‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 17 sur 111 · DIS AGI*. QS · texte numérisé non relu

DIS AGI*. QS

temeot propre des organes dans la sphère individuelle de leurs fonctions, moiivementsdesolidarité qui constituent les sympathies, nooferoents d'ensemble de la machine. Chaque existence, lancée dans l'espace et dans le temps, s'élève, plane à une certaine hauteur et retombe. Pour l'organisme, ni halte ni repos. Depuis l'instant mystérieux où l'ovule et le zoosperme se sont combinés pour bidonner naissance, jusqu'au jour où il émigré de l'utérus au noode extérieur, depuis la première inspiration jusqu'à la mort, il ne cesse de se modifier, de se transformer, et dans les attributs de ion extériorité, et dans les conditions de sa structure, et dans le mode de son activité : facultés physiques et morales, forme et fond, tout est incessamment remué dans l'homme. Les principes dont sa trame se compose existent hors de lui ; il les renouvelle par des échanges non interrompus avec la nature extérieure, dont il résume en lui les forces ; produit d'une association temporaire de certains éléments de la matière, il ne se maintient, comme tous les autres êtres, que par la circulation perpétuelle de ces éléments, et il est lié par tons les points de son organisation, par tous les atomes de sa substance, au système d'une merveilleuse et universelle métempsycose.

Les changements que subit le corps humain dans le cours de la vie se succèdent dans un ordre régulier, s'enchaînent dans un rapport nécessaire ; la complication progressive des fonctions, leur perfection, leur affaiblissement plus ou moins rapide, sont en raiion directe de transformations anatomiques qui s'accomplissent au sein de l'économie ; et le meilleur argument dont puisse s'étayer la médecine organique, c'est la liaison constante, rigoureuse entre les conditions matérielles des instruments organiques et les nuances de leur activité aux différentes époques de la vie. Considérée à de longs intervalles, l'organisation diffère singulièrement d'elle-même : de là l'idée des âges, coupes plus ou moins arbitraires de la carrière humaine; car, nous l'avons dit, les mutations de la matière organisée présentent une série continue. Les âges sont donc des périodes de la vie auxquelles correspondent un certain nombre de changements survenus dans l'état matériel et fonctionnel de l'organisme. La plupart des divisions des âges sont purement arithmétiques, c'est-à-dire qu'elles ont pour base la numération des années. Halle s'est efforcé de tenir compte à la fois et de la succession des jours depuis la naissance, et des changements accomplis dans l'économie animale. Voici la division qu'il a suivie : 1° la première

enfance (infantia), de 1 à 7 ans; 1° la deuxième enfance {pmmtid^ de 7 à 13-15 ans; 3° la puberté ou adolescence, caractérisée ptf l'aptitude à la reproduction : elle s'étend pour les femmes de lia 21 ans; pour les hommes, de 15 à 25 ans ; V la virilité» qui daSS chez les femmes, de la 21e à la 50e année; pour les hommes, de h 25" à la 60e année : Halle la subdivise en trois périodes, virilili croissante, virilité confirmée, virilité décroissante; 5* la vieilleas, qu'il partage encore en première vieillesse, de 60 k 70 ans; si vieillesse avancée, saison des infirmités; enfin, en décrépitade, transition extrême de la vie à la mort. Nous renvoyons eux ouvrages de physiologie pour la controverse des fixations d'Ages. Le division la plus pratique des âges nous parait être celle de Dauba» ton (4); elle comprenait : 1° l'enfance, étendue depuis la naissanss jusqu'à l'âge de puberté; 2* l'adolescence, qui se prolonge jusqu'à l'Age de 20 à 25 ans; 3° la jeunesse, de 25 jusqu'à 80, 35 ans; 4° l'âge viril, qui dure jusqu'à 60 à 65 uns ; 5° l'âge de retour, de 65 à 60, 65 ans; 6° enfin, l'âge de la vieillesse ou la caducité* Li division la plus simple est celle de M. Longet : 1* enfance et jeanesse, 2° adolescence et maturité ; 3° vieillesse et décrépitude (2).

Mais les âges ne se limitent pas en réalité d'une façon aussi Iran* chée que ces divisions pourraient le faire supposer; leurs gradations se confondent : il n'y a que la puberté qui se caractérise avec une sorte d'éclat par la maturité des organes reproducteurs; les seules époques fixes dans la vie sont celles que signalent lean vicissitudes fonctionnelles. Sous ce dernier rapport, la vie se partage en trois périodes distinctes marquées, la première par lsar imperfection et leur inertie, la seconde par leur exercice, la troisième par leur atrophie et leur repos ; mais cette division encore est démentie par les individualités. Il arrive que les fonctions de la génération s'exécutent encore à un âge avancé, surtout chas l'homme, tandis que la cessation du flux menstruel peut entraîner prématurément chez la femme l'inaptitude à la reproduction.

L'échelle de l'existence humaine ne présente en définitive que deux degrés qui résument dans leur généralité les phénomènes de l'organisation. Celle-ci ne passe en effet que par ces deux phases : accroissement et déclin; dès qu'elle cesse de gagner, elle commence à perdre; le travail de formation terminé, la destructiea

(t) Leçons professées aux écoles normales, t. VIII, p. SI 3. (S) Unpt, Traité de physèol., is*0, 1. 11, p. 2S4.

Mm agis. fe&

débats et marche. Ce qu'on a nommé la période d'état comprend In aanées pendant lesquelles les actes organiques s'accomplissent nés k plus de régularité, où l'économie semble avoir atteint la plut juste proportion de toutes les fonctions, et déploie dans sa fie et relation la plus grande somme de puissance et de spontanéité ; Mis si cet âge est remarquable en général par la plénitude de l'actfité physiologique, rien n'est stationnaire dans le corps ; les phénomènes de la fie ne comportent point la fixité qu'on leur attribue I estle époque.

L'évolution de l'organisme ne se fait point dans tous les indivisuivant des vitesses égales ; l'enchatnemeut des actes par lésai le s'opère est invariable, mais la rapidité de leur succession art subordonnée à une foule de circonstances, les unes inhérentes à rétre lui-même, les autres existant au dehors de lui et telles que le climat, l'alimentai ion, le genre de vie, les passions , etc. Il y a des vieillards de trente ans; il y a des septuagénaires florissants par la vigueur de la constitution et la légitimité de leurs appétits. À part même les effets du genre de vie et le poids des antécédents, la nature apporte elle-même dans la balance des éléments d'inégalité ; las matériaux primitifs de la constitution influent fatalement sur les développements ultérieurs : c'est ici que l'hérédité intervient avec une efficacité tantôt heureuse, tantôt funeste; le tempérament légué par les parents à leur progéniture la fait précoce ou tardive. La détermination des âges n'a donc rien d'absolu.

A chaque période de la vie correspond une forme de santé, une manière d'être générale; il est essentiel d'en tenir compte dans l'indication des règles hygiéniques. La digestion de l'enfant diffère autant de celle de l'adulte que diffère chez ce dernier et chez le vieillard l'exercice de la vue ou l'excrétion des urines : les mêmes prescriptions d'hygiène sont-elles applicables à la même fonction, quand, par le laps des années, elle s'est altérée dans son mécanisme et dans ses résultats? La connaissance des changements amenés par l'âge n'est pas moins nécessaire au praticien. L'auscultation ne fait-elle point reconnaître de notables différences entre les phénomènes sonores de la respiration puérile et ceux de la respiration sénile?Le pouls de l'enfant donne plus de cent battements par minute; celui du vieillard souvent n'en fournit que la moitié. Quoi de commun entre les phlegmasies pseudo-membraneuses, dont les voies aériennes de l'enfant sont si fréquemment le siège, et les bronchorrhées des vieillards, si promptement suivies de congestions

96 HYGIÈNE PRITES.

étendues du poumon ? Nous aurons occasion de revenir (imminent morbide) sur les prédispositions spéciales que chaque âge suscite I l'organisme; l'hygiéniste doit les connaître pour diriger sur kl points menacés sa sollicitude préservatrice. Chaque période delà vie change le rapport de l'organisme avec le monde extérieur, parce qu'il change le rapport physiologique des appareils et des viscères entre eux. La prépondérance des organes, celle môme des systèmes généraux, n'est point stable contre l'atteinte des années ; les idiosyncrasies changent, les tempéraments s'altèrent, les mouvements vitaux se concentrent vers telle ou telle cavité splanchique : c'est ainsi que dans le premier tiers de la vie ils se portent vers la télé, dans le deuxième tiers vers la poitrine ; enfin l'activité organique s'établit graduellement vers l'abdomen dans le stade de décrois* sance et de sénilité.

S s. — Des chant «menu qoJ caractérisent les ares.

Nous n'avons pas à tracer ici en détail l'histoire du développement successif de chaque organe, de chaque appareil d'organes : ce serait transporter dans l'hygiène l'anatomieet la physiologie; notre but est d'esquisser à grands traits les caractères généraux que présente l'organisme à travers les périodes de son évolution. Quoique la période d'accroissement ne se termine qu'au premier moment du déclin, l'inégale manifestation des forces plastiques permet de partager sa durée en deux stades distincts. En effet, depuis la naissance jusqu'à l'adolescence, la nutrition s'exerce avec une exubérance et une énergie qui diminuent déjà dans la jeunesse et baissent encore davantage pendant la virilité : aussi a-ton fait de ce dernier âge la période d'état, erreur que nous avons combattue; il se distingue de l'enfance et de l'adolescence par le ralentissement de l'activité nutritive et par une autre direction des mouvements vitaux qu'elle détermine.

Dans la période la plus énergique de l'accroissement, le caractère général de l'organisme, c'est la prépondérance de l'appareil vasculaire à sang rouge, prépondérance que démontrent la fréquence des battements du cœur, l'élan de la circulation artérielle ; les ventricules du cœur sont volumineux, les artères larges, le système veineux moins apparent ; toute la surface tégumentaire, externe et interne, est injectée chez l'enfant nouveau-né. À l'activité de la circulation se lie celle de l'hématose, et secondairement, de toutes les fonctions qui s'exercent immédiatement sur les matériaux du

DBS AGES. 97

sang : sécrétions urinaire, salivaire, sécrétions des follicules mucipsres et sébacés, exhalations cutanée, pulmonaire, séreuse et adipeuse. Le poumon, dont la première inspiration a doublé le poids et le volume, devient rosé, mou, crépitant, vésiculeux, de brun et compacte qu'il était; pendant toute l'enfance, il conservera une vascularité plus abondante. Cette énergie de l'hématose est nécessaire, car à cette époque de la vie la plasticité est à son maximum ; toutes les parties du corps croissent et se développent, tous les tissus tendent à se perfectionner : aussi sont-ils abreuvés de sucs, infiltrés de matériaux plastiques. Le tissu cellulaire, encore à demi rauqueux, acquiert tous les jours plus de densité ; sa disposition en cellules et lamelles se prononce ; le système lymphatique n'est pas moins développé, et il s'accroît rapidement jusqu'après la deuxième dentition ; sa portion abdominale, qui forme l'appareil chylifère, est surtout le siège de cette fluxion nutritive et ses ganglions présentent un grand volume. Cette surabondance de fluides plastiques imprime àla constitution de l'enfant une apparence lymphatique, sansque l'on en puisse conclure, suivant nous, à l'existence du tempérament de ce nom ; la mollesse des tissus, leur imprégnation par les sucs nourriciers, l'ampleur flottante des formes qui en résulte, ce sont là non les signes d'un tempérament, mais les conditions nécessaires d'une phase de l'évolution organique ; chaque jour les corrige, chaque progrès dans la vie en fait disparaître une partie. Beaucoup d'enfants s'animent d'ailleurs d'une nuance sanguine qui n'est point davantage pour eux l'augure infaillible du tempérament sanguin. La chimie vivante ne pouvant s'effectuer, comme celle des corps inorganiques, qu'à la faveur d'une extrême division de la matière ramenée pour ainsi dire à sa forme atomistique, c'est là ce qui explique chez l'enfant la prédominance des fluides sur les solides, la disposition de toutes les surfaces à sécréter avec abondance, la turgescence vasculaire de toute la trame organique.

Les phénomènes les plus saillants de l'accroissement correspondent aux deux dentitions et à la puberté ; ces grandes mutations une fois accomplies, la puissance formatrice perd de son activité, et l'appareil vasculaire à sang rouge eu suit pas à pas les dégradations. Exaltée à son plus haut degré dans les commencements de la vie extra- utérine, elle doit s'affaiblir et s'affaiblit, en effet, à mesure que l'organisme approche du terme de sa croissance. Elle finit, dans la période de virilité, par ne plus s'exercer que dans la mesure nécessaire pour compenser les déperditions, pour assurer aux tissus

3*ÉDIT. — i. 7

98 HYGIÈNE PHIVÉB.

la permanence de leurs éléments, aux organes leurs conditions de texture et de volume, à l'économie entière la plénitude et la stabilité de ses fonctions.

Le système lymphatique, qui est parvenu à un grand développement dans le milieu du premier âge, a déjà perdu de sa puissance physiologique à l'époque de la deuxième dentition et s'affaiblit encore vers celle de la puberté ; il en résulte que l'appareil vasculaire à sang rouge, dont l'activité s'est maintenue, l'emporte chez l'ado* lescent sur l'appareil lymphatique.

Quant aux instruments de la vie de relation, ils se développent, se fortifient par degrés pendant la première période de la vie ; en même temps leurs fonctions tendent à se régler. Le système nerveux, centre de la vie relative, témoigne d'abord de sa sensibilité par des mouvements automatiques qui s'exécutentrapidement sous l'influence des stimulations extérieures ; plus tard l'action du système nerveux sur le système musculaire se régularise, se consolide. Les appareils des sens, plus développés, deviennent autant de sources d'impressions nouvelles ; la sphère des réactions cérébrales va s'agrandissant ; avec la puissance de l'incitation nerveuse augmente celle des instruments (os, muscles, etc.) par lesquels elle se manifeste, et il importe à l'hygiéniste d'observer attentivement ce parallélisme de développement entre le système nerveux et les différentes pièces de l'appareil locomoteur : il y a là plus d'une question d'éducation physique; ou plutôt celle ci se résume presque entière dans la modération des rapports entre Taxe cérébro spinal et les organes qu'il met en jeu. Le caractère de la vie relative dans le premier âge, c'est la vivacité et la mobilité des impressions qui font naîtra des actes de locomotion désordonnés, automatiques. Dans la deuxième enfance, les impressions ne donnent pas encore lieu à des perceptions exactes et justes ; le cerveau les apprécie mal encore, et les déterminations qu'elles sollicitent ne sont pas pondérées par la raison. La vie de relation suit les progressions de la vie organique ; les actes par lesquels elle se manifeste n'ont acquis toute leur régularité, toute leur perfection qu'au terme de l'accroissement ; alors seulement le cerveau commande, coordonne* dirige tous les mouvements suivant les impressions qui lui sont transmises ou suivant les volilions dont il est à la fois le foyer et l'instrument. La gradation de son activité implique celle de son développement C'est donc à tort que l'on a dit et répété que dès la naissance l'encéphale possède à peu près tout le volume qu'il con-

Page 1