I1ERVAUX. — RETARDS D’ACQUISITION DU LANGAGE ARTICULÉ
à l’utilisation rationnelle du souffle expiré pour la production normale des consonnes, aussi bien que pour les résonnances particulières qui caractérisent les voyelles. Au nombre des malformations organiques bien caractérisées, comme le bec-de-lièvre, les fissures velo-palatines, s’ajoutent les polypes nasaux, les végétations adénoïdes, l’hypertrophie des amygdales et l’implantation irrégulière des dents. A propos du rôle joué par la double arcade dentaire dans rémission de quelques-uns de nos phonèmes, il ne nous paraît pas téméraire d’avancer que l’acquisition du langage articulé ne saurait être considérée comme définitive avant l’établissement de la seconde dentition, même pour les enfants chez qui la parole évolue normalement ; en effet, pendant l’absence momentanée des incisives, pour peu que le remplacement se fasse attendre, on constate des blésités qui deviennent des habitudes vicieuses, parce que l’oreille, après un certain temps, ne sait plus discerner la défectuosité d’articulation.
L’étendue des soins éducatifs que l’enfant reçoit dans le milieu où il est élevé marque son influence sur l’apparition du langage articulé. D’une façon générale, on observe que les cadets, prenant exemple sur leurs aînés, font des progrès rapides dans l’apprentissage de la parole; le modèle qu’ils ont à imiter leur est plus facilement accessible que le débit accéléré des grandes personnes. Par contre, on voit souvent des parents, désireux de se rapprocher davantage du petit être et de lui rendre sensible leur affection, s’ingénier à imiter les expressions tronquées et déformées par l’inaptitude, qui composent dé langage enfantin. C’est une pratique, néfaste, car elle dénature les impressions sensorielles chez le débutant. Si celui-ci se contente de phonèmes approchés ou remplacés, c’est « qu’il n’apas encoreappris, à beaucoup près, à émettre spontanément tons les sons et qu’il ne peut.imiter aucun mouvement dont il ne connaît pas les sensations kinesthétiques»(l). L’immobiliser dans la période de tâtonnements, cela revient à retarder ses découvertes ainsi que les glissements successifs qui lui font surmonter les difficultés.
On nous amène parfois de jeunes enfants chez lesquels ne se découvre aucune tare caractérisée; ils n’ont jamais fait de mala-
(1 Ebbixghaus, Le langage.
les perturbations organiques ou fonctionnelles 47
die et présentent un développement physique ne laissant rien à désirer. Ils sont éveillés pour tous les actes ordinaires de la vie, sauf pour la fonction du langage oral, de sorte qu’ils ont grandi jusque l’âge de cinq ou six ans, sans apprendre à exprimer leurs pensées d’une manière, intelligible. Ils possèdent le langage de réception, mais le langage de transmission leur fait défaut. Ces retardés sont évidemment atteints d’une paresse de la parole, et leur état est consécutif à la tradition héréditaire.
Résumons, en terminant ce passage, les troubles provoqués par les causes de retard dans l’acquisition du langage articulé. D’après le docteur Nogier, la surdité infantile et complète amène à son maximum l’aphasie purement sensorielle auditive. Il convient, devons-nous* dire, d’écarter de cette catégorie les cas où le surdi-mutisme se complique de lésions cérébrales, lesquelles rendent le travail infructueux lorsque l’on tente d’appliquer les exercices de démutisation.
Les anormalités, fonctionnelles ou organiques, autres que la précédente, font que les sujets frappés restent longtemps sinon toujours, des demi-muets, des intimidés, ou pour le moins des bafouilleurs, c’est-à-dire des parlants au langage imprécis, avec un débit des syllabes tantôt saccadé, tantôt précipité. Sous une forme plus bénigne, elles dpnnent des candidats à toutes les blésités, à toutes les dyslalies, voire même à une hésitation assez proche parente de celle des bègues. A la condition de réunir une suite de renseignements dignes de foi, qui sait si on ne retrouverait pas ces anormalités à l’origine de certaines formes établies du bégaiement ?
Les obstacles qui s’opposent, chez les retardés, à l’éclosion normale et progressive de la faculté de parler, n’influent sur la production des voyelles que dans les cas où la déchéance repose sur un vice de conformation ; les pauvres infirmes de la parole n’ont guère, pour s’exprimer dans leur milieu familial, que la seule ressource de rapprocher les soùs vocaux afin de s’en constituer un semblant de langage. Et la mère, avec sa mansuétude naturelle, trouve, cependant,le moyen de comprendre. Quant aux