‹ Traité d'orthophonieChapitre 47 sur 52 · EXERCICES VOCAUX · texte numérisé non relu

EXERCICES VOCAUX

loi

cices de redressement de la pointe de cet organe donnent de bons résultats.

Exercices.

Voici quelques exercices que je fais dans les premières leçons de correction, mais, je le repète, je ne suis pas toujours cet ordre.

Il faut recommencer ces exercices jusqu’à ce qu’on ait obtenu une bonne voix de poitrine ; puis on passe à d’autres voyelles et on les combine ensemble.

âa * i , i - â

i i - â , î - àâ

etc.

Dans les exercices suivants, les voyelles sont jointes aux consonnes, particulièrement aux dentales, comme dans les exercices suivants :

Nota : l’accent circonflexe indique le son prolongé ; le signe contraire indique le son bref donné en coup de glotte. ,

BINON. — VOIX INFANTILE

tâ - â s

tâ - â

ta - tâ

2 tcltcLtcL

ât

> at

àtâ

, ata

tât

, tât

etc....

Mêmes exercices avec les autres voyelles elles autres consonnes; puis on combine ces différents exercices. Le professeur doit surveiller attentivement chaque émission défectueuse.

Les premières leçons étant un peu fatigantes pour le sujet qui n'est pas entraîné à une émission longue du son, il est nécessaire de lui accorder quelques instants de repos après chaque exercice.

Enfin, depetites lectures choisies et principalement des conversations terminent les leçons.

Si le sujet montre de la bonne volonté et comprend ce qu’on lui demande,il nefaut que quelques leçons pour corriger ce défaut de voix si ridicule. Ne pas oublier surtout de lui recommander de parler sans effort, de bien s’observer en parlant et d’avoir en commençant un débit plutôt lent, afin de ne pas retomber dans son défaut ordinaire.

Cas cliniques.

Voici quelques observations que j’ai recueillies sur des sujets atteints de voix infantile. ,

lo Michel L... (17 ans 1/2).

Voix bitonale, parle parfois dans le registre grave, mais le plus souvent dans le registre aigu. Dans la récitation, dans la déclamation d’un monologue, par exemple, la voix est intermédiaire entre la, voix de poitrine et la voix de tète. Cette voix n’est pas soutenue ; parfois elle devient sourde au point de ne pouvoir distinguer aucun mot : la voix est sombrée. En parlant, il rejette la tête en arrière; la face antérieure du cartilage thyroïde est très proéminente, la respiration est courte, saccadée, semble gênée du côté des fosses nasales. La langue est épaisse, large et longue ; en parlant, elle devient très convexe, s’élève et se contracte fortement à sa base. La bouche est plutôt petite, mais les lèvres sont épaisses. Dans la prononciation de certains sons, a, par exemple, la bouche s’ouvre peu, les dents sont serrées, les commissures des lèvres sont tirées dans leur écartement maximum. Cette

CAS CLINIQUES

habitude de prononcer les voyelles avec une ouverture buccale insuffisante produit un timbre nasillard. J’ai souvent fait cette remarque chez nos sourds-muets : la voix infantile est fréquemment accompagnée de voix nasillarde. C’est le cas du jeune M. L... En outre, langue très paresseuse, sauf dans les mouvements de contraction à la base.

Traitement. — La respiration étant défectueuse, je fis de nombreux exercices de respiration (respiration buccale — respiration nasale — respiration buccale et nasale alternativement— augmenter l’énergie de la respiration diaphragmatique par l’élévation et l’abaissement des bras), puis gymnastique linguale pour combattre l’inertie de la langue et sa contraction permanente (exercices avec les dentales). Ces exercices furent suivis d’exercices simultanés de respiration et de phonation (attirer l’attention sur les vibrations thoraciques, les provoquer par de légers coups sur la poitrine, faire remarquer que le larynx du professeur vibre moins que celui de l’élève). Dès les premiers exercices, les voyelles o, è, i, u furent bonnes ; a et e très mauvaises, nasillardes malgré de nombreux exercices, la voyelle a fut le son le plus difficile à obtenir en voix de poitrine. Je revins souvent à la voyelle t pour rendre la voix plus claire.

Lorsque les voyelles furent émises d’une façon satisfaisante, des exercices de syllabation suivirent, puis des lectures de petites phrases bien choisies, et enfin, pour terminer, delà conversation. La lecture et la récitation me servirent peu.

Je recommandai au jeune M. L... de ne parler (autant que possible) au lycée et chez lui qu’en cherchant à employer le registre grave.

Tout d’abord, il réussit incomplètement, mais, après la 3e leçon, une amélioration assez sensible se fît sentir.

Les leçons suivantes donnèrent de bons résultats, grâce surtout à des exercices de respiration bien ordonnés ; je citerai, entre autres, celui-ci que nous faisons souvent dans nos classes et qui est recommandé tout particulièrement aux chanteurs ; avant de parler, faire une forte inspiration nasale,l’air emmagasiné est suffisant pour l’émission de phrases très longues et contribue souvent à empêcher que la fin de la phrase ne soit bredouillé ou murmurée.

Dix leçons suffirent pour atteindre complètement le but que je m’étais proposé.

Lejeune M. L... a aujourd’hui une bonne voix de poitrine ; sa respiration n’est plus défectueuse, la fin des phrases est émise aussi distinctement que lé commencement. Le débit qui était rapide est modéré. Les défauts d’articulation ont disparu. Il peut même lire avec la monotonie voulue.

2» S. W... (21 ans). Intelligence ordinaire, état général faible, caractère peu énergique, n’est pas capable, comme le sujet précédent, de faire des efforts pour se corriger. Depuis l’âge de six ans parle dans le registre suraigu ; il lui est impossible de donner un son en voix de

CAS CLINIQUES

poitrine. Il ne saisit pas bien les nuances très fortes entre les différents sons que j'émets : est-ce défectuosité de l'ouïe ?

La bouche,la langue,le nez sont bien conformés; le thorax est plutôt étroit, les membres sont grêles. La respiration est très défectueuse : inspirations et expirations courtes et fréquentes. D’une famille riche et probablement habitué à voir satisfaire ses moindres désirs, il se prête difficilement à mes premiers exercices.

Traitement. — Mes efforts portent tout d’abord sur les exercices de respiration, mais, au bout de quelques minutes, le sujet fatigué demande à se reposer. Il est incapable de faire ce qu’un enfant de dix ans fait très facilement.

En commençant, j’évite la voyelle i, je me sers du son a. A la 2e leçon, cette voyelle s’améliore, et même-de petites phrases bien choisies sont émises dans le registre médium.

Ces résultats ne se maintiennent pas. A la 3e leçon, le sujet paraît encore plus fatigué et ne montre aucune bonne volonté. Interruption des cours pendant une semaine, puis reprise de quelques leçons, enfin il ne reparaît plus.

Avec ces sujets débiles et paresseux il est presque impossible d’obtenir de bons résultats.

J’ai tenu à citer ces deux cas si différents, mais je dois ajouter que ce dernier est rare; qu'au contraire,il m’a toujours été facile relativement de corriger sinon d’améliorer ce défaut de voix, qui rend ridicules bien souvent les personnes qui en sont atteintes.

Correction des accents étrangers et provinciaux

PAUL POUILLOT

La variété des prononciations peut sé comparer à celle des physionomies. Malgré les changements que lui apportent l’âge, la maladie, les émotions vives ou douces, tristes ou tendres, la physionomie d’un individu conserve dans son aspect général quelques traits suffisants pour la faire reconnaître; de même sa voix garde, sous ces diverses influences, des caractères permanents dont l’ensemble nous frappe, que nous n’analysons pas et qui nous permettent de l’identifier.

Les accents sont déterminés par les variations de tension musculaire qui, en diversifiant la force du souffle, la forme des issues et celle des cavités de résonance, le moment et la durée des vibrations et des contacts, en laissant plus ou moins de mollesse aux parois, modifient jusque dans le chuchotement les composants d’une articulation ; par les variations relatives de la durée, de l’intensité, de la hauteur des articulations dans les syllabes, de celle des syllabes dans les mots et aussi de celle des mots dans la phrase-

Ces diverses causes, et d’autres encore, moins importantes, telles que la forme et l’état des organes vocaux, en combinant leurs effets acoustiques, produisent les accents individuels. Mais il est, parmi ceux-ci, des caractères prédominants à peu près constants dans un même groupe ethnique qui font reconnaître un Français èn Angleterre, un Yankee en Italie, qui permettent de parler de l’accent d’Auvergne et de celui du Midi, de l’accent des Belges et de celui des Alsaciens, qui, dans une même province, distinguent les gens des divers cantons, dans un canton, dans une commune, ceux de chaque hameau,parfois même de chaque famille.

L’accent d’un étranger (ou d’un provincial),^ c’est le total des différences qui existent entre sa prononciation du français correct et celle d’un Parisien cultivé, fils de Parisiens.

Ce n’est pas dire que les familles parisiennes seules prononcent bien le français, mais c’est chez elles qu'on trouvera le plus sûrement le parler français très généralement admis comme le meilleur.

Ce parler ne constituera pas un idéal réalisé, mais simplement un bon modèle à suivre, puisque l’on peut citer des mots où l’a, par exemple, qui a évolué rapidement, est prononcé de trois façons différentes par le grand-père, le père et l’enfant.

Corriger son accent, c’est donner à ses muscles vocaux l’habitude de nouvelles positions et de nouveaux mouvements, qui,sans modifier ce qui est essentiellement un mode universel d’expression des états affectifs ou des mouvements de la pensée, produisent les sons caractéristiques du dialecte parisien.

Il ne s'agit point d’enseigner le bon français, mais de corriger une prononciation défectueuse de notre langue. Ainsi, pour nous en tenir à un mot isolé, le provincial ou l’étranger qui, au lieu de « père » dirait : péze, péth (th doux), pèra, pèro, pézad, païré, paiyou padre, n’aurait pas la prétention de parler français, mais un autre l’aura qui prononce pourtant, dans la conversation familière, père ou père, avec un è ouvert trop long ou un é fermé. Et c’est à celui-ci qu’une correction de l’accent est nécessaire, s’il veut parler le français de Paris.

Il est bien rare, pourtant, lorsqu’il s’agit d’un étranger, que l’on n’ait à corriger le « français » en même temps que la « prononciation ». Un de nos élèves disait hier « le différince » au lieu de la « différence ».La faute de grammaire et la faute dé lecture furent en un instant corrigées. Il n’en alla pas aussi facilement pour une faute de prononciation qui s’était manifestée dans « in » comme dans « en », car il s'agit alors de donner une nouvelle habitude aux organes de l’audition et à ceux de la parole.

Qui veut acquérir le parler parisien doit s’habituer à ,« entendre » les sons parisiens. Cela semble très simple et pourtant Cela exige une attention toute particulière. Si l’on remarque certains défauts d’articulation (chez les autres), ce n’est qu’au point de vue de l’effet plus ou moins comique de l’ensemble du

discours et, à moins d’une trop visible exagération des mouvements, on ne réfléchit nullement aux moyens de corriger cette parole. Quant à ses propres maladresses, on les ignore généralement. Une dame ajoute un a demi-sonore à la fin des mots que terminent une consonne ou un e muet, et son oreille ne le vérifie qu’après de longs moments d’attention et avec l’aide de ses interlocuteurs. Une autre ne sait pas qu’elle donne très souvent th pour s. Une enfant dit vc thalmant » : elle n’a encore acquis ni ch,nir; sa tante non prévenue a entendu « charmant ». Tel prononce approximativement « in contan » et sans nous douter que nous avons traduit, nous comprenons, à cause du contexte, « un can ton ».

Rien donc n’est plus fréquent que de confondre deux sons, non seulement du même groupe, deux a, par exemple, mais encore de groupes divers, comme a et è k o et eu, i et é, an et a -j- an ou a -j- ng, gn et n -j - i, p et b , k et g, même k et t, etc.

A la vérité, le nombre des sons est infini. Les limites entre les séries ne sont pas tranchées et parmi les mots classés en une seule catégorie comme contenant tous, par exemple, une même voyelle,une oreille exercée distingue bientôt de nouveaux groupes.

Comme.elle reconnaît aussi la parenté de toutes ces voyelles, on a pu limiter, pour la commodité des explications techniques, le nombre des groupes de voyelles parisiennes.

Ordinairement, on en compte sept '.a, o, è, eu, i, u, ou et l’on se contente de déterminer, dans chacun d’eux, au moyen du détroit buccal et de l’arrondissement des lèvres, deux ou trois variétés : deux dans les trois derniers groupes, trois dans les autres; on rattache à ceux-ci quatre voyelles, nasales : an, on, in, un. Ces voyelles seront plus ou moins longues, plus ou moins accentuées. Une écriture phonétique doit employer un caractère spécial pour chaque variété de voyelles et des signes diacritiques pour les modifications non essentielles.

Les consonnes ont aussi des variations sensibles. Il est facile de se rendre compte que, dans cour, cage, quitte, liquide, saccage, tout court, l’explosive k est produite en des points différents et que ses effets acoustiques sont divers.

L’étranger garde, en étudiant le français, les sons de sa langue qui ressemblent le plus à ceux de la nôtre parce qu’au début il a

158 pouillot.— correction des accents étrangers et provinciale

cru constater une identité entre deux sons voisins. Les erreurs sont favorisées par la communauté d’un même signe alphabétique pour deux sons, par exemple: b espagnol et b français, /français et 1 allemand. Or les sons identiques sont très rares.

L’oreille du provincial commet, pour les mêmes causes, des erreurs de même nature, moins graves en pratique à cause de la parenté plus proche des éléments qu’il confond.

L’évolution de la prononciation, plus rapide à Paris, provoque actuellement le plus grand nombre des différences d'articulation des voyelles. Un accent dit provincial pourrait n’être que l’ançien accent parisien conservé dans une famille émigréede Paris. Une voyelle fermée devient moyenne, une longue devient brève, une consonne palatale se mouille, et voici pour un temps un nouvel accent.

On pensera sans doute que cette transformation rapide rend très difficile la détermination d’un modèle idéal, puisque, d’une génération à l’autre, dans une même famille parisienne, le timbre des sons varie. Ce modèle en effet n’existe pas, et cela permet de dire, non pas qu’il suffit de vivre à Paris pour acquérir le pur parler parisien — les échos du Palais et ceux de la Sorbonne protesteraient — mais qu’il est inutile de chercher, surtout dans une correction qui ne disposerait que d’un temps très limité, une prononciation irréprochable. La limite des possibilités dépend encore de la forme des organes. Outre les variations individuelles, il y a des modifications générales, d'une race à l’autre.

Celui qui continue à parler sa langue ou son dialecte en même temps que le français introduira toujours quelques éléments de la prononciation maternelle dans celle qu’il voudrait acquérir. Ils sont si doux les sons du pays natal! On dirait que les cavités où la voix résonne se sont accordées.peu à peu, comme la caisse d’un violon, aux sons qu’elles avaient l’habitude de renforcer et qu’elles ne laissent bien entendre que ceux-là.

Lorsqu’on connaît les influences que dans notre langue exercent l’un sur l’autre les sons voisins, on peut imaginer quelle somme d’altérations doit subir, une phrase française prononcée par un étranger dans les nombreux sons différents qu’il croit identiques et dans les sons juxtaposés, c’est-à-dire à peu près dans toutes les syllabes.

Cette influence réciproque des sons ne doit pas décourager l’étudiant.Elle agira favorablement dans les exercices de correction: un son corrigé rendra ses voisins plus approchants des sons parisiens; l’ensemble de la prononciation, qui,au début, semble difficile à transformer, s’améliorera rapidement quand les articulations élémentaires, celles des voyelles surtout, seront acquises.

Les personnes jeunes, chez qui les habitudes ne sont pas encore trop profondément enracinées, auront plus de facilité à en acquérir de nouvelles. La souplesse des organes et surtout la finesse de l'oreille permettront le succès. Les périodes de croissance sont, vers leur terme.les plus favorables à une modification du système phonétique. Par les changements qu’ils subissent, le larynx, les organes qui lui distribuent le souffle selon la volonté et les émotions du parlant et les chambres ,de résonance qui suivent ou précèdent la glotte buccale doivent donner à la parole de nouveaux caractères. Si son oreille est bonne, l’élève qui sent son ancienne voix disparaître adoptera sans doute plus facilement le modèle qu’on lui propose. Quelque chose d’analogue se produit dans la réforme d’une écriture au moment où la main vient de changer de taille (4).

C’est par l’ouïe que l’élève se rend compte de l’effet acoustique à produire ; presque toujours les explications du professeur et un emploi restreint de la vue et du toucher suffiront avec l’ouïe à lui faire réaliser les sons cherchés.

Le toucher permet de s’assurer des vibrations sonores, de leur siège et de leur force, de certains déplacements de la langue que le miroir ne montre pas. Le toucher du souffle sert à la différenciation des voyelles par l’estimation de sa direction, de son étendue, de sa force, de sa chaleur. Par lui,on fera mesurer à l’étranger la dépense d’air la plus favorable à la prononciation des sons français. On fera vérifier d’ailleurs cette dépense par le compte du nombre de fois qu’un son peut être répété dans une seule expiration. Les buées nasales et buccales que la main ne sentirait pas seront projetées sur une lame froide et pourront être vues dans un miroir au moment où elles se produisent. Elles

(1) Cétte autre correction comporte d’aillèûrs d’autres données. Par exemple, en même temps que l’organe se modifie, on peut lui approprier l’outil et ne pas donner aux élèves de toutes tailles et aux ronds comme aux plats, la même plume et le même porte-plume avec lesquels le maître écrit le mieux.

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montrent à un Méridional le retard dans le mouvement du voile du palais qui laisse ainsi entendre une voyelle, orale au début de la nasale et prolonge la nasalisation sur la consonne qui suit.

Diverses spatules, les unes en lames plus ou moins larges, les autres en fils métalliques, seront utilement employées; on s’en servira pour guider la langue dans les diverses positions qu elle doit prendre ; on leur donnera des courbures variées selon les sons à enseigner.

Dans ses explications, le professeur pourra s’aider encore de modelages et de dessins schématiques (coupes et croquis d ensemble) faits sous les yeux de l’élève et qui présenteront avec précision les positions et mouvements que la vue ne- peut saisir sur les organes vocaux.

On prononcera lentement les sons dont F articulation est visible. On commencera par ceux qu’il prononce bien et on lui en fera analyser les mouvements.Lorsqu’il se sera rendu compte que ces premiers sons dépendent des positions et mouvements des organes vocaux, il sera préparé non seulement à des observations plus difficiles, c’est-à-dire à reconnaître la différence d’articulation qui existe réellement entre des sons qu’il croyait semblables, mais aussi à accepter les descriptions que lui fera le professeur des positions et mouvements qui échapperaient d’abord à ses sens, ce qui n’est pas toujours l’objet d’une croyance immédiate. L’exercice avec k frappé de plus en plus en avant est assez démonstratif et intéresse l’élève très jeune, qui s’y amuse d’une gamme chromatique.

On peut avoir recours à des représentations graphiques indiquant l’époque et la durée des vibrations sonores, la force des expirations, les mouvements et la force de tension de la langue, des lèvres, voire du larynx et du voile. Cependant, elles ne suppléent pas avantageusement une ouïe affinée par les exercices : les différences de conformation individuelle exigent que l’on considère la valeur de certains enregistrements comme relative; 1 état des organes a sa part d’influence. Ainsi, deux palais artificiels peuvent montrer 1 inégalité des contacts réalisés dans deux éléments de même effet acoustique, et réciproquement, des traces superposables ne correspondent pas nécessairement à des sons identiques, les contacts variant suivant le volume, la forme et

la pression des organes qui se rapprochent et l'effet acoustique ne dépendant pas que de ces contacts. Après examen de la bouche, on saura s’il faut attacher quelque importance aux écarts (asymétrie, différence d’étendue, etc.) constatés entre les contacts réalisés respectivement par l’élève et par le maître. L’oreille juge en dernier ressort. L’enseignement devra donc produire l’imitation de l’effet acoustique, et lorsque celle-ci deviendra pratiquement parfaite dans les diverses formes de syllabes, les variations qu’accuseraient les enregistrements seront tenues pour négligeables.

L’éducation de l’oreille commence naturellement par les différences les plus perceptibles: sons isolés, syllabes ou mots. Si, un mot étant mal dit, l’élève se corrige sans autre avertissement que l’invitation à le répéter, l’oreille est bonne et le son qui paraissait incertain est acquis; sinon on fera rechercher le défaut à l’aide du souvenir des mots bien prononcés renfermant le son que l’on désire fixer. Et le mot à corriger sera articulé non seulejnent isolément, mais encore dans des phrases.

Les différences dé conformation individuelle, l’ignorance relative de l’action des cordes vocales et des modifications delà cavité qui les sépare de la glotte buccale rendant insuffisante l’imitation des positions et mouvements visibles ou graphiquement représentés, nous n’insisterons jamais assez sur cette éducation de l’oreille, nécessaire aux personnes les moins sourdes pour percevoir exactement les sons de. la parole qu’elles n’ont pas eu l’habitude d’entendre et pour s’assurer qu’elles les reproduisent fidèlement. On notera que nous n’entendons pas tous de la même façon et que nos deux oreilles n’entendent pas toujours l’une comme l’autre; l’effet acoustique peut se compliquer par ce fait qu’une oreille n’entendrait, dans la série continue des sons, que des groupes déterminés,des îlots séparés par des intervalles pour lesquels elle est sourde. Ainsi, ce qui apparaît très différent au professeur peut être confondu par l’élève.

Si celui-ci n’a qu’une légère hypoacousie, il renforcera sa perception aérienne en plaçant ses mains en porte-voix et même en employant au début un appareil; des exercices d’audition bien ordonnés,faits sur divers tons de voix et à des distances diverses, le mettront en état de tirer tout le profit possible de l’ouïe qui lui reste; il différenciera mieux les consonnes sonores des muettes Traité d’orthophonie. n

par la seule transmission crânienne, c’est-à-dire en empêchant, par la fermeture du conduit auditif externe, que des sons extérieurs s’ajoutent au bruit laryngien. Dans tous les cas, à la suite des corrections successives faites dans de très nombreux exercé ces d’audition, il s’établira une moyenne d’impressions traduisant suffisamment celle que des oreilles normales ressentent lors des mêmes ondes sonores.

On fera vérifier que les consonnes finales s’entendent moins bien : saucisse, tapote, dorade, pipe, tarare, minime, et que la nasalisation des voyelles s’affaiblit dans les ,tons élevés. Les voyelles seront d’abord données isolément et prolongées pour qu’on en puisse saisir le caractère principal, ensuite dans des mots où l’altération de leur début et de leur fin et l’effet de l’accentuation seront constatés par des exercices de la forme : bébé, é , é, où le mot est articulé d’une façon naturelle avec seulement un léger ralentissement qui aide à en détacher pour ainsi dire les voyelles, à les isoler pour les mieux étudier. On comparera les deux ou trois voyelles de même signe orthographique : l’ouverte, la moyenne, la fermée. Et, une fois connues les nuances d’un même son, on fera entendre à l’élève,dans de nombreux exemples, l’influence, dans un accent, de leur quantité et de leur timbré, les différences dans la clarté de l’émission de certaines voyelles parisiennes et des voyelles étrangères correspondantes et les confusions qui peuvent en résulter, même entre des voyelles de signes différents, comme é fermé et certains i.

L’enseignement peut être collectif, mais il y faudra le plus souvent un complément de leçons individuelles appropriées aux aptitudes du sujet à l’état de ses organes à sa dentition, à ses anciennes habitudes de prononciation.

L’un a le sens musculaire très délicat, il a comme l’intuition du travail utile : on n’insistera pas longtemps sur les positions et mouvements, mais il sera nécessaire de lui donner au plus tôt l’habitude d’une vérification auditive très exacte ; l’autre réclame au contraire des explications plus nombreuses qu’on ne saurait les lui fournir, il semble ne pouvoir être sûr de ses effets qu’après avoir analysé tous ses mouvements; un troisième essaie en hésitant, au hasard, dirait-on, et peu à peu choisit et précise ses efforts musculaires.

Avec ceux dont certains organes vocaux seraient faibles, on fera une gymnastique spéciale. Le cas n’est pas rare de lèvres molles, à pression insuffisante, entre lesquelles le b ressemble à un c et le u à un u consonne. Aussi fréquent est celui d’ünè langue mal innervée dont les mouvements sont incertains, dont la pointe se relève difficilement. A la gymnastique élémentaire (tenue des positions, mouvements rythmés) on joindra des exercices sur des voyelles nettement détachées ( ou-a-i, i-oü , a-i, i-œ, etc.) et aussi sur des syllabes directes et inverses dont les consonnes seront t, î, s. Pour intéresser l’élève et rassurer du gain d’énergie des muscles de sa langue ou de ses lèvres, on peut lui construire un dynamomètre très sensible. Le bâillement amène constamment chez l’un l’abaissement du voile du palais; chez l’autre, il laisse le passage libre aux voyelles orales.

L’art du professeur consistera à profiter de toutes les circonstances favorables possibles.

Une étude attentive de l'articulation française et de la lecture expressive a corrigé par surcroît,chez un de nos élèves, un léger bégaiement qui s’était manifesté dans sa langue maternelle. La voix peut être affectée d’autres défauts qu’il y aura lieu de corriger, afin que l’étude de la prononciation parisienne donne les meilleurs résultats. Ainsi le climat de certaines régions cause fréquemment une voix gutturale, que les indigènes disent normale ; 1’enseignement des voyelles offrira l’occasion de l’améliorer.

Les corrections à faire ne varient donc pas seulement avec les dialectes,mais avec les élèves,et les défauts purement individuels peuvent être plus nombreux ou plus sérieux que ceux qui sont la conséquence directe du système phonétique de la langue maternelle. Aussi mettra-t-on l’élève en garde contre les règles générales. La connaissance des principales phonétiques sera utile au professeur qui, à la suite des premiers exercices,pourra faire la part de l’influence de la langue maternelle dans l’articulation des sons que l’élève essaie d’acquérir et par conséquent formuler aussitôt des règles spéciales à celui-ci afin de réduire au minimum le travail d’adaptation.

Des déformations, dont les effets se combinent à ceux de l’accent provincial, sont parfois une manifestation du tempérament, celles des labiales surtout qui participent aux jeux de physiono-

mie du parlant. La souriante ironie d’un jeune psychiatre qui avait pris l’habitude de persuader ses clients d’une force qu’ils ignoraient avoir, d’encourager en dépréciant les difficultés,en les rendant indifférentes, lui faisait prononcer les/‘avec une moue dédaigneuse, les commissures trop rapprochées ou la lèvre inférieure à peine retirée; sous l’influence de ce même dédain, le b un peu bridé se rapprochait du p, le ch d’une explosive, le t se mouillait légèrement et même la langue s'élevait pour l’s comme chez certains provinciaux avec lesquels pourtant il n’a point vécu. Chez un étudiant qui s’amusait trop fréquemment à feindre l’indignation, laparole ordinaire avait été modifiée d’une autre manière: le souffle était exagéré, les phrases hachées, les accents déplacés, multipliés, les consonnes muettes légèrement sonores par la hâte du parleur à faire résonner haut la voyelle, et IV de « trembler » rappelait des bruits d’orage : « la languette trrromblait », mais sa diction attentive ne portait guère trace de cette fantaisie.

Comme les étrangers, les provinciaux déplacent l’accent tonique, amuissent les sonores, prononcent des sons inconnus des Parisiens. D’un ancien parlementaire : « Oui, ch’sais bien, on mé ll’a dit. Mais en attENdant (accent tonique sur en) les (s = th doux) autres! » Les appareils de phonétique expérimentale peuvent révéler chez eux une évolution en cours et leur montrer la nécessité de réagir contre des effets dont l’oreille saisit à peine leur ensemble sans en pouvoir apprécier les détails. Lorsqu’il s’agit de ces nuances subtiles, la vue des transcriptions mécaniques ajoute son effet persuasif à la parole du maître et décide l’élève sceptique ou nonchalant à supprimer, par un plus grand effort d’attention, les causes de ces défauts d’articulation.

Toute modification à produire, tout son nouveau seront l’objet d’exercices assez nombreux pour que, de réfléchie, leur exécution parfaite en devienne inconsciente. Ils seront employés dans les plus usuelles des syllabes qu’ils servent à former en parisien. Les variations de positions et de mouvements, de pression et de direction du souffle, de tension des muscles que provoquent les voyelles ou consonnes voisines seront observées.Par exemple, un Allemand différenciera le j de « rougeaud » et celui de « rigide » et exercera cette consonne dans le groupe jv, jvj, vj, vjv (1).

(1) v représente une voyelle quelconque ou'une diphtongue.

3 représente un / isolé ou accompagné d’une autre consonne qui le précède ou le suit.

Comme nous l’avons dit, les sons seront prononcés à diverses hauteurs ; il arrive parfois que c’est au moment où le son est chuché que le provincial en saisit la caractéristique; sans doute cette différenciation a été préparée par les auditions précédentes, mais ce fait n’en a pas moins son importance et demande à être mis en expérience. On n’oubliera pas non plus que certaines personnes réussissent parfois adonner telle ou telle voyelle pure plus tôt dans une combinaison syllabique qu’isolément.

Pour exercer un son, une syllabe, il sera commode de grouper __ des mots de même préfixe ou de même suffixe, ceux d’une même famille, ceux qui riment entre eux, des nombres, des formes de conjugaison.

Peu de sons à la fois et pour chacun des exercices courts, mais fréquents et dans lesquels il apportera la plus grande attention et le plus grand soin sera la grande règle de travail de l’élève.

Il n’y a guère à craindre l’exagération dans les mouvements que l’on fait exécuter aux organes de la parole. Elle peut même être utile si l’une des tensions musculaires n’atteignait pas le minimum nécessaire à la précision de l’articulation dansla phrase. Le maître est là d’ailleurs pour veiller à ce que l’élève diminue les efforts exagérés, si celui-ci ne les réduisait pas lui-même comme il arrive ordinairement.

La loi du moindre effort s’appliquant à l’ensemble du discours comme à chaque syllabe, il sera préférable d’étudier d’abord la prononciation en usage dans le discours soutenu ; la conversation ordinaire, avec ses abréviations et ses altérations, ne viendra qu’ensuite. L’étranger se gardera d’abuser des déformations qu’on y pratique, maisilarrivera à les comprendre sans hésitation. Doisje dire : « Pauf’ tite femme »? me demandait un Tchèque qui venait de l’entendre en autobus — Plus tard. Il ignorait encore trop le français pour risquer de telles abréviations êt s’il avait d’ailleurs compris celle-là, que l’écriture indique mal, c’est qu’il entendait journellement son chef dire à l’employé voisin : « Pauvre garçon ! Pau’re ami ! »

La prononciation à proposer comme modèle aux étrangers se trouverait d’ailleurs plutôt dans les exercices de diction que dans Ja parole familière. En variant les morceaux choisis, on l’exercera à l’emploi de différents degrés d’intensité, de rapidité, de

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netteté, on lui fera exprimer par des timbres différents des émotions diverses; on l'habituera par des corrections répétées à placer convenablement l’accent tonique et à subordonner l’effet de cet accent à celui d’un accent emphatique tombant sur une autre syllabe, on lui fera remarquer l’influence, sur la durée ou la tension d’un son, de la longueur d’un mot, de celle d’un membre de phrase émis dans une seule expiration. L’audition des vers est des plus utiles à l’étranger pour l’entraîner à suivre la ligne musicale du discours français.

Lorsqu’on en sera à l’étude comparative des divers accents, le groupement des phrasesformées sur des mots de la même famille aura cet avantage démontrer à l’étranger l’accentuation diverse d’une même syllabe etde faire perdre à certains provinciaux l’habitude de placer uniformément sur un mot primitif d’emploi fréquent l’accent de ses dérivés.

A ce même moment de la correction, l’on prendra comme sujets d’exercices les formes expositive, négative et interrogative d’une même.phrase, des séries de phrases identiques ou analogues mais où l’intention varie, des reproductions très animées dont les scènes vécues fourniront le modèle autant que la littérature dramatique ouïes manuels de conversation. Comme il est rare que l’étranger possède complètement notre langue, ces derniers lui rendront un double service et il trouvera fréquemment au dehors l’occasion d’en employer les formules ou de les saisir au passage ; la certitude d’une application fréquente ne peut qu’augmenter son attention et hâter ses progrès dans l’acquisition du rythme et de la mélodie plus spécialement parisiens.

Lé phonographe permet de comparer par des auditions successives des périodes aussi courtes qu’on le désire de sa propre voix et de celle du professeur. S’il'reproduit mal certaines articulations, il donne exactement la ligne musicale du discours. Les sons élémentaires acquis, ildeviendra unsérieux auxiliaire dans l’étude du débit. L’Anglais s'entendra rappeler à chaque fin de phrase qu’il laisse trop tomber la voix; l’Italien, le Méridional, que leur débit reste trop saccadé, qu’ils émettent la consonne à quelques tons de la voyelle ; presque tous, qu’ils n’ont pas encore, comme le Parisien, l’art de lier les sons pour marquer sans effort et très

nettement les nuances les plus délicates du sentiment aussi bien que lenergie de la volonté.

Un tableau raisonné des sons sera établi au cours des corrections successives. Il se complétera peu à peu. On y adjoindra quelques textes courts renfermant tous les sons parisiens avec les plus fréquentes des modifications imposées par les sons voisins. Et c’est à ce tableau et à ces textes modèles que l’étudiant se reportera lorsqu’il travaillera seul sur des morceaux que le professeur lui aura transcrits dans une écriture phonétique la moins imparfaite possible.

Nous allons indiquer à l’aide de quelques exemples le genre des observations de détail à communiquer au plus grand nombre des élèves qui ne les feraient pas spontanément.

Une mauvaise prononciation des dentales dépend d’un recul de la langue (dentales anglaises), de son avancement trop grand ou de l’aplatissement de sa pointe (mouillure). Cela est d’ailleurs facile à constater. Pour corriger ces consonnes, on fait des exercices de position sans donner de son avec aucune d’elles, on recommence en faisant vibrer les sonores, on chuchote des syllabes qu’ensuite on prononcera à haute voix. Ce groupe se lie d’abord aux voyelles fermées et leur acquisition facilite l’amélioration des voyelles dont le détroit était trop reculé.

En général IV demande beaucoup d’exercices, aussi bien pour établir dans les muscles de la langue le point d’appui nécessaire à la pointe soulevée si l’on prononce IV du Conservatoire que pour maintenir le détroit le plus favorable pendant la vibration de la luette dans IV uvulaire. Si l’élève a un r lingual agréable, il fera mieux de l’employer que de le remplacer par un grasseyement mal réussi qui reste ridicule. Une Allemande du nord avait un r maternel ressemblant à celui des Anglais et un r lingual parfait. Elle croyait le premier presque identique à IV parisien et l’employait en français, mais lorsque son oreille mieux exercée eut perçu toute la différence, elle s’empressa de le remplacer par IV lingual, qu’elle articulait aussi bien qu’une élève de la rue de Madrid. Pour un Anglais, avancer la langue en prononçant r constituera la moitié de la correction. Un Tchèque devra supprimer et l’attaque laryngale et l’élévation du son qui font jouer à son r le rôle d’une voyelle. Et pour r comme pour d’autres sons (b, gn,

par ex.) on ne s’arrêtera pas à des intermédiaires, on s’attaquera directement à la difficulté, on ne donnera pas à un Londonien « tedenere » pour « re » ni à un Viennois « nia » pour « gna », ni « mbo » pour « bo » à un Strasbourgeois.

Un défaut très fréquent, c’est de prononcer l’s avec la langue soulevée. Nous considérons cette position comme défectueuse parce qu’elle favorise, surtout quand la voûte palatine est aplatie, l’altération de la consonne qui se rapproche tantôt du ci roumain, tantôt du sci italien, tantôt de si allemand ou français. Le toucher et aussi le chuchotement permettent dé se rendre facilement compte du passage de l’s pure à quelqu’une de ses déformations.

L’Italien évitera de redoubler dans les mots français à peu près identiques les consonnes qu’il redouble dans sa langue, l’Espagnol abandonnera le double rr et la durée des consonnes françaises donnera lieu à quelques remarques générales — suivies d’exceptions.

La mouillure des consonnes formées contre la voûte palatine est fréquente dans certaines prononciations populaires ou provinciales (le tien, le gardien, le panier, le quai, l’escalier, le lien, rien) ; la pointe de la langue ne se relève pas et les muscles y restent peu tendus. La visibilité des positions et mouvements est assez grande pour que la correction à faire soit vite comprise.

Nous avons rappelé l’influence des sons les uns sur les autres. De même que, dans cc ada », le d sera, pour celui qui le faisait trop sourd, plus facile à prononcer que dans « da », de même, dans « afdi », il ne laissera guère entendre que « afti ».

Cette assimilation est un phénomène général, mais il faudra prévenir l’élève de ses limites très étroites pour certaines articulations : on n’a pas à chercher l’assimilation ; elle se fait d’ellemême quand la parole est devenue plus rapide, plus coulante. Qu’on se garde bien de croire en simpliste que 1’ l de clé devient muet ou que le c en devient sonore, qu’on dit exactement : Traité t’ chimie ou traité d’jimie, que 1’ r de âpre diffère essentiellement de celui de sabre. L’étudiant n’a qu’à imiter, sans réclamer pour guides des règles de moindre effort, d’évolution, de rythme et d’euphonie imparfaitement connues, et dont il serait bien difficile de montrer la part d’influence dans chaque cas particulier. Dans le cas des consonnes doubles, en général la première se fond dans

la seconde,mais il y a des exceptions dues à l’effet désagréable ou à l’équivoque qui en résulterait, à la rareté de l’emploi du groupe de consonnes ou du mot considéré, à la plus grande facilité d’assimiler la seconde à la première ou même de conserver à chacune d’elles son caractère propre assez longtemps pour que l’oreille ne connaisse que difficilement l’assimilation partielle (i).

Nous ne pouvons rapporter ici les règles de la prononciation auxquelles de gros volumes ont été consacrés.Inutile à un professeur, un résumé en pourra facilement être procuré à un élève. C’est surtout par l’usage que s’acquerra la bonne prononciation. Un Brésilien me demandait : « Pourquoi dois-je prononcer : Traité t’chimie et Dictionnaire de chimier? » A l’occasion de tels exemples, on fera saisir les lois euphoniques du parler de notre pays. Supprimer trop d’e muets à la file, c’est créer une série de consonnes juxtaposées pour laquelle l’oreille française restera sourde ; supprimer régulièrement un e muet sur deux, c’est risquer de réduire à Z, à j, à s, même à la muette brève t , la syllabe sur laquelle la logique demande d’insister et cela répugne également à l’oreille française.

On fera remarquer la douceur de nos consonnes sonores. Et l’on mettra en garde l’étranger contre cette erreur qu’en augmentant la tension musculaire il augmenterait la sonorité : l’effôrt exagéré assourdit au contraire la vibration. L’on avertira que les cordes vocales sont tendues au moment où le souffle les rencontre; la consonne vibre donc dès l’attaque.

Avec les demi-consonnes, il est plus particulièrement nécessaire, pour arriver à les rendr eavec toute la délicatesse qu’elles exigent, de faire les exercices aux diverses notes de la tessiture. Des provinciaux, des étrangers confondent u et ou consonnes, non seulement entre eux, mais avec v : « lui » est prononcé « loui » et « Ivi ». Lorsqu’i remplace é, c’est dans la diphtongue qu’il résiste le plus longtemps.

Que l’élève ne croie pas qu’il suffise de dire successivement ou et a pouf bien prononcer oi! Qu’il entende bien « première » et non « premi-ère » ! Un jeune Anglais n’ayant pas encore quitté le

(1) Notons que certains textes en écriture phonétique marquent comme achevée-une évolution en cours qui sera peut-être arrêtée, annulée par une régression.

West-End nous répondait « ou-i », les voyelles étaient déjà françaises; le mot,pas encore. Ce ne sont pas seulement les étrangers qui auront besoin de ces exercices sur les diphtongues, mais maints provinciaux.

L’attaque des voyelles sera nette mais douce, et l’on supprimera, là où il se rencontrerait, l’un ou l’autre des coups de glotte allemands que nous n’utilisons que rarement et comme effet oratoire. La tenue en sera prolongée au début, surtout avec les élèves ayant cette habitude, fréquente chez les Anglais, de diphtongue? nos voyelles simples. L’attaque trop brusque risque de causer un déplacement de la langue. Le miroir leur montrera certains des mouvements à supprimer, mais l’oreille leur aura fait distinguer d’abord les deux ou trois sons successifs qui constituent leur voyelle. Ils auront reconnu que,dans l’é qu’ils émettaient se trouvait un y et qu’en stabilisant la position, il ne leur faut pas supprimer ce qui constitue proprement Yé, mais bien ce qui est y.

Pour que l’oreille puisse juger de l’effet de la cavité de résonance située en arrière du détroit buccal et modifiée par la ten-r sion des joues, du voile et des parois du pharynx, il faut d'abord assurer la position moyenne prise par les organes visibles ou palpables. Ainsi un Bisontin dut un peu reculer la langue pour prononcer l’â parisien et il y gagna en même temps une exactitude plus grande des sons de transition qui viennent relier cet à aux articulations juxtaposées.

Après la série de leçons régulières nécessaire pour la correction d’un accent, il sera toujours utile à l’élève de revoir de temps en temps son professeur. Celui-ci se rendra eompte de l’évolution de chacun des sons qu’il a fait acquérir. Quelle a été sur ce son l’influence d’une maladie, de longues fatigués, d’un séjour en province? Régresse-t-il vers celui qu’il a remplacé ou a-t-il, au contraire, accentué les caractères qui l’en avaient différencié? Le professeur, en s’assurant que l’oreille de son élève a conservé sa finesse à l'égard des sons parisiens, lui donnera les indications utiles pour la conservation ou le perfectionnement de la prononciation acquise.

Les Muets de la Guerre.

PAR

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