‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 80 sur 111 · DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ · texte numérisé non relu

DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ

L'habitation privée délimite une masse d'air atmosphérique dont l'homme peut, suivant l'intérêt de son bien être ou de sa conservation, modifier la température, l'hygrométrie, la composition chimique et le mouvement; il retranche de cette manière une partie du milieu général, pour raccommodera ses besoins, en l'isolant plus ou moins complètement des influences du dehors. Le plus souvent il constitue ce milieu particulier, eu opposition avec les conditions générales du climat : dans les pays chauds, il se procure dans l'enceinte de ses pénates l'ombre, la fraîcheur et le souffle d'une ventilation artificielle; dans les contrées du Nord, l'instinct et l'industrie lui tnsi ignent les moyens de propager et d'entretenir dans l'étendue de sa demeure une chaleur favorable à la santé.

L'atmosphère domestique est à la famille ce que l'atmosphère d'une tille est à toute une population, ce que la lame d'air emprisonnée entre la surface tégumentaire et le vêtement est à l'individu : elle agit directement sur sa constitution. Que Ton réfléchisse que la séquestration nocturne de l'homme a une durée moyenne de huit heures sur vingt-quatre, qu'il passe sous le même toit le temps consacré aux repas et à différents travaux ou distractions sédentaires; que, dans les conditions actuelles de son état social, la femme y est retenue pendant la plus grande partie de la journée; que la seconde enfance et l'adolescence, vouées aux labeurs de l'éducation, subissent, durant de longues années, la réclusion des collèges,

des écoles et des ateliers, et Ton comprendra combien il est à la fois important et difficile d'obtenir des données exactes sur la question de l'air confiné, d'établir des règles certaines pour la construction et l'économie intérieure des habitations qui en sont les réservoirs. Celles qui sont collectives appartiennent à l'hygiène publique; l'habitation privée, la seule dont nous avons à nous occuper ici, a sur elles cet avantage que les conditions quelle doit remplir s'appliquent à un seul individu, au groupe d'une famille |>our que l'unité d'origine et d'organisation sollicitent, en général, le même genre d'impressions et de soins hygiéniques.

Peut-être n'a-t-on pas assez réfléchi sur les conséquences de la solidarité vivante qu'établit entre les membres d'une Famille la cohabitation sous le même toit, et parfois dans le même espace clos; en nous exprimant ainsi, nous avons en vue, non les effets connus de la viciation de l'air par l 'encombrement, par le dégagement des gaz de combustion ou d'éclairage, etc., mais l'échange continu de toutes les influences dont se compose l'atmosphère propre de plusieurs individus issus du même sang, porteurs des mêmes prédispositions. Dans les climats rigoureux, et pendant l'hiver des zones tempérées, la vie de la famille se concentre dans uu rayon très étroit; un grand nombre de professions nécessitent une relégatioo analogue; or donc, si plusieurs individus sont entachés d'une maladie acquise, ou d'une prédisposition héréditaire; si, par une idiosyncrasie collective, ils ont une sécrétion, une exhalation qui s'éloignent du type ordinaire, ne s'établira-t-il point, entre les parents sains et ceux qui ne le sont point, un commerce miasmatique? N'y a-t-il d'infection que celle qui se révèle à grands traits par des maladies répandues sur des localités, sur des populations entières, et chaque maison, chaque refuse où la famille se forme, grandit et meurt, ne peut-il avoir, si l'on peut ainsi dire, ses endémies particulières? Les maladies annuelles qui visitent les familles, les maladies surtout qui prennent chez elles droit de domicile, se confondent-ellespar leurs caractères et parleur marche? Sansdnute elles relèvent du fond organique commun a chacune d'elles, de leur régime, de leur aisance, de leur éducation, etc. ; mais l'atmosphère domestique, cet halilus vital, qui émane des corps organisés, joue un rôle dans leur production; suivant l'existence plus ou moins sédentaire et resserrée des familles, suivant la construction de leurs demeures, qui empêche ou favorise la stagnation d'une masse d'air, la cohabitation met eu conflit les atmosphères perso n-

aicuiircsA. ~ des habitations et di l'air confiné. 021

nellesde ceux qui y participent; l'équilibre résulte d'une saturation réciproque qui renforce certaines prédispositions morbides chez ceux qui en sont atteints, et les développe chez ceux qui jusqu'alors en étaient exempts.

L'habitation privée varie dans les différents climats; le degré de civilisation, le genre de vie, l'industrie propre à chaque contrée, l'existence nomade ou stable des familles, n'ont pas moins contribué à la diversifier. Les Shangallas, tribus nègres de l'Abyssinie, s'abritent dans des creux d'arbres et de rochers ; plus d'un pâtre corse n'a connu, comme ces peuplades misérables, d'autre retraite que les anfractuosités profondes des rochers où il allume pendant la nuit des feux que le voyageur voit briller épars dans les montagnes. Les Puris, au Brésil, suspendent à des troncs d'arbres, au moyen de lianes, leurs hamacs tressés avec l'écorce d'une espèce de cécropia, et protégés contre le vent par de larges feuilles de palmier (d'Orbigny); dans l'Australie, M. Dumont d'Urville a vu des huttes en fragments d'écorce assemblés au sommet en forme de ruches, recouvertes de terre et d'herbes marines qui les préservent entièrement de l'eau. A la Terre de Feu, les cabanes sont grossièrement construites au moyen de pieux fixés dans le sol, et d'un revêtement de feuillage et de foin ; elles n'ont qu'une ouverture qui sert à la fois de porte et de cheminée. D'après M. d'Orbigny, les hottes des Patagons se rapprochent des baraques de nos foires; percées d'ouvertures sur un seul côté, elles sont distancées de six à douze pieds. Les Kamtschadales pratiquent dans la terre des excavations, sortes de terriers dans lesquels ils se réfugient contre l'excessive froidure de leur climat. Les habitants des lies Tonga construisent de vastes hangars ; à Vanikoro, M. Dumont d'Urville en a vu qui ressemblent à nos granges ; ceux des Papous, bâtis sur pilotis, sont distribués en cellules dont chacune est occupée par un ménage ; aux lies Hawaii, les cases, munies de fenêtres, ont des dimensions fort considérables, parfois soixante pieds de haut sur quarante de large (Dumont d'Urville); à Pelew, Wilson a trouvé des constructions en pierre de trois pieds d'élévation ; aux lies Marshall, l'habitation présente déjà la division verticale en deux étages. Il n'est pas nécessaire de chercher au loin des exemples d'habitations imparfaites, mal conçues, mal réglées : l'Egypte nous montre le pauvre Fellah couché dans des huttes de terre pétrie avec de la paille, ayant à peine cinq pieds de haut et percées d'une ouverture unique ; une partie de la population de ce pays n'a aucune

demeure ; il en est de même des làzzarotii deNaples ; cèlUâ detaërik de la Russie pourraient -elles leur inspirer quelque eftvie? Au ssin thème de notre France, que de villages dont les habitations séfbblëiit être celles d'une peuplade sauvage (1); si l'on est tenté d'appeler le* grandes tilles les tombeaux du gerire humain, c'est en parcourant les quartiers où croupit l'indigence dans des maisons dépourvues d'air et de lumière, empoisonnées par le tnéphitisttie dai immondices, hideuses de délabrement et de vermltte ; nos cités les plus florissantes ont leurs cloaques, moins abordables que lé tente de l'Arabe, plus immondes que la hutte enfumée du Polynésien. En général, l'habitation rudi mental te est la tetlte, cet abri de ta famille nomade qui remporte dans ses pérégrinations et la déploie aux heures où l'homme cherche à se défendre deé itripteaskrifsflt l'air ambiant. La cabane est la première expression dd besoin da stabilité; elle a commencé la série des édifications de plds en pW compliquées qui ont pour objet d'attacher l'homme à la tétfo, d'or ganiser sous une Tonne permanente et fixe la vie de la famille { feDi a servi de noyau à la cristallisation sociale; autour d'elle se sM groupées d'autres constructions ; les besoins de la défense, l'imagination, le désir instinctif de bien-être, l'art naissant en tfht formé le type, et à mesure quels civilisation a multiplié lèft et les goûts, à mesure que le sentiment de la dignité individuelle s'est développé, l'habitation s'est élargie, élancée, compliquée daaft sa structure interne, de manière à concilier l'intérêt de la vie collective avec l'aisance particulière de chaque membre de l'bssotiatiot domestique.

Si. - ae la eoattrncUea éet iMMtattoM.

L'étude que nous avons faite précédemment de l'air, des efajt, du sol et des localités, nous dispense d'entrer ici dans aucun détail relativement nu choix de l'emplacement pour une habitation. Qttant aux matières à employer dans sa construction, elles doivent élt*ÉoB» des et réfrartaires à l'humidité; les premières assises des fondation! exigent surtout ces deux conditions : elles doivent porter snf uns surface incompressible; si on ne la rencontre point à une profondeur convenable» on bâtit sur pilotis ou sur des couches de maçonnerie encaissées, faites avec un c.ment qui se durcit sous la terre et

(t) Voyei Rapport, df M. Michel Lévy, tur les épidémte 4i 1850 ( de VÀcademèe de médecine, I. XVII, p. 48).

Page 1