I. — Villes
1* £xpo$iiion, emplacement^ etc. — L'étude qoe nous avons faite de l'air, des eaux, du sol, des localités, etc. (tome I"), nous dispense de discuter ici ropportunilë des diverses expositions et le choix de l'emplacement des villes. U est aisé de déduire ces indications de tout ce que nous avons émis précédemment sur les conditions de salubrité extérieure; il faut consulter la composition de l'atmo^ère, la moyenne du nombre des jours de pluie, de brouillard, de neige, de gelée, de sérénité, la température moyenne de chaque saison, la quantité d'eau qui tombe annuellement, la direction, la fréquence et la qualité thermométrique et hygrométrique des vents qui soufflent^ la nature et les productions du sol, la configuration des masses continentales où l'espèce et l'étendue des eaux qui les avoisinent, etc. On ne peut déterminer d'une manière générale le degré de salubrité des villes construites dans les plaines, ct'iles-ci diOërMt sous le rap|x>rt du terrain, des vents prédominants, etc. La proximité des marais est d'autant plus dangereuse que le dimat est pluI^
pubuqub] des VILLSS. hib
chaud; le centre des forêts est défavorable; sur le bord des fleuves et de la mer s'élèvent des villes florissantes par leur population et leur aisance; les inconvénients qui résultent pour elles du voisinage de ces eaux sont de nature à céder aux travaux d'assainissement. Celles qui couronnent des lieux élevés et dominent tous ceux d*alentour jouissent d*nn air vif et renouvelé, et se font remarquer par le bon étal de la santé publique; il n'en est plus de même des villes qui, bâties sur des hauteurs, sont néanmoins dominées de tous côtés par d'autres élévations du sol, ni de celles qui occupent le fond des vallées ou les sinuosités des gorges de montagnes. La forme la plus avantageuse pour la construction des villes est celle qui étale leurs habitations, au lieu de les rassembler dans un espace plus ou moins circulaire et étroit, où les quartiers labyriiithiqucs du centre étouffent^ pressés par une ceinture de quartiers exté-* rieurs.
2"" Variétés de villes. — Ce n'est pas assez que les hommes s'entassent dans des localités circonscrites, exposées aux émanations qui naissent de leur réunion, des animaux qu'ils gardent pour leur nourriture ou pour leur service, des ateliers où l'industrie multiplie ses produits, se frustrant mutuellement de rinfluence salutaire des vents destinés à renouveler une atmosphère miasmatique, et du bienfait de la lumière solaire qui corrige l'humidité et stinmie directement la vie; il faut encore qu'ils étreignent leurs cités de murailles, de fortifications élevées et baignées à leurs pieds par des eaux stagnantes, par des marais infects. Dans les places fortes, les quartiers qui confinent aux remparts sont huniidcs et malsains; si les maisons sont concentrées dans un espace étroit, l'air se renouvelle mal dans les rez-de-chaussée et dans les couches inférieures des rues; le progrès de la population enfermée dans des limites infranchissables force en quelque sorte la ville à croître ea hauteur. Les villes ouvertes nous paraissent dans des conditions beaucoup plus favorables. Plus les villes sont mal bâties, plus elles sont exposées aux dangers de l'encombremenL
Les villes les plus populeuses sont, aujourd'hui :
Nombre
Noms des Tilles. d'bal>itants.
Paris 1 825 274
Lyon 323 954
Marseille 300 131
Bordeaux 194 241
Lille 154 749
Kanies 111956
Toulouse 120 936
Rouen 100 671
Londres 3 037 990
Liverpool 444 000
Manchester 358 000
Birininjfham. 296 000
Lecds 207 000
Sheffleld. 185 000
Nombre
Noms des tUK's. d habiUnt9.
Bristol . . 154 000
Bradford 106 000
Glasgow 395 000
Edimbourg 168 000
Dublin 250 000
BeUast 120 000
Pélersbourg 586 000
Moskou 336 000
Odessa 105 000
Vienne 500 000
Berlin 683 000
Brcslau 146 000
Cologne 120 000
BnizeUas 177 000
publique] des villes. 417
chaque habitant doit jouir au moins de /iO mètres carrés de terrain. Les villes comparées entre elles offrent des moyennes de vie très-différentes, suivant le degré de richesse ou de misère qui y règne, suivant que leur population est agricole ou manufacturière; mais ces résultats dérivent de causes non inhérentes aux villes et que nous étudierons ailleurs.
3° Économie intérieure, — Les villes se composent d'un certain nombre d'habitations privées et d'édifices consacrés à des usages collectifs : nous traiterons de ceux-ci en particulier ; quant aux premières, nous avons tracé les règles relatives k leur construction; la salubrité d*une ville entière est la somme de la salubrité de toutes les habitations privées et de celle de la voie publique. Le nombre total des maisons en France s'élève à 7 /i62 5/i5 (en 1856} ; le nombre moyen d'habitants est :
Ponr une maisoa. Ponr nn méDage.
En France 4,84 3,95
Dans les villes 9,a5 3,58
Le cadastre de 1861 fixe à 31500 le nombre des maisons à Paris; ce nombre, rapproché du chiffre de la population, donne une moyenne de 32 habitants par maison ; à Londres (Cité et métropole réunies), où Ton compte 300 000 maisons pour 2 600 000 habitants, la moyenne est de 8 ; d'où l'on voit qu'à Paris l'agglomération humaine est quatre fois plus serrée qu'à Londres.
On compte, en France :
313 691 maisons ayant une ouverture.
— deux ouvertures.
— trois ouvertures.
— quatre ouvertures.
— cinq ouvertures.
— six ouvertures et plus.
Nous avons déterminé la hauteur qu'il convient de donner aux maisons, l'espace qui doit séparer deux rangées de maisons et qui donne la largeur des rues (tome I, p. 558). Les règlements actuels sont insuffisants à cet égard; dans beaucoup de quartiers de Paris récemment bâtis, on voit des maisons dont le soleil n'atteint pas le second étage et qui restent humides, malsaines. Pondant le choléra, la mortalité, dans les rues étroites, a été de /i5 sur iOOO, le double de la moyenne. Dans les pays chauds, l'étroitesse et la sinuosité des rues, jointes à la hauteur des maisons, corrigent les effets excessifs de la température. Mais sous tous les climats, l'air et la lumière sont les premiers agents de la salubrité; où n'existe-t-il pas des matières organiques susceptibles de devenir insalubres par un commencement de putréfaction ! Or, l'oxygène de l'air porté sur ces matières tend à les convertir définitivement en eau, en acide carbonique et en azote, par une suite de combustions lentes, dont les produits, formés graduellement et en faible proportion, n'ont rien de dangc-
M. LtvT. Hygiène, 5* toiT. n. — 27
418 DES MODIFIUTEORS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
reux pour l'économie animale ; le concours de la lumière el Télévalion de la température favorisent cette tendance de Toxy^^ôno. On voit combien il importe de faire partout de larges rues et des cours spacieuses. La rectitude de i'alignemeât des rues les ouvre mieux au soleil^ à Taération, à la circulation, à la perspective ; elles doivent s'étendre du nord au midi, si cette direction ne les fait pas enfiler par des vents insalubres propres à la contiéc; il serait mile de les faire aboutir par leurs deux extrémités à des places publiques, à des boulevards, à des carrefours, vastes réservoirs de l'air dont elles favorisent la circulation, et qui diminuent la densité de la |)opulation en augmentant l'étendue relative de l'espace occupé par un certain nombre de maisons. Les usines insalubres et tous les établissements qui mêlent à l'atmosphère des émanations délétères doivent être relégués en dehors des villes et à une certaine distance de leur enceinte : tels sont les fabriques de céruse, de couleurs, de produits chimiques, de sucre, de tabac, de poudres de guerre ou fulminantes, les boyauderies, les tanneries, les mégisseries, les abattoirs, les vidanges, les grandes distilleries, les usines à gaz, les fours à chaux et à plâtre, etc. Nous n'exceptons pas de celte loi de relégation les vacheries, les écuries un peu considérables, les pigeonniers, etc.; même prescription pour les cimetières et les voiries. IXans les villes à sol perméable, tous les établissements susceptibles de répandre des matières organiques à la surface ou dans la profondu r de la terre doivent être placés en aval des habitations, pour que celles-ci n'aient jamais à recevoir dans leurs fondations des infiltrations d'eau pluviale provenant des cimetières, des voiries situées eu amont (Chevreul).
4* Sol. des villes, mes et pavages. —Chevreul a admirablement résumé les causes qui tendent sans cesse à infecter le sol des cités. Toutes les fois que des sulfates alcalins et certaines matières organiques existent dans une eau privée du contact de l'air, il se forme des sulfures, de l'acide sulfhydriiiue; de là l'infection des eaux du bassin de Paris qui renferment du sulfate de chaux. Tout ce qui tend à imprégner le sol de matières organiques constituenne cause prochaine ou éloignée d'insalubrité; l'accumulation de ces matières et leur altérabilité produisent non-seulement l'infection du sol, mais celle des puits, quand le terrain est perméable sans être incessamment lavé par les eaux pluviales ou par des eaux pures de sources situées au-dessus de la ville. Débris animaux enfouis dans la terre, matières échappées des lieux d'aisances, urines projetées sur la voie publique, matières organiques qui de nos demeures passent dans le sol, matières condensées à Tétai liquide dans les conduites de gaz et qui s'en échappent par les fuites, voilà les éléments d'infection des terrains habités. Si l'on y ajoute l'influence du calcaire poreux ()Our produire des azotates de potasse, de magnésie et surtout de chaux, on aura les corps qui produiront avec les substances organiques des eflets dMnsalubrilé ou d'infection qui ne se manifesteraient point sans leur intervention. I/ceu\re d'assainissement du sol des cités consiste donc à en empêcher l'imprégnation puuride, à la restreindre au moins aux plus étroites 1 imites, à détruire incessam*
pobuove] des villes. âi9
ment ies matières organiques par une combustioii iente qui a pour ageals l'oxygène atmosphérique et la lumière, à en dissiper une partie par Tassimilaiion des végétaui ; elle ne peut donc s'accomplir que par un ensemble de mesures telles que la relégation des voiries, cimetières, usines insalubres, etc., en aval de la ville, par la largeur des rues et des cours, et surtout par le mouvement de l'eau aérée dans le soi pour y brûler les matières organiques. C'est même là, suivant la remarque de Chevreul (i), l'une des plus heureuses conséquences du drainage, savoir, le renouvellement de l'eau qui détermine toujours l'introduction dans le sol d'une certaine quantité d'air si utile à b végétation, si nécessaire I la combustion lente des débris organiques : le drainage établit une drcolaiion entre l'atmosphère et le soi au moyen du mouvement de l'eau. Tel est aussi l'avantage des eaux pluviales pénétrant dans un terrain creusé de puits qu'elles alimentent; sorte de drainage naturel très- •propre à laver un terrain infecté d'une petite étendue, à délayer et à entraîner les eaux chargées de matières organiques qui se déversent de nos maisons dans le sol. Aussi le pavage, qui s'oppose à l'imbibilion des eaux météoriques, ne profite-t-il pas à la salubrité de toutes les localités où il est appliqué ; M compromet celle des eaux des puits, creusés dans des terrains perméables, et par suite l'assainissement des couches inférieures du sol. Cette influence du pavage des villes sur la qualité des eaux de puits, Franklin l'a prévue, ainsi que la nécessité de demander aux rivières, aux sources éloignées, la quantité d'eau potable nécessaire à la consommation publique : « J'ai ebservé, dit-il, que le sol de la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie était charriée loin et ne pouvait pénétrer dans la terre et renouveler et purifier les sources^ ce qui est cause que l'eau des puits devient chaque jour plus mauvaise et finira par ne pouvoir plus être bonne à boire, ainsi que je l'ai vu dans les anciennes villes. « Mais là où le sol est perméable aux eaux d'un grand fleuve qui alimente les puits, mieux vaut paver les rues et les places et faire des égouts étanches qui portent les eaux impures en aval de la ville. Chevreul reconnaît d'ailleurs lui-même l'absolue nécessité du pavage dans les cités populeuses pour éviter les ornières, les mares d'eau, les boues^ pour diminuer en été la poussière, pour éloigner des maisons une grande partie des eaux pluviales et ménagères; il est donc la condition première de la propreté des rues, qui sans lui présenteraient une surface marécageuse. Beaucoup de villages et de petites villes perdent, à cause du défaut de pavage, les éléments de salubrité que leur assureraient leur site et leur exposition. Sa mise en usage date du règne de Philippe-Auguste (118/i) ; mais il n'a été adopté d'une manière générale que plusieurs siècles après. Avant l'application du pavage à toutes les rues, Paris était plus exposé aux fièvres intermittentes ; le revêtement pierreux du sol oblitère une large surface d'émanations délétères. Le mode du pavage usité
(i) Chevreul, Builetin de la Société centrale (t agriculture, 1850 à 1851, 2« série, i. VI, p. 165.
â20 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSÂ. [htgiéiie
dépend des ressources locales ; sa durée et son prix de revient décident le choix des matérianx qui sont : les pierres siliceuses^ graniiiques^ volcaniques, basaltiques, parfois calcaires, et surtout le grès débité en cubes et disposé sur une couche de sable ; il constitue le pavage le plus dur et le plus résistant Les briques, posées de champ, que Ton voit dans quelques villes, ont moins de solidité que la pierre de Yolvic, les polygones basaltiques ou les granits. £n matière de pavage, le progrès consiste à substituer au gros pavé de grès cubique de 0"*,22 de côté les pavés en porphyre de plus peiites dimensions. Les cailloux roulés que l'on utilise dans certaines localités où ils abondent, serrés entre eux et mal liés par une couche de graviers, offensent le pied par leurs aspérités, par leurs angles, et triplent la fatigue de la marche. On a essayé de substituer au pavage ou dallage de pierre l'emploi du bois et du bitume.
Le pavage en cubes de bois très-dur, taillés à pans, est expérimenté sur une large échelle à Londres et à Saint-Pétersbourg, où on l'a appliqué dès 183/i au pavage de quelcfues rues. On en a fait à Paris des essais partiels qui ne pa^ raissent point en encourager l'extension, d'ailleurs fort dispendieuse ; le système qui a le mieux réussi à Paris consiste à poser des blocs de sapin sur une couche épaisse de chaux, de sable et de ciment; ces blocs, de forme rhomboîdale, et ayant 0"*,18 de haut, sont réunis par des chevilles de bois passant dans des trous, et présentent à leur surface des rainures croisées pour empêcher les chevaux de glisser; avant de les poser, on les assemble en panneaux au moyen de chevilles. Le pavage coûte 16 francs le mètre. Il amoriit les retentissements de la circulation et convertit la voie publique en une sorte de parquet élastique ; il diminue le tirage au point qu'un cheval traîne sur un pavage de bois une charge équivalente à celle de quatre chevaux sur un pavage de grès. Peut-être favorise-t-il moins l'écoulement des liquides dont il abmrbe une partie; le frottement des roues et des pieds en détache une poussière ligneuse que pétrit l'eau pluviale et qui forme à la surface des rues ainsi recouvertes une boue de matière organique; il n'est pas impossible que, sous l'influence des chaleurs de l'été, il en résulte un foyer d'émanations, surtout si l'on considère que la matière ligneuse disparaît par vaporisation dans les marais à sphère d'intoxication active, tandis que dans les climats à température moyenne annuelle au-dessous de 12 degrés centigrades, elle ne se dissipe pins et donne lieu aux dépôts de tourbe (1). Il est d'ailleurs très-diflBcile d'obtenir des bois qui remplissent les deux conditions essentielles d'un bon pavage, dureté et homogénéité. Les changements brusques de température ont pour effet de détériorer les meilleurs bois. Peut-être les bois imprégnés de substances conservatrices serviraient-ils plus utilement au pavage.
Les bitumes sont de deux sortes : l'un, dit minéral ou asphaltique, est un produit naturel, très-employé par les anciens dans un grand nombre de constructions, et dont l'usage, renouvelé de nos jours, tend I se propager de plus
(1) Communication verbale de M. Bousaingault (18^5).
FOBUQDS] DES VILLES. d2i
en plus (naphte, pétrole, bitumes liquides, nialthe ou pissasphalte, bitume glutineux, asphalte ou bitume de Judée, des momies, bitume solide); l'autre est un produit artificiel, un goudron minéral qu'on obtient en distillant le charbon de terre pour en extraire le gaz hydrogène ; il a les principales propriétés du bitume asphaltique. La préparation de ces bitumes au milieu de nos rues produit des vapeurs qui, sans être délétères, affectent l'odorat d'une manière 4ésagréable et agacent la muqueuse des voies aériennes : par les temps humides et doux, leur odeur est forte, acre, pénétrante; elle peut incommoder si elle se concentre dans des lieux étroits et fermés. Les bitumes, étendus en couches minces, sont élastiques, durables; ils exigent peu de réparations; leur surface lisse empêche la stagnation des eaux et se dessèche rapidement après les pluies ; mais leur établissement est coûteux, et ils ne résisteraient pas longtemps aux pressions des voitures pesamment chargées; leur usage se restreindra aux trottoirs, caves, passages, souterrains, casemates. La chaussée d'asphalte a été essayée pour la première fois à Paris en 1850; on l'établit aujourd'hui sur une couche de béton de chaux hydraulique de O'^ylO d'épaisseur, sur laquelle on répand et pilonne de l'asphalte pulvérisé et chauffé à 1/iO degrés environ. La roche est broyée à l'usine, chauffée et désagrégée dans des fours spéciaux d'où elle sort en poudre; portée sans délai sur le chantier, étendue presque à la même température qu'au sortir du four, et comprimée, soit avec des pilons de fer chauffés, soit avec de lourds cylindres de fer maintenus à une température élevée par un foyer central. Le mètre carré àO^fO/i d'épaisseur revient à \ti francs; 1 franc de plus pour chaque centimètre d'épaisseur en excédant; la dépense annuelle d'entretien est de 1 à 2 fr. Les trottoirs ou bandes bilatérales des rues, rendus obligatoires sous certaines conditions par une loi de 1845, sont à la fois un assainissement pour l'étage inférieur des maisons et une aisance de circulation pour les piétons. Le danger d'incendie n'est point à redouter pour le bitume minéral qui ne contient qu'un cinquième de matière combustible , des charbons incandescents^ des fers rougis le fondent sans l'enflammer; une fois allumé, il donne une flamme léchante ou par ondes qui se déroulent au-dessus de la matière eu combustion. Le bitume fourni par la distillation de la bouille s'enflamme plus facilement à cause de sa plus grande fluidité.
Le macadam, qui a tant contribué à l'amélioration des routes ordinaires et eu assure Tentretien, est appliqué aujourd'hui, au moins en partie, à la construction des voies urbaines. Il consiste h empierrer le sol, à le tasser une première fois par l'action du rouleau compresseur, puis à y répandre des matières d'agrégation destinées à fournir la gangue nécessaire à la liaison des pierres de la couche superficielle ; ces matières sont les sables qui proviennent de l'usure des chaussées, et qu'on lave à grande eau pour les débarrasser de corps étrangers. Les cylindres ou rouleaux compresseurs, que l'on fait passer à grand renfort de chevaux ou par une locomotive (rouleau à vapeur), sur les chaussées nouvellement construites, épargnent aux roues des voitures le labeur
432 DES MODinCÀTEURS. — GIRGCMFUSÂ. [HTfidOfB
cahotant et qnelqnefoig dangereux de l'écrasement des pierres, et procurent pins promptement la liaison des divers éléments du macadam. Malheureuseinent^ sur les voies centrales des grandes cités, la circulation est tellement active qu'il n'existe pas de matériaux assez durs pour y résister longtemps. De là, en été, une poussière que les vents et les voitures soulèvent par tour* billons ; en hiver, une mare boueuse qui embarrasse et salit le piéton. L'arrosage et l'ensablement n'y peuvent rien ; poussière et boue se reformei\f à mesure qu'on les enlève, et les flaques, qu'il faut incessamment combler, nécessitent un dispendieux travail d'entretien. L'expérience a fait exclure toute pierre molle de la composition du macadam ; on donne la préférence aux matériaux les moins hygrométriques et les plus résistants. A Pans, après avoir essayé les basaltes, les trapps, les porphyres, les quartzites et autres pétrosilex de toute la France, on a fait choix, pour les voies les plus fatiguées (rue de Rivoli, boulevards), du porphyre de la Mayenne, des quartzites métamorphiques de la Sarthe, et, pour les artères les moins fréquentées, des meulières siliceuses et des silex purs.
Pour l'hygiène des habitants riverains de ces chaussées macadamisées, tenons compte de l'amortissement des bruits de la circulation diurne et nocturne sur le pavé ordinaire, ainsi que des trépidations que le lent passage des lourds chariots de camionnage et autres impriment aux maisons. Il faut avoir subi comme nous le supplice de ce vacarme et de ces ébranlements, dans Tune des rues les plus agitées de Paris, pour apprécier le bienfait de leur notable atténuation au moyen du macadamisage. Les voies pavées et macadamisées conservent le premier rang; à la fm de 1867, Paris avait U 900 000 mètres carrés de chaussées pavées, et 2150000 mètres carrés de chaussées macadamisées, pour 160 000 mètres carrés de chaussées asphaltées.
Ghcvreul a constaté que la couche noire qui se trouve entre et sous le pavé des rues de Paris contient du fer métallique, de l'oxyde de fer intermédiaire on du fer sulfuré. Cette couche, qui tend en défînitive à se convertir en peroxyde de fer, est une matière combustible qui défend les couches inférieures du sol de l'action de l'oxygène ; elle s'oppose à la transmission de l'oxygène que Teau entraîne dans le sol ; or, cet oxygène est nécessaire à la destruction des matières organiques que le sol renferme, et par conséquent à son assainissement Le fer trouvé dans celte couche noire provient de l'usure des roues et des fers des chevaux.
Les trottoirs ont le double avantage de diminuer l'humidité de la partie inférieure des maisons et d'assurer la sécurité des piétons ; il convient de leur donner une pente légère pour l'écoulement des eaux ; sous leurs rebords, sont cachés les ruisseaux latéraux dans le système des chaussées bombées, très-préférable à celui des chaussées fendues ou à thalweg central et à ruisseau médian, incessamment battu par les pieds des chevaux et par les roues des voitures, qui en projettent les fanges sur les deux côtés de son parcours. On applique aujourd'hui à la confection des trottoirs un mastic composé de 72 parties de
PUUJOn] PES yiLLES* 423
roche asphaltiqne broyée et bien tamisée, de 6 ou 8 parties de bon bitume» de 1 partie de goudron minéral et d*ane demi-partie de sable siliceux. I^es trottoirs de bitume ne coûtent que 7 francs le mètre carré et 70 centime» d'entretien par an, tandis que ceux de granit reviennent à 22 francs; m^is les premiers exigent de fréquentes réparations, se détériorent, ^ couvrent alom d'une nappe d'eau pluviale^ sans écoulement^ etc. Le dallage Sébille^ à |MiO d'ardoises, ne revient qu'à 16 francs le mètre carré; composé d'un mélange de débris d'ardoises réduits en poudre fine, de sable et de brai cbauOé, trituré et comprimé, il s'emploie en dalles de 7 à 8 centimètres d'épaisseur, rejoin* toyées au ciment et posées sur une couche de béton de 10 centimètre^, et sou** tenue, du côté de la voie publique, par une bordure de granit,
5° Plantations, — La règle est aujourd'hui de border d'une rangée d'arbreu les contre-allées de chaque voie publique ayant plus de 26 mètres de largeur; à partir de 36 mètres, on plante deux rangées d'arbres dans chaque contre*allée; à plus de /iO mètres^ ou dispose, au milieu de la voie, un plateau planté d'arbres et séparé, de chaque côté de la façade des maisons, par une chaussée et un trottoir. Les lignes d'arbres doivent laisser entre deux rangées, comme entre chaque rangée et la façade des maisons, un intervalle de 5 mètres, e% rester éloignées de l'',50 de la bordure des trotloii^ On s'est exagéré l'influence des plantations d'arbres dans l'intérieur des villes sur la pureté de l'air. Il n'existe aucune proportion entre la purification atmosphérique que procure la respiration de quelques milliers d'arbres et la production d'acide carbonique résultant de la vie d'une grande cité. Jeannel (1) a calculé qu'il faut un hectare de forêt pour compenser à peu près la viciation atmosphérique résultant de l'existence de deux hommes, et que la quantité d'acide carbonique versée dans l'atmosphère par la ville de Bordeaux ne pourrait être journellement décom-* poséc que par la végétation de 50 000 hectares de forêts. Ghevreul (2) observe d'ailleurs que, lorsque l'oxygène se dégage des parties vertes sous l'influence de la lumière, il doit s'élever dans l'atmosphère et non en gagner la région inférieure. Trop rapprochés des maisons, les arbres les rendent humides par leur propre évaporation, parcelle des eaux pluviales qu'ils retiennent, par leurs alternatives de condensation nocturne et d'évaporation diurne do l'humidité atmosphérique ; et, s'ils procurent une ombre agréable pendant quatre mois, ils interceptent pendant huit autres mois l'air et la lumière. Faut-il les proscrire dans les cités populeuses? Non; ils y ont une utilité incontestable pour com* battre incessamment l'insalubrité produite ou sur le point de se produire |Mr les matières organiques et la trop grande humidité du sol : « Les racines^ ra« mifiées à l'infini, enlevant à la terre qui les touche l'eau avec des matières or-
(1) Jeannel, Mémoires sur les plantations d'arbres dans Vintérieur des villes {Annales d'hygiène, 1850, t. XLlII.p. 49).
(2) Chevreul, Mémoires sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent la salubrité des cités ftopuleuses {Annales d hygiène, 1853, t. L, p. 6).
publique] des villes. A2S
avaient perfeclionné la construction, soit au moyen de tuyaux souterrains qui, prenant Teau à un réservoir élevé, serpentent à des niveaux différents pour la déverser dans les divers quartiers. Dès les premiers développements de Tindgstrie, les moteurs hydrauliques, puis les machines à vapeur ont été employés, avec le secours des pompes, à puiser et à distribuer dans les villes Teau des rivières, des fleuves qui les traversent ou les avoisinent, au moins pour les usages du muuicipe et des usines, manufactures, fabriques, ateliers, etc., qui s'y multiplient, comme il a fallu pourvoir à la consommation des habitants par des dérivations de sources et de cours d*eau qui, amenés sur un point culminant de leurs cités, leur fournissent sur tous les points de leur enceinte, et jusqu'aux divers étages de leur demeure, une boisson fraîche et limpide en toute saison. L'alimentation des villes en eaux, encore si imparfaite dans la plupart d*entre elles, est aujourd'hui facilitée par la découverte de Vicat sur la nature intime des ciments^ par la fabrication artificielle de ces produits, qui font concurrence aux meilleures chaux hydrauliques, par les progrès de l'art du fondeur, qui remplace, par des conduites de fonte de l'',20 et plus de diamètre, les petits tuyaux de plomb, de 2 à 3 centimètres, que les Romains ont employés quelquefois pour franchir les vallées en conduite forcée, quand ils ne les traversaient pas à l'aide de ponts-aqueducs monumentaux.
La quantité et la qualité des approvisionnements d'eau nécessaire aux agglomérations urbaines est le premier problème à résoudre ici. En réservant au service privé, comme on dit aujourd'hui (1), les eaux de sources, et au service municipal (bornes-fontaines^ bains, lavoirs, lavage des ruisseaux^ eaux industrielles, etc.) celles des rivières et des canaux, l'administration de Paris a posé le principe d*une distinction pratique, comme elle a réalisé, par un ensemble de travaux qui règlent à la fois son approvisionnement d'eau et sa canalisation souterraine, la plus magnifique application de Thygiène publique dans les temps modernes. £n 1852, Guérard (2), s'inspirant des idées de Darcy qui, après avoir étudié la question en Angleterre et en France, a doté Dijon d'une large provision d'eau de source, fixait à 130 et au minimum de 100 litres par jour la ration d'eau nécessaire à chaque habitant d'une ville pour tous les besoins, y compris ceux du municipe et de Tindustrie. Depuis, on l'a portée h 200 litres en moyenne. Dès 1851, la dépense s'élevait, à Fhiladelpliie, à 250 litres par habitant; en 1853, à New-York, les samedis et pendant les grandes chaleurs, à plus de UQO litres. En 185^, Paris ne disposait encore que de 148 000 mètres cubes d'eau par jour, fournis en majeure partie par le canal de l'Ourcq, créé sous le premier empire, et se réduisant en réalité à 90 ou 100 000 mètres cubes par l'insufiisance du système de distribution; ce qui donnait 100 litres par jour et par individu; aujourd'hui la
(1) Ed. Huet, Alimentation en eau et assainissement des villes^ Exposition universelle de 1867, coUect. des Rapports du Jury international , etc^ t. IL
(2) Guérard, Du choix et de la distribution de Ceau dans une viile, thèse de concours.
42Q DES MODIFIGATCUHS. — GIRCUMFUSÂ. [hygiène
ration est de 139 litres, et dans trois ou qaatre ans, elle sera de 200 litres environ, par suite de la dérivation des sources de la Vanne, et elle pourra être doublée, si un projet de dérivation d*eau de la Loire reçoit son exécution. Il n*est prévisions trop amples pour ralimentation en eau d'un centre tel que Paris; il n*est ressources d'exécution à négliger : la ville, depuis 1862, a installé deux nouvelles pompes à feu sur la Seine en amont, une usine hydraulique sur la Marne à Saint-Maur, elle fait forer deux nouveaux puits artésiens, elle augmente le débit du canal de TOurcq par Tinstallation de deux usines hydrauliques utilisant des chutes de la Marne pour refouler de Teau dans le canal pendant la saison des basses eaux. Un aqueduc souterrain de 130 kilomètres de longueur amène à Paris, à 80 mètres au-dessus des quais de la Seine, les sources de la Dhuys, /lO 000 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures. Le prix du mètre cube d'eau ainsi emmagasiné à plus de 80 mètres au-dessus de l'étiage de la Seine ressortira à 0^068; celui de l'usine Saint- Maur, élevé à une hauteur moyenne effective de 70 mètres, à 0^,026. — En somme, Paris exige aujourd'hui un approvisionnement de U'IO 000 mètres cnbes d'eau, à savoir : 250 000 pour les services publics, et 170 000 pour les services privés, et elle les demande :
Aux eaux de la Dhuys AO 000 mètres cubes.
• — de la Vanne 90 000
— du canal de rOurcq iOôOOO
— de la Seine 44 000
— de la Marne 120 000
*- des puiU artésiens 21000
Nos villes de province les pins richement pourvues d'eau sont : Garcassonne
(3 à 400 litres par jour et par individu), et Dijon (198 à 600 litres) ; Tou-
knise, 78 ; Narbonne, 85, etc. L'insuffisance, c'est ce qui domine en France
et en Europe. La consommation d'eau a doublé à Londres en quinze ans, et
Mur les 500 000 mètres cubes d'eau qui lui sont distribués à l'aide de
11000 cbevauX'-vapeur, 300 000, c'est-à-dire le tiers du débit de la Tamise
k Hampton, en amont de Londres, y passent au préjudice des riverains d'aval;
200 k 225 000 proviennent de River Lea. Aussi l'un des grands ingénieurs de
TAngleterre, Bateman, l'auteur de la dérivation du lac Katrine, à Glasgow,
propose d'employer 250 millions à dériver sur Londres des sources qui en
sont éloignées de 300 kilomètres^ et d'amener par ce moyen un million de
mètres cubes d'eau par jour k 8 mètres au-dessus du niveau de la Tamise.
Glisgow a dépeasé 23 millions en construction de ^2 kilomètres d'aqueduc et
1 7 millions en indemnités pour doter chacun de ses habitants de 500 litres
d*eau par jour. Manchester n'en accorde aux siens que 190 en moyenne. Si
/ii)érales que paraissent ces rations, que sont-elles à côté des 300 000 mètres
0,«bes d'eau par vingt-quatre heures que la ville de Washington oITre à ses
;r ^ 000 habitants. New-York, Philadelphie, Boston, rivalisent de hardiesse et
PDBUQIIl] DES VILLES. 427
de luxe pour la satisfoction des besoins d'eau de leurs habitants sur une échelle de consommation, hélas ! inconnue de la plupart de nos villes. C'est ainsi que New-York a pu renoncer à ses eaux de puits très-dures et devenues insalubres par Textensk» de TindusUrie et des cimetières, en inaugurant dès 18^2 un aqueduc souterrain de 66 kilomètres de longueur, qui verse par jour à ses 1 100 000 babitanta 160 000 mètres cubes d*eau dérivés de la rivière du Croton.
Les réservoirs ont à la fois pour objet de régler la distribution de Teau, de maintenir dans la canalisation une pression constante et de prévenir les inconvénients qui résultent des distributions directes sur les conduits de refoulement (Huet). Dans le cas de Talimentation par dérivation de sources ou de cours d*eau, le réservoir emmagasine Fean nécessaire pour le temps que pe«t durer la réparation d'un accident, une visite d'inspection, un travail d'entre* tien dans Taquedua Si le système fonctionne à l'aide de machines, le réseiw voir, réduit au rôle d'un régulateur, n'exige que peu de capacité, mais des machines de supplément sont nécessaires pour éviter toute interruption dans le service. Celui des eaux de la Dhuys, sur les hauteurs de Ménilmontant(1865), représente un bassin de plus de 2 hectares de superficie sur 5 mètres de hau« teur, pouvant loger un volume de 100 000 mètres cubes d*eau à près de 80 mètres au-dessus du niveau des quais de la Seine; une conduite spéciale permet de jeter les eaux dans le réseau de la circulation. A Londres, la distribution des eanx, s*opérant par les machines, ne comprend qu'une surface totale de 7 hec^ tares environ de réservoirs couverts; ceux de Manchester comportent un approvisionnement de 1 360 000 mètres cubes d*eau, et, à Glasgow, l'eau dérivée du lac Katrine emplit un réservoir découvert de 28 hectares environ de superficie, recevant 2 250 000 mètres cubes d'eau à 9^ mètres au-dessus du niveau de la Clyde.
Le filtrage en grand des eaux de rivière n'a pas fait de progrès notable : on doit mentionner toutefois Tapplication faite avec succès par Beaugrand des cloisons perforées à la clarification des eaux des réservoirs de Ménilmontant. Ce système consiste à faire participer à la vitesse d'écoulement toute la masse d'eau qui traverse un bassin de dépôt, en faisant appel à ces eaux vers l 'aval, par une cloison verticale percée de trous sur toute sa hauteur ; il a été employé dès 1828 par un ingénieur des mines pour la clarification des eaux de lavage des minerais; c'est une sorte de préparation au filtrage, propre à retarder Tencrassement des filtres. — Toulouse profite toujours de ses filtres naturels dont elle prolonge les galeries ouvertes dans les graviers d'atterrissement de la Garonne. On fait à Lyon un essai d'imitation artificielle de ces filtres, en creusant sur les bords du Rhône, à S mètres en contre-bas de l'étiage, une galerie et des bassins filtrants. — Vienne trouve une eau excellente dans une galerie souterraine en maçonnerie, construite parallèlement au Danube, à 200 mètres environ de distance et à 5 mètres en contre-bas de son niveau moyen. — Londres en reste à ses filtres de gravier, couches de 1",50 environ,
PDBUQDI] DES VILLES. 431
liquides qu'on laisse se concentrer par évaporation dans les bassins de Bondy, et qui représentent k eux seuls la fumure d'environ 10 000 hectares. Londres a devancé Paris dans le système de circulation qui introduit Teau à tous les étages de l'habitation, et en exporte tous les liquides et détritus infectants; on y a d'abord assaini les maisons, puis les rues. £n 1859, les foyers d'infection partiels ont disparu, mais on a créé un foyer général de méphitisme, on a corrompu la Tamise. Alors le sol de Londres (1) est découpé par des lignes magistrales de collecteurs qui, rencontrant tous les égonts déjà existants, réunissent leurs eaux en deux courants sur les deux rives de la Tamise, et les y déversent assez loin de la ville pour que les matières en décomposition ne puissent plus refluer dans son enceinte ; 1 05 millions sont dépensés pour ce main drainage^ drainage principal, ayant pour objet d'élever et d'accu-^ muler dans de vastes réservoirs souterrains ces immenses volumes d'eau qui n'en sortent qu'à la marée descendante. Reste à ne plus infecter le fleuve en aval et à tirer parti des matières fécondantes perdues jusqu'alors. C'est l'œuvre que poursuit depuis 1866 la compagnie du Metropolis servage and Essex recla* matûm. Un aqueduc de 70 kilomètres de long, et de 3 mètres de diamètre, des^ servira par gravitation kO 000 hectares de terrain au moyen de robinets, et aboutira à un domaine de 3000 hectares de plages sableuses, conquises sur la mer du Nord, et dès maintenant susceptibles d'être quadruplés de surface. — Point essentiel ! On renonce à tous les modes de fabrication d'engrais artifi^ ciels; l'irrigation des prairies permanentes* à la dose de 7 à 8000 mètres cnbes par hectare, tel est le meilleur usage des eaux d'égout à l'état naturel, et sur les sables endigués, la dose ira utilement jusqu'à 20 000 mètres cubes; leur efficacité est en proportion directe de la quantité de résidus et de matières fécales dont elles sont chargées; leur meilleur mode d'emploi est l'arrosage au moyen de fossés et de rigoles découvertes ; il y faut un sol perméable^ des terrains légers et drainés; les liquides d'égout, après un parcours de quelques heures dans les prairies, ont à peu près perdu leurs éléments putrescibles, et peuvent être déchargés sans grave inconvénient dans les cours d'eau. Les canaux d'amenée doivent être couverts et n'ont besoin, pour ne pas s'engor* ger, que d'une pente de 20 centimètres par kilomètre. Un hectare de prairies, dont le sol s'égoutte bien, peut recevoir jusqu'à 20 000 mètres cubes d'eau d'égout par an; à raison de 110 litres par habitant et par jour, soit 1 hectare pour 500 habitants, ou AOOO hectares pour une population de 2 millions (eaux pluviales non comprises). Il est peu de villes qui n'offrent, dans un rayon plus ou moins étendu autour d'elles, des terrains favorables aux irrigations d'eaux d'éguuts, mêlées aux matières fécales.
 Paris nous sommes moins avancés; mais les progrès sont immenses et
(i) I>e Freycinet, De Vemploi des eaux d'égouts à Londres {Ànn, d*hyg,y janvier 1868. ->- MiUft, Mmpioi agricole des eaux d'égouts (Rapports du Jury international, 1868^ t. 1).
432 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [htgiéke
doivent conduire à pareille conclusion, c'est-à-dire à un assainissement général et radical. Au lieu de 163 000 mètres d*égouts comme en 1854, Paris en compte aujourd'hui plus de 600000 mètres courapts de toute section qui débouchent en Seine par deux grands collecteurs à 20 kilomètres à l'aval de Paris, à 1800 mètres en ligne droite de l'enceinte fortifiée; celui de la rive droite a 4600 mètres de long, 5'",60 de largeur aux naissances, et 6'°, 60 de hauteur sous clef, avec deux banquettes et une cuvette de S'^.SO de largeur suri", 35 de profondeur. Celui de la rive gauche part de la Bièvre qu'il absorbe, et du pont Saint-Michel sur la rive gauche jusqu'au pont de l'Aima, où il traverse la Seine au moyen d'un siphon composé de deux conduits de 1"*,00 de diamètre chacun, échoués en contre-bas du lit du fleuve. Entre le grand collecteur de la rive droite jusqu'au branchement qui déverse à l'égout de la rue les eaux pluviales et ménagères de chaque maison, la série des égouts présente douze types différents; l'égout de la rue a 2", 30 de hauteur sous clef sur l'",30 de largeur aux naissances, dimensioas qui en facilitent le nettoyage à bras d'homme ; viennent ensuite les types à une banquette, à deux banquettes, avec rails pour les wagons-vannes employés au nettoiement de la cuvette, etc.
Toute rue large de plus de 20 mètres a un égont sous chaque trottoir, pour accourcir les branchements partant de chaque maison; des regards, disposés de 50 en 50 mètres, en permettent l'exploration et l'entretien. Les faisceaux en fils du réseau télégraphique de Paris suivent ces canaux; chaque maison a ou doit avoir son branchement de grande section qui la mette en communication avec l'égout, branchement prolongé sous elle et fermé seulement par une grille au droit du mur de façade; c'est là qu'aboutissent les tuyaux des eaux ménagères et pluviales, les tuyaux de chute de cabinets d'aisances, et c'est aussi là qu'est placée la conduite d'eau de service. Les tuyaux des eaux ménagères plongent dans une cuvette qui forme fermeture hydraulique, et s'opposent à l'invasion des odeurs de l'égout dans la maison; elles s'écoulent à Tégout par une conduite spéciale de fonte ou de poterie, reposant sur le radier du branchement
Jusqu'à présent les vidanges ne se déversent pas encore à l'égout; chaque tuyau de chute se termine à l'appareil séparateur (système Paris, ou tinettefiltre du système Richer) ; les liquides s'échappent par un tuyau de caoutchouc, branché sur la conduite des eaux ménagères, la tinette-filtre est enlevée périodiqnomcDl par le même branchement, et arrive par le regard de l'égout sur la voie publique; la chambre des tinettes est ventilée à l'extrémité du branchomeut par le moyeu d'un conduit de poterie qui monte jusqu'au faîte de la uiaison. ('/est doue lo système séparateur des solides et des liquides; ceux-ci ('N.iruos à lY'gout, ceux-là aux fabriques d'engrais, système intermédiaire vwWv l'auiique fosse d'aisauces et la déperdition des matières à l'égout, que Ton s'iu^('iiie encore à maintenir à Paris; mais un avenir prochain complétera la rJK ulation naturelle comme à Londres, le drainage total des maisons, la
PUBUQDE] DES VILLES. 433
salubrité des villes : tout iraà Tégout, et par Tégont prolongé, ramifié au loin, à la terre sous sa forme naturelle : vidanges, urines, eaux ménagères, résidus de tout genre, tout cela 'constitue la richesse de Tengrais liquide, charrié par les égouts; inutile de le collecter dans de vastes bassins, de le manipuler, de le transformer; répandre sur le sol, le diriger par des conduites en pente sur les terrains qui en ont besoin, préserver la pureté des eaux, des rivières ou des fleuves, tel est le but que plus fl*une ville a déjà atteint, que Londres poursuit activement, et que la force des choses conduira Tadministration de notre capitale à rechercher, non sans de grandes dépenses dont le dédommagement est assuré. Quoi de plus barbare, de plus dérisoire et de plus immonde que les bassins de Bondf» à 10 kilomètres de Paris, d*une superûcie de
7 hectares, d*une capacité de 160 000 mètres cubes, recevant chaque nuit 2000 mètres cubes de uu^ièreB qui y séjournent pendant trois à quatre ans pour s*y convertir en engrrâ, et, pendant cette longue période de concentration, empestant la joyeuse banlieue de Paris à plusieurs lieues à la ronda Ce gigantesque cloaque, comme l'appelle H. Blerzy, et les opérations dégoûtantes qui s*y passent ne produisent, en somme, que le gaspillage de Teograis naturel; les 960 de son azote se perdent dans la fabrication de la poadretle et des sels ammoniacaux, alors que le mètre cube de vidange vaut, comme engrais, 12 à 15 francs; ajoutez la dépense d'extraction qui est à Paris de
8 francs par mètre cube de vidange, sorte d'impôt de 10 à 12 millions par an, et dont personne ne profite, ni le gouvernement, ni la ville, ni les individus. Que faut-il pour supprimer tant d^insalubrité, de mécomptes, d'embarras! Compléter, suivant le langage des Anglais, la circulation de la nature, restituer au sol ce qui appartient au sol, ce qui est nécessaire à sa fécondité, employer à Vétat naturel les eaux d'égouts à l'irrigation des terres. — Le temps n'est plus de tolérer aux portes des villes des foyers permanents de pestilence, sous prétexte de fabriquer chroniquement du noir animal, de la poudrette, des engrais concentrés, etc. Sous chaque maison un magasin souterrain de matières fécales nécessite de périodiques vidanges qui sont à la fois une perturbation nocturne et une peste pour tout un quartier, sans compter la perte des eaux vannes, riches en principes fertilisants, infectant les ruisseaux des rues avant d*arriver à Tégout où elles vont provoquer des fermentations putrides... Les égouLs collecteurs sont à peine terminés que déjà on est révolté de l'infection d'Âsnières, de la souillure du fleuve, par un courant épais et noirâtre d'environ 1 mètre cube de débit à la seconde, qui empoisonne, à partir de ce point, l'air et Teau. Nous renvoyons aux mémoires des ingénieurs de Freycinet, Mille, Ronna (1), tous aujourd'hui d'accord sur la nécessité d'employer à Téiat naturel les eaux d'égouts, enrichies des matières stercorales, des boues
(1) Ronna, De rutiiisntion des eaux cT égouts en Angleterre et en France, Application ù In ville de Paris, 1866 {Revue universelle des mines). — £• Beaugrand, Annales fC hygiène, juillet, 1868.
M, LÉTY. Hyfièiie, 5« tDiT. n. — 28
48â DES MODIFICATEURS. -^ CIRCUMFUSA. [HTGièNE
et des immondices des rues, entraînées par le flot de Tirrigation municipale et du drainage des maisons, à travers le réseau des égouts, dans les canaux prolongés aux distances «nécessaires pour assurer et régulariser remploi de leur contenu. Le sens pratique des Anglais n'admet plus la discussion sur la question des fosses d*aisanccs, sur la séparation -des principes fertilisaots das eaux d'éguut par voie mécanique ou chimique. Filtration od décantation, désinfection par les substances absorbantes ou antiseptiques, précipitation ou traitement chimique, tous les procédés d'assainissement et de transformation proposés, expérimentés, qai rentrent dans ces catégories, ont leurs mécomptes, leur insuffisance, tout au plus une atilité restreinte; il n*en est aucun, d'ordre chimique, sans excepter celui de Max. Paulet (eaox acides provenant de- la fabrication de la oitro-benzine, généralement formées d*acide azotique et d*acidc sulforique, tenant en dissolution quelques produits goudronneux et une certaine quantité de nitro-benzine), ni celui de l'ingénieur LechAielier (épuration des eaux d'égout par l'emploi du sulfate d'alumine comme pour la défécation du jus de betteraves), aucun ne satisfait aux indications sommaires de l'assainissement municipal qui comprend l'air, l'eau, le sol. Les fosses d'aisances infectent l'atmosphère par les tuyaux d*évent, |)ar les vidanges, par les bassins d'.élaboration lente des engrais; les eaux vannes écoulées aux ruisseaux des rues, aux égouts, aux rivières, c'est l'infection de l'eau, et parfois celle des puits par les infiltrations des fosses d'aisances; enlin les récentes recherches sur l'imprégnation des terrains par les déjections des cholériques ont mis en évidence l'infection du sol lui-même. L'utile emploi des eaux d'égout et des vidanges fraîches en irrigations fécondantes est démontré par une expérience séculaire en Italie, surtout sur les vastes prairies qui entourent Milan, dans les environs d'Edimbourg, dans le Hucrta de Valence, et depuis l'Andalousie jusqu'au Roussillon du temps des Arabes, dans les plaines de l'Alsace, etc. Et c'est à cet emploi direct de toutes les déjections d'une population, mêlées, brassées avec les eaux qui lavent les égouts, que doit aboutir la canalisation souterraine des villes, prolongée aux limites de la banlieue, et se ramifiant en conduites de distribution sur les terrains à fertiliser.
Les eaux d'égout de Paris, telles que le grand collecteur les apporte l\ Asniércs, c'i»st-à-dire sans les matières des fosses d'aisances, ont été analysées dans le laboratoire installé sur un terrain résenc à l'expérimentation du procédé de précipitation de Lechàtclier; desliassins et des rigoles d'arrosage ont permis d«' constater qu'avec cet engrais la production des fourrages, des légumes, des fleurs pour la parfumerie, a bien réussi ; que l'eau noire à la lx>uche do Pégoul devient verdâtrc par l'addition d'un filet du réactif ^sulfate d'alumine), s'ériaircit ot |)asse opaline au barrage en moins de dix heurts; roiigrais, resté sur le fond et desM-clié à 0'",10 d'épaisseur, pivnd la consistance cl ras[>ect du liège; dans les rigoles il se dé|)ose eu plaques feutrées, de compobition pres<|ue identique :
POBUQDBj DES VILLES. , 435
nÉPOT
Indication dch éléinont». des baMins. des rigolât.
Axote. . 7 7
Acide pbospborique. . . # 7 7
Matières organiques 227 259
Natièret terreuses 759 727
La défécation et Tarrosage, la précipitation chimique et la filtration dans le sol donnent donc le m6me résultat, et, fait à noter par Thygiéniste, des qu'on opère sur de grandes surfaces, dit Tingénieur en chef Mille, avec de Tair et de la lumière, la transformation des sulfures noirs et infects en sulfures bruns et fixes, se bit sans que nos sens en soient blessés.
Au demeurant, la suppression des fosses d*aisances et des fabriques immondes d'engrais, le drainage des maisons par des robinets d*eau à tous les* étages et par l'entraînement du détritus quotidien des familles jusqu'à Tégoot, l'irrigation munfcipale à l'aide des bornes-fontaines, des bouches soos-trottoir et du réseau d'égouts qui a été indiqué, l'emploi agricole du produit total e| mélangé de tous les excréta de l'agglomération humaine des cités, tel est le programme de leur hygiène, déjà réalisé dans bien des ailles, notamment en Angleterre, en voie d'exécution avancée à Londres, et dont Paris a terminé les préparatifs; il lui reste à créer au débouché du vomitoire d'Asnières une force motrice naturelle de 2i!i00 chevaux pour relever les liquides d'égout jusqu'au niveau des plaines de la Beauce et de la Brie (100 à ir)0 mètres de hauteur), à creuser dans la campagne un système de réservoirs échelonnés, et de rigoles de distribution où se diviserait le flot fécondant des égouts. Les petites villes de l'Angleterre qui ont appliqué le drainage à circulation continue, n'ont pas eu de difliculté à diriger leurs eaux d'égouts sur des terres cultivées; la masse à remuer étant restreinte, une petite machine à vapeur suffit pour les refouler à la hauteur des prairies irrigables.
Les galeries d'égout se construisent en maçonnerie de meulière avec mortier de chaux hydraulique, et plus souvent avec mortier de cimen^ qui permet un décintremcut plus prompt de la voûte, une réduction d*un tiers dans les épaisseurs de la maçonnerie ; l'intérieur reçoit un enduit mince en mortier de ciment qui facilite son entretien, son nettoiement et son éclairage (1).
La forme ovoïde, aujourd'hui adoptée pour la construction des égouts, exige une moindre dépense de matériaux que les égouts circulaires ou à surfaces planes et œurbes raccordées; en outre, elle facilite récouleinent des liquides, la petite extrémité de l'ovoide se trouvant en bas. Leur pente sera
(1) Voyez Lelarouilly^ Édifices de Home^ p. 153; Alexandre Adam, Antiquités rvmainf^s, t. Il, p. 502 ; Pline le Jeune (XIXVI, p. 13 et suiv.), qui célèbrent la solidité sept Tois séculaire des voûtes indestructibles des égouts construits par Agrippa et lavés par un torrent d'eau qui emporte tout ee qui s'y rencontre, etc.
publique} des villes. A37
en guise d'échelle au-dessous des regards. Ceux-ci serviront encore à Tévacoadon des matières qui obstruent les égouts, et que l'on fait monter dans des seaux à l'aide de poulies. Toutefois les larges orifices de communication des égouts avec les rues, et dans le système du drainage municipal, avec les maisons elles-mêmes^ donnent passage aux émanations; les appareils de Rogier- Mothes en France et de Paterson en Angleterre ont été inventés pour prévenir le reflux du roéphitisme par les regards et méritent d'être utilisés; le premier consiste en une soupape hermétiquement appliquée à l'orifice qui est fermé à l'aide d'un levier armé d'un poids; quand les liquides s'accumulent, la soupape bascule et s'en débarrasse pour reprendre immédiatement sa position horizontale; c'est un siphon qui se vide seul dès qu'il est rempli. La trappe hydraulique de John Pbilipps remplit le même office, permettant l'arrivée des liquides ets'opposant à l'issue des émanations. Les conduits des eaux ménagères doivent s'aboucher directement avec les égouts par un siphon renversé. Dans l'intérêt des ouvriers égoutiers, aucun tuyau conduisant le gaz de l'éclairage (gaz hydrogène) ne doit traverser les égouts : les défauts inévitables dans les jonctions des tuyaux donneraient lieu à des fuites ; les gaz, en l'absence de regards à claire-voie et d'une ventilation suffisante, séjourneraient indéfiniment dans les ^uts, et les ouvriers qui y travaillent auraient à cumuler les dangers de leur profession avec ceux des mineurs. Mais, suivant la remarque de Ghevreul, l'inclusion des conduites du gaz d'éclairage dans les égouts préserverait le sol de l'infiltration des vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui ; les réparations des fuites de gaz ne nécessiteraient plus les fouilles de la chaussée des rues et ne donneraient plus naissance au méphiiisme qui pénètre dans les maisons riveraines; resterait à conjurer par un système de ventilation le danger des détonations occasionnées par des fuites de gaz.
L'eau des égouts altère-t-elle la pureté de l'eau des rivières et des fleuves où elle se déverse? L'efiet produit par ce mélange dépend du rapport qui existe entre la masse des eaux des égouts et celle des rivières. En hiver, grossies par les pluies, resserrées entre des quais, gênées par des ponts, les cours d'eau traversent les villes avec rapidité et entraînent tout ce qui se trouve à leur surface; alors l'eau prise à leur partie supérieure et celle que l'on puise à leur partie inférieure ne diffèrent en rien. En été, réduites souvent à un simple filet d'eau, ralenties dans leur cours, presque immobiles en quelques endroits, elles entraînent encore, quoique lentement, les matières les plus légères de Teau des égouts; mais les matières plus lourdes forment à l'embouchure des égouts des dépôts qui ne se dénudent à l'œil que lors de la baisse^ excessive des eaux ; éminemment putrescibles durant les grandes chaleurs, elles laissent dégager des bulles nombreuses de gaz qui viennent crever à la surface de l'eau en soulevant la va§e^ et troublent toute l'épaisseur du liquide dans une étendue de 7 à 8 pieds. Parenl-Ducbâtelet a trouvé à ce gaz l'odeur de l'hydrogène sulfuré. Ainsi, bien que plusieurs analyses de l'eau de Seine prise au-dessous des lieux les plus propres à la vicier n'aient longtemps fourni rien de
il38 DES MODIPICATECKS. «^ GIRCUMFUSA. [ITGIÉHI
concluant, il est permis d'admettre avec Thonret, Tenon, Parent-Duchâtelet, qn'il y peut exister des principes d'infection qnl se révèlent seulement par leurs effets sur l'organisme : l'babitnde émousse les Parisiens à l'atteinte de cette cause morbifère, mais les étrangers la ressentent. Smith (1) a fait voir que les exhalaisons des égouts sont versées en abondance par toutes les bouches, lorsque la 'pression barométrique s'abaisse. Les analyses faites par Boudet, Poggiale^ etc. , de l'eau de Seine prise en amont et en aval de Paris, ont fait ressortir des différences notables dans sa proportion de matières orga> niques. II convient donc d'amener les eaux sales de la ville à des^uts latéraux à la rivière, au fleuve qui la baigne; ces égouts, parallèles et contigus aux deux rives sur lesquelles sont assises les agglomérations municipales, se prolongeront en aval de la ville à de grandes distances, et doivent servir, comme il a été dit plus haut, sous leur forme naturelle et chargées de toot le détritus du munidpe et des habitations privées, à l'irrigation de prairies naturdles et artificielles, à la fertilisation des plages sableuses^ etc. C'est un ingénieur de Londres, Forster, qui a eu la première idée de la construction des égouts latéraux à la Tamise, idée réalisée aujourd'hui à Londres et en voie d'achèvement complet à Paris.
Quand il s'agit de nettoyer un égout négligé depuis quelque temps, nos sens, ni l'expérience, ni même l'analyse chimique, n'aident point à reconnaître s'il est possible d'y pénétrer impunément La combustion soutenue d'une chandelle ne prouve rien, car elle n'est point empêchée par la présence de quelques particules d'hydrogène sulfuré, cause certaine d'asphyxie pour l'homme. Force est de s'en remettre à l'habitude, à l'empirisme des ouvriers, Si leur connaissance des localités. On consultera en même temps la températurc et l'odeur : relle-ci, tantôt fiide, ammoniacale on hydrosulfnrée, tantôt putride, forte et repoussante, sera détruite par des courants d'air au moyen des regards au-dessus desquels on établit un brasier ardent; on corrige la température par une ventilation préalable. La couche inférieure des matières, formée de sable, de gravier, etc. , est évacuée dans des paniers par les orifices de la voûte ; la couche moyenne, vase ou boue plus ou moins liquide, est poussée au dehors par l'embouchure avec des râteaux ou rabots. Si cette vase est trop compacte, les ouvriers la brassent vigoureusement avec Teau qui la surnage et dont îb suspendent récoalement ; puis, enlevant brusquement les moyens de barrage, ils en déterminent la débâcle. Les précautions suivantes sont indiquées pour le curage des égouts suspects de méphitisme : on pratique •des jours à la voûte par intervalle de 100 mètres; sur une de ces ouvertures on scelle hermétiquement un tuyau de 5 mètres de hauteur, dans lequel on entretient un brasier ardent avec du bois fendu et bien >ec ; on iî^ole les premiers 100 mètres au moyen d'une toile clouée sur le prolongement de Tégout A cet effet, on asperge d'eau chlorurée la seconde ouverture; on y renouvelle
(t SmiUi, Lhistilut^ ii« 779, p. 378.
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Tair à l'aide d*un foaraeaa que Ton y descend, puis on fait entrer un ouvrier armé du masque de Rol)ert, ou mieux de l'appareil de Paulin, formé d'une blouse imperméable à laquelle est adapté un masque de verre et une lampe qui reçoit l'air par un tuyau du dehors. Le même tuyau alimente la respiration de l'ouvrier qui va clouer la toile ou le drap : celle-ci sert d'écran ou de barrière contre les émanations du reste del'égout. Grâce au tuyau d'appel dont il a été parlé, un tirage actif s'établit delà seconde à la première ouverture; les gaz délétères sont brûlés dans ce tirage, l'air est renouvelé. On s'assure ensuite qu'il n'existe plus d'acide carbonique, de gaz hydrogène sulfuré, de sulfby* drates, etc. , en descendant une lampe allumée dans l'égout, du papier imbibé d'acétate de plomb, et que l'on retire sans coloration noire. Dès lors cette première portion de l'égout peut être curée sans danger; néanmoins les ouvriers qui procèdent à cette opération doivent porter à leur boutonnière un flacon plein d'eau chlorurée : pendant le déblayeroent des matières, ils feront de fré*quenies aspersions d'eau chlorurée. Malgré ces soins, le remuement des masses fétides leur cause souvent des défaillances, des syncopes, des vertiges, la mitte [ophthalmie des vidangeurs), l'asphyxie ; aussi doit*on choishr des ouvriers robustes, exempts d'ivresse. On leur accorde une ration d'eau-de-vie pour exalter leur force de réaction ; on restreint la durée de leur travail en formant des ateliers qui se remplacent Après le nettoyage des premiers 100 mètres, on ferme l'entrée de cette portion de l'égout avec des bottes de foin saupoudrées de chlorure de chaux sec, et l'on porte à 100 mètres plus loin le fourneau aspirateur, la même série de précautions, et ainsi de suite. La vidange des fosses d'aisances exige à peu près les mêmes mesures de préservation (voy. t I, pages 570 et suivantes). Le curage des ports, des canaux, des bassins, doit avoir lieu comme celui des égouts par des temps ni trop chauds, ni trop froids, aûn que les émanations ne soient ni propagées au loin ni concentrées dans les parties basses de ces cloaques.
8^ Bâties, nettoyages, — Le nettoiement des rues et l'enlèvement des boues donnent lieu à des difficultés qui exercent depuis longtemps le zèle des régulateurs et des praticiens de la salubrité publique. Dès le règne de Philippe-Auguste, les habitants de Paris sont astreints à nettoyer le devant de leurs portes et à transporter les immondices dans les champs, au moyen d'un tombereau loué en commun pour chaque rue. Depuis 13/!i3 jusqu'à la fin du dernier siècle, les prévôts de Paris, les commissaires du Chàtelet, le parlement, le pouvoir royal, multiplient les arrêts et ordonnances concernant le détail de la voirie, le nettoyage des rues, l'établissement et le curage des égouts. Plusieurs lois promulguées sous la République ont introduit dans cette branche de la police plus d'ordre et de précision ; la principale de ces lois {16-24 août 1790), applicable à toute la France, porte règlement général |)our le nettoiement des rues, places et marchés, et en attribue les soins aux maires de toutes les communes. L'Empire a créé le canal Saint-Martin, les bornes-foniaines et le conseil de salubrité (180ù). La dernière ordonnance
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sur la police générale du nettoiement date de 183!i (mars), et elle est noliûée deux fois par an, au mois de mars et au mois d'octobre : elle règle le balayage de la voie publique, le nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques, des grilles d*égout; elle défend les dépôts d*immondices, débris et résidus dans les rues, les projeaions d'eaux et d'urines sur la voie publique; elle détermine le transport, chargement et déchargement des objets susceptibles de salir la voie publique ; et quant aux matières insalubres, telles que résidus d'amidonneries, de boyauderies et de triperies, eaux de cuisson des os, eaux grasses des fondeurs de suif, sang des abattoirs, raclures de peaux infectes^ etc., elle en prescrit le transport en des tonneaux hermétiquement fermés et lûtes. Les produits du nettoiement des rues doivent être rejetés à 2000 mètres des barrières. — Tout cet ensemble d'opérations que nécessitent les excréta de la cité (voy. plus loin ce chapitre) est une source de dépenses et d'embarras que l'on a cherché à diminuer : l'une des meilleures études qu'il ait suggérées a été faite par Chevallier (1). La propreté d'une grande ville dépend des conditions suivantes : 1® Point de dépôts ni de projections d'immondices sur la voie publique, car ils ne tardent point à s'y disséminer et à produire la boue ; 2^ conservation des immondices dans les maisons jusqu'au passage des voitures destinées à les enlever (2); ces voitures peu élevées^ jamais surchargées pour ne point répandre leur trop-plein, affectées à certains quartiers, y circuleraient à des heures fixes et recevraient immédiatement les ordures des maisons; 3° écoulement direct des eaux ménagères dans les égouts, et, à défaut d'égouts rapprochés, dans un ruisseau recouvert par un trottoir; k^ placements d'urinoirs en grand nombre sur la voie publique et construits avec soin (voy. plus loin. Excréta); 5® établissement de latrines publiques et gratuites en proportion suffisante, disposées et surveillées de manière qu'elles ne se convertissent point en cloaques; leur vidange ne coûterait rien, car on pourrait toujours compter sur l'enlèvement gratuit des matières IHopres il b fabrication des engrais. Quant à l'enlèvement des boues, qui, à Paris seulement, avant l'annexion, fournissaient environ 80 à 100 000 tombereinx par an, il doit s'effectuer dans les villes riveraines des cours d'eau, en ptrtie par voie de navigation en aval et en amont^ en partie par terre et surtout à l'aide des chemins de fer, de manière à dessenir un grand nombre de k)c«lités qui réclament cet engrais. La concurrence des cultivateurs augmen-
(1) A. Chevallier, Sotice historique sur le nettoiement de la ville de Paris depuis iïS^jusqu*à réitoque actuelle (Annales d'hygiène. Paris, 1849, t. XLII, p. 262).
(2) L'obstacle à cette mesure, qui s'exécute dans beaucoup de villes, est à Paris dans l'totérèl qu'inspirent 7000 chiffonniers réduits, pour vivre, à explorer, le crochet à la nain^ les rebuts immondes de la population; on estime à 10000 francs par jour, 3 millions 1/2 par an, l'approvisionnement qu'ils fournissent aux fabriques de papier, de carton et de noir animal, La corporation des chiffonniers s'éteindra, car il n'est plus accordé de nouvelles licences d'exercice (Voy. Hevur des dntx mondf's, 1**' juin 1867. — H. Uleny, Études sur les ii^vaujc publics).
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tant la valeur des boues, on soumissionnerait à des prix moindres l'entreprise du nettoyage des rues. On établirait, en outre, quelques voiries à boues, couvertes, fermées et surmontées de cheminées d*aérages pour le dégagement des émanations, si Ton n*aime mieux les détruire par des moyens chimiques. On pourrait aussi enfouir les immondices dans des fossés où elles fourniraient par consomption, dans l'espace de six mois à un an^ un engrais précieux sous forme de terreau (Chevallier). Dans un système complet de drainage municipal à circulation continue, le nettoyage des rues et places publiques pourrait se faire par la voie des égouts, et servirait à enrichir Tengrais liquide qu'ils charrient
9^ Eclairage public. — Qnand^ il y a deux siècles, on sonnait à Paris le couvre-feu à sept heures du soir et que, par exception, certaines rues reflétaient seules à long intervalle la douteuse clarté de quelques lanternes à chandelles, « on se figure sans peine, dit Trebuchet (1), quel était le soir l'aspect des rues de la ville. Dès l'entrée de la nuit, elle était livrée aux vagabonds, aux voleurs; il s'y commettait des crimes de toute sorte. » En 1524, « sous la terreur des incendies, le parlement enjoignit à tous les manants et habitants de Paris, privilégiés et non privilégiés, de mettre à neuf heures du soir, aux fenêtres correspondantes sur la rue, une lanterne garnie d'une chandelle allumée en la manière accoutumée». En 1594, on voit pour la première fois des lanternes suspendues à des poteaux au moyen de poulies; il y avait en outre une entreprise de porte-flambeaux pour éclairer ceux qui voulaient parcourir la ville pendant la nuit En 1667, de la Reynie prescrivit aux habitants d'éclairer au moyen de lanternes munies de chandelles de quatre à la livre. En 1697, l'éclairage public fut étendu aux principales villes du royaume; en 1758, il fut mis à la charge de l'Ëtat; en 1789, de Sartines substitua les réverbères aux lanternes et l'huile aux chandelles. L'éclairage à l'huile est encore usité dans un grand nombre de pays et même en France; il s'efleclue au moyeu de lampes, de réflecteurs et de mèches plates qui garnissent depuis un jusqu'à cinq becs dans chaque réverbère. Un bec de lumière consomme par heure 8 grammes U\ centigrammes d'huile; à Paris, on ajoute à cette quantité 9 et 48/100 pour 100, en indemnité du déchet provenant du coulage et de l'épuration de rhuile. En général, on éloigne trop les lanternes à l'huile : la bonne portée d'un bec est de 25 mètres, et il n'y a pas longtemps qu'on laissait à Paris 100 mètres d'intervalle entre deux lanternes. L'éclairage au gaz s'étend de plus en plus dans nos cités ; elles y gagnent en sécurité et en agrément Dès 1686^ un nommé Dalsénius prouva par des expériences, à Paris, qu'en exposant à une très-haute température des matières organiques en vases clos, on pouvait en extraire du gaz inflammable. En 1777, Volta proposa de substituer le gaz hydrogène à l'huile pour l'éclairage; à cette même question se
(i) Trebuchet, Recherches sur t éclairage public de Paris [Annales d'hygiène, Paris, iB^^, i. XXX, p. Al ; t XXXI, p. 103).
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16 à 20 centimètres de baatenr. Les lieax édairés doivent être ventilés, même pendant Tinterruption de Téclairage ; sans cette précaution, le gaz, par suite du défaut de combustion, s'accumule dans le local et peut occasionner des asphyxies, des explosions et des incendies. Les robinets doivent être graissés de temps à autre intérieurement, pour qu'ils jouent facilement et ne s'oxydent point. Pour allumer, on ouvre d'abord le robinet principal et l'on présente successivement la lumière à l'orifice de chaque bec au moment même de l'ouverture de son robinet, atin d'éviter tout écoulement de gaz non brûlé. Pour éteindre, on ferme d'abord le robinet principal intérieur, et ensuite chacun des becs d'éclairage. Si l'on soupçonne une fuite de gaz, on s'abstiendra de la rechercher avec du feu et de la lumière, et si la fuite de gaz s'est en* flammée, on l'éteint en posant dessus un linge imbibé d'eau. Les fuites de gaz dans l'intérieur des habitations occasionnent des asphyxies mortelles, ou forment avec l'air des mélanges explosifs qui compromettent la vie des hommes ; dans les rues et sous le sol, le gaz extravasé peut envelopper les radicelles des arbres et amener la destruction des plantations publiques. GhevrenI attribue (loc. ciL) cette infection du sol aux vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui dans les tuyaux de conduite ; elles s'en échappent par des fuites, soit à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, et infiltrent la terre où les conduites sont enfouies. L'infection, d'abord circonscrite, s'étend avec le temps; l'effet qui en résulte ne se borne pas à l'odeur fétide qui sort des fouilles nécessitées pour dénuder les tuyaux à réparer, mais il va jusqu'à faire périr les arbres dont les racines sont en contact avec le sol infecté, et à corrompre les puits dont les eaux le traversent pour arriver à la cavité qu'elles alimentent. Ces accidents n'étaient que trop à craindre avec les anciennes conduites de ionte, défectueuses par les soufflures, les gouttes froides, les parties poreuses, les moyens de jonction et la fragilité sous l'influence des chocs et des retraits; aussi la déperdition par les fuites dépassait quelquefois 0,25 du gaz produit Des soins plus minutieux, apportés dans les fonderies au moulage et à l'examen des tuyaux préviennent ces inconvénients. Les tuyaux fabriqués par Cha*' meroy, et dont l'Institut a récompensé l'utilité, remplacent très-avantageusement ceux de fonte; faits de tôle de fer, maintenus par une forte clouure, éianiés à l'intérieur, enveloppés extérieurement par une couche épaisse d'un mastic de bitume incrusté de sable, assemblés très-solidement et sans peine à l'aide d'une vis et d'un écrou moulés en un alliage dur, tous ces tubes sont essayés sous une pression égale à 10 atmosphères avant d'être livrés, et depuis longues années qu'ils sont employés à Paris, aucun accident n'a été observé sur un parcours de 50 000 mètres qui n'ont exigé qu'une seule réparation ; tandis que, sur 2^5 000 mètres des autres conduites, il a fallu réparer 1000 défectuosités signalées par des fuites. L'avantage du nouveau système se trouve exprimé dans ces résultats par le rapport de 5 à 1000.
11 ne longue pratique de l'éclairage au gai dans Paris, sous une direction scientifique, a permis d'aplanir beaucoup de difficultés, de résoudre les pro-
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blêmes nouveaux concernant l'influence de la forme des becs, du diamètre de leurs trous et de leurs fentes, la hauteur des flammes, la vitesse d'écoulement du gaz pendant la combustion, la coïncidence du plus grand éclat de lumière avec les pressions manométriques faibles, etc. Une même quantité de gaz peut fournir, brûlée dans un bon bec, quatre fois plus de lumière qu'elle n'en donne brûlée dans un bec mauvais ; la quantité d'air consommée par un bec n'est pas proportionnelle à la dépense de ce bec ; tous les becs n'exigent pas la même quantité d'air pour donner leur maximum de pouvoir éclairant, etc. La provenance de la bouille explique les difiérences de pouvoir éclairant du gaz. Arago, Fresnel et Mary avaient expérimenté, en 1845, sur le gaz fourni par la houille de Commentry^ pour établir les chiffres des pouvoirs éclairants à exiger dans le cahier des charges accepté par la Compagnie parisienne ; les houilles du Nord, de la Belgique et de l'Angleterre, exploitées par cette dernière, n'en pouvaient fournir que la moitié. En 1856, des expériences faites par Dumas et Regnault firent reconnaître qu'il suffisait d'élargir la fente des becs de ville pour accroître, dans une notable proportion, le pouvoir éclairant du gaz. On doit à ces deux illustres savants l'instruction pratique de la marche à suivre pour les expériences relatives à la détermination jouinalière du pouvoir éclairant et de la bonne épuration du gaz de la Compagnie parisienne (1). Nous renvoyons au Recueil où elle a été imprimée à la suite d'un travail plein de précision et de résultats pratiques sur les divers becs d'éclairage au gaz et sur les meilleures conditions de sa combustion.
L'électricité a été employée avec assez de succès à l'éclairage de quelques travaux nocturnes pour qa'on ait conçu le juste espoir d'étendre et de populiriser cette application. En 1855, la commission du palais de l'Industrie, à Paris, a fait éclairer de cette manière les ouvriers occupés à construire les gradins et )i décorer la grande nef de l'exposition ; les appareils de Dubosq ont versé leur lumière électrique pendant treize heures et sans interruption; c'est la plus longue durée d'éclairage régulier qu'on ait obtenu jusqu'à ce jour par ce moyen. La première expérience de lumière électrique a été faite par Davy ; c'est au commencement de ce siècle qu'il eut l'idée d'armer de deux cônes de charbon les deux conducteurs de la pile, et de les placer dans des vases de verre hermétiquement clos, où l'on opérait le vide, afin d'éviter la consomption des charbons par l'oxygène atmosphérique, et de prolonger ainsi la durée de leur incandescence électrique. La pile de Grove, modifiée par Bunsen (18/i3), eu oflrant aux physiciens un courant plus énergique et plus persistant, a conduit Léon Foucault (1846) à l'invention du microscope pliotoélectrique. Cet emploi d'une source de lumière, négligée depuis Humphry Davy, ne pouvait se répandre qu'à la condition de se passer du vide, et de substituer au charbon ordinaire, trop combustible, un charbon très-faibloment
(1) Mémoire de Paul Audouin et Paul Bérard^ dans Annales de physique et de chimie ^ 3^ série, t. lAV. Paris, 1862, p. 423 et 486.
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combustible, très-dense et très-dar ; tel esl le charbon de gazj c'est-à-dire celni que l'on trouve dans les cornues où l'on distille la houille pour la préparation du gaz de l'éclairage. A cette amélioration^ Foucault en joignit une autre: un ressort d'acier tend sans cesse à rapprocher les deux baguettes de charbon dur, mais son action est annulée par l'influence attractive d'un électro-aimant, avivé par le courant même de la pile voltaîque qui produit l'arc lumineux. A mesure que les charbons se consument, l'intervalle entre les deux pôles de la pile grandit et le courant électrique perd de sa force ; avec ce courant s'affaiblit l'électro-aimant qui lui doit sa puissance; dès lors le ressort d'acier n'étant plus assez contre-balancé par l'effet de l'électro-aimant, les deux baguettes de charbon que ce ressort gouverne, se rapprochent, reviennent à la même limite d'intervalle : or, la répétition continue de ces influences et de ces mouvements a pour résultat la fixité de l'arc lumineux. Grâce à cet ingénieux mécanisme qu'un constructeur anglais, Straite, a conçu en même temps, mais dont l'idée et l'exécution pratique appartiennent à Foucault, les lampes électriques se sont multipliées avec des modifications dues à Deleuil, Loiseau et Duboscq dont le régulateur a supprimé les variations d'intensité et les intermittences que l'on reprochait à la lumière électrique. L'artifice de Duboscq consiste à disposer sur le même fil deux appareils ; quand les charbons de l'un sont usés, on l'enlève et l'on fait passer dans l'autre le courant électrique ; cette substitution, effectuée instantanément, ne permet aucune interruption dans l'éclairage , Foucault et Fizeau ont cherché, par des procédés photographiques, à évaluer l'intensité absolue de la lumière électrique et à la comparer à celle du soleil prise pour unité : elle égale les 3/5*' de cette dernière source de lumière. La pratique exigerait beaucoup de renseignements positifs d'un autre genre. La quantité de lumière produite dépend surtout de l'énergie du courant fourni par la pile ; cette énergie dépend elle-même de la quantité de zinc, d'acides sulfurique et nitrique consommés dans l'unité de temps; Bunsen a trouvé qu'avec 48 couples tels qu'on les construisait alors, on obtenait une intensité de lumière égale à celle de 550 bougies. Deleuil estime à 2 francs par heure la dépense d'une lumière électrique équivalente à 15 ou 18 000 bougies. Le véritable obstacle à l'adoption de ce mode d'éclairage public est dans la concentration d'une quantité prodigieuse de rayons lumineux; tandis que la clarté due à la combustion de l'huile, des bougies, se dissémine dès le moment de sa production, la source lumineuse qui naît de la pile voltaîque accumule en un point unique une masse énorme de rayons, perce les brumes et les brouillards et se projette à des distances très-considérables. Ce mode d'illumination, excellent pour les phares et les signaux, pour la télégraphie aérienne nocturne, etc. , ne convient pas à l'éclairage des places, des rues : au centre et jusqu'à une certaine distance de ce point, son éclat serait perdu ; l'effet utile ne se produirait qu'à la circonférence de la région illuminée. On se représente l'impression éblouissante de ce système d'éclairage sur les personnes placées assez près du foyer ; c'est pour remédier à cet effet désastreux sur les yeux de
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puis, à quelques kilomètres plus bas, on entretient de grands établissements de filtrage et de clarification pour cette même Seine que ]*on vient de polluer (1). » La perte des immondices à la rivière priverait d'ailleurs plus d'une industrie et l'agriculture de produits qui ont acquis une grande valeur (2). La soluliou du problème est dans le drainage des maisons, combiné avec la construction d'égouts latéraux aux rivières, là où des cours d'eau existent, et dans l'utilisation des engrais charriés par les égouts, soit à l'état liquide par arrosement, soit à l'état solide. L'application des liquides d'égout à la culture est, aux yeux de l'ingénieur Mille (loc ctt), une question de mécanique et de temps, jusqu'h ce que l'agriculteur ait compris qu'une machine à vapeur est un excellent garçon de forme toujours prêt, toujours obéissant Une société anglaise s'occupe à recueillir dans un établissement spécial les eaux des égouts de Londres, à les élever à une hauteur déterminée, et à les pousser comme engrais liquides hors de Londres, dans un rayon de S2 kilomètres, à l'aide de pompes mues par la vapeur et de conduites. On a calculé que le produit annuel de ces égouts suffirait pour fumer 851 517 hectares de terre cultivée, c'est-àdire qu'une ville peut fournir assez d'engrais pour fertiliser autant d'acres de terre qu'elle a d'habitants. Certaines terres aux environs d'Edimbourg qui valaient primitivement 40, 50 et 150 fir. l'acre, améliorées par ce mode d'irrigation, se vendent aujourd'hui 750 à 1000 fr.... $era>t-il possible, comme Tardieu paraît l'espérer, de donner aux matières fécales un empk)i immédiat au moyen de certaines métamorphoses artificielles? Ce progrès semble douteux, en présence des résultats incomplets de tant d'efforts et d'inventions pour leur désinfection dans les fosses et sur le terrain même des voiries.
Quoi qu'il en soit, celles-d ont pour but d'éloigner des habitations et des rues les matériaux immondes et fétides, et jusqu'à ce qu'une industrieuse hygiène ait réussi à les rendre inutiles, il ne s'agit que d'assurer, d'accélérer l'enlèvement de ces matières, d'en régler le dépôt et les transformations ultimes, de manière à concilier k double intérêt de la salubrité et de l'agriculture. 11 fut un temps où les habitants de chaque rue à Paris louaient un tom-^ berean en commun pour porter leurs ordures aux champs; mais les voituriers ne conduisaient pas si loin leurs tombereaux ; ils les vidaient au milieu des places publiques, en dépit des ordonnances (1348 et 1350). En 1392 encore, il fallut défendre, sons peine d'une amende de 40 sols, de porter nuitamment sur la place de Grève et d'y amasser les fientes des latrines et les boues des itttrines. En 1396, on créa une corporation de voituriers chargés de conduire
(1) Ostrovrski^ Étude d'hygiène publique uur tAngkieiTe {Annales d* hygiène ^ 1847, t. XXXVII, p. 5).
(2) L'anilyie réitérée des matières contenues dans les éf outs de Paris a conduit Uervé- Mangon à évaluer à 1 200 000 kilogr. Tazote perdu tous les ans à la rivière, soit au prix de 1 fr. 40 c. le kilogramme fixé parVoelker^ une valeur de 16800 000 fr. qui se doublerait par l'écoulement du produit des fosses d'aisances dans les égouts, car il leur apporterait 1 aOO 000 kilogr. d'aiote de plus.
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vent être spacieux et faciles à aérer. Le conseil de salubrité de Paris restreint ces dépôts aux quartiers qu'ils ne gênent point; il est arrivé que, malgré les précautions indiquées, le mépbitisme de ces dépôts a éloigné les habitants du voisinage. Feu OUivier (d'Angers), en visitant une cave, magasin de chiffonnier, a éprouvé tous les symptômes d'une grave intoxication.
B. Voiries de matières fêcaies. — Ce qull a fallu vaincre de préjugés et d'obstacles pour supprimer Montfaucon et réaliser un progrès relatif par la créatitn de la voirie de fiondy, on peut le voir par les documents officiels que cette lutte a fait naître; il a fallu, pour ce résultat, le concours du conseil municipal, du conseil de salubrité, du comité consultatif des arts et manufactures, du conseil d'État, de l'ingénieur de la ville (Marly), etc. Nous renvoyons à la thèse de Tardieu (1), ceux qui désirent avoir une idée de ce qu'était l'immense cloaque de Montfaucon. La voirie actuelle de Paris diffère profondément des anciennes; elle se compose : 1® d'un dépotoir situé au port d'embarquement de la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses ; 2® d'une voirie placée dans la forêt de fiondy et recevant, d'une part, les matières liquides par un tuyau souterrain ; d'une autre part, les matières solides par la navigation du canal Le dépotoir a un bâtiment central et deux pavillons. Le bâtiment central présente un système de galeries parallèles correspondant avec des citernes sous-jaccntes et aboutissant à un radier général ; cians l'un des pavillons sont installées deux machines à vapeur de 10 à 12 chevaux, mettant enjeu trois pompes aspirantes et foulantes, et disposées pour aspirer à volonté, soit l'eau de l'Ourcq prise dans le port, soit les liquides contenus dans les citernes ; ces machines font mouvoir aussi un ventilateur qui aspire l'air des galeries et l'injecte dans les foyers dont il alimente b combustion. Quand arrive au dépotoir une voiture chargée de matières liquides, elle s'engage dans l'une des galeries, verse par un tuyau de cuir son contenu dans un égout qui règne au-dessus des reins de la voûte en arc de cloître de la citerne médiane, et fait avancer les matières dans celle des citernes qui a été évacuée la nuit précédente. La machine à vapeur mettant en mouvement les pompes, celles-ci chassent les liquides à mesure qu'ils se déversent jusqu'à fiondy, par une conduite établie sur le revers de la digue du canal ; en même temps le ventilateur appelle avec force l'air extérieur dans rétablissement, en remplacement de l'air infect qu'il pousse dans les foyers des chaudières. L'opération terminée, on lave et l'on désinfecte les citernes, on pousse les dépôts qui s'y sont formés dans des tonnes disposées dans une cave du second pavillon, d'oà elles glissent sur des rails jusqu'au port pour y être embtrquées avec les autres matières solides. La voirie de fiondy, d'un kilomètre envinm de longueur, est située dans la forêt au bord du canal. De chaque côté d'une chaussée médiane qui s'étend en débarcadère sur le canal, existe une série de bassins de l'°,50 à 2 mètres de profondeur, les uns reçoivent
(1) Tardlea, Des voiries et cimetières (tbèfe de concourt, 1852). N. L^. Hji^D#»« 5* tDrr. n. — 29
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de la désinfection dans les fosses, on remarquait une plus grande putridité, une plus grande violence d*énianations ; la séparation préalable des matières réduit la masse à évaporer et accélère la dessiccation du contenu des bassins; W* mode d'exploitation des voiries : avant la mise en pratique des procédés actuels de désinfection et d'utilisation, les matières solides passaient lentement par toutes les phases de la putréfaction, et émettaient, avec d'excellents principes d'engrais, des torrents de vapeurs fétides; les liquides se perdaient dans les puisards ou s'écoulaient dans la Seine en amont Encore aujourd'hui, dans beaucoup de petites voiries, comme dans celle de Saint-Denis, que j'ai visitée, on épuise le liquide des bassins ; on extrait de leur fond tes matières épaisses qu'on étale sur les terrains voisins; on les divise au moyen de la herse; une fois séchées, on les écrase, on les passe à la claie^ et on les amoncelle en grands tas jusqu'à leur vente ; souvent les tas s'échauffent, fermentent, et perdent avec les gaz qui s'en échappent une partie de leur valeur. Les bassins à ciel ouvert sont des surfaces d'évaporation délétère, activée par les vents qui se chargent de leurs miasmes.
Les moyens d'assainissement des voiries fécales se déduisent de ces faits. Les phis efficaces sont une surveillance incessante, une propreté sévère, l'abondance des eaux pour les lavages, une ventilation active, la désinfection des matières, leur prompte transformation en produits utiles, l'épuisement des liquides que les voiries déversent finalement dans les cours d'eau. Tardieu et J. Regnault ont examiné une bouteille des eaux mères de Bondy, puisée au sortir de l'usine : ces eaux, qui s'écoulent de la fabrique de sels ammoniacaux et se rendent dans la Seine, ont encore, à un faible degré, Todeur des eaux vannes d€ voiries et une teinte ocrcuse, que le contact de l'air fait passer au brun noir; leur odeur se prononce par l'ébuUition qui ne trouble point leur transparence; concentrées, elles dégagent l'odeur fétide qu'on obtient par Tévaporation des urines, même récentes; 500 grammes d'eaux mères ont fourni un résidu extractif pesant 13'',50, composé de chlorure d'ammonium (sd ammoniac) en proportion notable, de chlorure de calcium (traces) et de principes extractifis colorés. Quant aux matières solides que Ton utilise sur place, la difficulté est de les maintenir désinfectées; cette obligation est près* que toujours éludée, parce qu'elle entraîne une dépense de temps et de matériaux ; souvent les mélanges des matières et des désinfectants se font mal ; enfin, l'engrais qui eu résulte parait moins actif et a subi une dépréciation, peut-être à cause de l'addition frauduleuse d'un excès de matières inert« sous prétexte de désinfection. Les procédés appliqués par Richer dans la voirie de Bercy paraissent écarter cette fraude ou cet inconvénient : le botdage (matières demi-solides) est, dès son arrivée, mélangé avec une certaine espèce de schiste carbonifère et une terre ferrugineuse à laquelle on ajoute de l'acide pyrolîgncux. Les matières, étant ainsi parfaitement désinfectées et solidifiées, sont ensuite placées dans des moules et fournissent des briquettes que l'on praline en les saupoudrant de charibon de bols très-divisé, pour y retenir les
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de trois à quatre chevaux, et, condensée, redescend dans un dooble-fond avec la graisse liquéfiée qui est recueillie dans des vases de tôle et transvasée dans des barils; Teau ou bouillon s'écoule par une rigole dans la rivière. On extrait ensuite de la grande tubulure inférieure des cylindres la viande cuite et séparée des os; ceux-ci, triés à la main, sont vendus aux fabricants de noir animal ou de sels ammoniacaux. Les pieds avec le tarse et le métatarse, échaudés avec le bouillon, livrent leur corne aux tablettiers, leurs tendons aux fabricants de gélatine et fournissent encore, par une faible cuisson, une huile de qualité supérieure. Le mélange de chair cuite et de petits os est pressé pour l'extraction de l'huile, passé dans une machine à hacher, mélangé avec le crottin des intestins, et desséché sur des claies superposées dans de vastes étuves que traverse un courant d'air chauffé au générateur. Après sa dessiccation, cette matière n'a plus d'odeur et représente un engrais actif et d'autant plus maniable qu'on le pulvérise sur la demande des consommateurs.
Malgré la régularité et la célérité do toutes ces opérations, nous avons constaté par nous-méme (juillet 1856) que l'abattoir municipal est encore on foyer d*exhalaisons putrides ; on y apporte des animaux morts depuis plusieurs jours dans un état de putréfaction avancée, ainsi que nous en avons été témoin ; la dessiccation prolongée des peaux et des tendons, la manipulation des résidus charnus qui sortent de la presse, s'accompagnent d'émanations ammoniacales d'une nature très-pénétrante. Les animaux morts, traînés à l'abattoir, répandent, pendant leur dépècement, des exhalaisons putrides qui incommodent à plus d'un kilomètre quand on est sous le vent de l'usine; mis dans des chaudières autoclaves avec des animaux sains, ils corrompent la masse et communiquent aux bouillons une odeur repoussante; leurs parties musculaires, portées sans délai des cylindres autoclaves à la presse qui les étanche, dégagent un acide gras volatil, dont l'odeur spécifique est plus intolérale que celle de la fermentation putride ; je l'ai sentie, et je ne sais comment on peut la supporter au delà d'une minute sans lipothymie. Que des mouches qui ont pompé les sucs des chevaux morts et putréfiés depuis longtemps se déposent sur l'étal d'un boucher ou viennent piquer les ouvriers, des accidents graves se produisent, d'autant plus graves que, d'après les renseignements que nous devons au directeur de Tabattoir, les chevaux atteints de morve, de farcin, de charbon, etc., y sont amenés en très-grand nombre; on n'en est plus à contester, avec Parent-Duchâtelet, la transmissibillté de ces maladies à l'homme. Nous avons vu, à l'abattoir d'Aubervilliers, im ouvrier atteint d'angioleucite (arcincuse. L'inspecteur de l'abattoir, Gollignon, constate, dans une lettre du 12 juillet 1856, adressée à Trebuchet, le grand nombre d'accidents survenus aux ouvriers, funestes surtout dans les premières années d'exploitation, alors que l'on brisait encore les os des membres avant de les mettre dans les chaudières; il remarque qu'ils étaient dus aux blessures presque imperceptibles que les ouvriers négligeaient de iaire cautériser, tandis qu'ils soignaient mieux
PUBUQUI] DES VliLES. h^b
transportent les animaux morts doivent être oonvertei, garnies de zinc à leur fond, lavées et soignées de manière à ne répandre ancnne odenr.
L'expérience a déjà démontré rinsnffisaoce de ces prescriptions, même avee le système de cuisson qu'un règlement spécial y a ajouté à Paris. Un nouveau progrès est nécessaire et se prépare ; il aura pour conditions la centralisation de toutes les opérations d'équarrissage à Paris, Tapplication de moyens de conservation aux substances animales, et Tobligation de déclarer aux commissaires de police le décès des animaux qui devront être enlevés dans un délai de vingt-quatre heures après la mort. Ce programme est celui de la compagnie maritime qui exploite aujourd'hui l'abattoir municipal de Paris ; il n'a de chanceux que le choix des agents propres à préserver les substances animales de la fermentation puuride. La solution du chlorure d'aluminium et du bichlorure de fer (2 p. 100 d'eau) paraît remplir cette indication ; mes collègues Trebuchet, Gbevallîer, Foumel, Jobert (de Lamballe) et moi, nous avons examiné, dans l'usine d'Auberviliiers, des parties musculaires et autres qui, après une immersion de six heures dans ces liquides, s'étaient maintenues depuis plusieurs semaines dans un état de souplesse et de fraîcheur remarquables. Une commission du comité d'hygiène de la Gironde a constaté, en 1855, i'effi. cacité antiputride des moyens employés par de Lapeyrouse dans les ateliers d'équarrissage, les boyauderies, les fonderies de suif, etc. , et l'amélioration des produits qui en ont subi l'action. On propose même de procéder à l'embaumement des animaux morts, opération que l'on dit facile, très-peu coûteuse, praticable à domicile ou è l'entrée de l'animal mort dans l'abattoir. Par ce moyen, on annonce dans un document, émané de la compagnie en question, que toute odeur sen ôtée aux peaux, aux os, à l'huile; plus d'acide gras volatil, si nauséabond pendant le pressage des parties musculaires, etc. H est évident que si l'expérience confirme ces résultats, le difiicile problème de l'assainissement des voiries d'animaux est enfin résolu.
La question des voiries d'animaux a, comme celle des vidanges, un double aspect et sollicite une solution à deux fins: « Il est plus digne d'une nation avancée, dit l'éloquent rapporteur et président de la commission d'enquête sur les engrais (!), de supprimer les émanations nuisibles des débris d'animaux qne d'obliger les habitants à s'y accoutumer. C'est à la science à fournir le moyen d'approprier aux besoins de l'agriculture tons les restes des animaux, en préservant les populations des incommodités causées par l'odeur repoussante de pareils amas et des dangers qui en peuvent naître, au point de vue des maladies contagieuses et infectieuses. » Le docteur Boucherie a le premier n^|)ondu à cet appel (2), et sa méthode de transformation des animaux morts
(1) Dumas, Rapport de In Commission cT enquête sur les engrais ^ p. 37 et 38, 1864 et 1805.
(2) ly Boucherie, Étwfex sur l'engrais animal^ etc., dans Ann, de chim, et de phys., ^^ série, t. XIU, 1868, p. 199,
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en un engrais inaltérable à i*air libre et sans odeor incommode, si elle est définitivement sanctionnée par l'expérience, sera une très-importante conquête ponr rhygiène publique, en même temps que ponr l'économie agricole; die repose sur cette donnée qn'nne éboUition soutenue pendant quelques beures dans des solutions d'acide cblorbydrique suffit pour réduire une masse considérable de débris d'animaux à l'état d'une bouillie noirâtre, plus ou moins épaisse ou liquide, suivant la durée de Tébullltion et le degré de dilution de l'acide. Le calcaire des os se décompose à froid dans les solutions d'acide cblorbydrique; à chaud, la dissolution n'est que partielle; la plus forte proportion des os n'est que désagrégée. L'acide chlorhydrique abonde dans le commerce; il se perd dans la plupart des fabriques de soude, à Paris, dans le nord, dans l'est et dans l'ouest de la France; à 21 degrés = 33 pour 100 d'acide réel, il revient à peine en gare à 60 fr. les 1000 kilogrammes. La quantité nécessaire à la dissolution des débris d'animaux égale le cinquième ou le sixième de leur poids. Leur immersion^ dans ces solutions froides prévient ou arrête la décomposition; leur désinfection est complétée au besoin par de faibles additions de chlorure de chaux ou de suUate de fer ; l'acide chlorhydrique s'unit à la chaux du carbonate calcaire des os et à une portion de la chaux des phosphates qui deviennent solubles par la réduction de leur base. Par la cuisson, les os les plus compactes se désagrègent promptement, la gélatine se dissout en perdant de ses propriétés collantes, les chairs se dissolvent, la graisse se fond, et, refroidie, surnage, ce qui facilite sa séparation. Rien de plus simple que Toutillage qui exige cette opération : des récipients de bois doublé de plomb, un générateur de vapeur, des claies d'osier^ une pompe, un mélangeur. Les matières ainsi dissoutes, dépourvues d*odeur, inaltérables à l'air libre, constituent un engrais qui devient complet par une faible addition d'acide sulfurique et d*aiotale de potasse; sa teneur en azote se déduit de celle
Des chairs, contenant à l'état normal 3,25
Des 01 fraii 6,22
Du sang 2,71 à 2,95
Un cheval hors de service se représente en moyenne par un poids de 300 kilogrunines (Beuzé) , savoir :
Chaux 160 knogr.
latuet ao
Swif le
Peau 30 Idlogr.
Graisse. 4
Tendons 2
SaboU 2
Total 299 kilogrammes.
Barrai assigne en moyenne aux os
Chef le cheTsl 12,5 du poids vivant.
— hoMif 6,3 -*
— mouton 11,7 ^"
— porc 6,8
publique] des villes. 461
il y aura sursis, nouvelle visite et rapport spécial du médecin vérificateur. Point de moulage, pas d*autopsie, pas d*embaumeroent avant Texpiraiion du délai de vingt-quatre heures, avant la vérification du décès par le médecin, et sans une déclaration préalable à Tautorité municipale qui devra se faire représenter à cette opération. Avant l'arrivée du médecin vérificateur, il ne sera fait aucun changement dans Tétat du corps, qui restera dans son lit, le visage découvert, etc. Bref, la circulaire du ministre de Fintérieur, en date du 24 décembre 1866, rinstruction et le modèle de certificat de décès qui y sont annexés, nous semblent satisfaire aux justes exigences de la sécurité publique. L'extension à tout TEmpire, sans excepter les localités rurales, de la vérifica* tion compétente des décès par des médecins assermentés, après l'épreuve si rassurante de cette institution à Paris, en Alsace, etc., vaut mieux que les chambres de morts et d'autres moyens proposés.
Les modes de séparation des morts d'avec les vivants ont varié suivant les climats, la nature du sol et les idées religieuses; ils se réduisent à trois : Tiacinération, la momification et l'inhumation. Zimmermann rapporte (1) que plusieurs peuples de l'Amérique septentrionale abandonnent les cadavres sur les hauteurs, à Tintempérie des éléments et à là voracité des animaux; que les Kamstchadales les faisaient autrefois dévorer par des chiens, etc. Dans l'antiquité, on attribuait ces horribles usages aux Parthes, aux Bactriens, aux habitants de l'Hyrcanie, etc. (2); mais les récits de voyageurs parfois abusés par des apparences dont ils ne pouvaieut saisir la véritable cause s'efibcent en présence d'un fait qui domine dans l'histoire de tous les peuples de quelque importance, savoir : l'établissement régulier et le soin minutieux des sépultures. En Egypte, l'embaumement a été usité généralement depuis les temps les plus anciens jusqu'au vi** siècle de l'ère chrétieunc; on l'y appliquait même aux animaux. La grotte de Samonc, compasée d'une série de salles qui ne peuvent être parcourues en cinq heures de marche, a semblé à Parisct comme un immense musée où repose l'histoire naturelle de l'ancienne Egypte; des millions de grottes sépulcrales criblent les flancs de la double chaîne qui, des pyramides de Gizeh et du Mokattan, se prolonge au delà de Phils. A Tiièbcs, les serpents, les singes^ les crocodiles, gisent par milliers à côté des rois ; à Touneh-el-Gebel, au pied de la chaîne libyque, s'étend une ville souterraine à mes taillées au ciseau et bordées de niches pleines de singes, et de chambres latérales où des miliers d'ibis etd'œuis d'ibis sont enfouis dans d'éuDrmcs pots de terre cuite et scellés avec du plâtre. Un Arabe, montrant à Pariset, du haut de la grande pyramide, la vaste plaine qui part du pied de ce monument et se développe jusqu'à cinquante lieues carrées en superficie, lui dit : n Tout cela est momie. » L'immensité de ces catacombes prouve qu'en Egypte Tcmbaumement était d'un usage universel pour tous les êtres du règne animal.
(i) Zimmermann, Taschenbuch der Reitcn. Leipiig^ 1805, t. III, p. 110. (2) Ciccro, Tusc, quœsi,^ t. I.
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éleva contre ce privilège délétère une voix coorageiue qoi ne fat pas ioontée. ¥ingt-cinq ans après, Maret, puis Piattoli (1774), Navier (1775), firent de nouveaux efforts qui amenèrent la déclaration royale de 1776, limitant le droit d*inbumation dans les églises à quelques personnages du haut dergé el de l'ordre civil; il ne fut entièrement aboli que par le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) dont l'article 1*' proscrit toute inhumation et dans les lieux consacrés aux cukes et dans l'enceinte des villes ou boiu^. Cette dernière défense est malheureusement violée dans les campagnes où les cimetières entourent les églises au milieu des habitations, ce qui expose celles-ci soit à l'infection de leur atmosphère ambiante, soit aux infiltrations souterraines de gaz. De 177/i à 1780, l'acide carbonique s'infiltra à plusieurs re* prises dans les caves des maisons voisines da cimetière des Innocents, et donna lieu à des accidents. A Londres, les sépultures existeni encore dans l'intérieur de la ville et dans les caveanx des églises o4 eUes donnent lieu, par l'effet du temps et de l'abandon, à de tristes spectadeSb Le CamfhSanio de Naples présente 366 fosses couvertes d'une pierre qu'on lève et qu'on scelle après les inhumatîoBs de chaque jour ; les cadavres de la journée sont recouverts d'une couche de chaux vive. L'année révolue, on rouvre successivement chaque fosse où l'on ne retrouve plus de vestiges humains. Les cimetières turcs en Orient sont multipliés dans l'inlérieur des villes et autour de leur enceinte ; plus pittoresques que salubres, leurs fosses ne sont pas assez profondes ; les Turcs laissent d'ailleurs subsister près de la tôle des cadavres une ouverture qui donne issue aux gaz de la putréfaction : les pluies, les animaux, le défaut d'entretien, achèvent la dégradation de ces cimetières.
L'inhumation se bit aujourd'hui dans des caveaux, dans des monuments spéciaux, dans des fosses ou cimetières.
Cfweaux. — Ce sont des caves creusées dans le sol à une certaine proton* deur, et où l'on jette par une porte supérieure le corps nu on enveloppé de quelques vêtements : les Grecs du Caire enterrent ainsi leurs morts. Nous avons vu un semblable caveau à fivario, entre Ajaccîo et Corte (1833); il exhalait une odeur fétide. L'étendue de ces réceptacles et la rénovation intermittente d'une portion de leur atmosphère ne permettent pas à celle-ci de perdre son oxygène, de se saturer de gai septiques et de favoriser la dessiccation des corps; ils passent lentement par tous les degrés de la putréfaction. Pdlicox a descendu une bougie allumée à 1",50 dans un caveau de 6 mètres de profondeur, et ouvert depuis vingt-quatre heures : la flamme de la bougie prit une teinte rougeAtre et s'éteignit; l'air recueilli dans le caveau donna à l'analyse une grande quantité d'acide carbonique ; dans certains caveaux, ce gaz se trouve seul ou mélangé avec l'air ; dans d'autres, on rencontre à la partie supérieure de la couche qu'il occupe une forte proportion de carbonate et de sulfhydrate d'ammoniaque.
Monuments spéciaux, — On eu voit dans plusieurs \illcs d'Italie, notamment à Bologiie, où le Campo-Santo se compose d'une rangée d'arcades et
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pluies, la sécheresse même, et surtout le Nil épanché sur les terres du Delta, et Ton admettra au moins qu'il existe quelque relation entre cet état de choses et Tapparition périodique de la peste; Hamont, ancien directeur de Técole vétérinaire d*Égypte, a constaté ce que plusieurs cheiks du Delta lai avaient assuré, savoir : que les chances de peste dans les villages se mesurent par la quantité de pluie qu'ils ont reçue pendant la mauvaise saison.
La loi exige pour les emplacements des cimetières des dimensions telles que le même endroit ne puisse servir à de nouvelles inhumations qu'après an laps de cinq ans. Ce terme est suffisant, quoique la destruction des cadavres ne s'achève pas toujours dans le même délai. La marche des phénomènes qui ont pour un la réduction au squelette dépend de la nature des terrains^ de la profondeur des fosses, de l'épaisseur des enveloppes de toutes sortes qui protègent le cadavre, de la température moyenne du climat, des antécédents physiologiques et morbides du défunt, etc. Maret a calculé qu'on corps qoi se putréûe peut méphitiser une atmosphère de 8 à 10 mètres d'étendue, et qu'enseveli à moins de 3 mètres de profondeur, il met trois ans à se décomposer; OrGla et Lesoeur, dans leurs expériences, ont trouvé les cadavres réduits au squelette au bout de quatorze, quinze ou dix-huit mois, nonobstant bière et toile d'enveloppe. Le célèbre Petit, forcé d'enterrer dans son jardin les débris des cadavres qui avaient servi à ses démonstrations, en retrouvait des vestiges au bout de deux ans. La nature et les qualités du sol et du soussol sont les conditions qui influencent le plus la marche de la décomposition des corps ensevelis; elle est rapide dans les terrains bas, humides, rapprochés des cours d'eau dont ils subissent les infiltrations; les terrains secs, élevés* ventilés, la retardent. Les terrains argileux forment avec les cadavres une masse compacte qui, prompte à se dessécher, est ensuite difficile à entamer par les insectes, par les gaz et l'humidité. Les terres fortement alcalines consomment en peu de temps les cadavres. Orfila a expérimenté sur quatre espèces de terrains : i*" celui de Bicêtre, jaunâtre, calcaire; 2*" jardin de la Faculté, terre noire ; moins riche en principes azotés, mêlée de détritus végétal, contenant beaucoup de carbonate de chaux et une assez forte proportion de suUite de chaux ; 3'' terreau riche en détritus végétal, moins décomposé que le sol précédent, et principalement formé d'acide siiicique et de carbonate de chaux ; ^° sable de carrière siliceux et très-ferrugineux, avec traces de mica et à peine de carbonate de chaux. Voici les résultats obtenus :i^h putréfaction a en son minimum de vitesse dans le sable, et son maximum dans le terreau jusqu'à la formation d'une certaine quantité de gras de cadavre; 2"" à cette époque, elle est devenue plus rapide dans la terre de Bicêtre où il s'était formé moins de gras que dans le terreau et dans la terre des jardins qui en contenaient davantage; 3<^ le terreau et les traces végétales sont les plus propres à opérer promptement la saponification de nos tissus; U* la transformation graisseuse débute par la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, puis atteint les muscles; 5" la saponification commencée, la putréfaction s'arrête ou change d'allore; M. Livr. Hy^ène, 5* édit. n. — 30
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les tissus sitaés sous les parties saponifiées, au lieu de se ramollir, passent au gras et arrirenl à constituer une masse grisâtre, sèche, où ils ne sont plus reconnaissables*
Un lous-sol où Teail parait dès qu*on le fouille à quelque profondenr, ne peut senrir aux inhumations. S*il est roclieux, il empêche l'excavation des fosses à la profondeur légale (i^'jôO à 2 mètres), et les gaz des sépultures superficielles passent dans l'atmosphère : c'est ce qui a contribué en partie à Tinsalabrilé du plateau de Sébastopol occupé par nos troupes; il ne suffit pas, d'ailleurs, que la fosse soit assez creusée, elle doit avoir pour fond une terre ineuble, perméable aux liquides et aux gaz provenant de la décomposition, putride. — ' La loi ne pouvait tenir compte de toutes les circonstances particulières qui favorisent ou qui contrarient le développement des phénomènes qui ont pour terme la dissolution des corps ensevelis; elle a dû s'arrêter k une fixation générale en ce qui concerne la reprise des anciennes tombes pour de nouvelles inhumations, en dehors des concessions temporaires ou perpétuelles qui sont offertes à la piété desécus; or, le délai de cinq ans qu'elle a stipulé répond, dans le climat de notre pays, ant besoins de l'hygiène pnbllqne. An bout d'un temps qui varie suivant la qualité de leur sol et le rapport de fa masse des terres avec celle des cadavres inhumés, les cimetières atteignent leor limite de saturation de matières organiques et deviennent impropres à profoqoer la fermentation putride ; force est alors de les abandonner jusqu'à ce qop leur terre ait recouvré ses propriétés premières; la plupart des cimetières de Paris, notamment celui des Innocents, en étaient arrivés à ce point ; de Ui I0 exhumations qui ont servi de base aux beaux rapports de Fourcroy et de Thouret Le premier a constaté, dans ses expériences chitniqnes sur le dmetièrc des Innocents, que les cadavres saponifiés ne se conservaient en cet état que parce que la terre noire qui les entourait était imprégnée de matières hydrogénées ; Tair lui enlevait ces principes et lui restituait le pouvoir de décomposition putride. Quand un cimetière a dû être abandonné, la loi prescrit de k laisser sans emploi |K*ndant dix ans ; après ce délai, il est permis de Tensemenœr et de le planter, mais non d\ pratiquer des fouilles ni d'y creuser ds fondations.
Il y a lieu quelquefois de prévenir la putréfaction, comme lorsqu'il s*agit de iransporlrr un cadavre h do grandes distances. Les résines et les hoiles essentielles n'ont d'oflicariio que pour garantir le corps de l'eau. L^alcool attire TeiB dc.-^pariios animales, (lisî<out Iccruor, coagule Talbumine, s'empare d*ane partie de la grai>se: noîniinoins le corps du maréchal Lannes, tué à AVagram et acheminé sur Paris dans un tonneau d'oau-de-vie, exhalait^ dès son arrivée à StnsiKHH'g, une odeur si fétide, qu'il fut impossible de l'y laisser. Ï..CS anciens employaient la ciiT, lo miel, l'huile, etc., comme moyens conscrvateors des cadavres qu'ils irans|K)rlaieni l\ de grandes dislances. Boudet, pbannacien eo (lu I <!<• l'arinôe d'Kgxpic, enduisait les viscères largement incisés et les paiw des (a\i(rs d'une dissolution alcoolique de sublimé corrosif etd'ane ODucfacde