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DUFO DE GERMANE. — APHASIE ET MÉTHODE D’ARTICULATION

enfants privés de la parole avaient recours aux gestes, c’est qu’ils pensaient et éprouvaient le besoin de communiquer leur pensée. Un abîme les sépare donc du sujet signalé dans l’observation I, qui, lui, demeurait isolé de ses condisciples et n’essayait jamais (ainsi que nous l’avons remarqué) d'employer la pantomime pour se faire comprendre. Nous ne craignons pas d’affirmer que c’est l’intelligence de ses élèves qui a permis à l’abbé Tarra de mener à bien leur instruction.

La méthode employée par lui est, comme toujours, la méthode d’articulation : « Par de longs exercices de respiration, on chercha à dompter l’hésitation nerveuse des organes vocaux. Après avoir obtenu un filet de voix, on doit insister sur les exercices de gymnastique vocale... Puis, par le lent et anatomique enseigne-, ment de chaque son, on arriva à leur faire prononcer des mots et par l’exerciee des mots, on arriva à la phrase dans ses diverses combinaisons par rapport à la pensée. »

L’auteur ajoute que. ce labeur « fut couronné d’un plein succès... Teuconi mourut jeune (mort chrétiennement et répondant jusqu’à la fin); Orlandi, encore vivant, parle à tout le monde »,

Autres observations similaires. On peut ajouter à ces observations eelles qui ont été faites par M, Bikkers (1), directeur de l’Institut des sourds-muets de Rotterdam, par M. Dubranle, alors professeur à l’Institution de Paris, par M. Perini, professeur de l’école des sourds-muets de Milan et disciple de l’abbé Tarra, et par bien d’autres maîtres (2) encore qui sont arrivés également à d’excellents résultats dans l’enseignement de la parole aux entendants muets de naissance.

Tous ces succès enregistrés par les professeurs de sourds prouvent d’abord l’excellence et l’efficacité de la méthode d’articulation, la seule qu’ils aient employée. Ils démontrent en même temps que l’aphasie congénitale est curable toutes les fois que l’on se trouve en présence d’un sujet intelligent.

Peut-on en dire autant de l’aphasie accidentelle survenant tout à coup à la suite de troubles nerveux, d’une forte émotion, d’une chute grave, etc. Nous n’hésitons pas à répondre affirmativement,

(1) Voir l’article de M. Dakjoü, déjà cité.

(2) Voir l’article de M. Dupont, Les Enfants entendants muets (Revue générale de l'enseignement des sourds-muets, 1908).

CAS CLINIQUES

du moins lorsqu’il s’agit d’une simple aphasie motrice d’articulation, non compliquée d’autres anomalies de la mémoire du langage, nous avons été heureux de pouvoir contribuer, il y a quelques années, à la guérison d’un cas de ce genre.

VI. — Lejeune L... était, en 1906, âgé de 19 ans. Il entendait et parlait comme tout le monde et jouissait de la plénitude de ses facultés, lorsqu’à la suite d’un terrible accident de bicyclette qui faillit lui coûter la vie, il fut complètement privé de l’usage de la parole. Le certificat qui lui fut délivré à sa sortie de l’hôpital était ainsi conçu : « Je soussigné, lû X..., chirurgien des hôpitaux de Paris, certifie avoir opéré le jeune L..., âgé de 19 ans, entré à l’hôpital X... dans la nuit du...

« Ce jeune homme était dans le coma et présentait un enfoncement de l’os temporal gauche. L’os enfoncé était brisé en plusieurs morceaux. La surface fracturée était d’environ 8 centimètres de long sur 4 centimètres de large. La partie antérieure du fragment pénétrait dans le lobe temporal. Il fut nécessaire d’enlever toute cette surface osseuse. Peu à peu le malade reprit connaissance ; mais la parole n’est pas revenue ; il ne peut prononcer que quelques mots inintelligibles.Le bras du côté droit a été paralysé. A l’heure actuelle, les mouvements sont un peu revenus,sans qu’il puisse toutefois s’en servir utilement. La plaie crânienne est en partie cicatrisée; mais il reste un ^espace d’une hauteur de 8 centimètres sur 4 de large, où le cerveau n’est recouvert que par la peau qui est soulevée par les battements. Il est impossible de prévoir, à l’heure actuelle, ce qu’il adviendra d’une façon définitive de ce jeune homme tant au point de vue du retour des fonctions... que de l’intégrité de son intelligence. »

Il néus faut ajouter que le jeune L... avait conservé une audition normale et saisissait très bien ce qu’on lui disait,tout en demeurant incapable de parler. Il comprenait également les phrases écrites et s’exercait spontanément à tracer les mots de la main gauche (le bras droit étant à demi paralysé). Il n’avait donc ni surdité, ni céeiLé verbale, ni aphasie motrice graphique. La compréhension du langage paraissait intacte et il était atteint uniquement d’aphasje motrice d’artiçulation.

Les « quelques mots incompréhensibles » dont parle le chirurgien dans son certificat se réduisaient en réalité aux deux syl-

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