‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 94 sur 107 · JQUE] PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

JQUE] PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES

maladies sont rares on bénignes ; à Strasbourg, Rnef en a observé chez ouvriers. Nons avons mentionné l'action préservative qu'il a exercée, dit- ., contre la suette, la fièvre typhoïde, la dysenterie. Gasc a noté la rareté de gale et de la vermine parmi les ouvriers qui travaillent le labac. Cinq sur dix médecins attachés aux dix manufactures de TÉtat se sont rencontrés ir fortuite coïncidence dans Topinion que la phthisie est rare chez les ouvriers, et qu'elle fait des progrès moins rapides chez ceux qui en apportent le (erme déjà développé (Bordeaux, le Havre, Morlaix, Lille, Strasbourg) ; deux ^ nient cette sorte d'immunité; trois n'en parlent point. C'est surtout Ruef qui Tjf Ta signalée avec insistance. Mêlier fait remarquer d'abord que la population 1 des manufactures est choisie et subit une visite préalable à son admission ; ensuite il y a eu, en 1862, 3 phthisiques à Paris, 5 à Morlaix, 2 à Marseille; la phthisie ne fait donc pas défaut dans les manufactures; de plus, Mêlier a vu un cas de phthisie présumée se confirmer et s'aggraver dans la fabrique de Paris. Ygonin n'a pas non plus observé que le travail du tabac préserve de la phthisie et en arrête les progrès; il a vu souvent, dans ta manufacture de Lyon, des cas de tuberculisaiion pulmonaire qui suivirent leur marche ordinaire sans même éprouver de ralentissement apparent. On peut cependant admettre aujourd'hui, avec Ruef, Siméon, Parent-Duchâtelet et Hanover (de Copenhague, loc. cit.), que les ouvriers en tabac ne fournissent pas un chiffre élevé de phthisiques.

lY . Chanvre et lin. — Le rouissage ou la macération du chanvre et du lin a pour but de provoquer une réaction chimique qui détruit la matière gommorésineuse qui enveloppe et agglomère les fibres textiles des tiges; les lieux où Ton rouit s'appellent routoirs, roussoirs, rotours, roussières. On préfère pour cette opération les mares et les étangs, on les fosses creusées sur le bord des rivières et alimentées par une rigole. Toutefois le rouissage dans les eaux dormantes ne s'applique qu'aux lins dits de gros, c'est-à-dire de basse et de moyenne finesse; c'est en août et septembre qu'il se pratique sur la récolte de l'année, ou au printemps suivant Les meilleurs qualités de lin sont soumises au rouissage dans l'eau courante. Il est aussi un mode de rouissage à la rosée, dit rorage et sereinage, consistant à disposer en août et septembre le lin de la dernière récolte en couches minces ou ondins sur l'herbe courte des prairies, vergers ou jeunes trèfles de l'année, et de faire agir sur lui simultanément ou alternativement, pendant quatre à cinq semaines, la rosée, la pluie, l'air et le soleil ; on ne soumet que les lins de médiocre ou de basse qualité à ce procédé que l'on accuse de nuire à la ténacité de la filasse. Dans l'arrondissement d'Avesnes, on expose, comme en Russie, les tiges de lin destinées au rouissage sur la neige en février et en mars, pratique qui donne aux fibres textiles désagrégées une belle teinte jaunfttre et plus de solidité. Le rouissage à l'eau courante s'opère d'après trois procédés : 1* petit tour : le lin séché et battu, est roui par ballons ou fortes masses de /^OO gerbes, pesant environ 1600 kilogrammes ; il est ensuite curé, c'est-à-dire étendu sur la prairie ; 2* demi-tour:

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même mode de rouissage, d*aoikt à septembre; mais od ne cure qu'à la Gnè . mars de Tanuée suivante ; S** grand tour: le Un, battu vers la fin de Tbifcr. est roui en juin ou juillet, remis en grange pour être curé à la fin de mars 4e Tannée suivante.

Le rouissage communique-t-il \ Teau des propriétés délétères, et donoe4-i naissance à des émanations qui rendent Tair insalubre? Bosc, Rozier, Fodérè, Baudrillard, beaucoup d'autres écrivains, la Société d'encouragement po« rindustrie nationale, tous les pairs de France qui ont pris part à la discossioi du projet de loi sur la pêche fluviale ;1828) ont résolu affirmativement ces questions. Parent-Duchâtelet s'est livré à des expériences, à notre avis, peo probantes, et dont il a déduit des conclusions opposées à l'opinion générale. A l'en croire, les animaux et Thomine peuvent prendre impunément de» doses considérables de substances parvenues à une putridité qui n'existe pas dans la nature (1); et telle est, suivant lui, l'innocuité des eaux du rouissage « qu'on peut sans inconvénient les recevoir et les introduire dans les bassins destinés à l'approvisionnement des viUes, dans les tuyaux répartiteurs ». QnaH aux effets épidémiques que l'on attribue aux émanations du rouissage. Parent les nie ou les rapporte à l'insalubrité des localités elles-mêmes, à l'usage des fruits verts, aux vicissitudes atmosphériques, etc. 11 a couché sans inconvénient, avec sa femme et deux de ses enfants, dans une chambre où se trouvait un baquet de chanvre vert macérant dans de l'eau. Il a soumis à la même épreuve une femme valétudinaire et son en£int convalescent de fièvre intermittente. Mais d'abord peut-on comparer des personnes bien mmrnes et vivant dans l'aisance à la population des campagnes qui se trouve dans de ù mauvaises conditions d'hygiène? Ensuite ne trouve-t-on pas au nnbeu des marais des constitutions réfractaires \ leur influence ? Sur les cinq saires de l'Académie de médecine qui furent chargés, en 1829, de ces questions, un seul, Marc, penche à admettre l'innocuité du même dans les eaux croupissantes; les quatre autres, DumériJ, PeUetas, Yillermé et Robiquet pensent que le rouissage, sans rendre l'eau vénéneiBe, peut y introduire des principes délétères, et que cette eau devient d'aoCaol moins salubre qu'elle contient une plus grande quantité de ces priodpes. Telle est aussi notre conclusion : tout dépend ici du degré de concentration des matières que le chanvre en macération cède à l'eau ; il n'est pas possible d'admettre qu'une forte proportion de ces matières n'altère point la qualité de Teau. Les principes développés par la fermentation du lin et dissous dans le liquide d'immersion font périr les poissons et les crustacés qui peuplent les cours d'eau et les réservoirs en communication avec les roaloirs. Il eu est de même des émanations disséminées dans l'espace par les vents, elles perdcBl leur activité ; mais au milieu des villages, les mares qui les exhalent sont des foyers morbiûques. L'expérience domestique de Parent renouvelait-elle ce qui

(1) Parent-Duchâtelet, Hygiène publique, 1836, t U, p. 550.

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