‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 80 sur 107 · II. — Les hommes · texte numérisé non relu

II. — Les hommes

5" Visite régulière des soldats et des marins : l'étendre aux ouvriers célibataires des ateliers de l'État, aux jeunes gens devant tes conseils de révision, aux individus arrêtés comme vagabonds. — Cette visite a lieu tous les mois dans les régiments; il est difficile de la faire plus souvent ; le soldat n'a d'ailleurs aucun intérêt à cacher sa maladie; c*est à ses supérieurs à l'éclairer sur les dangers de cette dissimulation. Les conseils de révision ont un but légal défin (|ui ne saurait être dépassé, dans les conditions de publicité nécessaire où se fait la visite des appelés.

6** Prescrire aux maisons de tolérance, aux prostituées libres avec carte, de n'admettre que des hommes sains. Cette vérification, qui la fera ? S'y soumetlra-t-on? etc.

IIL — Les prostituées.

7^* Généraliser l'inscription ; l'infliger d'office à toute femme qui exige une surveillance dans l'intérêt de U santé publique; munir les prostituées d'un livret contenant des avertlflaenients.

7iS DES MODIPICATECRS.^ PEBCEPTA. [aiuÉu

annuels à l'égal des élodes liuéraires. Depnii Fm? ention des anmes à Ira, oo a trop mécoQBo les effets poissants d'en exereke régnBer, labitod, énergique; ks occapatioiis Tviées, la latigoe do coq»* h caltore de riotdlîgeiice, des priocipes moraox et religieux, une sorveillaoce aasîdae, tels sont les moiftm qo'il Irat opposer k l'oDantsiiie dans les élablisseflieDts publics ; iln sont sortout nécessaires dans ceux de l'antre sexe, car les maisons ortbopédîqoo noos présentent les jeanes demoiselles dans la proportion des cinq siiièmcs. Noos rangeons parmi les moyens préser?atiii la cnltore de l'intelligeiice, car il est absorde d*accoser, comme oo l'a int, la dTilisation do vice de Tonanisme : qnelle plos sàre garantie contre des peochants booteox qœ le développement des plos nobles facoltés de rbomiDe I Qo'y a-l-il de coromoD entre la dfili^ation et l'onanisme qoi toe l'esprit, la mémoire, le jogement? >'e sait-on pas que les plos effrénés mastorbateurs se trooTeot parmi les idiots de naissance, les crétins, les hydrocéphales qoi atteignent la puberté?

On a reproché aossi à la clTilisatioo d'afoir eogrndré la prostitutioa, cet ulcère des cités populeuses. Remarquons d'abord que sur 6670 Glles nées et élevées à Paris, 2352nes>aTaient pas signer, 1780 signaient fort mal, 110 avaient ime belle écriture ; la capacité de 268 n'a pas été constatée. Soit que l'on remonte à l'origioe des sociétés, soit que l'on considère sur l'étendue du globe les peuples qui expriment les diflérents degrés de la ciriiisatioD, on reste couvaincu que les rapports sexuels ont acqnis une importance proportionnelle k la mesure des lumières et de l'aisance publiques, et que la prostitution est d'autant plus facile, plus générale, que l'on se rapproche plos de Téiat de nature. N'était-elle pas adorée chez les Grecs sous le nom d^AjykrodHe-Pafiffemos, et chez les Romains sons le nom de Venitê Vul^rvaga, Vernis Mereirix, etc ? Chez les premiers, les courtisanes l'emportaient par leur éducation sur les femmes légitimes élevées et renfermées dans le gynécée. Celles-ci pouvaient être répudiées sans droit de réciprocité. A Bab%lone, toute femme devait se prostituer au moins une ibis par an, en l'honneur de la grande déesse Myfitta. Ces cyniques histitntions semblent elles-mêmes un reflet des fêtes du sivatsme hindou. Que d'idylles n'a-t-on pas chantées à l'éloge des Messalines sauvages de rocéanie : filles naïves, dit-on, qui se livrent sans intérêt î Nous savons aujourd'hui que la prostitution leur est lucre et métier ; elle est d'ailleurs sans entrave et sans mystère. En Abyssinie, le mari offre sa femme au voyageur; «ians l'Amérique du Nord, les filles des tribus de Peaux rouges font fêle aux ^appeurs qui arrivent avec des pacotilles de colliere, de vern)teries, etc, L'Orient, outre ses ûlles inscrites sur les registres du cadi, a ses aimées, ses haya<lères. Chaqoe musulman possède un lupanar domestique qu'on appelfe "areiii; la vente des femmes est l'odieuse conséquence de ces mcrars. Dans Motre société, la pureté des femmes est en raison directe de fcur instruction et w leur aisance; l'ignorance et la grossièreté habitent Ic9 lupanars; l'élégance, ^ Ulent, l'esprit qui charmaient les anciens auprès des coortlHanes, sont lapa- Oage des salons. A mesure que la civilisation a fait des progrès, b coortisane

ÉDUCATION ET MCEURS.

publique]

a perdu, la femme légitime a gagné. La promiscuité qui a été prèchée de nos jours au nom du progrès social, marque le plus bas échelon de 11 dégradation des femmes; elle en fait une matière commune k Tns^e de tous; séparées de celte masse et constituées en individualités distinctes sous le nom d'épouses^ elles sont traitées chez les tribus saufages en escla?es, presque en bêtes de somme; leur asservissement s'adoucit, sans disparaître, parmi les groupes de nations intermédiaires entre l'état sauvage et* celui de civilisation avancée; enfin dans les pays où Taisance et les lumières ont atteint leur niveau le plus élevé, il n'existe plus aucoae inégalité parmi les deux sexes, et la quantité d*influence sociale des iemmes ne dépend plus que du développement de leur raison, de leur intelligence du devoir, de leur aptitude aux sacrifices qu'exige la sainte mission d'épouse et de mère.

La vie moyenne s'accroît avec l'instruction ; c'est ce que démontrent les tableaux suivants, dressés par Bertillon (1) :

Ijes dix départements les plus ignorants.

Nunu.

Sachant

lin* et écrire,

»ur iOO babitauts.

Allier

Haute-Vienne . .

Indre

Corrùse

Cher

Finistère

Mièvre

Dordogne

Côles-du-Nord..

Morbihan

Moyenne . . .

Vie moyenne.

Les dix départements les plus instruits.

Noms.

Haute- Marne. . .

Doubs

Bouse ••••••••

Jura

Vosges

Haute-Sadne . . .

Meurthe

Cdle-d'Or

Ardennes

Moselle

Sachant

lire et écrire,

sur iOO habitants.

Moyenne. .

Vie moyenne.

Les dix dé}yartenieiU^ oit la vie moyenne est la plus longue.

Sachant Vie Nom!». moyenne.

Orne 49,7

Calvados 48,8

Eure 48,6

Lot-et-Garonne 48,2

Gers 46,0

Aube 43,5

Charente 42,3

Sarlhe 42,5

Manche 43,6

Indre-et-Loire 42,0

lire et écrire, lur toc.

Moyenne 46,0

Les dix départements oit la vie moyenne est la plus courte,

Saeiiant

lire et écrire,

•«ir 100.

Vie moyenne.

Noms.

Pyrénées-Orientales .

Finistère

Cher

Haute-Vienne 27,8

Gard 29,2

Vaucluse 29,5

Ardèche 29,7

Nièvre 30,0

Indra 30,8

Corrèze» . • 20,8

I Moyenne 29^0

46 ans de vie moyenne : 67,5 sur 100 «tultet savent lire et écrire. 29 ans de vie moyenne : 35,5 sur 100 adultes savent lire et écrire.

(1) fiertiUon, Unimi médicale, 1. 1., p. 2â5> 1856.

vvHimii FOLii!:, suiciDt: et cRLMl^ alité. 7*2 j

1 sur 5o9. Quant à l'Ecosse el à la Norvège, leur laiig dans cette sialistique tient à ce que Ton a compris, dans la somme de leurs aliénés, le nombre tr^ considérable d'idiots que ces pays renferment ; on sait que cette lésion ooogénitale de Tinteliect dépend des circonstances de localité. Concluons donCt avec firierre de Boismont (1), que la fréquence de l'aliénation et la diversité de ses formes sont en raison directe du degré de civilisation des peuples. Le chiffre de la population n'a poim une influence Immédiate sur la production de la folie, car de grandes capitdlei« des nations importantes par le nombre, ne présentent qu'une faible proportion d'aliénés ; le chiffre de ces derniers croit avec le développement des facultés intellectuelles, des passions, de l'industrie, de la richesse, de la misère, chez les peuples civilisés. La fulie est due surtout aux causes morales. D'après Casper, sur 1631 cas reçus à la Salpêtrière, on en compte 919 pour causes morales et 712 pour causes physiques. Déjà Pinel avait constaté, en 1807, que dans le même espace de temps U6U malades avaient perdu la raison pour causes morales, et 219 pour causes physiques. La folie est moins fréquente dans les campagnes que dans les villes, qui servent (le théâtre aux passions énergiques et aux efforts variés de l'intelligence. L'état moral de chaque nation se réfléchit jusque dans les formes de l'aliénation mentale; car elle n'anéantit ni le caractère ni les préjugés nationaux; à l'Iiôpitai (lu Caire, un aliéné musulman^ tourmenté par la faim, demanda à Madden (2) lin morceau de pain, et après l'avoir reçu, lui cracha au visage. £n France, la vanité, l'orgueil, l'ambition, le besoin des jouissances, le scepticisme et l'amour, le sentiment de la personnalité, l'inconstance et la mobilité des idées, tous ces traits distinctifs de la race gauloise, d'après Amédée Thierry, entrent encore dans l'étiologie morale de la folie. Chaque siècle, chaque époque engendre quelque idée dominante, quelque passion, quelque préjugé, quelque extravagance qui détermine une commotion morbide dans l'esprit de cette multitude d'êtres faibles, que firierre de Boismont appelle la matière première de l'aliénation mentale. La démonomanie, dès les premiers siècles du christianisme, au temps des trouvères et des chevaliers; l'érotomanie, dont Roland et le roi Arthur sont deux types fameux ; la chorée épidémique du moyeu âge ; le tarentisme qui commence aussi au xV siècle; la croyance à la magie, qui, de l/i8/i jusqu'à 17^9, a jeté des milliers de victimes dans les flammes des bûchers, etc. , nous montrent la série néfaste des aberrations de Tesprit humain. Les révolutions, les catastrophes font aussi monter le chiffre des aliénations. De 1831 à 1833, les admissions à fiicêtre et à la Salpêtrière ont donné, sur les années précédentes, un excédant d'un sixième. Desportes attribue cette augmentation à l'influence de la révolution et du choléra. On retrouve ainsi, jusque dans les maisons de fous, le contre-coup des événements politiques, du choc des passions, des luttes ardentes de l'esprit, des fluctuations de l'industrie, etc.

(1) Brierre de Boitinont, Ànnnk's d'/ii/yièuc imOtigue, V^ tcriCy 1. 111, |i. 259.

(2) Maddon, Trnveùt im Turkey, etc. Londres, 1829.

M. LivY. Hygiène, 5« éoit. «• •» â6

FUBLIQUI] FOLIE, SUICIDE IT GRIMIMAUTl 723

ia progression n*est pas moins notable : de 1758 à 1775, ftS saicides sealeinent; de 1788 à 1797, 62; de 1797 à 1808, 126; de 1815 à 1822, 5&6. £n Danemark, on a compté sur un million d'individus :

De 1835 à 1844 219 suieidM.

De 1845 à 1854 250 ^

De 1855 à 1859 288 -*-

Un quart enfiron de ces saiddeB proviennent da sexe féminin. — HamiMurg a compté en 1827 six fois plus de suicides qu*en 1821 ; Saint-Pétersbourg, dix fois plus en 1826 qu'en 1810. D'après les calcals de Farr pour 1838 et 1839, la proportion des suicides est, dans la Grande-Bretagne, de 1 sur 15 900 individus, tandis qu*en France, avec des relevés bien plus complets, il est vrai, elle serait de 1 sur 13/!i61 habitants. En Prusse, la proportion des soicides était, en 183^, de 1 sur 99^1 ; elle s'est élevée, en 1863, à 1 sur 8081 habitants. Dans ces chiffres ne sont pas comprises les tentatives non suivies de mort, dont la plupart sont restées secrètes, et néanmoins, de 1836 k 1843, Paris seul en a enregistré 1866. D'après Prévost, les professions lettrées fournissent le plus grand nombre de suicides. En Prusse, le maximum des suicides a lieu dans les provinces les plus éclairées. Dans le canton de Genève, la proportion des suicides lettrés aux illettrés est conune 10 à 7. Lombard y a trouvé 1 suicide sur 2& décès dans les classes industrielles, 1 sur 32 dans les classes aisées, 1 sur 39 seulement dans les classes %ianouvrières. En France, l'influence du climat semble coïncider avec celle de l'instruction. En effet, celleci atteint son maximum dans les départements de l'est, du nord, et décroît progressivement dans ceux du sud, du centre et de l'ouest Dans la période décennale de 1836 à 18&3, Brierre de Boismont a confirmé, par voie de statbiique, la tendance à l'accroissement du nombre des suicides dans les dépar-» temenis où l'instruction est le plus répandue. Sous le rapport de la fréquence des suicides, les cinq zones déparmenlales se groupent ainsi : nord, est, centre, ouest, sud ; les artisans représentent à peu près la moitié du chiffre général des suicides. Le département de la Seine seul fournit environ le sixième du nombre total des suicides annuds en France.

De quelque manière qu'on envisage le suicide, il est acquis que sa réparti^ tion parmi les peuples est très-inégale; sur un million d'habitants, on constate par an, dans les divers États de l'Europe :

, Belfiqoa 57

Suède 67

Anftetem 84

Praaee 100

PruMe 198

Nonréjia 108

Saxe 202

Génère . 207

OtneoBark 288

Le etrtetère natioMl ne parait pat étranger m choit des moyens empioyés pour ta perpétratioQ da soidde } sur IMO cm pris dans divers États,

on trouve (1) :

(1) Ptofeiieur Winimi, ^ GOtUHfue, BevMterungs.Siatistik, Leiptig, 1801, t. II.

rUBLlQUK] FOLIE, SUICIDE ET CRIMIMALITÊ. 725

de trois années, 13 (i67 ne savaient ni lire ni écrire, 76&6 le savaient imparfaitement, 21 16 possédaient cette mesure d'instruction assez pour en tirer parti, 637 avaient reçu une instruction supérieure. La proportion des accusés complètement illettrés était donc de 55 sur 100. En France, la statistique judiciaire, de 1828 à 1855, fournit un toul de 206 198 accusés dont le degré d'instruction fut connu (sur 1000, 827 hommes et 173 femmes); en Irlande, ile 1835 à 1 854, le total des accusés s'éleva à 346 528 (sur 1000, 729 hommes, 271 femmes); en Angleterre, de 1835 à 1856, il atteignit le chiOre total de 1 202 285 (sur 1000, 771 honmies, 229 femmes), et enfin, en Ecosse, de 1836 à 1854, le nombre total s'élève à 72 421 (sur 1 000, 731 hommes, 269 femmes). Le tableau suivant, emprunté aux dernières recherches de Guerry (1), montre, pendant ces diverses périodes, la proportion sur 1000 d'accusés des deux sexes ne sachant ni lire ni écrire :

Nombre des accusés ne sachant ni lire ni écrire sur 1000.

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