LA POLARISATION ROTATOIRB ET LA CHIMIE
Proportion ^ diacide borique. Pouvoir spôcifiquo [a].
o,oo3 5 9>^7
j-=ri,o367 I o,o34 4 22,91
i"** série.
j® série.
0,001 8 II,o5
§ 566. — Le pouvoir moléculaire et les combinaisons énergiques.
— Cas d'interver^on.
Dès que l^on quitte les dissolutions ou les combinaisons soumises à de faibles affinités, pour entrer dans le domaine des combinaisons énergiques et à proportions définies, on doit s'attendre à de tout autres altérations du pouvoir rotatoire. On en jugera par ce qui suit.
Cas où la combinaison n^ altère pas le pouvoir. — Dissoute dans Falcool et les acides chiorhydrique ou nitrique , la morphine se montre douée d*un pouvoir spécifique sensiblement constant et
égal à — 88 \. Le pouvoir de son sulfate n*atteint que — 67 ,3; mais si l'on rapporte le pouvoir à la morphine seule du sulfate, on retrouve le cliiffre — 88 des autres solutions. Il s'agissait là d'un sulfate pur à proportions bien définies ; on peut donc en conclure qu'aucune atteinte n*est portée à l'organisation moléculaire de la morphine dans sa combinaison avec les acides.
Le camphre artificiel d'essence de térébenthine a été considéré comme offrant également un exemple d'inaltération. Mais les travaux si précis de M. Berthelot montrent qu'il y a chez lui un léger abaissement de pouvoir. Seulement, pour avoir un camphre bien défini et à pouvoir rotatoire constant, il faut partir de son essence type; dans ce cas, c^t habile observateur trouve pour le pouvoir spécifique du camphre, — 23", 8. Rapporté à l'essence seule, il devient — 3o'',78 au lieu de — 32,4 {§ iî^îO).
Cas où la combinaison altère» — Le pouvoir peut être accru ou diminué. La diminution peut aller jusqu'à l'annulation et même l'interverrissement. Enfin Taltération, quelle qu*elle soit, peut
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être irrémissible et provenir d*iine altcradon permanente du corps actif, on tenir uniquement ^ Tétat de la combinaison dans laquelle est engagée la substance et disparaître sitôt que cette dernière redevient libre.
La brucine cristallisée montre en dissolution alcoolique un pouvoir égal à — 61 . Ajoutons à la dissolution un excès de chlorhydrique , le pouvoir tombera progressivement et s^arrétera après une heure et demie à environ — 1 1 ,3. Saturons par l'ammoniaque en léger excès, le pouvoir primitif est immédiatement rétabli. On attend vingt-quatre heures, le pouvoir est devenu — 73>5. Introduisons de l'acide chlorhydrique en léger excès de manière à saturer Tammoniaque , nous retrouverons à très-peu près — x i,3. On voit donc : i^que les acides font subir à cette base une altération subordonnée à la combinaison ; 2** que l'ammoniaque , par une altération inverse , introduit dans le pouvoir nn accroissement qui disparait également avec la combinaison.
• Pour rendre soluble la narcotine, on peut recourir, soit à des mélanges d*alcool et d'éther, soit à des acides. M. Bouchardat ayant dissous des cristaux de cette base dans le mélange neutre, a ob-
tenu un pouvoir négatif d'environ — i4^* Quand il a eu recours
à un acide chlorhydrique très-étendu, il a trouvé 4- 34- En introduisant un excès de cet acide dans la première dissolution , la rotation passe à droite. La saturation par Pammoniaque dc^termine un dépôt qui témoigne d'une altération due à Tacide , mais la rotation de la partie non précipitée reste à droite et ne revient pas au sens de la dissolution primitive. En admettant que celte dissolution donne le véritable pouvoir de la narcotine inaltérée , nous tirons de ces expériences les conclusions suivantes: 1® les acides changent le groupement moléculaire de la narcotine; 2^ ce changement est permanent.
Les acides laissent donc inaltéré le pouvoir de la morphine; ils intervertissent celui de la narcotine et dépriment seulement celui de la brucine. M. Bouchardat a vu que chez les autres alcaloïdes tels que la quinine, les acides produisaient comme chez la brucine une altération purement temporaire, mais qui consistait dans un accroissement. Nous n'y insisterons pas^ car nous verrons qu*à en juger par la quinine (§ l$79), la constitution des alcaloïdes peut
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être bien plus compliquée que ne l*avait fait prévoir leur étude purement chimique; et qu'ainsi, jusqu'à ce que cette constitution ait été débrouillée , on peut contester et Finterprétation et la por* tée des expériences où on les met en jeu. Hdtons-nous donc dVn chercher d'autres.
Peu soluble dans Peau, le tartrate de chaux y devient solubIe« au moins pendant quelque temps, soit par le concours d'une base, soit paV celui d'un acide. Eh bien, M. Pasteur a vu ((ue sa dissolution chlorhydrique tournait à gauche, mais qu'en la saturant par . l'ammoniaque, on obtenait, comme cela a lieti chez les autres tartratcs, un pouvoir à droite.
L'acide maliqueest un corps lévogyre qui n'est pas sans analogie avec l'acide tartrique. Comme lui il reçoit de l'acide borique, quoique ù un moindre degré, un accroissement de pouvoir. Ses dissolutions aqueuses offrent une énergie rotatoire qui augmente aussi, et avec la proportion d'eau et avec la température. Pour l'un comme pour l'autre, les acides autres que borique . diminuent le pouvoir de ses dissolutions aqueuses et tendent à l'intervertir. En< fin il est un de ses sels qui, dissous dans deux menstrues différents, présente aussi des rotations contraires. Mais ce sel n'est plus celui de chaux dont les dissolutions acides et ammoniacales sont toutes deux, quoique inégalement, rendues dextrog y res. Le tableau suivant montre que c*est le bimalate d'ammoniaque.
Pouvoir [al.
Acide maliqne dissous dans l'eau e r= o ^67 , / = i o". . — 3 , 83
I dissous dans l'eau — 5,53
dissous dans l'ac. nitrique., -f- 4)^9
Malate de chaux dissous dansTacide chlorhydrique.. . +8,34
Le précédent saturé par l'ammoniaque -4- 3 ,29
Malate double d'ammoniaque et d'antimoine +88, 5
Décomposez ce dernier produit de manière à chasser le métal et à regénérer le bimalate d'ammoniaque, vous retrouverez une rotation à gauche. L'altération moléculaire y tient donc à l'état de combinaison.
Le sucre de canne interverti par l'acide chlorhydrique fournit des cristaux dont les dissolutions sont dextrogyres; à une certaine IL 25
38fi CHAPITRE X\l.
époque, on avait cru tenir là une interversion produite par l'acle de la cristallisation. Les travaux de M. Dubrnnfaut rattachent ce phénomène à une cause beaucoup moins extraordinaire. L*rtudc attentive des fermentations Ini a montre que ce suitp interverti n'était pas un produit simple, mais une association de divers produits doués de rotations antagonistes. L^in dVux est le glucose. La cristallisation Télimine et Je fait apparaître avec son pouvoir propre; et la preuve qu'il n*y a là que l'isolement d'un corps préexistant, c'est que le sirop incristal lisable qu'on en sépare par la presse, gagne, en énergie lévogyre, tout ce que le glucose montre de rotation à droite.