III. — Quantité
1° Abstinence complète. — Sur cette question, la science n'a rien à demander aux naufragés qui ont enduré les horreurs de la faim, aux aliénés qui ont jeûné volontairement pendant un temps plus ou moins long, etc. ; écartons donc les histoires merveilleuses et les observations isolées. Malheureusement les recherches expérimentales sont rares : celles de Redi (1684) n'ont pour objet que de constater la durée de la vie chez des animaux soumis à l'abstinence absolue ; de nos jours, Magendie, Col lard de Martigny et M. Cbossat ont repris ce sujet, et quoiqu'ils aient expérimenté sur des animaux, nous attachons plus de valeur à leurs résultats qu'aux faits purement individuels, incomplets ou fabuleux que tant d auteurs ont débités de confiance Avec M. Chossat (3), nous appellerons inanitia-
;i)' Bulletin de l' Académie de méd. , séance du 22 janvier 4850, t. XV, p. 367. (2; Le bouillon a-t-il des propriétés réparatrices? pourrait-on demander! M. Bérard.
(3) Recherches expérimentales sur l'inanition. Paris, 1843, in-4.
1NGESTA. — DES ALIMENTS. fctS
tion le passage graduel du corps à un état dont le terme est l'iriahitlon . Digestion. Huit mineurs enfermés pendant cent trente-six heures dans dhe houillère n'ont pas souffert de la faim pendant cet intervalle. Cette sensation est nécessairement en rapport avec la vitesse et la quantité des déperditions organique!»; il en est de thème de la soif; les mineurs ayant une eau pure à leur disposition ifôtjt songé à boire qiJe le quatrièriie joui* (1). L'estomac se resserve dé plus en plus; >cs fibres musculaires se raccourcissent; les mehibranes muqueuse et cellulo-fibreuse forment des plis nombreux ; H cesse de se mouvoir d'une manière apparente; ses sécrétion^ diminuent; celle du suc gastrique, qu'on sait aujourd'hui rie point s'effectuer en dehors des repas, cesse tout à fait. Malgré les opinion^ contraires qui s'appuient sur Haller(épanchements de sartgdaris l'estomac) fet de Hunter (muqueuse cdrrodéechezun inariiîië), il est certain que l'inanition n'a pour effet de corroder, ni d'ulcérer, ril d'eriflammer Pestortiac; l'éstirite de Desla rides est l'une des chimères enfantées par l'induction physiologiste de l'école de Broussdls (2) ; l'estomac s'anémie, en l'absence de l'excitation digestive et à cause de l'obstacle que lès fleXuosités augmentées de ses vaisseaux opposent à la marche rapide du sang. Le diamètre des intestins va diminuant. La vésicule biliaire s'emplit d'un liquide plus foncé, ffltis épais, plus arner; le volume de la rate est réduit chez ceiift qui poussent l'abstinence jusqu'à la mort. Le premier jour de l'abstinence les fèces sont copieuses à cause du résidu dé l'Allntlciîtation des jours précédents ; jusqu'à l'antépénultième Jour, elles Sont en très petite quantité, mélangées de peu de liquide et d'un aspect vert d'herbe. Dans les trois derniers jours, malgré la prlvatioii àbûblue de boissons, les fèces se mélangent d'une plu** forte prdfioftloh d'eau et ont l'apparence d'une diarrhée collirjnatlve. Dans les expériences d'ihanitiation, la quantité des fèces est, après l'âge, ce a^tii influe le plus sur la durée de la vie ; celle ci est ëH raisoii I h versé de la quotité des excrétions. — Absorption. Cette fonction s'active puissamment; chez des chiens inanitiésparML Dumas (.1), l'eau Ingérée peu d' instants avant là mort était déjà èhtiëretherit absorbée. Chez les sujets sailfs, la résorption s'exerce d'abord Sur lès graisse*, puis sur les musdes qui se décolorent et s'nmiricIsseHt, satis (ïkcefj-
(1) AHHoles d'hygiène. Paris, ifiÎ3é, t. XVI, p. 208.
(2) Dictionn. de méd. et de chirur g. pratiques, article Régime, t. XIV, p. 217.
(3) Journal général de médecine, t. ÏVI, p. 193.
820 HYGIÈNE PRITES.
ter le cœur ni les muscles de la vie organique. Chez les individus soumis au traitement par la faim, ce sont les produits morbides qui, d'après Struve (1), disparaissent d'abord : ainsi, dans les vieux ulcères, les bords calleux s'affaissent ; les éruptions pâlissent, se dessèchent, se couvrent de croûtes qui tombent; les tumeurs diminuent et finissent par s'effacer : il n'y a plus de pus sur les ulcères, dit Haller, plus de lait dans les mamelles, plus de venin dans la bouche de la vipère exténuée (2). Il est inutile d'insister sur les secours que l'inanitiation, contenue dans les sages limites, peut fournira la thérapeutique. — Circulation. H. Chossat a cherchée constater l'état delà circulation chez les animaux qu'il a inanitiés; mais il n'a pu le faire avec précision ; il a vu seulement, dans le dernier jour de la vie, le cœur se ralentir et s'affaiblir par degrés. Chez un accusé qui s'est laissé mourir de faim à Toulouse (Granié), le pouls est tombé à 38 pulsations par minute. L'auscultation fait entendre les bruits anormaux de la chloro-anémie. M. Hébray a constaté la tendance aux hémorrhagies de surface ou interstitielles. Il sera parlé plus loin de l'état du sangà propos du poids du corps doot la diminution provient d'abord de l'anémie croissante. — Respiration. A mesure que l'inanitiation se prolonge, la respiration tend graduellement à se ralentir ; le dernier jour elleest plus lente; mais quoiqu'elle baisse à mesure que le refroidissement fait des progrès, on la voit s'accélérer aux approches de la mort jusqu'à devenir haletante; mais alors la fonction elle-même est presque éteinte, et son accélération n'est pour ainsi dire qu'un mouvement convulsif des muscles inspirateurs. MM. Regnault et Reiset ont démontré que chez les animaux soumis à l'inanition, le rapport entre l'oxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé et l'oxygène total consommé reste à peu près le même que s'ils étaient soumis au régime de la viande ; ils fournissent à la respiration leur propre substance qui est de la même nature que la chair qu'ils mangent lorsqu'ils sont soumis au régime de la viande; tous les animaux à sang chaud présentent donc, quand ils sont à l'inanition, la respiration des animaux carnivores. — Calorification. L'oscillation diurne et moyenne de la chaleur animale, qui, dans l'alimentation normale, est de = 0°,7&, devient dans l'inanitiation, = 3°,28; l'oscillation
(1) Dissertatio de meâiœ noxa atque utilitate. Praside Fr. HofftnanD. Halle,
(2) Eknmta pkyttohgiœ, t. VI, p. \ê6.
1NGESTA. — DBS ALIMENTS. 821
augmente avec le progrès de l'inanition, et vers la fin de l'expérience elle est à peu près double de celle du début. L'abaissement nocturne de la température se prolonge d'autant plus avant dans la matinée et commence d'autant plus tôt dans l'après-midi, que l'animal se trouve déjà plus affaibli parla durée préalable de l'inanitiation. Les changements que présente la chaleur animale dans le dernier jour de la vie méritent d'être signalés : M. Chossat a trouvé pour moyenne du refroidissement successif d'un jour à l'autre, depuis le premier jusqu'au pénultième jour, = 0°, 3 parjour;maisce phénomène s'accroît subitement le dernier jour. Comparé au refroidissement des jours précédents, celui du dernier a été = 1&°,0 : 0*,3 = kl : 1 ; c'est-à-dire qu'il s'est effectué avec une rapidité quarante-sept fois plus grande que les jours précédents. Dans les expériences faites par H. Chossat sur quarante et un animaux (pigeons, tourterelles, poules, corneilles, lapins, cochons d'Inde), l'abaissement total de température qui a amené la mort a été en moyenne = 16°,3 ; la chaleur moyenne du corps au moment de la mort a été = 2Zr,9; minimum = 18°, 5 (pigeon); la chaleur maximum = 3&%2 (corneille); le maximum au-dessus de 30 degrés, n'a été observé que deux fois. Ainsi la mort arrive entre 18 et 30 degrés, très rarement au-dessus de 30 degrés. — Sécrétions. En général, elles sont réduites, non supprimées, puis chaque jour diminue le poids du corps. La salive et les urines sont rares: la sécrétion biliaire ne fait pas exception, comme l'a cru Collard deHartigny; c'est l'excrétion qui estsuspendue; d'où son accumulation cystique. La sécrétion du sucre par le foie diminue à mesure que le sang s'use et s'appauvrit, et finit avant les dernières périodes de l'abstinence, par s'éteindre comme les autres fonctions (1). Les règles s'arrêtent Les liquides de l'économie tendent à la putréfaction ; l'haleine devient si fétide, que les mineurs enfermés dans la houillère étaient contraints de se tourner le dos. — Fonctions de relation. Agitation, puis faiblesse, dépression, quelquefois hallucinations, insomnie; excitation furieuse, suivie de stupeur et du collapsus terminal.
Progression des phénomènes. Chiens (Collard de Martigny) : l'agitation commence dès les premiers jours ; cris exprimant le besoin de manger à l'approche de toute personne ; mouvements dans la cage, efforts d'évasion. Après le premier septénaire, agitation plus
(1) Cl. Bernard, Leçons de physiologie expérimentale faites au collège de France, ternes ire d'hiver, 1854-1855. Parif , 1855, p. 130.
vive par instante, cri» aigus et référés, surtout k la pointerait chiite du jour; l'animal mordille les terreaux de sa cage; cependant i| demeurç couché et semble craindre le mouvement. Le troisième septénaire commence une période de véritable? fureur ; Tarnqtyl g l'œil ardent, la gueule entr'ouyerte, |a langue rouge et gèc^e; il ronge les barreaux de sa cage. Vers je vingtième jour, r^pc^lement commence, entrecoupé encore par de courts instants çl'pgifatioii ; couché sur le flanc< l'œil abattu et terne, il respire avec peine, se meut difficilement, soulève la tète quand on l'appel lp; plus tard, il n'a plus la force) de se tenir debout, il tend le cou pour rpspjrer; sa température baisse, surtout aux extrémités; l'émaciatiqp esf extrême. Dqus la dernière période , ranimai, toujours couché, je cou roicje et fendu, retomj e si on le met sur ses pattes; sa respjratipn est saccadée, il lave sa langue dans l'eau qq'on lui présente, mais ne peut en avaler; il refuse le pain qu'on lui offre; la mort termine cette scène. Ainsi, trois périodes : dans la première, alternatives d'abattement et d'agi talion; dans la seconde, fureur et inquiétudes continuelles; dans la troisième, faiblesse, stupeur et prostration. — Pigeons, tourterelles, corneilles, poules (Phossat): calmes pendant une partie plus ou moins grande de l'expérience, ces animaux s'agitent ensuite avec plus ou moins de violence ; cette agitation dure si longtemps ijue la chaleur du corps reste encore élevée; quelquefois ce phénomène commence dès le (jpbut. Le dernier jour, l'agitation est remplacée par un état de stupeur avec une débilité croissante; lu station devient vacillante, la tête branlante ; les orteils, froids et livides, se mettent en boule et rendent la station incertaine sur le sol, quoiqu'elle ait encore lieu Sur le ventre et les ailes; bientôt l'animal tombe sur le côté et y reste couché sans pouvoir se relever. La faiblesse augmente, la respiration se ralentit, la sensibilité diminue, la pupille se dilate et la vie s'éteint, tantôt (l'une manière calme, tantôt après quelques spasmes, de légères convulsions des ailes et de la rigidité opisthotnuique du corps (p. 131). Cette succession de phénomènes ne peut être observée chez l'homme d'une manière aussi constante et régulière; l'influence du moral la rompt , l'accélère et en modifie la forme: dans l'abstinence involontaire, le désespoir et tarage; dans l'iuanitiation suicide, l'affligeant héroïsme d'une résolution de fer fait de cette lutte de la vie un spectacle différent et revêt (agonie d'un autre masque.
Mécanisme de /# rnçrt. (les çmpiaux inauitiés, qui ne perdaient
INGKSTA. — DES AMMKNTS. 823
d'abord en moyenne que de 0°,3 par jour, ont perdu lh°,0 le dernier jour, et ont succombé à 2li°,9 avec tous les symptômes de la mort par le froid, et au degré où périssent en général les animaux sains que Ton plonge dans des mélanges réfrigérants : il est donc évident qne la mort est due dans ces cas au refroidissement successif du corps, ou, si l'on veut, à l'abaissement graduel de la faculté de produire delà chaleur. « L'iuanitiatiou, dit M. Ctiossat, a pour effet d'accroître progressivement l'oscillation diurne de la chaleur jusqu'à ce que le refroidissement devienne assez grand pour que la réaction diurne ascensionnelle ne s'opère plus ou presque plus, et que l'animal périsse prochainement par le froid. » Les huit mineurs dont nous avons parlé ont tous signalé l'intensité rapidement progressive du refroidissement comme la sensation (a plus pénible qu'ils eussent éprouvée; le froid les empêchait de dormir, et, pour eu atténuer le tourment, ils se couchaient les uns sur les autres. L'anémie joue certainement un grand rôle dans cette progression d'un phénomène qui a pour conclusion la mort. Le sang, étant successivement détruit par l'inaiiitiation, se répare aux dépens de la chair musculaire et des autres tissus dont la résorption lui naaintient pendant un certain temps sa crase et sa vitalité; mais bientôt ('aliment manque au sang dont la masse alors va diminuant. Avec elle diminuent la force nerveuse, l'oxygénation du sang et le dégagement du gaz acide carbonique; l'oscillation diurne devenant de plus eu plus étendue, la chaleur animale s'abaisse chaque soir davantage, et la mort survient à un certain degré de refroidissement, eu général pendant la période de l'abaissement nocturne de la chaleur.
Poids du corps. A. Perte diurne ou relative à un seul jour : 1° à égale durée de l'inaiiitiation, la perte diurne est d'autant plus forte que l'animal est plus volumineux; 2 'la perte maximum correspond au début de l'expérience, l'animal épuisant le résidu de l'aliment ingéré la veille; la perte minimum s'opère en général vers le miljeu; 3° l'augmentation relative de la perte vers la fin de la vie esta remarquer, car plus le corps a perdu, moins il devrait avoir à perdre. En général, elle a coïncidé avec l'augmentation des fèces, allant jusqu'à la diarrhée comme dans les maladies colliquatives. — B. Perte intégrale, c'est-à-dire relative à la durée entière de rinanitiation. M. Chossat a été conduit, par ses expériences, à poser comme loi générale de l'inanitiation, qu'un animal périt lorsqu'il a perdu environ le 0,4 de son poids normal ou initial. Edwards
et Balzac, en étudiant les effets delà gélatine, n'ont va leurs dite» en danger de mourir que lorsqu'ils se trouvaient réduits à 1/6 de leur poids initial, ce qui nous parait exagéré. Dans tous les cas, il existe pour l'homme, comme pour l'animal, une limite fatale de poids au delà de laquelle la vie n'est plus possible ; fait d'une immense gravité pour la médecine pratique, et qui détermine impérieusement la mesure des spoliations que l'organisme peut subir dans un but thérapeutique. — C. Influences perturbatrices : t# obésité. Chez les sujets inanitiés, la graisse a presque entièrement dis* paru ; cette substance éprouve donc une perte relativement plus forte que les autres parties du corps. Aussi l'obésité modîfie-t-elk la valeur de la perte intégrale proportionnelle; et tandis que le terme de la vie possible correspond en général à mie perte de 0,4 du poids initial, les animaux obèses succombent à 0,5; 2" le jeune âge, au contraire, diminue la valeur de la perte intégrale proportionnelle de 0,2, et l'abaisse de 0,4 à 0,2; ce qui donne pour les oscillations de la perte intégrale proportionnelle l'amplitude de 0,3, c'est-à-dire une étendue équivalente aux 3/10 du poids normal du corps. — D. La perte totale du poids du corps ne se distribue point dans une égale proportion entre les différentes parties du corps. La perte intégrale proportionnelle se récapitule comme il suit, d'après les évaluations et les calculs de H. Chossat:
Partiel qui perdent plus que la Parties qui perdent moins qne U
moyenne 0,400. moyenne 0.400.
Graisse 0,933
Sang . . c 0,750
Rate 0,714
Pancréas 0,6 41
Foie 0,520
Cœur 0,448
Intestins 0,424
Muscles locomotifs 0,423
Estomac 0,397
Pharynx , œsophage 0,342
Peau 0,338
Reins 0,319
Appareil respiratoire. . . . 0,223
Système osseux 0,167
Yeui 0,100
Système nerveux 0,019
Après la graisse, c'est le sang qui éprouve la plus forte déperdition. M. Chossat s'est appliqué à le recueillir en totalité chez des pigeons inanitiés et chez d'autres qu'il a fait périr subitement par strangulation pour évaluer la masse de leur sang; l'asphyxie s'accomplit chez ces animaux avec une extrême célérité. Il a trouvé le rapport suivant : état normal, 12sr,7&; inanitiation , 6,88; perte intégrale proportionnelle. 0,617. « Ainsi le sang, ajoute cet observateur, se consume par inanitiation ; et lorsque la mort arrive, la perte qu'il a éprouvée s'élève à plus de 0,6 de la quantité normale, c'est-à-dire à plus de moitié en sus de ce que comportait la
1NGBSTA. — DBS ALIMENTS. 825
perle moyenne du corps chez les mômes animaux : la perte porte donc en excès sur lui. » Collard de Martigny a vu, chez les lapins, la quantité de sang réduite, le 3* jour, à 0,619; le 7e jour, à 0,M3 ; et le 11% à 0,227 (1). Haller avait trouvé le sang plus épais qu'à l'ordinaire, surtout quand il y avait eu privation simultanée d'aliments et de boissons. Ce fait n'a pas été confirmé. M. Chossat a toujours constaté l'augmentation de la portion séreuse du sang, indépendamment de l'usage ou de l'abstinence des boissons. Collard de Martigny a vu la fibrine considérablement diminuée, et l'albumine augmentée. Chez un jeune homme qui avait subi une diète rigoureuse de quarante jours, M. Lecanu a constaté les résultats suivants: l'eau s'était élevée de 0,770 à 0,806; l'albumine, l'extractif, la graisse et les sels, de 0,076 à 0,08/i ; le caillot était tombé de 0,156 à 0,112 (2). M. Chossat signale comme un des faits les plus intéressants de l'histoire de l'inanitiation la diminution rapide du poids du cœur. Ce résultat n'a jamais manqué. Combiné avec la perte en excès éprouvée par le sang, il justifie le traitement de Valsai va, traitement dont le succès est au prix de la persévérance, mais qui, pour ne pas excéder les bornes d'une salutaire prudence, doit se régler d'après des pesées du corps régulières et rapprochées. Collard de Martigny a aussi constaté la réduction du volume du cœur et l'amincissement des parois de ces ventricules, circonstance qui explique peut-être la facilité avec laquelle les causes les plus légères produisent des syncopes mortelles dans les derniers temps de l'inanitiation.
Durée de la vie. Les résultats des expériences faites sur les animaux ont ici peu de valeur pour les applications à l'homme ; ils diffèrent d'ailleurs beaucoup : la vie se soutient, sans aucune nourriture solide, six années entières chez les tortues (Blumenbach), cinq à dix ans chez les protées (Rudolphi). D'après les recherches de Magendie, les animaux d'un genre voisin de l'homme ne supportent pas impunément l'abstinence audelà de quatre à cinq jours; toutefois les chiens de grande stature qui ont servi à Collard de Martigny ont vécu trois, quatre, cinq semaines et audelà. M. Piorry a vu que les chiens du poids de 27 livres supportent sans aucun inconvénient la perte de 1 livre de sang, tandis que d'autres chiens du même poids succombent, si, après une abstinence de trois
(1) Journal de physiologie de Magendie. Paris, 1828, t. VIII, p. 152.
(2) Lecanu, Études chimiques sur le sang. Paris, 1837, pT 7?-
jours, ils sont soumis à une saignée de 6 à 7 onces. H. Ghossat fiu en moyenne de quinze à dix-huit jours la résistance des animaux adultes à l'inanitiation. Haller a rassemblé un certain nombre d'exemples d'hommes qui ont enduré très longtemps la privation de la nourriture: beaucoup de ces observations manquent d'authenticité; dans d'autres, l'abstinence n'a pas été absolue. Que Rich ter raconte lui-même à Haller qu'un nommé Bernhardi avait jeûné quarante jours par superstition ; que Borelli rapporte l'histoire d'une abstinence poussée jusqu'au troisième mois; queRolando cite le cas d'une abstinence absolue, continuée pendant deux ans et demi, on voit seulement par là que les meilleurs esprits ne savent pas toujours se défendre de l'amour du merveilleux, etqoç la candeur des savants les livre parfois à l'imposture : Fraudultnta aliquœ kistoriœ intercedunt, observe Haller lui-même (1) ; il aurait pu étendre le doute à un grand nombre d'histoires de ce genre. Notre conclusion est celle de Burdach (2) : dans l'état ordinaire des choses, un homme ne peut pas vivre plus d'une semaine sans manger ni boire, ou plus de quelques semaines sans manger; il faut des circonstances spéciales pour dépasser ce terme. Celles qui influent le plus sur la durée possible de l'abstinence complète sont l'âge, l'embonpoint, l'habitude, l'état de maladie, etc. Tous les observateurs, depuis Hippocrate jusqu'à Col lard de Martignyet Chossat, ont reconnu l'influence de l'âge : « Les vieillards supportent très bien l'abstinence; l'homme dans l'âge mûr, moins; les ado* lescents, très mal ; les enfants, encore moins que les autres, surtout ceux d'entre eux qui sont très vifs (3). » Comme le besoin de réparation est en rapport avec la quotité des pertes, toutes les circonstances qui diminuent celles-ci aideront à supporter l'abstinence: tels sont le sexe féminin, la vie sédentaire, le séjour au lit, la saison et lès climats chauds, l'habitude de la sobriété, la maigreur, la débilité constitutionnelle, etc. L'estomac, fidèle interprète des besoins généraux de l'organisme, répugne aux aliments dans un grand nombre de maladies : l'abstinence est instinctive au début de la plupart des affections aiguës, et porte surtout sur les substances solides. La diète est alors bien tolérée jusqu'au 20*, parfois jusqu'au 30e jour, et même au delà. L'adipsie est un phénomène
(1) Elementa physiologiœ, t. VI, p. 171.
(2) Traité de physiologie. Paris, 1841, t. IX, p. 235.
(3) Œuvres, trad. parLittré, t. IV, p. 467, Aphorisme 13, sect. i.
INGESTA. — DES ALIMENTS. 827
pli)» pare. L'abaissement du besoin de réparation 8e fait remarquer chez les femmes hystériques ou mélancoliques qui ont fourni le plus d'exemples d'inaniliation prolongée; i| en est de même des §|iépâs. Leuret et W. Lassaigne en citent un qui, pendant trois tçmajpes, ne prit aucun aliment, aucune boisson, et ne fit que se |ayer iine fois la boiiche avec de l'eau. Les affections morales, les ftpipiàtres contentions rie l'esprit font taire aussi le besoin de uutyritipn. Tqu§ ces éléments entrent en proportion variable dans le prp^l^me de la durée de la vie des inanitiés, et en rendent la solution impossible d'une manière générale et absolue.
2° Afimentation insuffisante.
A. Quant à la quantité de V aliment. Alimentation uniforme chaque jour. Le résultat le plus saillant des recherches de M. Chossat suc p$ sujef, c'est l'identité presque absolue de la porte (de poids) intégrait; proportionnelle dans le cas de l'alimentation insuffisante et jjj}lis le cas d'a|)stinence complète. Néanmoins dans le premier c^s )$ durée de la vie a été le double de ce qu'elle était dans le second (jes apimaux avaient reçu un peu plus du tiers de leur ration noripijjeavecde l'eau à volonté). Ainsi l'alimentation insuffisante retoffje pjus ou pioins l'époque de la mort suivant qu'elle est plus oi| jtypjus inférieure à la ration normale, mais elle n'altère en rien la jpj d'après laquelle la mort arrive; dans ce mode de nourriture coranje dans l'abstinence absolue, l'animal succombe dès que soif ooids a atteint la limite de diminution compatible avec la vie. — alimentation décroissante, cest-a-dire où l'aliment est donné eu quantité successivement de moins eji moins considérable. Au bout qes cinq premiers jours, forte diminution du poids du corps en rapport avec la réduction opérée dans la quantité de l'aliment. pqqs Ipscinq jours suivants du même régime, le poids continue q (laisser, mais moins rapidement, le corps s'étaut déjà mis en rapport avec le poids de l'aliment; du 11* au 15e jour inclus, on n'a donné que de l'eau : nouvel abaissement très rapide qui s'accélère jqçqp'au 19e jour, époque de la mort. Ainsi, le poids de l'aliment a gouverné constamment celui du corps; la consommation d'eau a qitpiuiié progressivement. Le poids des fèces a représenté non-seulement le résidu de l'aliment ingéré, mais encore la quantité de matière organique détruite chaque jour pour subvenir aux sécrétions, en complément de ce qui n'était pas fourni par l'aliment; ce recuit*} démontre que dans l'alimentation insuffisante, l'organisme se détruit d'une quantité de sa matière propre, proportiqpp^p au
828 HTGIÈNB PRIVÉE.
déficit de l'aliment, subvenant de son propre fonds à la dépose quotidienne pour autant que l'ai i meut ne donne pas lui-même: c'est là, dit M. Chossat, la loi des régimes.
B. Quant à la nature de l'aliment. Des recherches que M. Boossingault a faites sur l'entretien des vaches laitières, il résulte que l'alimentation devient insuffisante : 1* si elle ne contient pu une quantité de principes azotés capable de réparer les potes des principes semblables qui sont éliminés de l'organisme; T si elle ne renferme pus le carbone nécessaire pour remplacer celai qui est brûlé dans la respiration ou rendu avec les sécrétions; 3° si elle n'est pas assez riche de sels, particulièrement de phosphates, pour restituer à l'économie ceux de ses principes salins qui sont continuellement expulsés; 4* si la ration n'est pas assez riche en matières grasses pour suppléer à celles qui sont sécrétées. On admet généralement que la vie d'un animal privé de nourriture se prolonge s il reçoit «le l'eau; de même ou croit sustenter a l'aide des tisanes les malades qui sont, comme on dit, à la diète ; cette opinion semble fondée, car dans les pertes éprouvées par les animaux soumis à Tinanitiation, la partie solide et gazeuse (fèces et acide carbonique) entre pour un quart, et l'eau pour les trois quarts restants (Chossat). Voici maintenant le résultat des expériences si précises de ce mêdeciu : la vie est prolongée chez les mammifères \*r l'usage de l'eau, mais non chez les oiseaux. Toutefois, comme les animaux privés d'aliments boivent trop peu pour compotier leur perte journalière. M. Chossat y a suppléé par l'ingestion forcée d'une quantité d eau équivalente a cette perte, et il a vu que l'animal, loin d'être soutenu par la quantité de boisson qui excèvle la soif, périt plus Mte * ce qu i! attribue à l'excessive dilution du sanj et aux depàts aqueux qui se forment sur quelques organes tels que îe cœur et le poumon : dans ces cas, l'action de l'eau est en quelque sorte deietère pur l'économie. Le lecteur de* duira de ces res .!uts des applications d'un haut intérêt a U médecine pratique : ne jettent- ils fus quelque jour sur 1a cause de I*hvdroeuiie et sur l'eut de d- terioratioo générale où tombent a la longue des nuades soumis a U diète ou incomplètement nourris, mais qui dispvsefit tous les jours de plusieurs litres de tisane et en boitent presque machinale1 met t?
/ W.V f* * Jmj+r d* r*kst\**r*c*. Les praticiens de toas les temps ont proclame les avantage* de ! 'abstinence comme moyen thenpeutique. et l'expeneua» de chaque jour confirme ce
INGBSTA. — DES ALIMENTS. 829
Fernel déclare avoir guéri par la diète nombre de maladies graves que d'autres remèdes n'avaient pu vaincre. On connaît le mot de Desmoulins mourant: « Je laisse après moi deux grands médecins, la diète et l'eau. » Les partisans de la médecine expectante, de rhomœopathie et de tous les prétendus systèmes dont le fond est l'inaction de l'art, semblent s'être inspirés de cette parole; elle explique au moins leur succès. L'abstinence convient merveilleusement dans les maladies très aiguës où les produits d'une réparation inopportune ne servent qu'à renforcer les conditions matérielles de la congestion ou de l'irritation fixée sur un ou plusieurs organes; die n'est pas moins efficace pour la résorption des liquides épanchés, pour celle des produits anormaux, pour la fonte des engorge* ments chroniques, etc. Nous avons signalé plus haut les faits qui ■ont le fondement très rationnel du traitement de Valsai va. Au contraire, l'expérience a ramené à l'usage d'une nourriture suffisamment réparatrice dans les affections tuberculeuse, scrofuleuse, cancéreuse, dans la cachexie syphilitique; elle a démontré que la diète retarde la cicatrisation des plaies, la formation et la consolidation du cal, qu'elle favorise la résorption purulente, qu'elle augmente l'anémie si fréquente chez les sujets affectés de névroses ; que l'alimentation insuffisante est Tune des causes delà chlorose il des hémorrhagies aslhéniques, du scorbut, du purpura hœmorrkagica, de la tuberculisation, de la scrofule, de la gangrène des extrémités, de la bouche (Nélaton), de certaines hydropisies, du muguet, de l'œdème et de l'érysipèle des nouveau-nés, du ramollissement gélatiniforme de l'estomac, du rachitisme, de la perforation de la cornée. Mais tout ceci s'éloigne de l'hygiène, et nous laissons à d'autres le soin de préciser les proportions et la nature do régime dans la série des affections soit aiguës, soit chroniques. Dans l'état physiologique, nous voyons que l'abstinence courageusement employée peut remédier à l'obésité, puisque la graisse est de tous les éléments organiques le plus prompt à disparaître et semble comme une provision de matière que l'organisme emmagasine pour sa dépense ultérieure. Le danger de l'abstinence est dans sa durée, dans sa disproportion avec les conditions d'âge, d'organi* aation individuelle, etc. ; c'est par des pesées successives et comparées au poids initial des sujets qu'il importe d'en calculer les ravages ; le degré de destruction des chairs musculaires permet d'en juger jusqu'à un certain point. L'alimentation insuffisante détermine, sauf pour la durée, identiquement les mêmes effets que
l'abstinence absolue; dès qu'un individu reçoit moins que sa ration normale, la question ri'inanitiation se soulève, et comme le dit avec une raison profonde l'auteur du beau travail que nous avons le premier mis à profit en Hygiène, l'inanition complète n'est plus qu'une affaire de temps : aussi, soit dans le cours des maladies, soil aux approches de la convalescence, le médecin doit-il interroger souvent, par voie de tâtonnement, le degré de tolérance de r organisme pour la nourriture. Comme il est un appétit trompeur qui ne mérite que refus et surveillance de la part du praticien, il y àao» des états où le besoin de la réparation est réel, quoiqu'il fflanqiie pour ainsi dire de voix pour crier à l'oreille du médecin, quoique la sensation de l'appétit soit en retard. L'alimentation très fractionnée pour la quantité, très atténuée pour la qualité, est un réactif délicat qu'il faut appliquer fréquemment à l'organisme malade, afin de saisir l'heure et le jour où l'abstinence doit cesser. Tel malade supporte mal une minime dose d'un aliment et s'accommode d'un autre en quantité plus grande. Des malades qui vomissaient les tisanes, le bouillon et semblaient atteints de lésions chroniques graves de l'estomac, ont guéri sous l'influence d'une alimentation tonique et généreuse. Que dire des sévérités systématiques du régime, de ces famines nosocomiales qui marchent à la suite de certains médecins? « L'inanitiation est la cause de la mort qui marche de front et eu silence avec toute maladie dans laquelle l'alimentation n'est pas à l'état normal. Elle arrive à son terme naturel, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard que la maladie qu'elle accompagne sourdement, et peut devenir ainsi maladie principale, là où elle n'avait d'abord été qu'épiphénomène ;1). ■ Hippocrate, si constamment préoccupé des questions relatives au régime, avait dit : « Si les choses étaient aussi simples qu'il vient d'être dit, si toute nourriture forte incommodait, si toute nourriture faible accommodait et sustentait l'homme malade et l'homme sain, il n'y aurait pas de difficulté; car ou ne courrait aucun danger à incliner toujours du côté d'une alimentation faible. Mais ou commettrait une égale faute, une faute non moins malfaisante i l'homme si on lui donnait une nourriture insuffisante et au-dessoa> de ses besoins; car l'abstinence peut beaucoup dans l'économie humaine pour rendre faible, pour rendre malade, pour tuer ^2). -
(1) Cttossat, p. 494.
(2) OB*vrm : De l'ancienne médecine, édit. Littré, t. I, p. 589.
INGBSTA. — DES ALIMENTS. 831
El ailleurs : a II est honteux aussi de ne pas reconnaître qu'un malade est faible par inanition, el d'aggraver son état par la diète (1). »
3° Ration normale . Où commence l'excès d'alimentation? Cette détermination présuppose celle de la ration normale de l'homme. Cheyne veut qu'un homme d'une stature moyenne à l'état de santé et prenant un exercice modéré, ne consomme par jour que 250 grammes de viande, 375 grammes de pain ou de quelque autre nourriture végétale, et 16 d'une liqueur fermentée. Stark, qui est fcbort victime des essais diététiques, avait constaté que la plus grande quantité de pain qu'il pût ingérer à la fois, sans malaise, s'élevait à 20 onces, et dans les vingt-quatre heures à 46 onces ; mais alors Il n'usait d'aucun autre aliment : 20 onces de pain et k livres d'eau par jour étaient insuffisantes pour le sustenter. Le Vénitien Corfiaro, mort à cent ans, se contentait de 12 onces de nourriture solide avec 18 onces de vin ; mais combien supporteraient ce régime? et beaucoup d'exemples prouvent que la longévité est possible avec une diète moins rigoureuse. Sir John Sinclair propose l'évaluation suivante pour règle générale: 16 onces d'aliments solides et 36 de liquide par jour pour un individu qui mène une vie sédentaire ; àtvec de l'exercice, la quantité d'aliments peut s'élever jusqu'à un Énaximum équivalent à 10& onces par jour, dont le tiers en matériaux solides. Lavoisier ne veut point que la réparation outre-passe là moyenne des pertes éprouvées par l'économie, moyenne qu'il évalue à 2 livres 13 onces dans les vingt-quatre heures; cette estimation est très inférieure à celle de Sanctorius, qui la porte à 8 livres par jour (solides et liquides ensemble) , et de Georges Rye, qui fit, à l'exemple du premier, des recherches sur lui-même. Hàller (2) porte à 5 ou 6 livres, c'est-à-dire 1/25 environ du poids moyen du corps, la déperdition journalière qu'un homme adulte et sain éprouve par l'effet des excrétions cutanées, pulmonaire, rénale et intestinale, non compris le déchet des ongles et des poils et l'usure de l'épiderme, qu'il évalue à U livres par an.
Toute fixation quantitative absolue de la ration est nécessairement fausse : la nature des aliments en est le premier régulateur. Un régime exclusivement animal ou végétal entraîne des fixations bien différentes : tandis que la nourriture mixte qui suffit à l'entretien de l'homme ne représente que la quarantième partie du poids de
(1) Œuvres complètes d'Hippocrate, par Littré, t. II, p. 315.
(2) Elementa pkytiologiœ, t. VI, § 1, p. 165.
832 HYGIÈNE FllVÉI.
son corps, une vache consomme environ 45 livres de fourrages ptr jour, c'est-à-dire la huitième ou la sixième partie de son poids. — 2 kilogrammes d'amidon contiennent autant de carbone que 7kilog. 1/2 de chair. M. Liebig a calculé que pour se procurer le carbone nécessaire à sa respiration dans une même période de temps, un homme aura besoin ou d'un animal et d'une quantité de fécule égale au poids de cet animal, ou de cinq animaux sans fécule. Ainsi le régime animal et le régime végétal, employés isolément, conduiraient à des rations excessives, accablantes, pour assurer dans le premier cas la dose nécessaire de carbone, et du» le second celle de substances azotées. Le mélange des deux sortes d'aliments est donc la condition première du rationnement, mais dans quelles proportions ?
Selon M. Dumas (1), l'homme absorbe chaque jour une quantité de matières azotées neutres équivalant à peine à 15sr,16 d'azote, quantité qui se retrouve en entier dans les 30 à 32 grammes d'urée renfermésdansl'urinequ'ilrenddanslesvingt-quatre heures. D'après cette base, il fait entrer dans la ration d'entretien de l'homme, en moyenne, 6 à 500 grammes de matière azotée fratche, représentant 100 à 125 grammes de la même matière sèche qui contient, par conséquent, de 16 à 21 grammes d'azote. Ailleurs (2) il évaluée 300 grammes le carbone qu'un homme brûle en vingt-quatre heures; d'autre part, H. Lecanu a reconnu que l'urine évacuée en vingtquatre heures contient 32 grammes d'urée = 15 grammes d'azote environ (3). Avec ces données, le calcul de la ration normale peut s'établir; les nombres auxquels est arrivé H. Dumas s'éloignent peu de la consommation journalière du cavalier français.
Grammes.
Viande fratche 125
Paiu blanc de soupe. . 516 )
Pain de munition.. . . 750 )
I>gumineux 200
Les l.Vi grammes de matières azotées sèches représentent 22«r,05 d'azote, et les 766 grammes de matières non azotées sèches représentent 328 grammes de carbone.
(1) Annales de chimie, 1842, p. 391 et 4*6.
(2) Traité de chimie, t. VIII, p. 423.
(Z) Mémoires de C Académie de médecine. Paris, 1840, t. VIII, p. 685.
Matières asotées sèches.
Mal
ières non isolée* sèches.
INGISTA. — DIS ALIMENTS. 833
Thomson a tenté la solution du même problème hygiénique, en déterminant le poids et la composition élémentaire des aliments ingérés et des excréments rendus dans un temps donné; ses recherches n'ont porté que sur les vaches. Liebig, d'après une communication qu'il a faite au docteur Knapp (lac. cit., page 76), a pris pour sujet de ses observations une compagnie de soldats qui recevaient pour nourriture de la viande, du pain, des légumes, des fruits, de la bière, de l'eau-de-vie et de la graisse; elles l'ont conduit a une évaluation très rapprochée des éléments sanguifiables (1) avec les éléments calorifiques (combustibles) contenus dans les aliments assimilés, si l'on en déduit ce qui en a été éliminé dans le même espace de temps par les excréments :
Rapport Sub«tunce <U tes élément* taDguifiablat «v«c Eau. sèche, att élément» couibvaiibUt.
AlimenU consommés,
total : 1001 liv. dont 1655 liv. 2346 liv. 298 : 1357
Déchet eicrémentiliel,
total: 294 liv. dont 220 liv. 1/2 73 liv. 1/2 13 ; 51
Bapport de la partie saoguifiable et de la partie combustible des aliments assimilés 285 : 1306 s 1 : 4,7
Le chiffre 4,7 s'applique, comme on le voit, à des individus qui se livrent à des exercices musculaires assex considérables; il s'abaisse nécessairement pour les individus que leur genre de vie rapproche plus des professions sédentaires.
La ration alimentaire telle qu'elle est ingérée, c'est-à-dire à l'état frais, contient, d'après les recherches de H. Barrai, 25,2 de matière sèche, 74,8 d'eau, environ trois quarts d'eau.
Il ne faudrait pas accorder à ces évalutions une importance absolue, et l'Hygiène les enregistre plutôt à titre de renseignements que pour en faire la base définitive de ses prescriptions. En raison de la multiplicité de ses éléments, le problème ne comporte point de solution rigoureuse ; les déterminations proposées ont un caractère de généralité purement théorique ou rentrent dans les convenances de l'individualité. En principe, la ration doit être proportionnelle à la dépense; mais celle-ci présente des' fluctuations aussi nombreuses que les causes qui agissent sur l'organisme et modifient la direction de la vie. La quantité de nourriture nécessaire dépend entièrement de la situation actuelle où se trouve le corps, et n'a rien de
(1) Le mot allemand Uutbildend ne se traduirait exactement que par Mmoloplaslique, ou uxnguifianL
S* édit. — t. 63
83'i HYGIÈNE PRIVÉE.
constant ni d'absolu. Un sentiment instinctif partant de l'estomac suggère ù tout homme, à tout animal, la conduite qu'il leur convient de tenir relativement à leur alimentation. L'homme sain de corps et d'esprit, dit avec raison Moreau île la Sartbe, peut trouver dans ses sensations un guide plus sûr, une mesure plus exacte que la balance de Sanctorius. Il n'y a de règle générale à formuler ici que la sobriété. La nature se contente de peu; â l'état de civilisation, les hommes consomment plus que n'exige l'entretien de la vie: l'impunité d'une première surcharge de l'estomac conduit a la répétition des mêmes excès, et de même que l'habitude renforce 11 sobriété, plus on mange, plus on devient mangeur. L'art des gourmets surexi ite les organes blases du goût et de l'odorat, lait naître les appétits factices, dilate la capacité des estomacs: mais i'iiitrrnperance la plus raffinée ne peut éviter la satiété; l'instinct qui marque eu nmis la juste mesure de l'aliment, cet instinct qui est a n*»trv conservation organique ce que la conscience rst à l'Âme, ne peut être étouffe complètement ; et quand sa wix est méconnue, de* dérangements p:us ou moins profonds de la santé ne tardent pas a prouver la fausseté de cet axiome : {#.••!•/ tn^ît /i«.*rif.
l-a détermination même théorique de la ration ai: montai re otliv un si grand intérêt a i hygiène et a 1 ecououne >oci île. qu«* r-jus cio\oii> aevor consigner a .3 suiu d«*s d •nuées déjà reutrvs «Uu* cet article cci.es qui ont cte propv>ees par d autres oL»>ervair-'jr> vu qut >e déchu >ent du régime einp:ii ju - de .i.vers groupes. ;.r\îes$ioni;< s ]J. Taun I iu>oie sur a coiioj: dai ce des indic U on* tluv . ;ac* \e* •:> Li:i> re.ueiiiis d*!»* i> c ».;Tei:î>. ddiis ie> pnh>;>. cl .cuv .:> ev.^s ii:ui> \*. . r i.xcr :.. rd".i^:i d entretien d u. bfiuir.c» ^viriiijin .» ii.vrvn - *: iin::^ i.zxr. •-: âîr.i cmi gi.ia.iues \\\ ciriv: >< \* .»r t •.' -:.a :.tue- -u \* -r !•.« *. „g* i. ;::;>> dû io. ■>.•■ ...;;* ■. :. \ : ■».. -.'.j: s trtlr ^»i ■ :.on «i-vt-. ui: »:viij*. i . «>^:.; c-' ■ . '. .. .) :...-. r- > !:> r.4i^iirril.>
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INGBSTA. — DBS ALIMENTS. 8)5
Il est démontré qu'une dépense considérable de force musculaire se répare et se soutient à l'aide d'une plus forte proportion d'azote ou île viande dans l'alimentation. Si Ton y voulait suppléer par l« pain pu parles matières féculentes, l'énorme quantité decesalimenta qui servirait d'équivalent à la viande surchargerait les organes digestifs et alourdirait le travail. Les entrepreneurs anglais de nos chemins de fer, ayant remarqué la différence du travail exécuté par nos ouvriers et par ceux qu'ils avaient fait venird'Àngleterre, et l'imputant avec raison à la différence de régltae, ont réussi à l'effacer, à • obtenir des ouvriers françaisla même quantité d'efforts utiles par l'introduction d'une plus forte proportion de viande dans leur régin^.
il. Fônssagrjves (1) a calculé |e repdement en azote, carbone pi matières grasses de l'alimentation du matelot à terre et en campagne.
MMpB k Urr*. Poids. Asole. Carbone. Huiler** gratttf.
Déjeuner.. . 250,00 8,00 79,00 3,75
Dîner...... 820,00 17,40 220,00 31,02
Souper.... 380,00 9,04 130,10 15,47
Total... 1450,00 29,44 425,10 50,24
||«Uvn en mer. Poids. Asote. Carbone. Matières grasse*.
pejeuaer... 233,00 5,82 88,60 2,54
Ptoer 675,00 11,19 106,17 34,71
Souper.... 511,00 9,90 414,09 131,80
Total... 1419,00 26,91 308,80 49,85
L'expérience et la théorie se confirment mutuellement d$n& 1*0?dotijià^ce de lé ration nautique.
MM. Payen et ae Gasparin nous fournissent les tableaux suivants :
Ouvriers agriculteurs des fermes du Vaucluse.
iVoérrilure annuelle. Quunlitc d'aliments. Atote. Carbone. Graisse.
«vil. kll. k(l. kl!.
Pain 390 4,212 115,050 4,680
Pooime* de terre 90 0,216 9,000 0,090
Haricot* ou équivalent en
rêves 88 3,410 35,200 2,iéi
Lard.... *9 0,230 11,610 13,4^0
Huile 10 » 7,700 8,600
Vio ' *23 0,018 4,920 »
Total de la nourriture
distribuée 720 8,080 183,480 29,3)4
Qmaoqjmatioo par jour. 1,972 22,15 502,27 80,34
{\) Traité fJttftfiM navals. Paria, 1856, p. 6*6.
Ouvriers agriculteurs du canton du Vaud.
Nourriture aunoalle. Quantité d'aliments. Asote. Carbon*.
kil. kil. kil. ail.
Pain 286 3,090 85,800 5,720
Pommes de terre 365 0,376 36,500 0,365
Légumes verts 41,600 0,166 6,660 0,600
Légumineuses (lentilles).. 13 0,487 5,200 0,344
Fruits desséchés 13 0,120 4,420 0,130
Viande 57,200 1,710 6,292 1,144
Fromage 28,600 1,456 5,160 2,860
Beurre 10,400 0,066 6,740 8,500
Garé (infusion) 6,200 0,650 1 ,300 0,000
Lait 229,500 1,514 16,065 8,490
Vin 121,500 0,018 4,830
Cidre 108 0,012 2,160
Total de la nourriture
annuelle 1280 10,165 181,137 28,243
Consommationjournalière. 3,41 27,84 496,27 77,37
Ouvriers laboureurs du Nord.
kil. kit. kil. Kit.
Farine de seigle 320 5,600 131 7,200
— de froment 30 0,492 11,700 0,540
— d'orge 50 0,950 20 1,100
Poi 30 1,050 12,300 0,630
Pommes de terre 350 0,8*0 35 0,350
Viande de bœuf. 20 0,600 2,200 0,400
Lard 10 0,118 6,114 7,100
Lait (litres) 160 1,356 11,200 5,920
Beurre 20 0,128 13,400 16,400
Bière 365 0,292 16,425
Sel marin 12 » »
ToUl de la nourriture.. 1367 11,426 259,339 39,640
Consommationjournalière. 3,74 31,30 710,52 108,60
Ouvriers agriculteurs de la Corrèze.
kil. kil. kil. kit.
Froment, méteil, seigle... 219 3,960 87,600 4,380
Pommes de terre 369 0,850 36,900 0,369
Châtaignes sèches 248 2,570 119,040 24,880
Viande 12 0,360 1,320 0,240
Lard 10 0,118 6,100 7,100
Lait (litres) 120 9,792 0,400 4,440
Total delà nourriture.. 978 8,650 259,360 31,409
Ornsoimnation Journalière. 2,68 24,26 710,60 86,S2
INGISTA. — DBS ALIMENTS. 837
Ouvriers en Lombardie.
Ration journalière Quantité
d'un iodi? idn. d'aliments. Asote. Carbone. GiaisM.
kil. kil. kil. ail.
Farine de mais 1,520 25,83 668,80 133,76
Fromage 30 1,50 10,80 7,30
Deai litres de piquette pour
boisson 2,000 0,27 15,00 »
Consommation en un jour. 3,550 27,60 694,60 141,06
Ouvriers en Irlande.
Ration journalière Quantité
don individu. d'aliments. Aaota. Carbone. Graisse.
kil. kil. kil. kil.
Pommes de terre 6,348 15,20 634,8 6,34
Lait 500 3,30 35 18,50
Eaa on petite bière » » » »
Ration totale 6,848 1 8,50 669,8 24,84
Ouvriers anglais employés au chemin de fer de Rouen.
Ration journalière Quontilé
d'un individu. «l'aliment*. Asote. Carbone. Graisse.
kil. kil. kil. kil.
Viande 0,660 19,8 72,6 13,2
Pain blanc 0,550 8,1 221 ,5 8
Pommes de terre 1,000 2,4 100 1
Bière 2,000 1,6 90 »
Aliments 2.400 ,
Boisson 2,000
La ration du marin est régulière ; celle du paysan du Vaucluse contient un excédant de \/U environ sur la quantité utile de carbone; un excès moindre de carbone ressort dans celle de l'ouvrier suisse. Le même excès (farine et pommes de terre) est bien plus considérable dans le régime de nos ouvriers du Nord, de la Corrèze, etc.; la quantité d'azote étant suffisante pour ceux du Nord, il doit y avoir chez eux surcharge gastrique et perte de force vive. En Lombardie, insuffisance et absence de variété ; pas de viande, excès de matières amylacées : c'est un régime débilitant. La ration du pauvre travailleur irlandais ne renferme pas assez cfazote; elle manque aussi de variété et distend l'estomac par le volume.
838 HTGIINI M1TÈI.
h* Alimentation excessive. L'alimentation est excessive toutes les fois qu'elle est poussée au delà du sentiment naissant de la satiété. « L'estomac, a dit Réveillé- Parise (1), est le protecteur delà santé. » Un ancien a appelé ce viscère le père de famille. Quand l'orgapisme sollicite des matériaux de reconstruction, l'estomac ti déclare par la sensation impérieuse de la faim ; quand l'organMM est saturé, il le manifeste encore par une autre sensation qui «prime et l'état général du corps, et l'état des forces digestivés; c'est à cette limite qu'il faut s'arrêter. Si on la dépasse, il survient do phénomènes dont la marche et la gravité sont en rapport avec î'énormité du repas et la susceptibilité des individus. Le premwt de ces phénomènes est le malaise de l'estomac, caractérisé par un sentiment de surcharge et de pesanteur : ses mouvements déterminent des nausées; la satiété est porté** jusqu'au dégoût; le diaphragme est refoulé en haut; il en résulte une gène dans la respiration, dans la phonation, gène toujours accompagnée d'une tension douloureuse du ventre. Dans le labeur d'une digestion, qui, à cause de la masse des aliments, est incomplète et fébrile, il se dégage des gaz qui remontent dans l'œsophage, a Parfois, dit Magendie (2), ils distendent assez ce conduit pour comprimer le cœur par sa face postérieure; ils produisent alors, en nuisant à la circulation, une anxiété très fatigante. » La concentration énergique qui s'opère vers l'estomac brise les forces musculaires et cérébrales; l'inertie et l'accablement remplacent le bien-être et l'alacrité que l'on éprouve après un repas modéré; les sens s'engourdissent, l'intelligence s'obscurcit, le sommeil arrive enfin comme chez* les animaux repus. L'habitude (l'une nourriture surabondante finit par dégénérer en un besoin réel, et décide la prépondérance des viscères digestifs sur les autres organes de l'économie ; elle réalise alors une variété de polyphagie et détermine à lu longue, dans le tube digestif, des modifications anatomiques analogues à celles qui sont congénitales chez une certaine classe de pol y pliages. Cellesqu'on observe le plus souvent sont l'ampliation de l'estomac et le développement considérable des valvules con ni ventes. Un garde municipal accoutumé aux excès de nourriture et de boissons, nous a présenté, à l'autopsie, une hypertrophie très prononcée de la tunique mus-
(1) Physiologie et hygiène des hommes livrés awn travaux de l'esprit. Pari», 1843, t. Il, p. 240.
(2) Physiologie, 3* édition, t. II, p. 102.
INGESTA. — DIS ALIMENTS. 8S9
culeuse de l'estomac et des intestins. Les effets d'une alimentation habituellement excessive ne sont pas les mômes chez tous les sujets; elle ne crée pas le tempérament sanguin, comme on Ta dit(î); mais chez ceux qui en sont doués, elle produit la pléthore veineuse, les hémorrhoîdes, la disposition aux hémorrhagies actives, aux congestions cérébrales. La sécrétion urinaire, principal étnonctoire dé l'azoté des aliments, laisse échapper plus de matériaux solides; mais comme elle devient insuffisante pour l'élimination de tout l'azoté importé dans le corps par une nourriture démesurée, elle le laisse se déposer sous forme d'acide urique et suscite l'imminence dés «Sections goutteuses et calculeuses. L'infiltration graisseuse, plufr lente à se manifester chez les individus sanguins et nerveux qui mangent trop, envahit rapidement les personnes lymphatiques; il semble qu'en elles tout l'excédant des substances ingérées devient!^ graisse : l'embonpoint commence d'abord à se prononcer dans la région du ventre; bientôt il s'étend aux autres parties du corps, notamment au visage, qui perd avec les saillies musculaires toute expression de physionomie. Souvent les membres restent assez grêles et contrastent par leurs dimensions avec l'obésité du visage et du tronc. Le poids du corps est augmenté, tandis que la puissance motrice diminue par l'atrophie des fibres musculaires. Tous les organes de la vie de relation s'énervent de l'excès de stimulation qu'une nourriture surabondante appelle incessamment sur les appareils de la vie plastique; les facultés de l'esprit s'é moussent par degrés, et si quelques intelligences ont le privilège de rayonner avec éclat à travers les murs d'une épaisse prison, en général, « le gros ventre fait le gros entendement (Reveillé-Parise) ». Comment croire, dit Vaughan, que les vapeurs qui s'élèvent d'une grosse et vaste panse ne forment point un brouillard de stupidité entre le corps et la lumière de l'esprit? La maigreur coexiste parfois avec l'habitude de beaucoup manger, et ce qui n'est point assimilé s'échappe du corps par différentes voies; cet état est le plus souvent pathologique (boulimie). Enfin, quand la masse alimentaire est tout à tait disproportionnée avec les forces digestives, l'estomac n'en digère qu'une partie en rapport avec les besoins actuels de l'économie ; le reste, après un séjour plus ou moins long et pénible dans le ventricule, est à la fin évacué par vomissement ou par diarrhée. Les enfants, grâce à la facilité
(1) Motard, t. 1, p. 354.
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qu'ils ont de vomir, se débarrassent sans aucune souffrance du superflu de leur nourriture; les adultes ont à subir la crise douloureuse de l'indigestion annoncée par des nausées, des hoquets, des éructations de gaz aigres ou fétides, par une céphalalgie sus-orbitaire; signalée par des efforts de vomissement et des vomissements avec anxiété de la respiration et pâleur générale; suivie de fatigue et de brisement dans les membres. Quelquefois le pylore* portier moins sagace qu'on n'a dit, donne issue au bol alimentaire indigéré; des coliques annoncent son passage dans les intestins et sont suivies de selles répétées. On a exagéré l'influence de l'indigestion sur la production de beaucoup de maladies, parce que le même individu n'a garde delà provoquer fréquemment; les mangeurs eux-mêmes en redoutent les angoisses et en évitent les récidives; elle est l'effet des lésions déjà développées, soit dans l'estomac, soit dans d'autres organes, aussi souvent peut-être qu'elle les fait naître: quand elle a donné lieu, par ses répétitions, à de sourdes phlogoses et même à des désorganisations du canal digestif, elle a été accompagnée d'abus des alcooliques.