‹ Traite d'organogenie comparee de la fleurChapitre 48 sur 82 · FEUILLES · texte numérisé non relu

FEUILLES

de le généraliser en l'appliquant toutes les feuilles digilées. Qu’cst-ce à dire? Faut-il admettre que les feuilles obéissent dans leur évolution à des lois différentes selon les cas? En aucune façon. Les lois que je viens de rappeler pour les feuilles d 'Heracleum et de Galega régissent le mode d'apparition des folioles des feuilles de Rose et de Lupin ; seulement il se produit dans l'évolution de ces folioles de feuilles de Rose et de Lupin quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans l’évolution des fleurs d’une grappe scorpioïdc.

Lorsqu’on examine, en effet, avec quelque attention une feuille de Mauve et A’ Acer platanoides, on remarque que les cinq lobes principaux ne sont pas de même génération, mais bien de trois générations différentes : le lobe médian étant de première génération; les deux lobes latéraux, provenant du lobe médian, étant de deuxième génération; et enfin les deux lobes inférieurs ordinairement plus faibles, et provenant non pas du lobe médian, mais des lobes latéraux, étant de troisième génération. Qu’y a-t-il d’étonnant alors que le lobe médian apparaisse d’abord, les deux latéraux ensuite, et enfin lesdeux inférieurs. La règle générale que j'ai posée le veut ainsi, et, loin d'être une exception à celte règle, c’en est au contraire une éclatante confirmation. Or ce que je viens de dire pour les différents lobes d'une feuille simple de Mauve, je puis le répéter pour les différentes folioles d'une feuille composée de V ite.r aynus castus. La foliole médiane qui termine le rachis est de première génération, et apparaît la première ; elle est accompagnée, à droite et è gauche, d’une série de folioles qui, procédant les unes des autres du sommet à la base, sont toutes de génération différente, et naissent dans l’ordre de leur génération. Ainsi, en ne considérant qu’un côté de la feuille, puisque les deux côtés se ressemblent complètement, la foliole latérale, qui est contiguë à la foliole médiane, procède de cette foliole médiane, est de deuxième génération, et se montre après elle. La foliole latérale qui vient ensuite procède de cette première foliole latérale ; elle est par suite de troisième génération, et n’apparait qu’en troisième lieu. De cette foliole latérale de troisième génération procède une autre foliole latérale qui, étant de quatrième génération , naît et se place un peu plus bas ; et les choses se continuant ainsi, on voit pourquoi toutes les folioles d'une feuille composée de Vitex agnus caslus apparaissent successivement du sommet à la base.

Il faut bien se garder de croire que cet engendrement des folioles latérales d’une feuille composée les unes des autres soit toujours visible comme dans le Vitex agnus caslus. Quelquefois, comme dans les Lupins (pi. lOft, fig. 28 à 33 , le rachis s’aplatit en un large disque à son sommet, et c'est

ORDRE DES OMRELLIFÈRES,

sur le pourtour de ce disque que naissent successivement et isolément les folioles, en commençant parla foliole terminale, et en finissant par les deux folioles qui en sont le plus éloignées, sans qu’il soit jamais possible d’apercevoir à l’extérieur la moindre adhérence d'une foliole quelconque avec ses voisines. Je n’en persiste pas moins à croire que ees folioles, dont l’évolution est centripète comme dans le nie. r agnus castus, procèdent les unes des autres; seulement cet engendrement est congénital, si je puis m’exprimer ainsi. La preuve que je puis en donner, c’est que, dans toutes les grappes seorpioïdes où les (leurs procèdent nécessairement les unes des autres, il s’en faut bien que cet engendrement soit toujours visible. Bien qu’indirecte et tirée de l’analogie, cette preuve n'en est pas moins convaincante. Que l’on suive, en effet, l'organogénie de la grappe scorpioïde de VErodium serolinum, par exemple, et l’on observera d’abord un axe qui s’aplatit à son sommet en un disque analogue au disque de la feuille composée des Lupins. Sur le bord de ec disque, le plus éloigné de la feuille à l’aisselle de laquelle il est né, apparaît une première (leur, qui est bientôt suivie de deux autres, l’une à droite et l'autre à sa gauche, puis de deux autres encore situées plus en avant, et ainsi de suite, de façon que le pourtour de ce disque est recouvert de fleurs, qui sont d'autant plus jeunes qu’elles sont plus éloignées de la fleur qui est née la première. Ces fleurs procèdent nécessairement les unes des autres, puisqu’elles forment plus tard une grappe scorpioïde, et cependant quelque jeunes qu'on les examine, on ne remarque jamais cet engendrement : il est congénital. N’est-il donc pas naturel d'admettre que les mêmes effets sont produits parles mêmes causes, et de |>enser que, lorsque l’engendrement successif des folioles d’un même côté d’une feuille composée n'est pas très visible, c’est qu’il est congénital, comme tous les botanistes l'admettent pour les fleurs des grappes seorpioïdes?

Il y a donc, à mon avis, deux sortes de feuilles lobées ou composées, comme il y a deux sortes de grappes : dans les unes, tous les lobes ou toutes les folioles sont de même génération, et alors leur évolution a lieu de bas en haut (ex. : Galega hybrida ); dans les autres, tous les lobes ou toutes les folioles sont de génération différente, et alors leur évolution a lieu de haut en bas (ex. : Vilex agnus castus).

Il y a plus : dans le thyrsc du Marronnicrd’Inde, les branches inférieures sont de petites grappes scorpoïdes; tandisque les branches supérieures, plus réduites, ne portent chacune qu'une seule Heur. Pour ces dernières, qui sont toulesde même génération, l’épanouissement se fait successivement de bas en haut, tandis que, pour les branches inférieures, l’épanouissement se fait comme dans les grappes seorpioïdes. Or, dans quelques feuilles, il se

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