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LA FONCTION DU LANGAGE

ses acquisitions journalières dans le travail, lent mais continu, qui le mettra en possession de la parole. Egger constate que les premières manifestations vocales du petit être se rattachent surtout à des faits de motilité; le bébé exerce son organe phonateur comme il exerce ses membres pour le seul plaisir que le mouve- 1 ment lui proeure. La pratique de cette gymnastique instinctive conduit à un double résultat : d’abord de faire l’éducation de l’appareil récepteur, puis, de provoquer la naissance des courants réflexes qui relieront les neurones sensitifs et les neurones moteurs.

Lorsqu’il arrive à la fin de sa deuxième année, parfois plus tôt, peut-être, mais quelquefois aussi un peu plus tard, le petit enfant est déjà suffisamment maître de ses organes vocaux pour faire l’admiration des personnes de son entourage.

La parole qu’il émet, à propos de tout et de rien, en employant les petites formules de la langue maternelle qui ont fait sur son oreille l’impression la plus profonde,constitue un exercice de tous les instants visant à fortifier la mémoire auditive comme à éduquer les régions cérébrales du commandement. Très éloignée du modèle qui l’a provoquée, cette parole n’est qu’un gazouillement aimable et gracieux, mais aussi bien imparfait encore, car il s’y rencontre nombre d’élisions ou de remplacements qui tendent à esquiver les obstacles. Toutefois, ces rudiments de langage sont précieux pour la mère, et aussi pour l’observateur; ils représentent la semence qui lève et grandit avec toutes les promesses d’une riche moisson pour l’avenir.

Les retards et leurs causes. — Pendant que l’enfant fait son apprentissage de la parole, il s’essaie à utiliser des impressions auditives et des impressions kinestbétiques ou vocales ; il conduit ses organes vocaux vers l’activité qui leur fera produire les combinaisons de sons et de bruits ; en même temps, il emmagasine les sensations de mouvement et de .position provenant de cette activité (1).

On rencontre quelquefois des enfants, ceux que l’on dénomme (1) D'après Hermann Ebbinghaus, Précis de psychologie. ■

38 HERVAUX. - RÉTARDS d’aCQCISITIOX Dü LANGAGE ARTICULÉ

avancés , qui font entendre leurs premiers balbutiements dès l’âge de douze ou quinze mois ; d’autres, au contraire, quoique ne présentant aucune tare, comme ils le démontreront dans la suite,ont encore, à trente mois, les lèvres closes. Il faut à ces derniers un temps plus considérable pour naître à la vie psychique consciente qui fait porter des fruits à l’éducation phonétique.

Bébé parcourt donc, petit à petit, les étapes successives qui l’amèneront à émettre spontanément les combinaisons syllabiques dont les mots sont formés ; mais ce résultat ne s’acquiert pas sans qu’il ne se manifeste jamais de défaillance. Supposons qu’il soit assez loin dans le stade dé l’étude du langage, et sache dire à sa manière : « Bonjour, Madame. » Sa mère ën éprouve une légitime fierté et désire montrer, à chaque occasion, l’habileté de l’élève. Cependant, l’expérience ne réussit pas toujours au gré de la maman,etbien qu’il soitaiguillonné par la promesse d’une récompense* le petit, parfois, reste coi devant l’invite la plus pressante ; il vous regarde, alors, de ses grands yeux éclairés d’un sourire que l’on croirait quelque peu moqueur, mais rien-ne sort de sa bouche ouverte. Faut-il se figurer qu’il se dérobe par pur caprice ? Ce n’est pas le cas. Il se tait parce que la filiation des phénomènes de perception et des réflexes sensitivo-moteurs n’étant pas établie au point de créer une habitude constante, il ne trouve pas le concours des synergies qui commandent l’articulation des mots de ' la formule. 11 convient de lui faire crédit quelque temps encore, pour qu’il se reconnaisse et se ‘dote d’une sûreté plus grande.

Si, pour certains enfants, relativement à d’autres plus favorisés, les progrès accusent de la lenteur, il est encore des exceptions d’une autre gravité, puisque, chez de jeunes sujets, l’éclosion du langage phonétique peut être empêchée ou contrariée par des obstacles divers, au point que ces pauvres petits restent, si l’on n’y remédie, des infirmes de la parole.

Quelle serait, approximativement, la proportion représentée par ces retardés ? Il ne nous est pas possible, nous devons l’avouer, d’apporter à la question une réponse satisfaisante, car nous manquons, à cet égard,-de renseignements précis ; il n’existe pas, en ■ effet, du moins en France, de statistiques permettant de déli-

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