‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 95 sur 107 · HIBUQUE] PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

HIBUQUE] PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES

se passe dans le voisiaage des routoirs, où l*on voit se condenser en brouUlards, après le coucher da soleil, les miasaies m^és de vapeur d*eau ? Peu nuisible dans les eaux vives et courantes, le rouissage Test beaucoup dans les mares, et d'autant plus qu'il a lieu pendant la saison la plus chaude de Tannée : les miasmes qui naissent de la décomposition du parenchynie du chanvre émanent alors en abondance et forment des foyers d'infection plus ou moins étendus. Objectera-t-on que ces mares donnent lieu par eUes-mêmes k des effluves nuisibles ? Raison de plus pour ne pas ajouter un méphitisme k un autre ; ces mélanges ont presque toujours pour efiet une «ugmeautîon d'insalubrité; plus d'une mare disparaîtrait d'ailleurs, si die n'était entretenue pour et par le rouissage, sans compter les fosses établies sur le bord des canaux et les excavations pratiquées dans les terrains bourbeux uniquement pour cette opération. Celle-ci, en définitive, est-elle autre chose qu'une putréfaction de substances organiques ? Aussi cherche-lron depuis longtemps à substituer d'autres procédés an rouissage par immersion. L'abbé Rosier avait proposé l'enfouissage du chanvre et du lin dans les fosses recouvertes de terre; Bralle, au commencement de ce siècle, leur exposition pendant deux heures k une température de 62 degrés R.; diristian, l'action de cylindres cannelés. Le procédé irlandais, employé aujourd'hui dans plusieurs manufactures consiste k déposer le lin préalablement égrené dans des cuves avec de l'eau qu'on échauffe par un courant de vapeur k 32 degrés centigrades ; la fermentation est complète en soixante heures; on sèche ensuite à l'air et au séchoir. Le procédé de Bouchon, expérimenté par une conunission de savants et de praticiens (déc. 1842), s'applique partout au moyen d'un récipient de bois où l'on fait macérer le chanvre et le lin dans l'eau acidulée par l'adde sulfurique (1 kilogramme pour 200 litres d'eau pour le chanvre, et 400 litres d'eau pour le lin). Un rapport de Payen avait signalé dès 1830 (1) le procédé irlandais dont l'origine est américaine, car il a été inventé par Chenck. Il est appliqué avec des modificatfons dans l'établissement de Marcq (Nord) appartenante Scrive frères (2). Un botaniste beige, Glausen, ayant constaté au microscope que le filament utile du lin est un k>ng et frêle tuyau susceptible d'étro isolé des cellules et des vaisseaux de la plante sans putréfaction préalable, a remplacé le rouissage par l'actfon chimique de la soude caustique (2 parties de soude pour 100 d'eau) ; une ébollitfon de trois à quatro heures dans ce liquide enlève au lin tout ce qui n'est pas fibre ligneuse ; on neutralise la soude par l'acide sulfurique (1 pour 500 d'eau), on lave, on sèche, on bat ; les tiges, coupées en courte fongueur, subissent ensuite un nouveau traitement alcalin (10 carbonate de soude et 100 d'eau) ; puis, plongées dans une dissolution d'adde sulfurique et d'eau (1 pour 200), elles se gonflent et se convertissent

(1) Payen, Moniteur, à octobre 1830.

(2) Voyei Rapport sur la travaux du Conseil central de salubrité du département du Nord, de 1830 à 1851.

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en ane masse souple, cotonneuse, appelée par l'inventeur lincoton^ qui peut être employée écrue, ou amenée, par le blanchiment à Taide du sous-chlorate de magnésie, à Tétat de ouate soyeuse et brillante, apte à la filature et au tbsage sans teillage ultérieur. Il est enfin un procédé mécanique dû à Leoni et Coblentz, qui, supprimante rouissage, transforme immédiatement le chanvre en filasse; il s'exécute par deux machines dont l'une écrase et triture le ligneux des tiges écrues en laissant les fibres entières dans toute leur longueur, et l'autre élimine les parties ligneuses, nettoie, redresse et divise leurs filaments. Cette double opération dure quelques minutes. Si nous entrons dans ces détails, c'est pour montrer que l'industrie linière n'est pas condamnée à multiplier dans nos campagnes les foyers d'infection par le rouissage, et que cette opération, en quelque sorte grossière et empirique, est certainement destinée à se modifier au profit de l'hygiène publique.

Les ouvriers qui cardent, peignent, pilent, filent et tissent le chanvre et le lin^ ne sont pas incommodés par les émanations^ mais ils éprouvent tous les effets nuisibles d'une atmosphère chargée de poussière filamenteuse : effets qui sont les mêmes pour les ouvriers en coton. Moiigagni rapporte les ouvertures de cadavres de cinq ouvriers chanvriers et liniers dont les pounHNis n'attestaient que trop l'action funeste de ces poussières. Dans un mémoire do docteur Picard (de Guebwiller) (1), la fréquence de la phthisie chez les ouvriers employés dans les filatures est parfaitement démontrée. Ce médecio pense que, dans la plupart des cas, on n'a pas affaire à la phthisie tuberculeuse : la maladie que présentent ces ouvriers serait analogue à celle des tailleurs de pierre, des aiguiseurs. — Ce qui peut confirmer dans cette opinion, c'est que souvent des individus présentant les symptômes de la phthisie pulmonaire (hémoptysies, crachats suspects, submatité, amaigrissement, sueurs nocturnes, etc.) se rétablissent complètement après avoir quitté la filature. Ces ouvriers sont encore sujets à la sécheresse de la bouche et du gosier, aux engorgements et aux rougeurs des paupières avec ou sans érosion, au gonflement et à la rougeur des pieds par suite de leur contact permanent avee les paquets de chanvre, à l'inflammation érosivede l'épithélium et des papilles de la langue, à la stomatite érythémateose, etc. (Villermé et Toolmouche.) Ces derniers accidents sont dus à l'habitude qu'ont les fileuses de mouiller leur fil avec la salive en portant sur la langue le chanvre avec les doigts. L'emploi d'une éponge mouillée pour cet objet supprime ces ficbeuses lésions dont les récidives sont fréquentes.

V. Coton, — Villermé n'a pas vérifié les effets pernicieux que l'on a attribués à l'huile qui sert au graissage des machines et qui imbibe les planchers, à la colle employée parles tisserands pour assouplir leurs fils, à certains procédés de teinture on à quelques mordants employés pour l'impression. Les

(1) S. Picard, Hygiène des ouvriers employés dans les filatures (Ann, d'hyg. pnU,, 2« série, 1863, t. XX, p 258).

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