‹ Traité d'orthophonieChapitre 36 sur 52 · DUFO DE GERMANE. •— APHASIE ET MÉTHODE D’ARTICULATION · texte numérisé non relu

DUFO DE GERMANE. •— APHASIE ET MÉTHODE D’ARTICULATION

moyen de l'oreille. Il possède uneaudition normale etson mutisme seul a pu le faire prendre pour un sourd-muet.

Le nouvel examen médical, qui a lieu en janvier 1893, constate officiellementcette transformation : « Cet enfant m’a complètement trompé il y a deux mois, dit le docteur. Il entend comme tout le monde, mais ne dit rien. II urinait au lit tous les jours et y faisait ses besoins. Aujourd’hui il devient un peu plus propre... Il répond par signes à toutes les questions. 11 comprend ce qu’on lui dit et obéit aux ordres. Je ne crois pas qu’il arrive au langage. »

Nous avons donné tous ces détails afin de montrer combien il est facile de confondre l’aphasie congénitale avec la surdi-mutité. L’exemple est d’autant plus frappant que le docteur Ladreit de Lacharrière, qui présidait à ces expériences, était un spécialiste des plus éminents qui s’était déjà trouvé en présence de cas semblables et avait même publié à ce sujet des observations fort intéressantes.

Si nous abordons maintenant la question d ! éducation, nous ne surprendrons personne en déclarant que l’intelligence joue ici un rôle capital. Or, on a vu que celle du jeune D... avait paru des plus douteuses au médecin de l'Institution. Certaines particularités physiques signalées par lui semblaient des plus inquiétantes. L’événement n’a pas démenti ces prévisions. Les efforts du maître ' ne sont pas arrivés à vaincre l’apathie extraordinaire de ce singulier élève. On constatait chez lui une absence presque complète d’activité physique et mentale. D’ordinaire un enfant muet cherche à suppléer à la parole absente « au moyen de la.pantomime et du langage d’action ». Celui-là n’éprouvait jamais le besoin de communiquer avec ses camarades et restait étranger à ce qui se passait autour de lui. Purement passif, il se bornait à faire ce qu’on lui ordonnait en réduisant ses mouvements au strict nécessaire et retombait aussitôt dans une immobilité pleine d’indifférence et de lassitude. En un mot, il paraissait dépourvu de toute spontanéité, comme si ses facultés motrices eussent été complètement atrophiées.

On ne sera pas étonné après cela que la prédiction du docteur Ladreit de Lacharrière se soit réalisée. Non seulement cet élève a n’est pas arrivé au langage », mais encore les résultats ont été

CAS CLINIQUES

complètement nuis au point de vue de l’enseignement de l’articulation. Son aphasie est demeurée incurable et il est même resté aphone. Tous les essais de provocation de la voix ont échoué;son rire même était silencieux, chose assez rare parmi les sourds. Il a séjourné un certain temps dans notre classe, puis dans celle de l’un de nos collègues, et a été renvoyé à la fin de l'anné scolaire (août 1893).

IL — L’élève D..., de Sedan, né en 1898, est entré à l’Institution de Paris en 1906.

Cette fois parents et médecins sont d’accord pour nous renseigner à peu près exactement : « Il n’est pas sourd, il entend... Il ne parle pas et il n’a jamais parlé. » L’expression « il entend » est un peu vague et gagnerait à être complétée ainsi : « Il comprend ce qu’on lui dit. » Mais elle est suffisante pour éveiller l’attention et mettre l’examinateur sur ses gardes.

Pour ne pas nous répéter, nous dirons simplement que cet élève nous a paru avoir une grande ressemblance avec le premier, au point de vue physique et intellectuel. Cependant,on remarque plus de vivacité dans les mouvements, sa démarche est saccadée au lieu d’être abandonnée. En outre, s’il ne parle pas, il a un peu de voix et n’est pas aphone comme le précédent. Quand on lui demande : « As-tu des images? » il accompagne son geste affirmatif d’une sorte de cri (i-i).

Mais il n’est pas plus développé au point de vue de l’intelligence. Une particularité physique est à signaler comme chez le premier : il « bave » continuellement. Dès qu’on ne s’adresse plus à son oreille, il est impossible de fixer son attention. En voici un exemple. Un exercice très simple consiste à réunir trois ou quatre enfants devant le tableau noir; on y inscrit leurs noms et chacun doit apprendre à reconnaître le sien. Bien que les élèves ne soient pas encore familiarisés avec les caractères écrits, ils comprennent en quelques minutes ce qu’on exige d’eux et les plus attentifs arrivent facilement à retrouver non seulement leur nom, mais celui de leurs camarades. Or,après un exercice d’une demi-heure et davantage, le jeune D... a été incapable de saisir ce qu’on lui demandait et de répondre avec intelligence.

Nous avons voulu apprécier également son développement mental d’après les phrases qu’il était susceptible de comprendre.

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