‹ Traité d'orthophonieChapitre 37 sur 52 · DU FO DE GERMANE. — APHASIE ET MÉTHODE D’ARTICULATION · texte numérisé non relu

DU FO DE GERMANE. — APHASIE ET MÉTHODE D’ARTICULATION

Nous en avons varié le texte et modifié la complexité et nous sommes arrivés à des constatations dans le genre de la suivante. Après avoir exécuté aisément cet ordre : « Prends la brosse et brosse ton pantalon », l’élève a été incapable de comprendre cette phrase : « Brosse le mien », il a fallu revenir à l’expression plus simple : « Brosse mon pantalon à moi. » Il est certain que l’emploi du pronom possessif substitué à celui de l’adjectif constitue une petite difficulté et qu’un léger effort de réflexion est nécessaire pour la surmonter. Les tout jeunes enfants,peu familiarisés avec les mots « le mien », « le tien », etc.,le remplacent souvent par des locutions défectueuses (« mon mien », « le mien pantalon », etc.). Mais un sujet de huit ans et d’intelligence normale ne devrait plus manifester sur ce point aucune hésitation.

L’élève D..., de Sedan, était donc lui aussi un minus habens, et si le traitement pédagogique n’a pas mieux réussi avec lui qu’avec le précédent, il faut l'attribuer uniquement à son manque d’intelligence.

D’après ces deux exemples, ôn voit que l’aphasie congénitale s'accompagne assez fréquemment de dégénérescence et d’arriération et dans ces conditions défavorables elle demeure à peu près incurable. Fort heureusement il n’en est pas toujours ainsi. Les troubles de la mémoire peuvent avoir respecté l’intelligence générale du sujet qui, dans ce cas, est capable d’acquérir la parole, ainsi que le démontrent les observations suivantes.

III. — Notre collègue, M. Danjou, professeur à l’Institution de Paris, déclare avoir réussi en 1891 (l)'à enseigner l’articulation à un entendant muet de cinq ans et demi « qui ne disait encore que papa maman, dada et un diminutif de son prénom ».

Il caractérise ainsi son élève : « Ce n’était ni un sourd, ni un. débile, ni un rachitique. Ce n’était pas davantage un idiot ou un gâteux. Il se conformait sans peine aux exigences minutieuses et presque sévères d’une famille parfaitement élevée. Son caractère était doux et tranquille plutôt que violent et emporté et son état nerveux ne paraissait en rien exagéré. Ses organes vocaux ne présentaient pas de vices de conformation.On ne pouvait donc attri-

(1) De 1 aphasie chez 1 enfant (Revue Internationale de l’enseignement des sourds-muets, tome XII, 1896-1897, pages 223 et suiv.).

CAS CLIÏÜQüES

buer son mutisme à aucune des causes que nous venons d’énumérer. »

Au point de vue de l’intelligence, ce cas diffère donc complètement de ceux que nous avons examinés précédemment, et c’est ce qui explique'que les résultats obtenus aient été des plus heureux.

La méthode employée a été à peu près identique à celle qui est en usage avec les enfants sourds : gymnastique respiratoire et buccale, exercices d’imitation, émission des sons isolés, exercices de syllabation, articulation des mots et des phrases. « Le meilleur résultat a été obtenu en faisant appel simultanément à l'ouïe , à la vue et au loucher. » Les principaux obstacles à vaincre étaient surtout « le peu de durée de l’attention et le peu de fidélité de la' mémoire ».

Les leçons du professeur ont duré près de trois mois. La personne qui y assistait et était chargée de l’éducation de l’enfanta continué la tâche du maître et l’a menée à bonne fin, puisque « l’enfant parle aujourd’hui couramment».

IV et V. — L’abbé Tarra, le célèbre instituteur milanais, raconte^) comment il a pu enseigner laparole à deux enfants muets non sourds, dont il cite les noms : Teuconi et Orlandi.

Il nous fournit quelques détails sur leur état intellectuel. Teuconi était « mobile, distrait sans attention et sans mémoire ». Orlandi, au contraire, était calme et tranquille, mais incapable « de répéter et de prononcer les mots et les phrases qu’il entendait et dont il comprenait parfaitement le sens. On lui disait par exemple : Donne-moi ceci,/prends cela et il prenait ou donnait ce qu'on lui demandait. Mais si on lui demandait ensuite ce qu’il avait fait il était incapable de le dire, il rougissait et faisait signe de la tête qu’il ne pouvait pas le dire, et même si on lui suggérait la réponse mot par mot, il témoignait par gestes de son impuissance à pouvoir répéter ».

Mais le point le plus important, celui sur lequel nous appelons l’attention du lecteur, est le suivant : « Ces deux sujets avaient une préférence marquée pour la communication par signes et préféraient la fréquentation des muets à celle des parlants. » Ce détail était certainement chez eux la marque de l’intelligence. Si les

(1 > Cenni storïci. Milan, 1896.

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