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Mêlîer (1), eiamiiiant les faits avec attention, reconnut que le tabac n'était pas sans exercer quelques effets nuisibles sur les ouvriers, et lui dénia tonte influence prophylactique salutaire. Indiquons d*abord la série des travaux auxquels donne lieu la fabrication du tabac et dont plusieurs ont été modifiés depuis la publication du mémoire de Parent-Duchâlelet. Les opérations préliminaires sont Fépoulardage ou triage des feuilles, et la mouillade ou leur bumectation par Teau froide simple ou salée. La'mouillade se fait dans des salles dallées, divisées en travées, où les feuilles sont étalées par couches minces et arrosées ; on mouille à 21 pour 100 d'eau salée à 12 degrés Baume pour la PQudre, à 28 pour 100 d*eau salée à 6 degrés pour les scarferlatis ; à 20 pour 100 pour les rôles ; à 8 pour 100 d*eau pure pour les cigares. Les manipulations préparatoires s'arrêtent là pour les feuilles destinées à la poudre, aux rôles, et aux cigares ; mais pour les scaferlatis, ou tabacs à fumer, elles subissent l'écôtage qui a pour but de leur enlever la portion saillante des côtes ou nervures, le hachage, qui se fait maintenant à Taide de machines à vapeur, et la dessiccation ou torréfaction des feuilles placées à cet effet sur des cylindres que la vapeur venant de la chaudière des machines échauffe jusqu'à 80 degrés centigrades et davantage. Le tabac à priser est aussi haché, à 10 millimètres de coupe environ ; mais ensuite on le réunit en tas rectangulaires de û mètres de hauteur sur i!i à 5 de largeur et 6 à 7 de profondeur, du poids de 40 5 50 000 kilogrammes, que Ton met à fermenter dans des magasins fermés. (]es masses s'échauffent, la température s'y élève à 60 degrés lentement; d'autres fois elle y monte rapidement et atteint, au bout de trois mois^ 75 à 80 degrés centigrades. Elles éprouvent, par la réaction de leurs principes, un travail intestin qui communique au tabac des qualités nouvelles; en même temps il se dégage une quantité considérable de gaz non encore analysés jusqu'à ce jour, mais que Ton suppose, d'après leur impresssion sur l'odorat, être de l'ammoniaque, de l'acide acétique et probablement de la nicotine ; ils imprègnent l'air d'une odeur acre, et le rendent difficile à respirer à une certaine époque de la fermentation. Celle-ci marche d'autant plus vite que les masses contiennent une plus forte proportion de Virginie et de bons tabacs indigènes; elle est plus faible, quand elles se composent de tabacs légers, de débris : l'état de l'atmosphère n'est pas sans influence sur son développement; à la suite d'un orage, on voit quelquefois partir une masse en retard. La fermentation n'est pas égale dans les diverses zones de la masse; nulle au pied, faible à 1 mètre de hauteur, très-sensible à 2 mètres, elle a son maximum aux jonctions des masses et aux angles antérieurs à 50 ou 60 centimètres de U surface supérieure. A cette hauteur, la coupe met à nu un cordon de parties d'autant plus noires qu'elles sont plus fermentées ; quelquefois elles sont entièrement carbonisées; ces deux nuances s'expriment dans le langage des ouvriers par les mots bouilli et rôti; une bonne fermentation doit donner la
(1) Mêlier, Biilieim de F Académie tfe médecine, 1845, t. X, p. 560.
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iabrication des rôles foornit les rôles ordinaires, f éritaUes cordes en feuilles moaillées écôtèes, et les rôles menu- filés composés entièrement de f irginie de qualité sopérienre ; Tenroalement s*opère à Taide d*un rouet La préparation des cigares est confiée aux femmes et se fait avec deux sortes de feuilles, les unes pour robes, les autres pour Tintérieur ; celles-ci sont légèrement humectées, puis écôtées ; celles-là sont assez mouillées pour être souples et extensibles^ écôtées, étalées sur une planchette et découpées en morceaux de 25 centimètres. Les cigares sont, après leur confection, étendus sur des claies dans des sécboirs,'et y restent pendant huit jours exposés à une température de 20 à 24 degrés, pour être ensuite renfermés dans des caisses et manutentionnés aussi longtemps que possible dans les magasins.
Ainsi Télaboration du tabac, qui ne se termine qu'en dix-huit à vingt mois, expose: 1* à des travaux de force ou simplement pénibles; 2** à un air chargé d'une poussière plus ou moins épaisse et acre; 3^ à l'humidité froide du mouillage; W* à quelques émanations de la plante fraîche et humide (écôtage); 5* à des émanations plus fortes augmentées par une grande chaleur (torréfacliou) ; 6** aux émanations et à des gaz développés sous l'influence de la chaleuf etde la fermentation (travail des masses) ; 1^ aux mêmes causes, et, de plus, \ la poussière du tabac (travail des cases) ; 8^ à la poussière seule, sans chaleur ni fermentation (tamisage). Or, la progression des accidents est en rapport avec ces conditions: faibles dans les opérations simples qui agissent sur la plante entière (époulardeurs, écôteuses, ouvriers du mouillage et du hachage, cigarières), plus prononcés dès que la chaleur est appliquée à la plante et que ia fermentation s'en empare, ils acquièrent leur maximum d'intensité, quand, k ces deux circonstances, s'ajoute l'état pulvérulent de la plante.
Il faut distinguer les effets du tabac en primitifs et en consécutifs: 1® le voisinage d'une manufacture de tabac se dénote par une odeur qui augmente à mesure que l'on en approche ; dans l'intérieur, on n'obsenc pas la stcrnutation continuelle dont parle Ramazzini , et qui incommoderait jusqu'aux chevaux ; mais, si l'on y séjourne quelque temps, on éprouve de la céphalalgie, du mal de cœur et des nausées, quelquefois de la diarrhée. Celle-ci, plus fréquente chez les fenunes, est salutaire et semble un effort spontané d'élimination des principes qui ont pénétré dans l'organisme. Beaucoup d'ouvriers se cessent point de ressentir ces symptômes, et force leur est de renoncer au travail des manufactures. Ceux qui s'acclimatent oublient les circonstances au milieu desquelles ils travaillent Parmi les affections qui semblent avoir uu rapport de causalité avec la profession, J. Ygonin (de Lyon) cite l'embarras glMrique qui figure, pour un tiers environ, dans le nombre total des maladies (1). Insouciants de toute précaution, ils mangent dans les ateliers sans se laver les mains, et, comme si le tabac ne les pénétrait pas assez, on les voit fumer et
(1) Ygonia, Maladies det ouvriers employés dans les manufactures de tabac. Lyon, 1866.