PUBUQDE] PROFESSIONS À MATIÈRES INORGANIQUES
et que par conséqaent il ne saurait ajouter ses effets à ceux du sulfure de carbone, surtout quand il est mélangé avec ce dernier corps dans des proportions aussi peu considérables que celles qui se rencontrent dans le ntélange vulcanisant (environ i/lOO) (1).
Le traitement hygiénique, avec la condition première de Téloignement de la cause, suffit pour ramener à la santé les ouvriers déjà atteints d*une manière sérieuse; malheureusement, leur travail étant lucratif, ils y retournent et multiplient les rechutes dont Tinflueuce finale peut être pressentie, mais n*a pas encore été précisée. Il y a donc lieu d'interdire remploi du sulfure de carbone en chambre et dans des logements dépendant de maisons habitées. Quant aux fabriques, elles sont de deux .sortes : les unes produisent le sulfure par centaines de kilogrammes par jour ; les autres l'appliquent à des usages industriels. Ou doit exiger que, dans les premières, les appareib soient placés sous des hangars ventilés, et que les vases contenant le sulfure soient hermétiquement dos. Dans les secondes, qui sont rangées dans la deuxième classe, les cuves de dissolution doivent être fermées avec soin au moyen d'une fermeture hydraulique; on n*en sortira que la quantité de matière nécessaire au travail immédiat; une ventilation active entraînera les vapeurs, qui, portées dans les fourneaux avec les précautions conunandées par leur combustibilité, seront utilisées et détruites. La vapeur de sulfure de carbone étant plus lourde que Tair (2,67), il sera possible d*efleauer la ventilation per descensum, en ' établissant dans le sol de Tatelier une série de canaux énergiquement aspirés par un foyer, une cheminée d'appel, etc. On pourrait encore prendre au centre et à la partie inférieure de Tatelier Tair nécessaire à l'alimentation du foyer.
Masson (2) a conseillé, pour absorber les vapeurs de sulfure de carbone dans les atelier^ où l'on vulcanise le caoutchouc, de recourir à l'usage de solutions caustiques et de chaux vive en particulier. Un ouvrier a imaginé pour se soustraire aux émanations nuisibles d'exécuter le travail dans un compartiment séparé de l'atelier par une cloison de bois percée de trous assez larges pour y passer les avant-bras. Un manchon de caoutchouc inséré d'un côté au pourtour des ouvertures, serrant de l'autre le poignet de l'ouvrier et laissant les mains libres, empêche le passage de toute émanation. Du côié do l'atelier, un vitrage oblique à hauteur d'homme permet de suivre le travail des mains. Cette manière de procéder, que Delpech a justement approuvée, a malheureusement bien peu de chance d'être adoptée.
IL Chromâtes. — Les ouvriers employés à la fabrication des chromâtes sont exposés à un certain nombre d'accidents qui n'ont bien été étudiés que
(1) A. Delpech, Industrie du caoutcfiouc foufflé {Annales d*hygiène^ 2* série, 1863 t. XIX, p. 65),
(2) Maison, Moyen de prévenir les accidomis que développe chez les ouvriers tinhalthtiun du sulfUre de carbone en vapeurs {Comptes rendus de t Académie des sciences 1858, t. XL VI, p. 683).
M. LÉTT.Hyfiène, 5* ton. ' u.-* 57
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dans ces dernières années, d'abord par Bécourt et Chevallier (1), pais par Delpech (2) et Hillairet (3). — Malgré les assenions contraires de Zuber et Hermann (de Rixheim), tous les ouvriers sans exception qui fabriquent les chromâtes de potasse sont exposés aux accidents suivants : plaies d'an caractère tout particulier tendant à gagner en profondeur, accompagnées d'indurations passagères et laissant après elles des cicatrices indélébiles siégeant aux mains et aux pieds, particulièrement sur les parties latérales des orteils et des doigts ; — éruptions pustulo-ulcéreuses occupant les bras, le pins souvent chez les individus dont les vêtements sont trop légers on trop flottants, quelquefois les autres parties du tégument cutané et les parties génitales en particulier; enûn une rhinite spéciale qui se termine par la nécrose ou plutôt la destruction d'une partie du cartilage de la cloison des fosses nasales et par une perforation complète. — Â ces acckients, qui sont de beaucoup les plus fréquents, Hillairet ajoute des bronchites intenses, une céphalalgie fréquente, de ramaigrisscment et enfin des ulcérations de la gorge pouvant simuler des lésions syphilitiques.
Les accidents se développent avec une grande rapidité. Les ouvriers ne sont pas occupés depuis quelques jours dans l'usine qu'ils commencent à payer leur tribut Les lésions que nous avons rapidement énumérées se produisent aussi bien dans la fabrication du chromate neutre que dans celle du bichromate. Ce dernier semble cependant les développer avec plus d'intensité, et les vapeurs qui s'échappent des chaudières pendant sa préparation paraissent ^ir très-énergiquement sur les fosses nasales. On'doit attribuer tous ces accidents à une action directe et escharotique des chromâtes; la puissance caustique des matières pulvérulentes et des vapeurs chromatées est telle que les animaux qui vivent dans l'usine, en dehors même des ateliers, sont aussi atteints et parfois à un très-haut degré.
IIL Phosphore, — Deux catégories d'ouvriers, deux bbricatioiis sont intéressées dans la question du phosphore.
A. Fabrication de phosphore, — La maladie caractéristique des fabricants d'allumettes chimiques, la nécrose des mâchoires, manque dans ces écab/issenients; cependant il y a des ouvriers spécialement employés à la préparation du phosphore, ils en respirent et en absorbent les vapeurs à ce point que leor baleine devient lumineuse dans l'obscurité. Glénard (6), qui a rédigé l'excellent
(1) Bécourt et A. Chevallier, Mémoire sur les accidents qui atteignent ies ouvriers qui travaillent le Lichrottiatc dépotasse (Ann. dhyg,^ 2* série, U XX, p. 83).
(2) Delpech^ De la fabrication des chromâtes et de son influence sur la santé des onvriers {Bulletins de r Académie de médecine^ 1863-1864, t. XXIX, p. 289).
(3) Hillairet^ Maladies des ouvriers ckromateurs {Bui/etin$ de tAcad, de tnëefec. 1863-1864, t. XXIX, p. 345).
(4) Enquête du Comité d'hygiène et de salubrité de Lyon (Rapport da A. Gâéaard, 12 décembre 1855, dans Hygiène de Lyon, 1860, p. 308 et suiv*). Ge decamanteat de détails exacts et de saine appréciation.
publique] professions A MATIÈRES INORGANIQUES. 899
rapport du comilé de salubrité do Lyou, explique cette iinmuuité : tandis que les ouvriers des fabriques d'allumettes, entassés dans des locaux mal aérés, al)sorbent presque sans bouger un air infect, ceux des fabriques de phosphore se meuvent librement dans l'atmosphère sans cesse renouvelée de vastes ateliers; la ventilation y est activée par d'énormes foyers incandescents; les ouvriers n*ont qu*à entretenir le feu, à surveiller les récipients où se condense le phosphore ; les récipients une fois pourvus d'eau et le foyer de charbon, ib se reposent, ils sortent. Les mouleurs de phosphore, assis dans une pièce sombre, humide, encombrée de masses de ce produit, doivent leur immunité à l'immersion constante des cyUndresde phosphore dans l'eau, tandis que dans l'atelier du trempeur d'allumettes chimiques, le phosphore, infiniment divisé dans la pute, est expasé sur une grande surface au contact de l'air.
B. Fabrication d'allumettes chimiques, — Elle nécessite les opérations suivantes : a. coupe du bois et fente des tiges d'allumettes; b. confection de boîtes ; c, mise en presse ou en châssis des tiges d'allumettes ; d. soufrage ; e. trempage dans la pâte ou mastic chimique ; /l dépôt dans l'étuve ou le séchoir ; g, démontage des presses; h. mise en paquets et en boites; t. préparation des pâtes ou mastics chimiques.
Les allumettes ordinaires et celles de luxe se préparent d'une manière différente : les unes, dites carrées, sont simplement soufrées et trempées ; pour les autres, dites rondes, le soufrage est remplacé par la dessiccation ou l'immersion dans la stéarine, et le mastic est appliqué à froid^ au lieu de l'être à chaud, ce qui supprime les vapeurs phosphorées. Le mastic lui-même varie; il se compose pour les premières d'un mélange chaud de colle, de phosphore, de verre pilé et de cinnabre ou bleu de Prusse; pour les secondes, d'une solution de gomme où le phosphore est mélangé, soit avec du chlorate de potasse, soit avec un oxyde de plomb préalablement traité par l'acide nitrique. A Marseille, le conseil de salubrité n'autorise les fabriques d'allumettes qu'à la coodi* tion du travail à froid. Une partie des opérations sus-indiquées n'entraine aucun inconvénient, aucun danger ; il n'en est pas de même de la préparation du mastic, du trempage, du séchage, du démontage et de la mise en boîtes ou en paquets. Les ouvrières appliquées à ces travaux éprouvent d'abord de l'inappétence et des maux d'estomac et de ventre, symptômes notés par Tardieu et par le médecin de la fabrique de Sarreguemines ; puis de la céphalalgie, des étouiïements et une toux quinteuse. L'irritation des voies respiratoires peut devenir grave, la disposition aux maux de gorge persistante. Les enfants ne résistent pas à l'atmosphère de ces fabriques, ils s'y étiolent La phosphorescence de l'haleine dans l'obscurité est un phénomène constant chez presque tous les ouvriers employés à ces spécialités. Mais une autre lésion aussi funeste que singulière les attaque, c'est la mortification lente et progressive des os de la face, débutant par l'une ou l'autre mâchoire, d'ordinaire par l'alvéole d'une dent extraite ou malade, et qui peut se propager à d'autres parties du squelette de la face. La nécrose phosphorique ou mal chimique a d'abord été ohser-
900 DES PROFESSIONS EN PARTICGUER. [HTCiDn
véc en Allemagne par Lorinser (de Yienoe), en 1845, sur neuf femmes doot cinq avaient succombé; puis par Heyfelder à Erlangen, par Ncumann à Berlio, par Sédillot et Strohl à Strasbourg, par Dupasquier à Lyon, Broca, etc. (i . Quand on veut calculer la proportion numérique de ces accidents, il ne faot avoir égard qu'aux ouvriers employés aux opérations insalubres; ils fonneot le tiers du personnel total des fabriques. Â Lyon, la nécrose phosphorique i frappé, de 1866 à 1855, 10 ouvriers sur 100 de cette catégorie ; si ou la constate plus fréquemment chez les femmes, c'est que celles-ci sont en majorité dans ces fabriques. Ce n*est guère qu'après trois ou quatre années de travail, quelquefois plus tard^ et même après l'abandon de ce genre d'occupation, que les ouvriers éprouvent les premiers symptômes du mal. En 18!i6, époque où cette industrie était naissante, Dupasquier n*a pas rencontré à Lyon un seul cas de nécrose phosphorique; moins de dix ans après, la commission d'enquête en constatait douze. Sur 58 c^is de cette affection relatés dans le rapport au comité consultatif d'hygiène, 17 ont été suivis de mort; quand elle ne tue pas, elle laisse à sa suite une difformité qui entrave pour toujours la mastifîcatioD et rarliculalion des sons. Dupasquier a analysé les vapeurs qui troublent la transparence de l'air dans l'atelier des démonteurs, des trempeurs, des metteurs en paquets ; il les a trouvées composées surtout d'acide hypophospliorique mélangé probablement avec de petites quantités de phosphurc d^hydrogène; il admet, en outre, que le phosphore y existe à l'état de vapeur. L*acide hypophosphorique, en se dissolvant dans la salive, passe à letat d'acide pliosplK)rique qui agit sur les gencives et sur les dents; par la salive qui séjourne dans le cul-de-sac alvéolo-dentaire, il pénètre jusqu'au périoste alvéolo-dentaire et attaque le rebord alvéolaire, qui est toujours le siège primitif de la nécrose ; dépourvues de glandes, les gencives sont plus exposées à Faction des vapeui-s phosphorées que toute autre partie de la bouche ; s'il existe des caries dentaires, elles la favorisent en contribuant à rendre les gencives rouges, saignantes. Le tissu gingival, une fois atteint par le mal pliosphorique, le transmet au |)érioste avec lequel il est confondu sur le bord alvéolaire, et se continue sans démarcation autour des dents (périoste alvéolo-dentaire); c'est en ce dernier point que les vapeurs phosphoriques, dit Trélat (2), trouvent ie plus facile passage.
En général, les malades sucœmbent, soit à l'épuisement progressif quî résulte d'une suppuration chronique et d'une perte continue de la salive, soit à des hémorrhagies ré|)étées qui se produisent au niveau des surfaces ]>yogéniques, soit aux progrès d'une tuberculisation pulmonaire, soit encore à Vextension de la nécrose vers les os du crâne, extension qui détermine des mô* ningites purulentes et des abcès du cerveau. I^ stéatosedcs viscères (foie,
(!) Tanlieu, Annnhs (rhytjicnc. Paris^ 1856^ t. VI, p. 18.
(2) Trélat, thèse de concours pour Tagréçation. Paris, 1857. />e h nécr'yt** rttu^.^ por ie phosphore.
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reius^ etc.), qai caractérise rempoisoQnement par le phosphore, semble être tout à fait exceptionnelle dans Tintoxication phosphoriquc professionnelle. M. Bucquoy (1) a rapporté récemment robsenratiou d*une malade qui travaillait depuis dix-hoit ans dans une fabrique d'allumettes, lorsc[u*elle éprouva les premiers accidents; elle présentait une nécrose des maxillaires supérieurs et de plusieurs os de la face. A Tautopsie, on trouva une stéatose généralisée des viscèr&s et des muscles ; il n*y a pas jusqu'aux poumons qui n'aient aussi oiïert l'altération graisseuse. Ce fait est peut-être unique; dans l'intoxication professionnelle par le phosphore, affectant même une marche aiguë et s'accompagnant des plus graves accidents , on n'observe pas de stéatose des viscères. Chez une malade observée par Alf. Foumier et OUivier (2), en dix jours' les accidents eurent une issue fatale, et à l'autopsie on ne trouva sur aucun point de dégénérescence graisseuse des organes ; le sang présentait une fluidité remarquable et l'on doit peut-être attribuer la mort à une altération particulière du sang, à une sorte de toxémie.
Au danger d'une maladie cruelle s'ajoute celui des explosions; celles-ci ont pourtant diminué de fréquence, soit que les interdictions locales du mélange du chlorate de potasse au phosphore aient été suivies d'effet, soit plutôt que la prudence des fabricants, avertis par de terribles exemples, se borne à préparer de petites quantités de mastics et fasse prévaloir le travail à froid.
Enfin les qualités vénéneuses du phosphore ont transformé les allumettes en un instrument de suicide et d'homicide ; les cas d'empoisonnement par cet agent se sont assez multipliés pour éveiller la sollicitude du pouvoir. Chevallier père et Bis ont fait ressortir que dans le tableau des cas d'empoisonnement soumis au jury de 18/i6 à 1 852, la pâte des allumettes vient en troisième ligne, après l'arsenic et le sulfate de cuivre.
Voilà bien des raisons pour aviser. Les conseils de salubrité ont prodigué les instructions; une mention est due au rapport de Cadet de Gassicourt (nurs 1856) et au rapport académique où sont relatées les recherches de Chevallier (3). Mais il ne s'agit plus d'expédients pour déceler un poison, de mesures d'assainissement plus ou moins faciles à appliquer, etc. La découverte du^phosphore amorphe et de son innocuité conduit naturellement à substituer un produit inoiïensif à une substance toxique. Soumise l'action prolongée de la chaleur, le phosphore est modiûé dans ses caractères apparents et dans ses propriétés essentielles : c'est ce produit que son inventeur, Scbrœtter (de Vienne), a nommé phosphore rouge ou amorphe, aussi différent du phosphore ordinaire que le diamant l'est du cliarbon, suivant l'ingénieuse comparaison de Bussy qui, le premier, a démontré expérimentalement qu'on peut le donner impunément aux animaux à des doses considérables. Il ne répand ni odeur ni vapeur; on peut l'exposer à l'air, le manier, le frotter sans l'enflam-
(1) Bucquoy, Union médieaie^ 23 et 25 jain 1868.
(2) Àir. Foumier et OlÛvier, Onùm médicale, 21 juiUet 1868.
(3} Poggiale, Bulletin de C Académie de médecine^ 1860, t. XIY, p. 246.
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pris de toux. Géoéralenient cette irritation disparaît peu à peu, mais quelquefois il n'en est pas ainsi, et Ton voit survenir des accidents plus graves et en particulier la bronchite chronique et Temphysème pulmonaire. En compensation, les maladies herpétiques et parasitaires sont fort rares chez ces ouvriers. Les accidents que détermine le soufre du côté des yeux ont été étudiés 4'uiie façon spéciale par M. Bouisson (de Montpellier) sur les ouvriers employés au soufrage de la vigne (1).
La plupart des travailleurs chargés de cette opération qui se renouvelle, depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'août, à chaque invasion de l'oïdium, siont atteints d'une conjonctivite plus ou moins intense.
Le soufre est employé, soit à l'état de fleur de soufre ou soufre sublimé, soit à l'état de trituration; la première espèce contient une certaine quantité d'acide sulfurique libre; la seconde, au contraire, n'en renferme que des traces. Aussi le soufre sublimé produit-il plus souvent des accidents que celui qui est seulement pulvérisé.
Le mode de projection n'est pas non plus sans influence : le sooflSet qui lance directement la poussière est moins nuisible que les autres procédés qui Ja dispersent dans l'atmosphère.
L'inflammation, ordinairement, se borne à la conjonctive ; il est rare qu'elle s'étende à la cornée.
Les moyens propres à empêcher le développement de rophthalmie des son- ^ freurs consistent surtout dans le choix des soufres, dans l'adoption de bons instruments, dans l'emploi de voiles on de lunettes, et dans quelques pratiques hygiéniques après le soufrage.
Le soufre, mélangé de chaux, employé quelquefois, a rendu les ophthalmies plus fréquentes ; le soufre plâtré, au contraire, est mieux supporté par les yeux, mais il ne parait pas exempt d'inconvénients pour les organes respiratoires. Enfin nous dirons quelques mots de Vaffînage de For et de Pargent, c'estji-dire leur séparation du cuivre. Il se forme pendant la réaction de Tadde sulfurique sur l'alliage d'abondantes vapeurs d'acide sulfureux entraînant avec elles de l'acide sulfurique. Des inconvénients graves doivent en résulter d'abord pour les ouvriers placés dans les ateliers où s'il en répand toujours une certaine quantité, mais surtout pour le voisinage sur lequel se déversent les gaz entraînés par les cheminées. — On remédierait à ces inconvénients, en faisant arriver les vapeurs acides dans une chambre de plomb, contenant une couche d'eau de quelques décimètres dans laquelle on délayerait une quantité de chaux suffisante pour faciliter l'absorption du gaz acide sulfureux trop peu soluble pour êure condensé par l'eau seule. — Les ateliers dans lesquels on détruit ainsi les éflMuiatioiis solfareuses sont seulement rangés dans h seconde classe.
(I) Bonitsoii, Ophthabnie produite par le soufirage de la vigne {Acad. des sciences^ «éance du 10 août 1863).
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au moyen de l'acide chlorhydrique ; on filtre et le produit de la filtration contient le rouge d'aniline à l'état de chlorhydrate, d'arsénite et d'arséniate de rosaniline, et en outre une grande quantité d'acide arsénieux et arsénique. En ajoutant au liquide du sel marin, on transforme la totalité de la rosaniline en chlorhydrate de la même base que Ton peut séparer de l'excès d'acide arsénique contenu dans la liqueur.
En faisant agir sur l'aniline divers corps oxydants : oxyde ou nitrate de mercure, peroxyde ou nitrate de plomb, chlorure de zinc, acide antimonique, on prépare une énorme variété de couleurs.
Les ouvriers qui débutent dans la fabrication de l'aniline accusent une céphalalgie sus-orbitaire, gravative, compliquée quelquefois de nausées et de vomissepoents, des vertiges, de l'hébétude ; d'autres fois l'homme tombe dans un état semi- comateux qui peut se prolonger pendantplus d'une heure; enfin, parfois on observe des convulsions épileptiformes des membres, des spasmes tétaniques de la nuque alternant avec des accès de délire et un tremblement général. — Chez les ouvriers en contact habituel avec l'aniline, on ne constate pas de véritables paralysies musculaires, mais seulement un certain degré d'anesthésie ou plutôt d'analgésie aux membres inférieurs ; on observe encore de l'embarras gastro-intestinal, de la constipation^ une décoloration très-rapide de la peau et des muqueuses.
Tumbull (1) et Lelheby (2) ont constaté, dans des expériences sur les animaux, que la nitro-benzinc et l'aniline à l'état de pureté agissent comme des poissons narcotico-âcres, et que les sels d'aniline ne sont pas aussi vénéneux que l'alcaloïde pur. Des expériences d'OUivier et G. Bergeron (3), il résulte que 3 à /!i grammes d'aniline suffisent pour empoisonner un chien de moyenne taille et tous les animaux sur lesquels ils ont expérimenté paraissent sensibles à l'action de cette substance.
En 1863, dans sa thèse inaugurale, H. Charvet {U) décrivit les accidents nombreux qui s'étaient manifestés chez des ouvriers employés à la préparation de la fuchsine dans la fabrique de Pierre-Bénite. Les malades présentèrent les symptômes suivants : gonflement et pustules au scrotum s'étendant quelquefois aux jambes et aux avant-bras, crampes dans les membres avec tremblement musculaire, fourmillement dans les extrémités, affaiblissement plus ou moins marqué commençant toujours par les extrémités des membres, paralysie arrivant parfois au point d'empêcher la station, la locomotion et la préhension des objets; soif, constipation, vomissements, diarrhée. Plus affirmalif que
(1) TurnbuU (J.), The Lancet, 1861, t II, p. 469.
(2) Lelheby, British. med. Joum,^ 1863, t. 11, p. 550.
(3) Aug. Ollivier et Georges Bergeron, Recherches expérimentales sur faction pltysioiogique de Vaniline {Journal de la physiologie de f homme, 1863, t. III, p. 368.)
(4) Charvet (H.), Étude sur une épidémie qui a sévi parmi les ouvriers employés à la fabrication de la fuchsine {Thèses de Paris, 1863, n» 116.)
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Les accidents observés chez l'homme ont conâsté non-seulement en tenons locales, mais encore en phénomènes généraux (fièrre, céphalalgie, étonrdissements) que Tinflammation permet à la rigneur d'expliquer, mais qu*il est aussi possible d'attribuer à Taboorption d'une petite quantité de coralline. — Quoi qu'il en soit, si l'on doit proscrire l'emploi de cette substance pour teindre les chaussettes qui s'appliquent exactement sur la peau, on pourrttt peut-être s'en senrir pour les vêtements, qui ne sont pas aussi immédiatement en contact avec les téguments.
VI. Silice, grès, plâtre, émeri, etc. — Les molécules d'émeri (corindon ferrifère ou granuleux) sont les plus dures; aussi, d'après Lombard, les ouvrie» qui emploient cette [Merre sont-ils les premiers dans l'ordre de fréquence de la phlhisie : les faiseurs d'aiguilles de montres présentent 55 pbthisiqueo sur 100 ; les polisseurs d'acier 35. Le polissage de l'acier fait périr de phdHSÎe presque tous les ouvriers employés à Sheffield ; on a noté que sur 2500 d'entre eux, à peine 35 arrivent à l'âge de cinquante ans, et 70 à celui de quarantecinq ans. Le plus grand nombre meurt avant la trente-sixième année; le docteur Knight a remarqué que pas un polisseur de fourchettes d'ader n'atteint sa trente-sixième année. Les nombreux essais que l'on a faits pour assainir cette profession ont peu réussi
Les poussières siliceuses viennent ensuite pour la gravité des effets qui résultent de leur inhalation habituelle. Dans les manufactures de porcelaine, la plupart des ouvriers qui pulvérisaient la silice au moyen de meules de granit succombaient à la phthisie : l'adoption du broyage è l'eau les en préserve aujourd'hui. Les caillouteurs, les tailleurs de pierres à fusil (silex), meurent phthisiques avant l'âge : les recherches de Bourgoin, Benoiston, Lombard, ont fait voir l'effet dépopulateur de cette industrie (1 ). Morgagni (2) signale comme exposés à la phthisie les tailleurs de pierre, les plâtriers, etc. Le docteur Young a observé que les tailleurs de grès de la carrière W^dshut succombent presque tous à la phthisie pulmonaire; ceux des environs d'Edimbourg arrivent rarement à l'âge de cinquante ans (Alison). Leblanc a tracé une monographie de la phthisie des tailleurs de grès, appelée maladie de Saint-Roch à cause de sa fréquence dans les carrières de ce nom. La poussière siliceuse en s'accumulant dans les poumons agit de deux manières : d'abord en obstruant et en dilatant les vésicules, elle gêne la respiration et nuit à l'hématose ; ce qui explique la dyspnée qu'on remarque chez tous les anciens t«Ileurs de pierre. En ouire les petits grains siliceux forment en s'agglutinant des concrétions dures et à facettes irrégulières qui, jouant dans le poumon le rôle de corps étrangers,
(1) Benoiston (deChâteauneuf), De Finfluence de certaines professioms sur le dévehppemeni de la phthiêie pulmonaire (itim. dhyg.pmbl, et de médee. Ié^.« 1** férie^ 18SI, t. VI^ et Lombard, De F influence detprofenione ntr la phthisie pulmonaire {Ann, d'hyg.^ iSU, t. XI.)
(2) Morgagni, De sedibms et camiù morkorwnt «piit xv et xvn.
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détachés par le frottement, déterminent des inflammations ou des brûlures, quelquefois fort graves, de Torgane de la vision. Ces poussières qui remplissent l'atelier pendant l'opération du riftage de la meule, ont sur les voies respiratoires de l'ouvrier une action encore bien plus nuisible. Ce sont elles qui déterminent la maladie spéciale des aiguiseurs, si bien analysée par Desayvre, médecin de la manufacture de Cbâtellerault (1); ses caractères anatomiques consistent en des granulations qui apparaissent sous forme de points noirs da volume d'une tête d'épingle, et acquièrent dans la période la plus avancée celui d'un grain de plomb : les unes, dures et blanches, et en petit nombre, sont entièrement constituées par des particules siliceuses ; les autres, noires, molles, et quelquefois blanches au centre, se composent de matière noire et de silice ; les premières sont ordinairement irrégulières et à crêtes, les secondes arrondies; elles occupent, non les ramuscules bronchiques, mais les vésicules pulmonaires, d'où il faut les énucléer. Les grains blancs ou de silex pur se rencontrent dans les portions indurées du poumon, dans les parois compactes des cavernes. Les grains tout à fait noirs contiennent aussi une forte proportion de silice. Les poumons des aiguiseurs peuvent offrir des myriades de ces corps étrangers, sans aucune autre lésion ; mais il s'y ajoute souvent d'autres altérations que Desayvre rattache à trois degrés : hépatisation rouge, induration, ulcération ou caverne. Les corps étrangers dont sont parsemés les poumons des aiguiseurs n'y produisent pas nécessairement l'inflammation, car à ce prix tous ces ouvriers en seraient atteints au bout d'un certain nombre d'années ; mais ils empêchent la résolution des bronchites si fréquentes dans les conditiens de ce travail professionnel ; ils sont, avec les vicissitudes de température, avec les excès de vin, les efforts de voix, etc., une cause incessante d'hypérémie qui s'étend des bronches au parenchyme, et, devenue permanente, en détermine l'engouement, l'induration. A ce dernier degré, le tissu pulmonaire» plutôt noir que rouge, farci de grains noirs et de quelques grains blancs, marbré à la coupe, présente un aspect truffé : c'est le maximum du développement de la maladie sans caverne, coïncidant avec une dyspnée continuelle. Mais les grains, et surtout les blancs, siliceux, à surface inégale, érodent, déchirent le tissu enflammé et friable ; l'excavation commencée est bientôt agrandie par sa jonction avec d'antres; s'ils ne donnent pas lieu à un travail ulcératif, ils oblitèrent une certaine étendue de la surface respiratoire : cet obstacle mécanique à l'hématose explique l'essoufflement habituel de tous les vieux aiguiseurs, comptant environ vingt années d'exercice. Quant à la succession des symptômes de la maladie, elle correspond aux trois états matériels du poumon qui viennent d'être indiqués. La toux d'abord sèche et diurne, est souvent forte au réveil jusqu'à provoquer le vomissement; l'expectoration, rare au début, augmente par le progrès des lésions; les crachats blancs jaunâtres, non spumeux, parfois tachés on striés de sang, n'ont donné
(i) Annales dhyg. et de méd. légale^ 1856^ 2* série, I. V^ p. 282 et tuiv.
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à l'analyse aucune trace de silice. I^a seule présence de la poussière de silex dans les i^oies respiratoires ne donne pas lieu à Thénioptjsie; peu abondante dans les périodes d'engorgement, elle devient aussi inquiétante par sa frécioence que par sa quantité dans celle d'ulcération. La dyspnée est en quelque sorte le mode respiratoire des aiguiseurs; on ne les voit pas courir ; ce symptôo» traduit par son intensité et sa durée la marche des altérations pulmonairei Chez les malades et môme chez les vieux aiguiseurs non malades, le brvk respiratoire est dur, incomplet, craquant, puis il s'afiaiblit, masqué par les râles bronchiques et plus tard par les râles caTemeux. Chose digne de remarque I la fièvre ne survient chez eux que dans la phase ultioie ou sous l'influence d'une phl^masie intercurrente. La maladie des aiguiseurs a une marche chronique; elle peut s'arrêter au premier degré, c*e8t-à-dire la présence de la poussière siliceuse dans les poumons sans autres troubles qu'eue toux sèche; une expectoration blanchâtre, filante, une respiration moins moellease avec un très-léger craquement à l'auscultation et une soooriié normate du thorax. Le deuxième degré dure d'une année à plusieurs années; le troisième d'une à deux années.
L'hygiène de cette profession a changé de face à Ghâtellerault par un heureux emploi de la ventilation ; celle-ci a pour élément une roue à aubes courtes placée en dehors de l'usine et mue par une chute d'eau qui lui imprime une vitesse de 12 à 1500 tours par minute; un trou pratiqué au-dessous de chaque meule^ Cait passer l'air ambiant dans le conduit à l'extrémité duquel m meut la roue extérieure. Au moment du riflage, on ouvre les pbqoes qui ferment ces trous et l'on met en jeu la roue ventilatoire; l'air qui entoure la meule s'engouffre dans le trou, entraînant la poussière qui se r^^pand sur b rivière (Vienne) ; chaque meule est encaissée dans une boite de bois qui em* pèche la poussière fine de s'écarter sur les côtés et la dirige vers le trou d'aspiration ; la grosse poussière tombe sur la planche établie au-devant de h meule. Aussi, durant le riflage, ne voit-on plus autour de la meule qu'un trèsléger nuage, au lieu delà poussière opaque qui obscurcissait l'usine. Avant cette grande amélioration, les aiguiseurs mouraient en moyenne à l'^ede cinquante ans; encore tous n'atteignaient pas cet âge; un seul a vécu josqnli quatre-vingt-trois ans. L'avenir leur promet un accroissement de vie moyame. Néanmoins l'avis de Desayvre est qu'ils cessent de travailler après vingit années de service. On ne doit admettre à ce genrede travail que des hommes robustes, sobres de boisson et d'éclats de voix ; les aiguiseurs qui ontpouné le plus loin leur carrière sont ceux qui se sont fait du silence une loi, ou qui du moias ont toujours parlé à voix basse.
Aiguilleurs. — La fabrication des aiguilles n'est pu non plus exemple de graves inconvénients. Le pabnage^ c'est-â-dire l'aplatisBenient de la tête est une opération qui ne présente pas le moindre danger. Le marquage^ qui consiste à percer un trou dans la tête de l'aiguille, exige une application minutieuse et sooleoue qui entraine souvent un afiiaihlissement prématuré de la
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f ne. L'opération Traimeat dangereuse, c'est Vempointage qui se fait à la meule sèche et donne lieu à un dégagement de poussières silicieuses et métalliques que respirent les ouvriers et qui peuvent entraîner des lésions pulmonaires identiques avec celles que l'on observe chez les aiguiseurs (1). La fréquence de cette maladie signalée d'abord par le docteur Johnstone (1799), puis par le docteur Knight (1830), fut confirmée en 1850 parVillermé fils (2). Dès 1809, un Anglais, George Prior, avait imaginé un appareil ventilateur qui entoure presque toute la meule des empointeurs qui chasse la plus grande partie de la poussière hors de l'atelier.
VII. Charbon^ poussier de charbon. — Plusieurs professions exposent à l'action de cette poussière, mais aucune d'elles ne le fait d'une manière plus continue que celle de mouleur en cuivre. Plus de 2000 ouvriers la représentent à Paris, et c'est sur eux qu'il convient d'étudier avec précision les effets de la poussière de charbon ; ils respirent des poussières diverses, le sable, la fécule, le ponsif(sable calciné et pulvérisé Irès-fin), la farine de froment bise qui, avec le ponsif, procure des surbces plus nettes et plus faciles à nettoyer, le noir de famée provenant du flambage (combustion de torches de résine sous les moules préalablement desséchés à l'étuve), la cendre qui^ délayée dans l'eau, sert à rendre moins poreuses les saillies du moule. Mais le poussier de charbon, poussière très-fine de charbon de bois que la fraude mélange d'une certaine quantité de matières siliceuses et surtout de houille, domine dans l'atmosphère des ateliers; elle s'échappe sans cesse en tourbillons des sacs de toile de coton que les ouvriers agitent par saccades. L'excès de poussière dont ce tamisage peu scmpuleux charge les moules, il faut le dissiper par l'action d'un soufflet, ce qui donne lieu à d'autres nuages de poussière. Dans les ateliers où la ventilation est insuffisante, en hiver où les ouvriers ferment les fenêtres et les châssis vitrés des toits, telle est l'abondance de la poussière de charbon, qu'une visite de courte durée dans quelques-uns a suffi pour me noircir le visage, les mains, le linge. C'est dans ce milieu auquel l'édairage du soir, l'entassement des ouvriers, la proximité des fourneaux et des creusets pour la fusion des alliages, la fumée suffocante du flambage, etc., ajoutent tant d'autres éléments dlnsalubrité, que les mouleurs passent leur journée. Toutefois, ils y résistent assez longtemps, et d'après les recherches de Tardieu (S), c'est après plus de dix années d'exercice qu'ils en ressenient les effets nuisibles. Les troubles fonctionoeb se produisent lentement, plus encore par l'action continue que par l'énergie de leur cause; ils débutent par une sensation de fatigue disproportionnée avec la dépense de force musculaire; dans la seconde moitié de la jonméc survient une dyspnéequi va en augmentant jusqu'à la fin du travail, se
(1) E. Beaugrand, Dictionnaire eneyciopédiqtte des sciences médicales^ t. II, p. 208.
(2) YUlermé, Note sur la santé de certains ouvriers en aiguilles {Annales d'hygiène, V* série, t. XLII, p. 82, 1850).
(3) Tardieu, Études hygiéniquee sur la profession de mouleur en cuivre {Annaks d'hygiène et de médecine légakj V série, 1855, t. II, ^ 5 et 308.)
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des caTernes pleines de matière noire, insiste sur ces caractères différentiels que la mélanose n'a pas le brillant ni la nuance noire foncée de la matière noire, et qu'elle existe par plaques ou masses circonscrites, non inûltrée dans une aussi grande étendue du poumon ni limitée à cet oi^ane. Marshall a tu, sur des ouvriers qui avaient travaillé dans des atmosphères à charbon, la matière noire déterminer Thépatisation pulmonaire, surtout vers le sommet, et des excavations au centre de ces portions compactes ; il distingue ces lésions de celles de la phthisie ordinaire. Tardieu a ouvert, en 1856, le cadavre d'un mouleur en cuivre mort dans le service de Pidoux, à l'hôpital Lariboisière : poumons marbrés de taches noires denses, résistants, présentant à la coupe des noyaux de matière noire, sèche, granuleuse, amorphe, non enkystée, déposée dans l'épaisseur du parenchyme sain ou induré au pourtour de ces noyaux; au microscope, on constate que les derniers ramuscules bronchiques sont atteints par ce dépôt; les masses noires, écrasées, tachent de leurs détritus les doigts, le linge, le papier. Les analyses de Grassi, O. Henry, Leconte et Cbevreul démontrent que cette matière n'est autre que du charbon retenant de la matière organique. Dans ce cas comme dans celui de Béhier, il y avait coïncidence de tubercules : dans l'un, excavation unique; dans l'autre, cavernules multiples; dans le troisième cas d'autopsie, dû à Monneret, les altérations pulmonaires se bornaient au dépôt de matière noire, à une induration partielle et à l'altération des derniers ramuscules bronchiques.
Plusieurs questions s'élèvent en présence de ces résultats : La mélanose diffère-t-elle du charbon pulmonaire? Celui-ci vient- il toujours du dehors? Produit-il les effets fâcheux qu'on lui attribue? Si chimistes et physiologistes s'accordent à considérer la mélanine ou matière noire du pigment comme une dérivation des principes colorants du sang (Berzelius, Breschet, Heusinger, Barruel, Lassaigne, etc.), il est diflBcile, après les travaux de Nat Guillot (1), Melsens (2), Ch. Robin et Verdeil (3), etc., de contester l'identité de la matière noire pulmonaire avec le charbon. Nous renvoyons aux recherches et aux discussions si Complètes de ces deux derniers auteurs sur la nature et sur la provenance extérieure du charbon pnhnonaire. A ceux qui nient la pénétration du charbon, opposons, avec les expériences de Bérard et d'Orfila, celles de CL Bernard qui, chez des animaux nourris avec des aliments mélangés de noir de fumée ou de bleu de Prusse, trouve les ganglions lymphatiques et les poumons colorés en noir ou en bleu par arrêt des granulations de ces matières; celles de Ch. Robin qui, ayant nourri des chiens avec des aliments mêlés de charbon de bois pulvérisé, a trouvé déjà, après quarante-huit heures d'expérience,
(1) Natalis Guillot, Recherches anatomiques et pathologiques sur Us amas de charbon dans les poumons, etc. {Archives de médecine, 1S45, t. VII, p. 16)«
(2) Melseni, Recherches chimùjues sur les matières des mélanoses (Comptts rendus de r Académie des sciences, 18A4, t. 1I\^ p. 1292).
(3) Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique. Parif^ 1853, t. III, p. 505. M. LÉVT. Hygiène, 5* édit. iu ^ 58
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Quoi qu'il en soit, cette industrie exige impérieusement ^es mesures d'assainissement lÀ où l'emploi du poussier de cbarbon est continué, il âmt se «montrer sévère quant aux conditions générales de salubrité^ espacement, aération, séparation soflBsante 4es locaux où se pratiquent et la (bnte des aUiages et le flambage des moules, afin que les fumées irritantes, dues à ces opérations, ne refluent pas dans les ateliers de mouleurs. Mab suitout il faut faire usage de poussier pur de charbon de bois pour le moulage en bronze (le poussier est impur quand il contient de 6 à 7 pour 100 de matières étrangères), et il faut Mibstituer aux sacs de toile de coton, qui déversent par s^tation le poussier {MUT toutes lears surfaces, les tamis fermés proposés par Lecbâtelier, et laissant tomber par percussion la quantité de poussier nécessaire. Il n'est pas omîbs ui^ent de réprimer un abus dont nous avons été témoin et dont se plaignent fous les chels d'atelier : la profusion du poussier, la dépense exagéi^ de toutes les matières pulvérulentes par l'ouvrier qui les emploie ; c'est à qui les ménage le moins ; il faudrait intéresser les mouleurs à l'économie du poussier, et cette mesure, suivant nous^ diminuerait de moitié l'insalubrité des ateliers où il est usité. Une ventilation bien réglée ferait le reste.
La substitution de la fécule de pomme de terre au poussier de charboi est un moyen plus radical d'assainissanseat Les chdis d'atelier l'ont reponssé parce qu'elle paraît nuire au fini, à la netteté des détails du moulage; quelques échantillons, déposés au conseil de salubrité de Paris, nous ont paru justifier ce reproche et, dans nos enquêtes, nous avons vu des ouvriers qui, Irappés de la différence des résultats:, étaient revenus spontanément à l'emploi <lu poussier. Nous n'admettons pas avec Tardieu l'innocuité de la ponssièrtde fécule; mais ses avantages pour la salubrité relative des ateliers sont inoontestables. Cet habile hygiéniste a reconnu luinnême que les accidents propres à cette industrie se développent lentement sous l'influence du poussier de oharbon ; il pourrait en être de même de la poussière amylacée, et c'est d'après une expérience de quelques mois que l'on s'est hité de préconiser la iécnki avec une absolue confiance. Si le travail n'en exige qu'une petite quantité, les ouvriers ne la prodiguent pas moins que le charbon.
YIIL Hùuiilet Houillères, — Les mines de houille produisent sur les onvriers qui y travaillent des effets communs, et d'autres qui varient suivant leur degré de ventilation, leur humidité, leurs eaux stagnantes, la quantité de gaz méphitiques qu'elles renferment, elc. Cette dernière condition dépend ellemême de rétendue et de la profondeur des galeries, de la composition des roches encaissantes, etc. Les maladies et la mortalité des mineurs se rapportent : 1"^ ï l'excès de travail; 2"^ aux attitudes gênées et difficiles ; 3* aux effets accidentels des gaz et vapeurs; /i® à l'inOnence lente et proloiqée du séjour dans les mines. — Nous ne reviendrons pas sur le premier ordre de causes ; il fout lire les résultats de l'enquête que le gouvernement anglais a fait faire eu lë&O, suivant le vœu de la chambre des Conimum*s (1), pour prendre une idée des
(1) Annaki d'hygiène, i^ wêriê, t. XXIX, p. 241.
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fatigues et de Tépuisement quotidien des mineurs du Derbyshire. où le traTall souterrain se poursuit pendant 1^ et même 16 heures sur 26, du Northamberland^ du district est de l'Ecosse, etc. Tous les commissaires anglais attestent la croissance lente et imparfaite des enfants employés dans les mines; les mesures de taille ont donné une forte différence au proût de la population agricole, comparée à celle des mines. Le peu d'élévation des galeries souterraines oblige souvent les ouvriers à se tenir baissés; de là de fréquentes courbures du rachis, et chez les enfants ce que l'on appelle des poitrines de poulet Dans le Lancashire, les femmes qui charrient le charbon dans les fosses ont généralement le dos voûté. Les enfants occupés à pousser les wagons et les traîneaux éprouvent au sommet de la tête des pressions, des frottements qui déterminent la chute des cheveux, l'épaississement et l'inflammation du cuir chevelu, etc. Les ouvriers employés à la taille sont exposés à des inflammations des jointures des genoux et des coudes, par suite des froissements qu'ils éprouvent dans leur position forcée. — Quant aux accidents, ils sont causés par des chutes, des éboulements, des asphyxies par submersion, des déflagrations de gaz inflammables, etc.
Dans la statistique sanitaire des mineurs présentée au congrès international de statistique (1), le tableau des décès à partir de l'âge de quinze ans et pour les cinq années 18(19-1853, présentait 1813 cas de mort par suite de violences extérieures sur un chiffre total de lUZU décès; la plupart des accidents reconnaissent pour cause Tinefiicacité de la ventilation, l'accumulation excessive de gaz impropres à la respiration, le défaut de surveillance des macliines qui servent à descendre et à remonter les ouvriers, l'usage de préposer de très-jeunes enfants à la garde des portes d'aérage.
Les gaz sont produits par la respiration des ouvriers dans un air stagnant, par les eaux croupissantes, par la décomposition des bois qui revêtent et soutiennent les puits et les galeries, par la fumée des lampes et celle de la pondre brûlée, enûn par les exhalaisons des matières extraites. On présume que Tatmosphère des mines contient les gaz acide carbonique, hydrogène carboné, oxyde de carbone, et diverses combinaisons du gaz hydrogène avec des substances minérales (gaz snifhydrique). L'analyse de l'atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, par P. Moyie (2), a démontré une altération considérable de l'air que le mineur respire pendant un tiers de son existence (8 heures de suite sur 2U). En moyenne, il a trouvé pour 100 d'air : 17,067 d'oygène, 0.085 d'acide carbonique, 82,8&8 d'azote, et des gaz aiotés provenant en partie de la poudre à canon. Parmi ces gaz, les uns s'enflamment et détonent au contact des corps en ignition, les autres déterminent les symptômes de l'asphyxie.
(1) A. Wilson, HnhiUules et maladies des mineurs du Durham et du Xorthumberland {British med, Journ,, 1863, t. Il, p. 329).
(2) P. Moyle, Annales de chimie et de physique, 3* térie, t. III, p. 318.