PUBLIQUS] PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES
ouvriers s'accoutument aux odeurs désagréables que répandent ces matières; mais ce qui les tue, c'est l'épais nuage de poussières irritantes et de duvet cotonneux qui s'attachent à leurs cheveux, à leurs orifices muqueux, et qui s'insinuent dans le nez, la bouche, le gosier et jusque dans les voies aériennes; la légèreté spécifique de ces corpuscules fait qu'ils sont entraînés dans l'inspiration et mis en contact avec le poumon, qu'ils enflamment. Leur forme filamenteuse et leur flexibilité leur permettent de pénétrer profondément et de s'adapter à la direction des divisions bronchiques. Les nouveaux ouvriers se plaignent d'abord de sécheresse de la bouche; puis la toux se déclare, symptôme d'une maladie naissante qui recevra plus tard la dénomination significative de phthisie ou de pneumonie cotonneuse, suivant la lenteur ou la rapidité de sa marche. Ceux qui abandonnent l'atelier pour n'y plus revenir guérissent. Le battage soulève ces mortelles poussières par nuages ; aussi,, dans beaucoup de filatures, les ouvriers des ateliers du cardage en sont chai^ à tour de rôle comme d'une tâche périlleuse. Autrefois le battage se faisait à la main ou à la baguette. On a inventé pour la laine et le coton des machines, qui ouvrent ces substances au sortir de la balle, les battent et les épluchent : ce qui a permis de supprimer les éplucheuses à la main et de réduire le nombre des batteurs ; néanmoins ces deux opérations ne peuvent encore se faire qu'à la main pour le filage en fin. La même insalubrité pèse sur les premières opérations du cardage, sur le débourrage et l'aiguisage des cardes ; les aiguiseurs se trouvent à peu près dans les mômes conditions que les polisseurs d'acier. Un masque de gaze préserverait tous ces ouvriers des poussières en suspension dans l'air ; mais celles-ci, attirées sur le masque par chaque inspiration, ne tarderaient point à l'oblitérer par l'épaisseur de leur dépôt. Heureusement on a modifié les machines à battre et à nettoyer le coton, de manière qu'elles ne soulèvent plus autant de poussières et de dépôt. Yillermé a visité en 1836, à Zurich, et plus tard eu Alsace, des ateUers de batteurs ventilateurs où les ouvriers portaient à peine des traces de leur occupation. Il faut joindre aux causes précitées de maladie la température élevée de plusieurs ateliers. Il faut pour le filage des fils les plus fins une chaleur de 2U à 25 degrés centigrades, pour le parage à la mécanique 34 à 37 degrés centigrades, et pour certains apprêts jusqu'à 40 degrés; dans ces ateliers sans ventilation, on voit les ouvriers, bras, pieds et jambes nus et à peine vêtus du reste, baignés dans l'abondance de leur transpiration. Enfin, un travail borné à quelques mouvements qui se répètent avec une accablante uniformité et dans l'enceinte étroite d'une même salle ne leur est pas moins préjudiciable, et les jette dans un état mixte de langueur physique et d'ennui que Yillermé compare à la nostalgie.
Les aflections tuberculeuses, scorbutiques et rhumatismales, précédées de i'étiolemcnt et de la faiblesse générale de l'organisme, tel est le triste lot des tùserands à bras, qui travaillent 14 à 17 heures par jour à faire des toiles de coton, de lin ou de chanvre, et qui, mal nourris, sentent leur poitrine inces-
S9a DES PROFESSIONS EN PÀRTICVLIEK. [««lÉM
samment ébranlée par les percussions du balancier sur le cylindre aotoiir daquei Tétoffe s*enroole. Chez les tisserands (i) comme chez tons les ooTrien qai travaillent au métier, Tattitude pénible qu'ils sont obligés de pi^ndre. Pinégale répartition des efforts qui portent seulement sur certaines parties^ et en outre certaines habitudes vicieuses, comme celle desucerles fils, sont les causes occasionnelles d'un certain nombre de maladies. On doit signaler spécialement, parmi les affections des organes respiratoires, outre la tuberculose, les maladies catarrhales du pharynx, du larynx et des bronches; parmi les maladies des voies digestives, la gastralgie, un état habituel de constipation, ]eshéniorrhoîdes,eic Les efforts des extrémités supérieures et infénenres, portant d'un seul odié, l'attitude inclinée du tronc donnent lieu à des déviations. — Ponr empêcher la dessiccation trop prompte de la couche de colle dont les fils de la chaîne sont enduits, les ouvriers sont obligés de fabriquer ces toiles dans des lieox frais» un peu humides et à l'abri des courants d'air. On a inventé nne colle Ate purement hygrométrique, et qui permet de tisser à tons les étages, comne on fait pour la soie et la laine; mais elle coûte trop cher, et les simples tisserands languissent encore dans les rez-de-chaussée et les caves. Les tisa^ rands en laine et en soierie travaillent dans des ateliers plus salubres et jouissent d'une aisance plus grande. L'invention du métier à la Jacqnart épargne beaucoup de fatigue aux ouvriers qui fabriquent les étoffes brochées et façonnées, en même temps qu'il exige par sa hauteur des ateliers mieux aérés, mien éclairés; elle a de plus supprimé les tireurs aux genoux cagneux.
Les machines à coudre, dont l'usage s'est si rapidement répandu, exercent sur la santé des ouvrières des influences fâcheuses que Guiboot a le premier signalées(2). En Angleterre, le docteur Oovm a confirmé de tous points les remarques du médecin de Saint-Louis. Voici la description succincte des phénomènes que ces médecins ont observés : les malades, pour la plupart, se plai* gnaient de palpitations de cceur survenant la nuit et de douleurs de reins s'éte»dant JQsque dans les cuisses, de céphalalgie sus-orbitaire, de vertiges ; les yen étaient ternes, cerclés de noir; on a aussi noté une certaine hébétude physiqpaeeC morale, et de la leucorrhée dans la majorité des cas. — Tous ces accidents doivent 4}tre rapportés aux mouvements particuliers nécessités par la mise en ceorre de la machine. La plupart de ces appareils ont pour moteur deux pédales que l'on fait mouvoir par la pression alternative des deux pieds; il en résulte une élévation et un abaissement successif et rapide des deux cuisses qui frottent l'une sur l'autre ; ce frottement continuel transmis à la vuhre y provoque excitation très-vive qui conduit les femmes à des habitudes de On conçoit facilement que les machines^ une seule pédale aient moins d*incon»
(1) Seeimnn, Maladies chroniques des tisserands et des passementiers (Cansiait's Jahresberiehte ûber die Fortschritte der Medicin, 1S62, t. VII, p. 48).
(2) Gttibout, De t influence des machines à coudre sur ia sanlé ei la marmiiié ek$ ouvrières {Union médicaie, 1866, p. 501).
publique] professions A MATIÈRES INORGANIQUES. 895
Yénients. — Pour éviter tout accident, il faudrait trou?er un moteur qui supprinierait le jeu des pédales. L'ingénieur Cazal a proposé d'employer les appareils moteurs électro-magnétiques à pôles multiples, puissants sous un petit volume, et dont le prix de revient serait assez modéré. Les petits moteurs hydrauliques semblent plutôt appelés à résoudre la question dans les grandes villes.
•. — Pr0ffeMil«iu à matières Inorsani^Hefl.
L Sulfure de carbone. — Nous avons mentionné ailleurs les applications nombreuses que le caoutchouc a reçues dans l'économie domestique, dans l'art vestiaire, etc. (voy. t II, p. 84). Cette industrie presque nouvelle repose sur le procédé de la dissolution de la matière brute et emploie presque exclusivement, pour l'obtenir, le sulfure de carbone qu'elle achète à des prix mimines et consomme en quantités énormes. Des accidents graves, développés chez les ouvriers en caoutchouc, sont dus à l'action des vapeurs que dégage ce dissolvant; déjà Duchenne (de Boulogne) avait signalé la paralysie occasionnée par la vulcanisation du caoutchouc; mais c'est Delpech (1) qui a le premier appelé l'attention sur l'ensemble des effets dus à cette cause et qui les a étudiés avec attention.
Le sulfure de carbone (alcool de soufre) est un liquide incolore, d'une densité de 1,263, d'une odeur nauséabonde et spéciale; il bout à /!i5 degrés. Le sulfure de carbone dissout rapidement le caoutchouc en toutes proportions, et prend la consistance que l'on veut Les applications de cet agent ont pris un développement considérable. Outre les opérations qui ont pour but la préparation de ce corps en quantités énormes, sa distillation, sa révification, lorsqu'il a déjà été employé, on l'utilise pour le dégraissage des laines en suint, l'extraction ou la purification de la paraffine, l'extraction de la graisse des os, celle du bitume et du soufre que renferment quelques roches, les grès de Forcaiquier par exemple. £. Millon s'en est encore servi pour la séparation des essences aromatiques des végétaux, Doyère pour la conservation des grains conservés en silos, Aubert et Gérard pour la fabrication en grand et bien plus économique du collodion.
Deux surfaces humectées de sulfure de carbone, puis enduites de la solution, adhérent avec force quand on les applique l'une sur l'autre : tel est le procédé de fabrication des chaussnres imperméables et de leur réparation par l'addition d'une plaque pf3u épaisse do gomne élastique. Ce dernier travail, qui exige un très-modeste outillage, se fait presque généralement en chambre, dans des conditions qui favorisent l'intoxication par le sulfure de carbone ; aussi cettte caté-
(1) Delpech, Mémoire sur les accidents que développe rinhaiation du suiflwe de carbone en vapeur ^ etCy lo à l'Académie de médecine. Paris, 15 janTter 1856. — NouveUes recherches sur rintoxkation spéciale que détermine le sulfiire de carbone (iitn. (Thyq. pubL et de méd. %., 2* aérie, IMS, U XIX).