plu-

Aid DES MODinCATECRS. ^ CIRCUlfFUSA. [mtQttm

tôt que d'édifier, de corriger plotdt qoe de prévenir. Les générations antérieures ont légué aux nôtres une mission difficile : la refonte des cités, qu'elles ont élevées dans l'ignorance ou dans Tincurie de tous les principes de la salubrité publique. Rues mal percées, constructions tourmentées, établissements mal exposés, masures humides et sombres empiétant sur la voie publique, pavage incomplet, système défectueux de distribution et d'écoulement des eaux, etc. : tels sont les vices de la plupart des villes anciennes; leur régénération sanitaire impose de grandes dépenses et ne peut s'cflectuer qu*avec le secours des siècles. Assainir un quartier, c'est prolonger la moyenne de la vie de ses habitants. Cette vérité doit sans cesse être présente à l'esprit de ceux qui ont la direction et la responsabilité du monicipe. On dresse des statues, on construit des mairies luxueuses, des salles de spectacle, on caresse les ruines historiques : améliorez la demeure du pauvre et de l'ouvrier ; versez l'air, le soleil et l'eau à vos administrés ; assurez le prompt et régulier enlèvement des boues et déjection» ; restreignez le méphitisme envahissant des accumulations humaines et le mortd tribot que prélèvent annuellement les cachexies populaires, filles de la misère et de l'insalubrité. La puissance d'infection d'une ville se calcule d'après celle de chacune de ses habitations et de la quantité d'eaux ménagères et de détritos de tout genre qu'elles éliminent joumellemenl ou qu'elles amassent temporairement; il y faut ajouter l'influence des boues formées sur la voie publique par la circulation des passants et les ploies ; celle des boucheries, des hôpitaux et hospices, des cimetières, les émanations et les déjections des ateliers et fabriques, etc. Que l'on réfléchisse à tous les foyers miasmatiques qni naissent seolenoMot des ménages entassés dans une seule maison, et l'oo se fera une idée de toutes les difficultés de la police sanitaire.

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