‹ Traité d'orthophonieChapitre 15 sur 52 · V. HERVADX · texte numérisé non relu

V. HERVADX

Professeur à l’Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris .

La fonction du langage. — Bien que parfaitement organisé au point de vue anatomique,, le petit enfant est tout au plus capable, en arrivant au jour, de réagir 'sous l’impression de la souffrance : sa première manifestation vocale est un cri provoqué par la-douleur. Pour; toutes les opérations, qui font éclater l’existence:de.l’esprit humain , développé, et qui reposent sur. les faits biologiques: appartenant au mécanisme fonctionnel cérébrospinal, il lui faut s’éveiller à la vie émotive et faire une séried’apprentissages va:riés.-Celui, qui le mettra en possession du langage articulé n’est pas : le moins, compliqué de tous.

Ecoutons ce que dit, à. ce sujet, Destutt de Tracy, dans l’introduction aux Eléments d’idéologie.Vous n’avez peut-être jamais pris garde à la multitude de choses qu’il faut qu’un enfant étudie pour apprendre à parler ; combien il faut qu’il fasse d’observations et de réflexions pour connaître et démêler tous les objets qui l’environnent ; pour remarquer et distinguer les voix et les articulations que prononcent ceux qui l’entourent ; pour s’apercevoir que, de ces paroles, les unes s’appliquent aux objets et ies désignent, les autres expriment ce qu’on en pense et ce qu’on en veut faire ; pour parvenir lui-même à répéter ces paroles et en faire une application juste ; et, enfin, pour reconnaître la manière de les varier et de les lier entre elles, de façon qu’elles , deviennent le tableau fidèle de sa pensée. Pesez un peu toutes ces difficultés, et vous verrez que ce n’est pas . sans beaucoup de mé-

TiaiLédOilliophoiiie. 3

34 RERVAUX. •— RETARDS D ACQÛXSITION DU LANGAGE ARTICULÉ

ditations et de raisonnements qu’on parvient à surmonter tant d’obstacles. »

Ces lignes, écrites au début du siècle dernier par celui que Napoléon considérait comme le prince des idéologues, portent l’empreinte d’une observation judicieuse qui esquisse le problème général et en marque toute l’étendue. Mais, d’aütre part, le tableau de ces réflexions, quoique complet dans l’ordre spéculatif, est impuissant, en lui-même, pour conduire à l’exposé de l’enchaînement des fonctions merveilleuses qui déterminent l’acte de la parole. On peut être convaincu, toutefois, que l’auteur n’a pas jeté en vain sa semence, car, én portant le premier coup de bélier dans la muraille de la doctrine spiritualiste, il a dû exciter la curiosité des chercheurs et aiguiller les enquêtes objectives qui ont servi à contrôler des hypothèses plus ou moins ingénieuses. Sa conception était bien capable de provoquer la naissance de cette méthode d’exploration par laquelle les savants s’efforcent de soulever le voile qui nous dérobe encore certains points essentiels du fonctionnement cérébral.

Il appartenait à la psychologie physiologique (1) de travailler à réunir les documents susceptibles de nous éclairer sur l’ensemble des phénomènes occultes qui, se succédant avec une rapidité prodigieuse, font que les impressions auditives produisent des ébranlements nerveux, lesquels déterminent les contractions musculaires et les mouvements d’où sortent les paroles.

Si le fonctionnement synthétique des rouages organiques dont le concours produit l’élaboration du langage oral nous paraît, dans ses effets, d’une simplicité admirable, il ne s’ensuit pas que le mystère qui entoure les modalités spéciales des centres neurotiques delà sensibilité et de la motricité soit facile à approfondir. Pour arriver à solutionner, dans son ensemble, un problème aussi complexe que celui qui embrasse les phénomènes sur les-

(J ) La probité la plus élémentaire nous incline à déclarer, dès maintenant, que, pour nous édifier sur cette partie de la question, — car elle ne nous était pas précisément familière nous avons misé, contribution toits les travaux des spécialistes qui nous ont été signalés. C’est ainsi que nous avons examiné avec une très vive attention les théories si précises et si clames exposées parle û r A. Nogier dans son remarquable ouvrage : Physiologie du langage et contribution à l’hygiène scolaire.’ (J.-B. Baillière et fils). Nous espérons nous en être inspiré d’une façon profitable, aussi aurons-nous souvent l’occasion de recourir aux lumières de l’auteur, au cours de cette modeste étude.

Page 1