PDBUQUE] DES ÉDIFICES PUBLICS. — HOPITAUX DE CONVALESCENCE
ordinaire; elle les éloigne de loute idée de séquestration; elle achève la guérison d'un certain nombre, et, quant aux incurables, elle adoucit leur existence de tous les jours; la colonie annexe est le moyen le moins hasardeux de remédier à l'encombrement des asiles et d'alléger les charges départemen-> taies (1). . •
6"* Hôpitaux de convalescence, — Ce n'est pas seulement pour les aliénés qu'il convient de créer des établissements de convalescence; l'intérêt de tous les autres malades exige la même mesure. Des hôpitaux de convalescence dans les grandes cités, des salles spéciales de convalescence dans les hôpitaux des petites villes, hâteraient l'entier rétablissement des malades, les mettraient à l'abri des rechutes et des accidents qui les font péricliter après la guérison de leur affection initiale, les affranchiraient des chances d'infection et de contagion qui sont inhérentes à toute réunion de malades. Le changement de lit, d'air, de nourriture, d'horizon et d'entourage, exercerait la plus heureuse influence sur tant de malheureux, qui, à peine débarrassés d'une maladie grave, voient leur convalescence compromise par le voisinage d'affections contagieuses, par les émanations délétères, l'agitation nocturne et les cris d'un délirant, etc. Nos souvenirs nous présentent à l'esprit plus d'un malade dont la convalescence a été brusquement interrompue par l'un de ces incidents funestes qui sont comme une foudre toujours suspendue dans l'atmosphère des hôpitaux. Grâce au déplacement des convalescents, le lit qu'ils ont imprégné de leurs émanations pourrait rester inoc* cupé pendant quelques jours et subir uu assainissement préalable avant de recevoir un nouveau malade. Inspirée par les conseils de van Swieten, Marie- Thérèse a doté Vienne d'uu hôpital de convalescents ; Paris en possédait un en 1652 sur une petite échelle de vingt-deux lits, situé dans la rue du Bac, près de la rue de Varennes ; il recevait les convalescents de la Charité. £n signalant ses avantages, Tenon s'écrie (2) : a Excellente institution, trop peu étendue pour les hommes et qui manque absolument pour les femmes ! » Malgré les réclamations de Coste (3) et de tous les médecins éclairés, les deux sexes en sont restés privés jusqu'en ces derniers temps : la création des asiles de convalescence, à Vincennes et au Vésinet, pour les hôpitaux de Paris, est un bienfait qu'il s'agit d'étendre ; le choix des localités peut le doubler : combien de poitrines ravagées par les phlegmasies ou menacées par l'hérédité morbide, se ranimeraient dans un asile de ce genre, placé sous le souffle vivifiant de nos meilleures stations du midi de la France, et même en Algérie !
7** Mortalité des hôpitaux et conclusions. — Il résulte d'une statistique publiée en 184^, par le ministre de l'intérieur, que les divers hôpitaux de France ont reçu de 1833-1835, 1 129 09/i malades; de 1836-1838, 1 136 008; de 1839-18(il, 1 288 358. Ce qui donne une augmenution de 12,^^ pour 100
(1) A* Pain^ Sur les divers modes d'assistance publique appliquée aux aliénés {Annales d'hygiène et de médecine légale^ 1865, 2« séria, t. XXIV).
(2) Tenon, Mémoire sur les hôpitaux de Paris, Paris, 1789, ia-^ avec planches*
(3) Coste, Dictionnaire des sciences médicales, t, XII, p. àài.
566 BIS nODIFiCATftUBS. — CIRCI3MFVSA* [iTCiàHE
sur la troisième période comparée à la première ; dans cette môme comparaison, on troDve sur les décès un accroissement de près de 19 pour 100. La mortalité moyenne des huit années sur le nombre total des malades dans toute la France a été de 81 et S2 sur 1000. C'est dans les départements agricoles, éloignés des grands centres de population, les moins exposés aux commotions politiques et industrielles, que la mortalité présente sa moindre proportion ; durant la période de huit ans dont il s'agit, elle n'a pas atteint une seule fois le chiffre de 75 pour 1000 dans vingt-trois départements (Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres, Aveyron, Charente, Cher, Puynde-Dôme). Dans un seul département, Seine-Inférieure, elle s'est maintenue pendant les huit ans au-dessus de 100 sur 1000; il en a été de même pour sept ans dans le Haut -Rhin « et pour six années dans le Rhône. Les grandes cités, surtout celles où Tindustrie est la plus active, fournissent les chiffres les plus élevés d'admissions aux hôpitaux ; les départements que la civilisation moderne a le moins entamés (Cantal, Lozère, Cher, Corse) se distinguent sous le rapport contraire. Le tableau suivant, dont nous empnmtons les éléments à un document officiel (1), indique la mortalité dans les hôpitaux de Paris : 1® pendant la période décennale de 1835 à 1844, 2« en 185S, 3«en 185& :
Hôpitaux généraux.
De 1835 à 18U. 1853. 1854.
Hôtel-Dieu 1 sur 8,88 1 sur 7,11 1 sur 6,70
Sainle-Mar^^uerite . . . . 11,12 10,29 21,&2
PiUé 11,86 9,00 8,16
Charité 10,20 9,24 7,29
Saint-Antoine 8,33 8,79 7,58
Necker 9,09 8,73 7,40
Cochin 10,48 8,86 6,96
Bcaujon 8,78 8,05 6,93
Lariboisiàre » » 8,25
Hôpitaux spéciaux.
Dp 1835 à 18U. 1853. 1854.
Saint-Louis 20,26 20,31 12,42
Midi 126,44 130,03 228,33
Lourcine 36,01 24,98 27,05
Enfants trouvés 5,20 5,09 4,61
Sainte-Eugénie » » 6,09
Accouchement 24.74 12,51 8,91
Cliniques 13,93 15,15 17,16
Hôpitaux réunie 11,16 9,47 8,05
Pour tous les hôpitaux de la France, la mortalité présente en 1853 une moyenne générale de 8,01 pour 100 malades traités : proportion à peu près U fuis plus considérable que la mortalité de la population en France qui, pour la même année, a été de 2,22 pour 100 habiunts. Voici, dans les hôpitaux, les rapports de mortalité suivant le sexe et Tâge :
(1 ) i'itmptt morni et administratif des ftôpitaux et hospkfx de Paris pour Pexeixire 1854. Paris, 1855.
PUBUQUE] des édifices publics. - MORTALITÉ DES HOPITAUX.
Adulles, Enfants
Sexe mai>cultu.
Sexe féiuiuia.
Huy«aue géoériU«,
La moyenne générale de la mortalilé dans les hôpitaux est restée à très* peu près stationuaire depuis vingt ans, comme on le voit par les chiffres suivants :
Mortalité l'érioile. pour 400.
Mortalité Période. pour 100.
La mortalité des hospices dépasse celle des hôpitaux; elle atteint en moyenne 9,71 pour 100 individus soignés, savoir 10,56 pour les femmes et S, 90 pour les hommes.
Le système hospitalier de France manque d*unité ; la nature, la forme et refficacité des secours offerts aux indigents malades devraient être les mêmes sur toute Tétenduc du territoire ; les mêmes règles devraient présider à l'admission des médecins dans la pi*atique des hôpitaux ; partout, en un mot, le malheureux devrait trouver le même ensemble de soins, les mêmes garanties de guérison ou de soulagement, le même genre d'assistance, le même régime d'administration. C'estàTÉtat, non aux communes, que doit revenir la tutelle des malades, des vieillards et des orphelins ; l'humanité et la science gagneraient à ce qu'une surveillance et une impulsion égales vinssent à rayonner d'un centre commun à tous les établissements de bienfaisance. Malgré l'obstacle de l'individualisme communal et départemental, la civilisation a étendu aux hôpitaux la part de ses bienfaits ; les temps sont loin où Tenon et Bailly traçaient de leur situation un tableau aussi effrayant que vrai, où l'on entassait jusqu'à six malades dans un seul lit, où tous les fléaux de l'encombrement et de la |)énuri(' sévissaient sans interruption dans les dérisoires asiles de la misère et de la maladie. L'hygiène s'applique à les sanifier, la charité les a agrandis. Paris, qui n'avait en 1819 que UQ 000 lits pour les pauvres malades et inûrmes, en tient aujourd'hui 80 000 à leur disposition.
Mais où s'arrêtera le progrès nécessaire des établissements de bienfaisance, et ne doit-on pas craindre d'organiser la misère et le paupérisme avec prime et budget, d'encourager la paresse et le dérèglement des mœurs en offrant des ressources contre les effets du vice ? Ce sont des économistes, non des médecins, qui ont posé ces questions. On a présenté à tort Montesciuieu comme un ennemi des hôpitaux ; il en reconnaît la nécessité dans les pays d'industrie et de commerce ; il ne les condamne que dans ceux où la misère particulière dérive de la misère générale, l'État devant à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit point contraire à la santé (1) ; toutefois il préfère des secours passagers aux
(1) Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXIII, cliftp. xm.
De 1815 h 1818.
De 1819 à 1827.
sur A0,88
1 sur 57,A2
â2,ft8
PUBUOUe] des édifices PUBLICS. — HABITATIONS PÉNITENTIAIRES. 569
taient encore à Paris, au centre de la civilisation, une effrayante proportion de mortalité (Villermé) :
Grande-Force 1
Madelonnettes
Conciergerie
Petite-Force
Sainte-Pélagie
Bicètre
Saint-Laiare
Saint-Denis
Les maladies qui régnent dans les maisons centrales présentent une physionomie particulière ; outre leur contingent d'affections communes aux populations libres, elles ont leurs endémies : dans quelques contrées exceptionnelles, elles ont paru procurer aux détenus une sorte d'immunité contre les épidémies du dehors. £n général, la débilité et l'épuisement constituent le caractère fondamental de leurs maladies ; c'est ce qui explique la forte proportion de leurs affections chroniques, dont les cas sont, à ceux de maladie aiguë, comme ^ à 1 (Ghassinat). La phthisie, les scrofules et le scorbut dominent dans ces établissements; sur 8 décédés du sexe masculin, 3 sont victimes de la tuberculîsatiou. Pour les femmes, le rapport est de 1 sur 3. La phthisie et les scrofules réunies causent chez les hommes 5 décès sur 1 1 ^ et chez les femmes 5 sur 1 3 . Des calculs d'une valeur approximative ont conduit Ferrus (1) à Qxer la proportion d'aliénés que fournissent les détenus: elle est dcl pour92,7 détenus (année IS/!!?)^ tandis que la population libre n'en compte que 1 sur 1830 (année 18^6). La folie est très-commune dans les prisons, et si elle ne se manifeste point sans le concours de prédispositions individuelles, il faut reconnaître que la captivité agit très-efiBcacement à titre de cause déterminante. Le suicide y régnerait avec une énergie extrême sans les moyens de surveillance ; néanmoins il s'y montre quatre fois plus fréquent que dans la vie libre, car on trouve pour la population extérieure 1 suicide sur 11 589 individus, et pour les prisonniers, 1 sur 3165.
La mortalité dans les bagnes et les maisons centrales a été étudiée d'apri^s les documents oflBciels de 1822 à 1837 (2). Les chances de mort annuelles étant égales à 1 dans la vie en liberté, elles s'élèvent à 3,8^ pour les forçats dans les bagnes, et dans les maisons centrales à 5,09 pour les hommes et à 3,59 pour les femmes. Dans les bagnes, les chances de mort les plus grandes existent pour la période de 30 à 60 ans; le maximum de la mortalité a lieu pendant la première année. Les décès des récidivistes sont à ceux des nonrécidivistes comme 77 à 133. Les assassins périssent en moins grand nombre que les voleurs, et ceux-ci vivent plus que les coupables de viol; le rap-
(1) Perruf, Études sur la mortalité dans les bagnes, Paris, ISftd, in>d.
(2) Ferma, Des prisonniers^ de V emprisonnement et des prisons, 1850, p. 108.
570 M» HOOmCATEURS. -^ CUGUHFCSA. [m
port est de 116 à iS6 à 460. Quant aax piolenîoiif, le maximoiD de mortalité torobe rar les habitants de la campagne, les a^colteors, les soldats, les marins, les vagabonds, les mendiants, puis sur les forçats qni ont exercé une profession acti?e» Tiennent ensuite les professions libérales; lesourriers sédentaires provenant des villes supportent le minimum des décès : la série ascensionnelle est, pour ces différentes catégories, 121, 130, 132, 1^7, 151. Dans les trois bagnes de Brest, Toulon et Rocbefort, la nnortalilé se oaontrait dans le rapport de 100 à 136 et à 167. Dans les trois bagnes elle a diminué : de 1822 à 1831 elle était de 1 sar 137 ; de 1831 à 1837 elle est descendue à 1 sur 150. — Daas les maisons centrales, les plus fortes chances de mort correspondent à la puberté ; la vieillesse confirmée s'y trouvre mieux que dans les bagnes ; le maximum de la mortalité survient pendant la seconde et la troisième année pour les hommes, pendant la troisième et la septième pour les femmes. La mortalité des récidivistes et des non-récidivistes est dans le rapport de 176 à 206 |K>ur les hommes, et de 87 à 115 pour les femmes. Relativement aux professions, la mortalité se comporte dans les maisons centrales comme dans les bagnes, avec c^tte différence que le minimum appartient aux professions libérales. £lle varie suivant les maisons centrales: pour les maisons d*hommes, ses rapports oscillent entre les nombres 109 et 112 fournis par Poissy et Melun, et les nombres 2^6 et 28^ fournis par Gaillon et £ysses; pour les maisons de femmes, entre les chiffres de %h et 90 donnés par Loos et Fontevrault, et ceux de 158 et 193 donnés par Rennes et Limoges. En somme, pour les périodes précitées de 1822 à 1831 et de 1831 à 1837, la morUlité a baissé dans les maisons de femmes et s*est élevée dans les maisons d'hommes.
Ixi statistique officielle de la France, de 1831 à 1835, porte le nombre des décès de nos 19 maisons centrales à 5^10 sur une population moyenne de 80 0/i5 détenus ; ce qui donne la proportion de 6,75 sur 100. Celle qu*a obtenue Cliassinat est de 5,09 pour les hommes. D'autre part, Benoiston de Châtrauneuf CKtime à 1,57 sur 100 la mortalité des plus pauvres ouvriers de Paris (t) : d où l'on voit que, malgré les améliorations relatives dans le sytème pénitentiaire, les détenus ont à subir un excédant notable de chances de mort« YéW 1829^ ViJlermé jugeait que la captivité abrège la vie de 17 à 35 ans. Cil. Lucas asbure que, dans l'état actuel de nos maisons centrales, une détention de 10 ans équivaut aux 5/7 environ d'une condamnation à mort (2;. Dans la maison centrale de Ninies, il meurt h détenus et 299/1000 pour l décès d'honunes libres; d'où, en 23 ans, 1575,63 condamnés à mort par le régime des prisons (3). Certains publicistes ne s'inquiètent point de ces n\sultats : de Tocqueville fait remarquer qu'une prison n'est pas un hôpital, ei qu'on en-
(1) Benoiston de Chateauneuf, Annales d^hytjiène, Paris, 1830, t. III, p. 5.
(2) Ch. Lucas, Théorie de Pem^irisonnemcnt^ t. HI, p. 26.
(3j Buileau de Castelnau, Influence du r^yimt' dcx prisons ^ etc. (Annales (V hygiène, 1849. t. XLI, p. 89). — Jorel, l)e in folie dans le régime péuilentiaire, dans Mémoires de r Académie de médecine. Paris, 1849, t, XIV, p. 319-407.
UBLlQUB] DES ÉDIFICES PUBLICS. — HABITATIONS PENITENTIAIRES. 571
ferme les criminels, non pour leur bleo-être et leur santé, mais pour les punir et les réformer. Moreau Christophe va plus loin encore : « Tout ce qu'on peut, tout ce qu'on doit exiger d'une prison, c'est qu'elle ne tue pas. » Pour punir le criminel, pour le corriger, pour prévenir les récidives, il ne craint pas d'attacher aux prisons de plus fortes chances de maladie et de mort. Cette doctrine nous parait cruelle plutôt que juste; elle donne au châtiment légal le caractère de la vengeance : il faut rechercher pour les détenus des moyens de régénération morale qui se concilient avec la santé et la conservation de la vie.
Deux systèmes sont aujourd'hui en présence : 1® Le système pensylvanien, ou la réclusion cellulaire de jour et de nuit, sans autre distraction que le travail solitaire, les lectures pieuses, et les visites du directeur, de l'aumônier et du geôlier; il est suivi à Philadelphie, à New- York et à New-Jersey. 2*^ Le système d'Auburn, l'isolement cellulaire pendant la nuit, et le travail en commun pendant le jour, avec l'obligation du silence absolu; il est adopté à Sing Sing, à Boston, dans le Kentucky, dans le Menessé, etc. La Suisse, la Belgi(fue, TAngleterre, l'Ecosse, sont entrées dans la voie de la réforme pénitentiaire, dont la première idée vient d'un philosophe et d'un prêtre, Howard et A. Mabillon ; mais ces pays ont diversement combiné les deux systèmes, dont l'application franche et complète n'a eu lieu jusqu'à présent qu'en Amérique.
Ce n'est qu'en 1860 que l'emprisonnement individuel a été appliqué en France ; limité d'abord aux détentions préventives, il a été étendu en 1863 à la détention pénale pour une période de douze ans, au delà de laquelle l'emprisonnement eu commun devait, d'après le projet de loi de Duchâtel, alors ministre de l'intérieur, succéder à l'incarcération solitaire. La chambre des députés (1866) fixa à dix ans la durée de ce dernier mode d'emprisonnement, et voulut qu'à l'expiration de ce temps, les condamnés fussent transportés hors du territoire continental de la France. En 1867, autre projet de loi présenté à la chambre des pairs : l'emprisonnement cellulaire y était étendu à toute la durée des peines; les bagnes étaient supprimés et remplacés par des maisons de travaux forcés. La révolution de 1868 empêcha la discussion du rapport présenté sur cette loi par Bérenger. La France compte aujourd'hui vingt-cinq à trente prisons cellulaires, dont plusieurs fonctionnent depuis 19 ans environ : quelques-unes manquent d'importance et de surveillance sévère; dix à douze répondent aux conditions du projet de loi de 1867. Pour la construction des pénitenciers du système cellulaire, on a adopté le plan rayonnant : tous les bâtiments convergent vers un belvédère central, sorte 'd'observatoire d'où s'exerce sur toutes les galeries la surveillance du directeur et des employés ; entre les bâtiments existent des promenoirs-cdlules, en partie abrités pour l'hiver. Dans les galeries, les cellules, alignées sur plusieurs étages^ sont munies chacune d'une fenêtre sur la cour et d'une porte sur la galerie, avec un |)etit judas qui permet d'observer tous les mouvements des détenus; elles ont
574 DES MODIFICATEORS. — CiBCUMFUSA. [btciàhe
rencellolement sar la production de la folie; les rapports publiés ne s^accordent point sur la limite à poser entre les cas appartenant ou non à raliénation. Ils n*ont pas tenu également compte de l'état mental antérieur à Temprisonncmeut, etc. ; même absence de documents péremptoires sur la mortalité attribuée au régime cellulaire. Les inspecteors de Cberry*Hill (Philadelphie) Testiment à 2 1/2 pour 100 de 1829 à 1857 ; la Société de Boston à 3, et i 2 dans les huit établissements soamis à la règle d* Anburn ; elle est de 3 à Génère, où le plus grand nombre des détenus sont isolés, ainsi qo*à Berne, où on les occupe aux travaux des champs. Les variations du poids des prisonniers peuvent ' faire connaître les modiâcations que subit la nutrition générale sous riniiienoe du système auquel on les assujettit; le poids du corps est un fait simple, fmalt à constater, parfaitement mensorable. Les pesées Csiiles ou connues jusqu'à présent sont celles de la maison de correction de Devèie (Angleterre) et da pénitencier de Genève (Marc d'Espine). A. Devèze^ le régime pénal consiste dans risolement nocturne et le travail silencieux du jour; les pesées qui y ont été faites démontrent que cette maison engnusse beaucoup plus souvent qu'eUe ne maigrit ses habitants. Au contraire, Marc d'£spine a constaté, soit par la comparaison des poids moyens, soit par c^ du nombre des amaigris et des engraissés, que le régime pénitentiaire de Genève exerce une influence aoiaigrissante qui est proportionnelle à ses rigueurs. Au début, il engraisse plus qu'il ne ma^t : c*est que les détenus ont passé des angoisses de la prévention et de la condamnation à un état plus stable et pins régulier, quoique péniirie. Dans ses recherches, Marc d'Espine a bit la part de l'accroissement dû à l'âge; quant aux saisons, il a vu que le rapport des augmentations aux diminutions de poids est le même en été qu'en hiver (1).
Si nous interrogeons les renseignements ks plus réceonment fournis en France par des statistiques exactes, nous les voyons concorder sur deux poims fondamentaux : Temprisonnement odlulaire produit moins de maladies et moins de décès que l'emprisonnemenl collectif. Adversaires et partisans du premier système se rencontrent dans cette importante conclusion. Dans les prisons cellulaires de Lons-le-Saulnier, de Montpellier, de Bordeaux, de Tours, de Versailles, de Retliel, de Remireroont, Lélut a trouvé beaucoup moins de malades que dans les maisons centrales de Glermont, de Loos, etc. Quant i la mortalité qui, diez les classes pauvres, dans la vie lihie et à na âge moyen de 30 à kO ans, est annuellement un peu moindre de 2 pour 100» elle a été :
Dans la maison centrale de CleniMMit (Oise) de 1,1 ji. IM (période de 6 «as).
~ d'Hj^iicMii. 6,75 p. i#0 (période de 19 mm).
— d'Ensisheiœ 7,70 p. lOp (période de 12 am).
— de Beaulieu 8 p. 100 (période de 10 ans).
(I) Marc d'Kipiae, Annales dhyyéène tt de métiedfte iéguk. Paris iHU, i. llXIi, p. 70.
publique] des édifices publics.— habitations pénitentiaires. 575
Et
Dans la prison cellulaire de Lons-ie-Saulnier. . . 0 p. 100 (période de 3 mois).
— de Montpellier 1 p. 2000 (période de 2 ans).
— de Tours 2 p. 1200 (période de 28 mois).
— de Versailles 0 p. 300 (période de 15 mois).
— de Rethel 1,5 sur 100 (période de 3 ans).
et d*après Pietra-SaïUa lui-même, la mortalité ne s'est élevée, dans la période 1850-185/1, à Mazas. qu'à 1,90 pour 100.
Dans la société libre et honnête, on compte 2 aliénés sur 1000 individus; d*après Lélut, qui a posé le premier cette proportion, les prisons de l'ancien régime donnaient U, 5, 6, 7 et plus d'aliénés sur 1000; dans celles du nouveau régime, on n'en compte que 2, 3, 4 et 5 au plus. Lélut a recueilli dans ses
propres visites les données suivantes :
Années. Prisons. Proportion sur 1000.
184A. Dépôt des condamnés à Paris 7
iSàà, Maison centrale de Melun 10
18â5. Prison correctionnelle de Roanne à Lyon 30
*1845. Maison centrale de Ntmes 12,3
1845. Maison centrale de Montpellier 10
1847. Maison centrale de Clermont .* 21
1847. Maison centrale de Loos 12
i847. Maison centrale d'Haguenean 29
1847. Maison centrale d'Ensisheim 10
1851. Maison centrale de Beaulieu 12
Ces chifTres fixent la fréquence de la folie dans les maisons d'emprisonnement collectif à la proportion moyenne de 15 sur 1000. Les prisons cellulaires ont fourni à M. Lélut :
Chàloiis^sur-^ône. . . .
Lons-le-Saulnier
Versailles
Montpellier
. pour
80 détenus
période de plus d*un au.
— de 3 mois.
— de 15 mois.
— > de 2 ans.
Tours et Bonleaux. . . .
Rethel
— de 2 ans.
— de 3 ans.
Bemiremoni
— de 17 mois.
En s'appuyant sur la statistique de deux prisons ordinaires (Vieille-Force, Madelonnettes) et d'une prison cellulaire (Mazas), de Piclra-Santa arrive, |)ar Tinterprétalion des faits et des antécédents individuels, à conclure que les deux systèmes donnent lieu à un nombre à peu près égal d'aliénations, mais qu'à Mazas, les cas de folie bien constatés ont pris naissance dans l'établissement, tandis qu'aux Madelonnettes, sauf quelques rares exceptions, les fous viennent du dehors, et la maladie ne se développe pas à l'intérieur.
Quant à la fréquence plus grande des suicides dans la maison cellulaire, elle me paraît démontrée par les dernières recherches de Pietra-Santa qui embrassent une |iériode de ^ ans à Mau& On a compté :
publique] des édifices PUBLICS. — HABITATIONS PÉNITENTIAIRES. 577
mette au détenu le mouvement et l'exercice d'un métier; 2® une à deux heures de promenade au moins ; 3^ des lectures instructives alternant avec le travail ; U"" des communications journalières, très-fréquentes, avec des membres de la société honnête, directeurs, aumôniers, médecins, magistrats, membres des associations charitables, agents des travaux, gardiens de choix et capables de concourir à l'œuvre de moralisation ; 5® la formation prudente de quelques catégories (femmes, enfants, esprits faibles et passifs, etc.) auxquelles ne serait pas appliqué l'isolement dans toute sa rigueur, toutes les fois qu'on aura la certitude que la corruption réciproque ne naîtra point de ces groupements. « Qu'on examine, qu'on distingue, dit Lélat, qu'on détermine toutes ces exceptions, la règle n'en sera que plus sûre et son application plus efGcace; mais, dit encore le même écrivain, et c'est là notre propre conclusion, il est bon, il est nécessaire que les criminels condamnés soient rigoureusement isolés les uns des autres ; pour qu'ils ne se corrompent pas les uns les autres, pour que Taclion réformatrice de cette société qu'ib ont attaquée, s'exerce plus efficacement sur eux ; pour que, dans la prison, ils ne se connaissent pas, et qu'ainsi ils ne puissent s'associer pour de nouveaux délits et de nouveaux crimes. ^
Au reste, quelque mode d'emprisonnement que l'on adopte, il ne faut point se flatter d'égaler les chances de santé et de mortalité entre la captivité ot la vie libre : on ne borne pas impunément aux avares dimensions d'une cellule le champ de la locomotion, la portée du regard, l'indépendance des actions ; la privation d'air et de mouvement, ajoutée à celle de la liberté, fait de l'existence en prison une existence contre nature. Le bandit, le criminel, le vagabond que l'on enferme, ressemblent à l'animal sauvage qui passe à l'état de captivité; aux mouvements violents, aux aventures, aux passions, aux orgies, succèdent l'isolement, la stagnation, la perspective d'une peine plus ou moins prolongée, la compression de la fatalité sous la forme de la loi : faut-il donc s'étonner si chez les détenus les maladies ont un caractère plus grave et des suites plus funestes (1)? La phthisle pulmonaire surtout les décime, sans qu'on puisse la rapporter plus particulièrement à l'obligation du silence, au défaut d'exercice à l'air libre, à la spécialité nuisible des travaux, aux vices de la solitude, à la consomption morale des regrets, des ennuis et des remords. Ainsi, tout en évitant avec soin d'aggraver le châtiment légal, on ne réussira peut-être jamais à réduire entièrement le tribut de la mort dans les prisons au même taux que dans la vie libre ; mais on peut assurer que la substitution de l'influence morale au principe de l'intimidation, la combinaison des travaux agricoles et industriels d'après les vues de Boileau de Gastelnau {loc. cit.), la création d'ateliers mobiles dont Dugat, inspecteur général des prisons, a donné le plan, et qui exécuteraient les travaux de terrassement, d'endignement, de dessèchement, des routes; la répartition des
(1) Michel Lévy, Gazette médicale, avril iSàh. M. LtVT. HyKÎèiKt» 5* ÉOIT. 11. — 37
publique] alimentation NATURELLE DES PEUPLES. 579
une stimulation qui réveille leurs organes digestifs ; parmi les graminées^ celle qui réussit le mieux sur le sol est le riz, la moins azotée de ces plantes ; les trèfles, les luzernes, les sainfoins, les yesces, etc. , n*y forment point ces immenses gazons qui nourrissent les animaux ruminants, ressource essentielle des peuples placés sous d'autres zones. Quoique originaires des pays chauds^ la plupart des plantes féculentes (orge, blé, mais, sarrasin, pomme de terre, etc.) se plaisent surtout dans les climats tempérés ; Taliment qu'elles fournissent par la panification touche de près à la nourriture animale ; c'est aussi là que l'on trouve^ à titres d'indigènes, le bœuf, on l'aurochs sauvage, le buffle, le bison d'Amérique, l'argali et le mouflon, souche originelle de nos bétes à laine, le pascng ou l'égagre, tige de nos chèvres, les cerfs et chamois, puis des solipèdes, tels que le cheval et l'âne, ou des pachydermes^ comme le sanglier et les cochons, enfin la plupart des rongeurs, lièvres, lapins, loirs, etc. ; mille espèces d'oiseaux granivores, sédentaires ou de la classe des émigrants, peu-> pleut leurs champs couverts de graminées et livrent à l'homme une proie ùcile et savoureuse, tandis que, dans les régions équatoriales^ les mammifères mminanis ont une taille rabougrie, des tissus coriaces, et les oiseaux^ pour la piur part insectivores, ont une chair peu agréable. Une multitude de fruits^ de plantes potagères ou condimentaires, etc. , ajoutent encore à la variété des moyens d'alimentation départis aux habitants des zones tempérées. Dans l'Europe centrale, là où la vigne s'arrête (50* degré), le sol, presque toujours verdoyant, sous l'influence des brouillards et des pluies ménagées, prodigue, avec les végétaux nutritifs pour l'homme, les pâturages qui engraissent les animaux dont il mange la chair. Le blé se propage jusqu'au 62* degré de latitude; d'autres farineux^ des fruits secs (châtaigne, faîne, noix, noisette, pois, haricots), des racines et des bulbes (orchis, solanées, alliacées, crucifères), se rencontrent fort avant dans le Nord et se prêtent à la conservation pendant de longs hivers. Toutefois la nourriture végétale se perd de plus en plus dans les climats froids; quelques herbes et arbustes de la famille des rosacées (fraisiers, framboisiers), bon nombre de thymélées, de saxifragées, de caryophyllées, de crucifères; des conifères (pins, sapins), des arbres amentacés ou à fleun en chaton, des bouleaux nains, des rhododendrons, des bruyères, des fougères, quelques graminées et cypéroîdes, enfin des mousses et des lichens broutés par les rennes : voilà la |m)gression décroissante des produits végétaux, qui ne pourraient fournir à l'organisme la puissance de calorification nécessaire dans ces climats : aussi le Gro&ilandais, l'Islandais, le I^pon, le Ramtschadale, le Norvégien, etc. , se gorgent de graisse, de sang^ de chair animale, de poisson pourri, famé, salé, séché, joignant à cette nourriture le Fucm saccharinus, le licben, le pain d'avoine mêlé de paille ou d'écorce de bouleau^ etc. ; à cette rare population des contrées polaires, la nature fait largesse de phoques, de baleines, d'oiseaux d'eau, d'esturgeons et d'autres poissons qui y encombrent de leurs légions innombrables la mer ou le lit des fleuves. Ainsi aux deux extrémités de chaque hémisphère se trouvent des populations frugiforos et carnivores ; entre elles
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t) Auf. Saint*Hilaire, Voyage au Bré9il,etc» Paris, 1823*
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80Dt passionnés poar la terre, maladie qiii finit par les faire périr. Les esclaves chez qui la géophagie devient un goût irrésistible subissent une série d'altérations que dans les colonies on appelle dissolution (docteur Girardin). Cette maladie présente des symptômes différents, suivant que la terre est absorbée on non : dans le premier cas, ictère, bouflBssure, infiltration des jambes, engorgement des viscères, atrophie dn système musculaire, hydroémie ; c'est, comme on le voit, une forme de cachexie scorbutique ; dans le second cas, pblegmasie des voies digestives bien décrite par A. Segond (1), fièvre lente, marasme; si une partie seulement de la terre est absorbée^ mélange des deux ordres de symptômes; ^ l'autopsie, on trouve les intestins remplis par la matière terreuse.
U n'est pas sans intérêt de mettre en regard les différences d'alimentation entre deux nations que sépare le détroit de la Manche, entre les habitants des deux plus grandes capitales du monde ; elles se déduisent du tableau suivant que nous empruntons à J. Robert de Massy (2) :