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IV. — Eaux êtagnantes

On peut assimiler l'action des marais aux effets d'une intoxication spéciale, comme l'a fait Âudouard. Nous renvoyons, pour l'étude détaillée des états morbides qui en sont le produit, aux monographies, et notamment à l'excellent article de Fournier-Pescay et Bégin, lequel, publié en 1818 (2)^ présente la substance de la plupart des idées et développements qu'a reçus de nos jours la question de la patbologie paludlqoe. Dans cette étude, il faut le dire, on s'est préoccupé trop généralement de Tintermittence, et même de l'état fébrile ou pyrétique. Pour beaucoup de médecins, la ûèvre intermittente proprement dite est encore l'expression complète de l'action des marais; la rémittence et la subcontinuité sont considérées comme une aggravation accidentelle du type primitif et universel, qui est l'intermittence. Cette manière d'envisager les effets des eaux stagnantes a faussé parfois la pratique médicale des pays chauds et consolidé l'erreur par le langage traditionnel de la science. Il convient de foire entrer dans un seol groupe nosologique toutes les maladies engendrées par les maraia, quels que soient d'ailleurs leur type et leur forme : ainsi se trouveront rapprochées pour leur traitement, comme elles le sont par leur origine, les fièvres intermittentes, rémittentes, subintrantes, larvées, pernicieuses, certaines fièvres continues des pays chauds, etc. ; sans oublier toutefois que même dans les pays chauds, on rencontre des fièvres continues de leur naturOt intermittentes par accident, et qui procèdent d'une étiologie

(1) Parent-Dnchâtelel, Annales d'hygiène publique, 1830, t. in,p. 245.

(2) Fouruier-PeMax %i Bégia» Dietiomioire de$ scieneeê médictkt, art, Maiuis, t. XXI, p. 516 et soiT.

MS DM MODinCATEVRS.

oiite. Toiti r^^Mlle fréqiiemmeat le passage de rintermilteace, i meal an type rémîitent, mai* i la contiDmié; Bl(mn)(l) bit r la fièfre rémittente, quand elie devient iiMHtelle, se ciiange poar V en fièvre continue. J. Clark (2) a signal)^ juilicieuiiemenl le rapport de I^Mermilleiice el de la contiaui[<i Acs, fièvres avec l'inlensité de la CMwm iBBifci tique. ■ Les maladies oijservées dans les contrées marécageuses, diMSt Mrnier et Bégiri, peuvent ëlre rangées sous deux divisions : les snot tnl exemples ile réaction fébrile, les autres sont caractérisées par l'état de tttn; Parmi les premières se rangent quelques diarrhées, des dysenteries, et dia plusieurs cas le choléra-morbuij; les fièvres intermittentes et rémitteoia ùapies ou pernicieuses et les lièvres dites alaxîqucs continues Beat la plni remarquables parmi les secoadcs. • Baîlly remarquait, en 1835(3), qse^ l'intermittence constituait îi elle seule le fond de la maladie, l'expérienca >*»• rait jamais donné aux médecins qui pratiquent dans les pays i l'idée qu'une maladie dont les symptômes sont continus, peut ci le fond des fièvres à quinquina, et il aime mieux, avci' raison, dmner OSUe dénomination que celle d'intermittente à une aiïection qui peut ne pas ItUt. Gaspard Itoux (6) ne distingue pas dans la pratique les fièvres iatermilieilcs, rémittentes et continues. Les aOectious qui résultent de l'intoxicttioa det B>rais dilTèrent, non -seulement par le mode de succession de leurs njmplftf i, mais encore par leur physionomie propre el par l'ensemble de leurs |ihéwniènes. Qui ne sait sous quelles formes variées se produisent les (ièricB des pays chauds et marécageux, formes qu'il nous arrive parfois d'obeerter sp»> radiquement dans nos climats pendant la saison des forles chaleurs! Dettlei fièvres dysentérique, tétanique, cholérique, comateuse, algide, délirante, etc. On peut voir dans les épidémies d'Hippocrate, que les résultais de l'inioxicatioD des marais n'ont jamab varié; et Litiré, qui a rétabli les descriptions hippocratiques dans leur véritable signification, après avoir démontré l'identité des lièvres que les observateurs modernes consiatect aujourd'hui dans la Grèce avec celles qui ont Été décrites par le médecin de Cos, s'écrie avec raison : • La Grèce antique et la Grèce moderne sont, à vingt -deux siècles de distance, affligées par les mêmes Havres ; et cela prouve que les conditions climatal(^iques n'y ont pas essentiellement changé; car l'homme, qui en est un des réactifs les plus sensibles, y donne aujourd'hui, comme alors, la même réaction (5). » Kn parcourant les ouvrages des épidémistes qui ont observé dans les pays â marais, on rencontre une foule de cas qui, par leurs symptômes, se rapprochent, les uns de la fièvre jaune, les autres du choléra, d'autres encore

(1) Uonro, Méiipdne cfarmée, trad. àc Le Bè^ue de Prei1«. Par», 1769, t. tl,p. 320.

(3) J. Clark, Observ. on tke Diaeaset in long voyages to hot couniries. Landon, 1773.

(3) Baillj, Traité analomo-patfiologique dfs fièvres inlemiillmtes simples elperniciaaes. Parii. 1835, in-8,

(A) Gupard Roux, Hirloire médicale de Varmée française en Morie, 1 83I>.

(5) Hippocnle, QEuvrei, tcad. pu- E. Uitré, t. II, p. 563.

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de la peste. Dans les fièvres qui attaquèrent les troupes françaises en Morée, G. Roux observa souvent la douleur à Thypochondre droit et la coloration ictérique. En août et septembre 1854, nous avons observé sur le littoral de la Bulgarie un grand nombre de cas analogues qui auraient pu en imposer pour des typhus ictérodes, sans le succès signiûcatif de la médication quinique. Notre ami Fanvel a vu céder au même moyen des affections qu'il a observées à Silistrie et à Choumia, et qu'au premier abord il prenait lui-même pour des typhus ictérodes (1). La fièvre jaune, dit IVIontfaicon (page 330), est l'extrême degré des fièvres pernicieuses; elle naît des mêmes modificateurs et affecte les mêmes organes. La fièvre jaune, dit Gilbert (2), n'est autre chose que le maximum des fièvres rémittentes bilieuses, qui n'entraînent que successivement dans les fonctions les désordres qui sont produits tous ensemble par la fièvre jaune. Chervin a consacré sa vie à la démonstration de l'identité de nature de la fièvre jaune et des fièvres paludiques; et dans son rapport sur le mémoire de Rub(3), il l'a renouvelée avec une grande force de conviction. Il est certain que la fièvre jaune sévit avec prédilection à proximité des plages marécageuses et de l'embouchure des fleuves ; on l'a observée particulièrement ^ Pensacola, à la Vera-Cmz, à la Havane, sur les rives de Rio-iMorte, à Carthagène, à Saint-Pierre de la Martinique et dans toutes les localités intertropicales désolées par des eaux stagnantes ; il est certain que, précédée presque toujours ou accompagnée de fièvres intermittentes, elle apparaît aux mêmes époques que celles-ci, et se développe sous les mêmes conditions; et tandis qu'elle moissonne les Européens transplantés, les fièvres intermittentes se montrent parmi les indigènes comme une expression atténuée de la même cause. Ru& a vu la fièvre jaune passer du type continu au type rémittent et intermittent dans l'épidémie qui régna à la Martinique de 1839 à 18&0. Enfin, suivant l'observation de Humboldt, il suffit de passer quelque temps aux environs de la Yera-Cruz pour en contracter le germe, tant l'influence des eaux stagnantes, combinée avec celle d'un climat de feu, s'y fait sentir avec une pénétrante énergie. Fusier, qui a passé cinq ans à l'hôpital militaire français de Vera- Cruz, dans Tobservation attentive de la fièvre jaune, dont il a été lui-même atteint, et Dutroulau (^), qui a lutté contre elle dans nos Antilles, repoussent la doctrine de Chervin, et attestent Tineflicacité de la médication quinique. La peste peut-elle ^re rattachée également, par son étiologie, à la famille des maladies de marais? Quand le Nil inonde l'Egypte, elle disparaît comme par enchantement, de même qu'on voit cesser les fièvres intermittentes par la submersion des marais; mais lorsque le retrait des eaux laisse

(1) A. FauYel, Rapport inédit au ministre du commerce et des travaux publics, 1854.

(2) Gilbert, Histoire médicale de l'armée de Saint-Domingue, Paris, an X\,

(3) Rafs, Bulletin de rAcad. royale de méd, Paris, 1842, t. VU, p, 10A5 et suiv. {à) Dutroulau, Traité des maladies des pays chauds, etc,, 1868, 2* édit., et note

du D* Fuser, p. 402.

m bu ■niPiutEOiks. -' cttomtfUi. [inM

les terrains cooTerts d'un limon fanacux, les émanations qui s'en élèïeal ne tardent point i ramener le tiéaa ; k' peu de profondeur des sépiiliures, aitiqiiées pjr les inlillrntionB du Heure délxirdii. ajoitle h son intensité. D'tpth l'observa lion de Pugnet(l), l'apparition de la peste coïncide loiijoiira ■*« l'épaquH où la vase du Nil est mise en ronlaci avec l'air et le câlonque. H U gravité de l'épidémie ne pmponionne k l'élcodue de l'inuiidalioii : ainst dit sévil plus sur les cAies que daiiH le resl« de la basse Ëg)ple, où elle diminiie en pfugressani vers le Delta ou la haute Egypte, qui n'en offre plus de maa. Le clioléra serait »ux phiiues du Bengale inondées par le Gauge, ce qne li piiste en. aux bords du Nil et la lièvre jaune i ceui du Missi»tipi, c'esi-à-dirr une forme d'intoxication specifif|iie ; bors des régions tropicales un v«it éclater l'alleciion des marais wus nue forme qui n'est pas sans analogie avec le rlm- I6ra : les accès cliuléri(iues algides sont fréquenis eu Algérie (3).

Nous n'avons voulu omelirc, dans l'énumératiou des effets de l'eiiipoiannnemeut palustre, aucune des formes morbides qu'on s'e»t appliqué i raiiicher à celte source étiolugique ; mais nous ne devons pas non plus pâsaer «ous silence les données d'ubseï vuilun qui uiiliieut contre cette syntli^»e un pen forciïe. Les foyers d'impalndaliou sont disséminés dans tous les climats; la fièvre jaune ne prend naissance que daus la Eone tropicale, et sur le liuoni de la mer, elle a une dui'ée limitée et une marche réglée, elle ne se reprodail pas après une première attaque; elle u'aboutlt {mlut i la caclieiie, elle gutrii ou lue. Le cboléra, par ses pérégrinations, a déi-outé tous les ruppruc-btuoenb do l'induction paibogèuique. ■ La dysenterie et l'hépatite sont bcalistes dans des (iiyers particuliers qui, jHiur être moins bien connus que ceux de la R^re dans h.'urs caractères g{!<)lo(;iqu es, u'eii sont pan inoius di^liricls tr^s-suuvcnl de ceux des autres endémies (3]. • Ainsi elles régnent h ta Réunion, dont te soi est partout granitique, et qui n'a point de fièvres paludiqnes comiiM t Cayenne et aux Antilles, infestées de ces maladies; filskra et LagboMt, exempta de foyers marécageux et de leurs effets loxiquev, sont en pruto lU dysenteries et aux hé|)aiitesi Talii n'a point d'endémies. La Guyane et te Sénégal, très- différents lur leurs conditions météorologitiues, ont le mCme groupe de manifestations endémiques, fièvres palustres, d}senterie, faépitile, colique sèctie, et à des intervalles irréguliers, la flèvre jaune. Les causes hygiéniques et atmosphériques, minutieusement inter^gées, n'expliquent point les répartitions de formes endémiques ; c'est aux caraclërus du sol que Ontroulln s'attache pour en éclaircir l'évolution, et l'analyse le conduit à reconnattre qu'elles sont toutes d'origine infectieuse, mais diversement infectieuse, et qne chacune d'elles a une spécificité propre.

{!) I>uf;nel, Mémoire sur /a /ièiim de mauvais caractère du LecwU el des ÂntiUrs,

isoa.

(2) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie mililairei, L XXIV, p. 36.

(3) Voy. Dulroulïu, Trailé des maladies des Européens dans les poj/t tluuuis, 2' MilioB. Parii, 1868.

HîftM] bu uvn. ^ EAUi sTÀGifÀirrEft. ki^

Ce n*est point id le lieu de rappeler les épidémies qui se sont développées sotis rinflaenœ des étnanations marécagcases, et qui ont été observées par Ramazzini, Lanzoni, Lancisi, Flacci, Sennert, Dckkers, le Boë, Blane, Pringle, etc. Les mtrats ont fait périr plus d'hommes qu'aucun «utre fléau; ils ont détruit plus d'une armée, dépeuplé plus d'un pays, effacé do sol et presque de la mémoire des hommes plus d*une ville jadis florissante. Des épidémies décrites par François le BoH, la seconde (1669-1670) enleva les deux tiers de la population de Leyde; en 1762, 30 000 nègres et 800 Européens succombèrent* au Bengale, à l'atteinte pernicieuse des marais (Lind); en 17^1, 12 000 Anglais, sous le commandement de l'amiral Vernon, furent réduits an tiers par la même cause. Pringle raconte que, pendant l'année 17/i7, en Zélande, les troupes anglaises eurent tellement à soufirir des fièvres de marais, que peu de corps avaient conservé cent hommes valides; à la fin de la campagne, le Royal ne comptait que quatre hommes qui se fussent toujours bien portés. L'ile de ¥faicheren fut deux fois funeste, en 1806 et en 1809, aux troupes anglaises et françaises (Blane, Hamilton); en dernier lieu, les deux tiers des deux armées forent mis hors de combat par les fièvres. De semblables désastres se sont fréquemment renouvelés en Afrique i en 1857« une compagnie dn 11* de ligne, stationnée à Bouffarick, et composée alors de %1 hommes, passa tout entière à l'hôpiul, excepté un sous-ofiicier et l'officier qui la commandait, et qui est mon frère. Coutancean a décrit l'épidémie de fièvres intermittentes qui ravagea Bordeaux en 1805, lors des travaux de des* sèchement do marais de la Chartreuse : en cinq mois, 12 000 personnes en forent atteintes et SOOO succombèrent Les marais do Brouage ont a£Qigé de vingt épidémies la population de Rochefort, où il mourait, il y a cinquante ans, 1 individu sur 15, tandis que, pour la France, la proportion générale de mortalité est de 1 sur UO, 11 est inutile de multiplier les exemples des ravages épidémiqoes qu'exercent les marais, et auxquels s'ajoutent des épizooties non moins meurtrières. Hippocrate fournit encore ici son témoignage toujours vrai; après avoir dépeint la constitution de ceux qui vivent près des marais t « Cet état maladif leur est habituel, tant en été qu'en hiver; en outre, les hydropisies y sont trè»- fréquentes et très -dangereuses; car, pendant l'été, les habitants sont affligées par des dysenteries, par des diarrhées, par des fièvres quartes de longue durée, maladies qui, prolongées, se terminent, dans de pareilles constitutions, par des hydropisies et par la mort (1). » L'observation des siècles s'accorde donc à reconnaître que dans les contrées k marais sévis'sent des maladies différentes de celles qui appartiennent aux localités exemptes de cette source d'insalubrité ; que ces maladies, malgré leur dissemblance symptomatiqoe, malgré la diversité de leurs types et de leurs formes, accusent la même origine, et cèdent au même traitement ; que leur apparition, leur aggravation et k durée de leur règne coïncident avec l'époque, l'abondance

(1) Hlppoerttii opé cii.» U 11^ p. a9«

U8 DES NODIPIC&TBIJRS. — CIBCDHFUSA. (nom

et la période du dfgagËnicnt niiasmaiiquc des marais; d'où l'un cooclan avec raison qa'enlie la pr^-sencc des eaux dormantes el l'état pathologique de la population, il existe une relation de causalité.

S'il importe de noter cette ëclielle de manifestations morbides, qui succèdent à l'absorption du miasme, et (jui s'élèvent du simple accès fébrile jusqa à lasidératiou, de la diarrhée légère jusqu'aux Qèvres pesiikniielles, l'hygiénisie doit peut-être s'aitacbcr avec plus (E'attcniion encore à l'altération leDtfe graduelle que subissent les individus dont la vie se passe au milieu des marw. soit qu'elle ait été précédée ou non d'accidents fébriles. Telle est la transformation qui s'opère io sensiblement en ceux qu'elle atteint, qu'on serait tenlè de les considérer comme une variété misérable de notre espèce. Un voyageor. visitaut les pâles liabitants du bassin poritin, demandait h l'un d'eux comment ils y pouvaient vivre : « Nous ue vivoiis pas, nous mcurons. • Cette lagnbre réponse peint d'un trait l'état des populations, si nombreuses sur le g^obe, qui ianguiïisent en pmie au Oéau pennaoeiit des émanations palustres.

« Les habitants du Phase, dit le maître immortel de Cos, que nous ne not» lassons pas de citer, occupent une contrée marécageuse, cbaudc. humide et boisée; les pluies y sont, dans toutes les saisons, aussi fortes que fréqoentei lis passent leur vie dans les marais ; leurs habitations de bois et de roseaai sont construites au milieu des eaux; ils ne marcbenl que dans la ville et daiu le marché ouvert aux étrangers; mais iU se transportent dans des pirogne faites d'un seul tronc d'arbre, montant et descendant les canaux, qui soid nombreux. Ils font usage d'eaux chaudes, stagnantes, corrompues par la diileurdu soleil et alimeniéespar les pluies... c'est pour cela que les habitants du Phase dilTèrent des autres hommes; ils sont eu effet d'une haute taille el d'un embonpoint si excessif, qu'on ne leur voit ni articulation ni veine; leur coloration est aussi jaune que celle des icLériques; leur voix est plus rude que partout ailleurs... ils sont peu propres i supporter les fatigues corporellea. > {Loc. cit., page 61.) Et en parlant des eaux donnantes : • Ceux qui en font nsage ont toujours la rate volumineuse et dure, le ventre resserré, éoiacié el chaud, les épaules et les clavicules décharnées. Les femmes sont sujettes ani cedémes et i la leucophlegmasie ; elles conçoivent difficilement, et leur accouchement est laborieux. Les nouveau-nés sont gros et boursouflés ; mais ptndant la nourriture, ils maigrissent et deviennent chétib... de sorte que la kmgévitê est impossible avec de pareilles constitutions ; ta vieillesse arrive avant le temps. ■ (Page 29.) Ce tableau a conservé sa vérité ; seulement, les localités en modiGent quelques traits. Ce qui contribue le plus à nuancer la physionomie toujours spéciale des populations établies sur les bords des marais, c'est le d^ré de chaleur inhérent aux climats; mais si elles représentent, suivant les lieux, des individualités distinctes dont les caractères ne peuvent se fondre dans une description générale, elles ont cela de commun que partout l'ensemble des phénomènes propres i chacune d'elles se résume dans une détério nti(Hi profonde de l'économie, dans la décadence prématurée des facultés phy-

FAiyÉs] DES EAGX. — EÂ(3K STAGNANTES. 417

aiques, întellectnelles et morales. Les habitants de la basse Bresse sont de petite statare, soaveot affectés de déformations, soit du tronc, soit des membres; ane peau fine et blafarde, des formes molles et sans reliefs mnsculaires; des tissus sans figueur et sans élasticité, abreufés de fluides aqueux, et qui gardent l'empreinte du doigt qui les presse; des cheveux plats et une teinte claire, une barbe rare; un œil terne et dont le regard tombe avec tristesse, une expression d'idiotisme et d'apathie; le cou maigre et allongé, la poitrine resserrée, le ventre gros et saillant ; le pouls mou et petit, une peau toujours sèche, ou couverte d'une transpiration habituelle qui débilite ; une démarche lente et pénible, une voix gutturale et rauque, et dont les sons sont paresseusement articulés : tels se présentent à la fleur de l'âge les habitants d'une partie du département de l'Ain. Frappés au berceau par une cause d'insalu* brité qu'ils endurent avec une résignation inerte, ils n'ont connu ni l'enjouément de l'enfance, ni l'alacrité de la jeunesse; valétudinaires jusqu'à la tombe, qui pour eux s'ouvre de bonne heure, ils restent étrangers aux passions généreuses, aux jouissances vives comme aux douleurs aiguës de l'âme ; également incapables de regrets et d'espérances, enfants déshérités de la nature qui ne leur a donné qu'un air délétère et des aliments sans force, il faudrait les plaindre entre tous, s'ils avaient conscience de leur misère. Les habitants de la Sologne et de la plaine du Forez se rapprochent des Bressans : même retard dans le développement, même caducité avant l'âge, même indolence, même débilité radicale, même hébétude du cœur et de l'intelligence ; à leur maigreur, à leur teint plombé, jaunâtre ou verdâtre pendant l'automne, on dirait des squelettes ambulants; vieux à quarante ans, décrépits à cinquante, ils parviennent rarement à la soixantième année; chez eux nulle sensibilité, et comme dit Fodéré, on ne rit point sur le berceau de celui qui naît, on ne pleure point sur le cercueil de celui qui meurt L'habitant de la Brenne apporte en naissant le stigmate de la cachexie de ses parents : « A peine a-t-il quitté le sein de sa nourrice, qu'il maigrit ; une couleur jaune teint sa peau et ses yeux, ses viscères s'engorgent^ il meurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année. A-t-il franchi ce terme, il ne vit pas, il végète : il reste cacochyme, boursouflé, hydropique, sujet à des fièvres putrides, malignes, à des fièvres d'automne interminables, à des hémorrhagies passives et à des ulcères aux jambes qui guérissent fort difficilement. » (Monfalcon, page 119.) Sa vie est une longue agonie; dès sa vingtième ou tnsntième année, il penche vers le déclin ; ses Êicultés se dégradent, et communément la mort vient fermer à cinquante ans cette carrière de souffrances. Au centre des marais Pontins, le spectacle différait peu avant les travaux exécutés par ordre du pape Pie Y, et depuis, il s'est médiocrement amélioré. Dans nos possessions d'Afrique, l'action lente des miasmes conduit quelquefois les malades, sans accident notable et par une pente insensible^ à la cachexie et au marasme, qui, dans les circonstances ordinaires, clôturent ime longue série de récidives pyrétiques. Cet état est caractérisé par l'aflbiblissement général, la pâleur cutanée, l'infiltration

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419 ItES MODtPICATEL'flS. — aRCDMFDSA. [ncOn

et l'Ëpinchitmenl xércnic Haiis les cavités des viscères et les lames du rissu c^lulaire, bI ri[)[>auvi'ù»enH'iil itiiir(|uë ilu caii^; ; la \k»u «st ipireuse. vcailIcaMi le itioindre nutuveniuilt ëiiuiiu les forces et détL-rmiiie des suiïucalions ; la b> culiâs ïunl engourdies, les seiw oblux, l'ai^iit seul periiisle. La cachenie diu africaine, décrite par le docieur Ciaigie ( 1 ), et i|ui décime la race noire dam ieH ludeH occidentales, principaletneiil dans l'Amérique du Sud. a-t-ellc quelque parenté avec celle que ritiAueiiif dos marais utxasioniie dans les ainirto eiira-tropicBles ? L'analogie de causes, de symplfiiiies et d'aliéralioiu aiuiomiques porte à croire que cflie aiïectiuii est, aut libres des régions ^uili>riales, ce que la (mine est aux riverains des mafais de la Bresse et de la Sologne. La cadiexie africaine sur tient après plusieuni rechutes de fièvre, elle te caractérise par un état de Uiiguevr qui dégénère en iasensibilîté complètv, par l'appauvrissement du sang, par la décoloration des lèvres, de la panine dn mains et de la plante des pieds, par l'emp^ltenient des tissus cutanés, particuliëreuient de la lace el des eiLtrâmités ; â une époque avancée, l'appéiit w déprave, les fonclioiig digestive* se Iroublenl, la diarrhée s'établit, le foie a la rate se tuméfient, aiiui que la glandrs lymphatiques; plus tard encore, tes malades rejettent les alinkents inalléié» pou d'Iieurett après leur ingesIiuD, de La cacbcxie africaine sévit parmi les nègres esclaves ou libres qui imaittenl sur les plantations, c'est-i-dire qui reniueul une terre riche en débris uif^aniques, â la surface de laquelle naissent ci périssent de nombreux produits, et que l'un voit tour à tour convertie en limon par des pluies diluv iales el desséchée par les chaleurs.

Tels sont les effets aigus et Iciils de l'intoiiration àf^ marais. Dans «[uclLes bmUi H miiiiiw>ntjl>T L'npériHicc «H-elle permis de circonscriia ane qoelqtie précision i« sphère d'actJrité iki eauistagnantcsT 1^ dégagemeoi des àSin'ai pBOt avoir lita dans un air calme ou mobile ; dans le premier cai, d poarlw pays tempérés, on évalue, en général, ï AOO ou 500 métrea cubea le diamltra vertical, et i 300 mètres le rayon horizontal de la sphère dam laqntlie ils aa ptspagenl; mail une pareille détermination ne peut avoir rien da rigoDrenK; ht variatiooa hygrométriques et barométriques de l'air infloent nAceasainoieiit sur l'eitenHon des miasmes t elle est surtout subordonote fe la mapéraUtre, qui diffère coivant lea aaisons et les climata. Comment iiiiignfi, d'aiUaun, fc l'action des manis des limites presque mathématiques, quand w n'a poor les fixer que les réactions variaUe* de l'organisme I Tel s'esposera inponémcnt i des didanees que tel autre ne pourra franchir sans accuser par une pertnrbttioD fonctiâniielle le voisinage d'une eau sugnante; l'air, laibleiBent vicié au ddà de 300 ou 400 mètres, ne pourra rien sur des coq» ro' fautes oa MdiflMMs. Uodis qu'il produira cbei des individus nouveaux venus «B abibtis des nuiadias dont le caractère et l'allure ne permettront ancna «loota sur leur Mologw. Un ne peut énoncer ici que deux propositions coB'

(i) Cfrifitf GeHtlt nMùaii, isu, p. uo.

FUfiB] DES £AI]I. — EADI STAGNANTES. AiA

atamment vérifiées par le fait : l"" L'intensité de l'infection miasmatique est en raison inverse de la distance du loyer. 2^ Excepté les circonstances où les. mouvements de Tair ambiant chassent les miasmes dans une direction déterminée, leur pesanteur spécifique les entraîne vers le sol ; le danger est donc^ d'autant plus grand que Ton séjourne dans des couches d'air inférieures. C'est là, au rapport de Rigaud de l'isle, ce qui rend les gorges d'Ardée inhabi'ubles; c'est là ce qui justifie lé conseil hygiénique de ne se coucher jamais à terre au vobinage des eaux dormantes, dans les contrées marécageuses; ceqx qui vivent dans les endroits bas, encaissés, dépourvus de ventilation, sont plus maltraités que les habitants des coteaux et des lieux élevés. Cette obser-^ vaiion s'applique aussi à toutes les villes qui se composent d'une partie basse et d'une partie située sur une hauteur : le chiffre de la mortalité est constamment moindre dans la partie élevée de Genève; nous avons constammeqt observé moins de fièvres dans les citadelles de Bastia, de Corte, de Calvi» de Navarin, dont la position est élevée, que dans les quartiers bas de ces villes. Dans certains quartiers de Rome, la fièvre atteint inévitablement les habitants de la partie inférieure des maisons; on s'y soustrait en montant d'un ét^g^. En arrivant en Corse, on est frappé de voir les classes les plus aisées de lapopulation se loger de préférence dans les étages les plus élevés : mais en se familiarisant avec la pathogénic de ce pays, on ne tarde point à sanctionner cet usage. La même sagesse a voulu qu'en Afrique les pièces situées au r^de-chaussée fussent généralement converties en oaagasins. Faut-il s'étonner si les épizooties les plus funestes et les plus nombreuses ont paru dans les pay9 marécageux, pendant les chaleurs de l'été, après des brouillards épais, ou dans le voisinage de mares dont les eaux étaient cronpissai|tes(l)? Plongés dans les couches infimes de l'atmosphère, où s'accumulent les particules miasmatiques, les animaux les absorbent plus abondamment par les voies res-^ piratoires ; elles pénètrent encore en eux avec les substances dont ils se nour-. rissent dans les champs, et qui en sont imprégnées. Et comme la gravité des maladies est en raison directe de la quantité de matière miasmatique qui s'insinue dans l'organisme, on comprend que les animaux qui en alviorbent beaucoup, et dont le tégument, recouvert de plumes, de laine ou de poils, n'élimine point le poison, présentent, comme expression d*une plus grande intensité de cause, te type continu de l'affection endémique; dès lors il devient inutile d'agiter la question de savoir si les animaux sont susceptibles de contracter la fièvre intermittente. Le professeur Metaxa (de Rome) n'accorde cette propriété qu'au cheval; Bailly croit les animaux peu sujets à la fièvre d'acpès; Dupuy, au contraire, a vu périr un grand nombre de bêtes après avoir pâturé dans des marais. Cette discussion peut se traduire autrement : les animaux qui ofirent une maladie dans sa forme la plus grave peuveq^-iis l'éprou-

(1) Gueneat, Dictûmnaire des sciences médicales. Parif, i8i5, t. Itlll, p. 6, art.

£P1200Ti£.

in DES MODIFICATEURS. — CIRMMFCSA. [btcUsï

ïcr i lin moindre degré quand la cause agit plie-même avec moins de force! On le voit encore ici , bien poser la question , c'est iiouvent la résoudre. Quand l'atmosphère est agitée, les émanations des marais peuvent être iransponéps ï de grandes distances : elles suivent alors la direction du cnurant atmosphérique, et ne laissent dans tous les autres sens qu'âne viciation légère de l'air; ce courant dangereux se heurte, se divise, s'arrête, se réflédiit sur les obstacles qu'il rencontre, tels que montagnes, coteaux, forêts, habitations : ceux-ci se chargent des miasmes dont il est le véhicule, dans ks points où ils supportent l'eiïurt du courant; alors se produit un effet généralement constaté : c'est l'insalubrité remarquable de la partie moyenne et inférieure de certaines collines, tandis que, entre les élévations et le marais, et plus près de ce dernier, le séjour est inflniment moins périlleux. C'est qae la couche d'air dont le déplacement produit le vent n'est pas celle qui coofuie au sol, et les couches qui sont au-dessous ne se pénètrent, i certaines distances du foyer, que d'une minime proportion d'efOuves. Des faits nombreui prouvent la dissémination des miasmes par les vents; trente peraonnesde Rome, se trouvant en promenade vers l'embouchure du Tibre, le veut vint i sonfUer du midi sur des marais infects, et vingt-neuf d'entre elles fareni prises de fièvre tierce (Lancisi). Fodéré a été témoin de semblables accidents dans le lUaniouan, dans le Ferrarais, aux environs de ïlonlpellier. Aux laàa occidentales, des vaisseaux mouillés à 151)0 toises des rivages marêcageni furent infectés de fièvres par l'effet du vent Lancisi attribue l'insalubrité de Rome à la coupe d'une forêt qui l'abritait contre le vent qui soufllc des marais Pontius, En 1Jj26, les fièvres de marais, après avoir désolé épidémiquement la Hollande, passèrent la mer ii la faveur dts wnis d'esi, et fireut subitem«it invasion eu Augleterre, où elles sévirent avec intensité. L'hftpîtal de Wolwich, oà la fièvre intermittente est excessivement rare, en reçut alors jusqu'à 300 cas; la seule commune de Marston compta 25 décès suruue population de 300 Smes. Il importe de se rappeler l'effet propagateur des veuts en |^gencc des fièvres d'accès développées dans des lieux qui, par leur situatioa élevée ou isolée de tout foyer d'infection, sembleraient devoir en être entièrement affranchis. Il y a des localités en Corse qui, malgré leur éloignement des marais, sont visitées par les fièvres intermittentes, sous l'inlluence de ceruios vents; et Raymond Paure, avant d'imputer à la chaleur scdaire la productioii des lièvres intermittentes qu'il a rencontrées dans quelques parties de la Grèce situées loin des marais, avait à prouver qu'elles n'étaient dues ni à des foyers locaux, ni au transport des émanations palustres par l'intermédiaire des courants aUuosphériques, oi i l'action des eaux pluviales sur des terrains desséchés d'une certaine nature. C'est ainsi que t'eau stagnante du lac d'Agnano dégage des efDuves délétères qui s'étendent jusqu'au couvent des Camaldules, éloigné d'une lieue, et situé sur une haute montagne ; et c'est ainsi que, malgré l'absence de tout marais, la malaria r^ne avec une pernicieuse intensité, non-seolemeut dans les vallées basses des environs de Vollcrra, mais encore

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sur le flaac des collines, et même à une certaine élévation. Le terrain de ces k)calités est constitué en grande partie par des marnes argileuses grises, altérées et impr^ées de gypse et de sel marin, soulevées par des roches ignées cpii forment les cimes des monts; desséchés en été, ces terrains fermentent par l'action des eaux pluviales, et dégagent les miasmes fébrifères : ce qui fait dire communément que la terre bout. Brocchi (1) et Savi insistent sur la vérité de cette étiologie populaire des fièvres dans certaines contrées, bien confirmée par Tobservation de nos médecins d'Afrique. Suivant Carrière (2), la matière organique qui existe dans l'eau stagnante, à la surface du sol humide et gras, dans l'épaisseur de la litière végétale dont 11» champs se couvrent en automne, jouerait un rôle dans les conditions de composition de quelques-uns des vents qui prédominent sur la lisière occidentale de l'Italie : là existent, à peu d'exceptions, des marécages d'une puissance nosogène plus considérable, qu'il impute à la prépondérance de la ventilation occidento-méridionale. Il y a prééminence miasmatique, dit-il, toutes les fois que le sol est exposé aux influences plus ou moins directes de cette ventilation ; ainsi s'expliquerait la nocuité variable d'un même bassin marécageux suivant le repos ou la translation violente des masses aériennes; et c'est aux vents qui soufflent sur certains marécages qu'est due l'inutilité de tous les travaux exécutés pour les assainir : la terre est soumise au bras de l'homme, l'atmosphère est son maître.

La latitude et la hauteur modifient le rôle pathogénique des marais. On peut appliquer à ces deux conditions climatériques ce que Lancisi a dit de la samn des chaleurs : •Adaucto vero œstu^ febres continuœ, atque etiam ext-tiales urgent ». Cet axiome est vrai, soit que l'accroissement de la chaleur dépende de la saison ou de la progression climatérique du pôle à l'équateur : les fièvres de marais augmentent, en eiïet, de nombre et de gravité, du nord au midi, mais en suivant moins la direction des parallèles que celle des lignes isothermes. Il en doit être ainsi, en raison des conditions du dégagement et de la dispersion des miasmes fébrifères; ceux-ci ne peuvent s'élever que par l'abaissement des eaux lacustres et marécageuses; la chaleur produit ce résultat en activant l'évaporation jusqu'à mettre la vase en contact avec l'air; elle a pour triple effet la fermentation vaseuse, la volatilisation de la matière qui constitue le miasme et la formation d'une certaine quantité de vapeur aqueuse, véhicule ordinaire du miasme. L'influence de la latitude se subordonne donc ici aux inflexions des lignes isothermes; c'est pourquoi les fièvres intermittentes, rares à Saint-Pétersbourg, qui est cerné de marais et situé par le 59* degré de latitude N., ne se montrent plus en Asie vers le 57*, tandis qu'elles régnent en Suède au delà du 63** de même latitude, et, d'après Mackensie, atteignent même un peu plus à l'ouest les îles Shetlaod. La limite

(1) Broeehi, Delio ttato fisico del suolo di Roma, Roma, 1820, p. 276.

(2) E. Carriers, U climat de r Italie sous le rapport hygiénique et médical. Parii, 1849, p. 308.

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boréile des Bèïres iaternllUcnlcs se confond donc avec la ligne isotbernio qoe représente une température moyennp annuelle de 5 degrfa centigrades ït« nae moyenne de zéro en liiïer et de 10 de^rfs en élé. Entre les limite^ extrêmes où leur r('gne eipire, les lièvres paludiqiies se manifestent avec nw fréttuence et une intensité proportion iicllc à la clialenr aimaspbériqac : c'esi une règle qui, d'aprts Fonruier et Dégin, souffre peu d'exceptions : elle rrasortde l'histoire des endi^mies des différents pays de marais. En Hollande, les fièvres intermittentes quarles, tierce:* ou quotidiennes attaquent un granit nombre d'individus, mais leur marche est lente, et permet â l'art de les cnni battre presque à loisir. La forme dite pernicieuse est assez rare dans la bisst Alsace, où les fièvres intermittentes atmndenl annuellement. Passez en Hongrie, et fims verrez déjà ces maladies revêtir fréquemment la forme rémillente, et se compliquer des symplrtmcs de la dysenterie dite putride. Dans le voisinage des marais Pontins. h Rome, et dans les maremmes de la Toscane, l'intermitlence tend à s'effacer de plus en plus, les fîËvres coatinues ei rémittentes éclatent souvent avec l'appareil phénoménal de l'ataxie. L'fopagnc nous laisse voir, dans ses endémies, comme un reflet du fléau qui désole les cotes de l'Afrique et de l'Amérique, vomissemenLs de matières noires, couleur ictérlque de la peau, délire violent, etc. Enfin, dans les contrées pins voisines de l'équaieur, qui subissent, â certaines époquesde l'année, le maximum du dégagement miasmatique, sous la double influence de l'humidité et de U chaleur excessives, c'est la fièvre jaune, c'est la dysenterie putride, c'est le choléra : masques effrayants qui traduisent un certain nombre de conditioiu spéciales, inhérentes anx localités, mais dont la premîi^re est sans contredit la présence d'un principe infcrtieus dans l'atmosphère des eûtes. !l n'échappera point aux observaleui-s qup. dans rL'tte |irngression des pays tempérés vers le^ zones brûlantes, les phases de la végétation deviennent i la fois plus paissantes et plus rapides, les races animales plus variées, et surtout la génération des Insectes et des reptiles de toute espèce plus abondante. La circulation de b matière est plus rapide dans les régions tropicales : il en résulte que les foyers de fermentation organique y sont plus multipliés, et empruntent peut-Ôtre â (a aatnre de leurs matériaux une activité plus délétère.

Dans une même contrée, la succession des saisons répète jusqu'à un certain point les effets de la progression climatérique du pdle à l'équateur. Ainsi, dans les climats tempérés de l'Europe, l'Iiiver rrap]>e les marais d'impuissance eu les couvrant d'une croûte de glace; alors leur voisinage est sans péril. Au printemps, noyés par tes eaux qui proviennent des pluies atwndantes ou de la fonte des neiges, ils ne peuvent nuire que par l'humidité qu'ils communiquent a l'air. Mais par les fortes chaleurs de l'été, la plus grande partie de la masse liquide s'évapore, le fond vaseux est mis â nu ; tes plantes, les insectes, les animaux aquatiques de totite espèce qui y pullulent, meurent et se putréfient; les émanatioiis qui s'échappent de ce foyer de décomposition plus ou moins étendu se répandent dans l'atmosphère, et c'est ce moment, c'est-à-dire

pmtÈ] Dld KAOt« ~ KAOX 6TAGNA1ITES. 4SI

la fin de Tété et le eominericemeiit de raotomnei que signale Teiploaion des endémies propres anx pays marécageux de l'Europe. Dans nos possenkms de l'Afrique, en €k)rBe et en Italie, la période de salubrité atmosphérique s'étend du mois de janvier au mois de juin; dans eet intervalle, on y obserre les ma«* ladies propres aux pays tempérés et exempts de marais ^ pefldant le reste de l'année, et surtout depuis juin jusqu'à la fin d'octobre, on y voit les maladies s'aggraver en proportion de la température, passer de l'intermlttenee ft la rémittente et à la eontinuité, et simuler les formes pathologiques qui appar« tiennent aux climats de l'Amérique et de TOrient La plus grande mortalité correspond dans les pays marécageux à la période des chaleurs, et dans les localités qui en sont dépourvues, aux mois les pitis humides et les plus froids de l'année. Les nombreuses statistiques que nous avons faites de notre service au Yal-de-Grâce nous ont toutes fait voir que, du mois de mal au mois d'oo^ tobre, le chiffre des maladies et de la mortalité se tient constamment en baisBOt et se relève dans une proportion notable depuis novembre Jusqn*ft la fin dé mars; le contraire a lieu, comme nous l'avons dit, dans nos possessions aft*i« caines, et généralement dans les pays chauds.

L'élévation du sol agit, comme la latitude, sur le type, sur la forme et aur la fréquence des fièvres paludlques. Et de même que, dans les deux bémi* sphères, elles disparaissent au delà d'une certaine latitude, ainsi on les voit s'éteindre complètement à une hauteur très-considérable. La ville de Sena, située à S06 mètres au-dessus du niveau de la mer, brave le voisinage des marais Pontins, et n'offre point de fièvres intermittentes : dans certaines régions marécageuses de l'Afrique, et sur des plages situées au niveau de la mer, les fièvres se développent en été sous le type continu, puis à des hau* teurs* croissantes elles deviennent successivement rémittentes, puis intermittentes, quotidiennes, tierces, jusqu'à ce qu'elles cessent entièrement à une certaine limite. D'après Carrière (1), la limite où le mauvais air n'a plus de traces est entre 120 et 150 mètres de hauteur, et les Italiens indiquent, comme il suit, la série décroissante des effets de la malaria : aria pessima, catHva^ sospetia, mfficiente huona, fina ou ottima. L'influence de l'altitude ressort bien de la statistique du département de l'Ain. Bossi, ancien préfet de ce département, a constaté, pour les années 1802, 1803 et 180i!i, la progresiiofi suivante de mortalité :

Dans les communes de la montagne 1 décès annuel sur 38,3 habitants.

— — de rivage — — 26, S —

— — de la plaine emblayée. — — 24,6 —

— — d'étangs et de maraii. — — 20,8 *-

Toutefois des foyers marécageux se rencontrent jusque sur les plateaux et dans les anfractuosités des montagnes : Humboldi en a vu dans les Andes ; sur

(1) Carrière, U dmat de V Italie sous le rapport hygiénique et médical. Paris, 1849, ji. 314.

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lessommcLs les plus élevés des Vosges «xislent de vériiables marais sous forme de tourbières. En Afrique, F. JacquoI (1) a trouvé des iiDppes slagnaiites dans les monlagnes, prés d' A Tn -Te mou die m, etc. A défaut de marais, lescoDcavitû plus ou moins étendues que présentent les Ûuncs des lunniagucs servent à recueillir les eauï pluviales, et les transforment en menus foyers d'intoxication.

La fièvre jaune et la peste diminuent aussi de fréquence et d'înleosilê en s'élevani dans les couches supérieures de l'atmosphère : i un niveau déterminé, elles expirent comme les lièvres de marais. D'après flumboldt, la ferme de l'Encero, située à 928 mètres au-dessus du niveau de la mer, marque la limite verticale de la fièvre jaune sur les eûtes de la Vera-Cruz. Pendant la durée de notre expédition au Mexique, clic n'a pas dépassé Curduva, situé i 903 mètres d'altitude ; le Fortin, Orizaba, Puebla, Mexico, n'ont vu que des cas de Gévre jaune contractée â la Vera-Cruz ou sur des points intermédiaires oii elle avait été importée et sévissait accidentellement; aux confins de la tirrc chaude, Jalapa devait son inimunilé à son altitude (1320 mètres) h peu prés égale ï celle d'Orizaba (1270 mètres] (2). Le docteur Braver assure qu'an village bâti h cinq lieues de Constantin uple, sur la montagne d'Alem U^h, i une hauteur d'environ 500 mètres au-dessus du niveau de h mer, n'a jatnais été atteint par la \ieate. Dans la peste qui frappa notre armée d'Egypte, la citadelle du Caire fut épargnée; daii.« celle de 1835, elle jouit de la même immunité (Clot-bey). Paiiset, Bally et François, lors de l'épidémie de fièvre jauue qui désola Barcelonue, ont remarqué que la cîtailelle de cette ville jouirait d'un privilège analogue. La hauteur h laquelle commence l'immunité est déterminée par la loi de décroisscmeni du calorique dans le sens vertical ; elle ne peut donc être la même pour les divers climats. Le fait mentioDRë pw Blane semble indiquer qu'aux Antilles la fièvre jaune ne dépasse point une élévation de 550 mètres, tandis qu'aux environs de la Vera-Cruz elle ne s'arrête qu'à 9^8 mètres. Une seule maladie d'origine infectieuse, le cboiér) indien, s« joue de cette loi de propagation suivant la latitude et la hauteur; il a atteint le 65' degré de latitude boréale; en 1852, il sévissait â Erzerouni, dont l'élévation, d'aprËs le voyageur Brown. est égale à celle de l'hospice du mont Saint-Gotbard, c'est-à-dire de 2128 mètres au-dessus du uiveau des mers.

L'époque de l'année qui favorise le plus l'action des marais est celle qui produit leur dessèchement : dans nos climats, elle répond aux mois de juillet, aoAI, septembre et octobre, surtout vers le Midi, où ces mêmes mois deviennent alors ordinairement le temps de ta plus forte mortalité, tandis qu'ils oOi-ent très-peu de décès dans les cantons parfaitement salubres. Dans nos huit départements les plus marécageux, le maximum des décès occasionnés

(1) Félix Jiequol, Rfcherclies tur hs fièvres à quinquina, rlc, 1848, p, 44. (2; Fuiier, dan* Dutroulm, 2" ùiU., imn, p. 4(i4.

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