Î)KS TEMPÉRAMENTS
fondions, soit par l'ébranlement des sympathies, et généraliser ainsi leur influence, comme les tempéraments que nous avons admis; mais ce sont des prédominances consécutives, engendrées le plus souvent par une série de modifications morbides. Que le foie cesse d'extraire du sang les matériaux de la bile en quantité proportionnelle aux besoins de l'organisme, il en résultera dans le sang une exubérance d'éléments hydrogénés et carbonés , de matières grasses, colorantes, etc., que la sécrétion biliaire a pour objet d'éliminer ; de là des phénomènes généraux qui feront croire à l'existence du tempérament bilieux. Il y a plus : ces phénomènes peuvent avoir pour cause une lésion étrangère au foie et au fluide qu'il sécrète; car les matières éliminées par ce viscère le sont aussi par le rein, par la peau, par les poumons sous forme d'acide carbonique et d'eau. Que ce travail d'élimination soit entravé, on verra surabonder dans le sang l'hydrogène et le carbone ; et, comme le dit fort bieu Royer-Collard , par la prédominance du sang veineux sur l'artériel, par le ralentissement de la circulation veineuse abdominale, par l'état congestionnel de tout l'appareil où s'accomplit cette circulation , on verra se développer les conditions assignées au prétendu tempérament bilieux , et plus récemment avec une ingénieuse sagacité, au tempérament mélancolique des anciens (1). De même encore, quand l'appareil génital vientà influencer d'une manière permanente l'ensemble de l'économie, c'est abuser des mots que d'imposer à cet état vraiment morbide la qualification de tempérament génital ; dans une médiocre mesure, cet état constitue tout au plus une idiosyncrasie; à un degré plus énergique, il y a surexcitation morbide d'une fonction, surexcitation qui éradie de l'encéphale ou des organes mêmes chargés de celte fonction.
Deux remarques essentielles trouvent ici leur place : 1° Le tempérament se combine dans le même sujet avec une ou plusieurs idiosyncrasies; c'est-à-dire qu'en même temps que l'état général de l'économie se caractérise par l'énergie de l'innervation ou par la surabondance des fluides blancs, un ou plusieurs viscères ont acquis une susceptibilité qui , sans atteindre aux limites de la maladie, augmente leur sphère de réaction sympathique. 2° Les tempéraments eux-mêmes se croisent, se mélangent en proportions varia-
(I Reveillé-ParUe, Mem. sur Vexist. et la cause org. des tempér. mélancoL {Éludes de l'homme sain et malade). — Micbéa, Éludes sur le tempérament mélancolique (voj. le journal France médicale* V juillet 1S55).
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bles, et donnent naissance à ce que Ton a appelé les tempéraments mixtes. C'est ainsi qu'une grande sensibilité nerveuse se rencontre parfois chez un individu dont le sang est riche en fibrine et en globules. La complication des tempéraments et des idiosyncrasies, jointe aux éléments variables que l'âge, les habitudes et l'hérédité importent dans l'économie, telle est la clef des individualités, telle est la pierre d'achoppement de la pratique. C'est parce que ces éléments se fondent en quelque sorte dans la trame organique et s'associent de mille manières, que les variétés de l'organisation humaine échappent à l'étiumération : nous avons moins à les décrire qu'à fournir au lecteur une méthode pour les analyser.
Les tempéraments sont, ou la donnée primordiale de l'organisation, ou le résultat des influences qui ont longtemps et profondément agi sur elle ; de là leur distinction en tempéraments congénitaux et en tempéraments acquis. L'âge suffit pour amener des mutations générales dans l'économie : c'est ce que la doctrine galénique exprime poétiquement par la correspondance qu'elle établit entre les tempéraments , les âges , les saisons et les climats. Mais indépendamment de ces métamorphoses que subit l'homme par l'action 1 en le des années, les modificateurs hygiéniques, comme le mode d'alimentation, le genre d'exercice, la profession y les mœurs, etc., impriment aux actes de l'organisme des oscillations telles, qu'il eu résulte un déplacement de forces et de sympathies; des viscères primitivement faibles acquièrent une prépondérance presque absolue : chez l'homme adonné aux travaux intellectuels, l'encéphale; chez le gastrouome, l'estomac ; chez la femme qui brise les liens d'une pudeur imposée, l'utérus. Le sang, longtemps pauvre en globules et en fibrine , s'enrichit de ce double élément par le bienfait d'un régime substantiel ; l'action oxydante de la lumière rendra couleur et ton à la peau pâlie par un séjour prolongé dans l'obscurité, réduira la graisse qui s'est accumulée sous la peau dans les mêmes conditions, etc. Il est donc donné à l'art, par une sage dispensalion des agents hygiéniques, de créer des idiosyncrasies et presque des tempéraments, d'atténuer ou de renforcer ceux qui existent : là gît l'importance, là gît le pouvoir de l'hygiène. Hais la nature y a posé des bornes; les marques originaires qu'elle imprime àsesœuvres ne s'effacent pas entièrement sous le doigt des hommes. Les tempéraments ne se prêtent point à des métamorphoses aussi radicales que semblent le croire certains auteurs. Nous ne dirons pas avec Roycr-Collard, que le tempérament est une chose essen-
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tellement variable : i! ne Test que dans «ne limite déterminée (1), et, quels que soient les changements auxquels l'art sait forcer l'organisme, le tempérament primitif y perce encore et tend incessamment à reprendre son empire. A-t-on jamais converti parfaitement on tempérament lymphatique en sanguin? La femme nerveuse désapprend-elle entièrement les émois et les turbulences de son électrique sensibilité? Par un autre effet de la stabilité des conditions originaires, de belles et vigoureuses constitutions ont pu traverser toutes les épreuves de l'existence et faire admirer encore, après tant d'atteintes, les nobles linéaments d'une organisation d'élite.
S s. — Du tempérament sanguin.
M. Bégin résume ainsi les traits saillants de cette variété organique : * 1° Activité très grande de l'hématose ; 2° développement et énergie considérables du poumon et du cœur; 3" abondance et richesse des réseaux capillaires rouges dans toutes les parties du corps; *• disposition remarquable aux inflammations ainsi qu'aux hémorrhagies, et facilitée réparer les pertes sanguines; 5° mobilité etimpressionnabilité du système sanguin (2). » On peut épiloguer sur quelques termes de celte description : demander, par exemple, ce que l'on entend par abondance de sang; contester l'augmentation de volume du cœur, etc. Mais j'affirme qu'il n'est pas un praticien qui n'ait rencontré chez maints sujets un ensemble de particularités, un aspect général, une modalité réactionnellequi les rattachent à ce type physiologique. Ces individus se font remarquer ordinairement par l'animation de leur teint, par le développement du système musculaire, par la fermeté du tissu cellulaire,
(i) Os lignes étaient écrites depuis longtemps quand nous avons lu, dans un ouvrage qui a paru depuis, cette confirmation de notre idée : « La véritable pléthore (et c'est à cet état que l'auteur ramène le tempérameut sanguin) est plus souvent constitutionnelle qu'elle n'est acquise ; on ne la crée pas toujours à volonté par une nourriture très substantielle. .. La pléthore semble dépendre d'une constitution primordiale du sang qu'il ne nous est pas donné de produire aussi facilement que nous produisons l'anémie ; ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'il est beaucoup plus en notre pouvoir d'appauvrir le sang que d'en accroître la richesse, » (And rai, Essai d'hématologie pathologique, 1843, p. 41.) Cette conclusion pose les bornes de l'hygiène orgtno-plastique de M. Royer- CotUrd. (Noie de la 1" édition.)
(2) Op. cit., t. I,p. 66.
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qui n'est jamais assez abondant pour effacer entièrement les formés résultant des saillies musculaires. Ces premiers caractères s'ex? cliquent assez bien par la composition du sang des personnes ainsi constituées, ainsi que nous le verrons plus bas. Hais il ne faut point croire cependant que ceux-là seuls participent au tempérament sanguin, qui présentent une coloration vive de la peau; il est des personnes qui, malgré la pâleur de leur surface cutanée, possèdent, si Ton peut ainsi s'exprimer, les attributs internes do tempérament sanguin, c'est-à-dire une notable énergie de l'hématose, la plénitude sanguine, un grand développement des systèmes capillaires profonds, des muscles vigoureux et prononcés, etc.
Beaucoup de sujets à tempérament sanguin acquièrent un développement très considérable de tout le système musculaire: c'est cette particularité, portée à son maximum, que l'on a désignée d'une manière inexacte par le tempérament athlétique, qui n'est pas plus une variété spéciale de la santé que ne le serait le volume des différentes pièces du système osseux. La nutrition exagérée des muscles n'est à nos yeux qu'un épiphénomène du tempérament sanguin : non que la fibrine, cet élément du tissu musculaire, soit en excès dans le sang des individus ainsi constitués, c'est une erreur répétée par plusieurs écrivains, et dont la chimie a fait justice; mais un exercice plus fréquent, plus énergique du système musculaire a dirigé sur lui le mouvement nutritif. La nature ne se borne pas à couvrir la dépense; presque toujours la réparation excède le but, et quand au type des athlètes, que les statuaires anciens nous représentent avec la tête très petite et le front écrasé, tandis que le tronc et les membres sont recouverts de muscles énormes, il justifie la loi des compensations fonctionnelles: l'atrophie encéphalique, la stupidité proverbiale de ces tristes héros était la conséquence de l'activité exubérante et continue des organes de locomotion. Toutefois les physiologistes ont grossi le portrait: un certain développement du système musculaire ne réduit point nécessairement l'activité du système nerveux (1). La prédominance d'une seule fonction n'entraîne point l'affaiblissement des autres; les facultés intellectuelles et morales peuvent jeter un vif éclat dans une organisation puissante en môme temps par l'éner-
(f) Biiffoo, le maréchal de Saxe, Mirabeau, et djns l'antiquité, Platon, aui largos épaules, sont des exemples de la puissance intellectuelle unie à la force du système mtismlaire.