‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 98 sur 107 · POBLIOUE] PROFESSIONS A MATIÈRES INORGANIQUES · texte numérisé non relu

POBLIOUE] PROFESSIONS A MATIÈRES INORGANIQUES

Les ouvriers distinguent deux espèces de gaz : le feu grisou ou feu sauvage, formé presque exclusivement d*hydrogène protocarboné; mêlé à une certaine quantité d*air, ii s'enflamme avec une explosion terrible quand il rencontre une lumière; la moffette, qui se dégage à flots épais à l'ouverture des mines voisines de volcans éteints ou des mines fermées depuis longtemps avec les déblais : sa présence s'annonce par la diminution ou l'extinction de la lumière des lampes ; formée par le gaz acide carbonique, elle cause l'asphyxie.

Les principales précautions contre les accidents que peuvent produire ces divers gaz sont l'emploi de la lampe de Davy, des lumières introduites de très-loin dans la mine, la désinfection par le chlore, mais surtout la ventilation. Il est maintenant démontré qu'un aérage suffisant, produit par des moyens mécaniques, préviendra toujours ces diverses causes de danger. Dans les mines abandonnées pendant quelque temps, il faut provoquer l'inflammation du feu grisou dont l'ignition puriûe l'air; l'ouvrier, chaîné de cette opé* ration, la fait impunément en se couchant à plat ventre. Quand on perce des galeries pour l'écoulement des eaux, il faut s'en éloigner au moment de la débâcle, et ne rentrer qu'après avoir essayé l'air. La lampe de Davy ne procure point une sécurité absolue : un air trop agité, un courant rapide de gaz hydrogène carboné, comme il advient dans ce que l'on nomme un soufflard, et probablement d'autres causes non connues, peuvent annuler momentané* ment Teflet de la lampe et produire des accidents que Ton impute à l'impru dence des ouvriers. Éclairer les mines en soustrayant le foyer de combustion leur atmosphère explosive, tel est le problème que la science paraît appelée résoudre par l'application des appareils voltaîques à l'éclairage. Boussingault a expérimenté avec la pile de MOncb; le courant, établi entre deux pointes de charbon placées sous l'eau ou dans le vide, a fourni un jet de lumière qui a pu être lancé impunément dans une atmosphère détonante. De la Rive a fait d'autres tentatives, et l'on doit espérer un progrès qui sauvera wi ouvrier par jour en Europe de la mort par le feu grisou (1). Grove l'a peut-être réalisé, car il a pu lire plusieurs heures à la lumière émise par un 61 de platine roulé en spirale et traversé par un courant voltaîque.

Le séjour prolongé dans les mines donne lieu à une maladie spéciale des organes respiratoires, dite mélanose, phthisie charbonneuse du poumon, crachement ix)ir (black spittle), et à la cachexie connue sons le nom d'anémie des mineurs. En 1831, le docteur Gregory publia l'observation d'un bouilleur mort avec les symptômes de la phthisie pulmonaire ; les cavernes qu'ofl'rirent ses pounKins étaient incrustées dans leurs parois d'une matière noire que Christison analysa et trouva analogue aux produits de la distillation de la houille. En 183&^ le docteur Marshall fit de cette fausse mélanose l'objet d'un mémoire (2) où il attribue cette maladie à l'accumulation de la poussière de

(1) Voyei Guérard, Sur remploi de la lampe de Davy (Annales (V hygiène , 1846, i.WXV, p. 59 et 349).

\2) MarshaU, I/incf/tem^lâwe, 183A.

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cbarbonneux. Le crachement noir élimiae une partie du cbariwn qui pénètre les poumons, mais i\ s'accompagne des phénomènes |)rogre$si£» de la oonsoinpliou ; parfois au contraire la matière noire existe longtemps dans les poumons sans produire ni toux ni expectoration, et on Ty constate en cas de mort accidentelle. Dans le Dictiùimaire enc^lopédique^ JDecliambre a consacré à l'étude de cette affection un excellent article que Fou consultera avec fruit.

Si Ton représente par 100 le nombre de décès par suite d'affections pulmonaires chez les hommes non employés aux mines, pour chaque période de la vie^ on voit, d'après les documents recueillis dans les trois années i860-186i« 1862, que le chiffre de la mortalité chez les mineurs du Gornwall est de 116 entre 15 et 25 ans, de 108 entre 25 et 35, de 186 entre 35 et(i5 ans, de 455 entre 1x5 et 55 ans, de 83/i entre 55 et 65, et enûn de 430 entre 65 et 75 ans (1). Les seuls moyens de prévenir ce mal, c'est d'amener de l'air pur dans les galeries, d'y diriger une ventilation assez énergique pour balayer les vapeurs, les gaz, la poussière de charbon, et de substituer à l'huile un autre mode d'éclairage. L'heureuse idée qu'a eue Triger (1866), d'employer l'air comprimé comme force motrice pour l'exploitalton des mines» aura pour effet de préserver les ouvriers du crachement noir; car, à l'aide de deux machines à vapeur de dix à douze chevaux qu'il établit, l'une à l'intérieur de la mine et l'autre à l'air libre, il assure l'aération de toutes les parties de l'exploitation et il fait affluer l'air pur sur des points jusqu'alors inaccessibles aux autres agents de ventilation. Dans les houillères bien ventilées, on ne rencontre pas le crachement noir : le docteur MakeUar mentionne l'immunité de l'exploitation de Penston, voisine de celle de Pencailland où sévit la phthisic charbonneuse, et il a connu des ouvriers qui, ayaat passé de la première à la seconde, y ont trouvé une mort lente.

L'anémie des mineiu*s a été décrite au commencement de ce siècle par Halle, d'après l'épidémie qui affligea les ou riers des environs de Yalencienoes (Anzin) : décoloration universelle, effacement des ramifications des vaisseaux capillaires; teinte jaune de la peau, pareille à celle de la cire blanclie quand elle a été longtemps gardée; boui&ssure, impossibilité de marcher sans suffoquer; palpitations, sueurs habituelles, accélération du pouls, céphalée; appétit conservé ou même augmenté ; bonnes digestions, souvent selles demi-liquides: tels sont les caractères que Uallé assigne à cet état, et auxquels on peut ajouter aujourd'hui des bruits de souffle dans les artères et dans le cœur. Chomel a publié un cas d'anémie de mineur (2); un autre s'est présenté dans le service d'Andral (3) ; un jeune soldai, sortant des mines de Saiut-Étienne, est entré dans notre service au Val-de-Gi^âce avec tous les symptômes de l'anémie.

(4) Sur la tanié des mineurt {Annales (f hygiène, 2* série, 1865, t. IXIT, p. A39).

(2) Chomel, DicHotmairt de médecine, en 30 vetumes, article Aiémie.

(3) Andral, Joumtd de tnédecinê^fu Ben, avril 18A3.

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beaoooop de professions où Ton manie le plomb, cette influence oonde iaire beaucoup de malades et d*infirmes^ ainsi qu'on le Toit par le /é de cas traités dans les hôpitaux de Paris pendant 1^ années :

Cérosiers

ToUl

ToUl

Autres

Anm^es.

des morts.

des malades.

morts.

malades.

Peintres.

professions

De 1849 à 1858 inclusivement, les hôpitaux de Paris ont reçu 1945 individus atteints de maladies saturnines, dont 15 seulement ont succombé, tandis que dans la période décennale précédente le nombre des malades s*est élevé à 3169, et celui des décès à 121.

Les coliques de plomb atteignent, outre les cérusiers, des peintres^ des tailleurs de cristaux, des chauffeurs^ des fondeurs en cuivre et en plomb, des fondeurs en caractères, des broyeurs de couleurs, des polisseurs en caractères d'imprimerie, des potiers de terre et d*étain, les ouvriers employés à la vitri- Gcation des étiquettes en émail. Les accidents saturnins observés diez ces ouvriers ont été étudiés d'une manière spéciale par le docteur Beangrand (1).

Des accidents d'intoxication saturnine peuvent être observés chez les ouvriers qui travaillent à la fabrication des pains à cacheter (2); chez des enfants qui ont mangé des bonbons colorés par le chromate de plomb ou contenus dans des boîtes ou sacs de papier préparé à l'acétate de plomb (S).

Enfin, nous devons encore signaler, parmi les professions qui exposent à l'intoxication saturnine, l'émaillage du fer (6) et la fabrication du verre mousseline (5).

(1) £. Beaugrand^ Gazette des hôpitaux, 1862^ p. 7.

(2) M. Vernois, De la fabrication des pains à cacheter {Ann. d'hyg.puU, et de méd, légale, 2« série, 1854, t. XXII, p. 36).

(3) A. ChevaUier^ De la vente des sucreries coloriées et de diverses autres substances; des dangers qu'elle présente (Annales d'hygiène^ t XXVII, p. 344).

(4) ArchambauU, Intoxication saturnine par la poussière de cristal chez des ouvriers travaillant à la contre-oxydation du fer (Archives de médecine, 1861, p. 129). — Ducbesne, Mémoire sur la colique de plomb chez les ouvriers employés à remaillage du fer [Académie des sciences, séance du 20 août 1861).

(5) 0. Dumesnil, Étude sur l'hygiètie des ouvriers employés à la fabrication du verre^

922 MS FEOTESSIO» D FAHIGCLKB. [i

VémâÊb^ do far, CIO le &ak, a pour bol de iguwiiii b sarbtot de ce néui d'aoe oiodie f itreose qui le raid màîénààt. Là posâre d'éBuU casposée de défaré de ferre, de satte, é*» p» de ■iif^—'w, ci d^oae km^ proportKMi de roiniom. est lamisée ao-dessos de b sodace Béfailiqiie préah- Memeot recooTerte d*aoe soKrtkMi de ÇMiiine. C*nt peadant TopératioD da tamisage que TabsorpticNi des particales plombiqacs peat s'effectoer.

La fabncatioo du ferre laoassduie doaae aaai liea à plnsiears des acddents s^aalés dans rempoisooiiefDeDt par le pboih. L*iaiaiicatîon est prodoiu par TabsorpCion des poudres cootenaot des préparations pkmbiqacs i Taîde desquelles po émaille le verre. On pourrait dimisaer les accidents en rvmi^ çant par uoe préparation TtM|aeuse. telle qu'nœ solutioa de gr»aiaie ou de dextrine, l'essence de térébeotkioe dont on se sert daiis pliBÎeors aleiien> pour buriiecter les lames de verre, afin que fémail qui se dépose sor elles paisse f adhérer.

L*introdfictioa daes Fécouoniie des molécules de plomb détermine un eiapoisonoement qui se révèle sons les (ormes diverses : dans le systênne nerveux de la vie organique, par Fexaluiioo de l'action nerveuse; daas celui de la vie de relation, tantôt par l'exag^atioa, tantôt par Tabolition dn mouvement et da seotimeoL Avant le développement des maladies saturnines* la préseooe do plomb dans l'organisme se manifeste par une action toute spécifique sur la plupart des solides et des liquides; c'ei>t ce que Tanquerel dies Plaocbes (!) qnalifie d'intoxication saturnine primitive, et il lui attribue les caractères suivants : 1* teinte ardoisée ou bleuâtre des gencives, au voisinage des dents, s'étendant parfois k toute la muqueuse buccale ; due au sulfure de plomb, elle ne s'enlève que très-diOicilement par des frictions réitérées et laites avec de l'eau aiguisée d'acide sulfurique ou chlorbydrique ; c'est an bord libre des gencives, point le plus favorable â une réaction chimique, que siège le liséré caradéristique des aflections saturnines ; cbez les individus à dents et gencives saines, on n'observe qu'une strie d'un violet très-ibncé. Plus les dents sont déchaussées et le cul-de-sac gingivo -dentaire prononcé, plus augmente la zone de sa/furation, et avec elle le liséré ; s'il n'existe plus de dents, la coloration manque : preuve certaine qu'elle est due à la décomposition des matières organiques dans le cul-de-sac gingivo-dentairc ; 2*" goût sucré, haleine fétide ; 3* ictère saturnin (teinte jaune plombé ou terreuse, plus prononcée à la face et se montrant après la mort sur presque tous les organes de l'économie); k* anttigni«eiaeat arec diminution des forces ; Il annonce la sataratioa toxiqae de l'éoonoaiîe ; 5* pools petit, grêle, quelquefois ralenti Ces phénomènes n^apparaissent qae chez les individus exposés à respirer ou à avaler une grande quantité de plomb

mouKwline^ thèMt de Parîi, 26 Mût 186^ ■<> 177). — T. CdlwC Or in fkèriemiiom du verre-mousëeline ; dangen avxtpttU tout eipoêé» ie» Qtmt in t ^i y êomi emÊphyé^^ mesurrn à prendre (Annales ffhygirne, 2* térie, l. XX¥, p. 87).

(1) Taoquerel des PUach«f, Traité des maladies de piomb. Pirit, ig39, 2 vol. ia^

PVBUttmB] PR0FS8SI0KS A MATIÊRIS INOlieiiaQCSS. 9SS

(cérusîers, oaTiiers de fabriques de miaimn) ; Ussoot les précarseurs des ma-» ladies de plomb prepreoieiU dites, lesquelles ne tardent pas à se déf elo(^)er, et que nous nous contenterons de mentioaner. 1*^ Colique satuf^ine : elle n'atteint que les ouvriers qui, dans leurs travaux, disséminent autour d'eux des particules plombiques qu'ils absorbent ensuite par la surface pulmonaire ou d^estive, la peau revêtue de son vernis épiderniique étant peu propre à le» introduire dans le sang en quantité suffisante ; aussi les ouvriers qui travaillem ^ le pkMiib à l'état fixe sont à l'abri de la colique saturnine. Sur 2S5 malades atteints de colique saturnine et traités dans les hôpitaux de Paris pendant le deuxième semestre 1846, on compte 167 cérusiers (plus de la moitié), 74 peintres en bâtiments (plus du quart), 6 broyeiu^ de couleurs, 5 peintres en voiture, 5 coofedioaneurs de cartes sur porcelaine, U foodeursw 2** Ar^ thralgie $aiumine (rhumatisuie saturnin de Sauvagies» rachialgie saturnine d'Aslnic), caractérisée par des douleurs avec ou sans crampes, siégeant par ordre de fréquence dans les membres inférieurs, supérieurs, le tronc, la tète, dilacérantes, contusives, laïKinantes, variant depuis un simple malaise jusqu'à la plus atroce souffrance. C'est, après la colique, la plus fréquente des affections sitfumines, et ceux qui contractent le plus souvent la première sont aussi le plus sujets à la seconde; touCefois les ouvriers des fabriques de minium sont le plus exposés à l'arthraigie, sans l'être autant à la colique. 3^ Paralyne satura itte; l'abolition du mouvement volontaire frappe ordinairement les muscles situés daiKs le sens de l'extension des membres, sur les muscles extenseurs du poignet et ùeB doigts; il n'existe aucun signe appréciaUe de lésion matérielle des centres nerveux ; dans le relevé fiit par Tanquerd et qui comprend 101 ouvriers de diverses professions atteints de paralysie saturnine, les cérusiers et les peintres en bâtiments figurent dans les proportions les [rins fortes (31 et 22). k"* AnesthéiiescUumifèe ou abolition de la sensibilité tactile, moins requenteque celle de la contractilité musculaire; parfois Tune et l'autre coexistent ; eUe peut être bornée à la peau ou frapper toute l'épaisseur d'un membre, ou, se limitant à ta rétine, donner lieu à l'amaurose saturnine^ simple on double, passagère ou très-persistante. S*" Encépàalopaikie satur^ nine, névrose apyrétique de i'enoépbaie dont les symptômes changent brusquement d'aspect et de forme, du matin au soir, du jour an lendemain; ces symptômes sont du délire^ du coma, des convulsions, accompagnées ou non de la perte d'an ou de plusletu^ sens; de là les expressions synonymiques de démence, délire, convulsions, épilepsie, coma de plomb. Tons les composés de plomb peuvent donner naissance aux différentes formes d'encéphalopathie, et d'autant plus aisément qu'ils sont plus diffusibles dans l'air à l'état d'émanations; les cérusiers et les peintres en bâtiments en fournissent le plus grandi nonbre de cas. Cette maladie ne se manifeste que chez ceux qui sont restés quelque temps exposés à l'action du plomb. Le principe de la prophylaxie consiste à empêcher l'ouvrier de respirer et des molécules ou des émanations plombiqnes^ quoiqu'il se trouve dans

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sur remploi des bains sulfureux, des lotions de même nature et des bains de vapeur ; sur Tutilité de combiner Taction des éméto-purgati£s et celles des boissons neutralisantes (limonade sulfurique) a?ec le retour des symptômes digestifs, pour rendre le poison inerte et l'expulser à l'aide des selles et des vomissements (1). Dès les premiers signes de l'intoxication l'ouvrier doit être éloigné de ses travaux. En terminant, nous avons deux remarques à faire : l^de tontes les spécialités professionnelles qui exposent à Tabsorption des émanations plombifères, la fabrication de la céruse est la plus dangereuse; tous les relevés statistiques témoignent de ces faits; 2° toutefois, et c'est l'infatigable Chevallier qui a mis cet impoitant résultat en évidence, les fabriques de céruse, convenablement établies et fonctionnant d'après les procédés nouveaux, ne font plus une victime; depuis plusieurs années aucun ouvrier n'y a présenté les symptômes de l'intoxication saturnine. Les progrès accomplis dans cette industrie consistent surtout dans la substitution des machines au travail à la main, et des appareils clos à l'exploitation à l'air libre. Tel est le bienfait de ces changements, que l'une des deux principales usines de Paris (Ivry), où ils ont été adoptés, n'a plus envoyé un seul malade aux hôpitaux en 1851 et en 1852, tandis que l'autre (Glichy), plus lente à les imiter, a fourni encore 125 malades en 1851. Les usines du nord de la France et de l'Angleterre paraissent avoir réussi à supprimer complètement toute cause d'insalubrité dans la préparation de la céruse. Quant aux peintres qui^ après les céruners, payent le plus rude tribut aux maladies saturnines, l'opération la plus nuisible est pour eux le grattage des surfaces peintes ; elle perdrait son danger, s'ils mouillaient préalablement les surfaces avec de l'eau seconde, d'après le conseil de GhevreuL L'emploi du blanc de zinc les affranchit d'ailleurs de tous les inconvénients de la peinture au blanc de céruse. Il est à peine utile de rappeler que Ruolz a proposé de substituer l'oxyde blanc d'antimoine à la céruse dans toutes les applications qu'on a faites jusqu'à présent du carbonate de plomb; l'oxyde blanc d'antimoine ferait disparaître les conséquences déplorables de la fabrication du blanc de céruse. Rousseau a indiqué un procédé pour le retirer du sulfure d'antimoine naturel (2) ; moins cher du tiers que le Uanc de céruse, son adoption remettrait en pix)spérité l'exploitation languissante des mines d'antimoine qui abondent en Frauce. Gomme on peut le broyer dans l'huile immédiatement sans autre manipulation, les peintres l'emploieront sans inconvénient. Depuis que cette substitution a été proposée, une autre plus efficace encore s'est effectuée au grand profit de l'humanité. Le blanc de zinc remplace dans la peinture en bâtiments le blanc de céruse ; dépourvu de toute propriété délétère, moins cher, inaltérable, se mêlant parfaitement à toutes les couleurs, recommandé par l'Académie d'architecture de Paris, proposé depuis 1781, le blanc de zinc est resté ignoré ou méconnu par

(1) Rapports généraux du conteU de salubrité de Paris de 1846 à iSà%, p. 148.

(2) Comptes rendus de C Académie des scienceSy séance du 20 nov. 18A3.

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fine, comme dans le tour au poncé, plus la maladie est fréquente : ces tourneurs défraient se garnir les narines et la bouche d'un objeaif propre à arrêter les corpuscules métalliques.

Blandet ne voit dans la colique cuivreuse qu'une phlogose du tube digestif, et recommande le traitement antiphlogistique. £n admettant les laits qu'il a publiés, on en tirerait la preuve de son erreur et la réalité d'une intoxication fort analogue à celle du plomb, sans nier les effets primitifs de la poussière de cuivre, lesquels consistent en coryza, bronchite, etc., et ne s'éloignent guère de ceux des autres poussières dures. Les observations I et III, qu'il rapporte, sont évidemment des cas d'absor[5tion du cuivre. N'a-t-il pas lui-même constaté la présence du cuivre dans les matières fécales du sujet de l'observation première?

Mais voici d'autres faits qui militent puissamment contre les observations de Blandet et portent à y soupçonner une erreur d'induction : les chaudronniers de Ourfort (Tarn), qui travaillent le cuivre rouge à froid, et qui ne cessent d'avaler par le nez et parla bouche la poussière cuivreuse, en absorbent une telle quantité, qu'au rapport de beaucoup de témoins (1), leurs os se colorent en vert ou en bleu, et communiquent après leur mort ces teintes à la terre ambiante des cadavres ; le sternum présente au maximum cette coloration. Vivants, ces ouvriers ont les cheveux colorés en vert ; leur urine donne cette couleur au mur oq à la portion du sol qu'ils en arrosent fréquemment ; et néanmoins ib sont robustes et vivent en moyenne aussi longtemps que les autres. ChevaDier et Boys de Loury ont visité à Paris tous les établissements où le cuivre se travaille : fondeurs, acheveurs, ciseleurs, bronziers, lamineurs, doutiers, fondeurs de médailles et de monnaies, chaudronniers, poêliers, capsuliers, ils les ont tous explorés, interrogés ; ils n'ont pas rencontré un seul cas de colique cuivreuse, pas plus que le docteur de Pietra-Santa (2). Les ouvriers qu'ils ont visités ne leur ont présenté aucun accident qui pât être attribué à l'action d*nne influence toxique particulière ; aucun des malades signalés dans les hôpitaux comme atteints de coliques de cuivre n'était réellement atteint de cette aflfection. Il résulte des observations de Maisonneuve que le travail et la manipubitioa du cuivre métallique à froid doivent être considérés comme inoffensiis. Les accidents susceptibles d'être engendrés par le cuivre ne se rencontrent que dans les ateliers de coulage du métal en fusion, dans ceux de la chaudronnerie et dans tous ceux où des molécules d'oxyde et de carbonate ou autres seb de cuivre, voltigeant dans l'air, peuvent se déposer sur l'arbre aérien et h muqueuse pharyngienne. D'après cet auteur, la profession d'ouvrier en cuivre n'est pas incompatible avec une bonne santé ; l'aspect chétif qu'ils présentent dans les arsenaux maritimes doit être attribué,

(1) Audouard (de Béliers), Soie sur les ouvriers gui travaillent le cuivre^ etc. (Ann, 4f hygiène, V série, iSA7, L IXIVII, p. 395).

(2) De Pietra^SanCa, Uni^n médicale du 22 octobre 185S).

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tous manient le cuivre, sont soumis à des intoxications lentes par ce métal ; ils présentent des accidents gastriques, de la diarrhée, de l'oppression, un peu de fièvre. Ces intoxications altèrent la santé de Fouvrier, et constituent pour lui une prédisposition puissante à la phthisie. A Besançon, sur 200 décès observés chez les ouvriers horlogers, il y en a 127 par phthisie pulmonaire. — 2000 ouvriers sont disséminés dans la ville qui compte ^5 000 habitants, et ils fournissent 36 décès par phthisie sur 86 survenus dans toute la population, c'està-dire les 42/100*'. Sans pouvoir affirmer que l'absorption du cuivre joue un rôle aussi considérable que le prétend Perron, dans la production de cette maladie, il ressort bien évidemment des chiffres précédents que la profession d'horloger exerce une grande influence sur le développement de la phthisie pulmonaire.

XII. Zinc. — L'emploi de ce métal a pris une extension considérable dans les usages domestiques et dans les constructions ; il s'est substitué heureusement au plomb pour la toiture des maisons, dans la préparation des couleurs» pour la fabrication d'un grand nombre d'ustensiles, etc.

On extrait le zinc de la calamine et moins abondamment de la blende où il est associé au soufre et au plomb. Ses plus riches gisements appartiennent à la Belgique et à la Prusse. Ce minerai, séparé de l'argile qui se délite par une longue exposition à l'air, lavé et calciné dans des fours coniques analogues aux fours à chaux, est ensuite pulvérisé sous des meules verticales, tamisé, mélangé avec moitié de son poids de houille sèche en poudre et introduit dans des espèces de cornues de terre que l'on chauffe à blanc dans des fours de réduction. Le travail de ces fours comprend : le chargement des creusets, le tirage du métal et le nettoyage ou le remplacement des creusets. Dans ces opérations, les ouvriers sont exposés à l'action d'une haute température et des vapeurs du zinc Les recherches de Chevallier ont établi que cette dernière influence ne se traduit par aucun résultat fâcheux pour leur santé et leur longévité; on a observé seulement, parmi les ouvriers les plus âgés, quelques cas d'asthme, dus sans doute à l'inhalation très-prolongée des poussières. Celles-ci» lancées en grande quantité par les fours à zinc, agissent-elles sur la végétation et les animaux ? L'herbe des prairies, certains légumes et arbres à fruit (pécher, pommier, cerisier, etc.) paraissent en souffrir, de l'aveu même des industriels du zinc, mais sans qu'on puisse en accuser plutôt les émanations du zinc que l'action toute mécanique des matières pulvérulentes ; il faut aussi considérer la nature de ces terrains métallifères, peu favorables par eux-mêmes au dévc* ioppement des plantes et des arbres. L'enquête faite en Belgique n'a pas démontré la réalité des maladies que le zinc aurait produites sur le gros bétail, La couperose blanche (sulfate de zinc) est le seul élément très-soluble des poussières des fours à zinc; en évaluant celle des dix fours de la Yieille-Mon* tagnc à 320 kilogrammes par jour (32 kilogrammes par four) et à 125 000 mètres carrés l'étendue territoriale où elles se disséminent, on a pour chaque mètre carré 2'%5(i de poussière en 2k heures, et, comme 1 gramme contient M. UvT. Hjgièiie, 5* édit. n. ^ 59

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