‹ Traité d'iconographie chrétienneChapitre 123 sur 285 · LA ROUE DE FORTUNE · texte numérisé non relu

LA ROUE DE FORTUNE

1. — La roue de fortune représente la vie humaine dans sa double période de développement et de décadence. Onia nomme ainsi

parce qu’elle a l’aspect d’une roue que la fortune met en mouvement et fait tourner sur elle-même. La roue a plus ou moins de rayons, suivant le plus ou moins grand nombre d’invidus qui s’accrochent à sa circonférence.

Quatre suffisent ordinairement pour rendre les quatre âges.

Le premier monte à l’assaut avec ardeur, en disant : Regnabo. C’est l'enfance.

Arrivé au sommet, il s'assied sur un trône, couronne en tête et dit ; Regno. C’est la virilité. Un chien l’accompagne, parce qu’on a toujours des amis quand on est heureux (rose de la cath. d’Amiens, xv° siècle.)

11 descend ensuite, disant avec tristesse : Regnavi. C’est la vieillesse.

Enfin, couché sans mouvement sous la roue, il déclare que son règne est fini : Sine regno . C’est la décrépitude.

2. — À Sienne, dans le pavé du xive siècle, quatre philosophes de l’antiquité, deux de la Grèce et deux de Rome, développent des banderoles où sont gravées des sentences empruntées à leurs écrits.

Epictète déclare que les biens de l’âme sont préférables aux faveurs de la Fortune: « Non fortunæ muneribus sed animi bonis

gloriandum. Epict. Enchyr ., c. 66. »

Aristote affirme que la prospérité rend pétulant : « Fortuna prospéra pétulantes majis facit. Polit., lib. vu. »

Sénèque considère la grande fortune comme une grande servitude : « Magna servitus est magna fortuna. Sen., de Consol. , lib. vu. »

Enfin Euripide conseille d’arriver à la fortune par le travail : « Tibi dixi, o fili, ut fortunam laboribus indages. Eurip., Electr . »

3. — A la cathédrale d’Amiens, la roue n’est pas complète : huit personnages imberbes montent d’un côté et huit barbus descendent de l’autre; au sommet est assis un roi avec son chien.

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