‹ Traité d'orthophonieChapitre 21 sur 52 · HE R VAUX. — RETARDS D’ACQUISITION DU LANGAGE ARTICULÉ · texte numérisé non relu

HE R VAUX. — RETARDS D’ACQUISITION DU LANGAGE ARTICULÉ

sortait pas et les articulations manquaient de netteté. Nous lui demandâmes alors s’il avait été soumis, autrefois, aux exercices de démutisation ; sa réponse fut négative, mais il nous apprit qu’il approchait de sa dixième année lorsque la surdité l’avait frappé. Entré à l’école, il y avait vécu pendant huit ans au milieu d’un silence perpétuel ; la nécessité l’avait contraint à se servir du langage des signes pour communiquer avec ses camarades d’infortune et il n’avait pas tardé à devenir aussi muet que ceux dont l’infirmité était congénitale. Ce triste résultat n’est-il pas stupéfiant dans sa brutalité !

L’audition, écrivait déjà le docteur Itard, le précurseur de l’otologie, se compose de la sensibilité animale et d’une réaction de l’intelligence sur l’impression reçue. Il s’agit, par conséquent, d’une faculté dont la capacité propre est très difficile à apprécier dans un premier examen. On n’arrive à s’en faire une idée relative qu’aprës une série d’épreuves qui aident à la déterminer, par comparaison, lorsque l’on tient compte, à la fois, de la compréhension manifestée et du rendement oral obtenu par écho. L’opinion que l’on se forge ainsi n’offre pas, on le comprend, une sûreté à l’abri de toute surprise, puisque les fruits donnés parles restes auditifs sont en rapport étroit avec la capacité intellectuelle. On rencontre des sujets dont l’audition se rapproche delà normale, mais qui, ne sachant pas écouter, sont privés pour cela de l’usage de la parole. La compréhension de la langue parlée devance son emploi, aussi la grande majorité des cas d’arriérisme, de débilité mentale, occasionnelle ou congénitale, s’accompagnent d’inaptitude dans l’acquisition du langage articulé. Cependant, il existe des idiots qui sont particulièrement bavards ; ils arrivent à articuler d’une façon presque satisfaisante, mais à la manière des perroquets, en se laissant guider seulement par la musique vocale. Les spécialistes de la neurologie, qui ont eu souvent l’occasion de noter cette observation chez desenfants classés dans le premier degré de l’imbécillité, en ont déduit que « le développement du langage n’est pas, de toute nécessité, parallèle à celui de l’intelligence (1). »

(1) Voir, à ce sujet, les citations contenues dans la thèse du docteur Ozun.

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