LIVRE DEUXIÈME. — LE TEMPS
Le matin est précédé de X aurore, symbole de Marie, dont il a été dit par l’Eglise : « quasi aurora consurgens ». L’éclat du Christ est semblable au midi : « quasi sol in meridie. »
3. — Le jour naturel, jour et nuit, est figuré par le soleil et la lune qui l’éclairent successivement. Cependant ils ont été personnifiés. A Chartres (xiii0 siècle,), ils sont presque nus et se donnent la main ; le soleil tient une torche et la lune, dont les yeux sont voilés par ses cheveux, un disque. Pour le Guerchin (villa Ludovisi, à Rome), le Jour est un jeune homme ailé, l’Aurore Apollon sur son char, répandant des fleurs et chassant la Nuit, la Nuit est une femme qui s’est endormie en lisant ; au Vatican, dans les loges de Pie IV, la Nuit est Diane éclairant le ciel étoilé, pendant que sur la terre les hommes sont endormis près de leurs tentes ou chaumières (xvie siècle). A la galerie Borghèse, son char est traîné par deux cerfs.
Les Byzantins sont plus expressifs. Le Jour est homme ou femme, de couleur blanche ou un enfant presque nu, car sa lumière découvre tout; c’est le jour naissant, opOpoç ; il tient une torche allumée et invite la nuit à se retirer. La Nuit est homme ou femme, de couleur noire, dont la torche est renversée, parce qu’elle fuit la lumière ; de plus, elle s’enveloppe pour ainsi dire dans une écharpe arrondie au dessus de sa tête, de manière à la couvrir d’ombre. L’un et l’autre ont des ailes, parce que leur course est rapide et une couronne , d’or pour le jour, de fer pour la nuit.
D’après Innocent III ( Epist . 63), le jour symbolise le pouvoir spirituel et la nuit le pouvoir temporel : « Per diem spiritualis potestas accipitur et per noctem carnalis, secundum propheticum sermonem : Dies diei exultât verbum et nox nocti indicat scientiam. »
4. — Les jours, dans la mosaïque du porche de Saint Marc de Venise qui représente la création (xn° siècle), sont figurés chacun par un ange.
Les païens avaient consacré les sept jours de la semaine à sept
divinités, dont les noms sont restés : souvent ils ont été représentés en buste, à Rome et à Pompéi. 11 n’est pas certain que l’art chrétien ait suivi cette voie, car, à la renaissance, les personnifications à qui l’on a pu donner ce nom sont plus probablement celles des planètes, bien qu’il y ait relation entre elles et les jours.
5. — Les Heures d ïusaige de Romme (Paris, Thielman Kerver, 1544), ont une série de vers pour chaque jour, sous ce titre : Les jours moralises.
Je suis le Dimenche d’honneur Requérant au doulx fruict de vie Qui receut en la croix douleur Pour saulver l’humaine lignée:
Que par sa grâce et courtoisie Vueille octroyer à tout le inonde Paix, joye, santé sans envie :
C’est le labeur où je me fonde.
Et pour la journée seconde Lundi je me fais appeller,
Qui doit maintenir vie munde Et mettre peine à labourer.
Au matin à la messe aller Je dois par bonne acoustumance ; Ainsi ce doit-on gouverner Pour avoir des cieulx la plaisance.
Et moy qu’on appelle Mard Je dois bien employer mes bras,
A labourer estre hardi Et songneux sans faire baratz Et jamais ne dois estre las De gracier mon créateur :
De ainsi faire on acquiert soûlas, Et escheue en toute douleur.