‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 71 sur 107 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

EXCRETA.

L Bains.-- Tous les peuples de l'antiquité ont compris l'utilité des bains ; la civilisation augmentant leurs besoins, ils ne se contentèrent plus de les prendre dans les eaux naturelles, et ils construisirent pour cet usage des édifices particu liers dont la destination hygiénique finit par se perdre dans les pratiques de la mollesse et de la luxure. L'emploi des bains dans certains établissements publics, connu de temps immémorial dans les grandes cités de l'Orient, passa de l'Asie en Grèce, et de la Grèce en Italie. L'énorme volume d'eau que les aqueducs amenaient à Rome foumisssait non-seulement à la boisson des habitants^ mais encore à l'entretien d'une multitude de bains publics et particuliers (1). La description que Yitruve en a laissé montre qu'aux simples ablutions dans les piscines d'eau froide ou élevée à un certain d^ré de température, on faisait succéder des bains de vapeurs d'eau plus ou moins chauds. Si h série des procédés hygiéniques et gymnastiques qui constituaient le bain complet (voy. t I, p. 77) était réservée à l'opulence, le peuple était admise se baigner dans des établissements qui, par leur étendue et leurs dispositions, affectaient le caractère des monuments de premier ordre. Les thermes d'Auguste, ceux d'Agrippa, son gendre, ceux dans lesquels Néron amena les eaux de la mer, les thermes de Garacalla, de Titus, de Trajan, de Dioctétien, en sont des exemples. Par la conquête, les Romains propagèrent leurs mœurs, leurs habitudes, et par conspuent l'usage des bains publics : les aqueducs, dont les vestiges marquent encore leur domination dans les Gaules, servaient comme ceux de Rome, à l'alimentation des fontaines et des bains publics, ou de ceux qui faisaient partie de l'habitation des empereurs et de leurs délégués. Les thermes de Julien, le plus ancien des monuments romains de Paris, en est une preuve. L'introduction du christianisme ne changea point cet usage.

(i) P.-S. Ginrd, Recherches sur les bains publics de Paris {Annales d* hygiène et de médecine légale^ V §ènt. Paris, 1832, t. VII, p. 5 et suiv.).

PUtLiQin] BAINS. 687

pour leur santé individuelle. Dans les villes situées au voisinage des rivières ou traversées par des cours d'eau, il serait prescrit d'établir des bains couverts avec école de natation, où Tadmission serait gratuite; les élèves de toutes les institutions publiques, les militaires, les ouvriers des grands établissements d'industrie, etc. , y seraient conduits à des heures et jours déterminés. Si les cours d'eau passent k une certaine distance des villes, l'autorité aurait à fixer un emplacement convenable pour les bains publics; die le désignerait d'après l'exploratioQ préalable de nageurs sur une étendue de rivière à lit peu profond, s'abaissant par degré, sableux ou formé par des cailloux ronds, exempt de débris de verre, de poterie. Des surveillants exercés à la natation se tiendraient prêts à porter aide aux baigneurs en péril ; tous les moyens de secours et de révivificalion dont l'expérience conseille l'emploi dans les différentes formes d'asphyxie par submersion, seraient réunis dans un poste voisin, etc. Une telle organisation de bains de rivière ne tarderait pas à en populariser Tusage, si nécessaire en été k la santé des hommes, et particulièrement aux classes inférieures, qui, exécatant des travaux plus pénibles, transpirent davantage et changent moins souvent de linge. La plupart d'entre elles vivent plongées dans une atmosphère chargée de poussières diverses ou souillent leur peau des matières de manipulation professionnelle. C'est pourquoi l'une des plus désirables mesures d'hygiène paUiqae consisterait à mettre, en hiver, à la disposition de la population ouvrière un certain nombre de baignoires. Tout établissement public de quelque importance, collèges, pensionnats, casernes» fabriques, prisons, etc., devrait être pourvu d'un nombre de baignoires proportionnel à sa population, pour l'administration des bains tièdes en hiver. Combien il reste à faire sous ce rapport dans les localités rurales, où la culture du corps est si négligée I Combien la malpropreté des classes pauvres et laborieuses est invétérée et difficile à combattre ! L'omission continue des soins qu'exige la peau n'est pas la moindre des causes qui concourent à la viciation de leur sang, à la détérioration de lecr constitution, à la fréquence et à la gravité de leurs maladies. La société moderne n'entoure la santé des peuples que d'une protection négative. La loi civile se tait sur les conditions favorables au développement régulier et au periectionnement physique des hommes. Quant à la religion chrétienne, elle ne s^attache qu'à la spiritualité : les masses sont donc abandonnées à leurs instincts, à leur ignorance, à leurs routines. Les législateurs d'un autre temps n'ont pas négligé une moitié de l'homme, c'est-à-dire l'organisation et ses besoins. Sous l'influence des idées d'unité divine et d'unité humaine, Moïse a multiplié pour son peuple les obligations cosmi^tologiques; il a fait de la saleté du corps une impureté de l'âme : un bain de purification est prescrit aux femmes juives après chaque menstruation. A son exemple, Mahomet a prescrit des ablutions, celle des parties génitales quatre fois par jour. I^s anciens ne se contentaient pas des aspersions d'eau ustrale ; ils avaient leurs ttierroes. Â la fin dn Yiii* siècle, le pape Adrien l" recommandait au clergé des paroisses d'aller se baigner proeessioanellement

6M DES ■MlflGATECKS. — t%€MElJL

en cbantaot des psaMUiMS, tous les jeodis de diaq« prescriptions oo iostitatioiis, il ne reste «joe l'eao bénite.

Depnisqae cesfignes ont été écrîtei(f8tô;, 5 nof embre 18^9, par Dnnas, onâtre de ri^ricnitnre et été chargée de recneillir eo France et k rétran^er tons les aoi moyei» de créer dans les grands centres de population des laTOÎrspoblics; aneloi do 3 féfrier 1851 est icnne enoonraçer par sîdes b création de ces étaUÎHeiDents dans les grandes nfcs, à titre de aodèfesetiprixrédoit. Dèsrtfnéel819,leConKadesainfaniéde Parisanit soumis an préfet de police le projet d*étaiifr dans Paris pinsîens buanderies destinées, par lecboixdes madères et des procédés, i atix bfensesles améiioratioas désirables soiv le donble rapport de la samèct de réconomie (1). En 1837, im sîeor Loreno fiit aotorisé k établir im bfiir pnbiic an marcbé Saint-Lanrent; en 18&4 et en 18A6, le Gonsefl de stgoalait afec satisfaction l'acocroisKinent progressif des demander en sation desbfoirs poUics si afantagenx an classes pea aisées. En 1853, T perenr a iait éler er i ses frais, nie CaiareiU, section dn Temple, im modèle de bains et lafoirs à l'Instar des établisseoients anglais. En effet, rAnglcaene nous a deraocés dans la pratique, an moins en ce qui concerne les bains. Les premiers bains publics ont été fondés en 1842 li li? erpool ; en août 184i et eo juillet 1867, le parlement an^ais a autorisé par nne loi les paroisses à pmnter pour imiter cet exemple. Les bains sont dif isés en AngMerre en classes:

Vdê»u\^^ ^^^^' I 2« ch«e P"*^- •

Les classes ooTrières s*y sont portées a?ec empressement; une seule administration donne plus de 100 000 bains par an. Cberallier, que Ton retrome dans toutes les questions d'hygiène populaire, a depuis longtemps insisté sor h possibilité de créer à l'usage des classes pauvres des bains et des lavoirs économiques en réunissant dans un bassin les eaui chaudes des machines ï fapenr, qui se perdent actuellement li l'égout, emportant avec elles une tempéralore moyenue de 30 degrés centigrades. La seule machine de Chaillot en donnerait un volume de 200 hectolitres par jour, quantité suffisante pour 700 bains. Les expériences faites en 1869 sur les conduites alimentées par le puits artésien de Grenelle prouvent que le refroidissement de l'eau chaude en drcolation dans des tuyaux posés sans aucun soin dans la terre n'est que de i*,S environ pour 500 mètres de parcours, et que, laissée en repos pendant hnit heures par la fermeture des robinets disposés aux extrémités des conduites, elle ne se refroidit pendant ce temps que de 1<',7 dans les points où Ton a observé le décroissement de sa température. Ces résultats conduisent à atili-

(1) Rapport général sur hs travaux du Conseil de salubrité de Paris , de tSâO à 4858. Paris. 1861.

PUBLIQUC] BALNS ET UVOIRS. 689

ser ces caiix à distance, et déjà des chefs d'usine font arriver les eaux de condensation de leurs machines à vapeur dans des baignoires mises à la disposition de leurs ouvriers. On comprend le bienfait d'une pareille mesure pour les ouvriers travaillant la cémse, le minium et le massicot, pour les teinteriers, les étameurs de glaces, les manipulateurs de noir animal, les hôngroyeurs, les mégissiers^ les couverluriers, les chapeliers, les plâtriers, etc. Malheureusement les vues libérales du gouvernement n'ont pas encore porté tout leur fruit : un petit nombre de villes ont sollicité les allocations que la loi leur accorde pour établir des bains et lavoirs ; de nouvelles instructions, accompagnées de plans dressés par un architecte hygiéniste, Gilbert, ont été envoyées dans les déparlements. A Paris même, le nombre des bains qui se prennent par an est tout à fait disproportionné avec la population : une enquête ofiBcielle, dirigée par l'ingénieur Darcy avant l'anneiion de la banlieue, a fait connaître qu'il n'y avait en 1850 que 125 maisons de bains, y compris les U grands établissements sur bateaux, contenant en tout 406& baignoires sur place, et 1894 baignoires mobiles; le nombre des bains administrés par an était de 2 116 520 pour 950000 habiunts, soit 2 bains 25 par habiunt. Londres n'a pas eu besoin de ces stimulations ; un rapport ofiBciel y constate en cinq années la progression suivante :

En 18A8, un seul établissement àS 637 bains.

En iSà9, deux éUblissements 297 831 ^ 9 070 laveuses.

En 1850, trois éUblissements 509 200 — 60 154 —

En 1851, cinq étabUssemenls 6A7 242 — 132 251 —

Eu 1852, onze établissemenU 800 163 — 197 580 —

2^ Lavoirs, — Les lavoirs publics ne promettent pas moins que les bains à hygiène des classes laborieuses. D'après Cadet de Vaux, 100 kilogr. de linge sale contiennent en moyenne i!i'''^76 en poids de matières salissantes composées de : 1^ substances diverses solubles dans l'eau froide ou tiède, 2<* matières saponifiables seulement dans la lessive alcaline. Un rapport d'Emile Trélat et Gilbert, en détaillant les opérations du blanchissage, fait ressortir les conditions de leur construction. Ces opérations sont au nombre de cinq : A. Essangeage ou lavage à l'eau froide. — B. Lessivage. On jette sur le lavoir rempli de linge une dissolution de carbonate de potasse ou de sonde à la température de l'eau bouillante, et on la recueille par un robinet fixé an bas du envier, pour l'y rejeter de i\ouveau. Ce procédé est long et défectueux : sous l'action de dissolutions alcalines à 100 degrés centigrades, certaines taches, au lieu de disparaître, s'imprègnent dans le linge. Un appareil inventé par un ouvrier fait passer et repasser la lessive dans le cuvier, d'abord froide, puis de plus en plus chaude, jusc]u'au degré de Tébullition, qui marque le terme de l'opération, dont la durée moyenne est de deux heures. — C Binçage et /mssage au bleu. L'eau de puits étend mieux le bleu, que l'eau de Seine rend pointillé. — D. essorage, ou rotation accélérée des pièces dans un espace circulaire grillé qu'un M. LÉVY. Uygièiie, 5* iDiT. u. ^ àà

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homme met en mouvement ; il remplace par une dessiccation partielle la torsion du linge à la main. — E. Séchage. C'est la condition qai fait généralemeot défaut dans les lavoirs ; les femmes, échaullées par un travail presque violent, emportent sur leurs épaules leur linge à peine tordu ou essoré, pour aller le tendre dans leurs étroites demeures, déjà si encombrées, si mal aérées.

10 kilogrammes de linge mouillé retiennent 10 litres d*eau, qu*ane vaporisation plus ou moins lente n'enlève que pour en imprégner Tair, le mobilier, les murs même do logement ; c'est ainsi que des générations entières vivent et se détériorent dans une atmosphère saturée d*eau. Un système économique et expéditif de séchage est donc le complément indispensable des lavoirs publics;

11 affranchira ThumUe foyer de l'artisan et du pauvre d'une des causes les plus actives de malaise et de maladie. Baly, à l'établissement modëlede Gadston square, à Londres, place le linge dans des espaces hermétiquement dos, à Tabridu contact de l'air extérieur, et fait rayonner directement la chaleur sur les pièces ï sécher. Quand la température est montéeà 110 degrés centigrades, il ne reste plus d'eau ou presque plus d'eau dans le linge. La vapeur dégagée s'échappe par une soupape qu'elle ouvre par sa tension même, et se referme «jnand le séchage est terminé. C'est par des perfectionnements de ce genre qa*î{ sen possible de faire produire aux la?oii*s publics toute leur utilité. L^indoslrie privée exploite encore une partie de ceux qui existent à Paris. En 1852i, il y avait à Paris 91 lavoirs, recevant une concession de 10 815 hectolitres d'eau, et contenant 5276 places, plus 81 bateaux-lavoirs contenant 2968 places.

Un rapport de la Commission hygiénique du 6* arrondissement de Paris (rapporteur Humbert) pose les règles à suivre dans le fonctionnement des lavoirs publics ; en voici les plus importantes (1) :

1*" S'opposer, autant que possible, à l'emploi des lessives corrosives, et pour cela, les dissolutions devraient être faites toujours avec des cristaux ou carbcKnates de soude, et non avec la potasse ou la soude caustiques ; ces dissointîoos ne devraient jamais dépasser 3 degrés ou 3 degrés 1/2 du pèse-lessive ;

2° Encourager les lessives en commun préférablement aux petits cuviers, et surtout le mode de lessivage à la vapeur ;

3® Veiller et même contribuer, en accordant l'eau nécessaire, à ce que le rinçage puisse se faire dans une eau claire, abondante et souvent renouvelée ;

6** Knfin encourager et favoriser les établissements où des essoreuses, des presses et des séchoirs à air chaud seraient convenablement installés, aûn que les ménagères qui usent du lavoir puissent emporter le linge sec sans nne une grande perte de temps.

Quand la double institution des bains et lavoirs sera ce qu'elle doit être, elle aura réalisé l'un des plus précieux instruments de l'hygiène publique : éUe aura donné à l'ouvrier de l'eau chaude pour se laver, du linge sec et propre pour se couvrir; elle aura en môme temps assaini ses foyers domestiques.

(1) Happort générai du Conseil de salubrité de Paris, etc.^ 1861, p. 476.

FUBUftliE] £AliX MINÉHALICS. 99i

3* Eaïuc minérales, — L'application des eaui minérales à Tassistaiice publique a inspiré à J. François, ingénieur des mines, chargé du service de ces eaux, un excellent mémoire dont Yillermé a discuté et sanctionné en partie les idées (1) : choix et désignation des indigents à traiter par l'action comblaée de l*auloiité administrative et médicale, translation gratuite aox localités thermales, hospitalisation du service qu'ils composeraient, etc. L'ensemble de ces mesures constitue à la foi^ Tune des difficultés financières de la commune ou du département, et Tun des sérieux desiderata de la médecine sociale. Une autre question a été justement agitée an sujet des eaux minérales, et attend sa solution d'expériences qu'il convient à l'administration d'instituer : l'usage des eaux minérales peut-il être suivi de boas^ffets en toute saison ? Dans un document relaté par A. Chevallier (2), on foit que, dès 1731, un seigneur d'Odival, nommé Marier, démontre par des exemples l'efficacité des eaux de Bouibonneà toutes les époques de i'amiée. A. Chevallier, en 18/^S, et plus tard le professeur Lallemaod ont provoqué des essais destinés à fixer la valeur de cette grande ressource d'hygiène et de thérapeutique pour la saison d'hiver : les malades n'attendraient pas pendant huit mois le soulagement de lears souffrances ; ils ne se borneraient pins au Iraicement incomplet d'une courte saison d'été, et ils consolideraient leur gucrison au lieu de la compromettre par le prompt retour aux habitudes passées ; ils s'abriteraient contre les influences de l'hiver, qui sont le plus à redouter (rhuoMtisiMSt afléciions pulmonaires, etc). C'est aussi pendant cette saison que les traviilleurs agricoles et les militaires perdent le moins à s'éloigner de leurs occupations, et qu'ils trouvent les conditions de vie les plus aisées dans ki localités à sources alors 46sertes.

k" Excréments, — D'après Liebig et BoiMsingault, les excréments liquides et soiides d'un homme s'élèvent par jour à 750 grammes, 625 d'urine et 125 delèces. Ils renferment ensemble 3 pour 100 d'azote; ce qui donne pour un an 273 kilogranunes 750 grammes d'excréments contenant 8 kilogrammes 205 grammes d'azote, quantité suflbante pour ^00 kilogrammes de grains de froment, de seigle, d'avoine ou d'orge , et qui, ajoutée à l'azote puisé dans l'atmosphère, suffirait à faire produire annuellement à 50 ares la récolte la plus riche; l'urine d'un seul homme donnant par an 226 kilogrammes 125 grammes, servirait à fumer plus d'un are de terrain. Ces évaluations font ressortir et les foyers d'insalubrité que crée toute population agglomérée, et l'utilité que l'on peut en tirer par une expk)j(ation étudiée dans l'intérêt de l'hygiène. En 1868, Chevallier (3) a calculé qu'un million d'babiunis à Paris produit chaque année :

(1) ymermé. Annales (t hygiène, 1849, t. XLI!, p. 241.

(2) A. CKeraUier, Joumai de chimie^ septembre 1843 et août 1845.

(3) A. Cli«¥tUier, Rapport sur le concourt ouvert par la Bodété d'encouragement pour rmdustrie maiùmakf ete» » lâA8, p. 0.

pubuûue] excréments.' 693

désigné sons le nom de vitriol vert ; par son acide il fixe l'ammoniaque ; par sa base, il en détruit Thydrogène sulfuré ; il supprime ainsi ou prévient tontes les émanations des fosses et s'oppose, en conséquence, an transport des matières miasmatiques auxquelles les gaz servent de véhicule. Le chlorure de zinc, si l'industrie locale le fournit à bas prix, étant un sel neutre comme les deux précédents, peut aussi les suppléer (1). Il n'en est pas de même du phosphate acide de magnésie et de fer, qui n'est pas d'un emploi aussi commode, si la fosse ne vient pas d'être évacuée. Le perchlorure de fer neutre, qui serai le meilleur désinfectant, n'est pas encore entré dans le commerce des produits chimiques à bas prix. L'acide phéniqne empêche la fermentation putride et d'autres fermentations ; il peut nentniiser les principes des maladies épidémiques s'ils ressemblent aux ferments, ou même en prévenir le développement, s'ils résultent d'une altération spontanée des matières organiques. Ce puissant antiseptique a besoin d'être expérimenté aériensement et avec précision, notamment en temps de choléra; il est d'nn emploi facile et si peu dispendieux, qu'on pourrait le prodiguer. Le comité d*hygiène et du service des hôpitaux a publié une instruction déjà citée, à laquelle nous empruntons quelques formules d'une application aussi salutaire dans les familles visitées par une épidémie et particulièrement par le choléra, le typhus, etc. :

1® Assainissement du linge de lit des malades, du linge de corps, des toiles à matelas : tremper pendant une heure les objets à désinfecter dans une solution de 1 litre de chlorure de soude et 9 litres d'eau.

2* Désinfection des bassins et des urinaux vidés dans un mélange de 500 grammes de chlorure de chaux sec et de 9 litres d'eau; agiter le dépôt an moment de l'immersion, passer les vases dans un seau d'eau ordinaire et les essuyer avant de les mettre en service.

3'' Matin et soir, jeter dans l'orifice du tuyau de chute des lieux d'aisances environ 10 litres (un seau) de cette solution :

Sul&te de fer 500 grammes.

Eau 10 Ulrei.

Acide phénique à 1/100* 100 grammes.

Quant à la dispersion des excréments dans l'intérieur des villes et au dégoûtant usage d'uriner contre les murs, il n'y peut être remédié que par l'établissement de latrines publiques gratpites et d'urinoirs. Il y avait à Ilome 1^^ latrines publiques, distribuées dans les différents quartiers. £n 1860, Chevallier a publié une brochure à l'effet d'en faire établir à Paris; jusqu'à présent la spéculation en a seule fondé un certain nombre ; le système des fosses mobiles fisiciliterait Textension de celte utile créatioa En 1805, Decœur eut le premier l'idée de construire un appareil pour recueillir les urines; en 1822, Oufour proposa un urinoir consistant en un baquet on récipient garni

(1) Happort adressé par le comité cùnsultatif (f hygiène et du sennce médical des hôpitaux au ministre de tintérieur^ 1866.

en DES MODIFIGATKimS. -^ EXCRETA. FtYCitH

d'un entonnoir à soupape dans lequel filtrent les urines. Cette soupape s*onfre d'elle-même à la première goutte d'eau qui traverse renionnoir ; elle se referme aussi d'elle-même à la dernière goutte. Les récipients sont surmontés d'une cage ou enveloppés d'une guérite dont la forme angulaire ou elliptique s'adapte au local. A cette cage ou guérite assez spacieuse pour admettre on homme, est fixée une bassine qui reçoit les urines et les écoule, par une trémie, dans un conduit inférieur qui les verse dans Tentonnoir du baquet. En 1837, Lenoir inventa une grille d'urinoir avec cuvette sous-jacente et communiquant par un tuyau avec les égouls ordinaires. Chevallier propose pour urinoir une cuvette fixée dans le mur, et dirigeant les urines dans les égouts et de là à la rivière, au moyen d*un tube en forme de siphon, afin qu*fl ne puisse se vider entièrement et servir à l'aérage de l'égout par la cuvette, ouvrant ainsi la porte à des émanations méphitiques. L'industrie moderne a multiplié les formes des cuvettes, les ifltlallâtions d'urinoirs public.% et il y en a, dans le nombre, qui réunissent Télégance, la commodité et l'inodorité complète. Les tinettes ou tonneaux que l'on pose dans les cours et aux alentours des édifices publics ont l'inconvénient de fournir sur leurs parois intérieures une surface trop étendue au contact de l'urine et de l'air; il est aisé de les remplacer, comme dans les casernes, les prisons, les fabriques, etc., par l'une des nombreuses cuvettes qui ont été proposées : au moins, que l'on y jette du goudron de houille qui prévient pendant quinze jours la fermentation de l'urine (Bavard, 18^3), ou de la suie de cheminée qui, depuis plus de vingt ans, sert à désinfecter journellement les baquets-urinoirs disposés dans les rues de Toulouse. C'est un pharmacien militaire, Astié, qui a recommandé le premier l'usage de cet excellent moyen de désinfection sans autres frais que ceux de main d'œuvre et de transport.

L'hygiène publique, en ce qui concerne les excréta d'une agglomération humaine, consiste à la doter largement d'eaux de tontes les provenances, car elles peuvent toutes recevoir une distinction utile, les unes à titre de boisson pour las hommes et pour les animaux, les autres pour les ablutions, les bains, les usages domestiques, d'autres encore pour le drainage ]des watcr-closets k travers les égouts et les canaux qui doivent les continuer au delà des zones suburbaines jusqu'aux localités où elles se déversent sous forme d'engrais liquide naturel, sans élaboration préalable. C'est à l'aide de cette circulation des villes an sol et du sol aux villes qu'il sera permis de créer la salubrité dans les centres de population. Nous l'avons déjà dit, la transformation des fosses étanches on caveaux avec séparateurs , l'écoulement à l'égout des liquides avant qn*tb fermentent, et mélangés avec cent fois leur volume d'eau, les tuyaux d'évent établissant un échange continu entre les gaz du caveau et l'air intérit^ur, \t cabinet d*aisinccs préservé de l'invasion des gaz fétides par un siphon et dss souillures par l'abandance des eaux que déverse le jeu de l'appareil (1),

(1) A. HiUfton, Exposé des proyrh pf des améliorations réatviées dans lea établit^ 'fmenh de C Assistance publique à Paris, décemlbre 1868, p. 2â.

pubuqoe] APPUCiTA. 695

voilà de grands progrès, mais qoi attendent leur complément, c'est-à-dire le drainage complet : les séparateurs, encore si récents, ont déjà fait leur temps.

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