LA FONCTION DU LANGAGE
quels repose l’acquisition du langage articulé, il est nécessaire de recueillir et de coordonner une foule d’investigations relevant de diverses branches de la science. L’acoustique est la première à envisager, puisqu’elle renseigne sur la théorie des sons dont l’apport détermine les ébranlements physiques que transmet l’appareil auditif ; l’anatomie s’arme du microscope et fouille l’encéphale pour décrire là structure du système nerveux ; la physiologie s’adonne à l’étude de la transmission des forces neurotiques qui commandent le mécanisme humain ; la psychologie classe tous les renseignements dont elle se sert pour étayer les théories tendant à expliquer l’enchaînement des phénomènes qui aboutissent aux révélations verbales ; la pathologie clinique, concurremment avec l’analyse physiologique, définit le rôle joué par tel ou tel point des rouages, en constatant l’anomalie qui résulte d’une rupture quelconque dans le processus fonctionnel ; enfin, la phonétique expérimentale s’efforce de multiplier ses observations pour en faire profiter Forthophonie à laquelle revient la mission de remédier, autant que faire se peut, aux troubles de la parole, pour tous les cas qui ne relèvent pas exclusivement de la thérapeutique.
La théorie scientifique des localisations qui expose le rôle des centres verbaux,Gnen qu’admise en principe par le plus grand nombre, est souvent remise en question par certains faits pathologiques capables d’ébranler sa conception. Mais il ne nous appartient pas d’intervenir dans un débat portant sur un sujet dont les données essentielles échappent à notre compétence ; nous ne pouvons qu’écouter les arguments développés par les partisans de l’une ou l’autre thèse.
Dans son œuvre si documentée, l’Art de -parler en public, le D r G. Saint-Paul, tout en se défendant de soumission traditionnelle et aveugle, continue d’admettre que la conservation des empreintes verbales est assurée par un triple dépôt. Il pense que s’il y a pu avoir erreur sur la localisation précise de l’organe cérébral du langage articulé, il n’en demeure pas moins que cet organe ne peut pas ne pas exister.
D’autre part, le D r Moulier, s’appuyant sur ses recherches en
36 HERVÀÜX. — RETARDS d’aCQüISITXON DU LANGAGE ARTICULÉ
anatomie, n’hésite pas à nier l’existence de centres d’images verbales. Après lui, les docteurs Froment et Monod, de Lyon (1),estiment que les images motrices articulaires ne sont généralement pas évoquées pour la prononciation des mots du langage ; d’où les auteurs concluent « qu’elles n’existent que pour les physiologistes, les professeurs de phonétique, les éducateurs de sourdsmuets et peut-être encore pour le sourd-muet éduqué ».
Cependant, dira-t-on, si le travail initial qui détermine l’acte de la phonation peut devenir conscient par le secours de l’autoobservation que l’on exerce en étudiant le mécanisme du langage articulé, c’est donc que,communément,la parole est ordonnée par des forces occultes ou synergies psychiques d’où résultent les habitudes motrices articulaires, inconscientes, car il faut bien qu’il y ait quelque chose pour déclancher ce quasi-automatisme.
Pour essayer d’établir une base sur laquelle chacun puisse s’appuyer sans risquer de s’égarer dans des impasses, le D r Saint- Paul propose de remplacer l’expression centres d'images verbales par celle de complexus de retentissement d'actes verbaux. Cette dénomination nouvelle,visant une série de phénomènes physiologiques, aurait tout au moins l’avantage de supprimer les vocables centre limage auxquels on est toujours tenté d’accorder une préci sion trop grande et trop rigide.
En l’état actuel des choses, la psycho-physiologie utilise le diagnostic des syndromes propres à chaque anomalie fonctionnelle pour arriver à la conception du mécanisme cérébro-spinal relatif aux révélations verbales. A son tour, ce processus défini peut et doit servir à faire comprendre la nature des obstacles susceptibles d’entraver,chez l’enfant,le développement normal de la faculté de parler.
Il est instructif, certes, de suivre de très près les travaux des savants qui s'occupent de cérébrologie avec le but de saisir,dans ses recoins les plus intimes, la synthèse fonctionnelle de l’organisme d’où dérive le langage oral. D’autre part, il est également intéressant de s’inspirer des observations notées par les maîtres qui se sont penchés sur l’enfant au berceau pour étudier le développement progressif de ses facultés intellectuelles et surveiller
(i) Rôle des images du langage dans le mécanisme de la parole articulée (Bulletin n» 84 de la Société libre pour l’étude psychologique de l’enfant.)