DES LOCALITÉS
La connaissance des localités résulte de l'application des données relatives à l'air, aux eaux et au sol. Nous avons exposé, dans l'article précédent, les conditions générales de l'influence du sol : les localités les individualisent, les combinent diversement avec les éléments hydrologiques et météorologiques ; elles sont nu sol, considéré d'une manière générale, ce que les tempéraments sont à l'or* ganisme: manifestations infiniment variées d'un même ordre dé causes. Et comme il est impossible de relever les caractères spécifiques de toutes les localités, nous devons nous borner ici à «les indications collectives, établir quelques types génériques auxquels on puisse rapporter, par similitude ou par analogie, l'immense variété de sites et de stations où l'homme vit, se multiplie et meurt.
Les caractères hygiéniques des localités se déduisent de l'exposition, des circonstances météorologiques et géologiques, du régime des eaux, de la forme de terrain, des influences de proximité : les qualités de l'air et l'aspect du ciel sont nécessairement en rapport avec cette série de causes.
1* L'exposition modifie les effets de l'irradiation solaire, et par conséquent ceux des saisons. L'exposition au nord procure l'avantage d'une température peu variable, modérée en été, mais rigoureuse en hiver, et celui d'un air sec, élastique et transparent. Sous les expositions méridionales, lumière et chaleur plus intenses et plus prolongées : toutefois l'évaporation, activée par la continuité
(1) Yoyti dans Becquerel père, Des climats et de l'influence des sols boisés $4 mm boisés, Paris, 1S53, p. 517 , les extraits des documenta administratif! qui constatent dans divers départements et à différentes époques, les effets funestes du d/hnisfnmnil
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des chaleurs, peut rendre humides les lieux qui regardent le et leur donner un ciel brumeux: un autre înoonTénieotdc exposition résulte des fluctuations, normales ou irrégulières, température aux différentes heures de la journée, et du joa nuit. Les expositions de l'ouest et de Test tiennent le milieu ~ celles du nord et du sud, avec cette différence que le levant se proche des expositions septentrionales, et le couchant des eiç tions au midi. Dans les lieux tournés à l'est, les brouillards et 1 ^^m midité du matin se dissipent rapidement; ceux qui se P^00^^^^ à l'ouest subissent l'irradiation tardive du soleil, laquelle atteint ^7 9r maximum vers trois heures de l'après-midi. Mais l'influence f\ *t l'exposition ne se borne point à corriger ou à favoriser l'obliqui»^ y des rayons solaires, à élever ou à abaisser la température mojeniH* ^ des localités : elle ouvre ou ferme une contrée à l'action des diffé rents vents; elle fait à chaque pays ses vents habituels, dont V* " effets hygrométriques, calorifiques, etc., sont liés avec le point de '•?l'horizon d'où ils soufflent ; enfin elle contribue à rendre une terre «* stérile ou féconde, par son influence sur la direction des cours d'eau a et le mode d'irrigation. *
2° Les circonstances météorologiques l'emportent sur l'exposition ; i celle-ci est souvent annulée par l'influence des vents qui sont, dans ; toutes les localités, la cause la plus fréquente des intempéries, j Suivant les régions qu'ils traversent, ils apportent avec eux la chaleur, le froid, la sécheresse ou l'humidité. Les côtes découpées en golfes et en baies conduisent les vents dans la direction de ces sinuosités ; il en est de môme des gorges ou défilés de montagnes, au sortir desquels l'air s'échappe avec force et détermine des courants dangereux dans les plaines. Les aspérités du sol déterminent journellement un flux et reflux atmosphériques qui se font sentir par des brises ou des vents ascendants et descendants, connus de temps immémorial dans certaines localités, sous les noms de fWwind, pontias (Nyons, département de la Drôme), vent du 1/oiif- Blanc, aloup de vent (vallée de la Brevenne), etc. A l'embouchure de la grande vallée de Munster, en Alsace, on observe, le soir, pendant les journées chaudes et calmes, un courant qui s'écoule toute la nuit, et répand la fraîcheur assez loin dans les plaines de Colraar; les gens du pays l'appellent thaiwind ou vent de la vallée. Ces courants se développent au plus haut degré dans les concavités des vallées ; mais ils se manifestent aussi le long des rampes, et le courant des vallées n'est que la résultante des ascensious et des cascades
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latérales et partielles (1). Les vents d'est» qui sont secs pour nos contrées d'Europe, parce qu'ils nous arrivent des grands continents d'Asie, jettent, après avoir passé sur la mer des Indes, les brouillards et l'humidité sur les côtes orientales de l'Afrique. Une localité bornée au sud par des monts neigeux, en recevra des brises glaciales; les incessantes variations de la pression atmosphérique dans les lieux élevés, et l'attraction que les sommets exercent sur les mages, y déterminent la fréquence des météores aqueux. Pour tpprécier la salubrité des sites, il faut donc joindre à la connaisance des expositions celle des vents prépondérants et de leurs qualités» établir la moyenne des jours de sérénité, de brouillards, de ploie, de neige, de gelée, la température moyenne de chaque saison, la quantité d'eau tombée annuellement ; en un mot, c'est par me série prolongée d'observations barométriques, thermométriques, hygrométriques et anémoscopiques, qu'il convient d'explorer la tolérance des localités pour l'homme en général, et pour les différentes catégories d'organisation en particulier. C'est ainsi que vingt et une années d'observations ont assigné au site de Paris, innée moyenne, Ixl jours de chaleur, 53 de froid, 12 de neige, 180 de brouillard, 142 de pluie, &5 jours de vent du nord, 63 vent du sud, 23 est, 70 ouest, UQ nord-ouest, 23 sud-est, 67 sud-ouest. S" Noos avons mentionné les effets de la structure géologique, de la culture, du déboisement, etc. L'influence de ces deux dernières causes commence toujours dans les localités avant de s'étendre au climat total d'une vaste région. On aura donc soin de constater, dans la localité que l'on examine, si le terrain est argileux, calcaire, alkeux ou sablonneux, etc. ; si les productions qu'il donne sont de nature à bonifier l'alimentation publique, à fournir aux échanges du commerce, qui amènent l'aisance et réagissent heureusement mr la santé des habitants ; si les cultures en usage ne communiquent point au sol une influence délétère, etc. : ainsi, celle de ru nécessite l'inondation du terrain où croît cette substance alimentaire; elle condamne les paysans à travailler, pendant une partie de l'année, les jambes dans une eau dormante ; de là, sur les ritières du Piémont, du Milanais et de la Caroline, cette population étiolée, sujette aux engorgements splanchniques, et décimée par la mort avant l'âge de quarante ans. Telle est encore la culture du chanvre, dont le rouissage dans les lavoirs, les mares ou les cours
(t) Fournet, Annabs dephyiique et de chimie, t. LXX1V, 1840, p. 337.
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d'eau, détermine une fermentation putride aussi active qu'odorante, et qui dégage des émanations éminemment pernicieuses.
&* Le rapport de surface entre la masse du sol et celle des eaux (rivières, ruisseaux, canaux, ports, mares, etc.) est un élémeot essentiel de topographie : c'est la disproportion de la surface évaporante des eaux avec l'étendue des terrains qui imprime à tant dt localités un caractère d'humidité permanente. Venise avec m lagunes; la Hollande, sillonnée par le Rhin, l'Escaut, la Memt, l'Yssel, le Vahal, etc.; Strasbourg, coupé de canaux, environné dt fossés, de flaques d'eau, de prairies submergées, sont des exemples de celte influence. Étant connue la quantité de plaie que reçoit, année moyenne, une localité, il importe d'en déterminer le mode d'écoulement d'après la structure et la configuration du sol. Ls pente des cours d'eau, leurs divisions, leurs embranchements, ls système d'irrigation établi par la nature ou par l'industrie, tout des circonstances importantes à connaître.
5° Les ondulations du sol multiplient les différentes espèces de localités, montagnes, collines, vallées, plaines. Ce que noua avons dit des effets de la diminution de pression atmosphérique et dt l'abaissement progressif de la température suivant la hauteur, s'applique h l'habitation des montagnes ; mais ces causes n'agissant pas seules, il faut y ajouter la fréquence et l'intensité des vents, les résultats de l'exposition, le voisinage ou l'éloignement des pics très élevés qui empêchent l'accès des veuts chauds ou froids et de ls lumière solHire, les difficultés que des terrains en pente rapide et diversement accidentés opposent à la progression de l'homme et su mouvement habituel de la vie, etc. Aussi les sommités très élevées sont-elles abandonnées par l'homme, comme elles le sont par la végétation. MM. d'Orbigny et Bou&ingault ont vu les chiens et les chevaux conduits à de très grandes hauteurs sur les Andes, surmonter, uu bout d'un certain temps, la gène de respiration qu'ils éprouvaient d'abord; l'homme n'est point impropre à s'acclimater dans une atmosphère très raréfiée, mais c'est au prix de perturbations fonctionnelles qui durent plus ou moins longtemps. Breschet, consulté, lors de son passage par le Simplon et le Saint-Bernard, par les religieux de ces montagnes, apprit d'eux qu'ils devenaient presque tous asthmatiques et sujets aux maladies du cœur; aussi ne s'cngjigent-ils que pour trois années : un seul d'entre eux séjournait depuis vingt ans au couvent du Saint- Bernard. A de moindres élévations, oes inconvénients cessent en grande partie :
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d'un air pur, sec , moins dense , ventilé, Les coltines u maison ont une salubrité relative plus grande que les les enfoncements que le terrain pressai* entre les , Lt's vallées étroites et profondes recueillent et réfléimme dans le loyer d'une parabole, les rayons soiaires ir diffuse; abritées de toutes parts contre les vents par lents des monlagnes, elles circonscrivent une aimosiante chargée de brouillards et d'émanations, et ne se t que par ses couches supérieures; plus larges, plus alayées par des courants d'air, traversées par des rivières, la lumière, les vallées se rapprochent des conditions des plaines. Celles-ci s'individualisent néanmoins pur e circonstances qui règlent leur degré de sa'ubrité, telles mdue, la sécheresse ou l'humidité du terrain, les vents l'orientation par rapport à des chu liions de montagnes, ; des pics isolés qui causent fréquemment le long de s des courants descendants nocturnes. La hauteur seule nuancer à grands traits l'état ciimalérique des plaines, qu'elles sont séparées par de courtes distances ; car il y es dont le niveau est celui de l'Océan, et d'autres qui PU le sommet de plateaux très élevés.
bes(l) appellent les terrains bas tiemmu, qui signifie nilion laconique de la valeur sanitaire de plaines basses, iluées sous une latitude méridionale, sillonnées par des i m. il mainte, et qui s' in lillrent, comme les eaux plu- . Ut terres meubles et poreuses; plaines, vallées, bassins fermés, lieux déclives, si leur sol est imprégné d'une humidité, se transforment sous le soleil d'été en surximtion délétère ; point n'est besoin alors du classique r engendrer les fièvres épidémiques ; il en est de même et vallées des pays chauds, qui, crevassées, fissurées par i chaleurs l'infiltrant des eaux pluviales et font l'office i vomissant les miasmes iébril'èrcs (2). Dans le Sahara « eaux, dont le cours est très limité sur le sol, forment et des lacs souterrains à niveau presque constant; il euser dans les ravins ou de déblayer le sable au pied calcinées par le soleil, pour ouvrir de larges puits dont
Defbvgime en Algérie. Paris, 1847, 3 vol.ÎD-8, t. 1, p. 238. t, [ht* intentera et des niaiaiiiei dit fait, etc., 1817, p. 22.
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l'eau s'élève souvent jusqu'au sol des oasis ; ee août ces nappes d'eau souterraines qui déterminent l'insalubrité périodique de beaucoup d'oasis ; et déjà Monro avait remarqué qu'un terrain sec en apparence peut être maléficié par les eaux qui gisent sous son écorce.
6* Les influences de proximité dérivent des montagnes , des masses ou cours d'eau, des forêts, des grands établissements de l'industrie. Les modifications que le voisinage des montagnes apporte au climat des localités rassortent assez de tout ce qui précède. Si le centre des forêts épaisses est un séjour défavorable à cause de l'humidité du sol et du défaut d'insolation et de ventilation, il n'en est pas de même des contrées qui les avoisinent : les arbres, réunis en forêts , protègent contre la violence de certains vente, modèrent l'intensité des chaleurs estivales ; par leur action verticale sur les nuages, ils contribuent à l'entretien des sources et des cours d'eau : c'est ainsi que la basse Egypte, enrichie par le pacha actuel d'une plantation de 20 millions d'arbres, reçoit plus d'eta pluviale que la haute Egypte dégarnie de bois (duc de Kaguse). Le déboisement a frustré Bourbon-Vendée des sources qui y abondaient auparavant Ailleurs, les masses profondes de forêts servent d'écran contre les effluves des marais. Clément XI défendit l'exploitation des forêts situées aux environs de Cisterna et de CeriuineU, qui servaient de barrière contre le vent des marais Ponlins. Noos ne reviendrons pas sur les dangers de la proximité des marais; celle des étangs n'est guère moins redoutable, à moins qu'ils n'aieot une certaine profondeur et des bords taillés à pic; sinon, leur fond bourbeux , les végétaux qui y croissent, les feuilles d'arbres qui ; tombent et s'y putréfient, les bains que les animaux y prennent, les lavages qui s'effectuent sur les bords, les envasements formés par les eaux qui y sourdent, l'abaissement de leur niveau par les temps de sécheresse, sont autant de circonstances qui les confondent avec les marais. L'agglomération des hommes dans les localités riveraines des fleuves, des rivières, des lacs, des mers, est un fait général qui s'explique par des raisons d'utilité, mais qui ne prouve rieii en faveur des conditions plus ou moins hygiéniques de ces régions. Le cours des eaux a réglé pour ainsi dire les migrations des peuples ; les facilités d'existence et de communications qu'ils ont trouvées sur les bords et sur le littoral de la mer ont déterminé les premières polarisations de l'espèce humaine, et placé le long des fleuves et sous le souffle de l'Océan le berceau des sociétés naissantes. Le