PUBLIQUE] DES VILLES
vernis ; puis, les intervalles étant remplis d'une substance astringente et aromatique, il faisait recoudre les téguments; la peau était ensuite vernie, saupoudrée et enlouréede plusieurs bandages vernis eux-mêmes. L'acide pyroligneux (acide acétique imprégné d'huile empyreumatique), qui pénètre les chairs fumées, les fait résister à la putréfiaclion ; elle est arrêtée subitement par le chlore et les chlorures calcique et sodique, etc.
Le docteur Franchina (de Naples) a inventé, et Gannal a popularisé la méthode (l'embaumement par injection, qui consiste à pousser un liquide conservateur par l'artère carotide dans le système artériel et par les divisions du système capillaire, dans toutes les parties du corps; par elle on évite les longueurs, les dépenses, les mutilations, les extractions de viscères, etc. Franchina se servait d'une solution de 2 livres d'arsenic coloré avec un peu de minium ou de ciunabre dans 20 livres d'eau de fontaine, ou mieux dans de l'esprit-devin. La propriété conservatrice de cette solution est bien connue à l'École pratique de Paris et au Yal-de-Grâce où j'en ai constaté les effets avec le professeur iMounier pendant l'été de 18ô6; on l'emploie exclusivement au musée d'analomie de la Faculté ; mais l'usage en est interdit pour les embaumements comme |X)ur le chaulage des grains, par une ordonnance royale du 31 octobre 18/!i6, afin qu'une pratique pieuse ne serve pas à masquer le crime. Le Conseil de salubrité de Paris étend cette interdiction à toute substance toxique {Comptes rendus de 18/i6 à 18^8, p. 205). Les liquides présentés en 18^7 à l'Académie par Sucquet et Gannal étaient, le premier, une solution de chlorure de zinc marquant 40 degrés à l'aréomètre, le second, un mélange à parties égales de sulfate d'alumine et de chlorure d'aluminium marquant 34 degrés à raréomètre de fiaumé : mais la solution de Gannal fut, en outre, reconnue très-arsenicale à l'appareil de Marsh; et ce médecin dut la purger de toute espèce de toxique. Deux cadavres embaumés en présence de la commission, par CCS deux moyens, furent inhumés li 70 centimètres de profondeur dans le jardin de l'École pratique; exhumés au bout d'un an, le cadavre embaumé par Gannal était putréfié; le cadavre embaumé par Sucquet était parfaitement conservé, et, resté à l'air libre, il se dessécha et se durcit. La pratique desembaumenicnts n'atteindra probablement jamais l'extension ni la force de conservation illiniitée qui feraient redouter à Tardieu (1) l'encombrement des cadavres et menaceraient l'équilibre entre les échanges de l'atmosphère et du sol en empêchant la décomposition des êtres organisés privés de vie.
Cette revue des principaux éléments de l'hygiène des villes trouverait un complément significatif dans le tableau des maladies qui sévissent avec prédilection dans les agglomérations urbaines et en déterminent la mortalité. Par malheur, la statistique des causes de décès est encore à Tétude ou à l'essai. Sur TiU 704 décès enregistrés, pour l'année 1854, dans les chefa-lieux d'arrondis-
(i; Tardieu, Dictionnaire (Vhygiène et de salubrité, 2« édiU Paris, 1862, t. II p. 109.
rOBLiQUK] DES VILLAGES ET BOURGS. A 60
rnents insalubres dont Tamélioration, malgré ies efforts des commissions municipales, est si lente et si imparfaite, ia plaie vive du paupérisme, repré* sente à Paris par ^0 000 ménages, occupant 60 131 chambres dont chacune reçoit 4 à 5 lits, et formant un total de 105 000 indigenls, à raison de 1 sur 17 habitants, et de 1 sur 6 ou 7 dans les arrondissements les moins favorisés. Aux besoins vrais s'ajoutent les besoins factices; le goût des plaisirs et des dissipations descend Téchelle sociale et se répand, comme une contagion, dans ces multitudes sans équilibre moral, vivant de salaires et d'assistance publique, dans la rotation vertigineuse des privations et des excès, dans la fièvre des cupidités charnelles, dans les alternatives des chômages et du travail disproportionné avec les forces : quelle vaste émulation de sensualité, quelles facilités pour la débauche et le concubinage! quelle pâture pour la pbtbisie, le scrofulisme, la syphilis, les maladies typhiques et zymotiques, etc. ! — Il n*est embellissements ni travaux d'amélioration qui doivent réconcilier l'hygiène avec les grandes villes, avec les colossales agglomérations humaines : la salubrité pour les masses sera toujours au prix de leur division et de leur dispersion dans les campagnes et dans les petites villes.