‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 18 sur 111 · DE6 AGES · texte numérisé non relu

DE6 AGES

serrera plus tard (Rostan) ; l'accroissement ne paraît même pas cesser pour la t<te à l'époque assignée comme terme de la croissance générale, il semble au contraire continuer jusqu'à soixante ans (Parchappe). L'augmentation de volume porte à peu près ex* classement sur le développement circulaire horizontal de la tôle et principalement sur le développement de la partie antérieure ; elle est due en grande partie à l'agrandissement des sinus frontaux. Au delà de soixante ans, le volume de la tête diminue ; là crâne perd aussi de sa pesanteur sous l'influence de la vieillesse.

Les changements organiques, ainsi que nous l 'avons dit, ne s'interrompent pas durant la période dite d'état ; mais ils s'accomplissent alors avec une certaine lenteur, et pour lesapprécier, il est nécessaire de comparer l'organisme à lui-même, à des intervalles éloignés, par exemple, dans le milieu de la virilité et aux approches de l'âge de retour. Toutefois c'est à cette époque que les fonctions ont le plus de consistance : les deux principes universels de l'économie, le sang et la matière nerveuse, semblent unis dans leur plus juste proportion ; les organes approchent le plus par leur volume, par leur structure et par leur activité, du type physiologique idéal, et c'est à cet âge que les différences individuelles ont le moins de saillie.

Les mutations qu'amène le déclin de la vie sont inverses de celles qui signalent les années d'accroissement ; les fonctions s'exécutent avec une lenteur qui augmente de jour en jour; le système artériel perd de son activité, ses extrémités capillaires se laissent à peine soupçonner dans les tissus, la circulation devient languissante dans des canaux qui n'ont plus leur élasticité, les sécrétions diminuent ; les veines, plus prononcées que dans l'âge moyen, cèdent à l'effort latéral du sang et se laissent distendre jusqu'à l'état variqueux; les muscles se décolorent, leur fibre durcit et se contracte laborieusement. Tous les tissus participent à une sorte de dessiccation qui a pour effet de les racornir; turgescents dans l'enfance, d'une texture plus compacte dans l'âge moyen, ils se réduisent et se dessèchent chez le vieillard ; les nerfs qui les parcourent sont grêles et d'une densité telle, qu'ils ont paru desséchés comme les autres tissus; des sels calcaires se déposent sur différents points de l'arbre vasculaire artériel, dans les parties articulaires; les cartilages intervertébraux s'affaissent, s'incrustent de phosphate calcaire à leur centre, de telle sorte que plusieurs vertèbres, soudées ensemble par cette ossification, ne forment plus qu'une seule masse. Les os

présentent plus de volume, un tissu plus compacte, des cavités intérieures plus étendues ; la substance médullaire des os longs est plus liquide et presque huileuse, la taille et le poids du corps diminuent (1). Môme décadence de la vie de relation. Le cerveau, qui en est le centre, acquiert une consistance, une dureté qui, de quelque manière que Ton conçoive le mécanisme de son action, doit l'entraver de plus en plus; vibration ftbrillaire ou circulation d'un fluide peut-être analogue à l'électricité, l'innervation doit s'opérer difficilement par l'intermède d'un viscère affaissé et lente* ment parcouru par un sang moins stimulant. Les appareils des sens se détériorent l'un après l'autre : la vue faiblit, puis l'ouïe, et les impressions sensitives ébranlent à peine le système nerveux. Le vieillard lutte contre l'imminence de l'anarchie fonctionnelle, les mouvements ne s'accomplissent plus que par l'effort soutenu de la volonté; encore est-elle mal obéie, à cause de l'affaiblissement des instruments dont elle dispose.

Telle est la série des phénomènes que déroule l'organisation depuis le berceau jusqu'à la vieillesse confirmée. Hais pour avoir une notion complète des résultats déterminés par les âges, il ne suffit point d'envisager les caractères généraux des périodes de la vie : la loi de continuité qui régit la nature ne l'empêche point de manifester par intervalles une plus grande énergie dans ses développements, et quoique les différents âges se confondent à leurs limites, il est dans la vie des transitions moins ménagées ; il est des changements organiques d'une allure si brusque, ou d'une influence si décisive, qu'on a pu les appeler avec raison les révolutions des âges : subordonnées aux lois conservatrices de l'individu ou de l'espèce, amenées par une progression de modifications, elles impriment néanmoins, en éclatant, de fortes oscillations à la santé, et viennent grossir la somme des prédispositions morbides. 11 est indispensable d'arrêter notre attention sur ces crises physiologiques ; elles se terminent toujours, ou par l'inauguration dans l'économie de certaines fonctions auxquelles elle ne devient apte qu'à une époque plus ou moins éloignée de la naissance, ou par la suppression d'actes physiologiques dont la durée est limitée, ou par l'établissement de conditions organiques qui changent d'emblée le rhythme général de la vie. Le passage du sein maternel à l'existence aérienne, la première et la deuxième dentition, la puberté, l'époque

(t)Voy. chtp vi, f 6.

DIS AtiKS. 101

du retour, enfin la cachexie sénile, voilà les points culminants de l'histoire de l'évolution humaine; voilà des échelons posés à long intervalle dans la vie et sur lesquels l'organisation apparaît suc* activement sous une forme toute particulière.

La première révolution qui s'opère dans l'organisme à l'instant même de la naissance consiste dans le conflit de l'air atmosphérique avec la peau et la surface aérienne. La peau n'est plus en contact avec les eaux de l'amnios; débarrassée delà matière grasse qui la recouvrait, elle devient, dès le premier ou le second jour, le liège d'une exfoliation épidermique par lamelles plus ou moins étendues. Ce phénomène dure en moyenne dix à douze jours et peut ne se terminer qu'au bout de trente, quarante et même soixante jours. Jusqu'à la régénération complète de l'épiderme, la peau est ronge, très irritable, surtout aux plicatures où ce travail s'opère plus lentement. Dès que la tête de l'enfant arrive à l'air, il éprouve des mouvements convulsifs aux angles des lèvres et aux ailes du nez, sa bouche s'ouvre, sa poitrine se dilate, l'épiglottese redresse ; la glotte, presque entièrement fermée jusqu'alors, devient et reste béante ; la trachée-artère se déplisse, les poumons augmentent de hauteur (1 centimètre), de largeur (U centimètres), de capacité (1 pouce 1/2 cube), et de poids ; celui-ci est porté de 11 gros 3/& à 21 gros 1/2, plus par l'afflux sanguin que par le volume d'air inspiré (1). Par la distension du poumon et l'abaissement du diaphragme, le cœur est repoussé de droite à gauche et de haut en bas. Le sang de la veine cave inférieure, au lieu de passer par le trou de Botal, dans l'oreillette gauche, se porte, avec celui de la veine cave supérieure dans le ventricule droit et dans Tarière pulmonaire; le sang projeté dans ce vaisseau n'est plus dérivé par le canal artériel dans l'aorte descendante; celle-ci enfin cesse de le verser dans les artères ombilicales. Aussi les organes de transition qui se rattachent à la vie fœtale ne tardent point à se flétrir : tels sont les vaisseaux omphalo-mésentériques, le canal artériel, le canal veineux, les capsules surrénales. Toutefois ces changements offrent encore une gradation dans leur rapidité; le trou de Botal ne se ferme pas brusquement, le canal artériel n'est oblitéré que vers le troisième jour par un caillot, en attendant sa transformation en un cordon fibreux ; les artères pulmonaires n'acquièrent que par degrés leur calibre normal à mesure que les mouvements respiratoires

. 1 . Looget, Op. cit. y t. H, p. 285.

102 HVCilÈNK PRIVÉE.

activent, en se n;[)«itant, la marche du sang vers les poumons; ceux-ci ont donc une amplintiou progressive et s'accoutument par degrés au contact du sang et de l'air, ce qui leur épargne les funestes Iiypcrémies dont les eût menacés la soudaine agression de ces deux agents (i). Le thymus s'atrophie plus tardivement; dans le cours de la deuxième enfance et jusqu'à la fin de la lactation, il augmente avec les autres organes. L'enfant, dès qu'il respire, a cessé de recevoir pour sa nutrition le tribut maternel de matériaux tout sanguifiés ; il faut donc que son système digestif entre en jeu avec une activité proportionnelle aux besoins de l'assimilation. Tous les actes de sa vie organique sont modifiés en raison du mouvement nutritif; et de même que la première inspiration a donné le signal de ce changement à vue dans l'ensemble des phénomènes de la vie végétative, de même le premier effleurement du sein où la nature lui a préparé le lait éveille ses fonctions de relation : il palpe instinctivement le réceptacle vivant de sa nourriture, il perçoit la température du milieu ambiant. C'est par la peau, c'est par la surface sensitive la plus développée qu'il se met d'abord en communication avec le monde extérieur, comme si la nature avait voulu lui en atténuer les premières impressions en les disséminant sur une grande étendue; comme si le toucher général et confus du tégument externe devait le préparer à des spécialités plus délicates de la même fonction, à la vision, à l'ouïe, à l'odorat, etc., qui ne sont

(I) Des recherches importantes ont été faites dans tes derniers temps sur les différences de la respiration aux différentes époques de la vie ; nous mentionnerons plus loin les résultats obtenus par MM. Audrnl et Gavarret. M. Bourgery, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (23 janvier 1843), énonce, entre autres conclusions, les suivantes : La plénitude de la respiration dans les déni sexes appartient à l'Âge de trente ans; chez les sujets bien constitués, le chiffre de la respiration forcée, à cet Age, est dans l'homme de 2'" ,50 à 4,it*130, et dans la femme de l1" ,10 a 2", 20; le jeune garçon de quime ans respire 2 litres, et le vieillard de quatre-vingts ans \ut ,3:». Le volume d'air dont un individu a besoiu pour une re$piration ordinaire augmente graduellement avec l'âge. Les rapports entre les Ages de sept, quinze, vingt, quatre-vingts ans, sont géométriques et représentés par les nombres 1, 2, 4, 8. L'augmentation progressive ou le besoin d'un plus grand volume d'air n'exprime que la diminution d'énergie de l'hématose pulmonaire, c'est-à-dire que cette faculté décroît de l'enfant au vieillard dans un rapport représenté par les nombres fractionnels inverses des premiers, 1, 12, 1/4, 1.8. Voilà des résultats capables de satisfaire les esprits amoureux d'exactitude Le mémoire de M. Bourgery en contient plusieurs autres formulés avec la même rigueur; reste à les vérifier.

DM AUK9. i05

dan leur mécanisme intime qu'un toucher plus subtil et diversifié ninat la nature des excitants fonctionnels. Le pouvoir calorifique de l'enfant n'est pas celui de l'adulte; de là un danger, et pour l'hygiène une base d'impérieuses prescriptions. Chez vingt adultes» Edwards a trouvé que la température variait entre 35*,5 et 37% moyenne — 36\42; chez dii enfants bien portants, ftgés de quel* qoes heures k deux jours, entre 3&* et 3 5°, 5, moyenne — 36',75. M. Roger, dans des recherches plus récentes et plus multipliées (1), où la température a été prise constamment dans le creux axillaire, est arrivé aux résultats suivants :

1* Chez des enfants naissants, dans la première demi-heure de leur existence aérienne :

Température moyenne 36",14

— maiinram 37*,75

— nniinmui . 3S#,tS

L'enfant qui offrait 37\75, examiné dans la première minute après sa naissance, participait sans doute encore à la température de sa mère.

S* Chez trente-trois nouveau-nés de un & sept jours :

T—périUire moyenne 37°(8

— maximum 39\00

— minimum • 36\00

3* Chez treize enfants de quatre mois k six ans inclusivement :

Température moyenne 37°, H

— maximum « 37*, 75

— minimum . . . 36°, 75

Personne ne conteste plus la conclusion de H. Gavarret, qui a discuté avec une minutieuse précision tous les faits acquis sur cette question : « Toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et leur puissance de caloriiication est d'autant plus faible, qu'on les observe k une époque plus rapprochée de leur naissance (2). a

La première dentition, pas plus que la seconde, ne doit être considérée comme une maladie; elle constitue par elle-même et par une série coïncidente de phénomènes d'accroissement, une de ces

(1) De la température chez les enfants. Paris, 1844.

(2) De ta chaleur produite par les êtres vivants. Paris, 1855, p. 325.

i04 HYGIÈNE PRIVÉE.

mutations aiguës qui concourent à fonder l'indépendance individuelle de l'être nouveau. Les incisives moyennes delà mâchoire inférieure se montrent en premier lieu , elles sont suivies de celles de la mâchoire supérieure; viennent ensuite les incisives latérales inférieures et les incisives latérales supérieures ; en troisième ordre apparaissent les premières molaires inférieures et supérieures (1); les canines inférieures et supérieures sortent vers deux ans et demi; enfin les deuxièmes molaires complètent vers la quatrième année cet appareil transitoire de mastication. L'ordre d'éruption n'est pas constant: les canines sortent quelquefois avant les quatre premières molaires ou après toutes les dents de ce nom; les incisives latérales peuvent se montrer avant les médianes, etc. Les sensations continuelles de chatouillement , de démangeaison ou de douleur, dont s'accompagne l'éruption des premières dents, déterminent parfois une surexcitation cérébrale qui se traduit par un état fébrile, la chaleur à la tête, l'insomnie, des cris d'impatience, des convulsions. La suractivité vitale des gencives, des glandes salivaires, de toute la bouche , se traduit par la turgescence sanguine de ces parties, par l'accroissement notable des artères qui s'y rendent, par une salivation exagérée. Ces conditions, jointes aux efforts de succion, à une constitution mauvaise et à une mauvaise hygiène, favorisent le développement du muguet, des inflammations buccales à tendance gangreneuse, etc. La première odontogénie est plus critique que la seconde ; l'une s'achève en deux ans, l'autre en seize à

(1) M. Trousseau a cherché à établir, par le résultat de ses observations, que les dents sortent par groupes chez les enfants à la mamelle. La première dentition, dit-il, s'accomplit en cinq temps : premier groupe, doux incisives inférieures; deuxième groupe, quatre incisives supérieures; troisième groupe, quatre premières molaires et deux incisives latérales inférieures; quatrième groupe, quatre canines; cinquième groupe, quatre dernières molaires. Ce qui donne pour le nombre, 2, 4, 6, 4, 4 dents: total, 20. L'époque d'éruption de ces groupes est assez peu certaine; pourtant, en général, M. Trousseau croit pouvoir rétablir à peu près de la manière suivante (Journal de médecine, par MM. Fouquier, Trousseau et Beau, février 1843, p. 40) :

i" groupe: Deux incisives médianes inférieures vers l'âge de sept à huit mois.

2' groupe : Quatre incisives supérieures de onze à douze mois.

3* groupe: Quatre premières molaires, deux incisives latérales inférieures, vers Tâge de dix-sept à dix-huit mois.

4e groupe : Quatre canines vers l'âge de deux ans.

5* groupe : Quatre dernières molaires vers l'âge de trente mois.

Page 1