CAUSES DU BÉGAIEMENT
cette lutte intérieure cesse d’être muette, alors apparaît la chorée des articulations et une réitération syllabique, qui est la caractéristique du bégaiement externe.
Pour le docteur Moutard-Martin, le bégaiement est un état choréique intermittent des appareils qui président à la phonation articulée, l’acte respiratoire y étant compris. A cette définition le docteur Chervin ajoute que le bégaiement peut être considéré tantôt comme un trouble local de peu d’importance, tantôt comme un signe de dégénérescence, ou la conséquence d’un état mental fort troublé. Selon le professeur de Meyer, le bégaiement n’est qu’un symptôme se rattachant occasionnellement à un spasme prolongé du diaphragme.
« Le bégaiement, écrivent à leur tour Emile Froschels et Gustave Simon, est un spasme de l’organe de la parole qui se produit au moment même de l’articulation du son. Il s’accompagne quelquefois de mouvements du visage et même,d’ailleurs. Le bègue diffère du choréique et du bredouilleur par précipitation. »
Selon le docteur A. Castex, fondateur et directeur du Cours d’orthophonie annexé à la clinique otologique de l’Institution nationale des sourds-muets, le bégaiement est un trouble de la parole qüi consiste dans la difficulté d’émission et dans la répétition de certaines syllabes. Il dépend surtout d’un mauvais fonctionnement de la respiration.
Nous pourrions multiplier ces définitions. Nous nous en tiendrons à celles qui précèdent, et plus particulièrement à celle de M. Castex, laquelle évoque avec précision les origines du bégaiement et nous donne satisfaction, eu égard à la place qu’il convient d’assigner à ce vice de prononciation dans le tableau des troubles de la parole.
Causes. — Le traitement curatif du bégaiement sera nul ou incomplet si le praticien ignoré les origines du mal.
Quelles sont les causes de ce vice de prononciation tant redouté ? Si l’on veut bien se reporter aux quelques définitions que nous avons cru dévoir rappeler ici, les manifestations du bégaiement sont externes et internes.
Pour E. Colombat il y a lutte entre les nerfs moteurs et les muscles phonateurs; cette résistance à l’influx nerveux produit Traité d'Orthophonie. 7
des contractions involontaires qui se traduisent au moment de l’émission de la parole par des réitérations syllabiques. Somme toute, Colombat ramène le bégaiement à une discordance d’ordre psycho-physiologique.
D’après le professeur G.-H. de Meyer, le bégaiement prend son origine dans un mouvement spasftiodique d’inspiration. Il s’établit une crampe du diaphragme d’une assez longue durée qui, tant qu’elle se prolonge, empêche l’expiration. « La possibilité de parler, qui est fondée sur l’existence d’un courant d’air expiré, disparaît pour celui qui est pris d’une telle crampe. Les efforts infructueux pour articuler poussés à l’excès, par cela même qu ils sont infructueux, font l’effet de grimaces inquiètes, et cette expression d’inquiétude est encore renforcée, parce que l’arrêt de l’expiration amène, en plus, un manque de respiration et une gêne dans le cours du sang. Toute cette scène disparaît au moment de la terminaison de la crampe et de la. vive expiration qui en est la suite. Les rapports naturels réguliers se rétablissent, jusqu’à ce qu’un nouvel accès spasmodique provoque le retour du phénomène. On désigne celui-ci, en tant que vice de parole, par le mot de bégaiement, mais le vice de parole n’est qu’un phénomène concomitant de la crampe du diaphragme et survenant quand on essaie de parler pendant la durée de cette crampe. »
Sans signaler expressément cette crampe du diaphragme, le Dr Chervin considère comme une cause de première importance la rupture du rythme respiratoire. Il souligne aussi le rôle joué par les influences d’ordre psychologique : intimidation, peur de bégayer, etc.
Parmi les perturbations fonctionnelles donnant naissance au bégaiement, la plus fréquente, selon le D r Meije, provient d’un trouble dé la fonction respiratoire. « Le sujet cesse subitement de respirer, ou bien, il fait une inspiration trop brusque, ou bien encore, il inspire quand il devrait expirer, et inversement. » A cette incorrection des actes respiratoires normaux l’auteur ajoute les troubles de la fonction phonatrice, desquels résulte une contraction excessive des muscles glottiques, et les troubles de la fonction élocutoire, que caractérisent la précipitation des mouvements d’articulation et le peu d’amplitude de ces mouvements.